ORAN en 1844

Posté par lesamisdegg le 19 avril 2016

Oran, capitale de la province de ce nom en Algérie, est bâti sur le bord de la mer, à l’est du pic Murdjadjo ou Santa-Cruz, dont les sommets sont couronnés par un fort et par un santon ou goubakouba-(dôme, marabout) arabe. Un ruisseau (Oued-el-Rahi –er rehi-, rivière des Moulins) sépare la ville en deux parties .Sur la rive gauche, la Vieille-Ville, la ville espagnole, assise entre le ruisseau et les pentes abruptes du Murdjadjo .Sur la rive droite, la Ville-Neuve, la ville arabe, qui, assise sur un plateau dominant le ravin, se continue à l’est et au sud, et forme la plaine d’Oran.

I-L’Oued-er-rahi a sa source apparente à mille mètres de son embouchure, au milieu d’une gorge étroite, dont les flancs escarpés sont composés de calcaires de nouvelle formation et riches en fossiles. Malgré un cours si peu étendu, son volume d’eau est assez considérable pour suffire aux besoins d’une population de 30 000 âmes, et sa pente assez rapide pour faire tourner un grand nombre de moulins A l’origine de la source, au Ras-el-Aïn ( la source), on a construit, depuis 1831 un petit monument qui sert de corps-de-garde, et d’où partent deux canaux conduisant les eaux aux diverses fontaines des deux villes , ce qui lui a fait donner le nom de Chateau-d’Eau.

II-La Vieille-Ville comprend trois quartiers séparés les uns des autres par des remparts : la Marine, la Planza-déformation arabe de la « plaza » de Oran-, la Vieille Kasbah.

A-Le quartier de la Marine, avant 1832, était peu considérable. Une douane, une manutention, un immense moulin à sept tournants, des hangars pour les fourrages de l’armée, des ateliers pour la marine et l’artillerie, y ont été construits par l’Etat-y compris les bâtiments espagnols-. Les particuliers, le haut commerce surtout, y ont fait bâtir des maisons et de vastes magasins pour entrepôts. Là où n’existait qu’un mauvais village de pêcheurs s’est élevée une ville tout entière. La rue principale de ce quartier, la rue de la Marine, traverse deux places, celle d’Orléans et celle de Nemours, décorées chacune d’une fontaine.

B-Le quartier de la Planza embrasse l’espace compris entre la Marine qu’il domine et la Vieille-Kasbah par laquelle il est dominé. En 1832, ce quartier n’était qu’un amas de ruines abandonnées depuis le tremblement de terre survenu dans la nuit du 9 octobre 1790, qui y causa d’affreux ravages. Restauré aujourd’hui, il est sans contredit le plus beau de la ville, et plusieurs de ses maisons ne dépareraient pas les jolies rues de Paris. C’est là que sont situés

- le Colysée- salle de spectacle-

-l’église chrétienne, construite sur les fondations de l’ancienne église espagnole

-l’hôpital militaire, sur l’emplacement de la principale mosquée du quartier-construite elle sur un couvent espagnol, dont on n’a conservé que le superbe minaret et les vastes bains publics –le bagne turc-qui en dépendaient.

-La mosquée de Sidi-el-haouari, dont une partie, celle où était le tombeau , est réservée au culte, et l’autre sert de magasin au campement militaire

-la place de l’hôpital-militaire

-le cours Oudinot, planté d’arbres depuis trois ans ; des cafés, des restaurants, des guinguettes s’y établissent à l’usage des promeneurs, et sa situation au centre des deux villes, au milieu des jardins, en fera bientôt une charmante promenade.

C-La Vieille-Kasbah, comme l’indique son nom, est une ancienne forteresse, entourée de hautes murailles : elle domine la ville, l’entrée du golfe et le ravin, et communique avec la ville par le quartier de la Planza, au moyen de deux portes, dont l’une correspond à l’ancienne Voierie, et l’autre à une rue carrossable ouverte par le génie.

III-La Ville-Neuve, sur la rive droite de l’Oued-er-Rahi, comprend la nouvelle Kasbah ou Château-Neuf (Bordj-el-Ahmar, fort Rouge), et une rue qui, sous des noms différents, se prolonge jusqu’au fort Saint-André ( Bordj-el-Saliha, fort des Spahis). Le Château-Neuf est une citadelle en bon état, bien bastionnée, bien flanquée, bien armée, qui domine la ville et la mer; elle ne contient que des bâtiments militaires créés ou restaurés depuis 1831, et l’ancien palais du bey d’Oran, qui sert d’habitation au général commandant la province, aux officiers d’état-major et du génie. L’ancien palais du bey était une délicieuse demeure, moins fantastique que celui du bey de Constantine, mais plus confortable. Le pavillon destiné au harem était un séjour aérien situé au point culminant du château, et d’où l’on jouissait d’une vue ravissante. Le bey, du haut de ce joli kiosque, plongeait ses regards dans toutes les maisons placées sous ses pieds, et étendait ainsi sur la ville entière son invisible surveillance. Un jardin de roses et de jasmins séparait ce pavillon du corps du palais. Dans l’intérieur du palais étaient deux parties distinctes : l’une l’habitation du bey, l’autre son palais proprement dit, où il trônait en souverain absolu, en pacha. Une galerie couverte mettait l’une et l’autre partie en communication. La partie de la nouvelle ville en dehors du Château-Neuf est presque tout entière groupée aux deux côtés d’une longue rue, tortueuse et rapide du pont à la place du Gouvernement, large et droite de la place du Gouvernement à la place Saint-André. Dans la première partie, elle s’appelle rue Philippe; dans la seconde, rue Napoléon. Parallèlement à la rue Napoléon, du côté du rempart et du côté du ravin, d’autres rues anciennes ou nouvelles complètent le quartier. On remarque en descendant cette rue :

-le pont, qui sert de communication entre les deux villes, très élevé au dessus du niveau des eaux, et d’une seule arche

-le tribunal civil et indigène, de construction française

- la place du Gouvernement au pied du Château-Neuf, et sur laquelle débouche la porte du Marché

-la mosquée la plus importante de la ville, à laquelle les Arabes donnent le nom de mosquée du Pacha, et qui a été bâtie par le bey Mohamed-el-Kebir, en mémoire du départ

1844 chateau-neuf , ravin , blanca oran

1844 chateau-neuf , ravin , blanca oran

des Espagnols. Le minaret de cette mosquée, consacrée encore au culte musulman, est le plus beau de tous ceux de l’Algérie

-une seconde mosquée sur la place Saint-André qui n’a d’importance que par sa communication avec la porte principale de la ville

-en dehors de la grande rue dans des espaces laissés libres par les constructions, le marché arabe, où les indigènes vendent le blé, le charbon, le bois, les laines…

- le marché français, marché ouvert, où Français, Juifs, Espagnols se font concurrence pour la vente des légumes, du poisson, de la viande.

-Trois fontaines principales, celles de la rue Mont-Thabor, de la rue Philippe et du Château-Neuf, fournissent de l’eau en abondance aux habitants.

IV-En 1832, un immense faubourg, nommé Kargantha, était annexé à la Ville-Neuve et habité par les Arabes Douaïr, Zmélah et Gharabah, gens du Makhzen. Il a été détruit sous le commandement des généraux Boyer et Desmichels, pour dégager les abords de la place. Il n’en reste qu’une mosquée qui a servi depuis lors de caserne au 2ième régiment de chasseurs d’Afrique, et autour de laquelle on a construit une caserne pour l’artillerie, et tout un faubourg nouveau, habité par des marchands d’eau-de-vie, de vin, de café, et de tabac.

V-Cinq forts concourent, avec les citadelles des deux villes et une enceinte continue, à la défense d’Oran : ce sont les forts Lamoune,  Saint-Grégoire, Sainte-Croix, Saint-André et Saint-Philippe. Les trois premiers sont échelonnés sur le rivage, sur les gradins du Murdjadjo, et défendent l’approche de la ville par mer. Le fort Saint- André, le plus avancé dans les terres, défend l’entrée du ravin dans lequel coule l’Oued-el-Rahi. Saint-Grégoire et Sainte-Croix peuvent également défendre la ville du côté de terre; mais leurs boulets, pour atteindre l’ennemi, passent par-dessus les tètes des habitants. Tous ces forts, de construction espagnole, sont en bon état.

Telle est la ville d’Oran à la surface du sol .La ville souterraine ne serait pas moins curieux à étudier. Les Espagnols avaient fait communiquer leurs forts entre eux au moyen de galeries profondes. De nombreux éboulement ont rendus la plupart des passages impraticables.

 « le magasin pittoresque »

 NB: Oran marine , la rue de la marine deviendra vite la rue d’Orléans en hommage au duc puis la place d’Orléans deviendra la place Emerat

Oran ville-neuve , la place du gouvernement sera la place du marché puis d’armes , la rue Napoléon deviendra « de la révolution »

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Printemps sur ORAN

Posté par lesamisdegg le 3 avril 2016

Enfin, le beau temps est revenu. Dans le ciel de lapis-lazuli où voguent quelques nuages floconneux, pareils à un troupeau de nomades moutons, le soleil resplendit animant le paysage de ses rayons. C’est à présent qu’il fait bon se lever avant l’aurore. Je ne connais rien de plus délectable que de partir vêtu d’un léger costume, mon chien fidèle trottinant à mes chausses, vers les hautes falaises qui dominent la Cueva del Agua et le Ravin blanc. L’air du large fortement saturé d’iode, pénètre en mes poumons, les dilatants d’extase. Sur les flots, là-bas, vers l’horizon s’attarde une buée légère, le dernier voile de la nuit. A mes pieds, au fond de l’abîme, les vagues, doucement, caressent les rochers. L’onde est transparente, d’un bleu d’émeraude, jamais troublé Le port s’éveille et la cité aussi. Dans les branches des ficus et d’un caroubier, les oiseaux pépient joyeusement. D’un petit jardin tout proche me parviennent les senteurs des fleurs printanières. Et je songe que la nature lance vers le ciel, vers l’Etre suprême, Dieu ou toute autre divinité, son encens, les doux parfums des fleurettes, et ses actions de grâces, les chants des oiseaux.

Le train siffle, soudain, sur les quais. La sirène d’un bateau lui répond. Aussitôt après, c’est le bruit incessant des treuils et des grues, les cris des portefaix, qui me parviennent vaguement, comme le clapotis des lames contre la falaise là, en bas. L’orient où stagnait un nuage effiloché se colore soudain, d’un ton d’orange mûre à point, tandis que le nuage s’empourpre tout à coup. Puis le disque du soleil, éblouissant, s’élance vers le zénith. J’entends là-bas, vers la place d’armes, le crissement aigu des roues des premiers tramways glissant sur les rails. L’heure de rejoindre le labeur quotidien étant proche je retourne au logis, l’esprit et le corps plus dispos.

Avec les belles journées de printemps sont revenues les brunes hirondelles. De nouveau elles couvrent l’espace de leurs zigzags capricieux, et déchirent les airs de leurs cris perçants. En troupe, elles se pelotonnent sur les fils télégraphiques, se balançant doucement au gré de la brise printanière.

 

Il n’est pas un faubourg d’Oran qui conserve son charme propre ; les routes et les avenues, nullement arrosées, se couvrent d’une couche épaisse de poussière que le moindre souffle du vent et le passage des automobiles soulèvent en épais tourbillons, aspergeant les feuilles naissantes des arbres d’une averse de poussière. Mais il n’y à pas que les avenues des faubourgs qui sont sillonnés à grande allure par les autos, les artères les plus fréquentées de notre ville deviennent pour certains « chauffards » de véritables pistes d’entrainement au grand dam des piétons sous les yeux des agents de police. Il ne se passe pas de jour où l’on ait à enregistrer d’accidents. Pour les fêtes de Carnaval il s’en produisit un boulevard Sébastopol qui eut pour conséquence là mort d’un homme très connu et estimé à Oran, M. Barneaud, professeur de lettres en retraite. Jeudi dernier le Tribunal Correctionnel mit un point final à cette triste affaire.

Le vieux Théâtre Bastrana fut pris d’assaut dès huit heures du soir. L’assistance se composait pour beaucoup d’indigènes, quelques toilettes claires égayaient le parterre. Présenté en des termes élogieux par le Président de la Ligue de l’Enseignement, M. Abadi, le conférencier nous tint pendant près de trois heures sous le charme. Moi qui ai habité Tlemcen assez longtemps je goûtais particulièrement cette voix prenante d’une puissance évocatrice fort étonnante. Le film illustrant la conférence était d’une luminosité parfaite et conçu avec art. Voilà des conférences qu’il serait utile d’entendre souvent, car elles révèlent le niveau artistique de notre cité.

José STÉFANI-POQUET

1925 plages , kébir , oran

1925 plages , kébir , oran

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La MOUNA de Belabbès

Posté par lesamisdegg le 27 mars 2016

lundi de paques à Oran en 1873

lundi de paques à Oran en 1873

Lundi notre ville avait perdu sa gaieté, son entrain. Les rues étaient désertes, presque tous les magasins fermés. Dès l’aube des groupes nombreux de piétons et des voitures rapides sillonnaient les rues dans toutes les directions et gagnaient la campagne. Ce mouvement inusité, cette émigration nouvelle m’intriguait, et comme dit la chanson :

Je ne suis pas curieux

Mais je voulais savoir,

Pourquoi dans d’autres lieux

Ils fuyaient jusqu’au soir.

Je demandai donc le pourquoi de la chose. L’Espagnol, que j’interrogeai, me  toisa des pieds à la tête et me regarda absolument comme un Marseillais de Marseille auquel j’aurais demandé le chemin de la Cannebière ; puis il se mit à rire, d’un de ces rires francs et sonores. « Allez à la campagne », me dit-il, et vous verrez :

C’est la Mouna !

La Mouna ! La Mouna ! À deux heures je franchissais la porte d’Oran.

Je marchais guidé par le hasard. Mais je ne tardai pas à rencontrer une jeunesse – et une belle jeunesse s. v. p., coté des dames surtout – qui prenait ses ébats sur l’herbette fleurie. Les rives de la Mekerra étaient bordées de groupes animés, où régnait la gaieté la plus cordiale, la plus franche. Ça et là, au son d’une musique, peut-être un peu trop agreste, il est vrai, on polkait, on valsait avec un entrain endiablé. Les couples se pressaient et plus d’un baiser, en cachette de la maman, se donnait furtif. Je me croyais à Auteuil à Mabille ou au Point-du-jour. Comme à Robinson, il y avait du bon vin, de la verdure, du soleil et des roses. Tout était en fête, partout des visages heureux, partout des sourires. Ces grands yeux noyés d’Andalouses, ces corsages trop ou trop peu ouverts, ces mouchoirs aux couleurs voyantes, encadrant ces fines tètes au profil si régulier, si pur, tout cela me charmait, m’enthousiasmait.

Du premier coup, la Mouna m’avait conquis.

Mais d’où venait-elle cette fête ? Avait-elle pris naissance dans quelque fait biblique ou mythologique ? Etait-ce le résultat d’un vœu national, religieusement observé chaque année? N’était-ce pas plutôt un simple effet du hasard, une vieille coutume les enfants apprennent de leurs pères pour la léguer ensuite à leurs petits-neveux ?

Je consultai à mon retour pas mal de vieux conteurs – on dirait chroniqueurs aujourd’hui –  de la péninsule Ibérique, et parmi les nombreuses légendes de cette Mouna, il en est une qui me parut assez bizarre, sinon vraisemblable. La voici :

« Vers la fin du XVIème siècle, au milieu des gorges de la Sierra-Nevada et non loin de Grenade, se dressait un vaste monastère. La discipline y était rude, et la férule de l’abbé gouverneur impitoyable.

Les moines, prisonniers plus ou moins volontaires, étaient si mécontents, si malheureux, qu’ils souhaitaient la mort de leur supérieur. Mais les idées libérales étaient encore enfouies dans le chaos du néant, et ces hommes de Dieu étaient incapables d’une  révolution même pacifique.

La nature vint à leur aide et un beau jour, un vendredi-saint – quelle coïncidence ! – la mort frappa le tyranneau.

Le couvent retentit de cris et de plaintes, absolument comme s’il se fût agi d’un mort aimé, et les moines, en égrenant leur chapelet, suivirent à sa dernière demeure, avec une feinte douleur, celui qu’ils avaient envoyé tant de fois… au fond des enfers.

Les derniers devoirs une fois rendus, la joie éclata folle, délirante ; on dit même que quelques religieux, des jeunes sans doute, esquissèrent à deux pas de la tombe de leur ancien seigneur et maître, un grand écart parfaitement réussi. .

La longue file des moines s’en allait cahin-caha en se dirigeant vers un monastère de saintes religieuses, à la porte duquel elle s’arrêta. Le plus ancien frappa à là porte et la sœur tourière vint ouvrir en souriant à tous.

Une délégation fut envoyée auprès de la supérieure pour lui expliquer le but de cette visite inattendue et si nombreuse. « On voulait s’amuser un brin, fêter l’heureuse mort et on invitait ces dames ». Après bien des hésitations et de longs pourparlers, (car il paraît qu’on y mit des formes, l’invitation fût acceptée.

Alors, du monastère sortirent deux longues files de capuchons gris et de cornettes blanches.

En gens pratiques les bons moines avaient eu le soin de dépêcher un des leurs au couvent pour en ramener des victuailles, des provisions de toutes sortes et de ce vin d’Espagne. qui devait faire d’eux de nouveaux Noé.

On s’amusa ferme, tellement même que les habitants d’alentour étonnés de ce spectacle d’un nouveau genre, accoururent en foule pour jouir du coup d’œil.

Mais la chose fit dit bruit et arriva aux oreilles du Pape. On parla de l’a réunion d’un concile, des foudres de l’Eglise; en fin.de compte, on se contenta d’envoyer les coupables dans divers couvents de la Péninsule.

Cette dispersion aux quatre coins de l’Espagne des moines et des nonnes, donna à la fête un renom universel et un attrait de plus, celui du fruit défendu.

Une fois cloîtrés dans leur nouvelle prison, ils contèrent la chose  à leurs confrères, qui à leur tour voulurent fêter l’Anniversaire. Le public s’en mêla, et chaque année le lundi de Pâques, c’était entre civils et… religieux, une fête de famille, une sauterie intime.

Le temps a passé et avec lui les moines et les couvents mais la coutume est restée d’aller faire la Mouna le lundi de Pâques, alors que la nature renaît et que dans les ombrages nouveaux l’oiseau chante sa première chanson. «

Telle est une des nombreuses légendes qui circulent sur l’origine de la Mouna.

Si non vero, bene trovato !

La Mouna a été célébrée lundi par la colonie Espagnole et aussi par les Français avec un entrain merveilleux et les valses et les polkas avaient certainement autant de vie que 1es farandoles dansées par les religieux et religieuses de la légende.

Les rives de la Mekerra refléteront longtemps encore les doux moments et les folles joies de lundi. Puissent-elles en conserver les petits secrets !

BEL-ABBÈS, LE 13 AVRIL 1887

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PASSION du CHRIST et Alger 26 mars 1962

Posté par lesamisdegg le 26 mars 2016

En ce temps de carême, et alors que nous approchons de la célébration de la passion de notre Seigneur, nous sommes invités à découvrir à quel point, par son incarnation, le Christ est venu épouser la condition humaine. Homme parmi les hommes, il s’est chargé de toutes leurs souffrances pour leur apporter le salut et la vie éternelle. Toute l’histoire humaine est prise en compte par ce Dieu fait homme qui, en naissant à Bethléem et en mourant sur le Calvaire à Jérusalem, a manifesté à tout homme un amour sans limite.

 

Or, pour nous Pieds-Noirs, au plus fort de la tourmente,  dans le combat ô combien inégal qui nous laissait seuls face à tous, on aurait pu croire que même Dieu s’était détourné de nous. Jamais, au grand jamais il n’en fût ainsi. Dieu notre rocher, Dieu notre salut ne nous a pas abandonné, et c’est en Lui, en Lui seul que nous voulons enraciner notre espérance. Mais encore, faut-il accepter de suivre le Christ en chacun des pas qu’Il a posé durant sa vie terrestre. Alors, aujourd’hui,  en priant pour les victimes du 26 Mars 1962 et pour toutes les victimes de la Guerre d’Algérie, méditons  sur cette présence du Christ tout au long de l’histoire du petit peuple des Pieds-Noirs.

…………………..

L’histoire de l’Algérie Française va se dessiner sur un métier à tisser dont les fils vont être tirés de l’au-delà de la méditerranée. Des hommes et des femmes venus de France, d’Italie, d’Espagne, de Malte, d’Allemagne, d’Alsace, d’Irlande  ont reçu l’annonce d’un pays à construire, d’une terre à conquérir. Souvent poussés par la misère ou par la guerre, ils vont quitter leur terre natale dans l’espérance de bâtir une nouvelle vie, avec pour seule arme le courage que donne la foi.  Ils vont se livrer à cette terre inconnue et, bientôt, ils vont l’aimer, lui sacrifiant tout dans la sueur, le sang et les larmes.

 

Marie accepte de participer au projet de Dieu. Au cœur de la nuit de Bethléem va naître cet enfant qu’elle appellera Jésus –ce qui veut dire « Dieu sauve »-  L’enfant-Dieu ne va pas naître comme les puissants de ce monde entourés de faste, de sécurité, de gloire humaine. Non, Jésus va naître dans une étable, car lorsque Joseph et Marie arrivent à Bethléem  il n’y a plus de place pour eux. Et ce sont les plus pauvres, ces marginaux que sont les bergers qui sont invités par les anges à reconnaître en cet enfant l’infini de Dieu.

 

Ce sont aussi les pauvres, les exilés qui vont faire naître l’Algérie, à force de travail, d’abnégation, de sueur et de larmes. Peu à peu vont naître ici et là des ilots d’humanité sur une terre hostile, de petits villages qui vont donner vie à des contrées sauvages. Et puis il y a la rencontre entre les différentes composantes de la population européenne et celle du pays qu’elle soit arabe ou berbère. Chacune s’enrichit de l’autre ; les différences ne sont pas fatalement des obstacles mais participent  à la naissance d’un nouveau peuple, d’une nouvelle race. A travers la naissance de ce nouveau pays, il y a aussi la résurrection de l’Eglise d’Afrique du Nord, celle des grands saints comme St. Augustin, Ste. Monique, St. Cyprien, Ste. Félicité et Ste Perpétue… et tant d’autres, tous berbères.

 

Israël attendait le Messie promis par Dieu. Tout le pays était dans l’attente fiévreuse du sauveur  et pourtant il n’a pas été reconnu. Le monde ne veut pas de la vérité proclamée par Jésus. Une vérité implacable, qui ne peut s’accommoder d’aucune espèce de combine ou d’arrangement. Mais les hommes qui ont en charge la conduite du peuple d’Israël n’acceptent pas la vérité. Jésus dérange, Jésus révèle la face cachée des âmes. Alors ses ennemis vont intriguer, comploter dans l’ombre, abuser de la faiblesse du peuple, lui mentir le manipuler pour le détacher de Celui en qui, le jour de son entrée triomphale à Jérusalem, ils reconnaissent le Messie, le Sauveur d’Israël. Les lâches vont agir dans l’ombre. Le moment venu, grâce à la trahison de Judas, ils s’empareront de Jésus pour le faire condamner après une mascarade de procès.

 

L’Algérie Française a connu la trahison. Des pharisiens et des scribes qui sont d’un autre temps mais qui ressurgissent toujours dans l’histoire de l’humanité pour accomplir les œuvres les plus basses, veulent sa mort. Tous les moyens sont alors bons pour abattre celui qui ne veut pas plier. Le terrorisme qui durant des années va tout faire pour creuser irrémédiablement un fossé entre les deux communautés ; le terrorisme dont les victimes sont aussi bien européennes qu’arabes ou kabyles à partir du moment où elles s’opposent à l’abandon de l’Algérie Française.

 

Jérusalem : Jésus est donc arrêté. Il faut maintenant qu’il soit condamné et surtout qu’il soit réduit au silence. Surtout qu’Il ne parle plus. Et la meilleure façon pour y arriver c’est de le tuer.

 

1962, l’Algérie connaît des journées terrifiantes, notre petit peuple lutte de toutes ses forces. Chaque jour des dizaines de victimes tombent dans les rues, dans les campagnes.  Cette résistance devient insupportable au pouvoir qui a décidé de se parjurer et d’abandonner coûte que coûte cette terre. On négocie avec les égorgeurs. Le quartier de Bab-el-oued à Alger est encerclé, mitraillé, bombardé. Des habitants sont abattus à bout portant. Interdiction d’évacuer les blessés ni les morts. Une manifestation pacifique de soutien se met en place.

 

Jérusalem : Jésus est humilié, flagellé, couronné d’épines, il faut le discréditer aux yeux de tous. Le mensonge, la veulerie, la lâcheté obtiendront la condamnation à mort de l’innocent. On va donc charger Jésus de sa Croix. Cette foule qui l’avait, quelques jours auparavant, accueilli dans la liesse et l’exaltation, va maintenant se retourner contre Lui, l’insulter, lui cracher au visage. Jésus est seul face à tous, soutenu par Marie sa Mère dont le cœur est transpercé par le glaive de douleur prophétisé par le vieillard Siméon. Presque tous ses disciples ont fui. Pierre L’a même renié.

 

Alger : Le pouvoir décide de frapper un grand coup. Un piège est tendu à ceux qui veulent témoigner de leur solidarité avec les assiégés de Bab el Oued. Arrivés devant la Grande Poste  et au commencement de la Rue d’Isly, les manifestants désarmés ne se doutent pas qu’ils sont pris dans une véritable nasse. Les fusils mitrailleurs ouvrent le feu, des dizaines de personnes tombent à terre. Le feu continue longtemps malgré les cris et les appels au secours. Puis le silence. Des corps, nombreux,  restent étendus sur le macadam. Certains regroupés comme pour former une rosace funèbre.

 

Jérusalem : Jésus, dépouillé de ses vêtements, a été cloué sur la Croix. Il invoque son Père : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

 

Alger : Des cris montent vers le ciel. La stupeur, l’incompréhension. Pourquoi mon Dieu, pourquoi ? Les survivants errent, hagards, abattus.  Ce jour-là, l’Algérie a été assassinée.

 

Jérusalem : Du haut de sa Croix, Jésus confie sa Mère à Jean le disciple bien-aimé. Puis s’adressant à Marie : « Femme, voici ton fils ». Il lève alors son regard vers le ciel et implore : « Père, pardonne-leur. Ils ne savent pas ce qu’ils font. »

 

Alger : Du haut de la colline qui domine Alger, Notre Dame d’Afrique pleure sur ses enfants martyrs.

 

Jérusalem : Rapidement, avant que ne commence le sabbat, Jésus doit être descendu de la Croix.  Marie le reçoit dans ses bras. Ses amis le prennent et le dépose dans un tombeau.

 

Alger : les victimes du 26 Mars sont amenées dans des hôpitaux, dans des morgues. Les familles cherchent les leurs parmi les cadavres nus, déposés à même le sol. La raison défaille, les cœurs cessent de battre, la douleur est sans nom !

 

Jérusalem : Un coup de lance inutile a transpercé le cœur de Jésus alors qu’Il a rendu son esprit à son Père.

 

Algérie : Un coup de lance inutile est asséné à ce pays martyr le 5 juillet à Oran. Des milliers de victimes.

 

Les exécutions de Degueldre, Piegt, Dovecar et Bastien-Thiry, elles aussi inutiles ; « il »aurait pu les épargner.

 

« PERE, PARDONNE-LEUR. ILS NE SAVENT PAS CE QU’ILS FONT ! »                                                                   

Père Jean-Yves MOLINAS

26 mars 2012

26 mars

26 mars

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Oran le 28 août 1898

Posté par lesamisdegg le 19 février 2016

La bataille de la cressonnière

Cette bataille met aux prises deux quartiers de la ville qui s’opposent depuis toujours. Il s’agit d’une part, du vieux quartier de la Marine situé aux pieds du Murdjadjo, montagne qui surplombe la ville au nord-ouest et d’autre part, du faubourg de Carteaux, construit sur la colline du « Monté-Séco » à l’est et bordé par le Ravin-Blanc qui donna la pierre exceptionnelle sortie de ses entrailles pour la reconstruction de la ville basse après un terrible tremblement de terre à la fin du XVIII e siècle.

Le différent, cette fois, porte sur le choix de l’implantation de la future gare de marchandises suite à l’enquête d’utilité publique en cours. Elle recevra tous les produits à exporter mais aussi ceux importés par mer. Par ailleurs cette réalisation permettra les liaisons commerciales avec le Maroc, le Rio de Oro, la Mauritanie. Il va sans dire que ce grandiose projet assurera le développement économique local. On peut affirmer qu’il y aura une forte création d’emploi pour la population du quartier élu. Et c’est ce dernier point qui devient la cause principale de la brouille entre ces deux quartiers. A l’issue de l’enquête publique par la « sncfa » et les autorités territoriales sont confrontées à un choix fort délicat pour l’implantation des installations sur les terrains non bâtis des deux quartiers. Sur le plan foncier, le vieux quartier de la Marine est peuplé de gens modestes, ingénieux, courageux, mais en majorité issus de l’immigration espagnole depuis le XIXe siècle. Les terrains accusent une forte pente qui décline vers la mer, au nord. Le faubourg de Carteaux regorge d’une jeunesse importante rompue à l’amusement. Son site est magnifique puisque perché à une altitude de plus 125m. Il est ventilé en permanence par des vents nord-ouest, iodés, ce qui peut assurer une bonne santé pour des travailleurs œuvrant dans les fumées dégagées par les chaudières des locomotives à vapeur…. A ce que l’on sait, les décideurs avaient une préférence pour une implantation sur le quartier de la Marine entre la future usine Bastos et la place de La Perle. Cette information confidentielle est rapportée par Elisabeth, la fille du sous-préfet maritime qui fréquente, malgré l’interdiction de ses parents, le fils du contremaître tonnelier des établissements Gay. Ceci ravive l’animosité des deux communautés qui ne date pas d’aujourd’hui. Ici, il est important de vous conter cette anecdote qui en dit long sur les rapports entre les protagonistes.

C’était au mois de juin 1860, à l’occasion de la visite de la ville par Napoléon III accompagné de son épouse. Un match de football fut organisé le dimanche 22 juin en hommage au couple impérial, sous la forme d’un championnat inter quartiers. Le match opposait le FCO à L’ASMO sur le terrain du champ de manœuvre. Le FCO l’emporta par un but à zéro grâce à un but marqué, de la main, par Larbi Kourbali, l’ailier droit bien connu dont le petit-fils deviendra plus tard la « Fierté » d’une jeune et charmante institutrice dont je tairai le nom mais dont je me permets de donner le prénom « Josette » ce qui me paraît hautement respectueux. Sans tout dévoiler, j’indique ses initiales : J.B. Et n’allez pas croire qu’il s’agit de Joséphine Baker! Non, notre J.B, c’est elle qui nous faisait danser avec sa baguette magique pour nous apprendre les tables de multiplications…à l’envers. Le but fut marqué de la main me direz-vous ? Mais que faisait l’arbitre ? Malheureusement, il n’a pas pu siffler la faute, flagrante pour les spectateurs, car à cet instant il était occupé à chercher sur le terrain le pois-chiche qui vibre pour produire le son strident de son ustensile. En effet, celui-ci usé par une forte utilisation était sorti de sa cage. L’instrument était inutilisable, alors. A ce malheur pour la Marine, il faut ajouter que les spectateurs de Carteaux traitaient ceux de la Marine de « gens des bas quartiers ». Inutile de dire que les Marins demandent une revanche. Voilà pour l’anecdote historique puisqu’elle est relatée par Napoléon III dans ses mémoires rédigées en Angleterre. Dans le chapitre II on peut lire ceci « la plus belle bataille fut celle de Carteaux opposée à la Marine. La stratégie des ennemis est digne de celle de Wagram avec mon tonton en général ». Je me garderai de juger ces faits historiques au parfum fantaisiste mais force est de reconnaître qu’ils sont à l’origine de ce que je m’en vais vous conter et que nous allons découvrir ensemble.

Donc, en ce mois d’août de 1898, la sncfa en accord avec les autorités, décident unilatéralement que la gare sera construite sur le port à quelques encablures du bassin Gueydon. La nouvelle est publiée sur l’écho d’Oran du 25 août 1898. Dès dix heures, Carteaux se considérant lésé adresse une déclaration de guerre à la Marine. Pour gagner du temps, la déclaration manuscrite est expédiée au stak -lance pierres-. Le message échoue sur le minaret de la mosquée sidi-el-houari et le muezzin s’empresse de le livrer au Maire de la Marine. On bat le tambour et la zamboumba au beau milieu de la place principale. Les préposés sont installés sur la margelle de la fontaine centrale afin de prendre un peu de hauteur tant la situation est grave. Les deux quartiers sont en ébullition et les préparatifs vont bon train. Tous les hommes valides de moins de 49ans et les femmes de moins de 28ans sont enrôlés. Cette bataille s’annonce stratégique au plus haut moins mais certainement pas psychologique étant donné que nos protagonistes n’ont jamais lu Freud qui de plus écrivait en Allemand. Carteaux pense profiter de sa position en altitude alors que la Marine espère profiter des vents dominants qui les pousseraient dans le dos pour faciliter l’ascension par la rampe Vallès. Enfin, nous examinerons plus loin la stratégie de chaque camp. A la lecture des archives il semblerait que le choix du terrain « neutre » sera imposé par un tirage au sort. Après la Saint Louis le tirage au sort effectué par la Miss 1897 du Plateau Saint Michel, il en résulte que la date de la bataille sera le 28 août 1898 et le champ de bataille, le terrain qui sera occupé plus tard par le collège de jeunes filles à hauteur de la rencontre de la rue d’Arzew et de l’avenue de Tunis. L’endroit retenu permettra aux belligérants à ne pas utiliser les régiments des transports.

Et nous voilà ce 28 août 1898 sur ce champ de bataille. Elle sera contrôlée par un comité de surveillance composé d’élus des deux quartiers mais aussi complétée par deux anciens officiers de l’infanterie mis à la retraite par anticipation pour avoir utilisé des chameaux lors du marathon de Saïda à Tiaret l’année dernière. Puis on compte le représentant local de la sncfa ainsi que le médecin général de l’hôpital d’Oran. Cet ancien baroudeur, compagnon de route de Napoléon 1er est aigri depuis que le baron Haussmann lui a préféré Soult pour baptiser un des boulevards des maréchaux à Paris. Qui plus est, par excès de zèle il veut faire un procès à la famille Galiana pour empoisonnement de la population à l’aide d’une boisson alcoolisée au parfum de badiane espagnole. Enfin, le comité est présidé par un élu de chaque quartier en guerre. Pour la Marine il s’agit de Monsieur Fouques et pour Carteaux le choix s’est porté sur Monsieur Jean Gay. Le champ de bataille est délimité puis divisé par un tracé irréprochable à la chaux de la calère. Il faut éviter les débordements et permettre aux spectateurs d’assister à la bataille en toute neutralité. L’ordre du début du combat est prévu à 11h. La fin du combat est programmée à 12h30. Chaque armée est composée de 33 hommes, soit 30 soldats et 3 officiers. La Marine dispose sur le terrain trois colonnes de dix hommes alors que Carteaux dispose deux lignes de 15 hommes par le travers du champ. Les soldats de la Marine sont armés de rames de pastéras en châtaigniers dérobées sur le chantier naval de la famille Ambrosino. Le fournisseur est le charpentier de marine, Roger Quessada. Ceux de Carteaux, la colonne de gauche est armée de couvercles de barriques fabriqués en bois de chênes de la forêt d’M’Sila et prêtés par la cave Gay. La colonne de droite est équipée de mâts de lampadaires récupérés dans le stock des rebus à la fonderie Ducros. La cause du rebus de cette élégante production fut le manque de carbone lors de la fusion qui, au refroidissement, a rendu le produit impropre à sa destination. Ces lampadaires devaient décorer la place Kléber et en particulier éclairer le parvis de la préfecture depuis que la femme du préfet avait chuté sur la dernière marche en rentrant un soir du théâtre Bastrana.

Ceci dit, et sans rire, il n’est pas utile de s’interroger sur l’efficacité de tels armements. L’étude des archives nous réserve encore des surprises sur ce qui deviendra la Bataille de la Cressonnière. A 11h l’ordre de combattre est donné. Le branle-bas de combat fait dire à des témoins que l’affrontement ressemble à un abordage de corsaires français contre un galion espagnol dans la mer des Antilles du coté de l’Île de la Tortue du temps des frères de la côte. Les soldats de la Marine agitent les rames dans l’espoir de blesser l’adversaire alors que ceux de Carteaux, mieux organisés, attaquent mât de lampadaire aux mains comme les lanciers du Bengale tout en se protégeant derrière le porteur du bouclier en bois. Bouclier formé par le couvercle de barrique qui offre l’avantage au porteur de pouvoir observer l’adversaire par le trou de la bonde sans se découvrir. Raison pour laquelle Carteaux n’utilise pas le fond de la barrique qui, comme vous le savez, ne comporte pas d’orifice. Après 1H30 de combat la bataille cesse faute de combattants. Le comité de surveillance jette l’éponge et ainsi s’achève la bataille. Les blessés sont évacués vers l’hôpital de campagne installé dans le casino de Canastel. Le jury accorde le match nul. Lors du discours de clôture les responsables du projet de la sncfa s’engagent à créer des emplois réservés aux habitants de Carteaux. Ainsi, les frères ennemis d’hier travailleront ensemble pour améliorer les transports et les déplacements par le chemin de fer en Oranie.

Malheureusement, les archives postérieures à ce 28 août 1898 ayant disparues je ne peux vous dire quelles furent les conséquences de cette bataille dont tous les Oranais parlent, devant l’anisette et la kémia, avec des trémolos dans la voix.

Moi-même, votre serviteur j’en pleure encore….

Henri MARTIN

 oran ravin de la cressonnière  1920

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Chars de CARNAVAL -Alger 1925-

Posté par lesamisdegg le 9 février 2016

Parmi les tramées des serpentins et sous la pluie des confettis multicolores, sous l’amoncellement des fleurs, là-bas, se dresse le Grand Char.

Ce doit être quelque gracieux cygne blanc au col courbe et aux ailes déployées pour un dernier essor…. Est-il donc peuplé de ces petits anges qui jettent des ruissellements de couleurs douces ?… Ou quelque jolie japonaise y tient-elle quelque minuscule ombrelle qui entre ses longs doigts ? Ils sont si mignons leurs petits gestes, menus comme leurs petits pas trottinant. Elles ont une mimique si amusante lorsqu’elles prennent leur air boudeur en penchant leur tête coiffée d’un haut chignon piqué d’épingles ciselées !…

Est-ce quelque Espagnole aux yeux fuyants ondulant son corps souple qui attire comme un serpent délicieux ?…

N’est-ce pas quelque pimpante parisienne, une de ces « derniers cri » qui dansent au son des musiques à cordes, une de ces parisiennes pas méchantes, aimant parfois jusqu’à la volupté de la mort et qui ont un rire et un décolleté uniques au monde ?….

Ce doit être une Algérienne dans son Bassour. Sa longue figure est voilée. Et, ses grands yeux perdus dans l’or de ses paradis quittés, elle rêve aux clapotements réguliers des jets d’eaux dans les coupés fleuris de jasmins et à son mirage lointain dans les sables gris, quand le ciel est presque noir….

C’est plutôt une Vénitienne !…. Venise, Venise, que tes canaux où les gondoles chancellent sont glissants !… Comme les promenades sur tes ondes doivent être délicieuses et combien de mots légers chuchotent les loups de velours sous le reflet de la lune rieuse ?….

Mais non, je « La » vois… C’est la Romaine du Temps de l’Amour !… Voici sa galère triomphale qui glisse sur une immense mer de velours… Les rames ont le reflet de la nacre et son sillon laisse une traînée qui n’est qu’un voile de vestale…. Voici les joueurs de sistres et les calasiris dés courtisanes…. Et voilà la Romaine… Un jeune Ephèbe la prend à la taille… Elle ondule, elle échappe et lui la poursuit…. Elle entre sous les portiques de marbre parmi les coupes vermeilles de l’orgie finissante… et lui approche… il est là…. il la tient et sa peau est glissante et parfumée. Ses longs cheveux se déplient sur ses épaules. Ses bras d’argile ont des formes de statue. Et, dans le soir étouffant, comme Rome s’endort sur ses terrasses plates, la petite Romaine s’est donnée sur les coussins moelleux gonflés avec de la barbe de chardon, au jeune noble à la toge blanche, fort comme Héraclès et frêle comme ces laits doux à la peau que les riches matrones glissent sur leurs seins gonflés et sous leurs aisselles tièdes !…

Ecroulement de cymbales et de cuivres…. Réalité , banalité , ce n’est qu’un maigre Corso fleuri….

« Eh ! Dis donc toi, qu’est-ce que tu regardes ?…. »

C’est la question d’une bande de pierrots qui m’entourent dans un frou-frou de soie froissée…

Inutile de dire que, la réponse, je ne l’ai jamais faite..; Pourquoi ? Oh ! Non ce n’est pas par dignité pour ne pas « étaler » mon cœur comme le voulait Leconte de Liste… mais simplement parce que j’avais des confettis plein la bouche.

M. C.

pierrot

pierrot

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KOULOUGLIS de l’Armée d’Afrique

Posté par lesamisdegg le 31 janvier 2016

koulougli mauresque Par un trait particulier de l’organisation militaire qu’introduisit en Afrique le rude génie des Barberousse, les soldats d’aventure que les pachas d’Alger faisaient recruter en Orient, pour être les instruments de leur brutale domination, devaient arriver sans femmes, sans enfants, pour qu’ils pussent se vouer à leur destinée nouvelle sans arrière-pensée patrie et de famille. Mais ne pouvant, pouvant, la terre conquise, imposer à des musulmans le célibat, comme faisaient les Ordres du christianisme à leurs chevaliers, chevaliers, système turc amoindrissait autant que possible l’action de la famille, en réduisant influences des femmes et les privilèges de l’héritage. Les enfants issus de l’union des femmes mauresques avec les janissaires, l’on doit appeler orientaux plutôt turcs, car c’étaient des recrues prises confusément dans toutes les régions de l’islam, étaient qualifiés de Koulouglis ou fils de l’esclave formaient une classe particulière, participant du sort des deux classes dont elle provenait. De même que les Turcs, ils pouvaient inscrits comme soldats, et ils leur étaient assimilés tant pour l’avancement que pour la solde; ils étaient même admissibles à tous les emplois, y compris ceux de bey et d’agha. Mais, par défiance des influences de lignée maternelle, ils ne pouvaient jamais devenir pachas, et ils étaient même exclus du grand-divan, composé du khaznadji (trésorier), khodja-el-kheil (secrétaire des écuries), de l’oukil-el-heurdj-mta-ez-zira (intendant de la marine), et de l’agha-mta-dar-es-soltan (intendant du palais). « Que vos fils issus des femmes indigènes, avait dit au fondateur de l’odjak le marabout Sidi-Abader-Rahman-et-Taleb, ne soient jamais kerassa, c’est-à-dire n’obtiennent jamais les grandes fonctions qui donnent droit à un siège d’honneur (korsi). Les Koulouglis passaient, du reste, même aux yeux des Turcs, pour de forts bons soldats. Les Koulouglis ne cessèrent de protester contre cet article rigoureux de la charte des Turcs, malgré son origine doublement sacrée.

Ils protestèrent dès l’année 1595; leur plus formidable révolte fut celle de 1628, dans laquelle beaucoup d’entre eux périrent après un succès éphémère. Dix ans après, ils furent transplantés au confluent de l’Oued-Zitoun et de l’Isser, derrière le Fondouk, à dix lieues sud-est d’Alger, et y fondèrent la colonie de Zoukant, qui devint prospère et puissante. En prenant cette détermination, le divan d’Alger atteignait un double but: il se débarrassait d’un danger toujours imminent de révolte, et il faisait garder une avenue de la Kabylie par des troupes que leur origine signalait à la haine des Kabiles, et qui, devant choisir entre deux camps, devaient éprouver plus de sympathie pour celui de leurs pères. Suivant le même plan politique, on les distribua, à divers intervalles, au milieu des populations suspectes, pour les contenir.

En 1830, ils occupaient, entre autres villes, celle de Tlemcen, et formèrent un élément important du parti que commandait le célèbre général Mustafa. On les retrouve encore aujourd’hui en petit nombre dans la plupart des villes indigènes de l’Afrique du nord, particulièrement Biskara-Biskra-. Ils composent la population de deux tribus considérables, celle des Zouatna dont nous avons parlé, et celle des Zammora, située sur la limite méridionale de la Kabilie. Au moment de la déchéance des Turcs en 1830, les Koulouglis se virent en butte aux attaques des tribus arabes et berbères qui les entouraient, et n’eurent d’autres ressources que de se jeter dans les bras de la France. C’est ainsi que la garnison de Tlemcen et la colonie de l’Oued-Zitoun se détachèrent de bonne heure des masses indigènes et se rangèrent sous nos lois. Mais l’autorité française qui ignorait le vrai caractère de leur situation et les gages sérieux qu’ils offraient d’un ralliement sincère, ne les accueillit d’abord,  ainsi que les tribus maghzen, qu’avec une grande méfiance; on refusa même parfois leur soumission la plus humble. Peu à peu ils se firent pourtant accepter d’une politique devenue plus intelligente à mesure qu’elle avançait dans la connaissance des sentiments très divers du pays; beaucoup d’entre eux prirent du service dans notre infanterie et notre cavalerie indigènes, où ils se conduisirent en braves et fidèles soldats.

Ces rapprochements avec les vainqueurs signalèrent les Koulouglis aux coups d’Abdel-Kader, qui ne poursuivait pas d’ailleurs d’une moindre haine les Turcs dans leurs agents et descendants, que les Français eux-mêmes. Il mesura ses forces avec les leurs dans de violentes et fréquentes luttes contre le général Mustafa, ancien commandant des forces turques et auxiliaires dans la province d’Alger. A l’abri du traité de la Tafna, conclu en 1837 avec le général Bugeaud, l’émir s’était avancé, de la province d’Oran, théâtre de ses premiers exploits et berceau de sa puissance, vers les contrées de l’est, avec l’intention de pénétrer dans la Kabilie, dont il espérait faire le boulevard inexpugnable de ses attaques et de ses défenses. Au début de 1838, il tomba à l’improviste sur la tribu des Zouatna, les dispersa, ruina, et fit massacrer leur chef.

Comme les Zouatna étaient des étrangers dans le pays, le désastre qui les frappait ne pouvait lui aliéner les véritables berbères, et cependant ceux-ci ne pouvaient qu’être pénétrés d’une salutaire terreur en voyant la vigueur des coups du jeune marabout. Néanmoins ce calcul de l’ambition fut déçu ; sauf une tribu maghzen des Turcs, également mélangée, les Amraoua, tous les Kabiles refusèrent l’obéissance à un maître à qui leurs traditions et leurs constitutions indépendantes ne reconnaissaient aucun droit de le réclamer.

Dès ce jour les Koulouglis de toute l’Algérie éclairés sur leur véritable intérêt, se tournèrent vers la France comme vers leur seul refuge. Les simples guerriers combattirent en soldats et sous-officiers dans nos bataillons ou escadrons indigènes et dans les goums. Les moins ignorants furent nommés muphtis ou  kadis, Dans ces fonctions diverses, le type métisse montra en Algérie, comme en d’autres pays, supérieur aux deux types dont il provenait. Le nombre des Koulouglis était évalué, quelques années après la conquête, à une vingtaine de mille âmes. Aujourd’hui on cesse de les distinguer dans les dénombrements, parce qu’ils se fondent de plus en plus dans la masse de la population arabe, dont aucun caractère politique ne les sépare plus, au contraire de ce qui avait lieu dans le système turc. Ils s’en distinguent seulement par leur fidélité au rite hanéfi, tandis que tous les indigènes de l’Algérie, l’Algérie, et Kabiles, suivent le rite maléki.

Cependant ces familles conservent avec orgueil le souvenir de leur origine, et elles en tirent un sentiment de dédain pour les vrais indigènes, à qui leurs pères commandaient en maîtres. Aussi la France trouve-t-elle toujours en eux des serviteurs fidèles et intelligents dans les diverses fonctions civiles et militaires.

Jules Duval 1856.

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Bab-el-oued

Posté par lesamisdegg le 18 janvier 2016

 

ALGER Bab-el-oued

ALGER Bab-el-oued

Il y a eu deux portes de Bab-El-Oued. Celle qui s’ouvrait en 1830 dans les vieux remparts turcs, sensiblement en face du lycée Bugeaud, et celle que les Français ont construite vers 1842 à l’emplacement du boulevard Guillemin.

Le terrain d’assiette sur lequel fut érigé plus tard le cinéma Majestic  accueillait les chapiteaux de cirque. L’emplacement actuel du Majestic n’était qu’un terrain vague, où les gosses jouaient aux billes, et où les forains dressaient le chapiteau des cirques ambulants.

A la place du lycée Lazerges, il y avait un chenil et des écuries. Le long des escaliers Marengo, se dressaient les baraques de bois, au bord desquelles on vendait «le kilomètre» et la barbe à papa. Enfin, en face le lycée, c’était le «poids public», sur lequel les garnements dansaient pour secouer le plancher.

Mais surtout… surtout… à l’angle du boulevard Amiral-Pierre et de la rue Icosium, se trouvait le Kassour… Le fameux Kassour où tous les gamins d’Alger allaient régler leur compte… Le Kassour, indiscutable province de Bab-El-Oued au même titre que la Bassetta...

L’Esplanade de Bab-El-Oued avait un cachet particulier. «C’était un îlot bourgeois avec de pompeuses maisons aux “balcons 1900” et des arcades qui témoignaient d’un souci d’architecture…. C’est le seul quartier d’Alger qui communie aussi intimement avec la mer. Alger peut lancer vers elle la passerelle moderne de l’avenue du 8-Novembre. L’esplanade reste un bastion bâti sur un rocher face aux colères du vent du large et aux brisants sur lesquels vint mourir jadis un bateau qui s’appelait la Reine Mathilde.»

La place Dutertre, à la Basetta, fut célèbre pour Cagayous. Un personnage imaginaire créé vers 1895 par l’écrivain Auguste Robinet alias Musette (1862- 1930).Cagayous incarnait, on ne peut mieux, ce brassage de races méditerranéennes qui se côtoyaient dans le quartier cosmopolite de Bab-El-Oued, La Cantéra. C’est là que naquit le pataouète, mélange d’expressions arabes, italiennes, espagnoles, maltaises…

 

La Dépêche quotidienne d’Algérie 1955

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PATAOUETE et SABIR : voeux 2016

Posté par lesamisdegg le 2 janvier 2016

bounne anni

bounne anni

A ceuss’

 

des lagagnossos, des mocossos, qui’allaient s’taper le bain,

qui s’mangeaient cocas, man’tecaoss, rollicoss, monass y makrouds,

qui s’tapaient les brochettes à Cap Falcon,

qui tapaient cinq, aux buveurs d’anisette, ac’ la kémia

qui allaient de Kristel à Aïn el turck,

 

des tragalapas menteurs comme des voleurs

qui ont fait le bras donneur,

qui trichaient sans arrêt au tchic-tchic,

qui s’vantaient d’leur gros cigar’ de Mascara,

qui tapaient la brisca,

qui jouaient aux pignols, au pitchac, à bourro flaco

qui ont fait, les pôv’, figa ou tchoufa

que quand ils partaient on aurait dit qui revenaient,

 

de Gambetta ou de Saintugène,

des écoles Ardaillon, Lamoricière

de notre beau pays d’avant,

 

A touss le bonheur, et qu’la santé ell’ vous laisse pas tomber !

 

Ac’une bonne calbote amicale!

 

A.Daptascione

 

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CONSTANTINE février 1909

Posté par lesamisdegg le 28 décembre 2015

Constantine février 1909

Constantine février 1909

Aïssaouas

Constantine ce soir, dans une zaouïa décorée de grossières arabesques quelques lampes en cuivre ciselé descendent des poutres peintes et jettent une vive clarté sur les tapis qui recouvrent le sol. Des arabes sont accroupis en cercle; au milieu d’eux un marabout en burnous rouge accueille les nouveaux arrivants et reçoit leur accolade, le baiser sur l’épaule, selon le rite musulman. Une douzaine d’autres arabes se tiennent debout en face d’eux. Le hasard m’avait emmené dans une de ces mystérieuses zaouïas où les aïssaouas exécutent leur jonglerie.

 

Après m’être débarrassé de mes chaussures, je vins m’asseoir à côté du marabout. Quand je lui eus dit que j’étais toubib (médecin), il me combla d’attentions, bien que roumi. Mais les exercices des aïssaouas commençaient. On récite d’abord la prière en commun. Puis les aïssaouas la répètent seuls, et bientôt ils ne répètent plus que le mot: Allah! Allah! C’est la manière d’être le plus agréable à Dieu que de prononcer son nom. Ils se tiennent enlacés sous les bras, et se balancent d’une façon rythmée tantôt d’avant en arrière, tantôt de gauche à droite, avec les yeux vagues, saillants, le front couvert de sueur, répétant indéfiniment le nom d’Allah, jusqu’à ce qu’il ne sorte plus de leur poitrine qu’un son rauque et inintelligible. C’est une première préparation par la prière, et je n’exagère pas en disant que cela dura près de deux heures.

 

Alors les musiciens entrent en scène, forment un demi-cercle face aux aïssaouas. Ils portent d’immenses tambourins qu’ils ont soin de chauffer préalablement sur des fourneaux pour mieux les tendre et donner plus d’intensité au son. Ils entonnent un chant rythmé et monotone qu’ils accompagnent en frappant à grands coups sur leurs tambourins. Ce bruit assourdissant d’abord, finit par vous envelopper, vous entraîner, vous donner une sorte de vertige contre lequel il faut réellement se raidir. Cette seconde préparation dure environ une demi-heure.

 

A ce moment un ou plusieurs des aïssaouas se détachent du groupe et s’avancent un peu vers les spectateurs. Ils se défont de tous leurs vêtements et gardent seulement leur pantalon. Leur corps ruisselle de sueur, leurs yeux sont hagards; ils ont l’air ivres et poussent des rugissements de fauves. Ils viennent alors exposer leur tête au-dessus des réchauds sur lesquels on projette des matières odorantes, particulièrement du benjoin. Les musiciens élèvent leurs tambourins au-dessus de la tête de l’aïssaoua et l’enveloppent de cette musique étrange dont ils accélèrent graduellement le rythme. Alors le corps penché en avant, l’aïssaoua se met à incliner la tête par un mouvement impossible à décrire. Il semble que les vertèbres de son cou n’existent pas et que la tête lancée en l’air par un ressort retombe devant les épaules par son propre poids, pour être de nouveau rejetée en l’air ou de côté et recommencer sa course.

 

Cette préparation est la dernière. L’aïssaoua est devenu complètement insensible. Il peut impunément braver la douleur qui n’est plus pour lui qu’un vain mot, une volupté même. Pendant que ses compagnons poussent des cris rauques, les yeux presque complètement hors de l’orbite et que les musiciens accélèrent encore leur musique assourdissante, il commence ses exercices qui, à ses yeux de croyant, doivent le rendre agréable et infiniment cher à Dieu. Il mange des feuilles de cactus, mâche des étoupes enflammées. On lui présente un scorpion rendu inoffensif par la destruction du dard venimeux; il l’avale avec forces grimaces; il en fait autant ensuite d’un petit serpent et d’un jeune poussin qu’il ingurgite tout vivant, avec les plumes, le tout pour la plus grande gloire d’Allah et pour mériter son paradis peuplé de blanches houris. Un autre aïssaoua vient de se détacher du groupe des hurleurs. Après avoir agité sa tête au-dessus du réchaud où brûlent les parfums, il se met à mâcher du verre pilé, puis, saisissant de longues aiguilles acérées, il s’en traverse la langue, les joues, les narines, sans faire couler une seule goutte de sang. D’autres encore viennent s’hypnotiser au-dessus des réchauds. L’un lèche une barre de fer rouge et la frappe à coups redoublés de sa main moite de sueur ou de salive; un autre se couche sur la lame tranchante d’un sabre; un autre s’enfonce un poignard sous la paupière et fait saillir complètement le globe de l’œil; un autre se fait courir sur le thorax une masse armée de grandes pointes ou bien se fait enserrer le corps par une corde sur laquelle ses camarades se mettent à tirer, le réduisant ainsi à sa plus simple expression.

Cette cérémonie religieuse ne dura pas moins de quatre heures.

 

Dr Emile Laurent in Les annales de la santé, février 1909.

 

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