711 invasion musulmane de L’ESPAGNE

Posté par lesamisdegg le 11 juillet 2016

Le 11 juillet 711, les mahométans défont les troupes de Rodrigue, roi wisigoth qui règne sur l’Espagne chrétienne. Cette bataille de GUADALETE va livrer aux musulmans la plus grande partie de la péninsule ibérique pour près de sept siècles

Les Wisigoths, une tribu germaine venue d’au-delà du Rhin trois siècles plus tôt, avaient d’abord créé un royaume autour de Toulouse. Ils en avaient été chassés par les Francs de CLOVIS et s’étaient repliés sur la péninsule espagnole.

A  l’aube du VIIIe siècle, Wittiza, un roi wisigoth, est démis de ses fonctions. De dépit, il appelle à l’aide un seigneur musulman , l’émir de Tanger. Les chrétiens d’Occident ont  à cette époque une notion très floue de l’islam et le voient plutôt comme une secte chrétienne que comme une religion rivale. L’émir de Tanger envoie à son nouvel ami une armée berbère commandé par Tarik ibn Zyad.

C’est ainsi qu’en avril 711, 6000 guerriers débarquent en Espagne. Le lieu du débarquement est un rocher qui prendra le nom de Gibraltar (ar «djebel al Tarik» montagne de Tarik). Les musulmans s’emparent d’Algésiras et s’avancent vers Cordoue. Ils se heurtent bientôt à l’armée du roi Rodrigue.

La rencontre est dite bataille de Guadalete . Bien que les Wisigoths soient très supérieurs en nombre aux envahisseurs, la victoire revient à ces derniers suite à la trahison des deux frères de Wittiza. Le roi Rodrigue périt dans l’affrontement.

Tarik n’a plus beaucoup de mal à s’emparer de Cordoue, Séville, Grenade… Il est rapidement rejoint par l’émir Mousa . Les vainqueurs soumettent rapidement la plus grande partie de l’Espagne. En quelques années, la résistance chrétienne est balayée. Elle ne subsiste que dans quelques vallées isolées de la chaîne cantabrique, à l’extrême nord de la péninsule.

Les envahisseurs  traversent les Pyrénées. Ils se heurtent à Toulouse au duc d’Aquitaine. La victoire de ce dernier redonne courage aux Wisigoths réfugiés dans la chaîne cantabrique. Leur chef Pélage bat les musulmans à Covadonga, près d’Oviedo. Cette bataille symbolise le début de la reconquête de la péninsule par les chrétiens -la «Reconquista»-..
bataille de GUADALETE

Miss V. Pédia.

 

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Le massacre d’ORAN-the massacre of Oran- 5 7 1962

Posté par lesamisdegg le 5 juillet 2016

 

11 h Le sirocco s’est levé, depuis quelques minutes et, bien que nous roulions sur la route de Tlemcen à Oran à plus de 100 à l’heure, l’air qui nous fouette est brûlant. A la sortie d’un petit village écrasé de chaleur, nous sommes arrêtés par deux soldats de l’ALN qui portent des mitraillettes tchèques en travers de la poitrine. L’un d’eux s’approche, entre sa tête dans la voiture et avec un grand sourire nous serre la main à tour de rôle; nous repartons.

12h20 -Dans les faubourgs d’Oran, autre barrage. Brusquement, il n’est plus question d’amabilité. Un soldat de l’ALN ouvre ma portière avec violence, et me fait littéralement tourbillonner hors de la voiture. Là, il me pose sa mitraillette sur le ventre pendant qu’un autre me fait lever les bras et me fouille de la tête aux pieds.  Mon collègue Biot, se fâche « Enfin, qu’est-ce qui vous prend ? Nous sommes journalistes ! » Aussitôt, changement d’attitude. La mitraillette s’abaisse « Il y a eu des coups de feu devant la mairie -m’explique le soldat-. Il y a beaucoup de blessés et beaucoup de morts; ça tire encore en ce moment ». 

the massacre of oran  1962 07 -galéa jean misères de la guerre 1967

the massacre of oran 1962 07 -galéa jean misères de la guerre 1967

 Nous sommes stupéfaits. Je demande »Qui a tiré ? » C’est l’OASSE, bien sûr ! Au loin, nous entendons crépiter des coups de feu ponctués d’explosions.


12h50 -Nous roulons au pas. Notre hôtel n’est qu’à 500 mètres, mais il me semble qu’il nous faudra des heures pour y parvenir. Autour de nous, des soldats musulmans embusqués dans les porches des maisons tirent à l’aveuglette.

12h55 -Nous embouchons le boulevard du 2e Zouaves. Une mitrailleuse lourde se déchaîne, puis une autre. Nous restons paralysés. Puis, brusquement, je réalise et je me mets à brailler « Mais, bon sang, c’est sur nous qu’ils tirent! ». « Marche arrière » crie Biot. La voiture bondit en arrière dans un hurlement de pignons. Nous virons à toute allure, en marche arrière. Je bloque les quatre roues, moteur calé. Nous nous précipitons vers un porche. Tout cela n’a pas duré plus de cinq secondes. Nous n’avons pas le temps de souffler. -Haut les mains ! Nos bras jaillissent vers le ciel. Je crie: -Nous sommes journalistes. L’autre, un ATO à mitraillette, se fige aussitôt et nous exécute un irréprochable «présentez armes».

13h -L’ATO est monté sur le capot de la voiture et nous dirige vers le Commissariat central: -Là-bas, vous serez en sécurité, dit-il. En fait, à peine arrivés, nous nous retrouvons tous à plat ventre sous les balles qui viennent d’on ne sait où.

13h20- Nous avons trouvé refuge dans une caserne de zouaves… Un cadavre est écroulé devant la porte de la caserne. C’est un musulman que d’autres civils musulmans ont poursuivi jusqu’ici. Avant même que les zouaves aient eu le temps d’intervenir, le malheureux a été abattu d’une balle de revolver, puis achevé à coups de crosse et à coups de couteau. Le corps n’a plus rien d’humain. La tête est à moitié arrachée.

14h -A l’abri dans la caserne, nous montons sur la terrasse et, à la jumelle, nous regardons ce qui se passe: les voitures fouillées, les ambulances de la Force locale qui passent, hérissées de mitraillettes. Vers le quartier Saint-Eugène, un vacarme énorme se déclenche. Mortiers, grenades, mitrailleuses lourdes, tout y passe. Une demi-heure plus tard, on tire toujours à Saint-Eugène. De notre côté, les choses semblent calmées. A la jumelle, je vois deux soldats français fouillés par des civils musulmans en armes.

15h -Un capitaine qui commande un détachement de zouaves a réussi à faire libérer les Européens retenus prisonniers par les ATO au Commissariat central.

15h15 -Je vois une longue colonne d’Européens qui remontent la rue, plus de quatre cent. Les visages sont durs, fermés, certains tuméfiés. La colonne est silencieuse. C’est un spectacle poignant. A 15h30, les tirs se sont tus.

17h30 -Les rues sont désertes.

Le lendemain, on cherche des explications. Quel est le bilan ? Comment la fusillade a-t-elle démarré ? Sur les causes de la fusillade, il court deux versions différentes. On parle, bien sûr, d’une provocation OAS, mais cela semble peu vraisemblable. Il n’y a plus de commandos, ou presque, parmi les Européens qui sont demeurés à Oran… On parle aussi de règlements de comptes politiques entre musulmans. Or, on raconte en ville que, durant la nuit du 5 au 6, nombre de musulmans ont été collés au mur en ville arabe et fusillés. On ajoute que parmi eux, il n’y avait pas que des pillards. Ceci tendrait donc à confirmer la thèse du règlement de comptes. Peut-être s’agit-il tout simplement d’un coup de feu lâché par inadvertance ou par enthousiasme par l’un de ces nombreux jeunes musulmans qui étaient descendus en ville avec un revolver passé dans la ceinture ? Déjà au soir du 1 er juillet, on dénombrait un grand nombre de morts et de blessés en ville musulmane, morts et blessés simplement victimes de fantasias.

Ce qui est certain, c’est que cette fusillade fut le résultat d’une crise d’hystérie collective durant laquelle les coups de feu partirent dans tous les sens. Un autre élément est le fait que quinze cadavres européens qui se trouvent à l’hôpital civil d’Oran, treize ne portent pas de blessures par balle, mais ont bien été tués à coups de couteau. Quant au bilan des morts et des blessés, on ne saura jamais avec certitude ce qu’il en a été. Les victimes musulmanes furent immédiatement emportées en ville arabe et, comme le Coran le prescrit, enterrées le jour même; il est demeuré impossible de faire un dénombrement exact des victimes…

C’est sur nous qu’ils tirent!  par Serge Lentz

extrait du Paris-Match n°692, 14 juillet 1962

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ORAN juin 1962

Posté par lesamisdegg le 30 juin 2016

Les 29 et 30 juin 1962 , l’Espagne du général Franco vient au secours des Pieds-Noirs en affrétant deux ferrys < le Victoria et le Virgen de Africa > .Pour accoster le long des quais d’Oran il aura fallu longuement parlementer avec les autorités françaises réticentes .

Le 30 à 10 h du matin , malgré l’opposition du de Gaulle , le général Franco donne l’ordre à ses capitaines d’embarquer les Pieds-Noirs , faisant fi de la pression imposée par la France .
Franco prévint de Gaulle qu’il était prêt à l’affrontement militaire pour sauver ces Pieds-Noirs abandonnés sur les quais d’Oran et livrés à la barbarie des terroristes djihadistes fells. De Gaulle est également informé que l’aviation et la marine de guerre espagnoles sont en route jusqu’aux eaux internationales , face à Oran .
Face à la détermination du général Franco , la France cède et le samedi 30 à 13 h ces 2 bateaux espagnols ont pu embarquer 2200 Pieds-Noirs , 85 voitures et un camion .Lors de l’embarquement , les courageux capitaines espagnols durent s’opposer à la montée d’une compagnie de CRS sur leurs bateaux , des CRS qui voulaient lister tous les Pieds-Noirs embarqués à destination de l’Espagne.
Finalement à 15 h 30 , les quais d’Oran , noirs de monde se vidèrent . Les bateaux espagnols prirent enfin la mer malgré une importante surcharge .
De l’arrivée jusqu’au départ des ferrys espagnols , les Pieds-Noirs scandaient :

< Viva España ! Viva Franco !!>.

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Télégraphe aérien en Algérie

Posté par lesamisdegg le 22 juin 2016

Tandis que la télégraphie aérienne était sur le point de disparaître en France, le gouvernement résolut de l’introduire en Algérie pour prêter son concours aux opérations militaires. M. Alexandre, fonctionnaire de l’administration, fut chargé d’aller étudier sur place l’établissement de grandes lignes et d’organiser le personnel nécessaire, et, au mois de juin 1844, le Ministre de la guerre prit un arrêté organisant définitivement la télégraphie dans toute l’Algérie. Un réseau aérien fut construit en Algérie de 1844 à 1854, sous la direction de M. César Lair. Les travaux furent exécutés par le génie militaire, d’après les données fournies par les employés du télégraphe. Ils ne furent pas d’ailleurs sans danger : souvent il fallut s’entourer de bataillons, pour protéger les travailleurs contre les attaques des arabes.

Les lignes partant d’Alger desservaient vers l’ouest et le sud-ouest : Blidah, Milianah, Médéah, Cherchell, Tenez, Orléansville, Mostaganem, Oran, Sidi-Bel-Abbès et Tlemcen ; vers l’est : Aumale, Dellis, Bougie, Sétif, Constantine, Philippeville, Guelma, Bône, et enfin vers le sud-est : Batna et Biskara. Les postes télégraphiques ne ressemblaient pas à nos stations françaises. C’étaient de véritables blockhaus, flanqués de deux petits bastions, et environnés d’une palissade, percée de meurtrières. Ainsi mis à l’abri, le poste télégraphique pouvait résister à toutes les attaques des malfaiteurs. Il faut dire néanmoins, qu’ils n’eurent jamais à repousser aucune attaque.

En raison de la pureté habituelle de l’atmosphère, les stations télégraphiques de l’Afrique française étaient séparées par une distance de douze kilomètres. M. César Lair avait simplifié les signaux, ainsi que le vocabulaire, et ces réformes judicieuses accéléraient sensiblement le passage des dépêches.

L’appareil télégraphique fut réduit à sa plus simple expression. Il ne consista plus qu’en un régulateur fixe, avec deux indicateurs mobiles ; le tout soutenu par deux poteaux parallèles. Un vocabulaire spécial dut être appliqué à l’appareil ainsi modifié par la suppression d’une des pièces principales.

Par son extrême simplicité, le télégraphe d’Afrique présentait moins de chances de dérangements et fatiguait peu l’opérateur. Il rendait plus facile le passage des dépêches, au moyen de son vocabulaire, aussi riche que celui de France, quoique basé sur un nombre de signaux moindre

Pour établir très-rapidement les lignes, M. César Lair fit construire des supports formés de deux poteaux obliquement croisés aux deux tiers de leur hauteur, et pouvant se fermer comme les deux lames d’une paire de ciseaux. La partie la plus longue des poteaux se démontait en deux pièces, et les indicateurs de la machine pouvaient se replier, avec leur queue, sur le régulateur. Un télégraphe, machine et support, démonté et replié, ne présentait pas une longueur de plus de 3 mètres, et pouvait facilement être transporté par un seul mulet. En un quart d’heure, il pouvait être déchargé, monté et prêt à fonctionner. « C’était là, dit M. Gerspach, le véritable télégraphe aérien de campagne, vainement cherché sous la République et l’Empire ». Les stationnaires étaient choisis parmi des sous-officiers en congé, habitués, par un long séjour, au climat de l’Afrique et aux mœurs du pays.

La télégraphie aérienne a parfaitement fonctionné pendant quinze ans, dans notre France d’Afrique, sous la direction de M. César Lair. Elle fut remplacée, en 1859, par la télégraphie électrique. M. César Lair, le même qui avait fait construire, en 1844, la première station de télégraphie aérienne, faisait démolir le dernier blockhaus de télégraphe aérienne.

1844 Algérie

1844 Algérie

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Saint Jacques « matamore »

Posté par lesamisdegg le 22 mai 2016

La bataille de Clavijo opposa, le 23 mai 844, les troupes du roi Ramiro Ier des Asturies à l’armée maure de d’Abdul-Rahman II.

Ramiro Ier vient de subir une sévère défaite à Albelda, face à l’armée d’Abdul-Rahman II.S’étant retiré sur la proche colline de Clavijo pour passer la nuit, saint Jacques lui apparaît en songe, l’encourage à reprendre les armes le lendemain et l’assure de sa protection. Au cours de ce nouveau combat, monté sur un destrier étincelant de blancheur, l’apôtre prête main forte à ses protégés, qu’il mène à la victoire, et libère du tribut les cent vierges que l’émir percevait chaque année depuis le règne de Mauregat des Asturies.

matamoros

matamoros

 

Le 25 mai 844, en signe de gratitude, le roi institue le Voto de Santiago, un tribut dû à la cathédrale de Compostelle, renouvelable chaque année, sur les céréales, par les agriculteurs du Nord de la péninsule Ibérique. Ce tribut n’est aboli qu’en 1812 par les Cortès de Cadix.

Il s’agit de la première manifestation historique de saint Jacques en matamore. Ces événements mythiques ont un large impact sur la population chrétienne de la péninsule. L’écho de la victoire de Clavijo mobilise tout un peuple et transforme un ensemble de combats régionaux en croisade nationale, la Reconquista.

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GALOUFA

Posté par lesamisdegg le 8 mai 2016

Durant la première moitié du vingtième siècle , dans toute l’Algérie française , sévissait un « capteur de chiens » surnommé le « galoufa ».

Albert CAMUS en fait une superbe description dans « le premier homme ».

 

Ce fonctionnaire municipal opérait à peu près à la même heure, mais, selon les nécessités, il faisait aussi des tournées d’après-midi.

C’était un arabe habillé à l’européenne, qui se tenait ordinairement à l’arrière d’un étrange véhicule attelé de deux chevaux, conduit par un vieil arabe impassible. Le corps de la voiture était constitué par une sorte de cube de bois, sur la longueur duquel on avait ménagé, de chaque côté, une double rangée de cages aux solides barreaux. L’ensemble offrait seize cages, dont chacune pouvait contenir un chien, qui se trouvait alors coincé entre les barreaux et le fond de la cage. Juché sur un petit marchepied à l’arrière de la voiture, le capteur avait le nez à la hauteur du toit des cages et pouvait ainsi surveiller son terrain de chasse. La voiture roulait lentement à travers les rues mouillées qui commençaient à se peupler d’enfants en route vers l’école, de ménagères allant chercher leur pain ou leur lait, en peignoirs de pilou ornés de fleurs violentes, et de marchands arabes regagnant le marché, leurs petits éventaires plies sur l’épaule et tenant de l’autre main un énorme couffin de paille tressée qui contenait leurs marchandises.

Et tout d’un coup, sur un appel du capteur, le vieil arabe tirait les rênes en arrière et la voiture s’arrêtait. Le capteur avait avisé une de ses misérables proies, qui creusait fébrilement une poubelle, jetant régulièrement des regards affolés en arrière, ou bien encore trottant rapidement le long d’un mur avec cet air pressé et inquiet des chiens mal nourris. Galoufa saisissait alors sur le sommet de la voiture un nerf de bœuf terminé par une chaîne de fer qui coulissait par un anneau le long du manche. Il avançait du pas souple, rapide et silencieux du trappeur vers la bête, la rejoignait et, si elle ne portait pas le collier qui est la marque des fils de famille, courait vers lui avec une brusque et étonnante vélocité, et lui passait autour du cou son arme qui fonctionnait alors comme un lasso de fer et de cuir. La bête, étranglée d’un seul coup, se débattait follement en poussant des plaintes inarticulées. Mais l’homme la ramenait rapidement jusqu’à la voiture, ouvrait l’une des portes-barreaux et, soulevant le chien en l’étranglant de plus en plus, le jetait dans la cage en ayant soin de faire repasser le manche de son lasso à travers les barreaux. Le chien capturé, il redonnait du jeu à la chaîne de fer et libérait le cou du chien maintenant captif.

Du moins, les choses se passaient ainsi quand le chien ne recevait pas la protection des enfants du quartier. Car tous étaient ligués contre Galoufa. Ils savaient que les chiens capturés étaient menés à la fourrière municipale, gardés pendant trois jours, passés lesquels, si personne ne venait les réclamer, les bêtes étaient mises à mort.

Et quand ils ne l’auraient pas su, le pitoyable spectacle de la charrette de mort rentrant après une tournée fructueuse, chargée de malheureuses bêtes de tous les poils et de toutes les tailles, épouvantées derrière leurs barreaux et laissant derrière la voiture un sillage de gémissements et de hurlements à la mort, aurait suffi à les indigner. Aussi, dès que la voiture cellulaire apparaissait dans le quartier, les enfants se mettaient en alerte les uns les autres. Ils se répandaient eux-mêmes dans toutes les rues du quartier pour traquer les chiens à leur tour, mais afin de les chasser dans d’autres secteurs de la ville, loin du terrible lasso. Si, malgré ces précautions, comme il arriva plusieurs fois à Pierre et à Jacques, le capteur découvrait un chien errant en leur présence, la tactique était toujours la même. Jacques et Pierre, avant que le chasseur ait pu approcher suffisamment son gibier, se mettaient à hurler :

« Galoufa, Galoufa »

sur un mode si aigu et si terrible que le chien détalait de toute sa vitesse et se trouvait hors de portée en quelques secondes. A ce moment, il fallait que les deux enfants fissent eux-mêmes la preuve de leurs dons pour la course de vitesse, car le malheureux Galoufa, qui recevait une prime par chien capturé, fou de rage, les prenait en chasse en brandissant son nerf de bœuf. Les grandes personnes aidaient généralement leur fuite, soit en gênant Galoufa, soit en l’arrêtant tout droit et en le priant de s’occuper des chiens. Les travailleurs du quartier, tous chasseurs, aimaient les chiens ordinairement et n’avaient aucune considération pour ce curieux métier. Comme disait l’oncle Ernest : « Lui feignant ! » Au-dessus de toute cette agitation, le vieil arabe qui conduisait les chevaux régnait, silencieux, impassible, ou, si les discussions se prolongeaient, se mettait tranquillement à rouler une cigarette. Qu’ils aient capturé des chats ou délivré des chiens, les enfants se hâtaient ensuite, pèlerines au vent si c’était l’hiver, et faisant claquer leurs spartiates si c’était l’été, vers l’école et le travail. Un coup d’œil aux étalages de fruits en traversant le marché, et selon la saison des montagnes de nèfles, d’oranges et de mandarines, d’abricots, de pêches, de mandarines, de melons, de pastèques défilaient autour d’eux qui ne goûteraient, et en quantité limitée, que les moins chers d’entre eux.

 

L’origine de ce nom provenait de la première personne qui avait accepté cette fonction et qui se nommait réellement Galoufa

GALOUFA 1913 Drack-Oub

GALOUFA 1913
Drack-Oub

 

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La fête de l’Ascension à Santa-Cruz

Posté par lesamisdegg le 3 mai 2016

Alors qu’en 1849 le choléra ravageait la population d’Oran, le maréchal Pélissier aurait dit,  montrant les pentes du Murdjadjo, aux notables assemblés et effondrés :

« F…..- moi une Vierge, là-haut et vous verrez que l’épidémie cessera ! »

Les plaques commémoratives accrochées aux pilastres de l’autel de Santa-Cruz ne font pas mention de l’expression énergique du vieux soldat. Elles nous apprennent cependant que, durant l’épidémie de choléra de 1849 une modeste chapelle fut érigée par les soins de Mgr, Callot, premier évêque d’Oran, sur cet éperon de l’Aïdour. Un simple campanile exhaussait cette humble construction qui fut consacrée au culte de Notre-Dame du Salut par Mgr Pavy, évêque d’Alger.

En 1875, une tour surmontée d’une statue de Vierge remplaça le campanile. En 1899, Mgr. Cantel consacra, pour la deuxième fois, l’édifice que la ferveur populaire visitait déjà chaque année. Sous le même prélat, en 1905, Santa-Cruz fut entièrement détruite par un incendie, mais immédiatement reconstruite dans l’état même où nous la voyons aujourd’hui, en mai 1936.

La chapelle est facile à décrire. Bâtie sur une plateforme exiguë, au pied du fort de Santa-Cruz et à quelques trois cents mètres, à pic au-dessus du port, c’est une simple nef agrémentée vers la ville d’une petite terrasse et d’un clocher qui supporte la statue de la Madone. Aucune recherche architecturale n’a présidé à sa construction. Ce n’est pas une œuvre d’art, mais une œuvre de piété. Dans sa modestie, qui s’allie si bien à la condition du peuple qui la fréquente, elle semble plus pure, dépouillée: qu’elle est de tout ornement. Elle protège la ville .La population catholique d’Oran- espagnole pour une très grosse part- la vénère, tout autant que les Algérois Notre Dame d’Afrique, et les Marseillais Notre-Dame de la Garde.

Les murs, à l’intérieur de la chapelle sont recouverts d’exvotos de toute sorte. Car Santa-Cruz fait retrouver les objets perdus et l’affection d’un époux, conclure les mariages, sauver les enfants ou en donner aux femmes stériles, guérir les infirmités. Tout ce que l’on peut demander à une divinité supérieure, Notre-Dame du Salut l’accorde à ceux qu’elle touche de sa grâce. Et pour commémorer tous ces bienfaits, poupons dé biscuit rosé, voiles dé mariée, couronnes de fleurs d’orangers, cannes ou béquilles devenues inutiles, plaques de marbre gravées s’entassent dans la chapelle.

Le jour de l’Ascension, des files ininterrompues de pèlerins serpentent aux flancs de la montagne. De tous les points du département, français, espagnols, gitanos accourent autant par piété que pour suivre une tradition agréable. Certain de ces fidèles y viennent pour accomplir un vœu, les plus ardents font l’ascension pieds nus, ou encore, comme ces deux. associés dont les affaires s’étaient relevées grâce à l’appui de la Vierge, avec des haricots dans les souliers. Mais tandis que l’un d’eux s’arrêtait à chaque pas, jurant qu’il n’arriverait jamais au but, l’autre courrait et gambadait.

«  Ce n’est pas possible, lui dit le premier, tu n’as pas mis des haricots dans tes souliers?

Mais oui, répondit l’autre, seulement je les ai fait cuire. «

De nombreux excursionnistes s’installent dès le samedi soir, et couchent sur la terre dure, sur des couvertures, à la belle étoile ou à l’abri précaire d’une toile de tente. La nuit, de la ville, on voit les feux de leur campement scintiller autour de la chapelle. Aux premières lueurs du jour, la cloche tinte et les prêtres arrivent. Sans interruption, pendant toute la matinée sur un autel dressé en plein air, les messes succèdent aux messes, les fidèles aux fidèles. Des théories d’hommes, de femmes, d’enfants portant des couffins, des paniers à provisions, des bouteilles de bière, de vin, de limonade, montent et descendent. Tous les vendeurs de glace viennent offrir leur crème aux grimpeurs altérés.

Sur toute cette foule, que dominent les invocations de Lourdes,

« Seigneur nous vous adorons ! Seigneur, si vous le voulez, je serai guéri ! »

tourbillonnent, soulevés par le vent d’ouest, des nuages de poussière. Une violente odeur de cierges brûlés prend à la gorge les chanteurs extatiques d’« Ave Maria ». Des milliers et des milliers de bougies, de chandelles, se consument à l’intérieur ou à l’extérieur de la chapelle. La cire qui coule recouvre les rochers, les marches de l’église, les rend glissants et dangereux.

Pendant toute la journée, cette exaltation, cette atmosphère qui tient à la fois de la mystique de Lourdes et de la joie bruyante d’une kermesse règne sur la montagne. Et ce n’est que lorsque le soleil a fini de teinter de rose, de l’autre côté de la baie les falaises de Canastel, que les derniers promeneurs redescendent, harassés, pliant sur leurs genoux, les bras chargés de fleurs, de paniers et d’enfants, les sentiers qui les conduisent à la ville.

Santa-Cruz retrouve alors son calme et sa sérénité majestueuse.

Henri QUEYRAT.

 

pélerinnage à Santa-Cruz

pélerinage à Santa-Cruz

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ORAN en 1844

Posté par lesamisdegg le 19 avril 2016

Oran, capitale de la province de ce nom en Algérie, est bâti sur le bord de la mer, à l’est du pic Murdjadjo ou Santa-Cruz, dont les sommets sont couronnés par un fort et par un santon ou goubakouba-(dôme, marabout) arabe. Un ruisseau (Oued-el-Rahi –er rehi-, rivière des Moulins) sépare la ville en deux parties .Sur la rive gauche, la Vieille-Ville, la ville espagnole, assise entre le ruisseau et les pentes abruptes du Murdjadjo .Sur la rive droite, la Ville-Neuve, la ville arabe, qui, assise sur un plateau dominant le ravin, se continue à l’est et au sud, et forme la plaine d’Oran.

I-L’Oued-er-rahi a sa source apparente à mille mètres de son embouchure, au milieu d’une gorge étroite, dont les flancs escarpés sont composés de calcaires de nouvelle formation et riches en fossiles. Malgré un cours si peu étendu, son volume d’eau est assez considérable pour suffire aux besoins d’une population de 30 000 âmes, et sa pente assez rapide pour faire tourner un grand nombre de moulins A l’origine de la source, au Ras-el-Aïn ( la source), on a construit, depuis 1831 un petit monument qui sert de corps-de-garde, et d’où partent deux canaux conduisant les eaux aux diverses fontaines des deux villes , ce qui lui a fait donner le nom de Chateau-d’Eau.

II-La Vieille-Ville comprend trois quartiers séparés les uns des autres par des remparts : la Marine, la Planza-déformation arabe de la « plaza » de Oran-, la Vieille Kasbah.

A-Le quartier de la Marine, avant 1832, était peu considérable. Une douane, une manutention, un immense moulin à sept tournants, des hangars pour les fourrages de l’armée, des ateliers pour la marine et l’artillerie, y ont été construits par l’Etat-y compris les bâtiments espagnols-. Les particuliers, le haut commerce surtout, y ont fait bâtir des maisons et de vastes magasins pour entrepôts. Là où n’existait qu’un mauvais village de pêcheurs s’est élevée une ville tout entière. La rue principale de ce quartier, la rue de la Marine, traverse deux places, celle d’Orléans et celle de Nemours, décorées chacune d’une fontaine.

B-Le quartier de la Planza embrasse l’espace compris entre la Marine qu’il domine et la Vieille-Kasbah par laquelle il est dominé. En 1832, ce quartier n’était qu’un amas de ruines abandonnées depuis le tremblement de terre survenu dans la nuit du 9 octobre 1790, qui y causa d’affreux ravages. Restauré aujourd’hui, il est sans contredit le plus beau de la ville, et plusieurs de ses maisons ne dépareraient pas les jolies rues de Paris. C’est là que sont situés

- le Colysée- salle de spectacle-

-l’église chrétienne, construite sur les fondations de l’ancienne église espagnole

-l’hôpital militaire, sur l’emplacement de la principale mosquée du quartier-construite elle sur un couvent espagnol, dont on n’a conservé que le superbe minaret et les vastes bains publics –le bagne turc-qui en dépendaient.

-La mosquée de Sidi-el-haouari, dont une partie, celle où était le tombeau , est réservée au culte, et l’autre sert de magasin au campement militaire

-la place de l’hôpital-militaire

-le cours Oudinot, planté d’arbres depuis trois ans ; des cafés, des restaurants, des guinguettes s’y établissent à l’usage des promeneurs, et sa situation au centre des deux villes, au milieu des jardins, en fera bientôt une charmante promenade.

C-La Vieille-Kasbah, comme l’indique son nom, est une ancienne forteresse, entourée de hautes murailles : elle domine la ville, l’entrée du golfe et le ravin, et communique avec la ville par le quartier de la Planza, au moyen de deux portes, dont l’une correspond à l’ancienne Voierie, et l’autre à une rue carrossable ouverte par le génie.

III-La Ville-Neuve, sur la rive droite de l’Oued-er-Rahi, comprend la nouvelle Kasbah ou Château-Neuf (Bordj-el-Ahmar, fort Rouge), et une rue qui, sous des noms différents, se prolonge jusqu’au fort Saint-André ( Bordj-el-Saliha, fort des Spahis). Le Château-Neuf est une citadelle en bon état, bien bastionnée, bien flanquée, bien armée, qui domine la ville et la mer; elle ne contient que des bâtiments militaires créés ou restaurés depuis 1831, et l’ancien palais du bey d’Oran, qui sert d’habitation au général commandant la province, aux officiers d’état-major et du génie. L’ancien palais du bey était une délicieuse demeure, moins fantastique que celui du bey de Constantine, mais plus confortable. Le pavillon destiné au harem était un séjour aérien situé au point culminant du château, et d’où l’on jouissait d’une vue ravissante. Le bey, du haut de ce joli kiosque, plongeait ses regards dans toutes les maisons placées sous ses pieds, et étendait ainsi sur la ville entière son invisible surveillance. Un jardin de roses et de jasmins séparait ce pavillon du corps du palais. Dans l’intérieur du palais étaient deux parties distinctes : l’une l’habitation du bey, l’autre son palais proprement dit, où il trônait en souverain absolu, en pacha. Une galerie couverte mettait l’une et l’autre partie en communication. La partie de la nouvelle ville en dehors du Château-Neuf est presque tout entière groupée aux deux côtés d’une longue rue, tortueuse et rapide du pont à la place du Gouvernement, large et droite de la place du Gouvernement à la place Saint-André. Dans la première partie, elle s’appelle rue Philippe; dans la seconde, rue Napoléon. Parallèlement à la rue Napoléon, du côté du rempart et du côté du ravin, d’autres rues anciennes ou nouvelles complètent le quartier. On remarque en descendant cette rue :

-le pont, qui sert de communication entre les deux villes, très élevé au dessus du niveau des eaux, et d’une seule arche

-le tribunal civil et indigène, de construction française

- la place du Gouvernement au pied du Château-Neuf, et sur laquelle débouche la porte du Marché

-la mosquée la plus importante de la ville, à laquelle les Arabes donnent le nom de mosquée du Pacha, et qui a été bâtie par le bey Mohamed-el-Kebir, en mémoire du départ

1844 chateau-neuf , ravin , blanca oran

1844 chateau-neuf , ravin , blanca oran

des Espagnols. Le minaret de cette mosquée, consacrée encore au culte musulman, est le plus beau de tous ceux de l’Algérie

-une seconde mosquée sur la place Saint-André qui n’a d’importance que par sa communication avec la porte principale de la ville

-en dehors de la grande rue dans des espaces laissés libres par les constructions, le marché arabe, où les indigènes vendent le blé, le charbon, le bois, les laines…

- le marché français, marché ouvert, où Français, Juifs, Espagnols se font concurrence pour la vente des légumes, du poisson, de la viande.

-Trois fontaines principales, celles de la rue Mont-Thabor, de la rue Philippe et du Château-Neuf, fournissent de l’eau en abondance aux habitants.

IV-En 1832, un immense faubourg, nommé Kargantha, était annexé à la Ville-Neuve et habité par les Arabes Douaïr, Zmélah et Gharabah, gens du Makhzen. Il a été détruit sous le commandement des généraux Boyer et Desmichels, pour dégager les abords de la place. Il n’en reste qu’une mosquée qui a servi depuis lors de caserne au 2ième régiment de chasseurs d’Afrique, et autour de laquelle on a construit une caserne pour l’artillerie, et tout un faubourg nouveau, habité par des marchands d’eau-de-vie, de vin, de café, et de tabac.

V-Cinq forts concourent, avec les citadelles des deux villes et une enceinte continue, à la défense d’Oran : ce sont les forts Lamoune,  Saint-Grégoire, Sainte-Croix, Saint-André et Saint-Philippe. Les trois premiers sont échelonnés sur le rivage, sur les gradins du Murdjadjo, et défendent l’approche de la ville par mer. Le fort Saint- André, le plus avancé dans les terres, défend l’entrée du ravin dans lequel coule l’Oued-el-Rahi. Saint-Grégoire et Sainte-Croix peuvent également défendre la ville du côté de terre; mais leurs boulets, pour atteindre l’ennemi, passent par-dessus les tètes des habitants. Tous ces forts, de construction espagnole, sont en bon état.

Telle est la ville d’Oran à la surface du sol .La ville souterraine ne serait pas moins curieux à étudier. Les Espagnols avaient fait communiquer leurs forts entre eux au moyen de galeries profondes. De nombreux éboulement ont rendus la plupart des passages impraticables.

 « le magasin pittoresque »

 NB: Oran marine , la rue de la marine deviendra vite la rue d’Orléans en hommage au duc puis la place d’Orléans deviendra la place Emerat

Oran ville-neuve , la place du gouvernement sera la place du marché puis d’armes , la rue Napoléon deviendra « de la révolution »

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Printemps sur ORAN

Posté par lesamisdegg le 3 avril 2016

Enfin, le beau temps est revenu. Dans le ciel de lapis-lazuli où voguent quelques nuages floconneux, pareils à un troupeau de nomades moutons, le soleil resplendit animant le paysage de ses rayons. C’est à présent qu’il fait bon se lever avant l’aurore. Je ne connais rien de plus délectable que de partir vêtu d’un léger costume, mon chien fidèle trottinant à mes chausses, vers les hautes falaises qui dominent la Cueva del Agua et le Ravin blanc. L’air du large fortement saturé d’iode, pénètre en mes poumons, les dilatants d’extase. Sur les flots, là-bas, vers l’horizon s’attarde une buée légère, le dernier voile de la nuit. A mes pieds, au fond de l’abîme, les vagues, doucement, caressent les rochers. L’onde est transparente, d’un bleu d’émeraude, jamais troublé Le port s’éveille et la cité aussi. Dans les branches des ficus et d’un caroubier, les oiseaux pépient joyeusement. D’un petit jardin tout proche me parviennent les senteurs des fleurs printanières. Et je songe que la nature lance vers le ciel, vers l’Etre suprême, Dieu ou toute autre divinité, son encens, les doux parfums des fleurettes, et ses actions de grâces, les chants des oiseaux.

Le train siffle, soudain, sur les quais. La sirène d’un bateau lui répond. Aussitôt après, c’est le bruit incessant des treuils et des grues, les cris des portefaix, qui me parviennent vaguement, comme le clapotis des lames contre la falaise là, en bas. L’orient où stagnait un nuage effiloché se colore soudain, d’un ton d’orange mûre à point, tandis que le nuage s’empourpre tout à coup. Puis le disque du soleil, éblouissant, s’élance vers le zénith. J’entends là-bas, vers la place d’armes, le crissement aigu des roues des premiers tramways glissant sur les rails. L’heure de rejoindre le labeur quotidien étant proche je retourne au logis, l’esprit et le corps plus dispos.

Avec les belles journées de printemps sont revenues les brunes hirondelles. De nouveau elles couvrent l’espace de leurs zigzags capricieux, et déchirent les airs de leurs cris perçants. En troupe, elles se pelotonnent sur les fils télégraphiques, se balançant doucement au gré de la brise printanière.

 

Il n’est pas un faubourg d’Oran qui conserve son charme propre ; les routes et les avenues, nullement arrosées, se couvrent d’une couche épaisse de poussière que le moindre souffle du vent et le passage des automobiles soulèvent en épais tourbillons, aspergeant les feuilles naissantes des arbres d’une averse de poussière. Mais il n’y à pas que les avenues des faubourgs qui sont sillonnés à grande allure par les autos, les artères les plus fréquentées de notre ville deviennent pour certains « chauffards » de véritables pistes d’entrainement au grand dam des piétons sous les yeux des agents de police. Il ne se passe pas de jour où l’on ait à enregistrer d’accidents. Pour les fêtes de Carnaval il s’en produisit un boulevard Sébastopol qui eut pour conséquence là mort d’un homme très connu et estimé à Oran, M. Barneaud, professeur de lettres en retraite. Jeudi dernier le Tribunal Correctionnel mit un point final à cette triste affaire.

Le vieux Théâtre Bastrana fut pris d’assaut dès huit heures du soir. L’assistance se composait pour beaucoup d’indigènes, quelques toilettes claires égayaient le parterre. Présenté en des termes élogieux par le Président de la Ligue de l’Enseignement, M. Abadi, le conférencier nous tint pendant près de trois heures sous le charme. Moi qui ai habité Tlemcen assez longtemps je goûtais particulièrement cette voix prenante d’une puissance évocatrice fort étonnante. Le film illustrant la conférence était d’une luminosité parfaite et conçu avec art. Voilà des conférences qu’il serait utile d’entendre souvent, car elles révèlent le niveau artistique de notre cité.

José STÉFANI-POQUET

1925 plages , kébir , oran

1925 plages , kébir , oran

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La MOUNA de Belabbès

Posté par lesamisdegg le 27 mars 2016

lundi de paques à Oran en 1873

lundi de paques à Oran en 1873

Lundi notre ville avait perdu sa gaieté, son entrain. Les rues étaient désertes, presque tous les magasins fermés. Dès l’aube des groupes nombreux de piétons et des voitures rapides sillonnaient les rues dans toutes les directions et gagnaient la campagne. Ce mouvement inusité, cette émigration nouvelle m’intriguait, et comme dit la chanson :

Je ne suis pas curieux

Mais je voulais savoir,

Pourquoi dans d’autres lieux

Ils fuyaient jusqu’au soir.

Je demandai donc le pourquoi de la chose. L’Espagnol, que j’interrogeai, me  toisa des pieds à la tête et me regarda absolument comme un Marseillais de Marseille auquel j’aurais demandé le chemin de la Cannebière ; puis il se mit à rire, d’un de ces rires francs et sonores. « Allez à la campagne », me dit-il, et vous verrez :

C’est la Mouna !

La Mouna ! La Mouna ! À deux heures je franchissais la porte d’Oran.

Je marchais guidé par le hasard. Mais je ne tardai pas à rencontrer une jeunesse – et une belle jeunesse s. v. p., coté des dames surtout – qui prenait ses ébats sur l’herbette fleurie. Les rives de la Mekerra étaient bordées de groupes animés, où régnait la gaieté la plus cordiale, la plus franche. Ça et là, au son d’une musique, peut-être un peu trop agreste, il est vrai, on polkait, on valsait avec un entrain endiablé. Les couples se pressaient et plus d’un baiser, en cachette de la maman, se donnait furtif. Je me croyais à Auteuil à Mabille ou au Point-du-jour. Comme à Robinson, il y avait du bon vin, de la verdure, du soleil et des roses. Tout était en fête, partout des visages heureux, partout des sourires. Ces grands yeux noyés d’Andalouses, ces corsages trop ou trop peu ouverts, ces mouchoirs aux couleurs voyantes, encadrant ces fines tètes au profil si régulier, si pur, tout cela me charmait, m’enthousiasmait.

Du premier coup, la Mouna m’avait conquis.

Mais d’où venait-elle cette fête ? Avait-elle pris naissance dans quelque fait biblique ou mythologique ? Etait-ce le résultat d’un vœu national, religieusement observé chaque année? N’était-ce pas plutôt un simple effet du hasard, une vieille coutume les enfants apprennent de leurs pères pour la léguer ensuite à leurs petits-neveux ?

Je consultai à mon retour pas mal de vieux conteurs – on dirait chroniqueurs aujourd’hui –  de la péninsule Ibérique, et parmi les nombreuses légendes de cette Mouna, il en est une qui me parut assez bizarre, sinon vraisemblable. La voici :

« Vers la fin du XVIème siècle, au milieu des gorges de la Sierra-Nevada et non loin de Grenade, se dressait un vaste monastère. La discipline y était rude, et la férule de l’abbé gouverneur impitoyable.

Les moines, prisonniers plus ou moins volontaires, étaient si mécontents, si malheureux, qu’ils souhaitaient la mort de leur supérieur. Mais les idées libérales étaient encore enfouies dans le chaos du néant, et ces hommes de Dieu étaient incapables d’une  révolution même pacifique.

La nature vint à leur aide et un beau jour, un vendredi-saint – quelle coïncidence ! – la mort frappa le tyranneau.

Le couvent retentit de cris et de plaintes, absolument comme s’il se fût agi d’un mort aimé, et les moines, en égrenant leur chapelet, suivirent à sa dernière demeure, avec une feinte douleur, celui qu’ils avaient envoyé tant de fois… au fond des enfers.

Les derniers devoirs une fois rendus, la joie éclata folle, délirante ; on dit même que quelques religieux, des jeunes sans doute, esquissèrent à deux pas de la tombe de leur ancien seigneur et maître, un grand écart parfaitement réussi. .

La longue file des moines s’en allait cahin-caha en se dirigeant vers un monastère de saintes religieuses, à la porte duquel elle s’arrêta. Le plus ancien frappa à là porte et la sœur tourière vint ouvrir en souriant à tous.

Une délégation fut envoyée auprès de la supérieure pour lui expliquer le but de cette visite inattendue et si nombreuse. « On voulait s’amuser un brin, fêter l’heureuse mort et on invitait ces dames ». Après bien des hésitations et de longs pourparlers, (car il paraît qu’on y mit des formes, l’invitation fût acceptée.

Alors, du monastère sortirent deux longues files de capuchons gris et de cornettes blanches.

En gens pratiques les bons moines avaient eu le soin de dépêcher un des leurs au couvent pour en ramener des victuailles, des provisions de toutes sortes et de ce vin d’Espagne. qui devait faire d’eux de nouveaux Noé.

On s’amusa ferme, tellement même que les habitants d’alentour étonnés de ce spectacle d’un nouveau genre, accoururent en foule pour jouir du coup d’œil.

Mais la chose fit dit bruit et arriva aux oreilles du Pape. On parla de l’a réunion d’un concile, des foudres de l’Eglise; en fin.de compte, on se contenta d’envoyer les coupables dans divers couvents de la Péninsule.

Cette dispersion aux quatre coins de l’Espagne des moines et des nonnes, donna à la fête un renom universel et un attrait de plus, celui du fruit défendu.

Une fois cloîtrés dans leur nouvelle prison, ils contèrent la chose  à leurs confrères, qui à leur tour voulurent fêter l’Anniversaire. Le public s’en mêla, et chaque année le lundi de Pâques, c’était entre civils et… religieux, une fête de famille, une sauterie intime.

Le temps a passé et avec lui les moines et les couvents mais la coutume est restée d’aller faire la Mouna le lundi de Pâques, alors que la nature renaît et que dans les ombrages nouveaux l’oiseau chante sa première chanson. «

Telle est une des nombreuses légendes qui circulent sur l’origine de la Mouna.

Si non vero, bene trovato !

La Mouna a été célébrée lundi par la colonie Espagnole et aussi par les Français avec un entrain merveilleux et les valses et les polkas avaient certainement autant de vie que 1es farandoles dansées par les religieux et religieuses de la légende.

Les rives de la Mekerra refléteront longtemps encore les doux moments et les folles joies de lundi. Puissent-elles en conserver les petits secrets !

BEL-ABBÈS, LE 13 AVRIL 1887

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