Colonel Bastien-Thiry , Mars 1963

Posté par lesamisdegg le 10 mars 2020

Le 11 mars 1963 tombait au Fort d’Ivry le Colonel Bastien-Thiry.

Monsieur Pierre Sidos a autorisé la publication d’un document unique qu’il détient. Ce récit des ultimes instants du colonel Bastien-Thiry fut rédigé de la main même d’un témoin privilégié : un dirigeant de la police française qui, pour mieux servir la France dut cacher son admiration pour l’homme qui allait mourir et pour la cause à laquelle cet homme avait sacrifié sa vie.

Samedi 9 mars 1963 – 17 heures.

P…, commissaire divisionnaire à l’état-major de la police municipale, me demande au téléphone de mon bureau du 5ème district, avenue d’Italie, et m’invite à venir d’urgence à son bureau. Je ne puis m’empêcher de m’exclamer : « Je crois, hélas, deviner pourquoi ». Je pars donc à la préfecture, et là, P… me confirme qu’en effet, si Prévost et Bougrenet de la Tocnaye sont graciés, l’exécution de Bastien-Thiry est ordonnée pour le lundi 11 mars au matin. Le moins qu’on puisse dire est que les choses n’ont pas traîné depuis le jugement qui doit remonter à quinzaine. Nous voici à mettre sur pied le futur service d’ordre…

B…, commissaire de Choisy, assurera un isolement total des Prisons de Fresnes, avec des effectifs considérables.

L…, commissaire de Charenton, qui sera de ronde de nuit du 10 au 11, consacrera tout son temps à la surveillance de l’itinéraire Prisons-Fort d’Ivry ; effectifs généreusement prévus : on ne lésine vraiment pas…

B…, commissaire d’Ivry, assurera les fonctions judiciaires : accompagnement des autorités, présence sur le lieu de l’exécution et procès-verbal pour en rendre compte. Détail pénible : on le charge de commander le cercueil et on lui donne les mensurations du malheureux ; ces préparatifs hideux, concernant un homme bien vivant, espérant sans doute encore avec ses proches auxquels il est toujours relié par la pensée (sa femme et ses trois petites filles ?) me mettent dans un trouble profond.

Je reviens chez moi, sans dire un mot, en proie au désespoir et au dégoût, me demandant comment je vais vivre ces quarante-huit heures d’attente… Pour comble, je préside le soir même, le bal de la section de Gentilly de l’orphelinat mutualiste de la PP. Comment ai-je pu, avec mes pensées en désarroi, tenir devant les niaiseries de ces gens se contorsionnant, et faire le discours d’usage ?

Le dimanche est une véritable veillée funèbre : je ne sais où aller pour fuir les pensées qui m’assaillent. La journée passe, morne.

Sans avoir dormi, je me lève à une heure du matin. Il pleut à torrents. Par les rues désertes je vais à la préfecture prendre contact avec les équipes en civil de la Brigade de direction, mises à ma disposition pour chercher, véhiculer et protéger au besoin les juges, le procureur général, l’aumônier, le médecin. C’est un médecin de l’Armée de l’air qui doit assister, ô dérision, à cette mort. Les braves gars de la Brigade, des gens courageux toujours prêts à traquer les criminels, la nuit, sont ébranlés eux aussi. Ils ont à tour de rôle escorté le prisonnier tout au long des nombreux trajets Prisons-Fort de l’Est où siégeait le tribunal. Les rares contacts qu’ils ont eus avec Bastien-Thiry (entrevu quand il montait et descendait du fourgon cellulaire) leur ont laissé malgré tout une profonde impression que l’on éprouvait en le côtoyant, même sans lui parler… « Il semblait enveloppé d’une auréole »

Je repasse au district, encore plus ému par ce bref aveu d’un humble flic. Je prends dans ma voiture mon chauffeur de service et un secrétaire et nous partons pour Fresnes.

Dès notre arrivée, je vois une dizaine de reporters de presse filmée ou de télé qui allument leurs projecteurs. Cette attente des badauds de profession en prévision d’une curée, recherchant avidement tout ce qui se présente de sensationnel, me semble quelque chose d’indécent. Usant des consignes draconiennes que j’ai reçues, c’est sans ménagements que je les fais refouler dans le bistrot voisin qu’ils ont déjà fait ouvrir et où ces importuns ont établi leur PC.

Les effectifs arrivent, les commissaires mettent en œuvre le plan qu’ils ont reçu, je reste rencogné dans le fond de ma voiture, après les avoir successivement revus. Je suis embossé dans l’allée menant au pavillon résidentiel du directeur de la prison, M. Marti.

Le condamné est dans le bâtiment voisin : le CNO (Centre national d’orientation), où sont habituellement concentrés les prisonniers en attente d’une autre affectation. Cette masse sombre est silencieuse : les CRS de garde aux abords courbent le dos sous l’averse. Ma radio grésille doucement. Paris est encore en léthargie ; la police prend la place sur l’itinéraire, sans bruit la pluie fait rage… J’écoute le vide… et prie.

Tout à coup, les abords de la prison s’animent : B…, qui attend près de la porte, pénètre dans le CNO en compagnie de M. Marti. L’aumônier suit. Survient Gerthoffer, le procureur général, silhouette falote, moulé dans un pardessus gris aux formes démodées ; il descend de voiture et saute pour éviter les flaques d’eau, faisant le gros dos sous les rafales. Ces vieillards allant faire tuer un être jeune, plein de vie encore, me semblent une énormité inhumaine.

La gendarmerie, chargée de livrer le condamné au peloton d’exécution, a fait grandement les choses : une escorte de trente motos, celle d’un chef d’Etat, trois petits cars bourrés d’effectifs armés, pour s’intercaler entre les divers véhicules du cortège, prennent place sur l’avenue dite « de la Liberté ». Le car chargé de transporter le condamné, avec une garde de huit gendarmes, entre dans la prison. Nul n’ignore que la gendarmerie est le pilier de ce régime…

 

BASTIEN-THIRY 1948

BASTIEN-THIRY 1948

 

B… m’informe par radio que, toutes les personnalités étant arrivées, on va réveiller le condamné. Il me relatera ensuite que c’est Gerthoffer qui est entré le premier et que Bastien-Thiry a aussitôt demandé quel était le sort de ses compagnons. Apprenant qu’ils étaient graciés, il sembla alors délivré de tout souci et entra dans une sorte d’état second, abandonnant toute contingence terrestre.

Il revêt son uniforme et sa capote bleu marine de l’Armée de l’air sans prêter un instant d’attention aux paroles bien vaines que ses avocats croient devoir prononcer. Il entend la Messe à laquelle assiste également M. Marti. Il est, même aux yeux des moins perspicaces, en dialogue avec le Ciel. Au moment de communier, il brise en deux l’hostie que lui tend l’aumônier et lui demande d’en remettre la moitié à son épouse. Puis, après l’Ite Missa est, il dit « Allons »… et se dirige vers le couloir de sortie. A ce moment, les phares des voitures s’allument, les motos pétaradent, et j’annonce par radio la phrase que j’ai si souvent prononcée lorsque j’étais avec De Gaulle : « Départ imminent »…

Mais rien ne vient, et cette attente imprévue semble atroce. Pendant vingt affreuses minutes les avocats vont tenter une démarche désespérée : ils demandent au procureur général d’ordonner de surseoir à l’exécution en raison du fait nouveau qu’est l’arrestation récente d’Argoud. Bastien-Thiry, absent de tout, revient dans sa chambre, stoïque, silencieux, méprisant devant ces passes juridiques où chacun s’enlise. Il ne dira pas un mot, ni d’intérêt, ni d’impatience…

B…, qui n’est pourtant pas un croyant, me dit : « Il est déjà parti en haut ».

Enfin, les palabres des hommes de loi prennent fin : le procureur refuse tout sursis.

Les phares s’allument de nouveau, les motos repartent à vrombir. Cette fois, c’est bien le départ. Je vois la voiture du condamné balayer de ses phares le seuil de la prison, puis se diriger vers le portail ; tout le cortège s’ébranle. C’est bien celui d’un chef d’Etat, dans son triomphe.

Ce condamné qui, au procès, a traité De Gaulle d’égal à égal et l’a assigné au Tribunal de Dieu et de l’histoire, comme renégat à la parole donnée, aux serments les plus solennels et sacrés, ce condamné est bien un chef d’Etat.

C’est bien le même cortège que j’ai si souvent commandé : voiture pilote avec phare tournant, motos devant, motos formant la haie d’honneur, motos derrière, et quinze voitures officielles suivant…

La pluie redouble ; je reste loin derrière, suivant la progression par radio codée… comme pour l’Autre…

Je décide d’aller directement au cimetière de Thiais, triste aboutissement… Je n’aurais pas pu assister à ce Crime, pas même rôder autour du Fort d’Ivry et entendre cette horrible salve.

Au moment où j’entre parmi les tombes, j’entends cette petite phrase de B…, et elle me restera longtemps dans l’oreille : « Allô… Z1 » ; le processus s’accélère… « Je vois le condamné contre son poteau ». Et, à 6h42, cette information : « Exécution terminée ». Je sais gré à B… d’avoir évité la formule consacrée « Justice est faite », elle serait si malvenue ici. Justice… où es-tu ? J’attends encore : rien. Donc, il n’y a pas eu défaillance du peloton comme pour le malheureux Degueldre.

Je vais avec D…, dont je connais les sentiments proches des miens ; nous nous rendons au carré des condamnés. C’est une triste parcelle recouverte de hautes herbes jaunies par le gel, entourée d’arbustes dénudés, frêles et désolés. Un trou a été creusé dans la glaise qui colle aux chaussures.

Enfin arrive un fourgon, escorté par le colonel de gendarmerie de Seine-et-Oise. On descend le cercueil de bois blanc. L’aumônier arrive ; il est suivi du médecin, un grand maigre, tout gêné. Je viens saluer et me recueillir avec D… Les gendarmes se retirent ; les fossoyeurs, à l’abri dans le bâtiment de la Conservation tardent à venir. Nous restons là, tous les quatre, à prier devant cet humble cercueil, placé de travers sur le tas de glaise, courbant le dos sous les rafales de ce sale hiver qui n’en finit pas…

Dehors, les premiers banlieusards se hâtent vers le travail, indifférents à tous ces policiers massés devant le cimetière. Chacun va à ses occupations, c’est le monstrueux égoïsme des grandes cités.

Ainsi est mort pour son idéal, le Rosaire au poignet, Jean-Marie Bastien-Thiry, trente-quatre ans, ingénieur de 2e classe de l’aviation militaire, père de trois petites filles, devenues subitement orphelines, demeurant de son vivant rue Lakanal, à Bourg-la-Reine.

Paris, le 11 mars 1963, 11 heures du matin.

 

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Ya, Madame, bono, bono! -conte de Noël-

Posté par lesamisdegg le 24 décembre 2019

Mansour danse et saute au son du tambourin, son chapeau pointu où tintinnabulent les grelots, où s’entrechoquent les coquillages, recouvre son chef crépu et auréole sa face luisante et rieuse. Sa bouche sombre paraît plus brune du contraste des dents si blanches et les lèvres modulent sans arrêt la mélopée monotone. « Ya, Madame, bono. bono ! »   Mansour vêtu de peaux de bêtes, va par les sentes de la vieille Casbah ; il gambade et il entrechoque ses jambes avec un bruit de castagnettes.

Il est tard, il fait froid 19 heures tintent à l’horloge de Djemâa-Kebir.

Tout le jour, les enfants se sont égayés de ses contorsions et les grandes personnes ont plaisanté son accoutrement. Mansour rit encore, découvrant ses dents de vieux loup.

L’ombre augmente. Une larme brille, son sillon est visible sur le bronze des joues creuses. Le rire a fui, la douleur le remplace. Torture morale, torture physique, quelle est la souffrance assez puissante pour contracter les lèvres si gaies l’instant d’avant ? Un rictus navrant tord la bouche charnue.

Le nègre va lentement, semblant avoir épuisé toutes ses forces en ses bonds de danseur.

 

madame bono

madame bono

 

Une ombre se détache du couloir obscur, et Mansour tressaille comme à l’approche d’un danger redoutable :

— Mansour, viens vite, crie d’une voix brisée le spectre qui s’approche.

— Yasmina, est-il arrivé malheur à notre étoile ?

— Allah est grand, ô mon ami, le ciel accroche ce soir un astre de plus sous sa voûte lumineuse. Ourida est là-haut parmi les plus belles !

— Ah maudit métier, j’ai chanté, J’ai dansé, mon mouchoir s’est rempli de pièces de monnaie ; demain, je pouvais appeler le toubib qui guérit Il ne viendra que pour mettre en terre mon doux trésor.

Le vieux négro, sanglotant, se jette dans le taudis où est étendu un corps d’enfant déjà raidi et glacé par la mort. Il le prend dans ses bras. Doucement, ses doigts inhabiles caressent les yeux fermés.

Ô doux miracle d’amour, les paupières ont bougé, un frémissement parcourt le corps refroidi. Ô bonheur! Papa négro voit le bébé d’ébène ouvrir les yeux et, dans un sourire, tendre vers lui ses bras menus. Plus de pleurs ! Place à la joie !

L’instrument monocorde est repris et le père heureux, gambade et chante devant sa fille revenue à la vie.

— Ya, Moutchachou bono, bono !

Le Prophète est né ; le Mouloud a ranimé la négrillonne. Demain, Mansour, continuera ses gambades et ses chants!

Noël ! Noël !

25 12 1923

 

 

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la casbah d’Alger -tout l’inconnu de -

Posté par lesamisdegg le 19 décembre 2019

La Casbah, parfois, résonne d’un bruit sec, rauque et bref, tel l’aboiement d’un dogue mais incapable de se prolonger d’une manière fantaisiste, vivante comme dans n’importe quel gosier canin. Au-delà de six aboiements, on ne peut plus rien craindre… Quelque part… n’importe où… maison de filles… rue… café maure, carrefour propice, une mécanique américaine de précision vient de procurer une illusion de puissance excessivement provisoire à un être qui n’en pouvait plus de conserver le besoin de dominer et de détruire qui était en lui. Il est généralement pris et paie chèrement ce déploiement de force ostensible, cet instant d’orgueilleuse suprématie et de contentement relatif ; car s’il savait le comprendre d’bord et l’expliquer ensuite il avouerait, dans la plupart des cas, que ce geste trop rapide et surtout accompli avec le truchement d’une arme ne l’a pas soulagé autant qu’il l’espérait… Le jeu du revolver n’est pas un sport noble ! Les vrais et les beaux meurtriers, ce sont ceux qui possèdent assez de muscles et suffisamment de Courage pour empoigner leur victime résistante à bras le corps et la posséder dans la palpitation de la mort finale comme on possède une femme dans l’assaut du plaisir.

 

casbah d'Alger 1933

casbah d’Alger 1933

 

L’on tue ici en plein jour et en plein air assez souvent. Même avec l’aide banale du revolver c’est une façon originale. Peu de professionnels internationaux s’aviseraient d’opérer ainsi à des heures claires où tout apparaît avec tant d’évidence, où l’on ne peut confondre le visage du meurtrier avec un autre. Dans la Casbah d’Alger, un type qui veut instantanément jouir par le meurtre se satisfait au besoin à midi. Les gens de la Casbah, par rapport au crime, sont donc ce que l’on appelle « des sauvages », c’est-à-dire des gens incapables de se prêter à la tradition quand elle contrarie par trop leur instinct primordial. On ne saurait croire, à quel point, le crime peut paraître anodin, facile, insignifiant quand il se commet en plein jour et que la joie d’une lumière paradisiaque l’éclaire.

On était en train de flâner… On baguenaudait… On venait de laisser derrière soi des rues ou des impasses paisibles ornées d’enfants en tas, en grappes et de femmes fugitives empaquetées de linges… Les enfants ne parlaient, ne riaient qu’à peine… Les femmes trop pressées étaient muettes… une idée de joie édénique paisible, planait. Et l’on débouche soudain sur ce Carrefour plein de cris, de malédictions, de tumulte… Tout d’abord on ne comprend pas… On voit des policiers bien vêtus et il en est même un lauré d’argent, qui s’agitent… des passants européens, mais surtout musulmans beaucoup moins bien habillés, qui restent à distance respectueuse, un pied en l’air et prêts à la fuite, comme s’ils pensaient qu’à défaut du principal Coupable, on pourra toujours choisir un bouc émissaire parmi eux… Ils regardent tous, si obstinément, si fixement, dans une seule direction, que l’on suit cette foulée du regard enfin, soi-même… La maison est excessivement blanche, les volets sont ocres et le motif décoratif principal de la façade, actuellement, c’est une tête de fille qui s’obstine à demeurer bizarrement penchée et coincée dans un contrevent, cependant qu’un lent filet rouge, excessivement ornemental lui aussi, sourd de sa gorge tranchée d’une oreille à l’autre.

Sommet de la Casbah vers la tombée de l’un de ces clairs jours d’hiver que les profanes venus d’autres lieux froids et brumeux confondent trop facilement avec un précoce et définitif printemps, car le vent du soir demeure humide et traître. C’est l’heure où tout enthousiasme commence imperceptible à décroître. L’heure où les rancunes ressuscitent dans certains cœurs dégoûtés pour leur redonner un semblant de courage à vivre… L’heure où les hommes viennent boire aux spiritueuses fontaines des cafés pour se réchauffer l’âme, La Casbah embaume l’anis… Trois hommes ont trinqué sur un comptoir. Us ont discuté aussi, en buvant… C’est peut-être leur dixième verre. L’anisette qui titre 45 degrés est un poison qui tord les nerfs, en fait brusquement une corde de résonance d’une sensibilité de violon… Mais il convient de s’expliquer ailleurs, le cabaretier est un ami et il y a plus de place dans la rue.

L’un des hommes est coiffé d’une chéchia, le second d’un chapeau melon et le dernier d’un béret basque. Ils sont sortis de la salle basse, agrafés étroitement, tels des frères… Un mot bref, sec et net déjà comme un claquement d’arme, retentit… Le groupe se disjoint… chacun de ceux qui le composaient la seconde précédente prend du champ… Pan… pan… pan… L’homme au chapeau melon a fait feu sur le porteur de chéchia qui, d’un mouvement plongeant d’une souplesse précise, échappe à ce premier tir de barrage. Trois nouvelles détonations encore, le chargeur est vide et l’homme à la chéchia toujours debout… Alors l’adversaire au béret qui, jusque- là s’était gardé d’intervenir s’élance à son tour dans la lice et tente de plonger son couteau dans le flanc, évite encore de justesse la pénétration de cette lame… Coup de sifflet poussé par quelque spectateur invisible. La solidarité, dans ces parages, sait rester sous son merveilleux et parfait anonymat… Des importuns attirés par les détonations arrivent… Les agresseurs s’éclipsent… Un seul tournant « Et maintenant va savoir ! » dit aussitôt quelqu’un. Le rescapé qui n’est ni pâle ni ému, considère sa chéchia dans laquelle demeure la trace ronde de deux balles… Il hausse les épaules, remet sa coiffure endommagée sur sa tête, répond à quelqu’un qui l’interroge… « Mektoub ! Ce n’était pas encore écrit ! » S’apprête à s’éloigner… C’est alors que surgissent : placides et solennels, deux gendarmes… Une main grasse et bien nourrie tombe comme au ralenti sur l’épaule de l’homme qui verdit et tente pourtant de discuter, d’éviter le pire (qui n’est pas la mort).

«Quoi? Pourquoi? Et alors… Regarde… mon ami, tu vois ce n’est rien… Je ne suis pas blessé… Eh non, manaarf, je ne sais pas, c’est deux hommes comme ça qu’ils passent et ils sont peut-être un peu saouls et ils tirent».

Les représentants implacables de la loi des hommes hochent la tête. Et l’autre peut bien continuer de feindre et de ne pas comprendre et de répondre «manaarf» (je ne sais pas), voilà qu’ils l’entraînent… Le cabaretier soupire… Il ne sait rien non plus… Il ne pourrait, en aucun sens, témoigner ; il rentre chez lui et recommence à rincer des verres… Trois rues plus bas, accoudés tranquillement à un autre comptoir, les deux agresseurs maladroits se consolent en buvant une nouvelle anisette. Quelqu’un se met à jouer de la mandoline. Un petit gitano, un enfant de loup, ramasse les balles perdues et tente vainement de les écraser entre ses pouces. La Casbah des meurtres et des crimes, des sacrilèges contre la vie et l’espèce humaine, est extrêmement variée et parfois pittoresque dans ses moyens.

Les maisons musulmanes de la Casbah d’Alger, possèdent toutes un puits plus ou moins visible. Il en est qui sont placés au’ plein milieu du patio ou sagement rangés dans un coin. La plupart se dissimulent encore mieux dans l’ombre absolue d’une des pièces qui s’ouvrent dans la cour… On s’en sert quelquefois, dans les maisons publiques, pour mettre au frais les bouteilles de bière… Si l’on s’avisait, un jour, et d’abord par mesure hygiénique de curer ces puits, combien d’anciens cadavres y trouverait-on ?… La maison musulmane qui est souvent un sépulcre de vivant-.., peut être aussi une véritable nécropole pour des corps dont jamais personne ne connaîtra les modalités d’agonie et de mort.

 

Khéira est extrêmement jalousée de ses compagnes… Car elle est plus jolie, elle attire les hommes sur elle comme des mouches et elle est insolente. C’est-à-dire qu’elle se pare ostensiblement, devant certaines malchanceuses, des bijoux qu’elle sait obtenir avec facilité de ses amants… C’est une sorte de provocation que les filles indigènes endurent mal… Un jour, Khéira qui était montée sur la terrasse de la maison, car il faisait extrêmement chaud (mais elle avait mieux à faire à ce moment, sur le seuil de la porte, en bas, et l’on sait qu’il vaut mieux laisser cette vue des terrasses aux femmes honnêtes qui n’ont pas tellement de plaisir et qui ne peuvent se faire offrir, comme tant d’autres, des bijoux d’or). Un jour donc Khéira qui n’en avait pas l’habitude et qui, paraît-il, avait commis l’imprudence de vouloir se percher debout sur le parapet de la terrasse fut prise de vertige… La pauvre et si jeune !… La terrasse était haute… On ne releva qu’un cadavre mou, toutes vertèbres brisées… Lorsque la police arriva, Khéira était déjà retournée à un état de simplicité, de pureté presque monacal. Elle était vêtue de mousseline blanche et n’avait plus sur elle un seul bijou.

 

Kheïra

Kheïra

 

Il y a, chaque année, un nombre relativement important de femmes qui, sur les remparts des terrasses, perdent ainsi l’équilibre et se rompent le cou… Cela se produit aussi bien dans le quartier honnête que dans la fraction réservée de la haute Casbah. Quand les oiselles tombent du nid, l’on ne peut jamais exactement savoir comment et si ce n’est pas un bec fraternel qui les a poussées.

La Casbah des meurtres ignorés est pleine de circonstances atténuantes. Quand ce ne serait déjà que celle du climat… Il est certains jours et surtout certains soirs d’été, dans la Casbah d’Alger, quand une variation peu sensible de la température (c’est-à-dire une soustraction de quatre à cinq degrés, à peine, par rapport à la chaleur de midi) prolonge exagérément l’état de nervosisme et d’irresponsabilité flagrante des habitants, où le crime devient vraiment quelque chose Comme une intoxication mentale inévitable et momentanée à prolongements par malheur infinis ; la manifestation des pouvoirs d’une puissance irradiante, maléfique contre laquelle même la force d’inertie musulmane, parfois, ne peut rien.

On tue alors, dans la Casbah d’Alger, on ouvre une gorge peut-être avec l’idée de respirer enfin un peu mieux, d’étouffer moins sur cette enclave encombrée.

LUCIENNE FAVRE - extrait de « tout l’inconnu de la casbah d’Alger » ; illustrations de Charles BROUTY 

 

 

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Les disparus français en Algérie 1954-64 par José CASTANO

Posté par lesamisdegg le 30 novembre 2019

« Quelle que soit la cause que l’on défend, elle restera toujours déshonorée par le massacre aveugle d’une foule innocente » (Albert CAMUS)

Il y a 57 ans, tel Ponce Pilate, le gouvernement français se lavait les mains et tournait la page. Pays sans nom, sans frontière, sans unité, c’est par la France et dans la France que l’Algérie avait acquis une personnalité, pour la première fois dans l’histoire… C’est par la France qu’elle devint officiellement indépendante, le 5 juillet 1962… et c’est à cette date que le drame des disparus –ayant connu un essor vertigineux dès la signature du « cessez le feu »- atteint son  paroxysme…

Le point de départ de la gigantesque entreprise de destruction qui devait s’abattre sur les Français d’Algérie  fut la honteuse signature des accords d’Evian du 18 mars 1962 avec comme symbole de forfaiture, le massacre du 26 mars à Alger… Son aboutissement, le 5 juillet 1962 à Oran. Entre ces tragédies, plusieurs milliers d’Européens disparaîtront, enlevés parfois même sous les yeux des militaires français qui n’interviendront pas : « Ils n’avaient pas d’ordre », disaient-ils ! En réalité, ils avaient des ordres de « non intervention ». Ainsi, dans toute l’Algérie des camps s’ouvrirent, parfois à proximité même des villes et des cantonnements militaires sous le regard des autorités françaises.

La plus élémentaire des missions eût été d’ordonner à notre armée, encore puissante, d’effectuer des opérations de sauvetage en direction de ces camps… sa première motivation étant de sauver ses propres soldats dont près de 400 furent pris vivants au combat. Nul ne recouvrit jamais la liberté… et cela en dépit des accords d’Evian et des conventions de Genève. L’autre motivation était de sauver, d’une part, ces milliers de civils européens menacés de jour en jour d’extermination, d’autre part, ces milliers de Musulmans fidèles à la France à qui l’on avait fait une promesse formelle de protection, à qui l’on avait juré que le drapeau français ne serait jamais amené et que l’on a livré avec une révoltante bonne conscience, pieds et mains liés à la vindicte des bourreaux.

Alors, quand les familles éplorées suppliaient les militaires d’intervenir après l’enlèvement de l’un des leurs ; quand elles en appelaient à nos gouvernants, nos médias, nos associations humanitaires, à la Croix Rouge… quand ce n’était pas au Clergé, on leur rétorquait sans ménagement « qu’ils étaient tous morts » ! Et ainsi, parce qu’ils « étaient tous morts », on a laissé, des années durant, pourrir dans les geôles, les mines de sel, les camps de la mort lente et les bordels, nos proches, nos familiers, nos frères…

Car on ne supprima pas des milliers de personnes du jour au lendemain… Certaines vécurent des années durant dans leur univers concentrationnaire ; déclarations d’hommes politiques et témoignages l’attestent. C’est ainsi que :

- Le 26 janvier 1971 (9 ans après l’indépendance), le Président algérien Boumedienne déclarait : « A Paris, on semble ignorer que nous détenons un grand nombre d’otages français. Quand il le faudra, nous en communiquerons la liste à la presse, d’où une émotion considérable en France. Alors, pour obtenir la libération de ces otages, il faudra y mettre le prix. »

- Le couple des enseignants Allard, de Bruyère-le-Châtel (Essonne), d’abord pro-FLN puis expulsés d’Algérie au cours du second trimestre de 1971, révéleront qu’environ sept cent cinquante disparus européens ont été vus et contactés dans les camps de travail situés à proximité des puits de pétrole d’Hassi-Messaoud. A l’automne 1972, quelques-uns de ces hommes ont tenté de s’évader. On les a retrouvés bastonnés à mort sur la rocade sud, avec la main droite coupée.

disparus français en Algérie 1954-64

disparus français en Algérie 1954-64

- Le 23 avril 1982, l’hebdomadaire « SPECIAL DERNIERE » publiait les révélations de M Poniatowski qui affirmait qu’en 1975 (il était alors Ministre de l’Intérieur), il y avait encore des centaines de captifs en Algérie. Ce jour-là, nous fîmes connaissance avec l’incroyable, l’impossible, l’inimaginable. En première page, on pouvait lire : « EXCLUSIF : Les photos des Français détenus sans raison PRISONNIERS EN ALGERIE depuis VINGT ANS. Un vrai camp de concentration installé du côté de Tizi-Ouzou ». Au total 15 photos sous lesquelles figuraient les noms et prénoms des « disparus ». Or l’une d’elles nous apprenait ainsi que le gardien de la paix, Pelliser Jean Claude, enlevé le 16 mai 1962 à Maison Blanche, Alger, dans l’exercice de ses fonctions, était toujours en vie… alors qu’il avait été déclaré « décédé » le 13 novembre 1970 par le Tribunal de Grande Instance de Paris.

20 ans après ces tragédies, il y avait encore des survivants dans les camps de concentration algériens. Nous en avions, là, la preuve. Que firent alors les autorités françaises ?

Le 12 novembre 1964, pourtant, « Le Figaro » avait lancé le chiffre alarmant de 6000 à 6500 européens enlevés entre le 19 mars 1962 et le 31 décembre 1962… preuve qu’après l’indépendance les enlèvements s’étaient poursuivis.

L’accusation était portée et elle était irréfutable. Alors, pourquoi l’armée française qui, conformément aux accords d’Evian était toujours présente en Algérie à cette époque, n’était-elle pas intervenue pour sauver ces malheureux ? Et pourtant ils étaient enfermés dans des camps parfaitement localisés et connus des autorités, attendant dans la souffrance et la déchéance une vaine délivrance. Certains furent libérés, mais sur des initiatives individuelles d’officiers outrepassant les ordres reçus et… immédiatement sanctionnés. Parfois même, ces morts-vivants étaient plongés dans leur univers concentrationnaire à proximité des camps militaires français, tels, la cité du Petit Lac à Oran.

Que de cris déchirants, que d’appels au secours ces militaires français ont-ils dû entendre chaque nuit, eux qui étaient terrés dans leur caserne, l’arme au pied ! Que d’horribles, que d’épouvantables hurlements ont dû retentir, des années durant, dans ce pays livré aux écorcheurs ! Mais nul ne pouvait les entendre. Une chape de silence s’était abattue sur ces malheureux ajoutant ainsi à leur calvaire et, engoncé dans son égoïsme, son confort et son indifférence, le peuple français ne répondit pas aux plaintes et aux râles qui s’échappaient de toutes les contrées de l’Algérie et qui venaient s’écraser contre ce mur qu’il avait érigé sur ses côtes. Ces sacrifiés là, dont le nombre s’amenuisait au fil du temps, n’étaient plus que des animaux survivants d’un triste bétail pensant, abandonnés à leur délire, à leurs rêves et à leurs rancœurs. Durant des années, ils ont croupi derrière des barreaux ou dans des camps, à épier leurs geôliers, à écouter les râles des mourants et les cris de ceux que l’on torturait, en suivant de leurs yeux, leurs inoubliables yeux, empreints de crépuscule mental, la marche rêveuse des nuages dans l’immensité du ciel étoilé.

Maréchal Juin  « La France est en état de péché mortel et elle connaîtra, un jour, le châtiment ».

Pour autant en dépit des renseignements qui leur parvenaient régulièrement, les gouvernants de l’époque ne donnèrent pas les ordres nécessaires pour sauver ces sacrifiés et les cadres de l’armée, les consuls et ambassadeur de France à Alger respectèrent ces ordres de ne pas intervenir, abandonnant ceux qui n’étaient plus que des morts en sursis, oubliant que, pour des raisons similaires, on condamna à la fin de la seconde guerre mondiale, les officiers allemands qui ne s’étaient pas opposés aux ordres d’Hitler. Ils sauvèrent ainsi leur carrière, certes ! Mais, où est leur honneur ?  Il n’y a pas d’exemple qu’un Etat ait livré de la sorte ses citoyens au bourreau. Et cette tache indélébile ternira à jamais l’honneur de la Ve République.

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La TOUSSAINT ROUGE du 1er novembre 1954 par Jean BRUNE

Posté par lesamisdegg le 1 novembre 2019

 

 

1 11 1954

1 11 1954

 

La guerre subversive ?

« Chaque victime était un otage innocent versé dans les charniers pour satisfaire aux exigences glacées d’une arithmétique de la terreur. Peu importaient les qualités ou les défauts des victimes, leur nom, leur poids d’entrailles humaines et les symboles inclus dans leur métier. Ce qui comptait, c’était le nombre des morts à partir desquels la peur s’installait dans la vie et commençait de la corrompre comme un poison.

On ne tuait pas comme on tue à la guerre pour ouvrir dans les rangs de l’ennemi des brèches dans lesquelles s’engouffraient les soldats. On tuait pour créer un scandale et par ce scandale attirer l’attention du monde non pas sur les victimes, mais sur les bourreaux. L’entreprise supposait une organisation méticuleuse des complicités; chaque nouveau mort étant l’occasion d’exprimer les solidarités qui liaient le meurtrier à un immense camp d’intérêts et d’idées. Chaque nouveau massacre collectif servait de prétexte à une explosion d’indignation en faveur des écorcheurs. Ainsi les hommes étaient-ils immolés sur l’autel d’un calcul, et les morts versés comme un carburant nécessaire au fonctionnement d’une machine.

Pour que s’ouvrît et fût alimentée une controverse, il fallait que mourussent des innocents. On brûlait la vie dans les hauts fourneaux des fonderies d’idées.

Dans cette incroyable logique de l’absurde, les Français d’Algérie fournissaient les morts. Ils étaient les hommes-charbon indispensables au fonctionnement de la grande machine « anticolonialiste » affectée à la subversion de l’Occident.

Pour que les journaux progressistes de France pussent s’indigner du sort des Algériens, pour que M. Sartre pût donner une conférence à Rome en compagnie de l’un des chefs des égorgeurs, pour que l’archevêque d’Alger pût rédiger l’un de ses communiqués abscons qui sont égale injure à la justice, à la charité et à la syntaxe; enfin, pour que l’Organisation des Nations unies pût se poser à New York en gardienne intransigeante des droits de l’homme, il fallait

qu’une femme fût violée dans une ferme d’Oranie, après avoir été contrainte d’assister à l’égorgement de sa fillette et de son mari;

qu’un petit garçon fût assommé à coups de pioche dans un village de l’Algérois;

que des jeunes filles fauchées par le souffle des bombes fussent mutilées à Alger et qu’une explosion hachât des enfants dans un autobus au retour  de l’école.

Pour que M. Mauriac pût jouer des grandes orgues de son talent dans sa chapelle, il fallait que fussent abattus des fidèles anonymes à la porte d’une église de la vallée du Chélif, ou que deux prêtres fussent égorgés aux confins oranais des steppes sahariennes et qu’une vieille femme fût assassinée le jour de Pâques dans un hameau de Kabylie bruissant de ce murmure d’averse qui tombe du feuillage des eucalyptus.

Car c’était cela le mécanisme de la guerre dite « révolutionnaire ». C’était l’assassinat des innocents, conçu comme une technique d’alerte destinée à attirer l’attention sur les revendications politiques des assassins. Et plus le crime était monstrueux, plus l’émotion qu’il soulevait servait la monstrueuse cause.

A Boufarik, près d’Alger, officiait le docteur Rucker. Il avait été mon condisciple au lycée d’Alger; donc, celui d’Albert Camus. C’était un gentil bohème aux gestes un peu gauches, mais dont la charité était inépuisable; l’un de ces médecins algériens toujours penchés sur les humbles, pour qui la médecine était un sacerdoce. Un jour de consultation, l’un des « malades » brandit un revolver et tua le docteur Rucker de quatre balles tirées à bout portant. Le meurtre fit sensation. Fleurirent les articles condamnant le « colonialisme ». Dans ces pages, on accusait la France d’entretenir en Algérie plus de gendarmes que de médecins ou instituteurs; mais les techniciens de la terreur tuaient plus de médecins que de gendarmes le premier mort de la guerre d’Algérie était justement un instituteur.

Peu importait l’état des victimes ! Ce qui comptait, c’était que chaque jour reçût sa fournée de morts pour que ne s’éteignît point la controverse politique. Le sang du docteur Rucker servait d’encre à Mauriac ou à Sartre, et aux procureurs de l’O.N.U.

Longtemps les Français d’Algérie avaient courbé la tête sous l’orage. Ils attendaient que leur fût rendue la justice élémentaire qui exige que soient châtiés les hommes qui attentent la vie des hommes. Au bout de cette longue patience, ils avaient découvert qu’ils étaient seuls à faire les frais du procès. C’est que la subversion avait pris soin de pourrir les esprits et l’occasion est belle d’en démontrer ici une part du mécanisme. La calomnie sur l’exploitation coloniale permettait de camoufler les crimes commis sur les innocents en une sorte de justice sommaire exercée sur des coupables.

Les assassins devenaient des redresseurs de torts. Ce sera l’une des hontes de ce siècle finissant d’avoir admis comme un postulat l’idée de culpabilité collective qui a livré des foules entières aux mains des bourreaux improvisés et fait payer à des enfants les délits imputés à des sociétés.

Le docteur Jean Massonnat a été tué à Alger, au cours de cette fusillade qui a couché sur pavé tant d’Algéroises et tant d’Algérois. Il était mon ami. Comme ce mot paraît soudain démesuré, et comme, en certaines circonstances, on se sent brusquement envahi par la peur de ne pas en être digne. La dernière lettre qu’il m’avait écrite était un cri :

« Non seulement, on veut nous chasser, mais on veut, encore, que nous soyons des salauds, pour que nous soit retirée jusqu’à l’espérance en un mouvement de pitié de la Métropole … ».

Jean Massonnat, agenouillé sur un blessé, a été tué de trois balles tirées dans le dos par ceux que « Le Figaro » appelle « le service d’ordre »!

Pourquoi sommes-nous maudits ?

Mais à travers ces confusions, on entrevoit ce qui, jour après jour, est devenu la hantise des Français d’Afrique. Ils ont cherché à se laver de la calomnieuse accusation de « colonialisme » pour être rendus à leur état d’innocents injustement frappés et ainsi renvoyer leurs tortionnaires à leur culpabilité d’écorcheurs. C’est le sens des grandes offrandes de mai 1958:

- une « Nuit du 4 Août » étalée sur quinze jours de soleil dans un ressac de clameurs et de chants. »

Jean BRUNE

 

 

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Bougniouéloss -buñuelos- de la Toussaint

Posté par lesamisdegg le 30 octobre 2019

Pour réaliser ce délicieux dessert, Il vous faudra farine, eau tiède, levure, sel, huile d’olive, et sucre en poudre.

Dans un saladier, délayez une poignée de levure dans un peu d’eau tiède avant de rajouter la farine et de pétrir le tout. Couvrir et laisser reposer 20 minutes. Façonner de petites couronnes.

 

bougniouéloss en friture

bougniouéloss en friture

 

Frire dans une belle poêle ou chauffe une huile abondante. Les bougniouéloss doivent être frits et dorés sur les deux faces.

Déposés dans le saladier garni de papier absorbant ils vont perdre l’excès d’huile. Saupoudrer  de sucre.

 

bougniouéloss

bougniouéloss

 

Ils se servent chauds, en compagnie d’un chocolat chaud ou d’un vin doux comme du Malaga.

 

 

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CONSTANTINE 13 octobre 1837 -assaut et prise de-

Posté par lesamisdegg le 13 octobre 2019

Ce jour-là est un vendredi 13. Quelques sapeurs du Génie qui doivent marcher à la tête des colonnes d’assaut en font en riant l’observation au Général FLEURY, qui leur répond: « Mauvais présage, en effet, mais ce sera tant pis pour les Musulmans. »

 

Constantine 13 10 1837

Constantine 13 10 1837

 

Après une vive préparation d’artillerie, à 7 heures du matin, par un temps magnifique, la charge commença à battre en tête de la première colonne et l’on vit s’élancer et escalader, sous le feu, les Zouaves ayant à leur tête le Colonel LAMORICIÈRE. Un drapeau tricolore est planté sur la brèche par le Capitaine GARDERENS, qui est blessé aussitôt. Dix minutes après l’arrivée sur la brèche de la première colonne, le Colonel COMBE part à son tour avec tout son monde.

13 10 1837 les colonnes à l'assaut

13 10 1837 les colonnes à l’assaut

 

13 10 1837 Lamoricière sur la breche

13 10 1837 Lamoricière sur la breche

 

 

 

 

 

 

 

A peine dans la ville, la fusillade éclate de toutes parts. On se perdait dans un dédale de rues tortueuses et de culs-de-sac. Les Turcs et les Kabyles tiraient presque à bout portant des maisons et des terrasses. Un détachement est arrêté par un passage couvert fermé par une épaisse porte en bois: on l’attaque à coups de hache et de crosses de fusil. On fait apporter des sacs de poudre par les sapeurs. On réussit à entrouvrir l’un des battants; les Arabes font, par l’ouverture, un feu de mousqueterie terrible qui couche plusieurs des nôtres. Mais les Arabes abandonnent bientôt la porte et, presque aussitôt, se produit une terrible explosion tuant, blessant ou brûlant les assaillants qui ont déjà commencé à se porter en avant. Environ 300 d’entre eux furent mis hors de combat. LAMORICIÈRE fut lui-même grièvement blessé et presque aveuglé.

Le Colonel COMBE, qui l’avait suivi avec la seconde colonne, reçut deux coups de feu. Après avoir donné ses derniers ordres, il refit lentement le chemin qu’il venait de parcourir, redescendit la brèche et revint dans la batterie rendre compte au Duc DE NEMOURS et au Général en Chef des péripéties du combat: « Ceux qui ne sont pas blessés « mortellement, dit-il en terminant, jouiront de ce « beau succès. — Mais vous êtes blessé, Colonel !, lui « dit le Duc. — Non, Monseigneur, je suis mort ! ». Il mourut, en effet, le lendemain.

Cette explosion avait provoqué un moment d’hésitation dans l’attaque. Mais de nouveaux renforts étant arrivés, le combat devient plus acharné. On enlève, une à une, les maisons d’où partent des feux meurtriers et on s’y installe de façon à pénétrer plus avant. Vers la droite, un détachement commandé par le Capitaine du Génie NIEL arrive en suivant le rempart la la porte d’El-Djabia, les sapeurs l’ouvrent et de nouvelles troupes pénètrent.

Quelques instants après, les Arabes capitulent. On donne l’ordre de cesser le feu et on occupe immédiatement la Casbah. La population affolée s’attendait à un carnage. Nombre de gens, de femmes surtout, essayèrent de se sauver par les ravins du Rummel et se tuèrent en tombant dans les précipices. Ce spectacle remplit d’horreur les vainqueurs eux-mêmes bien qu’ils fussent encore excités par la fureur du combat et l’ivresse de la victoire.

La résistance acharnée de Constantine fut aussi glorieuse que l’attaque. Les canonniers maures ou turcs furent tués sur leurs pièces après s’être défendus avec fureur: les casemates étaient remplies de corps mutilés que nos boulets y avaient amoncelés depuis cinq jours. Chaque habitant concourait à la défense des remparts; des femmes furent tuées les armes à la main et des juifs même faisaient, de gré ou de force, les corvées des batteries de la place. Peu de maisons restèrent intactes. Bien que l’incendie que nous comptions allumer avec nos bombes ou fusées incendiaires, n’eût causé à celles-ci que d’insignifiants dégâts, bon nombre furent ou percées ou lézardées par la commotion de nos projectiles.

A midi, le Général en Chef et le Duc DE NEMOURS firent leur entrée par la brèche. Ils se rendirent à la Casbah, au magnifique palais d’AHMED-BEY, puis à l’Hôpital des blessés qu’on installait en hâte dans l’ancienne maison du Khalifa.

Le 14 Octobre, les troupes qui avaient participé à l’assaut prirent leur casernement à Constantine et le reste de l’armée, consigné aux portes de la ville, demeura à ses bivouacs de la veille. Les approvisionnements pour les chevaux et les hommes regorgeaient dans les maisons maures, ils furent répartis par l’Intendance. Les Généraux commandant les brigades vinrent s’installer en ville et le Général en Chef, le Prince, ainsi que tout l’Etat-Major prirent possession du Palais du Bey. Une proclamation rassurante fut adressée aux habitants. L’entrée des mosquées était interdite aux soldats.

Le 15 Octobre, le Général VALÉE fit paraître un ordre du jour qui enjoignait aux habitants d’apporter, sans délai et sous peine de sanctions capitales, les armes et les munitions dont ils pouvaient être détenteurs. Un second ordre s’adressait aux troupes et les invitait à cesser immédiatement le pillage général dont la ville offrait déjà les traces.

Le 16 Octobre, le Duc DE NEMOURS, qui avait désiré témoigner sa satisfaction aux troupes pour leur belle conduite, les passa en revue sur le lieu même de l’attaque Le spectacle en fut la fois émouvant de simplicité et grandiose du fait de l’événement qu’il consacrait.

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Anisette , brochettes , kémia , merguez , bars et cafés d’Alger des années 30

Posté par lesamisdegg le 7 octobre 2019

Cafés d’Alger

Que l’on parcoure les venelles sombres et glissantes de la Casbah ou bien que la promenade conduise vers les grandes artères de la ville européenne, partout, les établissements où l’on boit sont emplis d’une clientèle nombreuse. Dès l’ouverture et jusqu’à ce que soit atteinte l’heure réglementaire où doivent être fermées les portes, un va-et-vient incessant anime ces lieux de façon d’autant plus étrange que les magasins voisins paraissent déserts.

Au café maure, le café des bons musulmans, turbans et chéchias se pressent en une houle étrange et presque silencieuse. Les indigènes, en effet vont au café davantage pour jouer aux dominos ou aux échecs que pour ingurgiter quelques liquides. Deux joueurs, ayant chacun une consommation, sont entourés par cinq ou six badauds se contentant de humer la vapeur odorante d’un thé à la menthe ou d’un « caoua » épais. L’intérêt du jeu semble les attirer davantage que la dégustation d’un liquide chaud. Le caouadji d’ailleurs trouve cela tout naturel et sait très bien attendre les commandes, sans les provoquer. Parfois même vient-il se pencher sur l’épaule d’un client pour juger de l’opportunité des coups joués. Avec les dominos, les échecs sont le jeu préféré des habitués des cafés maures. Soit que les joueurs se prélassent sur des nattes simplement étendues à terre et au bord desquelles s’alignent les chaussures, soit qu’ils utilisent des chaises branlantes ou des bancs en bois quelque peu noircis. Ils ont une qualité assez rare chez les joueurs européens : ils observent le silence le plus complet. On n’entend alors que le bruit mat des pions sur la table ou sur le damier aux carrés de bois en relief. Dans un coin, il n’est pas rare de voir un ou plusieurs vénérables vieillards paisiblement endormis ou rêvant au paradis d’Allah. Quelques yaouleds effrontés, profitant de la demi-obscurité du coin où se trouve la plonge, vident plusieurs fonds de verre et se sauvent, agiles, à travers les jambes des consommateurs. Dans un angle, rougeoie le feu de charbon sur lequel est posée la grande marmite de cuivre rouge qui reflète des lueurs infernales. L’air est quelque peu encombré d’une odeur sui generis particulière,  presque indéfinissable, mais où domine cependant un relent de suint tout à fait caractéristique. Aussi, lorsqu’on a déposé le minuscule verre louche où du thé brûlant vous a été servi pour une somme allant de dix à vingt-cinq centimes, est-on tout heureux de replonger dans l’air vicié de la rue et qui, cependant, semble bien plus léger aux poumons. Il y en a partout, de ces cafés maures ; quelques-uns sont de véritables caves où seule la fumeuse lueur d’un antique quinquet à pétrole essaie de percer les ténèbres. Mais, lorsqu’il fait beau temps, les clients désertent l’intérieur et, sans façon, s’installent sur le pas de la porte, forçant les passants à sauter, en plus des rigoles, une série de jambes étendues. Beaucoup de caouadjis, l’heure de la fermeture arrivée, transforment leur salle en dortoir. C’est là que vient alors se réfugier la pègre à laquelle, malheureusement pour elle, se mêle souvent un indicateur de la police. Mais ceci est autre chose…

 

café maure

café maure

 

Bab-el-Oued et Belcourt possèdent aussi d’innombrables cafés d’importances différentes, mais attirant les mauvais musulmans qui boivent de l’alcool. Ceux-ci d’ailleurs ne s’en cachent point et certains même en sont fiers :

—« Qu’est-ce qu’y boivent, les z’hom’ ?

—« L’aniset’ !! »

Et de grandes claques amicales sont appliquées de part et d’autre… en attendant que le couteau ou le pistolet ne soit sorti des poches.

Il est, dans le quartier de la Marine, un établissement au caractère tout à fait spécial et dont la clientèle est le plus souvent fournie par les bateaux de touristes : « Les bas-fonds ».Derrière un comptoir imposant, un nain, très connu à Alger et dénommé « Coco », verse à boire à la clientèle. La « kémia » abondante procure au palais une certaine irritation incitant à boire. Et puis de multiples attractions permettent à l’ingénieux barman en foulard rouge de garder sa clientèle chez lui un peu plus longtemps. Des boîtes à surprises, plus ou moins agréables, d’un goût pas toujours très raffiné, font lire ou effrayent les visiteurs. Dans un coin sombre brille le couperet d’une guillotine grandeur naturelle ; dans un autre, un squelette aux allures bizarres fait pousser des cris d’horreur aux femmes émotives et rire les farceurs. Les murs, sont tapissés d’une foule d’objets pour le moins bizarres et de provenances bien différentes. Il y a des têtes de chiens naturalisées, des crânes humains, de chiens, de lapins et autres animaux ; des poissons aux formes fantastiques voisinent avec des armes indigènes ; des bateaux miniatures enclos dans des bouteilles de tailles différentes sont suspendus entre un casque allemand et une courge sèche extraordinairement longue ; un véritable arsenal, des coquillages étranges, des peaux de fauves, s’étalent aux murs, dominés par une photo-charge de « Coco ». Un accordéoniste virtuose ne cesse de jouer valses, javas et tangos et l’atmosphère de ces lieux ressemble, sous l’éclairage au néon, à celle d’un bouge de la grande capitale. Le tube de gaz incandescent donne aux visages des reflets cadavériques, les couleurs sont irréelles et les liqueurs, de par ce sortilège, prennent des teintes inédites. « Les bas-fonds » sont d’ailleurs le seul établissement où l’on trouve des particularités étranges qui, avec le cordial accueil fait aux consommateurs, en font le succès mérité.

 

 

"Bas-fonds"

« Bas-fonds »

 

Quant aux cafés normaux, ceux où l’on déguste l’anisette, ils sont légion. Il en est de vastes et presque opulents, comme de tout petits et modestes. L’un de ces derniers, près de la place du Gouvernement, est une véritable bonbonnière où ne peuvent à la fois s’approcher du comptoir que quelques altérés. Et cependant, « Tout va bien » est l’enseigne de ce petit trou de rat où les consommateurs se remplacent sans cesse et sont accueillis le mieux du monde. Là encore, la fameuse « kémia » est extraordinairement variée et, pour les gosiers solides, d’un goût pimenté des plus parfaits.

Quant aux amateurs de brochettes, ils ont toujours satisfaction lorsqu’ils vont par exemple à « La saucisse à Michel » où l’acre et grasse fumée du foie grillé se mélange à la senteur d’anis. Ouvriers en cotte bleue et sandales, viennent déguster les merguez et les brochettes avec délices et sont heureux d’entendre les bruyantes exclamations qui couvrent les bruits de la rue.

—« Brochettes, jeune homme ? »

 

 

brochettes

brochettes

 

Le « jeune homme » est souvent assez âgé pour être le père du garçon, mais cela est sans importance. Ici, tout le monde est jeune parce que tout le monde parle haut, gesticule avec véhémence, rit à gorge déployée, entrechoque les verres avec un réel plaisir. Il arrive bien parfois que l’un des consommateurs ait la tête lourde de fumées d’alcool. Alors, on voit en ces lieux un « collègue » au bon cœur ramener l’égaré presque chez lui, le soigner, le rendre plus stable. Car, malgré, ou peut-être à cause des brochettes, de la «kémia» et des anisettes, ce n’est là qu’une réunion de braves gens au cœur généreux. Presque partout une guitare, une mandoline ou un accordéon égrènent, dans l’air fumeux, une chanson connue que fredonnent aussi quelques lèvres. Lorsque l’air est triste chacun baisse le ton et s’il est bien exécuté, il arrive que le silence s’établisse. Puis, dans la sébile, tendue par un enfant ou un aveugle, tombent les pièces de nickel. Enfin, on se sépare lorsque le garçon, sur un ton élevé s’écrie : « à la Chine ! » et fait tinter le plus fort possible le verre ébréché dans lequel il jette adroitement la monnaie du pourboire.

Dans le centre de la ville, les cafés ayant droit au qualificatif de « grands » voient défiler une clientèle différente. Le matin, les employées des grands magasins viennent rapidement ingurgiter un café crème, caquettent un instant et se sauvent en riant, non sans avoir coulé au petit jeune homme qui lit distraitement le journal, une œillade parfois provocante. Aux heures d’ouverture des magasins, c’est une foule jeune et rieuse qui s’entasse là, puis disparaît comme une volée de moineaux. A une table, de vieux messieurs, très- comme il faut, font une belotte muette, tandis qu’à leurs côtés, le marchand de sandwiches « tout chauds » joue au « tchik-tchik », le contenu de sa boîte blanche surmontée d’un tuyau de cheminée. C’est encore là que, profitant d’une encoignure sombre, les amoureux, par couples, jouissent de quelques instants heureux, négligeant de vider leur verre, enfoncés autant qu’ils le peuvent au creux des banquettes, ignorant ce qui se passe autour d’eux, mais inquiets de voir les aiguilles de la pendule aller beaucoup trop vite à leur gré. Seul, le marchand de « caoucaou sali », grâce à son insistance de mauvais goût, leur démontre qu’ils ne sont point seuls. Quelques jeux d’adresse ou de hasard retiennent encore des clients ayant en poche une certaine quantité de menue monnaie en trop.

Les brasseries sont vides aux heures intermédiaires de la journée et ne voient se garnir leurs tables qu’aux heures de l’apéritif ou du digestif. Des messieurs cossus et des dames à l’allure très digne, s’installent, montrant ostensiblement, qui un complet neuf, qui une fourrure de prix. Les verres sont plus grands et sont à peu près tous emplis de boissons aux teintes différentes, alors que jusqu’ici nous n’avions à peu près vu que la couleur laiteuse de l’anisette. Un orchestre en smoking, ou bien une troupe de russes, hommes et femmes, ou de viennoises, sont le point de mire de toute l’assistance, tandis que des garçons, ayant numéro à la boutonnière, tenue noire et tablier blanc, exécutent, avec un plateau chargé, de véritables tours d’équilibristes. La clientèle « chic » et les enragés de poker s’y donnent rendez-vous et constituent, en somme, la moyenne normale entre les habitués des cafés à anisette pure et ceux, plus relevés, ou se consomment d’autres boissons plus coûteuses pour le porte-monnaie et la santé.

 

 

bar chic

bar chic

 

Il est encore une catégorie de bars-brasseries fréquentés par une jeunesse dorée et, la plupart du temps, oisive. Alger en possède beaucoup par rapport à l’importance de la clientèle. Là, les jeunes personnes tenant à affirmer l’égalité absolue des droits de la femme et de ceux des mâles, viennent exhiber des jambes admirablement gainées de soie, des tailles bien prises, des bustes jeunes et très peu voilés. Ce sont, en général, de petites étudiantes (ou qui se font passer pour telles), heureuses d’aguicher quelques pauvres snobs ou les vieux messieurs décadents. Elles boivent avec assurance les cocktails qui leur sont offerts et jouent parfaitement les demi-vierges. Et de tout cela, il ne reste qu’une pile de sous-tasses à payer par le plus épris des grands dadais composant la cour officielle de ces petites reines, qui finiront tout bonnement dans la peau d’excellentes bourgeoises.

Il existe encore des cafés dont les tables sont le plus souvent transformées en bureau d’affaires et ceci malgré les louables efforts des hôteliers et limonadiers qui, trop corrects pour expulser ces indésirables, les supportent.

 

 

bureau d'affaires sous les  arcades

bureau d’affaires sous les arcades

 

Nombreuses sont aussi les brasseries que nous qualifierons de « mixtes », parce qu’elles sont en même temps le café où se trouvent non plus les petites jeunes filles dont nous parlions plus haut, mais d’autres personnes moins intéressantes, si ce n’est pour le vieux Monsieur à monocle ou le collégien en rupture d’internat. Demi-mûres, mûres ou blettes, parfumées à outrance, peintes comme l’est une carrosserie trop neuve d’auto, elles attendent, devant un verre de café au lait, l’âme charitable qui leur donnera peut-être l’illusion de revivre des temps à jamais révolus. Elles regardent d’un mauvais œil leurs concurrentes plus jeunes oui viennent parfois leur ôter, si l’on peut ainsi s’exprimer, le pain de la bouche. C’est surtout le soir, à la sortie des spectacles qu’elles font leur triste apparition, se blottissant dans le coin le plus sombre, mais demeurant quand même suffisamment visibles. Spectacle triste mais dont on se détache rapidement, grâce aux bruits divers des appareils à fabriquer le café, des verres choqués, des rires fusant au souvenir des passages comiques de la pièce que l’on vient d’entendre.

Et puis, pour terminer cette tournée des grands ducs, nous voici dans l’une de ces boîtes de nuit où se dégustent force cocktails, où les bouchons de Champagne rapportent cent sous aux entraîneuses ayant signé un contrat pour la somme de douze cents francs par mois. Atmosphère chargée de fumée de tabacs frelatés, de parfums, de transpiration. Bruits de rires qui sonnent faux et font mal au cœur, de voix éraillées, de jazz épileptique. Visions changeantes sous les éclairages divers d’épaules et de dos nus, de jambes gainées de soie, de visages de femmes, fatigués malgré le fard. Parfois, faisant tache au milieu de toutes ces pauvres filles l’une d’elles, moins exubérante, joue l’ingénue. Quelques vieux messieurs, échappés aux griffes Conjugales, se prélassent, très entourés, devant un seau à Champagne dont la bouteille est déjà vide. D’autres plus jeunes, dansent sans relâche, tandis que là-bas, une tête à favoris suit avec intérêt, sans trop se montrer, cependant, les évolutions chorégraphiques de la jolie brunette à l’air ingénu qui, enfin, a daigné accepter l’invitation à la danse. Tout à l’heure, lorsque, après quelques tangos, le danseur aura quitté sa cavalière pour un instant, celle-ci ira prudemment glisser quelques mots à l’oreille de la tête aux favoris qui disparaîtra presque aussitôt. Drôle de métier de part et d’autre : chercheuse et chercheur d’or… A deux heures, chacun passe au vestiaire. La tournée des grands ducs à Alger est finie.

 

 

boite de nuit

boite de nuit

 

Gérard Bessc.

 

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Pot-au-feu dominical de Perrégaux aux pélotass

Posté par lesamisdegg le 13 septembre 2019

Dans un couffin j’avais deux blancs de poulet, 500g de veau, une belle pointe de jambon de Bayonne, des navets, des carottes, et deux belles pon-de-ter’ et dans l’autre un tchorizo, 250g de boudin, des blanquicoss,

Mettre les légumes à cuire entiers ; une partie du bouillon servira à cuire les pois-chiches mis à tremper la veille au soir.

Dans un grand saladier émietter le boudin, le jambon et une baguette de la veille, rajouter 2 œufs battus,  4 dents d’ail haché, une poignée de pignons de pin, le blanc de poulet et le veau hachés, une petite botte de persil haché. Saler poivrer

Bien mélanger en malaxant à la main, puis réaliser les boulettes, péloticass, dans la paume de la main.

NB : les véritables boulettes contenaient le sang du poulet sacrifié pour le pot au feu et non pas du boudin.

Mettre les pois-chiches à cuire dans le bouillon de légumes. Une fois cuits les rajouter aux légumes qui mijotent avec blanquico, tchorizo et poulet.

C’est le moment de poser les boulettes dans la marmite pour qu’elles cuisent au sommet du pot au feu.

Qu’on se régale !

 

péloticass du dimanche

péloticass du dimanche

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La « salade juive » de mon aouéla Emilia

Posté par lesamisdegg le 9 septembre 2019

Mémé Emilia habitait un immeuble en centre-ville, près du cinéma « Le Régent », au troisième étage. Au second vivait sa sœur de lait Esther Obadia.

En cette fin d’été 1954 il faisait encore très chaud. Elle décida de préparer une bonne salade juive pour le lendemain quand l’aouélo Grégoire rentrerait de sa nuit de pèche sur la jetée.

Du marché de la rue de la Bastille elle ramena huit belles tomates mures et bien fermes, quatre « piments » -poivrons- rouges et quatre autres verts, du persil .elle avait déjà le thym, le laurier, l’ail, l’huile d’olive, le cumin.

Esther lui prêta le kanoun pour faire griller les piments et monta d’un étage pour veiller à la bonne marche de sa recette. Elle l’aida à retirer les peaux noircies au kanoun. Ouverts en deux, les piments se virent épépiner, bien éplucher.

Les tomates bénéficièrent du même régime : grillade, épluchage, épépinage.

Quatre dents d’ail furent grillées, épluchées, dans la foulée.

Le beau et grand saladier en verre vert effectua sa dernière mission(1). L’aouéla y mélangea les piments coupés en lanière  les tomates concassées , l’ail , le thym , le laurier , le persil haché , le cumin .après avoir salé , poivré et arrosé d’huile , le tout , le saladier , bien couvert fut placé dans la glacière.

L’aouélo parti à la pèche en fin de journée, revint à l’aube, le « sarnatcho » bien rempli.

Et le midi on se régala avec lui de la salade juive.

 

salade juive

salade juive

 

 (1) le saladier vert s’étant brisé au sol, l’aouéla s’empressa d’aller racheter le même afin que l’aouélo ne soit pas privé de « son » saladier  .çà ne se faisait plus en verre mais en plastique. Au déjeuner dominical et familial suivant l’aouélo pris le saladier bien connu et les feuilles de laitue volèrent jusqu’au lustre. Le saladier jumeau, en plastique, pesant beaucoup moins que son prédécesseur, s’étant vu appliquer la force de levier habituel avait pris son envol pour le lustre de la salle à manger, à la stupeur générale.

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