PIEDS-NOIRS nous sommes !

Posté par lesamisdegg le 31 mai 2013

 « Pieds-Noirs nous sommes ! »

La piednégritude est une réalité incontestable. Pour le ‘’ Patos moyen ‘’, nous restons ce méditerranéen exubérant, ce colonialiste caricaturé comme on caricaturait les juifs avant guerre. Le peuple des Pieds-Noirs existe par son histoire d’amour avec le pays de ses pères, melting-pot où se sont fondus Alsaciens, Catalans, Provençaux, Espagnols, Italiens, Maltais, Corses et bien d’autres encore. Ce peuple des Algériens-Français  d’Algérie française a forgé son identité aux carrefours des luttes qu’il eut à mener pour survivre. Peuple nouveau, il a eu  des volontés autonomistes  étouffées par la décimation des guerres au début du vingtième siècle .La vraie tolérance, l’Européen avant la lettre ont existé sur notre terre d’Afrique du Nord ! Quand ce melting-pot a été menacé, les Pieds-Noirs l’ont défendu avec passion contre les terrorismes. Ils ont défendu leur privilège de vivre libre, sur leur terre de lumière, aux violentes senteurs, bercée au bruissement de la Méditerranée. L’alliance d’intérêts divers les a expulsés et privés de leur indispensable terroir. Les Pieds-Noirs peuvent se  sentir parfois étrangers sur le territoire d’un hexagone mythifié.  « J’ai le sentiment d’être membre d’une communauté originale ! » disait il y a 25 ans un remarquable ami. C’est vrai que chez nous cette originalité nous échappait un peu, que nous refoulions notre être ‘’pataouète’’ pour être plus français que les ‘’ patos’’. Il est vrai aussi qu’au contact du ‘’francaoui ‘’ de passage, nous nous sentions  bien différents.

Marcel CROZATIER, grand poète devant l’universel, nous a souvent entretenus de la culture piénoire, comme il l’écrivait, en un mot. Il nous disait que la réalité historique du peuple des algériens-français induisait une réalité culturelle traduisant une algérianité différente. Cinq lustres après la reconquête d’Alger en 1830, naissaient déjà les sociétés savantes mêlant l’Orient à l’Occident. Ce bouillonnement intellectuel allait créer une culture spécifiquement algérienne-française, marquée du caractère composite de ses influences. Marcel me disait un jour que notre culture c’était surtout un bonheur de vivre, une extrême sensibilité, un caractère à la fois volubile et secret. Je lui avais répondu  « Quand bien même notre culture ne serait que cela, nous avons l’impérieux devoir de la maintenir, de la développer pour préserver l’avenir au nom de ceux qui ont fécondé notre Afrique du Nord. » J’avais ajouté – Marcel dodelinant de la tête en envoyant de gros nuages de ses cigarettes- que le chant de notre culture multicommunautaire s’était exprimé sur divers registres, par exemple en littérature. La littérature ‘’patos’’ doit une part de sa production à l’Afrique du Nord Française comme sujet principal ou accessoire. Mais il existe aussi une littérature ‘’Pieds-Noirs’’ qui plonge ses racines dans le terroir dALGERIANIE à la fois Eden et paysage d’exil. Nôtre littérature imprégnée d’algérianité exprimée en français, a posé toutes les réalités pieds-noirs historiques, géographiques, sociales. Louis Bertrand, dès le début du siècle’ a chanté « Le sang des races » et la longue litanie des écrivains au nom connu a suivi le chemin de l’expression algérianiste. Prenons leurs noms au hasard d’une bonne bibliothèque : Jeanine Montupet, Emmanuel Robles, Andrée Montero, Albert Camus, Jean Pommier, Frédéric Musso, Paul Achard, Edmond Brua, Gilbert Espinal, Daniel Saint Hamon, Marcello Fabri, Geneviève Bailac, Augustin Ibazizen, Jean Bogliolo et tant d’autres encore. Faut-il encore rappeler comment Augu le bônois, Cagayous l’algérois, Tia Angustia l’oranaise  ont développé le langage pataouète riche de son accent, de son lexique populaire, de sa syntaxe latine. Ils ont donné au peuple des Algériens-français sa coloration linguistique propre. Il faut savoir que cette expression littéraire explose au présent grâce au culte de la fête communautaire qui nous rassemble par milliers lorsque l’été arrive comme avant, pèlerins multiples réunis par la grâce de Marie-Myriem, de Santa-Cruz peut être.  L’âme du peuple des Pieds-Noirs se perpétue de génération en génération, témoignant de sa vivacité, de sa foi en l’avenir.                                    2012 05 08 GG

 

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Oran 5 juillet 1962: Le Génocide

Posté par mdame le 8 août 2010

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ORAN… 5 JUILLET 1962 : LE GENOCIDE

 

La nuit tomba sur Oran. Le couvre-feu le plus pesant de toute l’histoire de cette ville s’abattit sur les Oranais encore assommés par ce qu’ils venaient de vivre. Les quartiers européens n’existaient plus, ils avaient été rayés de la carte. Oran la ville lumière, celle que l’on surnommait « l’Andalousie française », était morte…

A la radio française, le speaker annonça d’une voix calme :

« Quelques incidents se sont produits à Oran » et le journal du jour avait reproduit une déclaration de Ben Khedda qui, s’adressant aux Européens avait dit : « Nous appliquerons loyalement les accords d’Evian car les Européens ont leur place ici ».

A cet instant, toutes les pensées étaient dirigées vers la ville arabe où étaient retenus des centaines -peut-être des milliers- de Français. Une étrange lueur montait du village nègre en liesse. Quels sacrifices célébrait-on?

Au même moment, un grand gala avec la participation de nombreuses vedettes avait lieu sur la Côte d’Azur. Dans la joie, au son des orchestres, on dansa tard dans la nuit… comme on avait dansé à Versailles, pendant que la France perdait le Canada.

Le lendemain 6 Juillet, Oran se réveilla hébétée. Tous ceux qui avaient pu conserver la vie voulaient partir. Oui, fuir… quitter cette ville au plus vite et cette odeur de sang. Courir sans se retourner, et que tout cela s’efface à jamais, Seigneur Dieu…

Ce brusque retour à la sauvagerie, ces crimes d’une cruauté inconnue qui, en quelques heures, achevèrent de vider la cité, créèrent l’irréparable. Les Oranais se sentaient tellement menacés en ville qu’ils préféraient camper, entassés au port ou à la Sénia (aéroport), sous un soleil de plomb, dans des conditions absolument inhumaines. De jeunes enfants, des vieillards en moururent. Les avions étaient inexistants, les transports maritimes en grève.

Cette ultime brimade sonnait le glas des Oranais. On leur refusait les moyens de sortir de leur enfer ; on leur marchandait l’exode. Jamais! Jamais ils ne devraient oublier!…

Ce jour là, le journal « Le Monde » avait titré :

 

« LA CELEBRATION DE L’INDEPENDANCE DE L’ALGERIE »

 

Une fusillade éclate à Oran au passage d’une manifestation de Musulmans. La responsabilité de ces incidents entre Européens et Algériens n’a pu être établie ». Ce sera vite chose faite.

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ARMEE D’AFRIQUE

Posté par mdame le 4 août 2009

L’ARMEE D’AFRIQUE  des origines à 1962    

Les précurseurs        

   Les premiers musulmans furent engagés dans la Syrie franque par Tancrède en 1108 et Renaud de Chatillon en 1170. 20.000 auxiliaires combattent sous les ordres de Guy de Lusignan contre Saladin en 1187. Recrutés par les Templiers, les Turcopoles sont selon Grousset les Goumiers de la Syrie franque.

En 1765 au Sénégal, des Laptots furent affranchis pour participer à la défense de Gorée .           

  Le véritable précurseur de l’engagement des musulmans est le général Bonaparte, qui au cours de la campagne d’Egypte en 1798-99, forme le projet de recruter 30.000 auxiliaires. Il limite ses ambitions et utilise des déserteurs turcs et une centaine de cavaliers palestiniens, qui l’accompagnent dans sa campagne de Palestine. Il constitue un régiment de Dromadaires  qui s’illustre sous le commandement de Desaix, et ramène en France, avec femmes et enfants, des Chasseurs d’Orient et des Mameluks de la Garde, qui participent à toutes les campagnes de l’Empire.         

L’armée d’Afrique. 

            Lors de la conquête de l’Algérie, des unités de Zouaves et de Chasseurs d’Afrique sont créées dès 1830 et 1831, mais au bout de quelques mois, les musulmans rejoignent leur douar d’origine; on les remplace donc par des volontaires français. Autre formation prestigieuse de l’armée d’Afrique, la Légion étrangère créée en 1831 et qui va transformer le marécage de Sidi Bel Abbès en cité florissante et en terre de culture, avant de participer à la mise en valeur de l’Algérie.

A partir de 1835, des auxiliaires sont recrutés dans les compagnies d’infanterie; ce sont les Turcos, devenus Tirailleurs en 1841, et dont le modèle sera reproduit au Sénégal en 1857, au Tonkin en 1879 et à Madagascar en 1895. Le corps des Spahis est mis sur pied en 1841, et les compagnies méharistes en 1894. Des Bureaux arabes, auxquels succéderont les officiers des Affaires indigènes et sahariennes, administrent les territoires militaires à partir de 1844. En 1908 le Général Lyautey crée les Goums marocains. En 1912 enfin la conscription est instituée, de façon sélective, en Algérie.            

 Auxiliaires ou réguliers, ces combattants ont été engagés au 19ème siècle dans toutes les campagnes militaires de la France, Algérie, Crimée, Italie, Indochine, Mexique,Tunisie et  Madagascar. 8.900 musulmans sont engagés en 1870.           

  Parallèlement, et en partant de l’infanterie de marine, les généraux Faidherbe et Gallieni ont formé des bataillons de tirailleurs, qui, de 1852 à 1892, établissent l’ordre en Afrique occidentale et équatoriale . 

armée d'Afrique 1916

armée d’Afrique 1916

 

La guerre de 1914-1918.          

   En Algérie, 172.000 musulmans, dont 85.000 engagés volontaires, sont mobilisés en 1914, soit 3,6% de la population. A leurs côtés, 93.000 Français d’Afrique du Nord et 39.000 Tunisiens sont appelés, et  14.000 Marocains sont mobilisés, dont les trois quarts sont engagés sur les fronts de France ou d’Orient. Au Maroc, Moulay Youssef et les grands Caïds lèvent des auxilaires et des contingents dans les tribus, ce qui permet au général Lyautey d’envoyer 37 bataillons en métropole.        

  Sur le Front d’Orient en 1918, la 1ère Brigade de tirailleurs marocains, renforcée de deux escadrons de spahis, attaque de flanc l’Armée de von Kluck et fait prisonnier le maréchal von Mackensen, commandant en chef du Front sud-oriental (raid d’Uskub). Dix bataillons coloniaux sont engagés sur le front français en 1914, ils sont 42 en 1918, plus 23 dans l’armée d’Orient Les Français d’AFN ont de 12.000 à 20.000 tués, et les maghrébins 36.000 tués et disparus, dont 9.800 Tunisiens et 25.000 Algériens. Les prisonniers, regroupés à Zossen, résistent à la propagande allemande; 5 à 8% d’entre eux cependant s’engagent dans l’armée turque. Aucune mutinerie n’est imputable aux régiments de tirailleurs en 1917. Ils participent à toutes les opérations, et pour les décorations, les tirailleurs viennent juste après le RICM et le 2ème Etranger.  Les drapeaux de 4 RT sont décorés de la Légion d’Honneur, leurs pertes sont supérieures à celles des autres unités d’infanterie.            

 Les maghrébins furent heureusement surpris de l’accueil réservé par les civils français, et en retirèrent l’image d’une France accueillante et solidaire dans le malheur. L’armée fut à son insu un melting pot entre Kabyles, Arabes, Noirs d’Afrique et Indochinois. L’institution militaire devient ainsi un modèle d’intégration et donc d’évolution future.  Clemenceau accorde  des avantages aux combattants, il supprime certains impôts et augmente le nombre des représentants musulmans. En 1927 le code de l’indigénat sera aboli. 

 

 

          Les mobilisations de 1939-45.            

Dès septembre 1939, l’Armée d’Afrique met sur pied 2 divisions marocaines et 12 Divisions d’infanterie d’Afrique sur son propre sol, plus 7 divisions d’infanterie nord-africaine en métropole, soit au total 73.000 Français et 176.000 musulmans. Sur les 400.000 hommes de l’armée de terre en AFN, 170.000 sont engagés en métropole ou au Levant. Les pertes sont de 5.400 tués maghrébins, et 2.700 Européens. C’est dire que les capacités de résistance de l’Afrique du Nord en juin 1940 étaient très amoindries, et que la poursuite de la lutte en AFN était une vue de l’esprit. Cette armée est pauvre en blindés, en avions, en armes anti-chars et anti-aériennes et son matériel est vétuste. Après la défaite de 1940, le général Weygand est nommé Délégué général et Commandant en chef en AFN. Il prépare clandestinement la revanche en exaltant le moral des troupes et en menant deux actions conjuguées : - officiellement, négociation avec la Commission italienne d’armistice en vue d’accroitre les effectifs militaires (passant de 100.000 à 135.000) - clandestinement, camouflage de matériels, de matériaux, de personnels spécialisés ou non (35.000 supplétifs et travailleurs), préparation clandestine de la mobilisation, entraves à la surveillance des Commissions de contrôle. Il s’oppose enfin aux protocoles de Paris négociés par Darlan avec la Wehrmacht.       

  Il est relevé en novembre 1941 à la demande des Allemands; le général Juin lui succède comme commandant en chef et poursuit son action de rénovation de l’armée d’Afrique; il remanie en particulier le plan de défense de la Tunisie. Surpris par le débarquement américain du 8 novembre 1942, il convainct l’amiral Darlan, qui se trouve par hasard en Algérie, d’ordonner un cessez-le-feu aux troupes du Maroc et d’Algérie. Il faut rappeler en effet qu’afin d’éviter l’occupation de la zone libre, les forces françaises d’AFN avaient pour mission de s’opposer à tout envahisseur.

            Arrivé le 9 novembre, le général Giraud est nommé Commandant en chef, il prépare avec Juin l’intervention en Tunisie, où les Allemands sont en train de débarquer. 240.000 hommes sont mobilisés (16% des Français d’Algérie, 2% des musulmans). En même temps, il donne ses directives au général Frére pour créer l’Organisation de résistance de l’armée (ORA) en métropole. Après avoir pris contact avec le général Barré (commandant des troupes de Tunisie) et avec le britannique Anderson à la frontière tunisienne, il conclut avec le général Marshall le plan d’Anfa, destiné au réarmement de 8 DI, 3 DB et 4 QG d’Armée et de Corps d’armée, et la livraison de 1.000 avions. La première tranche du réarmement arrive à Alger le 13 avril. Le plan d’Anfa, interrompu en novembre 1943 pour des raisons politique, et par manque de spécialistes, est réduit de 8 à 5 divisions d’infanterie. Sans le soutien américain, et sans en référer au de Gaulle, Giraud organise la libération de la Corse en septembre 1943, avant d’être éliminé, en novembre 1943, de la co-présidence du Comité français de Libération. 

 La campagne de Tunisie            

Jusqu’à la fin de 1942, ce sont les troupes françaises qui encaissent l’essentiel de l’effort germano-italien en Tunisie, le Vème Corps britannique ayant complètement échoué dans sa tentative en direction de Bizerte et de Tunis.            En février 1943, le IIème Corps américain, jusque là maintenu à l’instruction face au Maroc espagnol, entre à son tour en lice, mais c’est pour subir de plein fouet l’offensive de Rommel, qui vient d’arriver de Libye avec son Africa-Korps. Le résultat est catastrophique pour les Américains, qui, en guise de baptème du feu, subissent une déroute du style mai-juin 1940. Là encore, la division de Constantine du général Welvert encaisse le choc et contribue à l’amortir. Mais à peine Rommel a-t-il effectué sa jonction avec les forces de von Arnim qui tiennent le nord de la Tunisie, qu’il se voit bousculé par Montgoméry et sa VIIIème Armée, et par les forces anglo-américaines du nord, qui sont montées en puissance et qui ont conquis la supériorité aérienne. Le général Alexander coiffe désormais les Ière et VIIIème Armée.             Début mai, Alexander lance enfin son offensive générale en direction de Tunis. Les forces germano-italiennes capitulent au prix de 230.000 prisonniers.             Après que la force L de Leclerc (2.500 hommes) eut débordé la ligne Mareth, le 19ème Corps français, porté à 80.000 hommes, participe à l’offensive générale. La victoire de Tunis est la grande revanche d’une armée battue, privée de tout, et pour finir tenue en suspicion. Ses pertes sont aussi lourdes que celles des Britanniques : 4.500 tués. 

La campagne d’Italie.            

 Deux divisions françaises, la 2ème DIM et la 3ème DIA, embarquent le 19 novembre 1943. La 2ème DIM est immédiatement engagée et s’empare du mont Pantano et de la Monna Casale. Le 3 janvier 1944, le général Juin engage la 3ème DIA, qui le 25 janvier entame la conquête du Belvédère, au cours d’une bataille acharnée jusqu’au 1er février (journal du général Gandoët).           Le 11 février, la 4ème DMM arrive en Italie, ainsi que trois groupements de Tabors ; elle est dirigée vers la tête de pont du Garigliano. Elle est rejointe en avril par la 1ère DFL, renforcée d’une brigade de Djibouti et baptisée 1ère DMI. Le 4 avril, Juin soumet au général Clark un mémoire visant à déborder Cassino par le Monte Majo, en partant du Garigliano.       

 L’offensive est conduite le 11 mai par la 2ème DIM et la 3ème DIA, qui s’emparent du Monte Majo et de Castelforte. Puis le Corps de montagne (4ème DMM et tabors) fonce à travers les monts Aurunci jusqu’au Petrella. Esperia est atteint le 17 mai. La 3ème DIA repousse une violente contre-attaque et s’empare de Pico le 22 mai. La route de Rome est ouverte. Les Allemands abandonnent Cassino. Le 5 juin le général Juin monte au Capitole aux côtés de Clark.            

 Après la prise de Rome, le CEF dépasse le IIème Corps US et s’empare de Sienne et de San Geminiano le 3 juillet, avant d’être regroupé à Naples, le 23 juillet, pour le débarquement de Provence. Le 17 juin 1944, l’armée de Lattre s’est emparée de l’Ile d’Elbe.               

De la Provence à l’Alsace            

L’opération Anvil, rebaptisée Dragoon, met en action 2.000 navires; dont 400 bateaux de guerre, organisés en 6 courants maritimes, 1.900 avions, le corps d’armée américain de Truscott, la 1ère division aéroportée anglo-américaine, et l’armée B du général de Lattre.            Ayant réussi à s’évader de la prison de Riom, de Lattre arrive à Alger le 20 décembre 1943. Il est aussitôt nommé au commandement de l’Armée B, qui comprend toutes les unités stationnées en AFN : 1ère et 5ème DB, 9ème DIC. A partir de juillet, elle est renforcé par les 4 divisions du CEF d’Italie : 1ère DFL, 2ème DIM, 3ème DIA et 4ème DMM.             Le 14 juillet, de Lattre installe son PC à Naples et prépare le débarquement. Aux ordres de la 7ème Armée US de Patch, l’armée B débarque en deuxième échelon, mais de Lattre lance aussitôt ses divisions vers Toulon et Marseille, qui sont libérés, après de durs combats, 20 jours avant la date prévue par les plans américains.            

Tout en exécutant le plan US de libération du Languedoc, de Lattre décide de faire traverser le Rhône au IIème Corps d’armée confié plus tard à Montsabert, et de le faire progresser rapidement par la rive ouest, afin de ne pas perdre de temps par rapport aux Américains qui progressent par la route Napoléon. Le IIème Corps participe le 2 septembre à la libération de Lyon, Le 12 septembre, après les durs combats d’Autun, la jonction est faite avec les forces alliées venant de Normandie, et notamment la 2ème DB. Le 1er Corps de Bethouart progresse par Briançon et longe la frontière suisse. 

            Le 19 septembre, l’armée B devient la 1ère Armée française.

            Pendant 2 mois, le 2ème Corps de Montsabert est fortement ralenti dans les Vosges, ce n’est que le 11 novembre que de Lattre lance le 1er Corps de Béthouart (5ème DB et 2ème DIM) qui prennent Héricourt et Montbéliard et sont les premiers à atteindre le Rhin à Rosenau ( le 19  novembre, quatre jours avant Leclerc à Strasbourg). Belfort est libéré le 28 novembre, mais la poche de Colmar, contrôlée par Himmler, résiste. Les noirs et les maghrébins, souffrant du froid et fatigués par des opérations incessantes, sont peu à peu relevés par des FFI (amalgame de 117.000 résistants et engagés volontaires). L’absence de mobilisation en métropole provoque un certain malaise parmi les soldats de la 1ère Armée. 

            Le 16 décembre, devant la menace allemande des Ardennes, Eisenhower ordonne d’évacuer la plaine d’Alsace. Le général de Gaulle, soutenu par Churchill, conteste cet ordre, et charge la 1ère Armée de défendre Strasbourg. La bataille durera jusqu’au 18 janvier, date à laquelle la 1ère Armée est renforcée par le 21ème Corps US et la 12ème DB US. Le 20 janvier s’engage la bataille pour la libération de Colmar, qui aboutit le 2 février à la prise de la ville par les troupes franco-américaines, et le 7 février, à la libération totale de l’Alsace. 

La 2ème Divison blindée            

 Mieux connue du public que la 1ère Armée, la 2ème DB est créée le 26 août 1943, après fusion des forces combattantes. Mise sur pied dans la forêt de Témara -Rabat , Maroc-à partir de 3 unités FFL, elle est recomplétée aux deux tiers à partir des dépôts de l’armée d’Afrique. Une fois complétée et instruite, la 2ème DB est transférée en Grande-Bretagne. Elle débarque le 30 juillet à Utah Beach au sein de la 3ème Armée de Patton. Elle libère Paris, soutient un dur combat à Dompaire, s’empare de Strasbourg et participe à la libération de l’Alsace (pendant 4 semaines), avant d’être engagée à Royan, puis de s’élancer vers Berchtersgaden où elle pénètre en même temps que les Américains. Ses pertes s’élèvent à 4.987 tués, blessés et disparus.            

  Rhin et Danube           

  S’engageant au nord de Strasbourg, le 2ème Corps franchit la Moder et la Lauter avant de percer la ligne Siegfried et d’atteindre Spire.            Le 29 mars, le général Devers prescrit à la 1ère Armée de franchir le Rhin. Après des franchissements audacieux à Spire et Gemerscheim, en l’absence de moyens lourds du Génie, la tête de pont française atteint Karlsruhe. De Lattre évite d’attaquer Stuttgart de front, et déborde par la Forêt Noire et le Jura souabe. Freudenstadt est atteint le 17 avril, Tubingen et Reutlingen le 22 avril, Stuttgart le 21 et Ulm le 22. La prise de Kehl par la 9ème DIC permet d’engager le 1er Corps de Béthouart vers le sud. Le 18ème corps d’armée SS, encerclé dans la Forêt noire, tente de faire une percée le 25 avril, il est en grande partie capturé. Le 6 mai la 2ème DIM et la 1ère DB font leur jonction à Saint Anton. Les pertes de la 1ère Armée sont de 14.000 tués depuis le 15 août 1944. Elle a fait 28.000 prisonniers à Stuttgart, 18.000 à Ulm et 15.000 en Forêt noire.           

  Les 19ème et 24 ème armées allemandes capitulent à Garmish et à Inssbruck. Le maréchal Kesselring, commandant le Front ouest, signe à Harr. La capitulation de l’Allemagne est signée le 7 mai à Reims, en présence du général Sevez, et le 8 mai à Berlin, où le général de Lattre figure parmi les quatre vainqueurs. 

Gal FAIVRE

 

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DISPARUS français en Algérie 1954-64

Posté par mdame le 23 juillet 2009

 

Une histoire dissimulée par la Vème République
Militaires, instituteurs, ouvriers, femmes, enfants, vieillards… plusieurs milliers d’Européens ont été enlevés après le cessez-le-feu par le FLN  , par les  » combattants de la dernière heure « . Un drame occulté. Pourtant, du 19 mars au 31 décembre 1962, ce sont officiellement  3 019 Européens qui sont enlevés, dont près des deux tiers restent portés disparus.  » En proportion, il y a eu dix fois plus de disparus en Algérie durant cette période qu’en Argentine dans les années 70 sous la dictature « , fait remarquer Jean Monneret, un des rares historiens à avoir étudié le sujet (1). Le FLN ne porte pas l’entière responsabilité de cette tragédie. Mais son implication est indéniable. Elle a d’ailleurs été revendiquée par certains de ses cadres.
A l’époque, le rapt entre dans la stratégie du FLN contre l’OAS . Il permet en apparence de ne pas violer le cessez-le-feu conclu avec le gouvernement français. Et pour cause, la plupart du temps on ne retrouve pas les cadavres.  » Le FLN a toujours prétendu qu’il enlevait des cadres et des militants de l’OAS « , explique Jean Monneret. En réalité, c’est rarement le cas.  » La stratégie élaborée par les chefs est une chose, l’application qu’en font les commandos en est une autre. Il était plus facile, et moins dangereux pour eux, de s’en prendre aux voisins, aux passants attardés, aux personnes isolées « , précise l’historien. En effet, la plupart des rapts ont lieu à la lisière des quartiers européens et musulmans, où l’armée française avait reçu instruction de ne plus patrouiller en application de l’accord du cessez-le-feu. Par ailleurs, les combattants de la 25e heure, parmi lesquels de nombreux délinquants, en profitent pour piller les appartements vides, rançonner, violer et assassiner. Odette Alonzo, 73 ans, a perdu, le 16 juin dans la banlieue d’Oran, deux de ses frères, Michel et René. L’un, lycéen, avait 17 ans, l’autre à peine 23. Quarante ans après elle évoque, les larmes aux yeux, leur disparition.  » Un matin, ils sont partis en 2 CV à Sahouria (Perrégaux), où plus aucun Européen ne vivait. Ma mère avait été la dernière à partir.  » Les deux frères tenaient à récupérer quelques affaires.  » On ne les a jamais retrouvés, ni eux ni la voiture. Ma maman en est morte de chagrin. « 
Le 5 juillet 1962, plusieurs centaines d’Européens sont enlevés à Oran. C’est la célébration de l’indépendance dans toute l’Algérie. Mais, à Oran les manifestations de liesse se transforment à la suite d’un banal incident en  » folie collective et chasse à l’Européen « , selon les propres termes de Jean-Pierre Chevènement, qui était tout jeune chef de cabinet du préfet.  » En sortant du port, j’ai failli être enlevé par les ATO [auxiliaires temporaires occasionnels, milice de l'exécutif provisoire destiné à assurer la transition] qui ont arrêté ma voiture. L’un d’entre eux m’a appuyé le canon de son pistolet mitrailleur sur l’estomac. A un moment, il s’est intéressé à quelqu’un d’autre, j’en ai profité pour m’échapper.
 » Jacques Doménéghetty, le directeur de l’aérodrome civil d’Oran, n’a pas eu cette chance. Son fils, instituteur à la retraite, qui vit dans un petit village de l’Hérault, reste traumatisé par cette journée :  » Mon père a disparu sur la route de l’aéroport alors qu’il avait en poche un laissez-passer signé par le bureau du FLN de Paris.  » Quelques jours plus tard, Jean-Pierre Chevènement, qui vient d’être chargé des relations avec l’Armée de libération nationale, rencontre Ben Bella et Boumediene pour tenter d’obtenir la libération des Européens enlevés.  » J’étais avec le nouveau consul, Jean Herly. Nous n’avons pu obtenir la libération que d’une vingtaine d’entre eux, sans doute les seuls survivants.  »
A aucun moment la France n’a envisagé d’utiliser les forces armées pour faire cesser les rapts. Pis, les militaires qui prennent l’initiative d’intervenir se voient aussitôt déplacés. C’est le cas du général Rollet, chef de bataillon à Alger. Le 21 mai 1962, l’officier apprend que six Européens ont été enlevés dans le quartier de Belcourt. Il ordonne aussitôt une intervention. Sa troupe parvient à sauver deux hommes et découvre dans une vigne un charnier avec huit corps d’Européens mutilés. Le lendemain, elle déterre six nouveaux cadavres. Le 28 mai, huit autres encore. Le général fait un rapport. En retour, il reçoit l’ordre de quitter le secteur. Ses officiers seront consignés jusqu’au 6 août et la formation dissoute.

La position du gouvernement est délicate.  » L’alternative était de reprendre l’offensive, au risque de faire le jeu de l’OAS, ou bien de minimiser l’importance des rapts. C’est cette seconde voie qui fut choisie « , explique Jean Monneret. D’ailleurs, les déclarations du 2gol sont éclairantes. Témoin, celle du 18 juillet 1962 en conseil des ministres «  Pour la France, à part quelques enlèvements, les choses se passent à peu près convenablement. «  A cette date, on compte déjà officiellement 1 257 rapts…
On ne s’intéressera officiellement au sort des disparus que huit mois après l’indépendance… Au printemps 1963, le Comité International de la Croix-Rouge déclare avoir recensé 2.500 détenus dont 1.300 désirent trouver refuge en France. En juin, un accord est conclu entre le CICR et le gouvernement algérien, qui autorise la recherche des disparus européens et musulmans. 1.333 détenus seulement seront libérés, souvent après avoir été torturés. En 1965, l’Association de défense des droits des Français d’Algérie (ADDFA) envoie trois émissaires en Algérie, qui travaillent en partenariat avec le Secours catholique. Tous sont revenus en disant qu’il n’y avait pas de survivants.
 » Nous ne cherchons pas la compassion, nous demandons la vérité « , affirme Colette Grattier, 63 ans, dont le mari, Georges Santerre, a disparu le 14 juin 1962 à Ameur-el-Aïm (Alger).
30 08 2015 Toulon
1.  » La phase finale de la guerre d’Algérie « , L’Harmattan.
Jean-Michel Décugis, Christophe Labbé et Olivia Recasens -
Le Point 08/02/02 – N°1534 – Page 58

 

 

 

DISPARUS français en Algérie 1954-64 dans

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26 mars 1962 Alger : témoignages

Posté par mdame le 11 juillet 2009

Ce 26 mars 1962 , vers 10 heures , dans toute la ville circule rapidement un mot d’ordre de grève générale à partir de 14 heures et de manifestation à partir de 15 heures. Des tracts sont bientôt répandus invitant la population à se rassembler à 15 heures au Plateau des Glières (Place de la Grande Poste) pour défiler vers Bab-El-Oued , sans aucune arme et en silence. Le but est de montrer que toute la ville est solidaire de Bab-el-Oued. 

A ce moment, ce quartier est isolé depuis 3 jours, ravitaillement en pain assuré par l’Armée de 6 heures à 8 heures le matin, aux femmes seulement – Les vivres collectés en ville Samedi et Dimanche ont été pris par les Forces de l’Ordre  » et ne sont pas parvenus à la population – Aucun enlèvement des morts ni des blessés – L’évacuation des enfants de moins de 10 ans est interdite, car des familles d’autres quartiers avaient demandé à en héberger – Les hommes de 14 à 70 ans emmenés de chez eux sans aucun bagage pour être triés au Camp du Lido et au stade de Saint-Eugène : 3 000 sont alors en cours de tri, parqués sans nourriture ni abri, battus . Après vérification de leur identité, ils sont relâchés, mais en ville et ne peuvent regagner Bab-el-Oued qui est bouclé . Sous prétexte de fouille, les gendarmes cassent, pillent appartements et magasins. Ils tirent au canon de 37 et à la mitrailleuse de 12,7 sur tout ce qui bouge ou fait du bruit .  Les volets sont clos en permanence.

A partir de 14 heures, la foule afflue vers la Place de la Poste, un piétinement régulier, sans précipitation, sans un cri . La place est encerclée par l’Armée, des barrages coupent les rues, constitués pour la plupart de camions joints – Les Facultés sont occupées militairement. Les groupes parviennent à la Poste malgré les barrages, en contournant les infranchissables . Rue Michelet un cordon de soldats laisse passer un filet, mais Boulevard Baudin, les CRS ne se laissent pas franchir et les gens des quartiers Est (Belcourt) sont obligés de faire le tour par le haut de la ville ou les quais. Les voies sont toutes barrées, mais la dernière moins fortement, c’est elle qu’empruntera le cortège.

Partout les soldats sont en tenue de combat, casque lourd, mitraillette et FM avec chargeur engagé, le visage dur.

« Depuis le matin, les terrasses des immeubles bordant la Place de la Poste sont occupées par l’Armée ; sur certaines des mitrailleuses de 12,7 sont en position – A partir de 14 h 30, les soldats envahissent les appartements de ces immeubles et se postent aux balcons »-Journalistes Suisse et Américain-

 

 

Vers 14 h,30, la foule (10 – 15.000 personnes) se met en marche vers Bab-el-Oued par la rue d’Isly, derrière un drapeau français tenu par un ancien combattant arabe, entouré de jeunes arabes – La foule est serrée, silencieuse, marchant lentement . Des jeunes commencent à scander des slogans, mais leurs voisins les font taire : il faut une manifestation de masse, digne, calme, résolue . Des femmes, nombreuses, des enfants, des vieillards , mains vides, de vieilles personnes s’appuient sur des cannes.

 

 

« Le cordon de soldats placé à l’entrée de la rue d’Isly laisse passer le cortège et se place le long des Magasins au début de la rue, entre Cook et Havas : une dizaine d’homme dont 2/3 musulmans » (voisin de lit à l’hôpital).
Le cortège progresse rue d’Isly et passe un 2ème cordon de soldats, placé à environ 50 mètres du 1er. Mais là « un Lieutenant nous adjure de rentrer chez nous, les larmes aux yeux – lorsque nous lui disons que nous sommes Français, n’avons pas d’armes et manifestons calmement notre solidarité pour Bab-il-oued, il répond que ses hommes ont reçu l’ordre de tirer » – (une cousine – 50 ans).

« Le cortège passe pendant 10 – 15 minutes, mais tout à coup les soldats reforment le barrage, en tronçonnant le défilé ; pointant leur mitraillette sur le ventre des manifestants, ils les empêchent d’avancer – il est 14 h30″ (voisin de lit).

14 h.50 : c’est l’ouverture du feu, par des rafales de mitraillette, sans qu’il y ait eu, au préalable, un cri, un coup de feu, une sommation , tir à bout portant.
« Les première rafales sont tirées du carrefour Bd Pasteur – rue d’Isly par des soldats postés devant Havas (appartenant au 1er cordon) et en face (appartenant au 2ème cordon) Le tir arrose la foule rue d’Isly et vers la Grande Poste ». (Journaliste américain).

 

 

Les manifestants tombent, se couchent ou courent pour se protéger. « Ceux qui refluent rue Chanzy sont pris sous le feu de soldats placés Bd Bugeaud et tirant vers la rue d’Isly » (journaliste Américain).

Beaucoup se plaquent sur le trottoir de la rue d’Isly opposé au Bd Pasteur, les plus heureux plongeant dans les couloirs d’immeubles – La rue d’Isly étant bordée de magasins, les vitrines sont cassées et on verra à l’hôpital « de nombreux blessés par verre, tendons sectionnés » (Infirmière du Sce de l’Hôpital).
D’autres (comme moi), refluent vers la Grande Poste en courant : ils sont fauchés par le feu ouvert par le barrage placé Bd Bugeaud (PM et surtout FM) . (Je suis touché à la base de l’épaule gauche par une balle entrée de 3/4 arrière et ressortie devant sous salière gauche)
Du coup, plus personne ne court, tout le monde est à terre – Le tir est général, au PM , au FM , provenant des soldats placés rue d’Isly et Bd Bugeaud. « A cette heure, le service d’ordre tire aussi du Bd Bugeaud vers la rue Alfred Lelluch (parallèle en contrebas), Place de l’Opéra (Ouest de la Poste 800 mètres à vol d’oiseau), aux Facultés vers la rue Michelet (Est 400 mètres), au Carrefour de l’Agha, (Est 500 mètres), au Champ de Manoeuvres .(Est 3 kms), sans tuer trop de monde car il n’y avait pas de manifestants à ces endroits … » (des riverains, venus rendre visite aux 3 blessés que nous étions dans la chambre d’Hôpital).
Sur la « placette de l’horloge », chaque vivant se fait le plus petit possible, car les tirs continuent sur les gens couchés. A ma place, couché sur le trottoir de la Grande Poste, les pieds tournés vers le Bd Bugeaud, je suis un peu surélevé, rien ne me protège, mais je puis observer toute la placette, de Cook au Carrefour Pasteur -Isly. J’entends dans mon dos les départs de PM, du barrage Bugeaud, qui tire sans arrêt – La placette est jonchée de corps, certains entassés dans les caniveaux – A ma gauche, assis dans l’encoignure de la porte de l’ancien local des Chèques Postaux, un vieux monsieur blessé légèrement se blottit et attend – à gauche devant, git un homme, baignant dans une mare de sang, la mâchoire inférieure arrachée, mort – A droite, dans le caniveau, un homme de 50 ans est couché, le visage tourné vers moi, les yeux fermés, paisible : il a la tempe gauche traversée, sa femme crie « mon mari est mort, mon mari est mort ! « elle est couchée à côté de lui et l’entoure de son bras, elle veut se lever pour chercher du secours, mais je l’exhorte à ne pas bouger – En effet, des bras ensanglantés se lèvent, des gens hurlent de cesser le feu « nous sommes Français comme vous, arrêtez ! », des blessés tentent de se soulever : tout début de mouvement déclenche immédiatement des rafales – A l m.50 de moi, sur ma gauche, le mur de la Grande Poste est criblé de balles à moins de 40 cms du sol. Je suis dans une position parallèle à ce mur, les balles me frôlent, souvent après avoir ricoché sur le trottoir, qui est tout écaillé (l’une m’atteint au sommet du crâne et m’entaille le cuir chevelu jusqu’à l’os).
Mon voisin de lit, qui se trouvait alors couché 7 , 8 m. devant moi (dans le même sens que moi), est atteint au pied par une balle de FM , qui après avoir ricoché, pénètre entre 2 orteils et va se loger près de la cheville – Ses voisins droite et gauche avec qui il s’entretenait, sont tués presqu’en meme temps, l’un d’une balle dans l’arrière de la tête, l’autre d’une balle dans le dos.
De ma place, je vois les militaires postés entre Cook et Havas arroser les gisants au PM et au FM : ils vident chargeur sur chargeur, ce sont des musulmans. L’un nous fait signe de nous lever, en nous gueulant des injures et en faisant des gestes obscènes – Au carrefour Pasteur-Isly, un gradé (quelque chose brille sur ses épaulettes), se dandine d’un trottoir à l’autre du Bd. Pasteur, la mitraillette en sautoir, les mains dans les poches.
Le rafales continuent de partout : il y a au moins 10 minutes que le feu a été ouvert. Dans le lointain j’entends une corne de pompiers, c’est une camionnette qui s’arrête 10 m devant moi : je fonce.

Divers témoignages .

- d’un lieutenant de tirailleurs à un collègue : vers 14 h-30 sont arrivés en camion des musulmans nouvellement incorporés qui obéissaient manifestement à des consignes préalables que nous ignorions : ils constituaient les cordons 1 et 2, rue d’ Isly (Ce sont eux qui ont ouvert le feu).
- d’un Journaliste américain : Les cordons 1 et 2 étaient formés de soldats FLN de la Willaya 3 incorporés depuis quelques heures (Dans le cadre de la force locale).
- d’un Visiteur : le feu a cessé lorsque le Lieutenant commandant le détachement qui l’ordonnait depuis 10 minutes en vain, a abattu un des tireurs musulmans, Il a été tué lui-même par un voisin du premier.
- d’un Journaliste suisse : des femmes et des enfants ont été achevés dans les couloirs.
- d’un témoin logeant dans un immeuble surplombant : un officier passait parmi les corps et achevait les blessés au pistolet.
- d’un Journaliste Américain : sur les terrasses occupées militairement, on a retrouvé des étais de balles, d’armes individuelles et collectives – d’autre part, les carreaux des terrasses ont éclaté par des balles tirées des hélicoptères.
- d’un Chirurgien de l’hôpital « ont été tués en portant secours à des blessés : le Docteur Massonat , 2 pompiers . Une ambulance de l’hôpital a été criblée de balles, son chauffeur est arrivé tout ensanglanté… pour être hospitalisé d’urgence.
- d’un Docteur : aucune arme n’a été trouvée sur les gens ramassés, morts ou blessés.

Le quartier n’a pas été fouillé, comme il n’eut pas manqué de l’être si le feu avait été ouvert par des tireurs de l’OAS. D’ailleurs les tireurs (que je voyais bien, ne se protégeaient pas du tout d’en haut. J’ai vu l’un d’eux diriger, à un moment, son arme vers le haut, regarder quelques secondes, puis arroser à nouveau les couchés, sans doute après avoir reconnu des copains sur les balcons …

Bab-el-oued a été débloqué le 29 à 5 heures, soit après 7 jours d’isolement, Le beau-père d’un voisin de lit s’y est rendu rapidement, à son magasin, et il a recueilli quelques témoignages. -D’abord son magasin est cassé et pillé)-Armée et CRS ont essayé de se tenir hors du coup, même le contingent, qui fraternisait avec la population. Devant ce relâchement, les autorités ont envoyé les Gendarmes mobiles avec des blindés – Ceux-ci ont cassé et pillé les magasins, emportant les marchandises par sacs et valises (en particulier le Monoprix). Dans les appartements, ils ont cassé les meubles, volé tout ce qu’ils pouvaient emporter, argent, bijoux : aux propriétaires qui leur demandaient un récépissé, ils répondaient de le faire faire par les Chefs…. mais personne ne pouvait sortir. -Les Doyens des Facs Médecine-Sciences-Lettres ont été destitués pour avoir protesté contre ces procédés (mercredi 28/3).

Le résultat de la fusillade serait de environ 50 morts et 200 blessés. Ce chiffre peut paraître en discordance avec celui de 10 -15.000 que j’ai donné pour les manifestants, mais les rafales n’ont couché que la queue du cortège, les retardataires qui, comme moi, avaient retenu 15 heures pour heure du rassemblement – Heureusement la grosse masse des manifestants avait déjà passé le cordon n°2 depuis quelques minutes.

 

témoignage de J.L.SIBEN   

26 mars de "Jf Galea"

26 mars de « Jf Galea »fa

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Les Pieds-Noirs: histoires d’une blessure

Posté par mdame le 10 juin 2009

 

Ils auront été nombreux, je l’espère, les téléspectateurs, Pieds-Noirs ou non, qui ont eu le courage d’être à l’écoute de France 3, un peu tard, en ces soirées de mars, avril 2007, pour regarder l’excellent documentaire de Gilles Perez :Les Pieds-Noirs, histoires d’une blessure. Mais tout d’abord, permettez-moi cette question : Pourquoi ce titre :  » Histoires « , certes au pluriel,  » d’une blessure  » ?

 

histoires d'une blessure

histoires d’une blessure

Dans son documentaire , Gilles Pérez ,  donne la parole à 62 Pieds-Noirs qui, enfin, témoignent… Né en 1967 à Carpentras, de parents Oranais – son père est ouvrier-, le petit Gilles grandit dans le silence. Les adultes chuchotent, discutent entre eux, mais jamais un mot aux enfants….L’Algérie ? Il sait qu’il en vient ,  » vaguement « , mais….quoi ? Alors, il lit avec voracité, passionnément….  » Le premier Homme  » d’Albert Camus l’impressionne considérablement et il continue à dévorer…. Le Pieds-Noirs ? Un colon sadique, qui fait suer le burnous, très riche, raciste.. ?!? Souvent revient cette description de ses aïeux …elle ne ressemble en rien à ce qu’il connaît de ses parents,…voire d’amis issus, eux aussi, d’Outre-Méditerranée. Devenu reporter de guerre pour R.F.I., Gilles court la planète jusqu’au jour où sa grand-mère lui lance :  » Cours le monde mais couvre les deux guerres qui te regardent !  » L’Espagne !? L’Algérie !? Cette réflexion le pique au vif et Gilles ose : il commence à interroger sa famille, ses proches. A 40 ans, il réalise  » son histoire « . Tombent tabous ! Parole aux Pieds-Noirs !

Le documentaire de Gilles Perez, diffusé sur France 3 en 3 épisodes, construit selon une trame historique, retrace les vies aventureuses, joyeuses, douloureuses, de 62 Pieds-Noirs qui se délivrent de leur fardeau d’exil devant la caméra. 47 d’entre eux, jusqu’alors obstinément réfugiés dans le silence, acceptent avec courage d’affronter enfin leurs souvenirs si lourds … : ils parlent de l’Algérie pour la première fois de leur vie métropolitaine….

Ce récit polyphonique aux gros plans kaléidoscopiques – le cadre serré, mieux qu’aucune torture, extirpe la vérité- nous raconte l’histoire de ces Pieds-Noirs d’origines géographiques ( ville, bled) et de milieux socio-culturels multiples ( paysans, fermiers, ouvriers, fonctionnaires…), reflet de la diversité des Pieds-Noirs . Ce n’est pas une seule vérité qui nous est ici assenée. Ce sont plusieurs vérités-réalités qui remontent aux sources, se déroulent au fil des vies, se mêlent, s’entrecroisent, se bagarrent, fusionnent, se contredisent, se souviennent. Sur certains problèmes clefs, les interventions de trois historiens ( J . Verdès- Leroux, J-J.Jordi, J. Monneret ) apportent un éclairage analytique et nous aident à mieux déchiffrer la complexité des situations. Les témoins, aujourd’hui âgés d’une soixantaine d’années, se livrent en une polyphonie de la piénégritude . Le film nous entraîne dans ces confessions sentimentales picaresques, burlesques, dantesques. En tout cas, toujours émouvantes et attachantes,  » mi-olive, mi-datte ! « 

Qui sont les Pieds-Noirs ? D’où viennent -ils ? D’horizons très variés : France, Alsace-Lorraine, Espagne, Etats allemands puis Allemagne, Italie, Suisse, Malte, Sicile, Sardaigne, Corse, Russie…voire même Suède et Norvège ! Un melting-pot très spécial dont les aïeux à partir de 1830, sont venus s’installer en Algérie, devenue terre française. En tout, en 1962, plus d’un million de personnes .
Sur l’origine de l’appellation  » Pieds-Noirs « , de multiples explications circulent .La seule fondée fondée :  en Méditerranée, au 19ème siècle, la marine française à charbon employait des soutiers recrutés dans les grands ports : Tunis, Alger, Oran, Casablanca, Marseille, Ajaccio…Lorsque ceux-ci remontaient de la cale, ils imprimaient sur le pont la marque de leurs pieds noirs de charbon. D’où le terme  » pieds-noirs «  qui, par dérivation, s’est appliqué ensuite à la majorité de ces soutiers : les Européens d’Afrique du Nord. L’expression, passée dans le langage militaire, désigne également les appelés ( conscrits ) originaires d’Afrique du Nord.

Les  » anciens  » égrènent leurs chapelets de retrouvailles avec leur terre natale. Perles de bonheur : ils rient aux éclats. Redevenus enfants, ils jouent aux noyaux d’abricots dans les rues de Bab-el-Oued, sur les placettes dominant la mer immense. Sur les bancs de l’école, avec leurs camarades kabyles et arabes, ils apprennent assidûment :  » Nos ancêtres, les Gaulois…  » Adolescents, ils s’observent, esquissent des sourires, mais dans cette société méridionale plus que très chaste, le flirt ne va jamais très loin…  » On ne baise pas ! « , s’exclame un patriarche alerte à la moustache frétillante… Parfois un Français de métropole se lance en mariage avec une arabe ou une berbère, mais un Pieds-Noirs quasiment jamais pur ne pas subir l’obligation de conversion à l’islam! Les différences culturelles, religieuses sont trop grandes. A l’époque, le statut de la femme musulmane qui, adolescente, est mariée et dès lors vit claquemurée et voilée, symbolise toute la difficulté d’un vivre ensemble fusionnel.

Le 1er Novembre 1954, les « Fils de la Toussaint » se réveillent : le sang coule. Les  » évènements «  débutent et nos anciens caressent tristement leurs perles d’angoisse, de douleur, de désarroi, de colère…Escarmouches, attentats, représailles, manifestations, massacres, assassinats, tortures, répression : l’apocalypse de la violence s’installe pendant huit ans et plus…Les discours du de Gaulle :  » Je vous ai compris « ,  » Vive l’Algérie française !  » ( Mostaganem), entretiennent illusions et confusions. Avec le plan de Constantine, les Pieds-Noirs reprennent confiance, et l’idée du départ n’effleure personne.  » Où aller, d’ailleurs ?!  » Je suis née à Blida, mes parents aussi, je n’ai personne en métropole ! « , s’interroge rétrospectivement une vieille dame, canne à la main. 

A Evian, le 19 mars 1962, des accords sont signés avec le FLN et le cessez-le-feu est proclamé. Mais pour les Pieds-Noirs, l’horreur continue : Bab-el-Oued, Oran…Une dame plaisante aux cheveux courts blonds-roux pleure toutes les larmes de la terre :  » J’ai appris par la radio que ma sœur avait été tuée !!  » Un vieil homme se souvient avec terreur :  » Nous étions plusieurs près d’une barrière. Des tirs de partout ! Bang ! Bang ! Tttaaattaaa… ! Certains se sont accroupis, moi je me suis plaqué au sol, mon voisin a été tué à bout portant, son corps est tombé sur moi, ça a encore crépité, j’étais mort ?!.. C’est son cadavre, je le sens encore, qui m’a protégé….  » La caméra recueille ces deuils si longtemps refoulés, puis pudique, se retire…
Dès lors une seule alternative pour ces Pieds-Noirs désespérés :  » la valise ou le cercueil « 

C’est ainsi, qu’à l’été 1962, Marseille voit se déverser sur ses quais, non pas quelques centaines de réfugiés, mais plus d’un million d’exilés :  » C’est quoi ça ?  » : formule d’accueil toute métropolitaine ! Une nouvelle épreuve commence tout juste. Nos patriarches égrènent encore leurs perles de tristesse et fatalité. Dans une grisâtre ville de banlieue parisienne, une ménagère soupçonneuse toque à la porte de ses voisins fraîchement débarqués. Une jeune femme sportive vient ouvrir. Son interlocutrice lui demande :  » Je peux voir vos pieds !! Je voudrais voir vos pieds !! « …
Le chœur polyphonique chanté, vocalisé, murmuré, à fleur de peau, par ces Pieds-Noirs oubliés, s’apaise… Tous peuvent comprendre ou s’y retrouver …Loin des caricatures, Gilles Perez trouve le ton juste : ces 62 témoins de la  » pied-négritude «  nous délivrent leur vérité, qui comme toute réalité, n’est pas une , mais multiple. 
Le cinéaste nous avoue :  » Cela n’a pas été une mince affaire de réaliser ce documentaire !  » Il aura fallu trois ans, une équipe de six personnes, sept coproducteurs ( en majorité les FR3 Régions ) !

 » Les pieds-noirs, Histoires d’une blessure « , aura sans doute des suites :   » Les disparus d’Oran du 5 juillet 1962″, des centaines d’européens sont enlevés en pleine ville ; ces événements sont totalement occultés par l’Histoire.

 

Gilles Perez rend leurs voix à ces Pieds-Noirs, éternels transplantés. Le calvaire de la mutité s’achève aujourd’hui pour certains. D’autres se taisent encore…Entre-temps, sont nés leurs bébés d’exils… N’auront-ils pas aussi leurs mots à dire ? Enfants de nulle part ? Enfants du monde entier ? D’ici et d’ailleurs , d’autres perles-mémoires nous attendent.
Florence COMOLLI

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