1er R.E.P. -sa révolte-

Posté par lesamisdegg le 21 avril 2018

LA RÉVOLTE DU 1er REGIMENT ETRANGER DE PARACHUTISTES

« La mémoire n’est pas seulement un devoir, c’est aussi une quête »

(Commandant Hélie de Saint-Marc -  » Les champs de braises « )

12 Novembre 1960    Une nouvelle consternante parvient dans les unités parachutistes. Dans les Aurès, les fells ont surpris un groupe de combat du 1er REP à sa descente d’hélicoptères, faisant 11 morts et 6 blessés graves.

15 Novembre 1960     Dans la chapelle de l’hôpital Maillot à Alger, eut lieu la cérémonie militaire et religieuse en l’honneur des légionnaires tombés le 12. Ils allaient maintenant reposer comme tant d’autres dans cette terre d’Algérie qu’ils avaient défendue jusqu’à l’ultime sacrifice et qui était la leur désormais.

Au cimetière de Zéralda l’aumônier de la 10ème Division Parachutiste, le Père Delarue, bien qu’habitué à conduire des légionnaires à leur dernière demeure, se sentait, devant tous ces cercueils, bouleversé. Ce qui le mettait en rage, lui, prêtre, c’était l’absurdité de cette mort si elle ne correspondait plus à un sacrifice exigé par la Nation. Onze cadavres inutiles et scandaleux… Onze cadavres de plus dans cette longue liste… Et sa détresse, sa lassitude étaient immenses, de cette guerre où des hommes valeureux payaient de ce qu’ils avaient de plus cher pour racheter l’incompétence, la veulerie, les fautes et les palinodies de leurs gouvernants. Tous écoutaient, muets et bouleversés, les dernières prières douloureuses de l’aumônier. Des paroles simples lui venaient aux lèvres. Il disait : « Vous étiez venus de tous les pays d’Europe où l’on aime encore la liberté pour donner la liberté à ce pays. La mort vous a frappés en pleine poitrine, en pleine face, comme des hommes, au moment où vous vous réjouissiez d’avoir enfin découvert un ennemi insaisissable jusque-là.». Et, d’une voix forte, il ponctua en criant presque : « Vous êtes tombés au moment où, s’il faut en croire les discours, nous ne savons plus, ici, pourquoi nous mourons ! »

Puis le clairon, gonflant ses joues et les veines de son cou, lança vers les airs cette courte sonnerie saccadée : la sonnerie aux morts.

« Notre Père, qui êtes aux Cieux… » commença le prêtre, de sa voix qui tremblait et qui n’avait pas son impassibilité habituelle. Et tandis que se continuait le Pater, chez ces grands enfants qui écoutaient, recueillis, se reflétait un immense chagrin au souvenir de leurs camarades de combat. Chez certains, les yeux devenaient troubles comme sous un voile et, à la gorge, quelque chose s’étranglait. Sur toutes ces têtes alignées, flottait pour la dernière fois, l’ombre de ceux qui étaient morts, parce que la France, une dernière fois, le leur avait demandé. Et quand le prêtre, après un arrêt, et la voix plus grave encore, prononça les derniers mots de l’Ave Maria, d’une simplicité sublime : « Sainte Marie mère de Dieu… priez pour nous, pauvres pécheurs… maintenant… et à l’heure de notre mort », tout à coup, sur les joues de ces hommes rudes que l’on qualifiait « d’inhumains », de brusques larmes coulèrent, qui jaillissaient rapides et pressées comme une pluie…L’émotion avait atteint un degré douloureux. La foule pleurait en silence communiant dans la douleur avec « ses soldats », « ses légionnaires ».

 

 

insigne du 1er R.E.P.

insigne du 1er R.E.P.

Puis le nouveau chef du 1er REP, le Colonel Dufour,  s’avança à son tour pour dire adieu à ses hommes. Il énuméra les noms de ceux qui ne feraient plus le chemin, tant rêvé, du retour dans leur foyer. Ces noms qui, bientôt ne vivraient plus que dans le cœur des mères, émurent le silence, cognèrent aux poitrines, bâillonnèrent les gorges et mouillèrent de nouveau les yeux. Puis il termina par ces mots : « Il n’est pas possible que votre sacrifice demeure vain. Il n’est pas possible que nos compatriotes de la Métropole n’entendent pas nos cris d’angoisse ». Il salua ; les clairons sonnèrent : « Au drapeau ». Les détachements présentèrent les armes et défilèrent, les yeux tournés vers les tombes. Les visages graves, bronzés et maigres, recelaient toutes les tristesses cachées, toutes les tares et tous les deuils qui les avaient amenés là.

« Nous ne savons plus ici pourquoi nous mourrons… » Ces paroles du père Delarue allaient avoir un écho immédiat : il allait, sur le champ, être banni d’Algérie et exclu des unités parachutistes.

Trois semaines plus tard, le Colonel Dufour fut relevé de son commandement pour avoir exprimé en public ses sentiments « Algérie française » et fut prié de quitter le sol algérien avant le 9 décembre 1960, date d’arrivée du de Gaulle à Oran. Ecarté de la Légion, affecté aux FFA, (Forces Françaises en Allemagne), (Offenburg), le Colonel Dufour choisira quelque temps plus tard la clandestinité et rejoindra, en Algérie, les rangs de l’OAS.

 

Colonel DUFOUR

Colonel DUFOUR

 

      8 Janvier 1961     Un événement tout à fait extraordinaire venait de se dérouler au 1er REP. Pour la première fois depuis le début des guerres d’Indochine et d’Algérie, des officiers de cette prestigieuse unité refusaient de partir en opération. Ils se mettaient en grève ! Unanimement hostiles à la politique algérienne du général de Gaulle, ils n’acceptaient plus de voir mourir leurs légionnaires alors que l’indépendance de l’Algérie semblait inéluctable. A quoi pouvaient désormais rimer ces opérations incessantes et meurtrières à l’heure où le chef de l’état clamait qu’il voulait en finir à n’importe quel prix avec le « boulet algérien ». L’absurdité dépassait les bornes. Ils avaient donc décidé de faire la « grève de la mort ». Un vent de panique souffla à tous les échelons de la hiérarchie. Quoi ! La « grève de la mort » ? Impensable pour des hommes qui étaient « soldats pour mourir » !

Une pluie de sanctions s’abattit sur les révoltés qui furent mis aux arrêts et mutés immédiatement en Métropole. L’un d’eux, le Lieutenant Roger Degueldre fut affecté au 4ème Régiment Etranger d’Infanterie mais il refusa de rejoindre son nouveau corps. Le 25 janvier 1961, il entra dans la clandestinité. Les dés de son destin étaient jetés. Une légende naissait…

A Zéralda, fief du 1er REP, le cœur n’y était plus et les questions que posaient les cadres rescapés de la purge n’obtenaient aucune réponse de la hiérarchie : le drapeau du FLN va-t-il flotter sur Alger ? Après avoir été vaincu sur le terrain, le FLN y sortira-t-il vainqueur ? Que vont devenir les Européens ? Et les Musulmans ralliés au drapeau français qui ont cru aux promesses de l’armée ? Après l’Indochine, l’Algérie… L’armée sera-t-elle donc éternellement vaincue, éternellement parjure ? Et de mains en mains l’on se passait une lettre. C’était une missive vieille de 2000 ans. Le texte, rapporté par Suétone, était de Marcus Flavinius, centurion à la 2ème cohorte de la légion Augusta. Destiné à son cousin Tertullus, il avait été écrit en Numidie (ainsi que s’appelait l’Algérie à l’époque romaine) : « Si nous devions laisser nos os blanchis en vain sur les pistes du désert, alors que l’on prenne garde à la colère des légions ! »

 

1er R.E.P. Commandant Hélie de Saint-Marc

1er R.E.P.
Commandant Hélie de Saint-Marc

 

La colère des légions ! Elle se concrétisa le 22 avril 1961 avec le soulèvement des plus belles unités de légion et de parachutistes… et se termina par la dissolution du 1er REP.

José CASTANO

 

 

 

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ALGER 1960 par Marie ELBE

Posté par lesamisdegg le 15 avril 2018

Alger…Tu te souviens ?

Dans le souvenir de ceux qui vécurent à Alger restent les images de deux villes, l’ancienne, intime, familière, et, soudain, la montée des nombreux immeubles modernes…. » Je ne me lasserai jamais de la beauté de cette ville », disaient souvent les Pieds-Noirs. Dès avril, les rues devenaient des plates-bandes et l’air avait des senteurs de giroflées.

Que je me souvienne. Ce paradis-là était bleu et blanc. Dressé dans la lumière. Encore fallait-il distinguer les bleus. Le bleu du ciel, répandu comme une grâce, toujours un peu plus pâle que le bleu de la mer où erraient des voiles, au bout de chaque rue. C’est bien ça ! La mer nous attendait au tournant, splendide et familière. D’ailleurs, une habitude tout à fait algéroise nous sortait du lit, pour nous jeter au balcon dès le réveil, une tasse de café à la main. Comme si, pieds nus dans le soleil, nous voulions nous assurer que le paysage n’avait pas disparu pendant la nuit.

Nous commencions ainsi nos journées. Dans la joie qui vient des belles certitudes. Tout était en place. Le soleil dans le ciel, les bateaux sur la mer, les marchands de fleurs aux carrefours, et les rumeurs de toutes les rues, avec des cris, tout proches, qu’on devinait plus qu’on n’entendait. Le cri strident du  » marchand d’habi-i-its ! « , l’autre, galopant du  » vitrier-vitrier-vitrier, vitrier… « , le roulement des camions qui livraient du coca-cola, et les beuglements des sirènes du port.

Parfois – allez savoir pourquoi, comment, d’où ils rappliquaient -, trois nègres à un carrefour, vêtus de peaux de bête, agitaient des castagnettes en fer, tournoyaient sur eux-mêmes comme des toupies ronflantes, et rigolaient :  » Monsieur Joseph, donne-moi cent sous ! «  Depuis des lustres, la somme n’avait pas varié. Un de mes aïeuls, débarquant à Alger aux temps héroïques, et qui s’appelait Joseph, entendit le même  » Monsieur Joseph, donne-moi cent sous !  » Se tournant vers sa femme, il dit :         » C’est drôle, ils me connaissent déjà !  »

 

Alger 1960

Alger 1960

 

Que je me souvienne. Les rues s’éveillaient tôt. On les tirait du sommeil à grande eau, et dans ce ruissellement passaient les premières silhouettes. Ombres bleues des dockers qui descendaient au port, ombres blanches des Mauresques qui se glissaient hors de la Casbah, pour rejoindre le cœur de la ville. Elles allaient sans bruit, comme dans un étrange ballet de fantômes. Parfois, la patronne se penchait au balcon. Alors dans la paix de la rue, on pouvait entendre

- Fatma, tu es bien gentille, monte-moi du sucre, j’ai oublié !

- Ay, ay, ay ! Tu en as pas de cervelle, toi, hein ?

- Attends, je te jette l’argent !

C’était quelque chose, la rue Michelet à 9 heures du matin. L’amitié s’attardait à toutes les terrasses de bistrots. Le soleil et l’ombre des arbres jouaient sur les trottoirs, par flaques, et, traversant ces flaques dans une odeur de bière, de café et de pain frais, on descencendait à son journal, à son bureau, à son trolley, ces monstres algérois.  Déjà, sous les parasols, de joyeux  » disoccupadi-par-plaisir « , vous appelaient

- Tu as le temps, viens boire quelque chose…

- Tu es fou, je vais arriver en retard…

- Et alors ? Tu mourras pas pour ça !

Rue Michelet, la fête commençait en avril. Par un bref printemps. Par la marée des marchands de fleurs. L’odeur des giroflées et du lilas se mêlait à celle de la mer qui bougeait là-bas, au-dessus des palmiers de la rue Monge. Toutes ses dentelles rangées jusqu’à la ligne d’horizon. Nous apprenions qu’en France il avait neigé. Qu’à Marseille les bateaux semblaient rentrer de terre Adélie. Que le Rhône charriait des glaces. Rue Michelet, c’était le temps béni des départs pour les plages. La sarabande des vespas, les cris des filles qu’on chahute, qu’on feint de laisser sur le trottoir, en démarrant pour La Madrague, ou le R.U.A., ou la Pointe-Pescade.

- Si tu m’emmènes pas, je te tue !

- Va chez ta mère !

- Ma mère, laisse-la tranquille. Elle est au marché.

       Les marchés d’Alger, c‘est vrai, portaient tous le nom d’un général de la Conquête. Le marché Meissonnier, le marché Clauzel, le marché Randon. Le marché Nelson (prononcer Nelson comme Gaston). Tout bonnement parce qu’ils se tenaient dans les rues Clauzel, Meissonnier ou Randon. Là, l’épopée était d’un autre ordre. La lutte à l’étalage. Et quels étalages… La beauté des femmes, des fruits, des fleurs et l’insolence des marchands

- Elles sont pas très belles tes tomates.

- Mes tomates, elles sont plus belles que ta figure…

- Dis, tu veux une gifle ?

Et le marchand de légumes, Belkacem ou Ali… tendait la joue

- Fais-moi une caresse, et je te donne un bouquet de menthe en plus…

- Celui-là, quel culot, ma pauvre ! Rien qu’y profite !

On allait au marché Randon une fois par semaine. C’était le plus riche, le plus lointain. Le plus oriental. Il s’étalait au pied de la Casbah. On y arrivait par un petit escalier tordu, qui débouchait, d’emblée, sur des pyramides de pastèques, de cerises, de citrons, d’oranges, de raisins kabyles aux grains roux et oblongs, à la peau dure. Sur le marché Randon flottaient toutes les odeurs de la ville arabe. La cannelle et l’encens, le benjoin et le  » fessour  » brûlés dans de petits braseros, -le cumin, le poivre rouge et les grains d’anis qui parfument le pain. Randon, c’était une balade. Au long cours. De là, on poussait une pointe dans les boutiques des Mozabites qui se tenaient raides, à leurs comptoirs, dans un déferlement de foulards et dans l’odeur fade de la cotonnade. Derrière les petites vitrines, l’eau de Cologne  » Pompia « , dont raffolaient les Mauresques. Sur l’étiquette, une dame romaine, au profil de médaille, dorée sur fond rouge. Si vous vous attardiez à palper les tissus, à lever le nez sur les rayons, le Mozabite sortait de son mutisme : « Tu peux tout acheter, c’est la mode de Paris… »

A deux pas du marché Randon, la place du Gouvernement. Immense, dominée par la fringante statue équestre du duc d’Orléans.  On y respirait l’air du large et les remugles de la pêcherie. On y rencontrait parfois, traînant ses espadrilles, Sauveur Galliero, beau comme un Greco, débraillé comme un gitan. Le jour, il se gavait de lumière. La nuit, il peignait. Camus s’inspira de Galliero pour le personnage de l’Etranger.

- Un pied plus un pied, tu crois que ça fait deux pieds ?

- Toi, tu penses quoi ?

- Moi, je pense que ça fait un pas en avant, disait Sauveur.

Que de pas il a faits, Galliero ! Vous prenant le bras et marchant avec vous des heures, parlant lentement de choses belles. Tournant autour de cette statue du duc d’Orléans, où venaient se serrer des dormeurs arabes, de plus en plus proches du piédestal, pour maintenir leur tête à l’ombre, au fur et à mesure que le soleil s’élevait. C’était un genre de prince dans la ville. Un prince en short délavé, qu’on retrouvait partout, rue Michelet, sous un parasol au R.U.A., cette piscine au bord de la mer, dans les petits sentiers bordés d’oliviers des hauteurs de la ville, dans la cour de Radio-Algérie, rue Hoche, dans une gargote de la Casbah, ou à la  » Galerie du Nombre d’or  » boulevard Victor-Hugo, le rendez-vous des peintres d’Alger. Galliero errait à sa guise. Il peignait des somptuosités. En 1962, l’année du grand retour, on le ramena sur une civière. Autant que je me souvienne, il mourut quelques mois après. Comme cette ville que nous avions perdue.

 

 

De la place du Gouvernement, on remontait vers le square Bresson, par une rue toute en arcades que certains, qu’aucune comparaison n’effraie, appelaient  » notre rue de Rivoli « . En fait, cette rue Bab-Azoun alignait dans l’ombre ses boutiques aux enseignes qui se voulaient absolument de France :  » le Bambin parisien « ,  » les Deux Magots « , ou  » le Chapon fin « …

Puis c’était le square Bresson. Et là, arrêt. Pause. Alger des premiers jours de la société algéroise. La brasserie Tantonville, banquettes en moleskine, plantes vertes, globes de la Belle Epoque. Guéridons à trois pieds, et fauteuils en rotin. A côté, l’Opéra. En face, le square, avec un kiosque où se donnaient des concerts en plein air, à grands coups de cymbales, à petits coups de triangle, à solide renfort de grosse caisse. De quoi rompre le cœur des oiseaux qui nichaient par milliers dans les arbres du square. Ivres de lumière et de chaleur, certains soirs d’été, les oiseaux prenaient le relais. Un fantastique charivari. Sur les bancs du square Bresson, des Arabes méditatifs regardaient la mer… Pendant des heures. Et, pendant des heures, tournaient de petits ânes, porteurs d’enfants assis sur des selles de peluche rouge.

Le square dominait le port. Et toutes les odeurs du port, goudron, futailles, bois, épices et marée, tournaient avec le vent quand le vent soufflait du large et s’engouffrait dans le square. Pas loin, c’était l’Amirauté. Un vieux fort où logeait l’amiral, gardé, sous les voûtes à l’ombre violette, par des marins bleus, avec des guêtres blanches et ce pompon rouge que les filles tapotaient au passage, quand elles allaient se baigner au bout de la jetée. Devant l’Amirauté, un plan d’eau où remuaient légèrement de minces voiliers, coque contre coque. Au mois d’août, sur les quais, le goudron fondait sous les talons des femmes. Prises au piège, elles s’affolaient, battant l’air et riant fort…

Du square Bresson à l’hôtel Aletti  on pouvait suivre le boulevard Front-de-Mer jusqu’à un monument à la mémoire des marins, et là, bifurquer à droite et monter vers la rue de Tanger. Importante, à cause de Bitouche. Ce n’était ni un restaurant ni un bar. Plutôt, surtout, le  » sésame  » des amateurs de brochettes et de kémias qu’on appelle ailleurs amuse-gueules ou tapas… Les parfums de chez Bitouche vous accueillaient à la frontière de la rue de Tanger. Et vous accompagnaient jusqu’à la rue d’Isly. Bitouche, qui n’était pas en peine de gadgets, exaspérait ses braises avec un séchoir électrique…

Bien sûr, Bab-el-Oued… Nous n’y vivions pas tous.  Ceux qui n’y vivaient pas y allaient pour le plaisir, surtout les soirs d’été. Bab-el-Oued, c’était la joie, le folklore hilarant, les ramblas, la main sur le cœur, et le cœur sur la main. On y marchait plus vite que nulle part ailleurs, on y parlait plus haut, on y chantait plus juste, on y riait plus vrai, on y prodiguait le bras d’honneur avec une grandeur romaine, on s’y chamaillait à tue-tête. Bref, il n’y avait qu’à s’asseoir et à regarder. De préférence, pour dîner, à la terrasse d’Alexandre. La carte ? Un poème !

- Deux potages symphoniques, et deux ! (pour dire deux soupes aux haricots, ou  » loubia « .)

- Trois cervelles basses, et trois ! (Comprenez des rognons…)

A Bab-el-Oued, on prenait l’amour au tragique, et le malheur à la rigolade.

 

Alger port 1960

Alger port 1960

 

Un jour, il y eut Jacques Chevallier… Alger changea de visage. Ou plutôt, Alger changea de profil. Il y eut Alger d’avant… et, brusquement, sur les collines qui couronnent la ville, des armadas éclatantes, dressées contre le ciel. On y plantait des palmiers à leur maximum de croissance, on y traçait des routes, dessinait des jardins, creusait des vasques et des fontaines, bref, une furia de construire, vite et bien. Un peu comme si nous n’avions plus désormais tellement de temps…

Marie ELBE

 

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les COCAS de la tia Pépica

Posté par lesamisdegg le 15 avril 2018

Ce jour-là je me suis réveillé de bonne heure pour voir la vieille tia préparer des cocas à la frita pour la kémia de midi.

 

Vinga qu’elle se mélangeait la farine ac’ un verre d’eau tiède salée et un poquico  de l’huile des olives, bien vert foncé. Elle s’est laissé la pâte trop fatiguée d’être pétrie se reposer une bonne demi-heure.

 

Pendant ce temps-là, tia Pépa se préparait une bonne frita  un peu pour les cocas et le reste pour accompagner les côtelettes. Comme vous êtes  des cuisiniers à de bon, poz c’est pas la peine qu’on vous zesplique comment faire ! Couper, griller, les piments, les tomates, l’ognon et tout le tchaklala, ac’ l’huile des olives et un chouïa de piment de cayenne!

 

Pendant que çà ronronne dans la cocotte, la tia m’a étalé la pâte sur le tab’ de la cuisine, ac’ le rouleau des pâtissiers. Ac’ le bol du café de l’aouélo elle s’est fait des ronds – pas dans l’eau, bande de calamars dedans la pâte reposée soi-soi.

Elle s’est mis de la frita sur une moitié avant de refermer en pinçant bien les bords jaunis à l’œuf –pour qu’ çà colle bien bien. AC’ le reste du jaune des ouévoss, la tia leur a peint le dessur.

 

Pour la cuisson au four elle a fait comme d’habitude.

 

Je vous dit pas com’ on s’est régalés ! La tia elle était tchalée de nous voir.

 

Pépico de Saintugène d’Oran

 

Ps : j’vous mets la foto, pas de moi bovoss, des cocas !

 

cocas

cocas

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MOUNA y MONA et recette

Posté par lesamisdegg le 31 mars 2018

Ce gâteau de Pâques qui réveille tant de bons souvenirs parmi les Oraniens, a toujours été désigné, chez nous en milieu hispanophone par le mot mona. L’appellation mouna n’étant qu’un accommodement à la française, une naturalisation si vous préférez. Dans les faubourgs populaires de Sidi-Bel-Abbès et des autres villes d’Oranie, l’authenticité du mot mona était jalousement préservée de génération en génération. Le peuple Oranien avait certes des racines métropolitaines, d’Alsace Lorraine, du Languedoc, du  Sud-Ouest, de Corse, et d’ailleurs mais aussi  des racines italiennes, espagnoles. La colonie ibérique constituait, à elle seule, plus de la moitié de la population européenne.

Pour en revenir à notre gâteau, on nous propose dans les grandes surfaces, à l’approche de Pâques, des mounas, bien sûr, étiquetées de la façon suivante : « Pâtisserie méditerranéenne ». Pour les besoins commerciaux, l’amnésie est ici totale. De la mona espagnole, honorée en Oranie, nous passons allègrement à la mouna de tout un bassin méditerranéen.

Alors ! Quelles sont les origines de ce gâteau ? Si on raisonne à partir du mot mouna, on se perd en conjectures. On affirme alors, sans rire, que les Oranais allant fêter le lundi de Pâques sur les pentes boisées du Fort Lamoune, baptisèrent ce gâteau ‘mouna’ par analogie avec ce lieu habituel de leurs réjouissances. Or les adeptes de ce pique-nique étaient à 90% des hispanophones ou descendants d’hispanophones. Ils savaient très bien, eux, qu’à l’heure du dessert, ils mangeaient la mona de leurs parents ou grands-parents. Ce serait les traiter avec beaucoup de légèreté que de leur faire injustement endosser la paternité du mot mouna.

en route pour le four

en route pour le four

D’ailleurs l’immense majorité des gens de Sidi-Bel-Abbès, Tlemcen, Ain-Temouchent, Bénisaf, Saint-Denis du Sig, Perrégaux, Mostaganem, Mascara, Saïda, Tiaret,  qui de père en fils a pétri et dégusté des monas, n’a jamais entendu parler du Fort Lamoune d’Oran. D’autres, expliquaient que les familles des prisonniers espagnols du Fort faisaient parvenir aux détenus, une fois l’an à Pâques, au moyen de longues perches, des gâteaux appelés depuis mounas .Enfin une autre explication, aussi fantaisiste que les précédentes, établissait une relation entre le nom espagnol du gâteau, mona, et celui des singes qui recevaient des morceaux de brioches que les prisonniers du Fort leur balançaient du haut de leurs fenêtres. Au lecteur de choisir la bonne explication.En somme, Il n’y en aurait pas d’autres. Certes, si l’on appelle, mona (1), la guenon à queue courte, il faut savoir que le mot a ici une étymologie totalement différente. En vérité, en contrebas de ce Fort, se trouvait une avancée rocheuse et boisée que les Espagnols (dès le 16ème siècle) appelaient « punta de la mona », la pointe de la guenon. Cette précision apparaît dans certaines cartes anciennes. Emmanuel Roblès imaginait ce que Cervantès, lors de son voyage à Oran fin 1581, avait pu voir en arrivant sur nos côtes : le Murdjadjo , le Fort de Santa Cruz, Le Fort de la guenon, « el Fuerte de la mona » .Voila comment on en arrive à l’appellation Lamoune.

D’aucuns avancent aussi que ‘mico’ signifie une petite mona, gâteau. La confusion vient de ce petit travers de plaisantins qui illustrait souvent notre discours, un peu à l’instar des Andalous. Nous aimions beaucoup faire usage de jeux de mots, de mots équivoques, de traits d’esprit. Ce que les Espagnols appellent « un chiste» ou bien « una broma» Ainsi lorsqu’un enfant peu sage demandait à sa maman qu’elle lui fît des monas, celle-ci, agacée, lui répondait souvent : « Oui ! C’est ça, je vais te faire des monas et tu ne veux pas des micos aussi ?». Les « micos » désignant une autre variété de singes, à queue longue celle-là. Il s’agissait bien sûr d’un jeu de mots. La maman, peu encline à lui être agréable, ne pensait ici qu’aux deux variétés de singes. Pour ceux qui faisaient la fine bouche ou qui n’appréciaient pas assez cette pâtisserie, il était de bon ton de leur dire : « Si tu n’aimes pas les monas, eh bien, mange des micos ». Encore une plaisanterie où l’on propose à l’interlocuteur de croquer une seconde variété de singe, en feignant de comprendre qu’il n’aimait pas la première. On joue évidemment ici sur le double sens du mot mona.Ces drôleries dites en version originale ont une toute autre saveur bien sûr ! Pour compléter, j’ajouterai qu’il était courant de dire chez nous d’une personne laide, qu’elle ressemblait à un « mico ». Nous ne faisions alors nullement allusion à une petite brioche. C’était bien à un singe que nous pensions.

MONAS 1961

MONAS 1961

Ainsi donc, notre mona et son caractère sacré, symbole pour nous de Résurrection, aura reçu, d’une part, un baptême païen sur les flancs d’une colline oranaise ou sous les étroites fenêtres d’une bastille. Elle se sera vue, d’autre part, curieusement rattachée au monde des singes. Chacun appréciera à sa façon le sérieux de la chose.

En fait, dans les quartiers populaires, très espagnols, des villes d’Oranie, le nom de ce gâteau de Pâques, « religieusement » préparé durant la semaine sainte, se prononçait avec l’accent tonique sur le ‘o’ de la première syllabe [móna].Cette pâtisserie n’est pas d’origine Andalouse comme on l’a aussi écrit. Par contre, la calentica et les torraïcos, oui ! La « mona » n’est bien connue dans la Péninsule que sur la côte Méditerranéenne, depuis la province de Murcia au sud environ, jusqu’à celle de Barcelone au nord. Ce sont les émigrés des provinces de Valence, et d’Alicante surtout, qui ramenèrent chez nous, dans leur panier en osier [cabassette], à partir de 1850 environ, cette pâtisserie, adoptée ensuite par toute la communauté ibérique, Andalous compris.

Le dictionnaire de la « Real Academia » de langue espagnole définit ainsi le mot mona (je traduis) : gâteau brioché souvent orné d’un œuf, cuit au four, que l’on mange à Pâques le jour de la Résurrection. Le dictionnaire étymologique précise que ce mot vient de l’arabe hispanique « máwna », avec le sens premier de provisions-vivres. Les gens de ces provinces avaient aussi coutume, le lundi de Pâques, d’aller manger sur l’herbe à la campagne. Ils préparaient, au feu de bois, un riz au poulet ou au lapin, ce que nous appelions « arroz con pollo ».Parfois, c’était des gazpachos manchegos, galettes émiettées mijotant dans un jus de viandes très variées, du gibier si possible, préalablement rissolées avec tomate, ail et oignon. A l’heure du dessert, ils faisaient alors honneur à la mona.

Blasco Ibañez, célèbre écrivain et enfant du Levant espagnol, a admirablement bien immortalisé ces sites charmants de la Huerta, plaine fertile valencienne, dans ses nombreux ouvrages sur la région. Les champs d’orangers, la Albufera, véritable Camargue, et les bois en bordure de mer, se prêtaient à merveille à cette célébration champêtre pascale. Cette coutume fut ensuite perpétuée, par l’immigration espagnole, dans tous les coins d’Oranie où le lundi de Pâques fut communément appelé « el día de la mona », le jour de la mona.

Les Algérois et les Constantinois suivirent également cette mode mais de façon moins spectaculaire. Pour ces derniers, c’était « la Saint Couffin ».Le mot mouna était apparu très tôt dans les récits des premiers chroniqueurs métropolitains, venus chez nous pour rendre compte, aux gens de l’Hexagone, de ce qui se passait dans la colonie. Peu hispanophones sans doute ou pas assez curieux, ils débaptisèrent par erreur notre Mona. Elle perdit son accent tonique, très espagnol, sur le ‘o’, on rajouta un ‘u’, elle perdit ainsi son orthographe ibérique, et la prononciation se fit plus douce, plus française en quelque sorte, par déplacement de l’accent sur le ‘a’ final [mouná].Si les hispanophones restèrent fidèles, jusqu’en 1962, à leur mona, les autres communautés, surtout dans l’Algérois et le Constantinois adoptèrent la mouna.

Alors [móna] ou [mouná] ? A chacun son plaisir et ses habitudes bien sûr.

Chez moi, dans mon faubourg, au four banal de Pepe Ferrer et à la boulangerie de Alejandro Gil, là où les femmes du quartier se pressaient, en un va- et- vient incessant, pour aller faire cuire leurs gâteaux, je n’ai jamais entendu parler de mouna.Je peux en témoigner. J’avais 24 ans au moment du rapatriement. La mona de mes grands-parents, de mes parents et de tous mes amis d’enfance, celle que ma femme continue de me préparer chaque année, au temps pascal, évoque encore et toujours en moi, lorsque je la déguste, une foule de souvenirs bien trop chers pour que je l’oublie. Elle sera toujours en bonne place dans ce patrimoine culturel intime auquel je demeure très attaché.

En Métropole, on trouve quelques boulangers pâtissiers qui en font de délicieuses. La plupart d’ailleurs sont de chez nous ou apparentés à notre grande famille. En conclusion, ce qui est bien triste et un peu agaçant même, c’est cette amnésie au moment d’essayer d’établir la vérité. Un peu comme si, voulant gommer des racines culturelles déplaisantes ou dérangeantes, on préférait remettre les pendules à zéro : « Borrón y cuenta nueva » comme on disait chez nous (On efface tout et on recommence).On réécrit alors l’Histoire par petites touches en retenant plusieurs versions ; peu importe si elles sont différentes les unes des autres, voire contradictoires. Ça ne dérange pas ! Le lecteur choisira celle qui lui conviendra. Très curieusement, l’explication la plus logique est pratiquement ignorée ou n’apparaît jamais dans les écrits. Surprenant non ? Nos grands-parents n’étaient pourtant pas tombés du ciel. Un certain nombre d’entre eux était arrivé de la péninsule voisine, avec une langue, une culture, des coutumes. Je pense que ce serait leur faire honneur que de ne jamais l’oublier. Ne dit-on pas souvent : « Oublier ses racines, c’est perdre son âme. »

Manuel Rodriguez

(1) En Oranie (c’était tout au moins le cas à Sidi-Bel-Abbès), on utilisait peu le mot « mono,a » pour désigner le singe. On employait plus souvent « mico » . « Mona », c’était le gâteau de Pâques. Et employé comme adjectif (mono, a), il signifiait mignon, onne.

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RECETTE  pour deux mounas moyennes:

500g de farine, 100g de beurre, 20g de levure de boulanger ,100g de sucre en poudre, 3 œufs, 1 sachet de sucre vanillé, 1 zeste de citron râpé, 5cl de rhum brun, 7cl de lait tiède, Décoration : 2 jaunes d’œuf, 1 pincée de sel, 4 sucres en pierre ou 50g de sucre en grain pour décoration. Délayez la levure de boulanger dans un demi-verre de lait tiède , Laissez reposer à température jusqu’à ce que le mélange commence à mousser. Mélangez dans un saladier la farine, le sucre en poudre et le sucre vanillé, le sel, le zeste de citron. Ajoutez les œufs un à un, l’huile , le rhum, le lait mélangé à la levure. Pétrissez la pâte (idéalement environ 1/4 d’heure). Laissez reposer 4 heures à température, dans un saladier recouvert d’une serviette. Séparez la pâte en deux et pétrissez à nouveau. Déposez sur du papier sulfurisé beurré et laissez monter encore 2h. Préchauffez le four à 130° pendant 15 mn. Pendant ce temps, concassez grossièrement les sucres en pierre au pilon si vous n’avez pas de sucre en grains, battez les deux jaunes d’œuf avec un peu d’eau et badigeonnez-en les mounas. Déposez sur le sommet des brioches le sucre concassé. Enfournez env. 40 mn à 180°C. Surveillez la cuisson vers la fin. Les mounas doivent être d’une belle couleur brune.

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Complément en valencien pour les « despavilés »      D’on prové el nom?

L’etimologia de la paraula “mona” no és clara. Hi ha tesis que apunten a la “muna” de l’àrab antic, altres l’atribueixen al “monus” llatí o, fins i tot, al grec “munus”. En tots els casos, coicideixen amb el significat, “regal” o “ofrena”. El diccionari de la Reial Acadèmia de la Llengua de 1783 defineix la mona com una coca amb ous típica de la Pasqua a Catalunya, València i Múrcia.

La tradició de la mona representa la fi de les abstinències de Setmana Santa. En els inicis del cristianisme, es prohibia menjar carn, llet i ous durant la Quaresma. Els ous que es col·loquen en aquest pastís representen el principi de la vida. De fet, l’ou de Pasqua és símbol de la resurrecció primaveral a tot Europa.

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BARBOUZES contre O.A.S.

Posté par lesamisdegg le 10 mars 2018

A l’époque troublée de la fin de la bataille d’Algérie française, en novembre 1961, la police et les services de renseignement traditionnels ne suffisent pas à remplir toutes les tâches. Pour les plus compromettantes, on recrute donc des volontaires ; on recrute si vite qu’on n’a pas le temps de vérifier les casiers judiciaires. Et puis ce n’est pas chez les enfants de chœur que l’on peut trouver des gens qui savent manier un Beretta ou une mitraillette. Qu’importe, alors, si, parmi les hommes chargés de défendre l’action du Général, de combattre l’O.A.S., il y a d’anciens membres de « la carlingue », la sinistre Gestapo française de la rue Lauriston. (C’est le cas de Georges Boucheseiche, dit le « gros Jo ».) Qu’importe s’ils sont proxénètes, tueurs, « braqueurs » de banques. L’essentiel est qu’ils obéissent.

Ils obéissent. Au début du moins. Certains de ces « mercenaires » se sont d’ailleurs engagés par conviction politique et ils font leur travail avec discrétion et efficacité. Mais les choses vont s’envenimer très vite. Et les filous, qui ne tardent pas à prendre le pas sur les fidèles, s’aperçoivent bientôt que la condition de mercenaire, avec les « couvertures » politiques qu’elle implique, n’est pas sans avantages. Sur Paul Comiti, gorille du général de Gaulle et organisateur de ces réseaux parallèles, commencent à pleuvoir les coups de téléphone des commissaires de police. L’histoire est toujours la même. Au bout du fil le policier dit : « Je viens d’arrêter un type pour hold-up, il m’a présenté une carte tricolore en me demandant de vous téléphoner. » René Backmann – Le Nouvel Observateur n° 418 du 13 novembre 1972.
Nommé le 26 novembre 1961 à la tête de l’ensemble de la Mission C, Michel Hacq s’envole pour Alger. A ses côtés : Jacques Dauer et l’ancien champion de tennis Robert Abdesselam, devenu député. A un rang devant eux, Lucien Bodard, l’as des reporters, capte le maximum de bribes de la conversation des trois hommes. Ce n’est pas tout à fait un hasard si Bodard est dans l’avion. Un rédacteur en chef de France-Soir a eu vent de la  » Mission C  » et a demandé au journaliste de reporter un congé en Corse pour aller aux renseignements. Le soir même, dans sa chambre de l’Aletti, Lucien Bodard tape à la machine le  » papier  » nourri et construit dans l’avion, où apparaît le mot  » barbouze « .
Dans « France-Soir » du 2 décembre 1961, sous le titre « Les « barbouzes » arrivent », Lucien Bodard, définissait leur mission : « Très prochainement, les autorités vont employer les principes de la guerre secrète contre l’Organisation de l’Armée Secrète (O.A.S.)… L’objectif c’est de décapiter l’OAS en arrivant à détecter et à capturer les 10 hommes qui, à eux seuls, l’ont crée et l’animent… En réalité, les événements de ces derniers mois ont prouvé que le gouvernement était trahi dès qu’il voulait faire procéder à l’arrestation des chefs de l’OAS en se servant des moyens normaux… Cette force de choc sera indépendante. Les nouvelles formations anti-OAS ne feront partie d’aucune hiérarchie classique. Ce seront des organismes autonomes, sans sujétion à l’égard des autorités normales, agissant par leurs propres moyens et ne dépendant que des instances les plus hautes. Ils agissent largement en dehors de l’armée et de la police. Avant tout, cette nouvelle force sera secrète. Un secret absolu couvrira les activités et surtout l’identité des membres des formations anti-OAS. Cette force appliquera les méthodes des commandos et de la guerre secrète. Il s’agira non seulement pour elle d’avoir des « tuyaux » mais de les exploiter immédiatement et de façon décisive. Tout se passera sans papiers, sans rien. Les transmissions et les communications seront réduites au minimum, de façon à ne pas donner l’alerte… Cette force sera surtout composée de « nouveaux ». Tous les as de l’espionnage, du contre-espionnage, de la guerre subversive,  disponibles en France vont être envoyés en Algérie. Ce sont des gens sûrs, aux origines les plus diverses…»
 » Aux origines les plus diverses  » est tout à fait exact. Il fait appel aux anciens du service d’ordre du RPF, à tous ses amis corses, au premier rang desquels Francisci et les Venturi. Parmi les 300 hommes qui luttaient contre l’OAS, on comptait aussi Jo Attia, Jean Palisse.

Les barbouzes ne viennent pas de « la piscine «  du boulevard Mortier (siège de la DST) ; ils ne feront pas un métier de seigneurs. Comme dira Me Tixier-Vignancour au procès du général Salan :  » On a fait l’amalgame entre la police régulière et une police irrégulière et supplétive, composée de bandits, de tortionnaires et de condamnés de droit commun». Et, comme a écrit Constantin Melnik, alors chargé de la coordination des services spéciaux à Matignon, dans ses souvenirs : »… Ces demi-soldes du gaullisme… laissant dans leur sillage tout ce que j’apprenais sur leurs éventuelles condamnations pour rixes, coups et blessures, voire proxénétisme…  » Ce qui n’empêchera nullement Constantin Melnik d’assurer la transmission des ordres et des comptes rendus entre le Premier ministre Michel Debré, Michel Hacq et d’autres agents de liaison : Alexandre Sanguinetti (Intérieur M. Frey), le colonel Laurent (2e Bureau), M. de Rochefort (le Rocher Noir).Le ministère de l’Intérieur est bien placé pour recruter: il a sous la main, via l’administration pénitentiaire, tous les détenus  » intéressants « . On recrutera pour Sanguinetti des tueurs dans les bas-fonds de Marseille : quelques mauvais garçons au casier judiciaire chargé (mais on leur promet de les « blanchir »).

Les « barbouzes » ont carte blanche pour liquider les hommes des commandos Delta et les réseaux OAS. On avait commencé en fait par les employer pour liquider les membres des réseaux FLN en métropole. Munis de cartes de police et de ports d’armes, les truands marseillais font des ravages, en Algérie comme en France.

la grande barbouze

la grande barbouze

En 1961, un certain Raymond Meunier, dit  » Raymond-la-Science « , condamné pour vol à main armée, est libéré avec mission d’infiltrer les milieux OAS. Il travaillera surtout en métropole. Selon Leroy-Finville, chef de service du SDECE, qui le connaît pour l’avoir utilisé, c’est  » le summum de la belle brute ; un colosse adipeux, difforme et flasque, une voix grasseyante aux intonations vulgaires… « .
La Sécurité militaire n’est pas plus  » regardante  » que la police. Sa recrue-phare est un certain Jean Augé, un second couteau de la Résistance devenu sans transition un caïd du milieu lyonnais.  » Petit-Jeannot  » reçoit l’ordre d’abattre à Alger deux agents du SDECE accusés de  » trahison « . Plus tard, en 1965, le colonel André devra reconnaître avoir utilisé le savoir-faire d’Augé  » en diverses circonstances « , sans plus de détails. Augé est mort le 15 juin 1973, abattu au cours d’un règlement de comptes de nature indéterminée.
Très vite, le MPC dispose de cinquante permanents, sans compter les chauffeurs et gardes du corps algériens fournis par le cheikh Zekiri, avec ou sans l’accord officiel du FLN.

A Alger, Trois équipes : – Lavier : Place du gouvernement, bab el oued, square Bresson et Bd de la République. – Dubuquoy : centre d’El Biar. – Lecerf : Champ de manœuvre, rue de Lyon, Belcourt, Kouba et Hussein Dey. Goulay, Pelletier, Lavier, Franck, Hortenzi et Dubuquoy. – André Laurent à la sécurité militaire, coordonnait, analysait et traitait les renseignements et avait fourni, au MPC, des armes prises au FLN.
Pour Orléansville, Guy Gits sera le responsable qui travaillera étroitement avec le préfet Mohand Ourabah . A Orléansville, deux chefs de secteur, huit responsables et vingt huit militants. Leur groupe de choc était constitué de six baroudeurs triés sur le volet.
A Oran, ils étaient basés au « Château Neuf », QG du lieutenant-colonel Ranson, chef du 2e bureau qui fut exécuté par l’OAS et au collège Ali Chekkal protégés par les gendarmes.

Suite à la riposte de l’OAS qui entreprit la traque des Barbouzes Goulay et Lecerf demandent des renforts à Paris. Le MPC s’attela à un nouveau recrutement de  » soldats  » plus ou moins recommandables par l’initiative de Dominique Ponchardier.
Envoi de la  » mission C «  et d’un corps de volontaires. Ces nouveaux commandos seraient appuyés par le soutien logistique d’une nouvelle recrue ; Ettore Lobianco dit  » Mario  » assisté de Gérard Maugueret et de Michel Dirand. Gaston Quetel (vice-président du MPC) assurerait l’information de Dauer sur les activités en Algérie, de ces hommes

6 décembre 1961 arrivaient à Alger le père Peysson de son vrai nom Jean Dufour, Claude Vieillard, Marcel Pisano, ainsi que huit judokas et spécialistes de arts martiaux, quatre juifs d’AFN dont Joseph Touitou, Alain Belaïche, deux musulmans, le père et le fils Amar, et quatre vietnamiens commandés par Jim Alcheik dit  » Lassus » judoka qui utilisa ensuite son dojo parisien pour recruter une partie des membres du groupe Action, Viorme, et de son adjoint Roger Bui-Thé. Tous spécialistes de sports de combats, ils formeront le commando  » talion  » qui montrera très vite une efficacité redoutable. Ils seront logés dans une cinquième villa qui sera vite abandonné au profit de la fameuse villa Andréa. Ils auront pour objectif principal : annihiler la propagande OAS qui s’exprimait spectaculairement par des émissions de radio pirates. Le groupe Talion, qui a vraisemblablement servi de diversion au gouvernement de la république pour lui permettre de lutter contre l’OAS par d’autres moyens, fut décimé en peu de temps. Jim Alcheik mourut à Alger en janvier 1962, pulvérisé dans l’explosion d’une villa piégée par l’OAS. Peu avant Noël, nouveau colis : Jacques Andréi. Arrivé peu avant la fin de l’année à Alger, Clauzure, Biard, Pelletier, Hortenzi et Gauthier, tous membres du SAC (Service Action Civique) dont le chef sera Jacques Cohen « Mustapha ».Après le repliement à l’hôtel  » Radjah  » arrivée de Christian David agent du SDECE (qui assassinera le commissaire Gallibert). Débarquement des renforts recrutés dans le  » milieu  » marseillais. Dans la foulée François Marcantoni garde du corps d’Alexandre Sanguinetti et truand notoire, Ange Simonpieri , Marcel francisci, Dominique Venturi  » Nick « , qui s’illustreront dans le domaine de la drogue, Glaise secrétaire de FO, s’impliqueront dans la lutte anti OAS

capo di barbouzii

capo di barbouzii

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Lieutenant Gabriel GARDEL : un héros saharien

Posté par lesamisdegg le 7 mars 2018

Commandant du groupe de police des Ajjers, avec résidence à Djanet ,  le lieutenant Gabriel Gardel fut le héros épique du combat d’Esseyen, sur la frontière tripolitaine, le 10 avril 1913, avant que d’être tué, trois ans plus tard à Verdun.

Plein d’initiative, brûlant d’ardeur d’agir, manipulant la plume aussi bien que l’épée, le jeune officier occupait ses loisirs à la recherche passionnée de l’histoire des Ajjers, Touaregs du Tassili, frères ennemis des Hoggars, ce qui l’amena à écrire, entre ses tournées de police, « au pied d’une dune, à la pâle lueur d’une chandelle », un énorme recueil de trois cents pages dactylographiées. Tout est dit dans ce travail. Les hommes et leurs mœurs, leurs croyances, leurs légendes, la faune et la flore, le tout bien ordonné, clarifié, commenté. Des origines à nos jours, l’officier a tout lu de ce qui traite les Touaregs, du Sahara et de l’Afrique. Une telle « librairie », pour parler comme Montaigne, qu’on se demande comment Il put la transporter jusqu’à Djanet ! Et comme toute son étude fut écrite in situ, conçue sur la terrain, qu’il allait et venait, l’œil et l’esprit ouverts, attentifs et lucides, beaucoup de découvertes » furent faites depuis vingt ans à travers le Tassili et jusqu’au Ténéré, que le jeune méhariste avait lui-même reconnues et déjà consignées, notamment en ce oui concerné les inscriptions rupestres (1). Comme le père de Foucauld,  son voisin (2) et contemporain, Gardel a défriché et d’autres ont moissonné. C’est très évangélique !

Outre la probité de son information et ses jugements toujours sagaces, ce que nous admirons dans l’auteur de cette étude, C’est la raison qu’il donne comme l’ayant motivée : « Appelé à prendre possession des Ajjers, j’ai dû, à mon arrivée dans la région, pour me mettre au courant des diverses questions du pays, pour être complètement capable de commander et d’agir en pleine connaissance de cause, pour dominer ma tâche me livrer, aux moments de loisirs, à l’examen de tous les écrits que j’ai pu me procurer concernant cette partie du Sahara. Dès le début de ces recherches, j’ai pensé que j’éviterais à mes successeurs, à mes chefs, un travail ardu sans cesse recommencé, une perte de temps précieux, si je prenais une fois la peine d’écrire et de classer chronologiquement tout ce qui venait à mon information. Telle est l’idée première qui m’a guidé. » Et en exergue à cette rhapsodie touarègue, l’auteur inscrivait cette pensée de Melchior de Vogué, pensée qui traduit la sienne : « Avoir une tâche, une activité salutaire, la croire utile et l’aimer, tout est là ».

Le texte que voici, qui est du Père de Foucauld, et qui date du même temps où le lieutenant Gardel se faisait l’analyste des hommes du Tassili, confirme notre avis : « Pour bien administrer et civiliser notre empire d’Afrique, il est d’abord nécessaire de connaître sa population. Or, nous la connaissons extrêmement peu. Cela vient, en partie, des mœurs musulmanes, mais c:est un obstacle qu’on peut vaincre ; il reste ce fait déplorable, que nous ignorons, à un degré effrayant, la population indigène de notre Afrique. Je ne vois personne, ni officier, ni missionnaire, ni colon ou autre, connaissant suffisamment les indigènes. Il y a là un vice auquel il faudra remédier. »Dans la mesure de ses forces, afin de dominer sa tâche, le lieutenant Gardel s’est évertué à remédier à ce fait déplorable  à « ce vice » d’ignorance, fruit de l’indifférence, dénoncés par l’Ermite (3).

Du combat d’Esseyen, point de culture minuscule entré Ghât et Djanet, je veux transcrire le jugement du capitaine Duclos qui devint directeur des Territoires du Sud : « C’est le 10 avril 1913, que mon camarade a été attaqué par 350 senoussistes armés de fusils italiens. Quatorze heures dont une nuit entière avec un vis-à-vis à trente mètres. Il a fallu en découdre à la baïonnette. De notre côté, il n’y eut que sept hommes par terre. Les méharas seuls ont écopé largement. Gardel a dû rentrer à pied. Quant aux- senoussistes, ils ont perdu plus de quarante tués (4) et ont abandonné cinquante-cinq blessés ». Et le capitaine, qui était alors attaché au Service central des affaires indigènes, concluait en ces termes : « Je suis chargé du rapport. La censure ne s’exercera que sur l’excès d’enthousiasme » (5).

Ce que Duclos ne dit pas, c’est que le détachement commandé par Gardel n’était que de quarante hommes, et qu’il était seul Français parmi ces Sahariens avec un brigadier et un maréchal des logis . C’est qu’outre ses bons fusils bien approvisionnés, l’assaillant possédait des fusées incendiaires ; ce sont les invectives qu’échangeaient les deux camps et les « hurlements de loups », les danses et les chants sauvages et le fracas des sabres, dont l’ennemi accompagnait le crépitement de sa fusillade ; c’est l’appel à la trahison qu’il lançait à nos méharistes.

»Abandonnez les infidèles, ô musulmans ! Venez avec nous ! Nous n’en voulons qu’aux chrétiens ; lâchez, lâchez les kouffars ! »

Cela hurlé à trente mètres et sans fin répété avec toutes sortes de menaces et toutes sortes de promesses, toutes sortes d’injures aussi ! Avouons-le, il fallait au jeune chef des nerfs bien éprouvés, avec un cœur robuste une âme « bien née » enfin, pour ne pas perdre la tête. Enfin, c’est la charge à l’aube après l’infernale nuit, la charge dans la dune déjà rougie de sang.

«  En avant ! En avant ! crie le jeune officier, entraînant ses soldats que sa fougue électrise. »

Et les baïonnettes sont plantées dans des dos, dans des poitrines, dans des ventres. Et les ennemis atterrés, terrassés, étripés, s’écroulent et râlent dans leur sang. Les autres fuient. C’est la victoire avec l’aurore : la furia française a vaincu.

Psichari, prototype du héros colonial et modèle, à nos yeux, du soldat saharien, a écrit quelque part : « Nous avons tous une mission. Et quelle mission ! Celle d’imposer la France ! ». Ce que Kipling nommait « le fardeau de l’homme blanc ». Que pour certaines épaules, ou veules ou réfractaires, ce fardeau soit trop lourd, qu’il les écrase ou qu’elles l’évitent, c’est un fait. Mais qui rehausse encore le mérite et la gloire de celui qui le porte.

Le héros d’Esseyen - qui devait mourir trois ans plus tard dans une ambulance allemande des suites de graves blessures reçues devant Verdun – fut de ces forts sans reproche : par la plume et l’épée, par sa haute ambition de dominer sa tâche, il a bien imposé la France.

Honneur à la mémoire de ce preux intégral ! Et donnons-le en exemple à tous les Sahariens que ronge la saharite.

Claude-Maurice ROBERT.

(1) L’étude du lieutenant Gardel, vraie encyclopédie, est restée manuscrite. Souhaitons qu’elle soit publiée.

(2) Des voisins séparés par 500 kilomètres !

(3) Que son exemple n’est-il suivi ! Ainsi, chaque oasis, chaque poste militaire auraient leur monographie, ce qui faciliterait le gouvernement des tribus : « Gouverner, c’est connaître ». Mais nous sommes loin de là !

(4) « 60 à 70 morts », dit le rapport officiel du lieutenant.

f5) « Lettres d’un Saharien », publiées par Léon Lehuraux.

 

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Gouverneur Général-sous couvert Commandant Corps d’Armée, Alger.- no 116 t -Brillant succès -

Cie Tidikelt dix avril 1913 lieutenant Gardel commandant reconnaissance cinquante spahis attaques par harka trois cent cinquante-cinq fusils. Combat engagé rapidement acharné a duré quatorze heures dont toute une nuit ennemis-entourant positions spahis à trente mètres. Moment critique. Vigoureuse charge à la baïonnette menée par lieutenant Gardel et maréchal des logis Bagneres a couché sur terrain vingt-trois ennemis et mis en fuite le reste.

Quarante-trois ennemis tués. Cinquante-cinq blessés. Trente-deux fusils tir rapide et nombreuses munitions prises. De notre côté, deux tués sept blessés dont un grièvement. Trente-sept méhara tués.

Petite troupe de héros forcée retraite à pied pendant cent-vingt kilomètres emmenant blessés recueillis par détachement de renfort à cinquante kilomètres de Djanet.

Lieutenant Gardel secondé par maréchal des logis Bagneres et brigadier de Conclois a fait preuve courage et sang-froid admirables. Très belle conduite des spahis.

Renseignements arrivent de Ghât: harka forte trois cent cinquante-cinq hommes commandée par Sultan Ahmoud et Inguedazzem disloquée quatre jours après combat. Après avoir pillé commerçants tripolitains et caisses argent turc, Ghât évacué. Sécurité rétablie.

Quitterai Djanet dès que confirmation renseignements ci-dessus. Rentrerai à In Salah après avoir disloqué goum Ouargla. Une partie rentrera directement Ouargla autre partie reconnaissance Titersin. Goum El Oued doit quitter région Adjer 1 mois après avoir exécuté reconnaissance Hassi Bourarehat-Ouan Sidi-In-Azaoua.

Télégramme enregistré le 8 mai 1913 au Gouvernement Général sous le n°1512 par le Bureau des Affaires Indigènes Militaires qui apprit à Alger la victoire d’Esseyen, dans l’Histoire des Compagnies Méharistes.

Lieutenant Gabriel GARDEL-Compagnie  Saharienne du Tidikelt -Hoggar - combat  d'Esseyen 1913

Lieutenant Gabriel GARDEL-Compagnie Saharienne du Tidikelt -Hoggar – combat d’Esseyen 1913

fort gardel 1957

fort gardel 1957

Djanet 1956

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CALENTICA ! CALENTICA !

Posté par lesamisdegg le 24 février 2018

Calentica à l’ouest du fleuve Chéliff , calentita à l’est , kif-kif bourricot !

Il faut donc vous en offrir deux pour le prix d’une-prolongation des soldes oblige -: l’histoire de la calentita de Manolo , en Alger , puis la recette de calentica de mon Tonton Ernest d’Oran .

Calentita 

   Trois jours de mer sur une balancelle, sous voile tendue, l’avaient amené d’Alicante. Alger était blanche et rose comme une carrière de marbre et de cornaline. Et elle avait encore une bonne allure barbaresque.

L’aventure commençait aux portes de la ville. Le pays était roux et sans arbre. Mais Manolo Alvarez était né dans les solitudes tièdes du plateau de Murcie. Le sol aride et le soleil ne l’effrayaient pas. Il avait la peau aussi brune que celle des Arabes et son parler était guttural comme le leur mais ils ne se comprenaient pas.

Quand il fallut choisir un métier, 11 se souvint qu’il avait appris à conduire un attelage dans la vieille estancia familiale. Il fut donc roulier et trima sur la route de Laghouat. Manolo, las de rouler sur les routes de poussière, s’installa dans Bab-el-Oued, i au bourg où les Espagnols aimaient à vivre. 11 eut une longue charrette, quatre lourds chevaux et transporta la pierre des carrières. Une petite brunette de Mahonnaise lui donna la joie d’un foyer, et des enfants. L’harmonie de sa vie était équilibrée. Puis, au fil des ans, la douleur remplaça la joie et il se retrouva, un jour, tout seul, comme quand il avait débarqué, mais sans force de jeunesse, bras faibles et jambes fléchissantes. Pourtant, il fallait vivre encore et, pour vivre, travailler.

Alors il se rappela la place du village et la petite vieille noire et ratatinée qui vendait un gâteau tiède ‘ la calentita. C’était fait avec de la farine de pois-chiche, du sel, de l’eau et de l’huile, et ça calmait la faim des gamins de quinze ans qui venaient de mimer une corrida ou de jouer aux – chasseurs d’aigles. Il fabriqua de la calentita.

Très tôt, dans l’incertaine lumière de l’aube, il pétrit la blanche pâte qu’il fait dorer au four, puis, par les rues où les travailleurs mettent un courant rapide, il va. De son couteau il tape sur le zinc du plateau. tac, tac, tac, et crie : « calentita ! calentita ! ».« Donne deux sous ! Donne cinq sous ! »

Le couteau coupe, coupe, de longues languettes de pâte chaude que les langues des gamins savourent en clappant de satisfaction. Il a comme clients les yaouleds cireurs, les pêcheurs, les débardeurs et les enfants qui vont au lycée, ceux qui ont dents longues et ventre toujours creux.

Quand il est las de rouler lentement par les rues, il va s’installer près de « Djemaà-Djedid », la blanche mosquée aux coupoles. Là, il ne travaille plus, il bavarde. Il bavarde avec ses « pays » , ses « patouèt’ » : un vieux cocher perclus de rhumatismes et qui ne conduit plus, un marchand de poissons au ventre vaste cerclé d’une chaîne d’or bien massive qui confirme son assurance de rentier, un ancien terrassier aussi noir et ridé qu’un pruneau qui a les articulations des mains grosses comme des noix à force de travail , un coiffeur trop parfumé blême des joues, le poil luisant de cosmétique, et d’autres encore.  Ils sont tous venus de la côte d’Espagne si voisine. La réussite a été différente mais il n’y a, chez eux, ni rancœur ni orgueil, et les mots qui sont sur leurs lèvres quand ils parlent de « là-bas » disent la même émotion. Alors, Manolo n’est plus marchand ; il est un puits aux souvenirs d’où il tire des évocations qui le rajeunissent, les autres aussi.

Les gamins connaissent l’heure propice, Ils viennent d’un pas leste, ils disent : « Donne deux sous. », et, saisissant le couteau, ils coupent une languette de pâte de quatre sous au moins et ils partent rapides, heureux. Manolo laisse faire. Il ne voit pas tant il parle, ou, s’il voit, il pense : « Calentita ! Prenez, gamins; coupez, gamins ; faites-vous du plaisir pour Ie palais comme je l’ai fait quand j’étais jeune, Calentita ! Calentita ! Mon cœur est plus chaud que le gâteau que vous emportez parce que la joie est en moi de savoir me souvenir. »

A.-L. BREUGNOT

 

Alger 1932 -un marchand de calentita-

Alger 1932 -un marchand de calentita-

Alger 1935 -Charles BROUTY-

Alger 1935 -Charles BROUTY-

 

Recette de Calentica de tonton Ernest d’Oran

Dans un saladier, verser 250g de farine de pois chiches en ajoutant progressivement 1l l’eau. Mélanger bien ce « bagali » ac’ le fouet d’la cuisine, pas du cocher !

Laisser reposer  12h minimum en prenant soin de remuer « tanzantan » pour bien aérer la pâte.

1 heure avant de commencer la cuisson, ajouter deux cuillères à soupe d’huile d’olive, et otra vess’ le fouet, saler et laisser reposer.

Préchauffer le four à 210°, verser la pâte dans un moule huilé « soi- soi « ; badigeonner le dessur de jaune d’œuf.Enfournez durant 45 minutes, à 300°. La calentica doit être bien dorée dessur’.

Du cumin par dessur’ la calentica, en criant - calentica ! calentica ! -  pour qu’les « morfalous » de tout âge ou condition viennent s’la manger toute chaude.

Tonton Ernest me racontait  « Le vieux marchand de « calentica  » porte son plateau de fer suspendu à l’épaule par une courroie et appuyé sur la hanche. Du dos de la lame de son couteau, il frappe à petits coups précipités sur le rebord du plateau, tac, tac, tac. Les enfants connaissent parfaitement cette musique et, bien vite, vont acheter pour quelques sous de la pâte qu’ils mordent à belles dents. »

 

CALENTICA

CALENTICA

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l’accent des PIEDS-NOIRS

Posté par lesamisdegg le 22 février 2018

Mon Dieu, ils m’ont tout pris

Ma maison, mon ciel bleu, ma petite église, mes djebels.

De mon pays perdu, il ne me reste plus que l’accent.

Mon Dieu, faites que le temps qui passe ne me le prenne pas mon accent.

Ce n’est pas que l’accent de Provence n’est pas mélodieux :

Pagnol, la lavande, Giono, le mistral c’est très joli.

Ce n’est pas que l’accent du Nord n’est pas chantant :

Les chtis, les frites, le carnaval c’est très joli.

Ce n’est pas que l’accent de Paris manque de charme:

Gavroche, la Bastoche, les Champs Elysées c’est splendide

Mais moi Seigneur, mon accent c’est tout ce qui me reste de mon pays perdu.

Faites que le temps qui passe ne me le prenne pas mon accent Mon Dieu.

Car cet accent-là, c’est l’accent de mon grand-père qui, à Verdun a crié à ses zouaves

« Allez Mohamed, allez Mamadou, allez Fernandez, baïonnette au canon et vive la France  »

Car cet accent-là, c’est l’accent de mon père qui, à Monte Cassino a crié à ses tirailleurs

 » Allez Kadour, allez Santini, allez Sposito, à l’assaut et Vive la France »

Car cet accent-là, c’est l’accent de mon frère qui au cours du dernier assaut Viet à Dien Bien Phu, avant de mourir a crié à ses légionnaires

« Allez Steiner, allez Pablo, la Légion ne se rend pas Vive la France  »

Mon Dieu, faites que le temps qui passe ne me le prenne pas mon accent.

Parfois, certains qui ne nous aiment pas me disent que mon accent sent la merguez, le couscous .Ils ne savent pas ces gens-là, qu’au lieu de me vexer ils me remplissent de joie car cet accent-là, c’est l’accent d’Albert Camus, du Marechal Juin………..

Si le temps me le prend mon accent comment je vais faire Seigneur pour raconter à mes petits-enfants comment il criait le marchand de légumes dans les ruelles de Bône ?

Si le temps me le prend mon accent, tu m’entends moi Seigneur dire à mes petits enfants avec l’accent, tous les vilains mots que l’on criait à Galoufa l’attrapeur de chiens errants dans les rues de Bône?

Alors mon Dieu, je vous en supplie faites que le temps qui passe ne le prenne pas mon accent de la bas, l’accent de mon pays perdu.

Jacques HUVER de Bône -02 2018

Pieds-Noirs 2017

Pieds-Noirs 2017

Pieds-Noirs 2017 -ongles

Pieds-Noirs 2017 -ongles

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François MARTINEZ sculpteur

Posté par lesamisdegg le 20 février 2018

Ce 5 mai 1934 nous apprenons avec un réel plaisir et un orgueil bien légitime que notre jeune concitoyen oranais, le sculpteur François Martinez, vient d’être reçu au Salon National des Artistes français avec deux pièces : une Pintade (ronce de thuya) et un Buste (noyer de France).

Ce jeune artiste (il a à peine 30 ans ) est en possession d’un talent très personnel. Pas de trompe l’œil ni de truquage. De la sincérité, de la hardiesse, tout en magnifiant les masses sans en altérer la ligne et ceci avec un art incomparable.

François Martinez s’est déjà imposé au public artistique de notre ville, dans une exposition organisée l’été dernier au Bureau artistique. Nous y avions admiré une basse-cour dont tous les sujets, très bien campés, étaient animés d’une vie intense et traités d’une façon nette et puissante.

En véritable artiste, François Martinez a compris qu’il fallait faire abstraction de tous les détails quasi-photographiques qui, prétendant reproduire la nature, n’arrivent qu’à la déformer. L’art, en effet, on l’a dit souvent, ne consiste pas à copier la vie, mais au contraire à l’interpréter.

Qu’il sculpte un chat, un oiseau, Martinez ne fait pas le poil ni la plume. Il en donne l’impression. Il en tient Compte dans la silhouette, dans la masse de l’animal. Et il arrive à ce résultat que ses bêtes procurent la même joie à regarder qu’à toucher : on a, en les caressant, la sensation même du poil, de la plume, de cette douceur glissante et lisse…

Notons en passant que la simplicité, l’amour de son art sont les deux qualités prédominantes de cet artiste vraiment doué. Nous lui adressons ici toutes nos plus vives félicitations pour le succès bien mérité qu’il vient de remporter. Nous associons à ces félicitations M. le professeur Sarrade pour qui son ancien élève conserve une grande admiration et une profonde amitié.

François Martinez qui est professeur des Cours industriels aux Beaux-Arts depuis deux ans, a déjà obtenu de la Ville d’Oran le Prix hors-concours de sculpture.

L’Afrique du Nord illustrée

François MARTINEZ 1934 05

François MARTINEZ 1934 05

commerce 1955

commerce 1955

commerce 2015

commerce 2015

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CALDERO d’Oranie de mi Mama !

Posté par lesamisdegg le 18 février 2018

Ce matin, de bonne heure la voilà qui ramène de la nouvelle pêcherie du port 3 kilos de poisson, surtout de la daurade du loup de mer et encore deux z’ot de rascasse, de rouget de roche ac’  les têtes, bien sûr, et encore, encore un kilo de demoiselles, ac’ des gabottes .Aïe les gabottes pour le bouillon !

Je l’observe écailler, vider et rincer les poissons avant de se les couper en gros morceaux.

poissons de caldéro

poissons de caldéro

 

Dans le grand faitout elle fait  revenir dans un fond d’huile d’olive les 6 gousses d’ail hachées, les piments de Cayenne écrasés puis les 3 tomates émondées, épépinées et concassées.

Dans une casserole, à part, ac’ les têtes de poissons, les demoiselles et les gabottes, elle se mijote  une mini soupe de poisson dans un demi-litre litre de l’eau eau.

Dans le fait-tout libéré, elle fait revenir 2 gros oignons coupés en morceaux et 4 gousses d’ail en rajoutant une cuillerée à soupe de paprika ou une nyora pilée au mortier, et la cuillère de concentré de tomates. Le « secret » c’est de passer la soupe des poissons au presse-purée-que vous avez gardé à la cave-, puis au chinois. Je l’ai vue verser sur cette préparation le fumet de poissons passé, saler, poivrer et laisser mijoter 15 minutes. Poz après, là-dedans elle s’est mis les « poissons de roche » et les tomates entières pendant 15 minutes.

Là-dessus elle s’est versé « oune bouène tchorro » de 3 litres de l’eau chaude, ac’ le zeste de l’orange, le laurier, le persil mouliné, les 4 sachets de spigol, et…. la cuillère à café d’anisette.

Après 15mn de mijotage –tojor un quart de l’heure !- elle s’est sorti le poisson pour le garder au chaud.

Dans le mortier elle -toujours la Mama – s’est préparé un bon aïl-y-oli  ac’ une nyora pilée. Pendant ce temps, les 500g de riz cuisaient. .

A peine le riz dans le faitout et le poisson dans un ot’ plat sur la table, ac’ la gargoulette de mascara rosé bien frais qu’on s’est tous régalés, ah de bon !

Viva la Mama !

les poissons du caldéro

les poissons du caldéro

le caldéro

le caldéro

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