Les salaouètches font manqua

Posté par lesamisdegg le 8 juillet 2019

Long garçon au sourcil dur, au teint basané, de ceux qui à douze ans sont encore loin du certificat d’études mais qui savent en imposer à une cour, une classe, voire à Costantini l’instituteur…

— Moi M’sieu ? Aïe, Aïe, Aïe… . A-moi vous m’le dites. Et alors ? Apolitain je suis…

Et il se frappe la poitrine et ses deux mains, doigts écartés, s’agitent sur leurs axes, s’adressent de leurs paumes étalées, au ciel, à la Madone, tous les témoins de cette hérésie.

Il s’amuse, Costantini. Il plaisante comme on ne doit pas plaisanter avec le grand Borsogliano. Qu’il y prenne garde, ou des rancunes vont naître sourdes, latentes, qui vont dresser contre lui ce fils de pêcheurs et après…

Après, les dessins lubriques crayonnés sur les préaux, les boulettes au plafond, les bagarres, les escapades : Borso, toujours Borso.

— C’est juste ou non ?

— Ça va, ça va…

Et Borso qui triomphe. Et son triomphe c’est ce geste large qu’il fabrique, derrière le dos de l’instituteur, d’un coup de paume sur son avant-bras…

 

bradonneir

bradonneir

 

— A qui i’se croit d’le mettre ? Puis dans un grand sursaut d’énergie :

— Qui va s’la prendre ! On fait manqua…

Le voilà le grand mot lâché, c’était prévu, le voilà… Les rancunes sont là, je vous le dis, toutes en réserve sous ce front bosselé, prêtes à surgir, à s’étaler. Un coup de tête dans le ventre ? Ça ne se fait pas, mais il y a contre les instituteurs d’autres vengeances à l’usage des fils de pêcheurs qu’on a enfermé entre quatre murs et qui en ont assez. On fait manqua, on fout le camp, on disparait. Plus de Borso. Où est-il? Il trouvera bien une excuse, il fabriquera un billet, il sera malade. Mais plus de Borso pendant une journée. Quelle vengeance !

Manquaora! On va faire des lionces

Le voilà le grand mot, le voilà. Résister ?

— Et si le Maître le sait ?

— Le Mait’ Aïe, Aïe, Aïe. Quoi i’sait le Mait’ ? Que falso que tu fais. N’en casses pas d’une et si tia peur, n’as pas peur.

Résister ?… Où sont les autres ?

— Ho Sintès ! Vinaqua !

Il en sera, lui, Sintès, il en est toujours, c’est un manquaoreur de première…

— Ho Sintès ! Vingua Mi !

Et peu importe le patois dont on se sert, il viendra toujours. Sintès c’est un Algérien comme les autres. Qu’on lui dise « Arroua Mena » et il viendra. Contemplez-le, Sintès… Il est de tous les jeux, de toutes les batailles, — et il ne tranche pas, ce fils d’épicier maltais, parmi tous ces fils de Napolitains, de cheminots italiens, de tonneliers mahonnais. Et la course aux noyaux, Dieu sait s’il en est, lui. Les noyaux, c’est de l’or. Les noyaux, on en emplit des chaussettes et on en bourre des cartables et on se bat pour des noyaux.

— Ho tricheur !…

— A qui t’ia dis tricheur ? On se bal, ça en vaut la peine.

— T’i en veux? Sors dehors !

— Ho Sintès !

Il court, furtif, d’un groupe à l’autre, l’œil malin, des mines de banquier juif.

— Ho Joseph ! La rascasse de tes morts…

Le voilà, il vient. Il a raflé vingt noyaux à plus malin que lui.

 

pignols

pignols

 

— Quoi y a, ho Borso ?

On fait manqua !

— Manqua? Va, va t’la prendre, va…

— O dé, grand fartasse !

— Qui c’est grand fartasse? Aïe, Aïe, Aïe ! Bon, je viens.

Je vous le disais. Sintès s’en fout de votre école, il est là pour gagner des noyaux. Il s’en fout…

— Allez ! Marche la route, aucun il a rien vu.

Un moment encore on entend la grande rumeur de l’école.

— Canette ? Vingua !

— Fava ? Vingua !…

Puis la rumeur s’en va, trop faible vraiment, pour lutter avec le grand silence confus de la campagne.

****

Un ciel bas, terne, des nuages en frange sale au bas de l’horizon. Il v a tout au haut du Chemin de Fontaine-Bleue un terrain vague qu’on connaît bien de réputation dans notre école, un terrain embroussaillé, plein de taillis, plein de guimauves hautes comme nous et plein d’arbres et de buissons et plein de chardons qui sont bons à croquer. Le Maquis de Borso. On l’appelle ainsi. Et le jeune Napolitain s’y est taillé à coups de tête dans les dents, à coups de, genoux dans les ventres, une solide réputation…

— Borso ? I’ en a pas deux comme lui pour la donade…

— Obligé ! dit-il. Et il a l’air, en disant ça de s’excuser.

— Obligé !

On s’accroche à un sentier, on escalade la colline. De la sueur perle, coule entre les sourcils, griffe les yeux, atteint la lèvre où on l’essuie d’une main rageuse.

— J’ai une gazouze terrib’, souffle Sintès.

— Payes à boire !

Et vraiment, il a eu raison, Borso, de répondre ça. On n’est pas ici pour se plaindre. La manqua, depuis quand est-ce une partie de plaisir ? Il faut suer, se cacher, se battre, escalader des clôtures.

— Ahusse moi, après j’t'ahusse.

Il faut s’égratigner aux épines des taillis, se cogner aux branches basses, trébucher sur les éboulis… Mais aussi quelle impression de fraîcheur — comme un souffle de liberté — vous frappe au visage quand vous pénétrez dans les taillis. Quelle frénésie alors de courir, de grimper aux arbres, de crier, de vivre. Et quand on a découvert des lionces, qu’on s’en est bourré à crever, quelle splendide bataille on se fait, à coup de noyaux ! Ça siffle, ça blesse. Vive la manqua ! Quelle splendide bataille… — Attrape cui-Ià dans les dents ! Et quand on n’a plus de noyaux on prend des pierres, et c’est encore plus beau, et ça siffle mieux, et ça fait des bosses, ça casse des dents, viva, viva la manqua !…

El nos rires d’éclabousser la sérénité de la campagne et nos injures de claquer :

— Aïdess !

La rascasse de ta race !

Les morts de tes morts !

Le bras fait mal, la sueur, la terrible sueur pique. Borso quille son tablier, étale son torse où une petite croix bleue, sur le sein gauche, se dessine.

— Aïdess !

Et c’est la vraie guerre avec des appels homériques et des mouvements tournants.

 

Et vous le voyez Sintès, avec sa figure de fouine essayer de nous prendre à revers. Il rampe sur Borso, voyez-le, il rampe, il se dresse, il court. Un type comme Borso, ne pas voir ça ! Regardez bien. Sintès court, court…, et on le retrouve dans la boue, étalé.

— Ho Borso, la mort de tes os, lu fais pas des gambettes. Ho !

El Borso rit, rit largement.

— Le sousto i’me vient, crie-t-il.

Borso rit comme peut rire un fils de pêcheur à la poitrine large, velue et tatouée d’une petite croix bleue à la hauteur du sein gauche.

— Le sang i’ se mange, le Sintès…

Il n’en peut plus de rire, de rire et de se frapper les cuisses.

El puis assez d’amusements. On n’est pas encore arrivés au but. Assez de batailles. En route. On se met à courir.

Voilà la clairière enfoncée entre deux mamelons broussailleux où poussent à foison les hautes guimauves et les ronces. Le « ravin », C’est-à-dire le maquis de Borso. Le ravin, c’est quelque chose. Un tressaillement de bonheur angoissé vous prend au cœur.

Oualla ! dit Borso, gravement.

On y est, soit. Mais quelque chose est-il moins sûr que notre tranquillité? Sintès ne vient-il pas de vous prendre le bras, inquiet…

— Mira ! Souffle-t-il.

Et il désigne une mauresque fardée, obscène, de celles qui, quelquefois, ici, viennent passer leurs marchés avec les maquereaux du quartier. On la dérange, c’est sûr, on interrompt ses pourparlers. Et la voilà qui nous crie :

— Qu’est-ce que vous foutez ici les gosses ?…

Sintès ricane :

— Ho Fathma ! Si ton- père i’ te voirait…

Inn al dinn Babak ! Bande de salaouètches…

 

salaouètches

salaouètches

 

— Et ta sœur !

Borso est grave. Il attend. Il est chez lui ici, et qui l’en ferait sortir ?

Ce gitan, peut-être, ce grand diable de gitan qui vient de surgir derrière nous, avec des mains énormes, des yeux cagneux…

— Qu’est-ce qu’il dit le morpion ?

— Quoi je dis ? (Sintès crâne). Quoi je dis ?… La nature elle est à tout le monde…

Marche la route !

Atso ! Y alors ?

— T’as compris ?

— Aïdess ! A qui vous vous croyez de causer…

Une gifle le cingle. Et le voici qui se rapproche, le grand Borsogliano, son air des mauvais jours au coin de la lèvre et qui défie le voyou :

— T’i en veux ?

L’autre peut ricaner et prendre la fille à témoin :

— Regar’-moi le minot !…

Borso recule, se contracte. Il peut ricaner. Un coup de tête dans le ventre, voilà qui vous met rapidement un géant hors de combat, un coup de tête dans le ventre, un coup de pied ans les tibias…

— T’i en veux ?

Et là, sur la gauche, un autre gitan qui surgit, fuyant… On recule derrière un barrage de figuiers.

— Bande de fouraïnas ! Rugit le nouveau venu.

— Ramasse les blocs, commande Borso, et donn’ zy sa mère !

Et les pierres de siffler à nouveau, les injures de claquer.

— T’i as di fouraïna ? Lance Borso, et sa pierre louche un crâne, une jambe.

Pas de repos décidément. Sintès peut avoir soif. Il n’est pas question de ça.

— On les aura, dit Borso, tape cinq. Et du sang peut bien se mêler à notre sueur…

— Mata la Police !…

Les adversaires décampent, furtifs. Sintès est déjà loin.

— Camés, Ho Borso ! Il bondit.

La Poulice ! On se pique la fissa !

Quelle peur atroce vous prend aux jambes, vous lance à corps perdu dans les broussailles, vous livre aux pentes. La fatigue vous serre la gorge, elle vous pince les bronches… Courir, courir. La police c’est quelqu’un, la police. Et le vieux pêcheur napolitain et l’épicier maltais, et l’instituteur corse, c’est quelqu’un tous ces gens-là… Courir coudes serrés, sans souci des autres, dévaler, par le Chemin Fontaine-Bleue, la rue Collo, l’avenue Bois-la-Reine, le ‘ Chemin des Mandariniers courir jusqu’à la rue de Lyon, la rue large, encombrée, le port. Se séparer furtivement…

Chacun i’ se les met de son côté!

Courir comme si des hordes de gitans étaient sur vos talons avec leurs mains énormes, leurs yeux louches…

Ah ! Le souvenir de ces courses éperdues qui vous prend encore à la gorge comme une asphyxie…

****

Borso ? Le lendemain, il n’est pas à son banc. Et Sintès, furtif, de raconter qu’on l’a amené à son père. Qui, on ? Le garde champêtre, bien sûr.

Borso ne remettra plus les pieds à l’école.

Au môle, près du nouveau phare, douze ans après, j’ai rencontré le grand Borso. Un individu aux épaules énormes engoncées dans un tricot de marin, une casquette sur l’œil. Il se plante devant moi.

— Ça va ?

Il n’a pas changé. Cet œil têtu, triple pli au front, cette lèvre tombante. Mais ses rides se sont fait un lit plus profond dans cette peau brune. Il me tend une large main, comme celle de l’autre, du gitan.

— Ça va ?

— Ça va.

Alors ?

Et oualla…

Et puis il ne dit rien. Ses yeux se durcissent. Un souvenir douloureux doit tordre un peu plus celte lèvre tordue. Le souvenir de l’école, peut-être, et peut-être seulement celui de celte vexation que lui a imposé quand il avait douze ans, le garde-champêtre, devant les autres et devant son père, dans son maquis. Il balance ses gros poings.

La mort de ses morts, souffle-t-il, les dents serrées.

 

EDDEP.

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Agoua limone, agua limon, granizado de limon : recette

Posté par lesamisdegg le 25 juin 2019

Pour tout ceusses qui z’ont plus l’aouéla Emilia, ni la manman Agathe, en voyage au ciel,

pour tout ceusses qui sont pas sur le cote d’azur ni en Alicante,

mén’nant qui fait bien chaud « comme là-bas »

je partage ac’ vouz’ot une recette d’aoua limone, soa soa.

 

Faisez fondre 150g de suc’ en poudre dans 1 litre et quart d’eau bouillie –zavez besoin d’la recette ?-.

Râpez le zest, just’ le jone, de 3 beaux citrons, bio com’ y disent men’nant – dans 1 quart de l’eau bouillant’ pour 15 minutes d’infusion.

Pressez les 3 « limones ».

Mélangez l’eau sucrée, l’infusion ac’ les zest, le jus des citrons, bien bien, et filtrez.

Passez la citronnade 15 minutes à la « glacière » le mélange refroidi, puis 30 minutes au congélo, la glace commence à prendre.

Alors là faut vérifier la prise du « granité », bien se le remuer à la forchette, toutes les demi-heures jusqu’à la consistance d’une soupe de neige.

Et alors ? Et oilà ! Servez dedans des verres bien gelés au « frizeur », et régalez-vous doucement pour pas vous congeler la gorge jusqu’aux cacaouètes.

 

aoua limone

aoua limone

 

Pour ceusses qui zont pas la main, oilà la marque du congelé que vous achetez à la supérette du « moutchou » espagnol –ou chinois- !

 

granizado de limon  super-congelado

granizado de limon super-congelado

 

Aussinon je vous affiche le borrico de l’aoua limone pour lui acheter, quand y passe en bas. 

agua limon ALFONSI  Oran

agua limon ALFONSI Oran

 

 

Aussinon je vous donne la recette pour que vot’ bonne espagnole elle vous le fasse, bande de gandouls !

Pépico de Saintugène d’Oran

 

granizado de limón

Ingredientes para 1,5 litro de granizado :3 limones, 150 g de azúcar y 1500 ml de agua.

Elaboración del granizado de limón :Rallamos los limones, pero solo lo amarillo porque lo blando amarga. Después los exprimimos y mezclamos el zumo y la ralladura con el azúcar.

Ponemos a hervir la mezcla durante unos 7 minutos a fuego medio-fuerte hasta que se haya reducido casi a la mitad. Y la mezclamos con el agua fría en un tupper.

Ponemos en el congelador y a la hora lo sacamos y removemos bien. Volvemos a congelar y a la hora repetimos removiendo bien, de nuevo a la hora volvemos a hacer lo mismo y ya tendremos el granizado preparado.

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MANTECADO, MANTECAO, MONTECAO : Les recettes de ma Tatarabouéla et de mon Aouéla

Posté par lesamisdegg le 18 juin 2019

Un jeudi sans école au siècle dernier, avant Noel,  j’ai écouté le cours de cuisine de mon Aouéla à sa fille (ma mère).Je vous le rapporte ci-dessous.

MANTECADO – man’técado -à l’espagnole

Avant-guerre, la première ma fi, ton Aouéla, ma mère Agueda, elle faisait comme çà.

Dans une terrine elle se mélangeait un quart de kilo de bon saindoux – mantéca en espagnol – et autant de sucre en poudre. Et vinga de mélanger avec une cuillère ; elle ajoutait aussi une pincée de cannelle en poudre, 6 jaunes d’œuf, 2 cuillerées de grains de sésame torréfié et pulvérisé. Dans ce mélange elle versait petit à petit un quart de kilo de farine, pour obtenir une pâte consistante.

mantécados à cuire

mantécados à cuire

 

 

mantécados cuits

mantécados cuits

 

 

 

 

 

 

 

Avec cette pate elle tirait, en les roulant dans la paume de la main, des péloticass, de petites boules,  qu’elle alignait sur une plaque en fer. Elles cuisaient à four doux, sans prendre de couleur.

Refroidies et soigneusement rangés dans une grande boite en fer, elles étaient de sortie pour Noel. De toujours on en a partagé avec la famille, les amis, les voisins.

MANTECADO

MANTECADO

 MANTECAO - man’técao-

Typiques de la pâtisserie andalouse, ces gâteaux se mangent généralement pour les fêtes de fin d’année.

250g de sucre glace, 30cl d’huile d’olive ou d’arachide, 250g d’amandes en poudre – 250 g de farine, 1/2 sachet de levure chimique, 1 sachet de sucre vanillé, cannelle en poudre

Dans un saladier, mélanger l’huile, le sucre glace, les amandes en poudre et le sucre vanille puis ajouter la farine et la levure pour obtenir une pâte homogène, très souple. Former de petites boules à déposer sur une feuille de papier sulfurisé sur une plaque du four

Cuire 20 min  à 160°. Ils vont gonfler et se craqueler,  les mantécaos sont cuits dès qu’ils se craquellent ;  ils doivent être blancs en surface et à peine dorés en bas. . A la sortie du four, les saupoudrer de cannelle.

Ils se mangent froids et se conservent bien dans une boite en fer

mantécao

mantécao

 

pat mantecaos

 

 

 

 

 

 

 

 

Montécao d’Alger

Les boulangers espagnols Vendent de petits gâteaux dorés fort appétissants. On les appelle des «Montécaos».

Dans un saladier, mettre une demi-livre de graisse et une demi-livre de sucre en poudre; bien tourner jusqu’à ce qu’on on-tienne une- sorte de crème. Y verser ‘doucement et en tournant toujours une livre de farine. Votre pâte étant prête, en prendre gros comme une noix, en former des petits gâteaux ronds que l’on saupoudre d’un peu de cannelle pilée et que l’on dispose sur une plaque de fer. Faire cuire au four.

Annales africaines (Alger) 1919-09-20

MONTECAO Oran 1955 12

MONTECAO Oran 1955 12

 

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MOJHAMA pour la kémia

Posté par lesamisdegg le 26 mai 2019

Mon aouélo se régalait de mojhama comme kémia avec son anisette dominicale .

mojhama

mojhama

 

 

La mojhama –esp mojama- est une salaison de filet de thon, typique de la Région de Murcie et de la côte atlantique andalouse .

De chaque thon, on extrait entre une et deux douzaines de tranches de filet de thon. On les presse pendant un ou deux jours avec du gros sel. Les filets sont ensuite débarrassés du sel.

Le thon est laissé à reposer deux jours, enveloppé dans des sacs humides. Puis il est lavé avant d’être mis à sécher 15 ou 20 jours, selon que le vent vienne du levant ou du ponant.

La mojhama se sert en tranches fines recouvertes d’un filet d’huile d’olive.

 

l'heure de l'anisette

l’heure de l’anisette

 

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Il pleut ? Il pleut! C’est le temps des MIGASS !!

Posté par lesamisdegg le 28 avril 2019

MIGASS d’Oranie

Les migass sont une spécialité culinaire espagnole (plat ancien destiné aux travailleurs des champs) qui consiste à faire revenir de très fines tranches de pain sec frottées à l’ail, dans de la graisse de mouton ou de porc. D’autres préparations se font à partir de miettes de pain frites et dorées à la poêle. De nos jours cette même recette est préparée avec de la semoule de blé ! Dans le temps, on ne jetait rien, et les jours de pluie on sortait le pain dur au « patio » pour l’humidifier avant de le cuisiner.

Ingrédients

-Un pain dur à émietter –migas- ou  500g de semoule moyenne-petit salé saucisses, longanisse, boudin morcilla , huile d’olive-2 beaux « piments » (poivrons) verts, 20 gousses d’ail avec leur peau.CUISINERPréparer le pain dur dans une grande poêle plus le pain est dur, plus il est facile à cuisiner, le couper en tranches à recouvrir d’eau juste pour l’humidifier . Egoutter et réserver.

Faire revenir l’ail puis les viandes. Réserver au chaud.

Dans la même poêle faire revenir les piments coupés en lamelles et réserver.

Faire frire les miettes de pain dur, ou bien faire bouillir de l’eau salée pour y délayer la semoule durant 10 mn.

Quand c’est cuit garnir avec viandes et piments.MIGASS

 

Servir aussitôt dans la poêle de cuisson.

A déguster chaud  ac’ un p’tit vin de maison, en famille, avec des amis, doucement car « tant qu’il reste des migass la fête continue !

 

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Geneviève BAÏLAC 1922 2019 -in memoriam – La famille Hernandez

Posté par lesamisdegg le 7 avril 2019

La Famille Hernandez est une pièce de théâtre sur le thème de la vie des Pieds-Noirs dans l’Algérie française de la fin des années 50, créée par Geneviève Baïlac le 17 septembre 1957 au Théâtre Charles de Rochefort à Paris, avec la troupe du CRAD (Centre régional d’Art dramatique) d’Alger.

Geneviève Baïlac 1957

Geneviève Baïlac 1957

 

Dans cette pièce jouent plusieurs comédiens qui deviendront rapidement célèbres : Robert Castel, Lucette Sahuquet, Marthe Villalonga.

Pendant plusieurs années, Geneviève Baïlac avait vainement essayé d’écrire une pièce de théâtre faisant vivre sur scène la cohabitation des diverses communautés pittoresques caractéristiques de l’Algérie des années 1950. Ses essais ne la satisfaisaient pas, mais elle avait en tête les idées générales de sa pièce. Devant l’exubérance créative de ses amis, Geneviève Baïlac eut l’idée de leur proposer de jouer la comédie tous ensemble en s’exprimant avec spontanéité autour de ces idées générales. La pièce se construisit ainsi en s’appuyant sur la spontanéité des comédiens.

Elle permit à la métropole de découvrir le folklore et les expressions typiques des Pieds-Noirs ; elle connut un grand succès qui se poursuivra par l’adaptation cinématographique de 1965.

 

 

 

la famille hernandez

la famille hernandez

Clément Bairam : le père Hernandez

Alice Fabri : la mère Hernandez

Lucette Sahuquet : Carmen Hernandez

Anne Berger : Rosette Hernandez

Alain Castiglia : Paulo

Robert Castel : Robert

Marthe Villalonga : Mme Sintés

 

 

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OREILLETTES

Posté par lesamisdegg le 4 mars 2019

Les OREILLETTES de l’aouéla pour carnaval

Pour le « mardi gras », avant le « mercredi des cendres », avant la période du carême, l’aouéla Emilia cuisinait des OREILLETTES –orejas de carnaval- à déguster en famille, à partager avec le voisinage et les connaissances.

-800 gr de farine – 2 œufs -1 petit verre d’anisette – 100 gr de beurre – 1 verre de lait

- sel et sucre en poudre

L’aouéla se mélangeait, bien bien, le beurre et le lait avant d’ajouter les œufs, le sel et l’anisette.

Poc à petit elle introduisait la farine pour en faire une masse qu’elle travaillait  longtemps.

Cette pate bien étalée était livrée à nos mains enfantines qui avaient le privilège de la découper en losanges.

Ces derniers étaient frits dans une huile bien chaude avant d’être égouttés puis saupoudrés d’une abondante pluie de sucre en poudre.

Pépico de Saintugène

OREILLETTES -orejas de carnaval-

OREILLETTES -orejas de carnaval-

 

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Alger Casbah 1959

Posté par lesamisdegg le 18 décembre 2018

Choses vues dans la cabah-II- Expédition rue du Diable et aux trémies de la rue des Zouaves

      M. Moussa, qui doit me guider dans ma randonnée à travers la Casbah, est exact au rendez-vous. M. Moussa est fonctionnaire; il contrôle à longueur de journée le travail des âniers dans la haute ville depuis trente ans. C’est dire qu’il a vu défiler toute une génération d’âniers et d’innombrables petits ânes au cours de sa carrière.

Je fus jadis, en compagnie de mon camarade le grand peintre Jean Launois, un familier de la Casbah. Nous la parcourions en tous sens durant les années heureuses, et nous y comptions de solides amitiés : Postillon, le commissaire borgne des dames de petite vertu de l’endroit; José, mon vieil ami gitan; Jean le Maltais, qui tenait une cave au comptoir de laquelle se présentait chaque jour un énorme bourricot, équipé de ses chouarris.Cet âne avait été gratifié, un matin, par un des clients de la cave, d’un morceau de sucre. Il s’en était régalé et depuis, chaque jour, il faisait irruption dans l’établissement de Jean pour réclamer sa ration. Deux autres ânes faisant équipe avec lui l’attendaient patiemment au bas de la rue. Ce manège avait duré cinq ans, ce qui représente un nombre respectable de morceaux de sucre…

 

l'asnier ouargli  , chiari et bourriquot

l’asnier ouargli , chouari et bourriquot

 

M. Moussa se souvenait fort bien de cette histoire. A son tour, il évoqua l’aventure de « Il est fort », un bourricot qu’on avait surnommé ainsi à cause de sa prodigieuse vitalité. Celui-là ne se contentait pas d’un simple carré de sucre : il exigeait du pinard ! Cette déplorable habitude lui était venue du jour où, descendant la rue de la Casbah, il avait eu la fantaisie de tremper ses babines dans la cuvette aux trois quarts pleine de vin où « Messaoud », le mouton-fétiche de « La cave des amis » (un autre phénomène), était accoutumé à venir se désaltérer. Cette cuvette, destinée à recueillir les gouttes s’écoulant du robinet de bois d’un tonneau mis en perce pour la vente de vin au détail, se trouvait toujours à même le sol, à l’entrée de la boutique. Tout le quartier en avait bien ri, mais « Il est fort » avait vu son surnom troqué contre celui de « kilo ». Ce dont il se moquait éperdument, les ânes ne comprenant rien au pataouette. Cependant, de telles facéties ne sont point en honneur chez les ânes du dépôt Nord. Il s’y rencontre encore quelques loustics, mais qui se contentent de fouiller de leur museau les chouarris de leurs coéquipiers pour y cueillir quelque croûton de pain ou quelque reste de macaronis. Ce qui est anodin…

La plupart des âniers sont originaires d’Ourgla, l’oasis des ânes. Les Ouarglis montent à dos d’âne très jeunes, et s’ils apprécient les qualités de ces animaux, ils en connaissent fort bien les défauts. Et les ânes le savent bien qui ne se font pas prier pour obéir docilement aux injonctions gutturales de leurs maîtres. Pour un bourricot, « Harrré…hi » signifie : avance ; « Ohhôôô » signifie arrête ! Encore faut-il savoir lancer ses commandements avec énergie et avec l’intonation désirable sans quoi, ouallou ! L’âne n’en fait qu’à sa guise ! M. Moussa, lui, est né plus au Nord. Il est originaire de Ghardaïa, pays où les gens se consacrent traditionnellement au négoce. Il a choisi d’être fonctionnaire. C’est un sage…

Après une rapide prise de contact, dans la haute Casbah, avec le chef d’îlot qui abrite ses services dans une minuscule pièce dotée d’une table et d’un téléphone qui le tient en liaison constante avec le dépôt, nous partons à la recherche d’une des équipes assurant le nettoiement de la Casbah. La centaine d’ânes valides qui constitue l’effectif actif du dépôt y est répartie par équipes de trois.     Chaque équipe a la charge de six rues dont elle connaît admirablement la topographie, le même secteur étant affecté une fois pour toutes à la même équipe. Nous choisîmes pour la circonstance un secteur au relief mouvementé : celui de la rue du Diable, qui porte bien son nom. Lorsqu’on en gravit les marches, tout en haut, on aperçoit pourtant, à la sortie du tunnel qui la couvre entièrement, un petit coin de ciel bleu. Mais lorsqu’on en dégringole les marches, il fait sombre, on risque à chaque instant de se rompre le col et cette « descente aux enfers » ne manque pas d’être impressionnante. Au moment où nous y arrivons, un petit âne s’apprête à tenter l’escalade. L’air goguenard -je me trompe peut-être en prêtant aux ânes des sentiments qu’ils n’ont jamais eus- ses deux compagnons d’équipe se sont effacés pour le laisser partir seul à l’assaut de la rue du Diable. Il en est ainsi chaque fois qu’une impasse débouche -tel un affluent- sur la ruelle principale. Un seul âne suivi de l’ânier pénètre dans l’impasse, tandis que ses co-équipiers attendent patiemment, dans la rue, son retour pour éviter d’irrémédiables embouteillages. Un énergique « Harrré…hi » ponctué d’un coup de baguette fait comprendre à notre bourriquet que le temps des tergiversations est passé, et c’est poussé par son ânier qu’il se décide enfin à gravir les premières marches. Mais les chouarris obstruent le passage et une vieille Mauresque qui descend ne doit son salut qu’à la rapidité avec laquelle elle s’est plaquée contre la muraille. Suit un concert de protestations indignées qui ne troublent en rien l’ânier et son âne grimpant obstinément la ruelle. Seul, maintenant, le bruit des poubelles vides heurtant le sol parvient jusqu’à nous, et ce n’est que quelques minutes plus tard qu’apparaîtront deux points brillants trouant l’obscurité. Ce sont les yeux de l’âne qui redescend en assurant posément ses pattes sur chaque marche pour ne pas être entraîné par le poids des chouarris pleins à ras-bord. De son côté, pour faciliter la manœuvre, l’ânier remplit l’office de frein. Il retient de toute sa force le bourricot par la queue… Il en ira ainsi chaque jour où les mêmes scènes se renouvelleront dans chaque ruelle de la Casbah.

 

rue du diablerampe des zouaves

rampe des zouaves

 

Puis, les chouarris remplis-ce qui représente un poids de 80 kilos environ par bourricot-, les équipes s’achemineront à petits pas vers la trémie de la rampe des Zouaves où s’effectue la collecte des ordures. Le spectacle y est assez divertissant. Des files d’ânes font la chaîne devant la plate-forme de la trémie, avant de déverser le contenu des chouarris dans l’orifice du tuyau aboutissant aux camions de maraîchers stationnés en contre-bas. En attendant de se présenter à reculons, sans qu’on les en prie, devant la trémie, les petits ânes goûtent des instants de repos qu’ils mettent à profit pour se régaler de quelque tranche de pastèque piquée dans le chargement du voisin.

Quant aux âniers, ils profitent de cette détente pour plaisanter : « Ya Hamou! Combien as-tu récolté de petites cuillers ce matin, dans ton sac? «  (Les âniers portent, suspendu à la ceinture, un petit sac destiné à recevoir tous les objets hétéroclites égarés dans les poubelles par les ménagères distraites.). Hamou de répondre en découvrant ses dents blanches : « Toutes celles que tu n’as pas ramassées en faisant ta tournée, ya H’amar, car toi, tu dormais debout, ce matin.  Ce qui, d’après les dires d’un troisième larron, n’avait absolument pas d’importance, car dans le monde des âniers on sait bien que les ânes sont capables de se diriger seuls, et même de guider leur maître. J’avais l’occasion, le soir même, de vérifier l’authenticité de cette boutade en assistant à la rentrée des ânes.       Une fois débarrassées de leurs chouarris, les bêtes se dirigeaient seules, en effet, dans les écuries, vers leurs places respectives où les attendait dans leur mangeoire une abondante ration de paille fraîche et d’avoine, récompense bien méritée de leurs bons et loyaux services.

Charles Brouty  (textes et dessins de l’auteur 1959) 

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ALGER : la vie des petits ânes du service municipal du nettoiement

Posté par lesamisdegg le 14 décembre 2018

Visite du « dépôt Nord »

Au pied de la colline où s’étayent les innombrables petites tombes blanches du cimetière d’El-Kettar, une vaste bâtisse longe la route du Frais-Vallon. Elle abrite le dépôt Nord des services du nettoiement de la Ville d’Alger.  Dépôt singulier : des écuries y tiennent lieu de garages, de petits ânes y font l’office de camions-bennes et aux nocives vapeurs d’essence se substitue, ici, une bonne odeur de campagne fleurant la paille et la bruyère.  D’aucuns prétendent que ça sent tout bonnement le crottin. Ceux-là préfèrent sans doute aux braiments sonores des ânes, l’appel bruyant des klaxons et la pétarade des moteurs.   Qu’importe ! Tant que demeureront les ruelles escarpées, les couloirs des escaliers de la casbah, seuls les petits ânes équipés de chouarris pourront assurer la propreté de la haute ville.

L’hôpital des ânes

Lorsque je pénètre dans la grande cour du dépôt quelques ânes somnolent le long d’un mur. Ce sont les malades. Les autres, les valides, sont déjà partis.  Une propreté méticuleuse règne partout. Les écuries, l’infirmerie, les ateliers sont « briqués », lavés à grande eau.   J’aurai l’impression de m’être égaré dans quelque service hospitalier lorsque j’apercevrai tout à l’heure, le vétérinaire du lieu, en sarrau blanc, sortant d’un laboratoire ripoliné, une impressionnante seringue à la main. Le liquide jaune contenu dans la seringue de 25 centimètres cubes n’est autre que du sérum antitétanique qui a dû être injecté à un animal sévèrement blessé.  Les ânes malades ont l’oreille basse, le regard voilé. Ils courbent tristement l’échine. J’étais bien près de me les imaginer accablés sous le poids de quelque affreux malheur lorsque l’homme au sarrau me confia en riant

« L’air malheureux ! … Pensez-vous… ils ont sommeil, tout simplement. Les ânes adorent dormir… ».

Sur ces quelques mots raisonnables mes illusions prenaient fin.          Parmi les malades, quelques-uns soufraient de rhumatismes, d’entorses ou de maladies articulaires imputables à la gymnastique que leur impose de continuels va-et-vient dans les ruelles escarpées de la Casbah; d’autres étaient atteints de maladies inhérentes, malgré toutes les précautions prises, au contact de la peau avec les détritus des poubelles.    D’autres, enfin, étaient vieux. Leurs pelages blanchis l’attestaient. A ceux-là on donne à boire non point de l’eau de jouvence, mais quelque potion vitaminée destinée à les ragaillardir.         La balnéothérapie est également prodiguée avec succès au « dépôt Nord ». L’air béat, un âne subissait une séance de balnéation continue. Des heures durant un mince filet d’eau échappant d’un tuyau fixé au garrot irriguait sa patte malade.    Ainsi, placées sous la surveillance constante de vétérinaires spécialisés, les bêtes seront capables d’assurer dans de bonnes conditions et pendant de longues années – dix à douze – une dure besogne quotidienne.

La fabrique de balais

Après avoir souhaité, du fond du cœur, un prompt rétablissement à tous les malades, je vais me rendre, en compagnie d’un chef de service, aux ateliers où l’on confectionne les balais.         Chemin faisant, j’apprends que la ville en consomme à elle seule, en moyenne de cent à cent vingt par jour… Pas étonnant, après cela, qu’Alger ait la réputation d’une des villes les plus propres du monde…         Dans une petite cour, une dizaine de noirs d’Ourgla – des Ouargli – assis à même le sol sont occupés à trier des tiges de bruyère qu’ils assemblent méthodiquement selon leur longueur et leur grosseur en faisceaux équilibrés.    Ces bruyères, venues des environs (c’est la forêt de Zéralda qui est maintenant exploitée) sont apportées par camion entiers deux fois par semaine.. Quel merveilleux emploi que celui de préposé à leur cueillette ! …  Les ébauches de balais sont confectionnées en un temps record. Devant l’habileté de ces hommes je ne peux m’empêcher de remarquer à l’oreille de mon cicérone que ce sont de véritables artistes.  Ce qui me vaut cette réponse sibylline : « Aouah ! C’est pas des artistes « ça » ! Ici, c’est le refuge des affligés !…Eh oui, m’sieur ! Tous ceux qu’on ne peut pas employer sur la voie publique, on les met sur une voie de garage… alors c’est ici ! » En tout cas,  affligés ou pas, je constate que les artistes seront toujours de grands méconnus.     Les ébauches sont ensuite dirigées vers l’atelier de finissage où elles sont immergées dans l’eau bouillante d’une énorme chaudière, afin de les assouplir et leur donner un galbe qui augmentera considérablement la surface portante au sol du futur balai.    Cette opération, désignée sous le nom de coudage, est réalisée grâce à un appareillage qui a été entièrement conçu et fabriqué au dépôt « avec les moyens du bord », me fait-on plaisamment remarquer. Dans un local voisin, on borde des muselières de tresse du plus gracieux effet. Mais les ânes méchants – ça existe – n’en paraissent pas plus fiers pour ça…

Nous accédons ensemble, par une une rampe en pente douce, aux magasins et entrepôts du premier étage. Tout un impressionnant matériel allant du boulon aux manches de balais, en passant par des pelles, les crochets, les pots de peinture, les tinettes et les poubelles de toutes formes – et de tous gabarits – (il existe des poubelles de marché, des tinettes à pansements pour les hôpitaux, des tinettes hermétiques en pêcherie) – est soigneusement étiqueté et rangé.       Une pièce est réservée à l’habillement du personnel. Pendus aux plafonds sur des cintres ou rangés sur des étagères, des bleus, des tabliers, des bottes : l’uniforme du parfait ânier.

Les ânes ont droit, eux aussi, à la sollicitude des pouvoirs publics. Il a été prévu à leur intention des bardas en peaux de mouton que j’aperçois alignés. Ces bardas sont destinés à préserver l’échine de bêtes du contact des chouarris malodorants.       Heureux ânes que ceux du service de nettoiement du dépôt Nord de la ville d ‘Alger ! Il ne leur manque plus, en vérité, pour ressembler à leurs frères d’Andalousie, que des pompons multicolores et quelques petites sonnettes tintinnabulantes pour annoncer, de loin, leur arrivée aux ménagères de la Casbah. C’est là que je m’en irai les retrouver demain, en compagnie de Monsieur Moussa, dans l’exercice de leurs fonctions.

Choses vues dans la casbah

Charles Brouty  (textes et dessins de l’auteur 1959)

l'hopiral des anes

l’hopiral des anes

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Purée de nous z’ôtres !

Posté par lesamisdegg le 4 novembre 2018

En 1963, Robert CASTEL et Jacques Bedos écrivent une fantaisie musicale intitulée «Purée de nous z’ôtres» qui relate le retour d’un couple de Pieds-Noirs en France.

Créée au Théâtre des Trois Baudets, cette pièce sera donnée plus de cinq cents fois, Marthe Villalonga complétant la distribution.

 

Purée de nous z'otres

Purée de nous z’otres

 

« Purée de nous z’otres » racontait l’arrivée en France d’un couple de Pieds-Noirs. « Purée de nous z’otres » avait des résonances plus dramatiques que « La Famille Hernandez ». Après huit ans de bombes, nous étions 1 million à quitter la patrie pour rejoindre la mère patrie, à vivre un exil . Nous avions du chagrin, de la nostalgie, mais pas d’amertume, et aucune visée politique. Cela dit, nous avons peut-être su montrer que la communauté était digne de respect, à une époque où Cinq Colonnes à la Une, et beaucoup d’autres émissions, esquintaient les Pieds-Noirs. Le message, inconscient, résidait dans la douleur de laisser de l’autre côté de la Méditerranée nos souvenirs, nos terres, nos maisons et nos morts.

R. Castel -Le nostalgérien 01/05/1997

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