l’ORANAIS

Posté par lesamisdegg le 7 janvier 2018

L’oranais est une pâtisserie de type viennoiserie. Il s’agit d’une pâte briochée ou feuilletée qui contient de la crème pâtissière, deux demi-oreillons d’abricot et des petits morceaux de sucre. Sa particularité consiste surtout en sa forme, qui peut rappeler des lunettes (les deux verres étant représentés par les abricots), d’où un de ses autres noms : la lunette aux abricots.En Bretagne, l’oranais est très répandu dans les boulangeries, sous l’appellation croissant aux abricots et dans le sud de la France, il est appelé abricotine.

 

oranais-patisserie-

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LA «SAISON» EN ALGÉRIE !

Posté par lesamisdegg le 6 janvier 2018

Alger, 6 janvier 1890

Je me rends compte de la rapidité avec laquelle Alger et l’Algérie se sont imposées comme stations d’hiver. Autrefois, il fallait deux grandes journées –  j’ai rencontré ici des vieux qui en ont mis quatre –  pour aller de Marseille, par exemple, à Alger. Aujourd’hui, il n’en faut guère qu’une, par le service quotidien de la Compagnie Transatlantique, et l’on cite des bateaux comme le Pereire et le Duc-de~Bragance qui trouvent parfois le moyen de rogner une heure sur le trajet, Que sera-ce avec le bateau dont la construction s’achève, ce Maréchal-Bugeaud dont le nom seul contient des idées de conquête ? Le voyage par mer a donc cessé d’être une danse du ventre malgré soi.

Il dure si peu vraiment qu’à certains égards le mal peut bien passer pour un remède. Les passagers augmentent en raison des sacrifices qu’on fait pour eux, et quand la Compagnie aura résolu le double problème de la vitesse et de la stabilité, il se lèvera une génération nouvelle de majors de table d’hôte : les majors de table d’hôte pour la Méditerranée.

Ces temps sont proches. La Compagnie P-L-M est venue joindre ses efforts â ceux de la Compagnie Transatlantique pour faciliter aux hiverneurs le voyage d’Alger de la relation directe entre les rapides de l’une et de l’autre, il résulte clairement qu’on va de Paris à Alger en trente-six heures (méditez ceci, bonnes gens qui avez connu les coches de terre et les coches d’eau ).Pour les détails, je vous renvoie aux indicateurs, ou mieux à ces livrets spéciaux que les Compagnies font paraître à chaque saison, et où elles offrent aux touristes les combinaisons circulaires les plus tentantes avec des réductions de prix .

Pivot de ces combinaisons heureuses, Alger a dû s’organiser pour le plaisir. C’est la besogne ordinaire du Comité des Fêtes et j’aurai l’occasion de dire prochainement de quelle manière il s’acquitte de sa mission. On commence à s’apercevoir ici qu’il ne suffit pas de posséder un climat exceptionnellement favorable aux poitrines délicates et une température hivernale qui ne bat jamais la breloque. Puisque d’autres vendent le soleil ou le louent, c’est logiquement sur le littoral algérien que sera le gros marché, parce que c’est là qu’il sera le moins cher. Demandez plutôt aux Anglais qui ont pris les devants sur ce point comme ailleurs, et qui occupent paisiblement ces hauteurs de Mustapha, dont nous avons eu tant de peine à déloger les Arabes Ils insisteront sur le bon marché de la vie qui leur permet de passer l’hiver ici avec des théories interminables d’enfants et de gouvernantes. Ne maudissons pas les Anglais Ils nous auront rendu Je service d’importer ici le confortable. Les hôtels de la ville ont fait des progrès sensibles sous ce rapport ils ont senti la nécessité de lutter avec ceux de Mustapha. Qui pouvaient leur servir de modèles. Je les engage à persévérer dans cette voie et à ne pas considérer que tout est dit quand on a mis sur une étiquette « Maison de premier ordre. » II est beaucoup plus difficile de prouver que de prétendre. N’importe 1 Cette concurrence a déjà, produit des fruits, et on sait que les fruits sont très beaux en Algérie.

Cette question des hôtels est la grosse question partout. Les grands hôtels font les grandes villes. Ils font même les grands pays témoin la Suisse. Sans hôtels, point de stations d’hiver. Le maire d’une des premières villes d’Europe, une des villes les mieux placées pour attirer l’hiverneur, m’écrivait tout récemment «, Je ne me fais pas d’illusions nous n’avons que le climat pour nous, et ce n’est pas assez. Pas de spectacles, pas d’hôtels, pas de maisons à louer. Je travaille à changer tout cela. Nous allons avoir des quartiers neufs, où l’on bâtira de vrais hôtels, entre de vraies cours et de vrais jardins d’ici là, Dieu me garde d’attirer les étrangers chez nous. » Eh bien la municipalité d’Alger pourrait tenir un langage plus fier.

La Ville a fait beaucoup pour l’étranger depuis vingt ans elle construit des égouts, elle a fait venir les eaux du Sahel, elle s’est éclairée, assainie de toutes parts au point d’être devenue l’une des plus belles du monde par ses quartiers nouveaux. Elle l’était déjà par sa situation naturelle, dans un décor merveilleux qui n’a de rival que Naples. Enfin, elle pourra défier toutes les stations hivernales, lorsqu’elle aura édifié le Casino dont on parle depuis si longtemps et pour lequel l’opinion publique a déjà trouvé un emplacement magnifique sur une pointe qui s’avance au milieu de la baie, entre Alger et Mustapha. Je ne sais si la municipalité s’occupe de politique – si elle ne s’en occupe pas, c’est la seule – mais le jour où elle aura décidé la construction du Casino elle aura accompli sans le savoir le plus grand acte politique de sa carrière.

En attendant, le Comité des fêtes supplée par cent moyens ingénieux aux distractions du Casino. Entre temps, l’hiverneur a, je ne dirai pas sous la main, mais sous le pied les promenades toujours vertes, les environs toujours fleuris qui s’étendent autour d’Alger et refluent jusque dans Alger même. Je suis partisan de ces corsets-là, faits par Dieu avec des orangers, des pins, des tamarins, des oliviers, des figuiers, que sais-je encore?

Des chemins de fer qui vont lentement, mais sûrement, portent le voyageur jusqu’à ces montagnes, bleues en bas, blanches en haut, qui couronnent l’horizon d’Alger. C’est ainsi que la petite ligne de Tizi-Ouzou vous amène au cœur même de la Kabylie qu’il était si difficile d’aborder autrefois. Il y a ici une section du Club alpin où vous rencontrerez des guides qui connaissent les sommets et les points de vue comme vous connaissez le pas de votre porte. Autre nouveauté et significative Des voitures restaurants de la Compagnie des Wagons-Lits circulent, au moment où vous lisez ceci, entre Alger et Oran. Si je suis bien informé, elles ont été débarquées le 17 décembre de manière à pouvoir être attelées sans retard aux trains du P-L-M. Dans la note relative à cette innovation – une révolution - je lis ce ` passage, un trait de lumière pour les voyageurs économes « Les prix des repas et consommations sont fixés en conformité des usages du pays et sensiblement inférieurs à ceux fixés pour les restaurants circulant sur le continent. » Le succès est certain on espère arrêter par là le cours des gastralgies entretenues par les buffets.

Au lieu de vous laisser influencer par la grippe, venez donc ici manger des légumes verts et prendre votre café sur la terrasse. C’est le traitement qui convient. N’attendez pas que je vous développe le programme du Comité des Fêtes. Venez ici, vous dis-je. Le soleil vous y donnera lui-même la plus belle de toutes les fêtes, du haut des cieux tranquilles. Le vent et la pluie se livrent bien parfois à quelques petites mutineries, mais le soleil en rit dans sa barbe d’or, et quand il le veut or il le veut il montre bien qu’il est le maître.

Arthur Heulhard.

 

journal des hiverneurs

journal des hiverneurs

hiverneurs 1909

hiverneurs 1909

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Robert RANDAU -une sale blague-

Posté par lesamisdegg le 2 janvier 2018

« Un hectare de bonne terre au Frais-Vallon, ça suffit ! nous dit Salvator Nin ; moins ce ne serait pas assez ; plus, ce serait trop. Un hectare. Un point c’est tout. Le fils est au service, la fille est établie. La mère et moi on est deux ; à la maison elle commande ; au potager c’est moi, sauf quand je donne un coup de rein pour blanchir la maison ; aussi c’est moi qui saigne le cochon et qui le découpe et c’est la mère qui fait la soubressade. Je suis le roi du jardin ; quand le travail presse, j’embauche des manœuvres kabyles. Pour l’arrosage, vous en faites pas ; dans le haut de mon terrain, j’ai une fameuse noria, un mulet pour la tourner, une pente douce où l’irrigation se fait toute seule. Aux environs il n’est personne qui conduise aussi bien l’eau que moi. Et les collègues tous ils viennent me demander conseil pour le bassin et les rigoles. Je suis de compte à demi avec un copain qui a un camion ; on partage les frais d’essence et d’huile et je lui donne en plus une bagatelle pour l’amortissement ; c’est lui qui conduit ; le matin à deux heures on charge les légumes, les siens devant, les miens derrière. Je monte à côté de lui ; nous allons aux halles. Et les affaires terminées, ensemble on revient pour le travail du jour.

J’achevais, guidé par le maraîcher, de me promener sur les sentiers étroits ménagés entre les plates-bandes. Mon amie Nina nous suivait et cueillait, parmi les grands roseaux qui formaient haie autour de l’exploitation, un bouquet de liserons et de marguerites. Le jardin formait un long rectangle dont un grand côté dominait le ruisselet de la vallée, l’autre longeait le chemin vicinal établi à flanc de coteau ; sur l’un des petits côtés s’élevaient la maison mahonnaise, à simple rez-de-chaussée, de notre hôte, les hangars et quelques paillotes ; l’autre petit côté du quadrilatère était mitoyen d’un enclos que j’avais récemment acheté. Les opérations de courtage que je traitais avec un succès croissant, grâce à mes relations anciennes avec les commerçants du golfe de Guinée m’avaient rapporté de tels bénéfices, depuis plusieurs mois, qu’il me parut désirable de me mettre, comme on dit, dans mes meubles, d’acquérir une villa aux environs d’Alger, et de cultiver des roses et des œillets à mes moments perdus.

A vrai dire, ce fut Nina qui me harcela pour avoir la joie d’habiter une maison qui fût sa propriété. Mon Dieu, je confesse que la bonne fille avait, selon l’expression commune, gentiment rôti le balai à la Côte d’Ivoire, en compagnie des coupeurs de bois ; si elle était maîtresse dans l’art de shoker un cocktail, elle n’estimait point l’intellectualité, alors que j’avais des lettres, voire des diplômes d’université. Nous n’appartenions pas au même plan social. Mais nous avions bu ensemble le poison des tropiques et nulle force même de convenance n’aurait pu séparer l’un de l’autre deux bohèmes de la forêt dense.

Mon ami de jadis, Orner Joyce, qui avait couru avec moi la belle aventure et qui était à ce jour l’un des principaux patrons de la police d’Etat en Algérie, m’informa qu’un pavillon avec jardin était à vendre non loin de celui qu’il occupait au Frais-Vallon où il avait naguère émigré avec sa jeune épouse. Le site était des plus agréables ; le propriétaire menacé de poursuites par des créanciers coriaces, fut raisonnable dans ses prétentions ; bref l’affaire se conclut fort vite ; nous emménageâmes, et j’acquis, pour établir la liaison avec Alger une automobile à deux places que Nina apprit à conduire.

Le matin de notre installation, notre voisin Salvator Nin, galamment, nous avait offert son concours, et, comme Nina n’avait pas eu le loisir de faire son marché, il l’avait gratifiée d’un panier de ses produits choisis. Nous nous étions rendus chez lui aujourd’hui pour le remercier de sa politesse et le régaler d’un gros gâteau. Madame Nin nous accueillit avec la-plus grande bonté ; derrière son mari nous processionnâmes dans le jardin, où poussaient avec ordre et propreté d’admirables légumes.

Vous verrez que vous serez très bien ici, nous disait-il ; c’est un coin vert du paradis ; la terre est un gras terreau. Avec de l’huile de bras, de l’eau et du soleil, tout pousse dans cette vallée comme au pays de Canaan. Et il fit un grand signe de croix.

— Par malheur, Monsieur Nin, dit mon amie, il y a une ombre au tableau ; votre closerie est isolée dans la banlieue d’Alger et je ne vous apprendrai pas que le patelin est plein d’armées roulantes qui exploitent les environs de la ville. Supposez que vous soyez attaqué par surprise chez vous, la nuit, dans votre ferme, par une bande de sacripants, comment les repousserez-vous ? Sans doute, accourrions-nous, mon époux et moi, au cas où nous entendrions du bruit. Mais s’il y a pas de bruit?

— Ho, Madame, vous êtes logée à la même enseigne que moi !

— Non, parce que nous sommes reliés par téléphone à la maison d’Orner Joyce, où sont des plantons de permanence et au poste de police du quartier. Puis nos fenêtres ont des grilles, nos portes sont solides et nous possédons de bonnes armes dont nous savons nous servir. Nous avons même adopté un dispositif ingénieux de phares pour éclairer, en cas d’agression, les approches de la villa. Or vous n’avez ni téléphone, ni grilles.

— Mais j’ai Patrick ! Oh ! Vous ne connaissez pas Patrick ! Je vais vous présenter à lui.

Par une sente pratiquée au milieu de carrés où des femmes indigènes jacassantes ramassaient des pois, nous retournâmes à la maison mahonnaise ; Salvator nous introduisit dans l’arrière-cour du logis ; là étaient groupés des resserres, un hangar où bêlaient trois chèvres, l’écurie du mulet et une souille à porc ; un molosse à poil fauve dormait, enchaîné à sa niche, entre un colombier et la fosse à fumier. A notre approche l’animal s’éveilla, se mit debout, flaira l’air, eut une sorte de râle, et nous regarda sans aménité.

— C’est un bon copain, notre Patrick (et le chien en entendant son nom, agita la queue). Il n’accepte de nourriture que de ma femme et de moi, ne connaît que nous et est muet. Oui, il n’aboie pas. A la tombée de la nuit, nous le lâchons et il se ballade de l’angélus du soir à l’angélus du matin entre les choux et les navets, bien tranquille, sans galoper après les passants sur la route, sans fréquenter les chiens des voisins. Il fait le tour du propriétaire, quoi, mais gare à qui pénètre dans la propriété, s’il n’est pas dans ma société ou dans celle de ma femme. Il lui saute à la gorge sans prévenir, et cherche la carotide. C’est une bête qui est dressée à se méfier. Voilà !

Au crépuscule nous regagnons la villa par le chemin, désert à cette heure, qu’assombrissent des oliviers et les arbustes du maquis qui couvre au-dessus de nous les pentes du vallon ; notre jardin est encore à l’état de friche ; son entrée est étrécie par des ronciers qu’il a fallu dès le premier jour élaguer quelque peu pour permettre à notre petite auto d’accéder au pavillon. Le linge d’une abondante lessive est étendu sur des cordes auprès de la buanderie où chantonne du nez une laveuse indigène, alliée de la famille Mohand, le jeune auxiliaire kabyle à qui Orner Joyce reconnaît les qualités du policier avisé. Nina va distribuer des ordres à son, ouvrière et à sa bonne et je pénètre dans le vestibule où se tient Mohand soucieux et grognon.

— Bonsoir, mon petit,  lui dis-je. Y a-t-il longtemps que tu es ici en sentinelle ?

— Je suis arrivé, monsieur, deux minutes après votre départ, et ne suis point ressorti.

— Tu avais sans doute des raisons d’agir ainsi. Ton patron t’a-t ‘il chargé d’une commission pour moi ?

— Oui ; il est retenu à son bureau d’Alger par une enquête. Mais il y a autre chose qui nous est personnel, à vous et à moi. Je m’explique. Monsieur, il y a un sale type qui est couché au milieu des arbousiers, de l’autre côté de la route, devant l’entrée de la villa. Depuis plus d’une heure il est embusqué là ! Il attend le moment propice pour barboter votre lessive. Il est dangereux ; Salem est un brigand ; un type de mon village ; il a six ou sept condamnations pour vol et coups et blessures. Prenez garde à ses manigances.

— Très bien, Mohand, j’ouvrirai l’œil. Laissons ce qui me concerne. Qu’y at-il entre toi et lui ?

— Il y a cette affaire, entre ma famille et la sienne, qu’on appelle la rekba ; nous lui devons un sang, une vengeance, quoi ! Peut-être sait-il que je suis ici. Il surveille, pour me zigouiller quand l’occasion se présentera, mes allées et venues.

— Salem est donc à la fois un voleur et un assassin. Je Comprends ton émotion.

— Je ne suis pas ému. Il croit être bien caché; et ignore que je l’ai dépisté. L’avantage est donc pour moi. En définitive vous avez à craindre pour votre linge et moi pour ma peau.

— Eh bien, mon petit, nous allons tâcher d’arranger ça. Préviens ta parente que pour éviter une mauvaise rencontre elle dînera et couchera ici.

— Que se passe-t-il ? demande Nina qui survient à ce moment. Oh ! Mes enfants, qu’il est bon de se sentir enfin chez soi, entre des murs dont on est le propriétaire ! Ça, ma laveuse est terrorisée ! Il paraît qu’un malandrin rôde autour de la baraque !

— Oui, et, si tu veux bien m’écouter, nous le réduirons à une pénible extrémité, et Mohand nous y aidera.

Notre conférence ne dura guère. En bonne fille de la brousse Nina n’était guère portée à s’effrayer d’un risque et Mohand ne manquait ni d’habileté ni de bravoure. Il fut convenu qu’à la franche tombée de la nuit la lessive qui séchait au jardin serait remplacée par trois ou quatre vieux draps et les loques à nettoyer les dallages. J’exécutai un petit travail dans la salle basse qui me servait d’atelier où j’avais un banc de menuisier et les outils de divers métiers. Nous dinâmes à notre heure, sous la tonnelle, à la lumière d’une lampe à incandescence ; pendant que la bonne achevait de laver sa vaisselle, je fumais ma pipe et mon amie raccommodait des hardes. Nous devions en effet donner au guetteur l’impression d’être dans une parfaite quiétude. En temps et lieu les feux furent éteints, les portes fermées ; la lune ne se lèverait qu’à dix heures ; l’incursion de l’ennemi sur notre territoire serait retardée aux premières clartés de Phoebe au berceau.

— Tu peux déguerpir, dis-je à Mohand, par la porte de derrière avec ton matériel. Sois prudent. Et à propos, lui demandai-je en arabe, ton Salem croit-il aux prestiges des démons de la nuit ?

— Et quel est, me répondit-il dans la même langue, le paysan parmi les paysans qui n’y croit pas ? Moi-même, par ta tête, j’en ai vus dans le lit des oueds où ils dansaient avec les rayons de la lune.

Quand il s’exprimait en français, Mohand était voltairien, et n’avait foi ni à Dieu ni à diable. Parlait-il arabe, il redevenait crédule.

Il nous quitta. Il n’y eut plus, dans la vallée, d’autre bruit que des abois lointains de chiens dons les fermes, les coassements des grenouilles, les chants des grillons. Couchés à plat ventre sur la terrasse Nina et moi montions la garde et observions la campagne par une mince meurtrière. Bientôt le ciel devint opalescent, et l’on distingua confusément les arbres et les masses. Je frôlai du coude le coude de mon amie.

— Voici le camarade ! Murmurai-je.

Il s’avançait, pieds nus, lentement, l’oreille au guet, pliant le corps, fléchissant sur les genoux ; arrivé près de la cuisine il détacha avec prestesse les pièces de linge et les empaqueta sur son bras. A ce moment, je me redressai et modulai le rauque cri de guerre des Bobos de la Boucle, cri à la fois féroce et lamentable. Cette clameur sauvage surprit si bien le larron qu’il tourna les talons, bondit, et à toutes jambes s’enfuit vers la sortie, mal discernable entre les deux ronciers. Soudain II heurta un obstacle invisible qui le culbuta sur le sol. A peine s’était-il relevé qu’un fantôme phosphorescent se dressait sur son chemin et secouait une tête hideuse à la chevelure hérissée.

Sans attendre son reste le voleur s’échappa et courut comme s’il avait l’enfer aux trousses, vers la haie de roseaux qui séparait mon bien de celui de Salvator Nin. A deux mains il écarta la haie et je l’aperçus qui sautait dans le jardin voisin. Et à, cet instant un hurlement de douleur et d’effroi jaillit dans la nuit.

— Bigre, murmurai-je à l’oreille de Nina, je ne voudrais pas être à sa place. Le chien Patrick !

— Quel chien ?

— Le molosse muet qui veille sur les légumes de Salvator vient de s’immiscer dans l’affaire ; te rappelles-tu que d’après son maître il a l’humeur féroce ?

Mohand frappe à la porte ; je descends lui ouvrir.

Dans le vestibule j’allumai une lanterne, tirai les verrous. Le garçon était impassible. Il me rendit le rouleau de fil de fer, le manche à balai, la touffe de filasse et le cerceau de barrique tendu de papier rouge barbouillé de cette pâte phosphorée que les droguistes vendent comme mort aux rats. Je lui avais confié ces objets une heure auparavant.

Puis il se laissa choir sur la natte et sans un mot, la tête entre les bras, se mit à rire, mais à rire…

 

Robert RANDAU

Grand Prix Littéraire de l’Algérie 1930 

alger frais vallon 1937

frais vallon

frais vallon

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Pélotass de Noël de l’aouéla

Posté par lesamisdegg le 25 décembre 2017

Pot-au-feu aux boulettes -Cocido con pelotas-

boulettes et pot-au-feu

boulettes et pot-au-feu

Préparation des pélotass de Noël pour six personnes : préparer la farce, de préférence la veille. Il vous faut 600 g de chair à saucisse, 300 gr de mie de pain trempée dans le lait et égouttée, 50 g de pignons de pin, 1 oignon, 3 gousses d’ail, un bouquet de persil (tout cela haché fin), 2 œufs, sel, poivre, noix muscade. Bien malaxer le tout et en façonner des boulettes que vous verserez dans un bouillon de pot au feu.

Le pot au feu: la veille faire tremper dans une grosse quantité d’eau froide 300 g de pois chiche. Le lendemain  mettre  ces pois chiches dans une grande marmite remplie d’eau, y ajouter 800 g de jarret ou paleron de bœuf, un oignon piqué de clous de girofle. A l’ébullition, écumer le bouillon. Y ajouter une poule, un bouquet garni. Donner de la couleur à votre bouillon en versant un sachet de spigol. Avant la fin de la cuisson des viandes  y ajouter carottes, navets, pommes de terre…Quand le pot au feu est prêt, ajouter les boulettes et cuire 20 minutes.

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Potajhé des Pieds-Noirs

Posté par lesamisdegg le 17 décembre 2017

Le potajhé est un riche plat de pauvres, dans lequel la seule viande indispensable est la morcilla. On peut y ajouter ensuite à volonté ce qu’on a sous la main : palette poitrine ou pieds de porc, morceaux de boeuf…

ingrédients pour potajhé

500g de haricots secs type lingots , 2 carottes, 2 navets, 2 branches de céleri, le vert de deux poireaux, 1 bouquet de coriandre, 1 feuille de laurier, une branche de thym, un oignon, le vert d’une botte de bettes, 500g de plat de côte de boeuf, 1 pied de veau blanchi, 4 morcillas, 1 jarret de porc demi-sel, 100g de macaronis, 3 nioras , 1 tête d’ail

Préparation

Faites tremper les haricots la veille avec 1 c.a.c. de bicarbonate de soude.
Le jour-même :le plat de côtes et le pied de veau recouverts d’eau froide dans une marmite à cuire 30mn. Pendant ce temps, faites bouillir le jarret de porc 15mn à l’eau non salée, pour le dessaler. Jetez l’eau et ajoutez le jarret avec les autres viandes. Ajoutez les carottes, les navets, les branches de céleri coupées en morceaux, l’oignon coupé en 4, la tête d’ail entière en enlevant juste la première peau. Faites un bouquet garni avec le vert de poireaux, la coriandre, le laurier, le thym, ajoutez-le dans la marmite. Faites cuire une heure 30 à petit bouillon. Pendant ce temps, faites chauffer les haricots à l’eau froide jusqu’à ce que l’eau commence à bouillir. Jetez l’eau. Ajoutez les haricots dans la marmite, veillez à ce qu’ils soient recouverts d’eau. Laissez cuire 45mn. Pendant ce temps, faites tremper les nioras dans l’eau chaude jusqu’à ce qu’ils ramollissent, coupez-les en lanières et faites les revenir quelques minutes à la poële avec un peu d’huile. Ajoutez-les à la marmite, salez. Ajoutez les feuilles de blette hachées en lanières. Quand les haricots sont bien tendres, ajoutez les macaronis et laissez jusqu’à cuisson des pâtes.
Otez le bouquet garni, Mettez les viandes dans un plat détaillez le pied de veau, mettez les légumes et les pâtes dans un second plat.

El potaje es un plato a base de verduras y legumbres cocidas en abundante agua. Las variantes de este plato son innumerables y dependen fundamentalmente de las variedades alimenticias , y la disponibilidad regionales de los alimentos. Esta variedad hace que la palabra potaje aparezca en los menús acompañada de las preposiciones « con » o de, y de esta forma las variantes se denominan, por ejemplo: potaje con/de acelgas; potaje con cebollas, etc.El potaje es un plato a base de verduras y legumbres (por lo general garbanzos, pero también hay potajes de judías, o de lentejas), consistente en legumbres cocidas a las que se le añade un sofrito y queda con caldo, pero no llega a ser una sopa. En el sofrito se suele usar cebolla, ajo, tomate y pimiento, a los que puede anadírseles otros ingredientes —huevo duro y espinacas, o tomate y chorizo, etc—. Además del ajo, se suelen usar otras especias, como pimentón, pimienta, comino, orégano o clavo. Puede llevar algo de carne, hueso, tocino o chorizo, para darle más sabor al caldo, o bien bacalao —que se usa para preparar el guiso conocido como potaje de vigilia, típico de la Semana Santa—. El término « potaje » recuerda al pot-au-feu francés, cuando éste en realidad se asemeja más al puchero o cocido, o al « potage » también francés, con el que se denomina a cualquier sopa de verduras.

potajhé de morcillas

potajhé de morcillas

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ma galette juive

Posté par lesamisdegg le 10 décembre 2017

IL FAUT QUE JE VOUS RACONTE L HISTOIRE DE LA GALETTE JUIVE, MA MADELEINE PROUST A MOI.
QUAND J ETAIS ENFANT ET MEME ADO, J’HABITAIS A LA CASERNE DES DOUANES DE BONE ET NOUS AVIONS COMME VOISIN LA FAMILLE ZERBIB. AU MOMENT DES FETES MADAME ZERBIB NOUS DONNAIT A MA SOEUR ET A MOI LA FAMEUSE GALETTE JUIVE.JE DIS GALETTE JUIVE CAR NOUS L APPELIONS AINSI ET EN REALITE C EST LE PAIN AZYME CELUI QUI A LA FORME CIRCULAIRE.
AVEC MA SOEUR NOUS DEGUSTIONS CETTE GALETTE RELIGIEUSEMENT C EST LE CAS DE LE DIRE!!!! ET POURTANT A VRAI DIRE LE GOUT N AVAIT RIEN D EXTRAORDINAIRE MAIS JE NE SAIS POURQUOI DANS NOTRE PETITE TETE D ENFANT CETTE GALETTE AVAIT UN GOUT MAGIQUE.
LES ANNEES ONT PASSE NOUS AVIONS GRANDI ET LA FAMILLE ZERBIB A DEMENAGE .HELAS MONSIEUR ZERBIB A ETE LACHEMENT ABATTU PAR UN TERRORISTE.OCCUPANT UN APARTEMENT DE FONCTION MADAME ZERBIB A DU QUITTER LE LOGEMENT DE LA CASERNE DES DOUANES.ET BIEN SUR PLUS DE GALETTE JUIVE!!!
LES ANNEES ONT ENCORE PASSE LE RAPATRIEMENT EST ARRIVE ET ME VOILA A PARIS JEUNE INSTITUTEUR QUAND LES PREMIERS SUPERMARCHES SONT ARRIVES.
FAISANT MES COURSES DANS L UN DEUX DANS LE MILEU DES ANNEES 60, SUR QUOI JE TOMBE DANS LE RAYON BISCUITERIE. ????????? LA FAMEUSE BOITE DE GALETTES JUIVES CELLES FABRIQUEES A AGEN ET QUE NOS AMIS JUIFS DOIVENT BIEN CONNAITRE.

EN UNE FRACTION DE SECONDE MON ENFANCE MON ADOLESCENCE ONT RESURGIT DANS MA MEMOIRE. BIEN SUR J EN ACHETE UNE BOITE ET SITOT RENTRE A LA MAISON J ECRIS A MA SOEUR………. NOUS N AVIONS PAS ENCORE LE TELEPHONE A LA MAISON EN CE TEMPS LA…..

 » DEVINE QU EST CE J’AI TROUVE? »

JE NE VOUS DECRIS PAS LA JOIE DE MA SOEUR ET LES SOUVENIRS QUE NOUS AVONS EVOQUES.
DEPUIS LE MILIEU DES ANNEES 60 J AI TOUJOURS UNE BOITE DE GALETTES A LA MAISON ET CHAQUE MATIN DANS MON CAFE J EN PRENDS UNE ET PUIS DEUX AVEC DU BEURRE.ET CHAQUE MATIN MA PENSE VA VERS CETTE BRAVE MADAME ZERBIB
« MADAME ZERBIB TRES CERTAINEMENT AVEC LE TEMPS VOUS AVEZ DU REGAGNER LES ETOILES ET JE VOUS VOIS TRES BIEN LA HAUT EN TRAIN DE FAIRE LA TCHACHE AVEC MA MERE AVEC MADAME LALOUM ET MME TAIEB.SACHEZ QUE CHAQUE MATIN JE PENSE A VOUS ET GRACE A VOUS CHAQUE MATIN JE ME REVOIS ENFANT DANS NOTRE MERVEILLEUX PAYS GRIGNOTANT COMME UNE PETITE SOURIS CETTE DELICIEUSE GALETTE JUIVE MA MADELEINE PROUST A MOI

Jacques Huver

galette juive

galette juive

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Angèle MARAVAL-BERTHOIN 1875-1961

Posté par lesamisdegg le 4 décembre 2017

Angèle Maraval-Berthoin a raconté dans « Le Drac » l’histoire de son père, Jean, Louis, Joseph Berthoin, parti tout jeune de Grenoble, son pays natal, pour Marseille où, au sein des usines Bérard, il s’était élevé de simple ouvrier à associé. Puis, enrôlé volontaire dans l’Armée d’Afrique, il devint armateur, exportateur, colon. Le général de Montauban, commandant la division d’Oran disait : « Où passe Berthoin, passent le courage, l’intelligence et la bonté. » Ce sont bien ces hautes qualités qu’il avait transmises à sa fille. Il est vrai que son épouse n’en était pas dépourvue : Célina était la dernière des six enfants des Labuxière-Lasniers, et la plus artiste, élève pour le chant et le piano d’Emile Prudent et du célèbre Marmontel . Amédée et Arthur Labuxière étaient amis d’enfance des fils du Roi Louis-Philippe et leurs camarades de collège. Ils étaient les enfants de Pierre-Théodore Labuxière, directeur des messageries royales de France et de Minnie Lasniers de Lachaise. De cette famille de seigneurs de la Creuze, le plus connu est Philippe, procureur du Roi à Argelès et qui fut nommé par Henri IV, seigneur des Barres. Par tradition, les Lasniers de Lachaise, tous des intellectuels, devenaient Maîtres de pension lorsque des revers de fortune les obligeaient à travailler. C’est ainsi que toute la famille des Labuxière de Lachaise vint s’installer à Oran, où les deux fils étaient enrôlés dans l’armée et les quatre jeunes filles, aidées de leur mère et de leur tante Adélaïde de Lasniers, filleule de Madame Adélaïde de France, soeur du Roi, fondèrent la première institution de jeunes filles. Cette institution dura jusqu’au mariage des quatre jeunes filles. C’est donc d’un hardi pionnier et d’une noble dame qu’est issue Angèle Maraval-Berthoin.

Elle a mis son coeur et son esprit d’organisation au service des plus pauvres tant à la Croix-Rouge qu’à la Goutte de Lait et son talent d’artiste au service de cette Algérie qu’elle aimait de toute son âme, cette Algérie qu’elle a su écouter et traduire. A une époque, où bien rares étaient les voyageurs qui osaient se rendre dans le grand sud, elle a séjourné par trois fois à Tamanrasset. Elle disait :

 » J’ai pu pénétrer plus avant dans l’âme de ce Hoggar fier et distant qui barricade la porte de sa demeure, comme celle du coffre de sa pensée et de tous ses autres coffres, par une serrure à trois clefs. J’ai écouté les vieilles marnas fredonner leurs berceuses à leurs tout petits enfants, et les jeunes vierges, les jeunes femmes échanger leurs confidences avec le jour, avec la nuit. Elle a écouté la parole de l’Aménokal Moussa-Ag-Amastan et celle de Dassine, la douce, la belle, la forte, celle qui fut l’amie confiante du Père Charles de Foucauld qui lui avait dit :  » Je crois que notre pensée, passée par tes chants à toi, serait écoutée… »

Et elle a porté la parole du Hoggar vers les rives frelatées de la Seine où ces contes, ses légendes, sont apparus comme une source d’eau fraîche. Ce furent  » Les Clefs du Hoggar « ,  » Le chapelet des vingt-et-une Koubas  »  » Les sultanes du jour et de nuit « ,  » Les voix du Hoggar « . L’Académie Française couronna cette oeuvre éditée chez Fasquelle.

Amie des arts, Madame Maraval-Berthoin avait fondé une association, les 4 A : Association Amicale des Artistes Africains, qui, par ses prix, récompensait chaque année romanciers et poètes, peintres et sculpteurs et qu’elle dotait généreusement. Voici ce qu’écrivait Paul Reboux, à qui les Allemands avaient proposé de reprendre la direction de  » Paris Soir  » sous leur contrôle. Il préféra mettre entre eux et lui la Méditerranée et, coupé de la métropole en 42 par l’arrivée des américains à Oran, il y séjourna quatre ans :  » C’est pendant ces quatre années que j’ai pu juger combien la Ville d’Oran, où je m’étais fixé, devait de gratitude à Madame Maraval-Berthoin, tant pour son activité artistique et littéraire que pour son sens admirable des organisations sociales. (…) De son salon, elle avait fait un centre littéraire et artistique digne des grandes dames du XVIIIè siècle et des salons qui, à la Belle époque, groupaient à Paris les écrivains et les artistes en des réunions où brillaient perpétuellement les étincelles de l’esprit français.  »

Des trois fils, seul survivra Théo, qui deviendra médecin, épousera Germaine Sendrars et aura un fils Henri et une fille Hélène.

Angèle Maraval-Berthoin, qui s’exprimait alors en tous sens : peinture, musique et poésie, ne tarda pas à conquérir Paris en ce qu’il avait de meilleur. Le vieux Charles Lecoq, le père de  » La Fille Angot « , mit ses vers en musique, François Coppée, se souvenant qu’il dut son renom à un acte en vers créé par Agar et Sarah Bernhard, fit bon accueil à celui qu’elle apportait : « Rêve d’un soir » qui fut monté par Irénée Mauget au Pré Catelan, en ce fameux théâtre des fleurs de l’Impératrice Eugénie, avec Andrée Pascal, la créatrice des  » Bouffons  » dans le principal rôle. Adolphe Brisson, dans  » Les Annales « , reproduisait ses premiers vers illustrés par Suréda et consacrait une grande place dans son feuilleton du  » Temps  » à ce frais dialogue. Franc-Nohain, dans  » L’Echo de Paris  » saluait ses  » Poèmes Algériens «  et ses  » Terres de Lumière  » et Gaston Deschamps, dans  » Les Débats « , disait très longuement sa sympathie à la débutante. En résumé, ce fut un salut unanimement élogieux de la grande presse parisienne à celle qui allait, pour nous, faire tomber le voile du Hoggar magique et mystérieux.

Madame Maraval-Berthoin était très coquette. Elle cachait avec soin sa date de naissance en 1875.Toujours vêtue de noir, très élégante, avec des chapeaux à voilette ravissants, elle gardait grande allure à un âge avancé. A Oran, elle était une  » Institution  » . Pourtant, lorsqu’elle fit une mauvaise chute en 1956 et se cassa le col du fémur, l’Algérie était la proie aux flammes du terrorisme FLN et son monde, notre monde, chancelait sans que nous nous en rendions bien compte. C’est à cette époque que je fus le plus prés d’elle. Je lui faisais la lecture et l’écoutais parler littérature et poésie. Elle aimait à rappeler qu’elle fut la première femme à survoler le Sahara en avion.

Elle me parlait aussi de son amitié pour ma grand mère et confirmait ce que celle-ci m’avait raconté : Alors qu’elles étaient toutes deux très jeunes, paraissait à Oran une feuille hebdomadaire satyrique :  » Le Charivari Oranais et Algérien « . Son rédacteur directeur, Zimmermann y déversait l’esprit montmartrois. Il avait une fille devenue Madame Lerebourg, dont l’époux était préfet. Ces trois espiègles racontaient dans ses colonnes les potins de la ville sous le nom de « La Tia Bolbassa  » et chacun s’étonnait de cette mystérieuse personne au courant de toutes les petites intrigues… Ma mère, Yvonne Herelle, succéda à Madame Maraval à la tête de la Croix Rouge d’Oran alors que le Docteur Malméjac prenait la direction de la Croix-Rouge pour le département. C’était une lourde charge dans cette époque troublée. Ma mère avait été longtemps la vice-présidente de Madame Maraval à la Croix-Rouge et à la Goutte de lait. Elle disait de maman :  » C’est mon plus fidèle lieutenant !  » C’était beaucoup car elle n’était guère prodigue de compliments, quoique d’une parfaite courtoisie.

En dépit de sa volonté farouche, elle ne put reprendre une vie active. Les « événements » la bouleversaient. Se rendre à Sainte-Eugénie devenait hasardeux : on frôlait les quartiers de la Ville Nouvelle où les enlèvements, les assassinats étaient fréquents. Seul le téléphone nous reliait à elle mais sa voix n’était plus qu’un souffle. La providence miséricordieuse a permis qu’elle parte en janvier 1961 et, ainsi, ne connaisse pas l’exode du printemps et de l’été 1962 qui emportait avec 132 ans d’histoire, le beau rêve d’un pays de cultures conjuguées.

Pourtant, la belle histoire ne s’arrête pas là. En 1999, la fille d’Henri et Jacqueline Maraval a soigné une jeune musulmane à l’hôpital de Nanterre. A la vue de l’ordonnance, celle-ci lui dit qu’elle portait le nom de l’endroit où vivaient ses parents à Oran : Maraval ! Ce n’était pas comme on pouvait le penser au quartier Maraval, mais bien à Sainte-Eugénie. La mère de cette jeune femme, lui expliquait alors qu’ils avaient protégé Sainte-Eugénie du pillage. Ils y habitaient et l’entretenaient, mais surtout, en souvenir de tout le bien fait par madame Maraval-Berthoin, ils s’efforçaient de donner à plus malheureux qu’eux des vêtements et du lait. Ainsi, quarante ans après sa mort, Angèle Maraval-Berthoin continue de rayonner et son oeuvre sociale se perpétue tandis que son œuvre littéraire murmure à l’oreille les mots des sultanes du jour et de la nuit.

Geneviève de Ternant

05 2000 « l’écho de l’oranie »

PARMI SES ŒUVRES: 

Editions Fasquelle : Les Clefs du Hoggar Dassine, sultane du Hoggar - Le Drac -

Alphonse Lemerre : Poèmes algériens - Terres de lumière

Albin Michel : Miguel - Cœurs rouges (couronné par l’Académie Française)

Piazza: Légende de Lalla Marnia -Le chapelet des vingt-et-une Koubas - Chants du Hoggar (couronné par l’Académie Française) +La sultane rose -Les voix du Hoggar -

Angèle Maraval-Berthoin 1915

Angèle Maraval-Berthoin 1915

 

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GASPATCHO oranais

Posté par lesamisdegg le 12 novembre 2017

Le gaspatcho est un ragoût de petit gibier et de viande blanche, accompagné de galettes de froment appelées tortas de gazpacho. C’est un plat qui se mange chaud et qu’il ne faut pas confondre avec le potage froid du même nom.
C’est une recette originaire de la Mancha que les chasseurs préparaient avec du gibier, sur le terrain, parce que la viande ne se conservait pas. Elle a perduré en Algérie, est devenue une spécialité du lundi de Pâques en Oranie.
Ingrédients:   500 gr de porc, 3 pigeons ou 1 pintade,   1/2 lapin
1 kg de tomates, 2 kg d’oignons,  4 gousses d’aïl,   1 bouquet garni.
Pour les galettes:   250 gr de farine,   1 cuillerée de sel,   1 bon verre d’eau.
Préparation:

Les galettes: la veille, mélanger farine, sel et eau. Pétrir légèrement. Etaler pour former 3 ou 4 grandes galettes les plus fines possible. Piquer la pâte à la fourchette. Cuire 15 mn à four moyen. ousinon utiliser des « galettes juives »

Le gaspatcho:   Dans une grande poêle à bords hauts, faire revenir toutes les viandes coupées en morceaux, les retirer. Faire revenir les oignons émincés, ajouter les tomates coupées, laisser cuire 5 ou 6 mn.  Hacher grossièrement l’ail, l’ajouter à la sauce avec le bouquet garni, saler, poivrer. Remettre toutes les viandes, couvrir avec 3 litres d’eau.  Laisser cuire environ 1 heure.

gaspatcho

gaspatcho

Ajouter les galettes coupées en petits morceaux et laisser cuire 15 à 20 mn, jusqu’à ce qu’elles soient souples sans devenir pâteuses.

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la soubressade , le makrout et la gargoulette

Posté par lesamisdegg le 4 novembre 2017

Un régal, un rêve !

 

Et si vous preniez deux œufs, que vous les cassiez ?

Après vous les battez bien pendant cinq minutes, Puis vous prenez une petite poêle, avec un petit fond d’huile d’olive, vous versez les œufs,

Après vous allez a la fenêtre dans la cuisine, dans le petit garde-manger, vous prenez une belle soubressade piquante de chez Zéralta, vous savez le charcutier du marché de Belcourt. Vous enlevez la peau et la ficelle rouge, et vous l’éparpillez dans les œufs .

Juste un petit instant, après vous la versez dans une assiette, vous prenez un bon morceau de pain mahonnais, avec la mie bien dure, un bon verre de vin rose bien frais, pour celles et ceux qui aiment le vin, ou la gargoulette avec de l’eau bien fraiche, vous vous mettez au balcon, assis par terre, les jambes en tailleur, et en regardant en bas la mer bien bleue, avec les bateaux qui rentrent et qui sortent du port. Vous vous tapez un repas royal, Que même Azrine il ne peut pas nous enlever, et quand il n y a plus rien dans l’assiette, vous descendez en bas chez le tunisien, et vous prenez un bon makrout plein de miel qui vous coule entre les doigts, et doucement mais surtout bien doucement, les yeux fermes, vous le dégustez, et même qu’à la fin vous vous léchez les doigts tellement c’est bon.

 

Et puis catastrophe, votre femme vient vous réveiller, et tout ce beau rêve y fait tchouffa !

Quand est-ce qu’on arrêtera de penser à ce foutu pays ??

Jamais !!! Oh non jamais, plutôt crever !

soubressade

soubressade

makrout

makrout

 

JEAN LLORENS de Belcourt s/c de Judd Gerald

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TOUSSAINT ROUGE 1 11 1954 par Jean BRUNE

Posté par lesamisdegg le 1 novembre 2017

La guerre subversive ?

« Chaque victime était un otage innocent versé dans les charniers pour satisfaire aux exigences glacées d’une arithmétique de la terreur. Peu importaient les qualités ou les défauts des victimes, leur nom, leur poids d’entrailles humaines et les symboles inclus dans leur métier. Ce qui comptait, c’était le nombre des morts à partir desquels la peur s’installait dans la vie et commençait de la corrompre comme un poison.

On ne tuait pas comme on tue à la guerre pour ouvrir dans les rangs de l’ennemi des brèches dans lesquelles s’engouffraient les soldats. On tuait pour créer un scandale et par ce scandale attirer l’attention du monde non pas sur les victimes, mais sur les bourreaux. L’entreprise supposait une organisation méticuleuse des complicités; chaque nouveau mort étant l’occasion d’exprimer les solidarités qui liaient le meurtrier à un immense camp d’intérêts et d’idées. Chaque nouveau massacre collectif servait de prétexte à une explosion d’indignation en faveur des écorcheurs. Ainsi les hommes étaient-ils immolés sur l’autel d’un calcul, et les morts versés comme un carburant nécessaire au fonctionnement d’une machine.

Pour que s’ouvrît et fût alimentée une controverse, il fallait que mourussent des innocents. On brûlait la vie dans les hauts fourneaux des fonderies d’idées.

Dans cette incroyable logique de l’absurde, les Français d’Algérie fournissaient les morts. Ils étaient les hommes-charbon indispensables au fonctionnement de la grande machine « anticolonialiste » affectée à la subversion de l’Occident.

Pour que les journaux progressistes de France pussent s’indigner du sort des Algériens, pour que M. Sartre pût donner une conférence à Rome en compagnie de l’un des chefs des égorgeurs, pour que l’archevêque d’Alger pût rédiger l’un de ses communiqués abscons qui sont égale injure à la justice, à la charité et à la syntaxe; enfin, pour que l’Organisation des Nations unies pût se poser à New York en gardienne intransigeante des droits de l’homme, il fallait

qu’une femme fût violée dans une ferme d’Oranie, après avoir été contrainte d’assister à l’égorgement de sa fillette et de son mari;

qu’un petit garçon fût assommé à coups de pioche dans un village de l’Algérois;

que des jeunes filles fauchées par le souffle des bombes fussent mutilées à Alger et qu’une explosion hachât des enfants dans un autobus au retour  de l’école.

Pour que M. Mauriac pût jouer des grandes orgues de son talent dans sa chapelle, il fallait que fussent abattus des fidèles anonymes à la porte d’une église de la vallée du Chélif, ou que deux prêtres fussent égorgés aux confins oranais des steppes sahariennes et qu’une vieille femme fût assassinée le jour de Pâques dans un hameau de Kabylie bruissant de ce murmure d’averse qui tombe du feuillage des eucalyptus.

Car c’était cela le mécanisme de la guerre dite « révolutionnaire ». C’était l’assassinat des innocents, conçu comme une technique d’alerte destinée à attirer l’attention sur les revendications politiques des assassins. Et plus le crime était monstrueux, plus l’émotion qu’il soulevait servait la monstrueuse cause.

A Boufarik, près d’Alger, officiait le docteur Rucker. Il avait été mon condisciple au lycée d’Alger; donc, celui d’Albert Camus. C’était un gentil bohème aux gestes un peu gauches, mais dont la charité était inépuisable; l’un de ces médecins algériens toujours penchés sur les humbles, pour qui la médecine était un sacerdoce. Un jour de consultation, l’un des « malades » brandit un revolver et tua le docteur Rucker de quatre balles tirées à bout portant. Le meurtre fit sensation. Fleurirent les articles condamnant le « colonialisme ». Dans ces pages, on accusait la France d’entretenir en Algérie plus de gendarmes que de médecins ou instituteurs; mais les techniciens de la terreur tuaient plus de médecins que de gendarmes le premier mort de la guerre d’Algérie était justement un instituteur.

Peu importait l’état des victimes ! Ce qui comptait, c’était que chaque jour reçût sa fournée de morts pour que ne s’éteignît point la controverse politique. Le sang du docteur Rucker servait d’encre à Mauriac ou à Sartre, et aux procureurs de l’O.N.U.

Longtemps les Français d’Algérie avaient courbé la tête sous l’orage. Ils attendaient que leur fût rendue la justice élémentaire qui exige que soient châtiés les hommes qui attentent la vie des hommes. Au bout de cette longue patience, ils avaient découvert qu’ils étaient seuls à faire les frais du procès. C’est que la subversion avait pris soin de pourrir les esprits et l’occasion est belle d’en démontrer ici une part du mécanisme. La calomnie sur l’exploitation coloniale permettait de camoufler les crimes commis sur les innocents en une sorte de justice sommaire exercée sur des coupables.

Les assassins devenaient des redresseurs de torts. Ce sera l’une des hontes de ce siècle finissant d’avoir admis comme un postulat l’idée de culpabilité collective qui a livré des foules entières aux mains des bourreaux improvisés et fait payer à des enfants les délits imputés à des sociétés.

Le docteur Jean Massonnat a été tué à Alger, au cours de cette fusillade qui a couché sur pavé tant d’Algéroises et tant d’Algérois. Il était mon ami. Comme ce mot paraît soudain démesuré, et comme, en certaines circonstances, on se sent brusquement envahi par la peur de ne pas en être digne. La dernière lettre qu’il m’avait écrite était un cri :

« Non seulement, on veut nous chasser, mais on veut, encore, que nous soyons des salauds, pour que nous soit retirée jusqu’à l’espérance en un mouvement de pitié de la Métropole … ».

Jean Massonnat, agenouillé sur un blessé, a été tué de trois balles tirées dans le dos par ceux que « Le Figaro » appelle « le service d’ordre »!

Pourquoi sommes-nous maudits ? 

Jean BRUNE

Jean BRUNE

Mais à travers ces confusions, on entrevoit ce qui, jour après jour, est devenu la hantise des Français d’Afrique. Ils ont cherché à se laver de la calomnieuse accusation de « colonialisme » pour être rendus à leur état d’innocents injustement frappés et ainsi renvoyer leurs tortionnaires à leur culpabilité d’écorcheurs. C’est le sens des grandes offrandes de mai 1958:  une « Nuit du 4 Août » étalée sur quinze jours de soleil dans un ressac de clameurs et de chants. »      Jean BRUNE

 

 

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