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Ya, Madame, bono, bono! -conte de Noël-

Posté par lesamisdegg le 24 décembre 2019

Mansour danse et saute au son du tambourin, son chapeau pointu où tintinnabulent les grelots, où s’entrechoquent les coquillages, recouvre son chef crépu et auréole sa face luisante et rieuse. Sa bouche sombre paraît plus brune du contraste des dents si blanches et les lèvres modulent sans arrêt la mélopée monotone. « Ya, Madame, bono. bono ! »   Mansour vêtu de peaux de bêtes, va par les sentes de la vieille Casbah ; il gambade et il entrechoque ses jambes avec un bruit de castagnettes.

Il est tard, il fait froid 19 heures tintent à l’horloge de Djemâa-Kebir.

Tout le jour, les enfants se sont égayés de ses contorsions et les grandes personnes ont plaisanté son accoutrement. Mansour rit encore, découvrant ses dents de vieux loup.

L’ombre augmente. Une larme brille, son sillon est visible sur le bronze des joues creuses. Le rire a fui, la douleur le remplace. Torture morale, torture physique, quelle est la souffrance assez puissante pour contracter les lèvres si gaies l’instant d’avant ? Un rictus navrant tord la bouche charnue.

Le nègre va lentement, semblant avoir épuisé toutes ses forces en ses bonds de danseur.

 

madame bono

madame bono

 

Une ombre se détache du couloir obscur, et Mansour tressaille comme à l’approche d’un danger redoutable :

— Mansour, viens vite, crie d’une voix brisée le spectre qui s’approche.

— Yasmina, est-il arrivé malheur à notre étoile ?

— Allah est grand, ô mon ami, le ciel accroche ce soir un astre de plus sous sa voûte lumineuse. Ourida est là-haut parmi les plus belles !

— Ah maudit métier, j’ai chanté, J’ai dansé, mon mouchoir s’est rempli de pièces de monnaie ; demain, je pouvais appeler le toubib qui guérit Il ne viendra que pour mettre en terre mon doux trésor.

Le vieux négro, sanglotant, se jette dans le taudis où est étendu un corps d’enfant déjà raidi et glacé par la mort. Il le prend dans ses bras. Doucement, ses doigts inhabiles caressent les yeux fermés.

Ô doux miracle d’amour, les paupières ont bougé, un frémissement parcourt le corps refroidi. Ô bonheur! Papa négro voit le bébé d’ébène ouvrir les yeux et, dans un sourire, tendre vers lui ses bras menus. Plus de pleurs ! Place à la joie !

L’instrument monocorde est repris et le père heureux, gambade et chante devant sa fille revenue à la vie.

— Ya, Moutchachou bono, bono !

Le Prophète est né ; le Mouloud a ranimé la négrillonne. Demain, Mansour, continuera ses gambades et ses chants!

Noël ! Noël !

25 12 1923

 

 

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la casbah d’Alger -tout l’inconnu de -

Posté par lesamisdegg le 19 décembre 2019

La Casbah, parfois, résonne d’un bruit sec, rauque et bref, tel l’aboiement d’un dogue mais incapable de se prolonger d’une manière fantaisiste, vivante comme dans n’importe quel gosier canin. Au-delà de six aboiements, on ne peut plus rien craindre… Quelque part… n’importe où… maison de filles… rue… café maure, carrefour propice, une mécanique américaine de précision vient de procurer une illusion de puissance excessivement provisoire à un être qui n’en pouvait plus de conserver le besoin de dominer et de détruire qui était en lui. Il est généralement pris et paie chèrement ce déploiement de force ostensible, cet instant d’orgueilleuse suprématie et de contentement relatif ; car s’il savait le comprendre d’bord et l’expliquer ensuite il avouerait, dans la plupart des cas, que ce geste trop rapide et surtout accompli avec le truchement d’une arme ne l’a pas soulagé autant qu’il l’espérait… Le jeu du revolver n’est pas un sport noble ! Les vrais et les beaux meurtriers, ce sont ceux qui possèdent assez de muscles et suffisamment de Courage pour empoigner leur victime résistante à bras le corps et la posséder dans la palpitation de la mort finale comme on possède une femme dans l’assaut du plaisir.

 

casbah d'Alger 1933

casbah d’Alger 1933

 

L’on tue ici en plein jour et en plein air assez souvent. Même avec l’aide banale du revolver c’est une façon originale. Peu de professionnels internationaux s’aviseraient d’opérer ainsi à des heures claires où tout apparaît avec tant d’évidence, où l’on ne peut confondre le visage du meurtrier avec un autre. Dans la Casbah d’Alger, un type qui veut instantanément jouir par le meurtre se satisfait au besoin à midi. Les gens de la Casbah, par rapport au crime, sont donc ce que l’on appelle « des sauvages », c’est-à-dire des gens incapables de se prêter à la tradition quand elle contrarie par trop leur instinct primordial. On ne saurait croire, à quel point, le crime peut paraître anodin, facile, insignifiant quand il se commet en plein jour et que la joie d’une lumière paradisiaque l’éclaire.

On était en train de flâner… On baguenaudait… On venait de laisser derrière soi des rues ou des impasses paisibles ornées d’enfants en tas, en grappes et de femmes fugitives empaquetées de linges… Les enfants ne parlaient, ne riaient qu’à peine… Les femmes trop pressées étaient muettes… une idée de joie édénique paisible, planait. Et l’on débouche soudain sur ce Carrefour plein de cris, de malédictions, de tumulte… Tout d’abord on ne comprend pas… On voit des policiers bien vêtus et il en est même un lauré d’argent, qui s’agitent… des passants européens, mais surtout musulmans beaucoup moins bien habillés, qui restent à distance respectueuse, un pied en l’air et prêts à la fuite, comme s’ils pensaient qu’à défaut du principal Coupable, on pourra toujours choisir un bouc émissaire parmi eux… Ils regardent tous, si obstinément, si fixement, dans une seule direction, que l’on suit cette foulée du regard enfin, soi-même… La maison est excessivement blanche, les volets sont ocres et le motif décoratif principal de la façade, actuellement, c’est une tête de fille qui s’obstine à demeurer bizarrement penchée et coincée dans un contrevent, cependant qu’un lent filet rouge, excessivement ornemental lui aussi, sourd de sa gorge tranchée d’une oreille à l’autre.

Sommet de la Casbah vers la tombée de l’un de ces clairs jours d’hiver que les profanes venus d’autres lieux froids et brumeux confondent trop facilement avec un précoce et définitif printemps, car le vent du soir demeure humide et traître. C’est l’heure où tout enthousiasme commence imperceptible à décroître. L’heure où les rancunes ressuscitent dans certains cœurs dégoûtés pour leur redonner un semblant de courage à vivre… L’heure où les hommes viennent boire aux spiritueuses fontaines des cafés pour se réchauffer l’âme, La Casbah embaume l’anis… Trois hommes ont trinqué sur un comptoir. Us ont discuté aussi, en buvant… C’est peut-être leur dixième verre. L’anisette qui titre 45 degrés est un poison qui tord les nerfs, en fait brusquement une corde de résonance d’une sensibilité de violon… Mais il convient de s’expliquer ailleurs, le cabaretier est un ami et il y a plus de place dans la rue.

L’un des hommes est coiffé d’une chéchia, le second d’un chapeau melon et le dernier d’un béret basque. Ils sont sortis de la salle basse, agrafés étroitement, tels des frères… Un mot bref, sec et net déjà comme un claquement d’arme, retentit… Le groupe se disjoint… chacun de ceux qui le composaient la seconde précédente prend du champ… Pan… pan… pan… L’homme au chapeau melon a fait feu sur le porteur de chéchia qui, d’un mouvement plongeant d’une souplesse précise, échappe à ce premier tir de barrage. Trois nouvelles détonations encore, le chargeur est vide et l’homme à la chéchia toujours debout… Alors l’adversaire au béret qui, jusque- là s’était gardé d’intervenir s’élance à son tour dans la lice et tente de plonger son couteau dans le flanc, évite encore de justesse la pénétration de cette lame… Coup de sifflet poussé par quelque spectateur invisible. La solidarité, dans ces parages, sait rester sous son merveilleux et parfait anonymat… Des importuns attirés par les détonations arrivent… Les agresseurs s’éclipsent… Un seul tournant « Et maintenant va savoir ! » dit aussitôt quelqu’un. Le rescapé qui n’est ni pâle ni ému, considère sa chéchia dans laquelle demeure la trace ronde de deux balles… Il hausse les épaules, remet sa coiffure endommagée sur sa tête, répond à quelqu’un qui l’interroge… « Mektoub ! Ce n’était pas encore écrit ! » S’apprête à s’éloigner… C’est alors que surgissent : placides et solennels, deux gendarmes… Une main grasse et bien nourrie tombe comme au ralenti sur l’épaule de l’homme qui verdit et tente pourtant de discuter, d’éviter le pire (qui n’est pas la mort).

«Quoi? Pourquoi? Et alors… Regarde… mon ami, tu vois ce n’est rien… Je ne suis pas blessé… Eh non, manaarf, je ne sais pas, c’est deux hommes comme ça qu’ils passent et ils sont peut-être un peu saouls et ils tirent».

Les représentants implacables de la loi des hommes hochent la tête. Et l’autre peut bien continuer de feindre et de ne pas comprendre et de répondre «manaarf» (je ne sais pas), voilà qu’ils l’entraînent… Le cabaretier soupire… Il ne sait rien non plus… Il ne pourrait, en aucun sens, témoigner ; il rentre chez lui et recommence à rincer des verres… Trois rues plus bas, accoudés tranquillement à un autre comptoir, les deux agresseurs maladroits se consolent en buvant une nouvelle anisette. Quelqu’un se met à jouer de la mandoline. Un petit gitano, un enfant de loup, ramasse les balles perdues et tente vainement de les écraser entre ses pouces. La Casbah des meurtres et des crimes, des sacrilèges contre la vie et l’espèce humaine, est extrêmement variée et parfois pittoresque dans ses moyens.

Les maisons musulmanes de la Casbah d’Alger, possèdent toutes un puits plus ou moins visible. Il en est qui sont placés au’ plein milieu du patio ou sagement rangés dans un coin. La plupart se dissimulent encore mieux dans l’ombre absolue d’une des pièces qui s’ouvrent dans la cour… On s’en sert quelquefois, dans les maisons publiques, pour mettre au frais les bouteilles de bière… Si l’on s’avisait, un jour, et d’abord par mesure hygiénique de curer ces puits, combien d’anciens cadavres y trouverait-on ?… La maison musulmane qui est souvent un sépulcre de vivant-.., peut être aussi une véritable nécropole pour des corps dont jamais personne ne connaîtra les modalités d’agonie et de mort.

 

Khéira est extrêmement jalousée de ses compagnes… Car elle est plus jolie, elle attire les hommes sur elle comme des mouches et elle est insolente. C’est-à-dire qu’elle se pare ostensiblement, devant certaines malchanceuses, des bijoux qu’elle sait obtenir avec facilité de ses amants… C’est une sorte de provocation que les filles indigènes endurent mal… Un jour, Khéira qui était montée sur la terrasse de la maison, car il faisait extrêmement chaud (mais elle avait mieux à faire à ce moment, sur le seuil de la porte, en bas, et l’on sait qu’il vaut mieux laisser cette vue des terrasses aux femmes honnêtes qui n’ont pas tellement de plaisir et qui ne peuvent se faire offrir, comme tant d’autres, des bijoux d’or). Un jour donc Khéira qui n’en avait pas l’habitude et qui, paraît-il, avait commis l’imprudence de vouloir se percher debout sur le parapet de la terrasse fut prise de vertige… La pauvre et si jeune !… La terrasse était haute… On ne releva qu’un cadavre mou, toutes vertèbres brisées… Lorsque la police arriva, Khéira était déjà retournée à un état de simplicité, de pureté presque monacal. Elle était vêtue de mousseline blanche et n’avait plus sur elle un seul bijou.

 

Kheïra

Kheïra

 

Il y a, chaque année, un nombre relativement important de femmes qui, sur les remparts des terrasses, perdent ainsi l’équilibre et se rompent le cou… Cela se produit aussi bien dans le quartier honnête que dans la fraction réservée de la haute Casbah. Quand les oiselles tombent du nid, l’on ne peut jamais exactement savoir comment et si ce n’est pas un bec fraternel qui les a poussées.

La Casbah des meurtres ignorés est pleine de circonstances atténuantes. Quand ce ne serait déjà que celle du climat… Il est certains jours et surtout certains soirs d’été, dans la Casbah d’Alger, quand une variation peu sensible de la température (c’est-à-dire une soustraction de quatre à cinq degrés, à peine, par rapport à la chaleur de midi) prolonge exagérément l’état de nervosisme et d’irresponsabilité flagrante des habitants, où le crime devient vraiment quelque chose Comme une intoxication mentale inévitable et momentanée à prolongements par malheur infinis ; la manifestation des pouvoirs d’une puissance irradiante, maléfique contre laquelle même la force d’inertie musulmane, parfois, ne peut rien.

On tue alors, dans la Casbah d’Alger, on ouvre une gorge peut-être avec l’idée de respirer enfin un peu mieux, d’étouffer moins sur cette enclave encombrée.

LUCIENNE FAVRE - extrait de « tout l’inconnu de la casbah d’Alger » ; illustrations de Charles BROUTY 

 

 

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CONSTANTINE 13 octobre 1837 -assaut et prise de-

Posté par lesamisdegg le 13 octobre 2019

Ce jour-là est un vendredi 13. Quelques sapeurs du Génie qui doivent marcher à la tête des colonnes d’assaut en font en riant l’observation au Général FLEURY, qui leur répond: « Mauvais présage, en effet, mais ce sera tant pis pour les Musulmans. »

 

Constantine 13 10 1837

Constantine 13 10 1837

 

Après une vive préparation d’artillerie, à 7 heures du matin, par un temps magnifique, la charge commença à battre en tête de la première colonne et l’on vit s’élancer et escalader, sous le feu, les Zouaves ayant à leur tête le Colonel LAMORICIÈRE. Un drapeau tricolore est planté sur la brèche par le Capitaine GARDERENS, qui est blessé aussitôt. Dix minutes après l’arrivée sur la brèche de la première colonne, le Colonel COMBE part à son tour avec tout son monde.

13 10 1837 les colonnes à l'assaut

13 10 1837 les colonnes à l’assaut

 

13 10 1837 Lamoricière sur la breche

13 10 1837 Lamoricière sur la breche

 

 

 

 

 

 

 

A peine dans la ville, la fusillade éclate de toutes parts. On se perdait dans un dédale de rues tortueuses et de culs-de-sac. Les Turcs et les Kabyles tiraient presque à bout portant des maisons et des terrasses. Un détachement est arrêté par un passage couvert fermé par une épaisse porte en bois: on l’attaque à coups de hache et de crosses de fusil. On fait apporter des sacs de poudre par les sapeurs. On réussit à entrouvrir l’un des battants; les Arabes font, par l’ouverture, un feu de mousqueterie terrible qui couche plusieurs des nôtres. Mais les Arabes abandonnent bientôt la porte et, presque aussitôt, se produit une terrible explosion tuant, blessant ou brûlant les assaillants qui ont déjà commencé à se porter en avant. Environ 300 d’entre eux furent mis hors de combat. LAMORICIÈRE fut lui-même grièvement blessé et presque aveuglé.

Le Colonel COMBE, qui l’avait suivi avec la seconde colonne, reçut deux coups de feu. Après avoir donné ses derniers ordres, il refit lentement le chemin qu’il venait de parcourir, redescendit la brèche et revint dans la batterie rendre compte au Duc DE NEMOURS et au Général en Chef des péripéties du combat: « Ceux qui ne sont pas blessés « mortellement, dit-il en terminant, jouiront de ce « beau succès. — Mais vous êtes blessé, Colonel !, lui « dit le Duc. — Non, Monseigneur, je suis mort ! ». Il mourut, en effet, le lendemain.

Cette explosion avait provoqué un moment d’hésitation dans l’attaque. Mais de nouveaux renforts étant arrivés, le combat devient plus acharné. On enlève, une à une, les maisons d’où partent des feux meurtriers et on s’y installe de façon à pénétrer plus avant. Vers la droite, un détachement commandé par le Capitaine du Génie NIEL arrive en suivant le rempart la la porte d’El-Djabia, les sapeurs l’ouvrent et de nouvelles troupes pénètrent.

Quelques instants après, les Arabes capitulent. On donne l’ordre de cesser le feu et on occupe immédiatement la Casbah. La population affolée s’attendait à un carnage. Nombre de gens, de femmes surtout, essayèrent de se sauver par les ravins du Rummel et se tuèrent en tombant dans les précipices. Ce spectacle remplit d’horreur les vainqueurs eux-mêmes bien qu’ils fussent encore excités par la fureur du combat et l’ivresse de la victoire.

La résistance acharnée de Constantine fut aussi glorieuse que l’attaque. Les canonniers maures ou turcs furent tués sur leurs pièces après s’être défendus avec fureur: les casemates étaient remplies de corps mutilés que nos boulets y avaient amoncelés depuis cinq jours. Chaque habitant concourait à la défense des remparts; des femmes furent tuées les armes à la main et des juifs même faisaient, de gré ou de force, les corvées des batteries de la place. Peu de maisons restèrent intactes. Bien que l’incendie que nous comptions allumer avec nos bombes ou fusées incendiaires, n’eût causé à celles-ci que d’insignifiants dégâts, bon nombre furent ou percées ou lézardées par la commotion de nos projectiles.

A midi, le Général en Chef et le Duc DE NEMOURS firent leur entrée par la brèche. Ils se rendirent à la Casbah, au magnifique palais d’AHMED-BEY, puis à l’Hôpital des blessés qu’on installait en hâte dans l’ancienne maison du Khalifa.

Le 14 Octobre, les troupes qui avaient participé à l’assaut prirent leur casernement à Constantine et le reste de l’armée, consigné aux portes de la ville, demeura à ses bivouacs de la veille. Les approvisionnements pour les chevaux et les hommes regorgeaient dans les maisons maures, ils furent répartis par l’Intendance. Les Généraux commandant les brigades vinrent s’installer en ville et le Général en Chef, le Prince, ainsi que tout l’Etat-Major prirent possession du Palais du Bey. Une proclamation rassurante fut adressée aux habitants. L’entrée des mosquées était interdite aux soldats.

Le 15 Octobre, le Général VALÉE fit paraître un ordre du jour qui enjoignait aux habitants d’apporter, sans délai et sous peine de sanctions capitales, les armes et les munitions dont ils pouvaient être détenteurs. Un second ordre s’adressait aux troupes et les invitait à cesser immédiatement le pillage général dont la ville offrait déjà les traces.

Le 16 Octobre, le Duc DE NEMOURS, qui avait désiré témoigner sa satisfaction aux troupes pour leur belle conduite, les passa en revue sur le lieu même de l’attaque Le spectacle en fut la fois émouvant de simplicité et grandiose du fait de l’événement qu’il consacrait.

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Anisette , brochettes , kémia , merguez , bars et cafés d’Alger des années 30

Posté par lesamisdegg le 7 octobre 2019

Cafés d’Alger

Que l’on parcoure les venelles sombres et glissantes de la Casbah ou bien que la promenade conduise vers les grandes artères de la ville européenne, partout, les établissements où l’on boit sont emplis d’une clientèle nombreuse. Dès l’ouverture et jusqu’à ce que soit atteinte l’heure réglementaire où doivent être fermées les portes, un va-et-vient incessant anime ces lieux de façon d’autant plus étrange que les magasins voisins paraissent déserts.

Au café maure, le café des bons musulmans, turbans et chéchias se pressent en une houle étrange et presque silencieuse. Les indigènes, en effet vont au café davantage pour jouer aux dominos ou aux échecs que pour ingurgiter quelques liquides. Deux joueurs, ayant chacun une consommation, sont entourés par cinq ou six badauds se contentant de humer la vapeur odorante d’un thé à la menthe ou d’un « caoua » épais. L’intérêt du jeu semble les attirer davantage que la dégustation d’un liquide chaud. Le caouadji d’ailleurs trouve cela tout naturel et sait très bien attendre les commandes, sans les provoquer. Parfois même vient-il se pencher sur l’épaule d’un client pour juger de l’opportunité des coups joués. Avec les dominos, les échecs sont le jeu préféré des habitués des cafés maures. Soit que les joueurs se prélassent sur des nattes simplement étendues à terre et au bord desquelles s’alignent les chaussures, soit qu’ils utilisent des chaises branlantes ou des bancs en bois quelque peu noircis. Ils ont une qualité assez rare chez les joueurs européens : ils observent le silence le plus complet. On n’entend alors que le bruit mat des pions sur la table ou sur le damier aux carrés de bois en relief. Dans un coin, il n’est pas rare de voir un ou plusieurs vénérables vieillards paisiblement endormis ou rêvant au paradis d’Allah. Quelques yaouleds effrontés, profitant de la demi-obscurité du coin où se trouve la plonge, vident plusieurs fonds de verre et se sauvent, agiles, à travers les jambes des consommateurs. Dans un angle, rougeoie le feu de charbon sur lequel est posée la grande marmite de cuivre rouge qui reflète des lueurs infernales. L’air est quelque peu encombré d’une odeur sui generis particulière,  presque indéfinissable, mais où domine cependant un relent de suint tout à fait caractéristique. Aussi, lorsqu’on a déposé le minuscule verre louche où du thé brûlant vous a été servi pour une somme allant de dix à vingt-cinq centimes, est-on tout heureux de replonger dans l’air vicié de la rue et qui, cependant, semble bien plus léger aux poumons. Il y en a partout, de ces cafés maures ; quelques-uns sont de véritables caves où seule la fumeuse lueur d’un antique quinquet à pétrole essaie de percer les ténèbres. Mais, lorsqu’il fait beau temps, les clients désertent l’intérieur et, sans façon, s’installent sur le pas de la porte, forçant les passants à sauter, en plus des rigoles, une série de jambes étendues. Beaucoup de caouadjis, l’heure de la fermeture arrivée, transforment leur salle en dortoir. C’est là que vient alors se réfugier la pègre à laquelle, malheureusement pour elle, se mêle souvent un indicateur de la police. Mais ceci est autre chose…

 

café maure

café maure

 

Bab-el-Oued et Belcourt possèdent aussi d’innombrables cafés d’importances différentes, mais attirant les mauvais musulmans qui boivent de l’alcool. Ceux-ci d’ailleurs ne s’en cachent point et certains même en sont fiers :

—« Qu’est-ce qu’y boivent, les z’hom’ ?

—« L’aniset’ !! »

Et de grandes claques amicales sont appliquées de part et d’autre… en attendant que le couteau ou le pistolet ne soit sorti des poches.

Il est, dans le quartier de la Marine, un établissement au caractère tout à fait spécial et dont la clientèle est le plus souvent fournie par les bateaux de touristes : « Les bas-fonds ».Derrière un comptoir imposant, un nain, très connu à Alger et dénommé « Coco », verse à boire à la clientèle. La « kémia » abondante procure au palais une certaine irritation incitant à boire. Et puis de multiples attractions permettent à l’ingénieux barman en foulard rouge de garder sa clientèle chez lui un peu plus longtemps. Des boîtes à surprises, plus ou moins agréables, d’un goût pas toujours très raffiné, font lire ou effrayent les visiteurs. Dans un coin sombre brille le couperet d’une guillotine grandeur naturelle ; dans un autre, un squelette aux allures bizarres fait pousser des cris d’horreur aux femmes émotives et rire les farceurs. Les murs, sont tapissés d’une foule d’objets pour le moins bizarres et de provenances bien différentes. Il y a des têtes de chiens naturalisées, des crânes humains, de chiens, de lapins et autres animaux ; des poissons aux formes fantastiques voisinent avec des armes indigènes ; des bateaux miniatures enclos dans des bouteilles de tailles différentes sont suspendus entre un casque allemand et une courge sèche extraordinairement longue ; un véritable arsenal, des coquillages étranges, des peaux de fauves, s’étalent aux murs, dominés par une photo-charge de « Coco ». Un accordéoniste virtuose ne cesse de jouer valses, javas et tangos et l’atmosphère de ces lieux ressemble, sous l’éclairage au néon, à celle d’un bouge de la grande capitale. Le tube de gaz incandescent donne aux visages des reflets cadavériques, les couleurs sont irréelles et les liqueurs, de par ce sortilège, prennent des teintes inédites. « Les bas-fonds » sont d’ailleurs le seul établissement où l’on trouve des particularités étranges qui, avec le cordial accueil fait aux consommateurs, en font le succès mérité.

 

 

"Bas-fonds"

« Bas-fonds »

 

Quant aux cafés normaux, ceux où l’on déguste l’anisette, ils sont légion. Il en est de vastes et presque opulents, comme de tout petits et modestes. L’un de ces derniers, près de la place du Gouvernement, est une véritable bonbonnière où ne peuvent à la fois s’approcher du comptoir que quelques altérés. Et cependant, « Tout va bien » est l’enseigne de ce petit trou de rat où les consommateurs se remplacent sans cesse et sont accueillis le mieux du monde. Là encore, la fameuse « kémia » est extraordinairement variée et, pour les gosiers solides, d’un goût pimenté des plus parfaits.

Quant aux amateurs de brochettes, ils ont toujours satisfaction lorsqu’ils vont par exemple à « La saucisse à Michel » où l’acre et grasse fumée du foie grillé se mélange à la senteur d’anis. Ouvriers en cotte bleue et sandales, viennent déguster les merguez et les brochettes avec délices et sont heureux d’entendre les bruyantes exclamations qui couvrent les bruits de la rue.

—« Brochettes, jeune homme ? »

 

 

brochettes

brochettes

 

Le « jeune homme » est souvent assez âgé pour être le père du garçon, mais cela est sans importance. Ici, tout le monde est jeune parce que tout le monde parle haut, gesticule avec véhémence, rit à gorge déployée, entrechoque les verres avec un réel plaisir. Il arrive bien parfois que l’un des consommateurs ait la tête lourde de fumées d’alcool. Alors, on voit en ces lieux un « collègue » au bon cœur ramener l’égaré presque chez lui, le soigner, le rendre plus stable. Car, malgré, ou peut-être à cause des brochettes, de la «kémia» et des anisettes, ce n’est là qu’une réunion de braves gens au cœur généreux. Presque partout une guitare, une mandoline ou un accordéon égrènent, dans l’air fumeux, une chanson connue que fredonnent aussi quelques lèvres. Lorsque l’air est triste chacun baisse le ton et s’il est bien exécuté, il arrive que le silence s’établisse. Puis, dans la sébile, tendue par un enfant ou un aveugle, tombent les pièces de nickel. Enfin, on se sépare lorsque le garçon, sur un ton élevé s’écrie : « à la Chine ! » et fait tinter le plus fort possible le verre ébréché dans lequel il jette adroitement la monnaie du pourboire.

Dans le centre de la ville, les cafés ayant droit au qualificatif de « grands » voient défiler une clientèle différente. Le matin, les employées des grands magasins viennent rapidement ingurgiter un café crème, caquettent un instant et se sauvent en riant, non sans avoir coulé au petit jeune homme qui lit distraitement le journal, une œillade parfois provocante. Aux heures d’ouverture des magasins, c’est une foule jeune et rieuse qui s’entasse là, puis disparaît comme une volée de moineaux. A une table, de vieux messieurs, très- comme il faut, font une belotte muette, tandis qu’à leurs côtés, le marchand de sandwiches « tout chauds » joue au « tchik-tchik », le contenu de sa boîte blanche surmontée d’un tuyau de cheminée. C’est encore là que, profitant d’une encoignure sombre, les amoureux, par couples, jouissent de quelques instants heureux, négligeant de vider leur verre, enfoncés autant qu’ils le peuvent au creux des banquettes, ignorant ce qui se passe autour d’eux, mais inquiets de voir les aiguilles de la pendule aller beaucoup trop vite à leur gré. Seul, le marchand de « caoucaou sali », grâce à son insistance de mauvais goût, leur démontre qu’ils ne sont point seuls. Quelques jeux d’adresse ou de hasard retiennent encore des clients ayant en poche une certaine quantité de menue monnaie en trop.

Les brasseries sont vides aux heures intermédiaires de la journée et ne voient se garnir leurs tables qu’aux heures de l’apéritif ou du digestif. Des messieurs cossus et des dames à l’allure très digne, s’installent, montrant ostensiblement, qui un complet neuf, qui une fourrure de prix. Les verres sont plus grands et sont à peu près tous emplis de boissons aux teintes différentes, alors que jusqu’ici nous n’avions à peu près vu que la couleur laiteuse de l’anisette. Un orchestre en smoking, ou bien une troupe de russes, hommes et femmes, ou de viennoises, sont le point de mire de toute l’assistance, tandis que des garçons, ayant numéro à la boutonnière, tenue noire et tablier blanc, exécutent, avec un plateau chargé, de véritables tours d’équilibristes. La clientèle « chic » et les enragés de poker s’y donnent rendez-vous et constituent, en somme, la moyenne normale entre les habitués des cafés à anisette pure et ceux, plus relevés, ou se consomment d’autres boissons plus coûteuses pour le porte-monnaie et la santé.

 

 

bar chic

bar chic

 

Il est encore une catégorie de bars-brasseries fréquentés par une jeunesse dorée et, la plupart du temps, oisive. Alger en possède beaucoup par rapport à l’importance de la clientèle. Là, les jeunes personnes tenant à affirmer l’égalité absolue des droits de la femme et de ceux des mâles, viennent exhiber des jambes admirablement gainées de soie, des tailles bien prises, des bustes jeunes et très peu voilés. Ce sont, en général, de petites étudiantes (ou qui se font passer pour telles), heureuses d’aguicher quelques pauvres snobs ou les vieux messieurs décadents. Elles boivent avec assurance les cocktails qui leur sont offerts et jouent parfaitement les demi-vierges. Et de tout cela, il ne reste qu’une pile de sous-tasses à payer par le plus épris des grands dadais composant la cour officielle de ces petites reines, qui finiront tout bonnement dans la peau d’excellentes bourgeoises.

Il existe encore des cafés dont les tables sont le plus souvent transformées en bureau d’affaires et ceci malgré les louables efforts des hôteliers et limonadiers qui, trop corrects pour expulser ces indésirables, les supportent.

 

 

bureau d'affaires sous les  arcades

bureau d’affaires sous les arcades

 

Nombreuses sont aussi les brasseries que nous qualifierons de « mixtes », parce qu’elles sont en même temps le café où se trouvent non plus les petites jeunes filles dont nous parlions plus haut, mais d’autres personnes moins intéressantes, si ce n’est pour le vieux Monsieur à monocle ou le collégien en rupture d’internat. Demi-mûres, mûres ou blettes, parfumées à outrance, peintes comme l’est une carrosserie trop neuve d’auto, elles attendent, devant un verre de café au lait, l’âme charitable qui leur donnera peut-être l’illusion de revivre des temps à jamais révolus. Elles regardent d’un mauvais œil leurs concurrentes plus jeunes oui viennent parfois leur ôter, si l’on peut ainsi s’exprimer, le pain de la bouche. C’est surtout le soir, à la sortie des spectacles qu’elles font leur triste apparition, se blottissant dans le coin le plus sombre, mais demeurant quand même suffisamment visibles. Spectacle triste mais dont on se détache rapidement, grâce aux bruits divers des appareils à fabriquer le café, des verres choqués, des rires fusant au souvenir des passages comiques de la pièce que l’on vient d’entendre.

Et puis, pour terminer cette tournée des grands ducs, nous voici dans l’une de ces boîtes de nuit où se dégustent force cocktails, où les bouchons de Champagne rapportent cent sous aux entraîneuses ayant signé un contrat pour la somme de douze cents francs par mois. Atmosphère chargée de fumée de tabacs frelatés, de parfums, de transpiration. Bruits de rires qui sonnent faux et font mal au cœur, de voix éraillées, de jazz épileptique. Visions changeantes sous les éclairages divers d’épaules et de dos nus, de jambes gainées de soie, de visages de femmes, fatigués malgré le fard. Parfois, faisant tache au milieu de toutes ces pauvres filles l’une d’elles, moins exubérante, joue l’ingénue. Quelques vieux messieurs, échappés aux griffes Conjugales, se prélassent, très entourés, devant un seau à Champagne dont la bouteille est déjà vide. D’autres plus jeunes, dansent sans relâche, tandis que là-bas, une tête à favoris suit avec intérêt, sans trop se montrer, cependant, les évolutions chorégraphiques de la jolie brunette à l’air ingénu qui, enfin, a daigné accepter l’invitation à la danse. Tout à l’heure, lorsque, après quelques tangos, le danseur aura quitté sa cavalière pour un instant, celle-ci ira prudemment glisser quelques mots à l’oreille de la tête aux favoris qui disparaîtra presque aussitôt. Drôle de métier de part et d’autre : chercheuse et chercheur d’or… A deux heures, chacun passe au vestiaire. La tournée des grands ducs à Alger est finie.

 

 

boite de nuit

boite de nuit

 

Gérard Bessc.

 

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ALGER, rampe Valée, huit heures du matin. Louis LATAILLADE

Posté par lesamisdegg le 9 juin 2019

 

Une aube hésitante de février –1934- s’est levée sur la ville. Là-bas, au-delà de l’Amirauté, c’est un ciel allègre, un horizon marin dépouillé. Mais de lourdes nuées traînent sur la haute ville, mal contenues par le dôme de la Médersa et les bâtisses neuves dont la Casbah est bordée. On les devine gorgées d’eau comme une éponge. Leur suie contraste avec la blancheur des murailles, donnant à tout ce plâtre un éclat livide.  Et les yeux, d’instinct, laissent ce décor blafard pour chercher sur la mer des couleurs familières. C’est l’heure où le pas des ouvriers sonne plus clair sur le trottoir. Place du Lycée, les yaouleds crient l’Echo, la Dépêche et la Presse, la chéchia enfoncée jusqu’aux yeux et les pieds nus raidis de froid. Un tram grince,  et l’autobus bleu tendre s’élance vers le Frais-Vallon.

Sept heures. L’armée des balayeurs part à la conquête d’Alger. Voici les poubelles montées sur roues, chères au gouverneur Lutaud, piquées chacune d’un balai, superbe comme un étendard. Ce noir, qui pousse la sienne avec tant de dignité, on l’imagine, masque camus, torse musculeux, prosterné aux pieds d’un empereur romain ou debout dans l’arène des gladiateurs. A son bras, la plaque de cuivre du service vicinal devient un trophée.

Sept heures et demie. Mon ami Joseph boit sa première anisette.

Je prends alors la rue Sidi-Abderrahmane-el-Salhi, que plus communément on nomme escalier Marengo. A gauche, les murs du lycée; à droite, la grille du jardin. « Il est défendu, sous peine d’amende, de jouer au ballon dans cet escalier », annonce par deux fois un écriteau municipal. C’est pourquoi, sans doute, en attendant l’heure de la classe, ces gamins s’acharnent après une maigre pelote. Tout en haut des marches, un bec de gaz en forme de croix se découpe sur le ciel gris. Deux ouvriers, les mains aux poches, la casquette narquoise, grimpent à grandes enjambées. Trois filles en cheveux, qui descendent bras dessus, bras dessous, les frôlent au passage. Ils se retournent, elles rient, mais un coup de vent disperse leur rire et franchit la grille pour agiter toutes .les palmes du jardin. Les larges feuilles des bananiers ont ployé sous les averses nocturnes. Des débris de pots cassés s’enfoncent dans l’humus et, de toute cette végétation matinale, se dégage une odeur humide, une vapeur mouillée. On aurait presque le cœur serré si, là, parmi la verdure, n’éclataient point les taches dorées des oranges, des oranges rondes, menues, naïves, comme dans une miniature de Racim. Il semble qu’il suffirait de tendre la main pour les cueillir. Ne doit-il pas les regarder, comme les fruits d’un paradis si proche à la fois et si lointain, l’éternel meskine qui psalmodie sa complainte à la porte de la mosquée ? En face de lui, un taleb enturbanné, assis à la turque sur une mince natte, des lunettes d’acier sur un nez bourgeonnant, lit son Coran en dodelinant de la tête. A portée de la main, le simple attirail des écrivains publies : deux encriers, du papier et des plumes. Une lettre finie, il plonge dans sa lecture sacrée.

Rampe Valée, ce sont toujours des gosses qui trottent vers l’école, cartable sous le bras. Mais leurs cris agitent peu le carrefour, encore mal éveillé sous le ciel menaçant. Un Arabe traverse, tangue nonchalamment sur ses jambes maigres, et mord dans un large beignet, tout dégoulinant d’huile grasse et de miel. Le parfum du pissoir inondé encense les affiches du Bijou-Cinéma. Le long de la mosquée, des formes immuables, accroupies en tas, et qu’on retrouvera, des heures après, dans la même posture, au même endroit. Déjà, deux petites mendiantes haillonneuses se collent au passant, comme de mauvaises mouches, répétant avec obstination : « Don’ moi un sou… Don’ moi un sou… Don’ moi un sou !… » A la porte de la mosquée, un vieux regarde l’effigie du paquebot Madonna, qui vient de partir vers la Mecque, et reste là, figé dans son burnous et dans sa méditation. Le  dôme de la Médersa est rond comme une mamelle. Ici s’ouvrent les escaliers de la Casbah. Mais pourquoi ces marches achoppées, ravinées, visqueuses, où la pluie a creusé des trous pareils à des chancres, pourquoi les a.-t-on baptisées « Boulevard de Verdun » ? Ce n’est pas là le moindre mystère de la Casbah d’Alger. Des Sénégalais descendent prudemment, se gardant de déraper sur leurs grosses semelles douteuses. Une vieille monte, ses pieds lourds d’œdème à l’étroit dans les souliers tordus, se hisse ‘péniblement, ahane, rajuste son voile. Comme elle, je m’arrêterai à chaque plate-forme, et ce sera pour regarder Bab-el-Oued et la mer. Voici le Lycée à vol d’oiseau, avec ses terrasses pavées de rouge, l’avancée du quartier Nelson, et l’enseigne du Majestic, soleil candide hérissé de rayons, comme ceux que les enfants tracent sur leurs cahiers. Là-bas, des vagues se gonflent, courent vers les rochers de Saint-Eugène, brisent leur écume. L’horizon s’est gâté et des brumes blanchâtres gagnent Notre-Dame d’Afrique et les coteaux de la Bouzaréa.

 

ALGER 1934

ALGER 1934

 

Ici, les immeubles de la Croix-Rouge attendent l’heure des consultations habituelles. Des femmes sont là, par groupes, debout, assises sur les marchés, ou quelque pâle enfant accroché à leur dos. Quelles misères, sous ces haïks bien ajustés? Une fillette contemple ses pieds soigneusement teints de henné, mais dont le talon n’est qu’une plaie. Tout à l’heure, elle repartira, faisant claquer dans l’escalier ses socques de bois, avec un pansement bien propre. Et quelle rue, quelle tanière absorbera son doux visage un peu grave, ses cheveux bien séparés par deux raies perpendiculaires, sa petite tresse dans le dos, raide comme une momie, et son sarouel de velours rose ?

Tout là-haut, le campement des gitanes est silencieux, abandonné. On cherche la magnifique pouillerie en plein air, les jeux des gosses demi-nus, l’opulence échevelée des matrones, l’éclat des jurons espagnols. Peut-être, toute la tribu s’est-elle serrée frileusement sous cette tente, dont une étrange auto, jaune et noire, défend l’entrée. Mais devant l’école franco-arabe, c’est une bousculade de chéchias criardes autour de la plaque, de zinc du marchand de calentita.

Je laisserai la triste Prison Civile pour emprunter le chemin d’El-Kettar. Face aux terrains militaires, des badauds se sont attroupés, et je m’approche. C’est un manège en plein vent, une simple piste, où un sous-officier fait tourner un cheval au dressage. Chômeurs invétérés, vagabonds sans pain et sans gîte, que le refuge voisin a sans doute abrités cette nuit, ils sont tous là, mangeant des yeux, sans dire un mot, la belle bête, crinière volante, qui trotte, s’arrête, repart, soumise à la voix et au fouet. Je songe à l’instinct qui a immobilisé tous ces miséreux en extase devant ce cheval, devant le cheval, antique orgueil de leur race. Et soudain, une fanfare éclate; dissimulé derrière les eucalyptus, un orchestre militaire répète, arrachant à tous ses cuivres un air désolant de musique foraine, qui s’étire sous le ciel bas et m’emplit le cœur d’un sourd désespoir. Je chasse avec peine l’image d’une fête de village, en France, dans la boue. Mais des pigeons tournent dans le ciel, et le marteau du ciseleur arabe, devant le cimetière, frappe les stèles de marbre, blanc. Une passerelle franchit la brèche des fortifications, si légère qu’on l’imagine s’effondrant. Un homme passe, tenant deux chiens en laisse. Et comme j’ai suivi le mur du cimetière, Bab-el-Oued, tout d’un coup, a surgi sous mes yeux. Un fragile arc-en-ciel, né là-haut des casernes, de l’acropole du dey Hussein, perd vers la Cantera une arche impalpable. Comme je cherche à la saisir, parmi la masse des maisons, une pluie fine et froide se met à tomber, qui m’oblige à fuir. Mais je me retourne encore, et le faubourg, une dernière fois, me tend son visage, tout mêlé de larmes et de soleil.

Louis LATAILLADE.

 

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ORAN mai 1509 , re-CONQUISTA

Posté par lesamisdegg le 22 mai 2019

16 Mai. – Départ de l’armada dans la matinée de CARTAGENA.

17 Mai, vers midi. La vigie maure placée au sommet du Pic d’Aïdour (Santa Cruz) signale l’apparition, au large, de l’Armada, Vers 20 heures. Ximénés, avec les galères, entre dans le Port de Mers e!-Kébir. Les 86 autres navires rejoignent peu à peu. Aussitôt l’ancre jetée Ximénès reçoit Rodtiguez Diaz, se fait renseigner par lui sur la situation et réunit un Conseil de guerre qui, malgré l’avis contraire de Pedro Navarro, approuve le débarquement immédiat préconisé par le Cardinal.

Vendredi 18 Mai. Avant le jour toute l’infanterie est débarquée et échelonnée sur la route d’Oran, sa tête un peu au Sud de St André actuel. L’artillerie légère débarque ensuite. Puis, malgré l’avis de Pedro Navarro qui estime inutilisables la grosse artillerie et la cavalerie, Ximénés fait débarquer ces 2 armes. Vers 15 heures, après avoir passé les troupes en revue, il donne l’ordre d’attaquer de suite contrairement à la volonté de Pedro Navarro de n’attaquer que le lendemain.

Enfonçant, avec son artillerie légère et une colonne d’assaut, la gauche ennemie, Pedro Navarro gagne le Pic d’Aîdour (Santa Cruz) d’où sa droite, avec la cavalerie, descend sur Yfré –les planteurs et la Porte de Tlemcen –pointe sud-est de la casbah -, en contournant ta Casbah par le Sud.  Panique du reste de la ligne ennemie qui se voit, en même temps, tournée sur son autre aile par l’escadre avec des chaloupes de débarquement. Poursuivant les fuyards la pique dans les reins, les Espagnols escaladent la muraille du front Nord en profitant de son point faible et peuvent s’emparer ainsi de la Porte de Canastel.

A 18 heures les Espagnols sont maîtres d’Oran, à l’exception de la Casbah, des 2 Mosquées et de quelques maisons en pierres où se sont retranchés tes derniers défenseurs. Les Espagnols ont perdu, 30 hommes.

Samedi 19 Mai. Prise de la Grand Mosquée. La petite Mosquée et les maisons fortifiées se rendent à discrétion, aussitôt après. Le Gouverneur de la Casbah fait savoir qu’il se rendra à Ximénès lui-même.

 

Prise d'Oran mai 1509

Prise d’Oran mai 1509  ;  chapelle mozarabe de la cathédrale de Tolède

 

 

Dimanche 20 Mai. Entrée de Ximénès dans Oran. Il traverse la ville en cortège et monte à la Casbah où le Gouverneur lui remet les clefs. Délivrance des 300 captifs Chrétiens de la Casbah. Les Espagnols ont fait eux 6.000 prisonniers Maures au moins.

Lundi 21 Mai. Ximénès dédie la Grande Mosquée à notre Dame des Victoires et de l’Annonciation, et la Petite Mosquée à Saint Jacques (Santiago), patron de l’armée. Il décide la création d’un hôpital militaire consacré à Saint-Bernard –futur couvent San Bernardo -. Il implante un couvent de Franciscains et un autre de Dominicains. Enfin il institue l’Inquisition à Oran. Des cavaliers venus des environs se heurtent aux avant-postes Espagnols placés dans les jardins et se replient de suite.

Mardi 22 Mai. Ximénès nomme Gouverneur de la Casbah Villaroel. Celui-ci prend pour lieutenant Alonzo Castella d’Alcala avec 300 soldats de Castorla et 50 cavaliers d’élite.

Mercredi 23 Mai. Cédant la place à Navarro, Ximénès, refusant toute escorte, part de Mers-et-Kébir avec un seul navire et suivi de ses familiers domestiques.

< Diégo de Vera, Vianelli, les duumvirs laissés pour remplir les fonctions de « Juges »et  Navarro l’accompagnent jusqu’au navire. Etait-ce par simple politesse ou par émotion vraiment sentie, était-ce par crainte des rapports qu’il pouvait faire sur leur compte, ou par une sorte de superstition qui leur faisait redouter que Ximénès emportât avec lui les chances de succès, toujours est-il qu’ils semblent transformés. Ils le supplient de ne pas les abandonner et Navarro se fait remarquer parmi ceux qui insistent le plus et qui multiplient les protestations de respect et d’affection à l’égard du Cardinal. Mais Ximénès ne revenait jamais sur une décision prise. Délibérer avec le plus grand soin, agir avec une imperturbable constance, parler peu et rester toujours calme, c’était sa politique ordinaire. Le jour même, Ximénès, favorisé jusqu’au bout par un temps admirable, entrait au port de Carthagène. (Nelly Blum).

Il achète un Brigantin pour faire le courrier d’Oran et remet 1.000 écus d’or à Villalobos avec mission d’assurer par Malaga le service des troupes d’Oran.

Gal  Didier 1927

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arabo-Islamisme durant « la bataille d’Algérie française » par J.P.LLEDO

Posté par lesamisdegg le 12 février 2019

Du panislamisme phagocyteur du panarabisme

El Halia, 20 Août 1955. La guerre est déclenchée par le FLN,  le 1er Novembre 1954 : ce jour-là, fête de tous les Saints à l’origine, le peuple catholique rend hommage à ses morts. Le choix de la date préfigure l’alternative nationaliste inventé dès 1945, ‘’la valise ou le cercueil’’. Mais la première opération militaire d’envergure de l’ALN, Armée de Libération nationale, a lieu le 20 Août 1955 à midi. C’est un vaste pogrom qui vise au faciès tous les civils non-musulmans de Philippeville et de sa région, et auquel participent des milliers de paysans et de citadins. Ordre leur est donné par les commandos qui les encadrent de prendre n’importe quelle arme et de faire le maximum de victimes en un minimum de temps. 130 non-musulmans périssent. Le triple de blessés. Dans la séquence que vous verrez, le personnage principal, un ingénieur agronome, interroge un membre d’un des trois commandos qui agirent à El Halia, un village minier d’environ 120 personnes d’origine italienne, où furent tués et mutilés une quarantaine de femmes, vieillards, enfants et mineurs.

5 Juillet 1962 à Oran. Deux jours plus tôt, l’Algérie est devenue indépendante par voie de référendum. Le 5 Juillet est aussitôt désigné comme le jour de sa commémoration annuelle. Ce jour-là, et les suivants, se déroule dans la 2eme plus grande ville d’Algérie, un pogrom qui vise au faciès tous les civils non musulmans. L’historien Jean-Jacques Jordi, sur la base d’archives françaises, en a dénombré plus de 700 – ‘’Un silence d’Etat’’, Jean-Jacques Jordi, Ed SOTECA, Paris, 2011 – . C’est la journée la plus meurtrière de toute la guerre d’Algérie. Et elle a été minutieusement organisée (rafles dans la rue, transport vers des lieux de détention, notamment les Abattoirs, interrogatoires musclés, avant les égorgements massifs au dit ‘’Petit Lac’’, sans parler de la foule encouragée à assouvir ses instincts sanguinaires.

Enseignements Le fait que la guerre de ‘’libération’’ ait commencé et fini par un massacre de non-musulmans est loin d’être un hasard. Le message en est limpide : faire comprendre aux non-musulmans qu’ils n’auront plus de place dans une Algérie indépendante. Dans le 1er extrait, le tueur dit : ‘’Chez les Français, ce sont les femmes qui commandent, et quand elles verront ce qui s’est passé ici, elles diront à leurs maris : allez partons !’’. Or au moment de l’indépendance, il y a encore trop de non-musulmans, environ 200 000 personnes, et parmi les 800 000 qui sont déjà partis, beaucoup pensent revenir ‘’si les choses se calment’’…

Avant, pendant, et après 1954, le « nationalisme » algérien n’a qu’un seul   …

horizon : l’arabo-islamisme. Pour adhérer au principal parti de Messali Hadj, on doit jurer sur le Coran. En 1949, certains de ses dirigeants, kabyles donc ne se reconnaissant pas dans l’arabité, demandent à ce que la future république algérienne  ne se définisse plus par l’arabo-islamisme. Ils sont exclus.  Cette idéologie ethnico-religieuse irrigue autant la Déclaration du 1er Novembre 1954 dont le but est un Etat souverain ‘’dans le cadre des principes islamiques’’, que la 1ère Constitution algérienne qui institue ‘’l’islam, religion d’Etat’’, et en vertu de laquelle le Code de la Nationalité énonce que seuls les musulmans pourront être  automatiquement algériens.  En 1955, deux dirigeants, qui dans les années 70 seront des ministres de Boumediene, disent dans des assemblées d’étudiants algériens à Paris : « Avec un million d’Européens, l’Algérie serait ingouvernable ! (Bélaïd Abdeslem) et  « L’Algérie, n’est pas un manteau d’Arlequin » (Reda Malek). – Témoignage d’André Beckouche. Thèse d’histoire sur le rôle des Juifs algériens dans la lutte anticoloniale, publiée en 2013 par Pierre-Jean Le Foll-Luciani.- Des décennies après, d’autres dirigeants eux-mêmes l’avoueront aussi. Ben Khedda, le président du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), écrit dans ses Mémoires : « En refusant notamment la nationalité algérienne automatique pour un million d’Européens, nous avions prévenu le danger d’une Algérie bicéphale. ». –  « La fin de la guerre d’Algérie », Benyoucef  Ben Khedda, Casbah Ed. 1998, Alger. « Accords d’Evian » – Réda Malek Le Seuil, 1990, Paris  -  Et toujours le même Réda Malek explique que les négociations  France – GPRA qui durèrent 3 années, s’achevèrent lorsque qu’assuré de pouvoir exploiter le pétrole saharien durant encore 10 ans, De Gaulle entérina le refus des Algériens d’accorder la nationalité algérienne aux non-musulmans. Et Malek de s’exclamer : « Heureusement, le caractère sacré arabo-musulman de la nation algérienne était sauvegardé.

Le double langage Certains objectent que le FLN fit des déclarations laissant entendre que les citoyens non-musulmans pourraient avoir une place dans l’Algérie indépendante. Mais ils taisent le fait qu’elles ne furent pas très nombreuses

 

et surtout qu’elles n’étaient que des annonces de propagande pour l’international, la gauche européenne et le monde communiste. Mais au même moment, comme le révèle l’historien contestataire Mohamed Harbi, nous apprenons par une archive du FLN, qu’en 1961, Lakhdar Ben Tobbal, un grand dirigeant se trouvant au Maroc, rassure  ainsi des militants FLN inquiets par les différents Appels du GPRA et du FLN aux Juifs et aux Européens d’Algérie en 1960 et 1961 : « Ces textes sont purement tactiques. Il n’est pas question qu’après l’indépendance, des Juifs ou des Européens soient membres d’un gouvernement algérien. ». –  Les Archives de la révolution algérienne, Mohammed Harbi, 1981, Ed Jeune Afrique -A l’origine de ce double langage, il y a tout simplement le langage nationaliste algérien qui s’enracina toujours dans le vocabulaire religieux, lequel devint tout à fait visible et audible lors des périodes soit l’insurrection de Mai 1945, soit dès novembre 54. Toutes deux sont un djihad. On les mène au même cri d’Allah ou akbar (Allah est le plus grand), car elles se font pour la Cause de dieu, ‘’ fi sabil illah !’’. L’ennemi est kofar (mécréant), le combattant un ‘’moudjahid’’.  Et l’on appelle à tuer les chrétiens et juifs - Nqatlou nsara ou Yahoud-  Dans chaque zone contrôlée par l’ALN, la justice s’applique en vertu de la charia : la mort pour les homosexuels, le nez coupé pour la désobéissance.

Histoires à ne pas dire -J.P. LLEDO

 

Le terrorisme contre les civils non-musulmans devient l’arme privilégiée. Bombes dans les cafés, les autobus, ou dans les stades, se conjuguent aux attentats individuels ciblés auxquels sont élus en particulier les Juifs, aux abords de synagogues, le samedi de préférence. Et il y eut plus de 80 instituteurs européens enseignant dans le bled quasiment uniquement à des enfants musulmans, qui ainsi périrent. « Bons ou mauvais, je ne faisais pas de différence » avouera Lakhdar Ben Tobbal dans ses mémoires. Car si le but final est de dissuader les non-musulmans d’envisager un avenir dans ce qui est pour eux aussi leur pays,

dans l’immédiat, ce qui est visé est de créer ‘’un fossé’’ entre les communautés. Et pour cela, rien de mieux que de faire couler du sang des deux côtés : car l’on sait que les représailles y contribueront autant que l’action elle-même. Le terroriste n’est-il pas appelé fidaï, celui qui se sacrifie pour la cause de dieu ?

Tout ce qui précède est tout à fait constitutif d’un imaginaire dominant, celui de l’islam. Ce qui pourrait sembler n’être que pure barbarie, n’est en fait que l’application de normes islamiques, et ce quels que soient les pays. Par exemple manger le foie de l’ennemi tué. Tout musulman sait en effet que pareille mésaventure arriva à l’oncle du Prophète Mohamed, Hamza b. Abdalmouttalib, et que depuis cette époque, dans des périodes de djihad, de pieux combattants, sans doute par vengeance, font subir le même sort à leurs victimes. L’acte chirurgical doublé de cannibalisme, filmé en direct, il y a quelques années en Syrie, émut le monde entier, mais a été pratiqué sous toutes les latitudes par toutes sortes de djihadistes. En Algérie, il y a quelques années, par les djihadistes du GIA, autant que par ceux de la  »guerre de libération ».  Et cet imaginaire formaté par l’islam, est dès l’origine marqué au fer rouge de la judéophobie. Car si le christianisme s’est fondé sur la mort de Yeshoua, l’islam lui a pour crime fondateur celui du massacre des 900 Juifs de la tribu des Banu Qurayza (‘’en âge de se raser’’, précise la biographie du prophète, la Sîra d’Ibn Ishaq), de par la main armée d’un poignard du prophète lui-même. L’épisode du hammam de Constantine (les Arabes n’y vont aux mêmes heures que les Juifs, à cause de… ‘’leur odeur’’) montre combien profondément la judéophobie structure l’inconscient collectif musulman.

Faux nationalisme. Tout ce qui vient d’être noté – Dans ‘’La dimension religieuse de la guerre d’Algérie’’ (Editions Atlantis, 2018, Allemagne), l’historien de la guerre d’Algérie, Roger Vétillard, en donnent ‘’45 preuves’’ –  dit assez qu’en Algérie, comme dans le reste du monde musulman, la surenchère du religieux vise à pallier l’insuffisance voire l’inexistence d’une conscience nationale. Un chef militaire fell , Si Abdallah, témoigne : « Nous n’arrivions pas dans une mechta en soldats révolutionnaires mais en combattants de la foi et il est certain que

l’islam a été le ciment qui nous permit de  sceller notre union… Les nationalismes du monde musulman ont toujours été des nationalismes contre, contre la puissance non-musulmane (l’impérialisme ottoman, n’est jamais perçu comme un colonialisme, parce que musulman). Ils n’ont jamais été des nationalismes pour, pour l’édification de sa propre nation, comme l’ont été les nationalismes européens du 19eme siècle.

Aussi pour justifier l’option militaire, les dirigeants fells diront-ils qu’ils n’avaient plus d’autres moyens d’exprimer leurs revendications. Ce qui est totalement faux, puisqu’à partir des années 20, le mouvement politique et social est en croissance continue (nombre de partis, de syndicats, d’associations, journaux, revues, meetings, manifestations politiques et artistiques, etc…), ce qui laisse entrevoir une voie pacifique vers l’indépendance avec l’ensemble de ses populations…

 

 

JP LLEDO 23-01-2019

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Alger Casbah 1959

Posté par lesamisdegg le 18 décembre 2018

Choses vues dans la cabah-II- Expédition rue du Diable et aux trémies de la rue des Zouaves

      M. Moussa, qui doit me guider dans ma randonnée à travers la Casbah, est exact au rendez-vous. M. Moussa est fonctionnaire; il contrôle à longueur de journée le travail des âniers dans la haute ville depuis trente ans. C’est dire qu’il a vu défiler toute une génération d’âniers et d’innombrables petits ânes au cours de sa carrière.

Je fus jadis, en compagnie de mon camarade le grand peintre Jean Launois, un familier de la Casbah. Nous la parcourions en tous sens durant les années heureuses, et nous y comptions de solides amitiés : Postillon, le commissaire borgne des dames de petite vertu de l’endroit; José, mon vieil ami gitan; Jean le Maltais, qui tenait une cave au comptoir de laquelle se présentait chaque jour un énorme bourricot, équipé de ses chouarris.Cet âne avait été gratifié, un matin, par un des clients de la cave, d’un morceau de sucre. Il s’en était régalé et depuis, chaque jour, il faisait irruption dans l’établissement de Jean pour réclamer sa ration. Deux autres ânes faisant équipe avec lui l’attendaient patiemment au bas de la rue. Ce manège avait duré cinq ans, ce qui représente un nombre respectable de morceaux de sucre…

 

l'asnier ouargli  , chiari et bourriquot

l’asnier ouargli , chouari et bourriquot

 

M. Moussa se souvenait fort bien de cette histoire. A son tour, il évoqua l’aventure de « Il est fort », un bourricot qu’on avait surnommé ainsi à cause de sa prodigieuse vitalité. Celui-là ne se contentait pas d’un simple carré de sucre : il exigeait du pinard ! Cette déplorable habitude lui était venue du jour où, descendant la rue de la Casbah, il avait eu la fantaisie de tremper ses babines dans la cuvette aux trois quarts pleine de vin où « Messaoud », le mouton-fétiche de « La cave des amis » (un autre phénomène), était accoutumé à venir se désaltérer. Cette cuvette, destinée à recueillir les gouttes s’écoulant du robinet de bois d’un tonneau mis en perce pour la vente de vin au détail, se trouvait toujours à même le sol, à l’entrée de la boutique. Tout le quartier en avait bien ri, mais « Il est fort » avait vu son surnom troqué contre celui de « kilo ». Ce dont il se moquait éperdument, les ânes ne comprenant rien au pataouette. Cependant, de telles facéties ne sont point en honneur chez les ânes du dépôt Nord. Il s’y rencontre encore quelques loustics, mais qui se contentent de fouiller de leur museau les chouarris de leurs coéquipiers pour y cueillir quelque croûton de pain ou quelque reste de macaronis. Ce qui est anodin…

La plupart des âniers sont originaires d’Ourgla, l’oasis des ânes. Les Ouarglis montent à dos d’âne très jeunes, et s’ils apprécient les qualités de ces animaux, ils en connaissent fort bien les défauts. Et les ânes le savent bien qui ne se font pas prier pour obéir docilement aux injonctions gutturales de leurs maîtres. Pour un bourricot, « Harrré…hi » signifie : avance ; « Ohhôôô » signifie arrête ! Encore faut-il savoir lancer ses commandements avec énergie et avec l’intonation désirable sans quoi, ouallou ! L’âne n’en fait qu’à sa guise ! M. Moussa, lui, est né plus au Nord. Il est originaire de Ghardaïa, pays où les gens se consacrent traditionnellement au négoce. Il a choisi d’être fonctionnaire. C’est un sage…

Après une rapide prise de contact, dans la haute Casbah, avec le chef d’îlot qui abrite ses services dans une minuscule pièce dotée d’une table et d’un téléphone qui le tient en liaison constante avec le dépôt, nous partons à la recherche d’une des équipes assurant le nettoiement de la Casbah. La centaine d’ânes valides qui constitue l’effectif actif du dépôt y est répartie par équipes de trois.     Chaque équipe a la charge de six rues dont elle connaît admirablement la topographie, le même secteur étant affecté une fois pour toutes à la même équipe. Nous choisîmes pour la circonstance un secteur au relief mouvementé : celui de la rue du Diable, qui porte bien son nom. Lorsqu’on en gravit les marches, tout en haut, on aperçoit pourtant, à la sortie du tunnel qui la couvre entièrement, un petit coin de ciel bleu. Mais lorsqu’on en dégringole les marches, il fait sombre, on risque à chaque instant de se rompre le col et cette « descente aux enfers » ne manque pas d’être impressionnante. Au moment où nous y arrivons, un petit âne s’apprête à tenter l’escalade. L’air goguenard -je me trompe peut-être en prêtant aux ânes des sentiments qu’ils n’ont jamais eus- ses deux compagnons d’équipe se sont effacés pour le laisser partir seul à l’assaut de la rue du Diable. Il en est ainsi chaque fois qu’une impasse débouche -tel un affluent- sur la ruelle principale. Un seul âne suivi de l’ânier pénètre dans l’impasse, tandis que ses co-équipiers attendent patiemment, dans la rue, son retour pour éviter d’irrémédiables embouteillages. Un énergique « Harrré…hi » ponctué d’un coup de baguette fait comprendre à notre bourriquet que le temps des tergiversations est passé, et c’est poussé par son ânier qu’il se décide enfin à gravir les premières marches. Mais les chouarris obstruent le passage et une vieille Mauresque qui descend ne doit son salut qu’à la rapidité avec laquelle elle s’est plaquée contre la muraille. Suit un concert de protestations indignées qui ne troublent en rien l’ânier et son âne grimpant obstinément la ruelle. Seul, maintenant, le bruit des poubelles vides heurtant le sol parvient jusqu’à nous, et ce n’est que quelques minutes plus tard qu’apparaîtront deux points brillants trouant l’obscurité. Ce sont les yeux de l’âne qui redescend en assurant posément ses pattes sur chaque marche pour ne pas être entraîné par le poids des chouarris pleins à ras-bord. De son côté, pour faciliter la manœuvre, l’ânier remplit l’office de frein. Il retient de toute sa force le bourricot par la queue… Il en ira ainsi chaque jour où les mêmes scènes se renouvelleront dans chaque ruelle de la Casbah.

 

rue du diablerampe des zouaves

rampe des zouaves

 

Puis, les chouarris remplis-ce qui représente un poids de 80 kilos environ par bourricot-, les équipes s’achemineront à petits pas vers la trémie de la rampe des Zouaves où s’effectue la collecte des ordures. Le spectacle y est assez divertissant. Des files d’ânes font la chaîne devant la plate-forme de la trémie, avant de déverser le contenu des chouarris dans l’orifice du tuyau aboutissant aux camions de maraîchers stationnés en contre-bas. En attendant de se présenter à reculons, sans qu’on les en prie, devant la trémie, les petits ânes goûtent des instants de repos qu’ils mettent à profit pour se régaler de quelque tranche de pastèque piquée dans le chargement du voisin.

Quant aux âniers, ils profitent de cette détente pour plaisanter : « Ya Hamou! Combien as-tu récolté de petites cuillers ce matin, dans ton sac? «  (Les âniers portent, suspendu à la ceinture, un petit sac destiné à recevoir tous les objets hétéroclites égarés dans les poubelles par les ménagères distraites.). Hamou de répondre en découvrant ses dents blanches : « Toutes celles que tu n’as pas ramassées en faisant ta tournée, ya H’amar, car toi, tu dormais debout, ce matin.  Ce qui, d’après les dires d’un troisième larron, n’avait absolument pas d’importance, car dans le monde des âniers on sait bien que les ânes sont capables de se diriger seuls, et même de guider leur maître. J’avais l’occasion, le soir même, de vérifier l’authenticité de cette boutade en assistant à la rentrée des ânes.       Une fois débarrassées de leurs chouarris, les bêtes se dirigeaient seules, en effet, dans les écuries, vers leurs places respectives où les attendait dans leur mangeoire une abondante ration de paille fraîche et d’avoine, récompense bien méritée de leurs bons et loyaux services.

Charles Brouty  (textes et dessins de l’auteur 1959) 

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ALGER : la vie des petits ânes du service municipal du nettoiement

Posté par lesamisdegg le 14 décembre 2018

Visite du « dépôt Nord »

Au pied de la colline où s’étayent les innombrables petites tombes blanches du cimetière d’El-Kettar, une vaste bâtisse longe la route du Frais-Vallon. Elle abrite le dépôt Nord des services du nettoiement de la Ville d’Alger.  Dépôt singulier : des écuries y tiennent lieu de garages, de petits ânes y font l’office de camions-bennes et aux nocives vapeurs d’essence se substitue, ici, une bonne odeur de campagne fleurant la paille et la bruyère.  D’aucuns prétendent que ça sent tout bonnement le crottin. Ceux-là préfèrent sans doute aux braiments sonores des ânes, l’appel bruyant des klaxons et la pétarade des moteurs.   Qu’importe ! Tant que demeureront les ruelles escarpées, les couloirs des escaliers de la casbah, seuls les petits ânes équipés de chouarris pourront assurer la propreté de la haute ville.

L’hôpital des ânes

Lorsque je pénètre dans la grande cour du dépôt quelques ânes somnolent le long d’un mur. Ce sont les malades. Les autres, les valides, sont déjà partis.  Une propreté méticuleuse règne partout. Les écuries, l’infirmerie, les ateliers sont « briqués », lavés à grande eau.   J’aurai l’impression de m’être égaré dans quelque service hospitalier lorsque j’apercevrai tout à l’heure, le vétérinaire du lieu, en sarrau blanc, sortant d’un laboratoire ripoliné, une impressionnante seringue à la main. Le liquide jaune contenu dans la seringue de 25 centimètres cubes n’est autre que du sérum antitétanique qui a dû être injecté à un animal sévèrement blessé.  Les ânes malades ont l’oreille basse, le regard voilé. Ils courbent tristement l’échine. J’étais bien près de me les imaginer accablés sous le poids de quelque affreux malheur lorsque l’homme au sarrau me confia en riant

« L’air malheureux ! … Pensez-vous… ils ont sommeil, tout simplement. Les ânes adorent dormir… ».

Sur ces quelques mots raisonnables mes illusions prenaient fin.          Parmi les malades, quelques-uns soufraient de rhumatismes, d’entorses ou de maladies articulaires imputables à la gymnastique que leur impose de continuels va-et-vient dans les ruelles escarpées de la Casbah; d’autres étaient atteints de maladies inhérentes, malgré toutes les précautions prises, au contact de la peau avec les détritus des poubelles.    D’autres, enfin, étaient vieux. Leurs pelages blanchis l’attestaient. A ceux-là on donne à boire non point de l’eau de jouvence, mais quelque potion vitaminée destinée à les ragaillardir.         La balnéothérapie est également prodiguée avec succès au « dépôt Nord ». L’air béat, un âne subissait une séance de balnéation continue. Des heures durant un mince filet d’eau échappant d’un tuyau fixé au garrot irriguait sa patte malade.    Ainsi, placées sous la surveillance constante de vétérinaires spécialisés, les bêtes seront capables d’assurer dans de bonnes conditions et pendant de longues années – dix à douze – une dure besogne quotidienne.

La fabrique de balais

Après avoir souhaité, du fond du cœur, un prompt rétablissement à tous les malades, je vais me rendre, en compagnie d’un chef de service, aux ateliers où l’on confectionne les balais.         Chemin faisant, j’apprends que la ville en consomme à elle seule, en moyenne de cent à cent vingt par jour… Pas étonnant, après cela, qu’Alger ait la réputation d’une des villes les plus propres du monde…         Dans une petite cour, une dizaine de noirs d’Ourgla – des Ouargli – assis à même le sol sont occupés à trier des tiges de bruyère qu’ils assemblent méthodiquement selon leur longueur et leur grosseur en faisceaux équilibrés.    Ces bruyères, venues des environs (c’est la forêt de Zéralda qui est maintenant exploitée) sont apportées par camion entiers deux fois par semaine.. Quel merveilleux emploi que celui de préposé à leur cueillette ! …  Les ébauches de balais sont confectionnées en un temps record. Devant l’habileté de ces hommes je ne peux m’empêcher de remarquer à l’oreille de mon cicérone que ce sont de véritables artistes.  Ce qui me vaut cette réponse sibylline : « Aouah ! C’est pas des artistes « ça » ! Ici, c’est le refuge des affligés !…Eh oui, m’sieur ! Tous ceux qu’on ne peut pas employer sur la voie publique, on les met sur une voie de garage… alors c’est ici ! » En tout cas,  affligés ou pas, je constate que les artistes seront toujours de grands méconnus.     Les ébauches sont ensuite dirigées vers l’atelier de finissage où elles sont immergées dans l’eau bouillante d’une énorme chaudière, afin de les assouplir et leur donner un galbe qui augmentera considérablement la surface portante au sol du futur balai.    Cette opération, désignée sous le nom de coudage, est réalisée grâce à un appareillage qui a été entièrement conçu et fabriqué au dépôt « avec les moyens du bord », me fait-on plaisamment remarquer. Dans un local voisin, on borde des muselières de tresse du plus gracieux effet. Mais les ânes méchants – ça existe – n’en paraissent pas plus fiers pour ça…

Nous accédons ensemble, par une une rampe en pente douce, aux magasins et entrepôts du premier étage. Tout un impressionnant matériel allant du boulon aux manches de balais, en passant par des pelles, les crochets, les pots de peinture, les tinettes et les poubelles de toutes formes – et de tous gabarits – (il existe des poubelles de marché, des tinettes à pansements pour les hôpitaux, des tinettes hermétiques en pêcherie) – est soigneusement étiqueté et rangé.       Une pièce est réservée à l’habillement du personnel. Pendus aux plafonds sur des cintres ou rangés sur des étagères, des bleus, des tabliers, des bottes : l’uniforme du parfait ânier.

Les ânes ont droit, eux aussi, à la sollicitude des pouvoirs publics. Il a été prévu à leur intention des bardas en peaux de mouton que j’aperçois alignés. Ces bardas sont destinés à préserver l’échine de bêtes du contact des chouarris malodorants.       Heureux ânes que ceux du service de nettoiement du dépôt Nord de la ville d ‘Alger ! Il ne leur manque plus, en vérité, pour ressembler à leurs frères d’Andalousie, que des pompons multicolores et quelques petites sonnettes tintinnabulantes pour annoncer, de loin, leur arrivée aux ménagères de la Casbah. C’est là que je m’en irai les retrouver demain, en compagnie de Monsieur Moussa, dans l’exercice de leurs fonctions.

Choses vues dans la casbah

Charles Brouty  (textes et dessins de l’auteur 1959)

l'hopiral des anes

l’hopiral des anes

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BALLADE DES KÉMIAS en ALGER

Posté par lesamisdegg le 14 juin 2018

Rangées en double-file, au long des vieux comptoirs, dans leurs soucoupes rondes, comme des passages cloutés, les kémias qui se marient à l’anisette, et qu’on grignote en les variant, à chaque fois, pour en mélanger les saveurs, et qui vous incitent à boire, à boire sans arrêt toutes les anisettes du bas quartier….

Il y a des kémias appétissantes qui sont comme un casse-croûte copieux. Et d’autres qui ne sont là que pour les yeux. Des kémias jaunes, vertes, rouges, multicolores ; à l’huile ou au sel ou au persil….

Aux Bas-fonds il y a des variantes acidulées, qui vous piquent les yeux et vous emportent le palais. Il faut en manger avec modération. Et chez Bava, où l’on vous sert de ces crevettes, qu’on décortique, et qui vous pincent les papilles et font venir l’eau à la bouche, des crevettes grillées !

Mais je préfère à toutes les kémias, les kémias de Bab-el-Oued ! Je me souviens d’une salle petite et enfumée, pleine de peintures ternies qui dataient de très longtemps : sur le gril, une jeune femme brune faisait cuire des saucisses au piment. Mais pour cette kémia de roi on demandait, un supplément. Et avec cette kémia-là on buvait plutôt du moscatel ou du bénichama (vin doux des coteaux de Mascara).

Qui chantera les kémias de la Cantère  , les fèves, les oignons, les olives farcies, les anchois luisants, et la salade de concombre ? Ah, qui chantera les kémias des bars mal famés de chez nous ? Dans les brasseries bourgeoises de la ville on sert des frites dorées dans des soucoupes, et ils appellent cela la kémia.

Mais c’est là-bas, à Bab-el-Oued, que se fabriquent les brochettes, sur les fourneaux en terre cuite.

 

kémia au port d'Alger 1930 Marius de Buzon

kémia au port d’Alger 1930
Marius de Buzon

 

Je sais qu’à Belcourt aussi il y a la kémia, la vrai kémia des vieux bistrots de notre enfance. Ce sont des amandes grillées que l’on vous sert, des amandes salées ou sucrées selon les goûts et les sexes, et des cacahuètes dans leur chemise brune qu’on fait sauter du pouce, et des tramousses qui s’ouvrent en deux quand on les mord et qui ont un goût fade..

Mais j’aime mieux, à la marine, ce vieux café où des pécheurs jouent à la Ronda, et où l’on boit de l’alicante, et où la kémia c’est une tomate à l’huile sous un hachis d’oignon, et des pommes de terre bouillies qu’il faut éplucher. Ou bien les sardines salées de ce caveau de la Basséta, où les anciens qui ont la blouse noire glissée dans le pantalon de velours et le feutre sur l’œil embroussaillé, s’affrontent en des palabres avec des gestes de menace….

Et les kémias de toutes sortes de la Casbah .kémias vertes ou rouges, défilé des kémias au long des comptoirs délavés, kémias qu’on prend avec les doigts et que l’on gobe en levant la tête et en prenant garde de se salir. Dans les bars à la page, il y a des torchons pour s’essuyer les mains et des kémias dont on ne parle pas dans les livres et qui sont d’Alger pourtant.

Kémias de Bab-el-Oued, kémias du Marabout, kémias de la Marine, à l’heure où l’on prend l’anisette, debout, dans les vieux bars du vieux faubourg.

Cafés d’Alger où blanchit l’anisette, comme un hiver, et où fleurit, comme un printemps, la Kémia…

A. GEA     1932 05

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