Mémoires d’Algérie. La parole et l’image, quel sens pour l’histoire ?

Posté par mdame le 8 juin 2009

Journée d’étude : Mémoires d’Algérie. La parole et l’image, quel sens pour l’histoire ?

Date juin 10, 2009

alger

Plusieurs questions sur le patrimoine oral et audiovisuel seront abordées dans le cadre du prochain séminaire de l’ANR Imasud. Cette journée d’études se tiendra mercredi 10 juin 2009 de 9h30 à 17h à la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme (Salle Georges Duby).

alger2Maryline Crivello, porteuse du programme Imasud introduira les journées. Vous pourrez ensuite découvrir des  extraits d’un entretien filmé réalisé par Karima Dirèche (titre de l’intervention : Souvenirs et représentations d’un juif d’Oran. De quelle Algérie parle-t-on ?) puis des extraits d’une pièce de théâtre, écrite et interprétée par la troupe marseillaise “Théâtre et société”, présentée par Chloé Rondeleux et Marie Favereau, en présence des acteurs  (titre de l’intervention : Du théâtre à l’histoire. La Révolution des Chibanis). L’après-midi, Dionigi Albera nous présentera des extraits de son documentaire sur “La vierge d’Oran et la mosquée d’Abraham” (titre de l’intervention : Au prisme du religieux. Le pèlerinage à la vierge d’Oran à Nîmes), Claude Bossion autour du projet « Mémoires partagées » visionnera des extraits de films amateurs et Véronique Ginouvès détaillera les collections de la Phonothèque de la MMSH sur l’Algérie (titre de l’intervention : Paroles d’Algériens. Les archives orales entre demande sociale et usages scientifiques) en présentant des extraits de récit de vie.

Voir le blog http://phonotheque.hypotheses.org/

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Les Africains

Posté par mdame le 7 juin 2009

Le capitaine Félix Boyer est l’auteur de cette marche que chantaient les soldats du  Corps Expéditionnaire Français en Italie, de la Ière Armée qui débarqua en Provence et de la division Leclerc. Il l’a composée en 1942 à Alger .
Le capitaine Boyer, qui passa son enfance à Nice, (où son père était le chef d’orchestre du casino de la Jetée-Promenade), fut l’élève du conservatoire de Paris et de la Schola Cantorum, avant de devenir le chef de musique du 46éme Régiment d’Infanterie, à Paris . Pendant la guerre, il gagna l’Afrique du Nord et on le chargea de constituer une fanfare pour le Gouvernement provisoire d’Alger .
Les armées alliées mirent également à contribution son talent et c’est ainsi qu’il composa le Chant des G.I. qui lui valut les compliments du général Eisenhower.
Il s’est éteint à Nice en 1972.
Le Ministre des Anciens Combattants Duvillard, en 1968, à la demande de nombreuses associations patriotiques, a décidé la levée de l’interdiction de  » La marche des Africains «  que ne jouaient plus les fanfares et musiques militaires depuis l’indépendance de l’Algérie.

 

 1
Nous étions au fond d’Afrique
Gardiens jaloux de nos couleurs,
Quand sous un soleil magnifique
Retentissait ce cri vainqueur,
En avant ! En avant ! En avant !
Refrain
C’est nous les Africains qui revenons de loin,
Nous venons des colonies pour défendre le pays
Nous avons laissé là-bas nos parents, nos amis
Et nous gardons au coeur une invincible ardeur
Car nous voulons porter haut et fier
Le beau drapeau de notre France entière,
Et si quelqu’un venait à y toucher,
Nous serions là pour mourir à ses pieds !
Battez tambours ! (bis) A nos amours ! (bis)
Pour le pays, pour la Patrie, mourir au loin !
C’est nous les Africains !
 2
Pour le salut de notre Empire
Nous combattons tous les vautours.
La faim, la mort nous font sourire
Quand nous luttons pour nos amours.
En avant ! En avant ! En avant !
3
De tous les horizons de France
Groupés sur le sol africain
Nous venons pour la délivrance
Qui par nous se fera demain,
En avant ! En avant ! En avant !

4
Et lorsque finira la guerre,
Nous reviendrons à nos gourbis,
Le coeur joyeux et l’âme fière,
D’avoir libéré la Patrie,
En avant ! En avant ! En avant !

Les Africains  dans ARTS et LETTRES les_africains_2_petit

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Albert Camus, la radicalité de la nuance

Posté par mdame le 2 juin 2009

 Albert Camus, la radicalité de la nuance dans ARTS et LETTRES CamusLORSQUE l’époque est saisie par une course aux extrêmes et qu’un peu partout prolifèrent les logiques de violence, alors l’urgence est parfois de faire repli sur  » le simple langage de la raison « , afin de regarder la terreur les yeux grands ouverts. Ainsi s’explique en partie le retour en grâce de ce moraliste qu’est Albert Camus (1913-1960), figure naguère marginalisée, et désormais référence quasi incontournable du débat intellectuel.
Ces jours-ci, (décembre 2002) une triple actualité est venue souligner ce renouveau de la présence camusienne : une série d’émissions consacrées à  » Camus le juste « , sur France Culture ; la rencontre internationale tenue les 29 et 30 novembre à la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou à Paris, sur le thème  » Albert Camus et le mensonge  » ; et enfin la publication (ou la réédition sous une nouvelle forme) de plusieurs textes décisifs, Camus à Combat, Chroniques algériennes (1939-1958) et le recueil Réflexions sur le terrorisme. Trois événements pour briser l’image qui fit longtemps de Camus le mièvre prédicateur d’une  » morale de Croix-Rouge  » (Francis Jeanson), le citoyen délicat d’une  » République des belles âmes  » (Sartre).
Et si Jean-Jacques Brochier continue de refuser une « camusolâtrie » synonyme d’ »angélisme à faire tomber les murailles », nombreux sont ceux qui se retrouvent à présent pour réhabiliter la force politique de cette pensée :  » Camus était tout sauf un démocrate mou, s’insurge l’historien François Fejtö, exilé de Hongrie, qui a connu Camus au moment de la Libération. Dans son amour de la liberté, il y avait quelque chose de musclé, de viril, et c’est cet idéalisme pur, cet héroïsme, qui le rend maintenant si populaire, par exemple dans les anciens pays de l’Est.  »
Professeur à l’Université libre de Bruxelles, Maurice Weyembergh s’agace à son tour :  » Les bons sentiments, ce n’est pas rien ! Camus n’était pas partisan du statu quo, il n’a jamais renoncé à changer les choses. Mais, face à la terreur, il pensait qu’il fallait d’abord « sauver les corps » en posant des limites morales à la violence, afin que celle-ci ne soit jamais confortable.  »
Limites : voilà posé le terme-clé, concept central d’une éthique qui fait du  » devoir d’hésiter  » un impératif catégorique, comme l’explique l’avant-propos des Chroniques algériennes 1939-1958, où l’écrivain pied-noir, attaché comme personne à ce pays ravagé par une  » tempête de mort « , dit les responsabilités de l’intellectuel face à la  » casuistique du sang  » :  » Pétri de culture grecque, Camus est porteur d’un refus indéfectible de l’hybris, de la démesure, de cette violence illimitée qui engendre un mimétisme dévastateur, souligne le magistrat Denis Salas. Dans Les Justes, il oppose un terrorisme modéré, incarné par le personnage de Kaliayev, au terrorisme incontrôlé de Stepan. Aujourd’hui, Stepan a triomphé sur la scène mondiale, en Algérie, comme au MoyenOrient. Mais demeure chez Camus cet appel éminent à un seuil éthique de la violence politique, et ce souci de la trêve renvoie à une réflexion très contemporaine sur l’inviolabilité de la personne humaine.  »
Limite à la violence, limite à l’omniscience aussi, car si la terreur triomphe, c’est que  » nous étouffons parmi les gens qui croient avoir absolument raison  » (Ni victimes ni bourreaux). D’où l’importance de la  » leçon de modestie  » camusienne, selon le mot de Samantha Novello. Pour cette jeune chercheuse italienne, la philosophie de L’Homme révolté permet de penser les terrorismes contemporains, car  » elle interprète le fanatisme comme le résultat d’une mentalité absolutiste qui croit détenir la vérité absolue. Chez Camus, la pensée de la limite implique celle d’une vérité relative, fondatrice de toute démocratie « .
MORALE SANS DIEU
Devant les  » noces sanglantes du terrorisme et de la répression « , mieux vaut se taire plutôt que d’ajouter le malheur au malheur, martèle donc Albert Camus. Et à la lecture de ses Réflexions sur le terrorisme, dont le souffle se fait parfois pamphlétaire pour répondre aux « farceurs  » qui confondraient son  » idéalisme impénitent  » avec un pacifisme naïf, on découvre que là où certains ont cru voir un fétichisme du juste milieu émerge en fait une véritable radicalité de la nuance :  » Camus n’a jamais été du côté du voeu pieux, et il n’a rien d’un non-violent, souligne Jean Daniel, directeur du Nouvel Observateur et longtemps complice de l’auteur de L’Etranger. Ce qu’il n’accepte à aucun prix, c’est le passage de la résistance au terrorisme, car à ses yeux la fin ne justifie jamais les moyens (au contraire, elle les détermine !), et rien ne peut légitimer l’agression contre les civils. Aujourd’hui, nous assistons à un retour de la morale, et ce retour se fait dans un destin camusien, c’est-à-dire sans dieu, contre l’histoire et dans la vérité du mal.  »
Présidente de la Société des études camusiennes, Jacqueline Lévi-Valensi récuse, elle aussi, l’image édifiante d’un Camus doctrinaire boy-scout, pour réaffirmer l’audace et la tension qui animent toute l’œuvre de l’écrivain :  » C’est d’abord un artiste qui a trouvé les mots justes pour témoigner de la condition humaine, du goût du bonheur et du désespoir de vivre, dans et par l’histoire. Ainsi, je suis frappée par son extraordinaire lucidité quant au réel, par exemple au sujet de la violence. Il sait que la violence est à la fois inacceptable et inévitable. Il n’a donc rien d’un pacifiste béat, mais, avec la crise des valeurs que nous vivons aujourd’hui, entendre sa voix serait salutaire. On peut tout de même redécouvrir une certaine morale sans retomber dans une sorte de gâtisme pétainiste ! « 
Jean Birnbaum (Le Monde 3 décembre 2002 )

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LE TOMBEAU DE LA CHRETIENNE.

Posté par mdame le 29 mai 2009

1888

1888

 Que savait-on du Tombeau de la Chrétienne quand commencèrent les fouilles?

Signalé d’abord par Pomponius Mela, puis par l’Espagnol Marmol, qui avait été esclave à Alger, le monument  -appelé en arabe: Kober Roumia (Tombeau de la Romaine ou Tombeau de la Chrétienne) (1) – a donné matière à de nombreuses. interprétations historiques ; interprétations de peu de valeur, à la vérité, puisque les anciens, à part les écrivains que nous venons de nommer, n’avaient pu voir le monument dont ils écrivaient, ni même la région où il était situé, et que les modernes manquent toujours de documents précis à son sujet.
    Le texte de Pomponius Mela, le plus ancien que nous connaissions, demeure d’une imprécision remarquable. » Iol, sur le bord de la mer, jadis inconnu, illustre maintenant pour avoir été la Cité royale de Juba et parce qu’il se nomme Césarée. En deça, à l’Ouest les bourgs de Cartinna (Ténès) et d’Arsina (?), le château de Quiza (?) le golfe Laturus (?) et le fleuve Sardabale (?) ; au-delà, le Monument commun de la famille royale, ensuite Icosium (Alger)…  » (De situ orbis, L. 1, chap. 6) (2). Le Kober Roumia est donc le  » monumentum commune regiae gentis « . Ces quatre mots vagues n’ont pas encore livré leur secret. Berbrugger et de nombreux historiens ultérieurs y ont vu un mausolée du roi Juba et de sa famille. Rien, semble-t-il, ne permet de l’affirmer.
Quant à Marmol, il raconte, au livre 5, chapitre 34 de sa Description générale de l’Afrique que près de Cherchell,  » sur une haute terre qui entre dans la mer, il y a deux anciens temples où l’on sacrifiait aux idoles, dans l’un desquels se trouve un dôme fort haut sous lequel les Maures prétendent qu’est enterrée la fille du Comte Julien. Et les autres hypothèses émises, si elles sont plus merveilleuses, n’en sont pas plus solides.

Situé sur une colline de 260 mètres d’altitude, près du littoral qui se creuse entre la Bouzaréa et le Chenoua, l’édifice apparaît, dit en substance Berbrugger dans son livre sur le Tombeau, comme un immense cylindre à facettes, coiffé d’un cône à gradins, et posé sur un socle carré de 63 m 90 de côté, que supporte un béton de petites pierres concassées avec, comme mortier, la terre rouge recueillie sur les lieux. Les facettes sont larges d’environ 2 m 37 et séparées par soixante colonnes engagées d’ordre ionique ancien, dont les chapiteaux sont les uns, ceux qui touchent les fausses portes, à palmettes, et les autres, à bandeaux. La base de ces colonnes repose sur une série de deux degrés.  L’édifice est constitué par un amoncellement de moellons et de grossiers blocs de tuf, recouvert extérieurement de belles pierres de taille de grand appareil ; il a 60 m 90 de diamètre, 185 m 22 de circonférence et 32 m 40 d’élévation (3). Le cylindre de base comporte quatre fausses portes de 6 m 20 de hauteur, encadrées dans un chambranle et surmontées d’un entablement qui s’encastre dans la partie inférieure des chapiteaux à palmettes, pour former, avec les deux colonnes latérales, un deuxième encadrement ; les portes ont des moulures saillantes en forme de croix. Celle de l’Est est à peu près intacte ; celle du Sud a disparu, laissant subsister un débris de panneau engagé à gauche.  Le cône à trente-trois gradins de 0,58 m chacun de haut qui couronne le mausolée, se termine, en haut, par une petite plate-forme où devait autrefois se dresser une statue. Il a subi de graves détériorations, tant par suite de la quantité considérable de pierres écroulées du fait des intempéries, qu’à cause de l’enlèvement, par les indigènes de la région, du plomb de scellement des mortaises en queue d’aronde qui réunissait les blocs.
Il semble que, lors de sa construction, le monument, pourvu de son pyramidion, du sujet architectural ou du bronze qui l’ornait, devait avoir au moins dix mètres de plus de haut. On se ferait, précise Berbrugger, une idée assez exacte de cette construction grandiose en imaginant que, si elle était placée sur la place du Gouvernement, à Alger, elle en occuperait presque toute la largeur et s’y élèverait à une hauteur égale à celle de la colonne de là place Vendôme à Paris.

Comme on le verra plus loin, les fouilles entreprises par Berbrugger allaient révéler l’existence, à l’intérieur, d’un couloir cireulaire et de trois caveaux.
L’hypogée évoque de façon frappante les tumuli égyptiens jusque dans de petits détails. On, y pénètre par une entrée unique qui s’ouvre à l’Est sous une des fausses portes. Cette entrée fermait par une dalle à glissière que Berbrugger trouva brisée. Après un petit couloir très bas, on se trouve dans un caveau long de 5 m. 29, large de 2 m 49, haut de 3 m 50, au fond duquel a été creusée, probablement à l’époque romaine, une excavation d’environ 7 mètres, sans doute avec l’espoir de trouver une issue secrète accédant directement au LE TOMBEAU DE LA CHRETIENNE. dans HISTOIRE gal17chretiennegrand caveau central. A droite, s’ouvre une porte basse, sur le linteau de laquelle sont sculptés un lion et une lionne : les symboles de Juba II et de son épouse Cléopâtre Séléné, disent les partisans du Tombeau de Juba. Par cette porte, qui était également fermée d’une dalle, sept marches mènent à la galerie circulaire.  Celle-ci, très bien conservée, pavée en losanges, à la façon des rues de Timgad par exemple, est pourvue tous les 3 mètres de petites niches creusées en quart de sphères et destinées sans doute à contenir les lampes à huile, puisqu’on y remarque encore des traces de fumée. La galerie a environ 150 mètres de long, est large de 2 mètres et haute de 2 m 40. Elle fait presque tout le tour du monument, mais, arrivée près de son point de départ, elle décrit un coude brusque presque à angle droit vers le centre.

Les caveaux auxquels elle aboutit sont fermés eux aussi par des portes-dalles qui s’ouvraient autrefois à volonté, toujours comme dans les chapelles des tumuli égyptiens, mais qui semblent bien étroites pour avoir pu autrefois laisser passer des sarcophages. La première pièce a 4 mètres de long sur 1 m. 50 de large ; on y a trouvé, au moment de l’ouverture, quelques petites perles en pierre rare et des morceaux de bijoux en pâte de verre. Après un couloir de 3 m 40, on arrive dans la seconde pièce de 4 mètres sur 3, avec une voûte en berceau, située juste dans l’axe du mausolée ; on y remarque trois niches destinées égaleraient à recevoir des. lampes.
Berbrugger pensa que ces deux caveaux étaient les chambres sépulcrales où avaient dû être déposés les sarcophages ; mais beaucoup de savants estiment, aujourd’hui, que ces chambres sont simplement des chapelles où les parents et les prêtres venaient, à certains jours anniversaires, procéder à des cérémonies religieuses, en l’honneur des défunts, certainement inhumés dans un caveau plus somptueux et plus vaste, ménagé sous le sol et dont l’issue secrète a échappé jusqu’ici, pensent-ils, à toutes les investigations.

LEGENDES

Comme il fallait s’y attendre – nous sommes au pays du merveilleux – les légendes. concernant le Tombeau sont nombreuses et diverses.
Et d’abord, il y a celles du trésor. Elles ont des variantes multiples et remontent probablement très loin dans le temps.  Le  » Kober Roumia « , disent les indigènes de la région algéroise, contient un trésor sur lequel veille la fée Halloula. Gsell (4) a recueilli une version de ce légendaire selon laquelle un berger du voisinage avait remarqué qu’une de ses vaches disparaissait toutes les nuits ; cependant, le lendemain matin il la retrouvait au milieu de son troupeau. Un soir il l’épia, la suivit et la vit s’enfoncer dans le monument par une ouverture qui se referma aussitôt. Le jour suivant il s’accrocha à la queue de sa bête au moment où elle allait disparaître et put, ainsi, entrer avec elle. Il sortit à l’aube, toujours cramponné à sa vache mais avec tant d’or qu’il devint un des plus riches seigneurs du pays.
Autre légende de même inspiration (4) : Un Arabe de la Mitidja, tombé entre les mains des chrétiens, avait été emmené en Europe et était devenu l’esclave d’un vieux savant espagnol fort expert en sorcellerie. Un jour, celui-ci lui rendit la liberté sous la condition qu’aussitôt revenu chez lui, il irait au Tombeau, y allumerait un feu et, tourné vers l’Orient, y brûlerait un papier magique qu’il lui remit. L’Algérien obéit. A peine le papier était-il consumé qu’il vit la muraille s’entr’ouvrir et livrer passage à une immense nuée de pièces d’or qui s’envolèrent dans la direction de l’Espagne où elles allèrent, sans aucun doute, rejoindre le sorcier.
 

Berbrugger rapporte une recette magique tirée de la sorcellerie marocaine pour trouver le trésor du Tombeau :  » Endroit appelé Tombeau de la Chrétienne. – Si tu t’y rends, tiens-toi debout à la tête du Tombeau faisant face au Sud ; puis regarde vers l’Est et tu verras deux pierres dressées comme un homme debout ; par une fouille, descends entre elles, et tu y rencontreras deux chaudrons après avoir immolé.  »
Naturellement, les maîtres de la Régence d’Alger ne manquèrent pas d’être impressionnés par des récits aussi merveilleux et alléchés par les magnifiques trésors qui devaient dormir sous cette montagne de pierre.  Au XVIe siècle, le pacha Sala Reïs fit canonner le Tombeau avec l’espoir de mettre au jour des caisses d’or et de pierreries. Mais les boulets de ses bombardes ne réussirent qu’à ouvrir une brèche large mais superficielle au-dessus de la fausse porte de l’Est. Sala Reïs employa alors de nombreux esclaves chrétiens à faire une ouverture dans la muraille, mais ses ouvriers furent mis en fuite, disent les narrateurs populaires, par des légions de gros frelons noirs ; probablement, interprète Gsell, s’agissait-il des moustiques qui pullulaient dans la région avant le dessèchement du lac Halloula.

Au XVIIIe siècle, un dey employa des travailleurs marocains à de nouvelles fouilles, mais sans plus de succès. Ces fouilles-là, cependant, furent plus néfastes au monument que les bombardements de Sala Reïs, car les Marocains déchaussèrent les tenons de plomb qui liaient les blocs pour en faire des balles. Les blocs, n’étant plus scellés les uns aux autres, s’affaissèrent lentement et finirent par culbuter, si bien que, depuis cette époque, le Tombeau s’écroule en partie.
Dans une lettre du 15 novembre 1865, Berbrugger rapporte une autre légende relative au Tombeau de la Chrétienne qu’on trouve dans Marmol et à laquelle nous avons fait allusion plus haut, mais d’une inspiration différente, celle-là. 

 » La légende, plutôt que l’histoire, dit que le comte Julien, Gouverneur de l’Andalousie, au commencement du VIIIe siècle, pour venger un attentat du roi Roderik contre la vertu de sa fille, la belle Florinde, livra aux Arabes le passage d’Afrique en Espagne, dans l’année 711 ; Florinde, victime mais non complice du crime royal, fut pourtant et demeure flétrie jusqu’à nos jours de l’épithète  » Cava « , qui se prononce  » Caba  » (prostituée), mot d’origine arabe, dont la signification n’est que trop connue ici. Les Espagnols, ayant entendu les indigènes donner le nom de Kober Roumia au Tombeau de la Chrétienne, ont fait de cette désignation qu’ils ne comprenaient pas, celle de  » Cava  » ou  » Caba Roumia « . D’où ils ont conclu que c’était la sépulture de la fameuse  » Cava  » ; et alors ils ont donné au golfe qui s’étend sous le monument le titre de  » Bahia de la Mala Myer « , Baie de la Mauvaise Femme.

Ajoutons enfin que des traditions locales toujours vivantes prétendent qu’une galerie appelée  » Ras-el-Mendjel  » mènerait de l’intérieur du Tombeau jusqu’à une grotte du littoral nommée Mersa-es-Safa, située entre le Rocher plat et la Maison Etourneau.
Mais personne n’a encore retrouvé ni le Ras-el-Mendjel ni la Mersa-es-Safa.

LES FOUILLES DU TOMBEAU

Quoiqu’il en soit, Berbrugger fut parmi les premiers Français qui approchèrent le Kober Roumia. Le 20 octobre 1835, le Maréchal Clauzel, Gouverneur Général, accompagné de son secrétaire particulier Berbrugger, et escorté d’une colonne mobile, alla visiter l’imposante et mystérieuse pyramide de pierres : visite trop rapide pour que d’utiles observations aient pu être faites.  Par ailleurs, la région, à cette époque, n’était pas assez sûre pour qu’une expédition scientifique pût avoir lieu.
Dix ans plus tard, en 1845, le comte Guyot, directeur de l’Intérieur à Alger, vint à son tour, au cours d’une tournée dans la Mitidja, visiter le Tombeau.
A son retour, il demanda au Maréchal Soult, Ministre de la Guerre, un crédit de 5.000 francs pour entreprendre des fouilles, crédit qui lui fut refusé faute de fonds, et aussi de crainte que – on ne voit pas bien poûrquoi – ces  » travaux ne produisent mauvais effet sur les Arabes « .

Enfin en 1855-1856, comme nous l’avons précédemment indiqué, Adrien Berbrugger fut chargé par le Maréchal Randon, Gouverneur Général, de pratiquer les premières fouilles.  Mais, comme toujours en pareil cas, – les ressources financières ne tardèrent pas à manquer.
Ce n’est qu’en 1865, à l’occasion d’un passage de Napoléon III près du Kober Roumia, qu’une exploration sérieuse fut décidée, alimentée par des fonds que l’Empereur préleva sur sa cassette particulière (5)
. Une décision de juin 1865 désigna MM. Berbrugger et Mac Carthy comme chargés de travaux.  Par une entente tacite, ce fut Berbrugger qui prit la direction effective de l’expédition.  Durant les 7, 8 et 9 juillet, Berbrugger et Mac Carthy rendirent une première visite préparatoire au mausolée mauritanien, pour reconnaître le terrain et préparer un plan d’exploration. 

Le double but que s’étaient fixés les explorateurs était de déblayer suffisamment la construction pour retrouver la forme architecturale primitive du Tombeau, rendue informe par l’action conjuguée du temps et des chercheurs de trésors, et de découvrir l’hypogée qu’il devait contenir.  L’édifice à explorer, on l’a vu, présentait une élévation de 33 mètres sur une base de 128 mètres. Les pierres écroulées entouraient le bas du monument sur une hauteur de 14 mètres. De plus, il ne fallait pas ajouter de nouvelles détériorations à celles déjà existantes.  Par ailleurs, le mausolée était loin des voies régulières de communication, à 7 kilomètres de tout centre de population.  Le 5 novembre 1865, l’expédition arriva sur le terrain sauf, naturellement, Mac Carthy, qui ne la rejoignit que le 6 décembre.

Les travaux ne devaient aboutir que le 5 mai 1866 à 2 h. 15 de l’après-midi. Ce jour-là, le trépan, qui travaillait dans la partie Sud du mausolée, tomba dans le vide, indiquant une cavité. Un boyau de mine horizontal de 6 m 75 fut aussitôt creusé en partant du point le plus proche de l’extérieur et les explorateurs accédèrent bientôt au couloir circulaire long de 150 mètres qui se love au coeur du monument ; en poussant jusqu’au bout, ils parvinrent aux trois caveaux centraux qu’ils trouvèrent vides.  Après quelques sondages complémentaires, l’exploration du Tombeau de la Chrétienne fut considérée comme terminée par les explorateurs ; elle ne donnait pas de grands résultats.

Berbrugger consigna le résultat des travaux d’exploration du Tombeau dans un livre qu’il publia en 1867 chez Bastide, à Alger : Le Tombeau de la Chrétienne, Mausolée des Rois Mauritaniens de la dernière dynastie, par M. Berbrugger, Inspecteur général des Monuments historiques et des Musées archéologiques de l’Algérie, etc…, avec vues du monument avant et après l’exploration et plan de l’hypogée.

(1) D’après un orientaliste, M. Juda, cité par Albert Caise dans sa notice sur le Tombeau (Blida, Mauguin édit., 1893) Kobor roumia signifierait en phénicien :  » Tombeau royal « .  Par ailleurs, indiquons que selon Shaw (Voyages en Barbarie et au Levant, trad. française, La Haye, 1743, p. 58, tome I) les Turcs nommaient le Kober  » Maltapasy « , c’est-à-dire : le Trésor du Pain de sucre, et qu’il servait  » de direction aux matelots « .

(2) Le raisonnement sur lequel on se base pour voir dans le Kober Roumia le tombeau de Juba II est assez fragile malgré tout, et paraît une simple spéculation de l’esprit. Le voici : Pomponius Mela, que nous venons de citer, écrivait son De situ orbis, vers l’an 45 p.C. Le géographe Strabon ne parle pas de ce moment dans sa description des côtes d’Afrique qui est antérieure à l’an 12 p.C., date de sa mort. Donc, le tombeau a été construit entre les années 12 et 45. Or, Juba II étant mort vers l’an 25, il s’ensuit.. – Ajoutons, toutefois, qu’on a recueilli, dans le déblai du N.O. un moyen bronze de Juba II
(3) Il est difficile de parler du Tombeau de la Chrétienne sans signaler qu’il existe dans le département de Constantine, près de Batna, un Mausolée analogue, le Medracen, qui serait le Tombeau de Massinissa, et qui semble avoir inspiré les constructeurs du Kober Roumia.
L’un et l’autre sont essentiellement formés d’un énorme tas de pierres recouvert d’une enveloppe architecturale. Le tas de pierre, plus ou moins haut, plus ou moins orné, a toujours été une sépulture africaine.
(4) Stephan Gsell. – Cherchell, Tipasa, Tombeau de la Chrétienne. – Adolphe Jourdan, éditeur – Alger.
(5) Les frais d’exploration s’élevèrent en tout à 15.000 fr. (lettre du 14 juin 1866).

 

 

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