26 mars 1962 à Alger

Posté par mdame le 11 juillet 2009

 26 mars 1962 à Alger
Note liminaire :
Ce que je n’ai pas vu, ni entendu moi-même est rapporté entre guillemets et la source de l’information est notée entre parenthèses – mais je précise que j’ai entendu moi- même les auteurs des témoignages : Journalistes, blessés, infirmières, visiteurs…
Jean Louis SIBEN

Vers 10 heures. Dans toute la ville circule rapidement un mot d’ordre de grève générale à partir de 14 heures et de manifestation à partir de 15 heures. Des tracts sont bientôt répandus invitant la population à se rassembler à 15 heures au Plateau des Glières (Place de la Grande Poste) pour défiler vers Bab-El-Oued : sans aucune arme et en silence. Le but est de montrer que toute la ville est solidaire de Bab-el-Oued. (A ce moment, ce quartier est isolé depuis 3 jours, ravitaillement en pain assuré par l’Armée de 6 heures à 8 heures le matin, aux femmes seulement – Les vivres collectés en ville Samedi et Dimanche ont été pris par les Forces de l’Ordre  » et ne sont pas parvenus à la population – Aucun enlèvement des morts ni des blessés – Evacuation des enfants de moins de 10 ans interdite, car des familles d’autres quartiers avaient demandé à en héberger – Les hommes de 14 à 70 ans emmenés de chez eux sans aucun bagage pour être triés au Camp du Lido et au stade de Saint-Eugène : 3 000 sont alors en cours de tri, parqués sans nourriture ni abri, battus – Après vérification de leur identité, ils sont relâchés, mais en ville et ne peuvent regagner Bab-el-Oued qui est bouclé – Sous prétexte de fouille, les gendarmes cassent, pillent appartemzents et magasins. Ils tirent au canon de 37 et à la mitrailleuse de 12,7 sur tout ce qui bouge ou fait du bruit – Les volets sont clos en permanence).
A partir de 14 heures, la foule afflue vers la Place de la Poste, un piétinement régulier, sans précipitation, sans un cri – La place est encerclée par l’Armée, des barrages coupent les rues, constitués pour la plupart de camions joints – Les Facultés sont occupées militairement.
Les groupes parviennent à la Poste malgré les barrages, en contournant les infranchissables – Rue Michelet un cordon de soldats laisse passer un filet, mais Bd Baudin, les CRS ne se laissent pas franchir et les gens des quartiers Est (Belcourt) sont obligés de faire le tour par le haut de la ville ou les quais.

Vers Bab-el-Oued à partir de la Grande Poste :–>Plan

Boulevard Front de mer : barrage de camions
rue Alfred Lelluch : id
Bd Bugeaud : id
rue d’Isly : barrage de soldats en cordon

Les voies sont toutes barrées, mais la dernière moins fortement, c’est elle qu’empruntera le cortège.
Partout les soldats sont en tenue de combat, casque lourd, mitraillette et FM avec chargeur engagé, le visage dur.

« Depuis le matin, les terrasses des immeubles bordant la Place de la Poste sont occupées par l’Armée ; sur certaines des mitrailleuses de 12,7 sont en position – A partir de 14 h 30, les soldats envahissent les appartements de ces immeubles et se postent aux balcons ». (Journalistes Suisse et Américain)
Vers 14 h,30, la foule (10 – 15.000 personnes) se met en marche vers Bab-el-Oued par
la rue d’Isly, derrière un drapeau français tenu par un ancien combattant arabe, entouré de jeunes arabes – La foule est serrée, silencieuse, marchant lentement – Des jeunes commencent à scander des slogans, mais leurs voisins les font taire : il faut une manifestation de masse, digne, calme, résolue – Des femmes, nombreuses, des enfants, des vieillards -. Mains vides, de vieilles personnes s’appuient sur des cannes.

« Le cordon de soldats placé kà l’entrée de la rue d’Isly laisse passer le cortège et se place le long des Magasins au début de la rue, entre Cook et Havas : une dizaine d’homme dont 2/3 musulmans » (voisin de lit à l’hôpital).
Le cortège progresse rue d’Isly et passe un 2ème cordon de soldats, placé à environ 50 mètres du 1er. Mais là « un Lieutenant nous adjure de rentrer chez nous, les larmes aux yeux – lorsque nous lui disons que nous sommes Français, n’avons pas d’armes et manifestons calmement notre solidarité pour Bab-il-oued, il répond que ses hommes ont reçu l’ordre de tirer » – (une cousine – 50 ans).
« Le cortège passe pendant 10 – 15 minutes, mais tout à coup les soldats reforment le barrage, en tronçonnant le défilé ; pointant leur mitraillette sur le ventre des manifestants, ils les empêchent d’avancer – il est 14 h30″ (voisin de lit).
14 h.50 : c’est l’ouverture du feu, par des rafales de mitraillette, sans qu’il y ait eu, au préalable, un cri, un coup de feu, une sommation – le tir à bout portant.
« Les première rafales sont tirées du carrefour Bd Pasteur – rue d’Isly par des soldats postés devant Havas (appartenant au 1er cordon) et en face (appartenant au 2ème cordon) Le tir arrose la foule rue d’Isly et vers la Grande Poste ». (Journaliste américain).

Les manifestants tombent, se couchent ou courent pour se protéger. « Ceux qui refluent rue Chanzy sont pris sous le feu de soldats placés Bd Bugeaud et tirant vers la rue d’Isly » (journaliste Américain).
Beaucoup se plaquent sur le trottoir de la rue d’Isly opposé au Bd Pasteur, les plus heureux plongeant dans les couloirs d’immeubles – La rue d’Isly étant bordée de magasins, les vitrines sont cassées et on verra à l’hôpital « de nombreux blessés par verre, tendons sectionnés » (Infirmière du Sce de l’Hôpital).
D’autres (comme moi), refluent vers la Grande Poste en courant : ils sont fauchés par le feu ouvert par le barrage placé Bd, Bugeaud (PM et surtout FM) . (Je suis touché à la base de l’épaule gauche par une balle entrée de 3/4 arrière et ressortie devant sous salière gauche)
Du coup, plus personne ne court, tout le monde est à terre – Le tir est général, au
PM , au FM , provenant des soldats placés rue d’Isly et Bd Bugeaud. « A cette heure, le
service d’ordre tire aussi du Bd Bugeaud vers la rue Alfred Lelluch (parallèle en contrebas), Place de l’Opéra (Ouest de la Poste 800 mètres à vol d’oiseau), aux Facultés vers la rue Michelet (Est 400 mètres), au Carrefour de l’Agha, (Est 500 mètres), au Champ de Manoeuvres .(Est 3 kms), sans tuer trop de monde car il n’y avait pas de manifestants à ces endroits … » (des riverains, venus rendre visite aux 3 blessés que nous étions dans la chambre d’Hôpital).
Sur la « placette de l’horloge », chaque vivant se fait le plus petit possible, car les tirs continuent sur les gens couchés. A ma place, couché sur le trottoir de la Grande Poste, les pieds tournés vers le Bd. Bugeaud, je suis un peu surélevé, rien ne me protège, mais je puis observer toute la placette, de Cook au Carrefour Pasteur -Isly. J’entends dans mon dos les départs de PM, du barrage Bugeaud, qui tire sans arrêt – La placette est jonchée de corps, certains entassés dans les caniveaux – A ma gauche, assis dans l’encoignure de la porte de l’ancien local des Chèques Postaux, un vieux monsieur blessé légèrement se blottit et attend – à gauche devant, git un homme, baignant dans une mare de sang, la mâchoire inférieure arrachée, mort – A droite, dans le caniveau, un homme de 50 ans est couché, le visage tourné vers moi, les yeux fermés, paisible : il a la tempe gauche traversée, sa femme crie « mon mari est mort, mon mari est mort ! « elle est couchée à côté de lui et l’entoure de son bras, elle veut se lever pour chercher du secours, mais je l’exhorte à ne pas bouger – En effet, des bras ensan glantés se lèvent, des gens hurlent de cesser le feu « nous sommes Français comme vous, arrêtez ! », des blessés tentent de se soulever : tout début de mouvement déclenche immédiatement des rafales – A l m.50 de moi, sur ma gauche, le mur de la Grande Poste est criblé de balles à moins de 40 cms du sol. Je suis dans une position parallèle à ce mur, les balles me frôlent, souvent après avoir ricoché sur le trottoir, qui est tout écaillé (l’une m’atteint au sommet du crâne et m’entaille le cuir chevelu jusqu’à l’os).
Mon voisin de lit, qui se trouvait alors couché 7 , 8 m. devant moi (dans le même sens que moi), est atteint au pied par une balle de FM – Bugeaud, qui après avoir ricoché, pénètre entre 2 orteils et va se loger près de la cheville – Ses voisins droite et gauche avec qui il s’entretenait, sont tués presqu’en môme temps, l’un d’une balle dans l’arrière de la tête, l’autre d’une balle dans le dos.
De ma place, je vois le militaires postés entre Cook et Havas arroser les gisants au PM et au FM : ils vident chargeur sur chargeur, ce sont des musulmans. L’un nous fait signe de nous lever, en nous gueulant des injures et en faisant des gestes obscènes – Au carrefour Pasteur-Isly, un gradé (quelque chose brille sur ses épaulettes), se dandine d’un trottoir à l’autre du Bd. Pasteur, la mitraillette en sautoir, les mains dans les poches.
Le rafa1es continuent de partout : il y a au moins 10 minutes que le feu a été ouvert. Dans le lointain j’entends une corne de pompiers, c’est une camionnette qui s’arrête 10 m devant moi : je fonce.

Divers témoignages .
- d’un lieutenant de tirailleurs à un collègue : vers 14 h-30 sont arrivés en camion des
musulmans nouvellement incorporés qui obéissaient manifestement à des consignes préalables que nous ignorions : ils constituaient les cordons 1 et 2, rue d’ Isly (Ce sont eux qui ont ouvert le feu).
- d’un Journaliste américain : Les cordons 1 et 2 étaient formés de soldats FLN de la Willaya 3 incorporés depuis quelques heures (Dans le cadre da la force locale).
- d’un Visiteur : le feu a cessé lorsque le Lieutenant commandant le détachement qui l’ordonnait depuis 10 minutes en vain, a abattu un des tireurs musulmans, Il a été tué lui-même par un voisin du premier.
- d’un Journaliste suisse : des fgemmes et des enfants ont été achevés dans les couloirs.
- d’un témoin logeant dans un immeuble surplombant : un officier passait parmi les corps et achevait les blessés au pistolet.
(Un visiteur a dit que des bandes de l’ALN venaient d’être incorporés à l’Armée Française avec leurs gradés).
- d’un Journaliste Américain : sur les terrasses occupées militairement, on a retrouvé des étais de balles, d’armes individuelles et collectives – d’autre part, les carreaux des terrasses ont éclaté par des balles tirées des hélicoptères.
- d’un Chirurgien de l’hôpital : ont été tués en portant secours à des blessés : un Docteur (Dr. Massonat), 2 pompiers et 8 pompiers blessés. Une ambulance de l’hôpital a été criblée de balles, son chauffeur est arrivé tout ensanglanté… pour être hospitalisé d’urgence.
- d’un Docteur : aucune arme n’a été trouvée sur les gens ramassés, morts ou blessés.

Le quartier n’a pas été fouillé, comme il n’eut pas manqué de l’être si le feu avait été ouvert par des OAS. D’ailleurs les tireurs (que je voyais bien, ne se protégeaient pas du tout d’en haut. J’ai vu l’un d’eux diriger, à un moment, son arme vers le haut, regarder quelques secondes, puis arroser à nouveau les couchés, sans doute après avoir reconnu des copains sur les balcons …
- Des visiteurs ont dit que les soldats européens n’avaient pas tiré,

Bab-El-Oued a été débloqué le Jeudi 29.3 à 5 heures, soit après 7 jours d’isolement, Le beau-père d’un voisin de lit s’y est rendu rapidement, à son magasin, et il a recueilli quelques témoignages. (D’abord son magasin est cassé et pillé)

Armée et CRS ont essayé de se tenir hors du coup, même le contingent, qui fraternisait avec la population. Devant ce relâchement, les Autorités ont envoyé les Gendarmes mobiles avec des blindés – Ceux-ci ont cassé et pillé les magasins, emportant les marchandises par sacs et valises (en particulier le Monoprix). Dans les appartements, ils ont cassé les meubles, volé tout ce qu’ils pouvaient emporter, argent, bijoux : aux propriétaires qui leur demandaient un récépissé, ils répondaient de le faire faire par les Chefs…. mais personne ne pouvait sortir.

Les Doyens des Facs Médecine-Sciences-Lettres ont été destitués pour avoir protesté contre ces procédés (mercredi 28/3).

Le résultat de la fusillade serait de environ 50 morts et 200 blessés. Ce chiffre peut paraître en discordance avec celui de 10 -15.000 que j’ai donné pour les manifestants, mais les rafales n’ont couché que la queue du cortège, les retardataires qui, comme moi, avaient retenu 15 heures pour heure du rassemblement – Heureusement la grosse masse des manifestants avait déjà passé le cordon n°2 depuis quelques minutes.

Aux Français de Métropole, ces récits rappelleront sans doute des scènes douloureuses, qui se sont déroulées sous une occupation étrangère…

 » C’est grand, la France , c’est beau , c’est généreux « .

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MONUMENTS EN EXIL

Posté par mdame le 20 juin 2009

        MONUMENTS EN EXIL dans MEMOIRE banniere  

 Beaucoup des monuments que nous avons laissés là-bas ont pu être ramenés et accueillis par des municipalités bienveillantes.
En voici une liste (fournie en grande partie par Henri Belasco)
Si vous connaissez la nature et le lieu « d’exil » d’autres monuments, non cités dans cette liste, nous serons heureux de la mettre à jour.

 

Certains monuments comportent un lien qui renvoie sur leur histoire 

Ville ou Village Nature Lieu d’exil
Aïn el Arba Cloche Maurin (34)
Affreville Cloche (nommée Algérie) Vannes (56)
Affreville Statue (Mgr Affre) St Rome de Tarn (12)
Aïn el Turck Monument aux Morts Coulenteral (34)
Alger Statue du Mal Bugeaud Excideuil – Dordogne
Alger Cloche St Just de Narbonne (11)
Alger Statue Equestre de Jeanne d’Arc Vaucouleurs (55) Place de l’Hôtel-de-Ville
Alger 1 cloche de Ne Dame d’Afrique (refondue) Eglise St-Pierre-du-Gros-Caillou, Paris 7è Info : Jacques Servant
Alger 1 cloche de l’église Ste Monique du Ruisseau Eglise St-Pierre-du-Gros-Caillou, Paris 7è Info : Jacques Servant
Alger Carillon (20 cloches) St Vincent de Carcassonne (11)
Alger 4 cloches St Jean de Castelnaudary (11)
Alger Cloche (Cyprienne)1000Kg/1868 Geaune (40) Carillon cathédrale Alger
Berrouaghia cloche (carillon) Laval
Bône (Région) 3 cloches Sète Métairies (34)
Bône Statue Bertagna Villier-Morgon (68)
Boufarik Statue du Sergent Blandan Nancy – Rue Blandan
Boufarik Mur de la Colonisation appel pour sauvetage
Bougie Monument aux morts Bordeaux (33) Cimetière Gde Chartreuse (Echo de l’Oranie)
Bourkika 1 Cloche Eglise de Luché (49)
Carnot (Orléansville) Statue de Lazare Carnot, Général et Ministre
Obernai (Bas-Rhin) Info : Alain Chappet
Canrobert 3 cloches (do-mi-sol)
Quasquara (20) Raymonde Jeanne/
Josette Paule/Antoinette Jacqueline
Constantine Statue du Général Vallée, Maréchal de France
Brienne-le-Château (Aube)
(Son lieu de naissance) Info : Alain Chappet
Constantine Statue du Général de Lamoricière
St Philibert de Grand Lieu (44) Installée en 1969.
Cendres du Gal au cimetière de St Philibert
Constantinois Cloche St Paul du Moulin à vent (66)
Delly Plaque de marbre – Monument Boutin Musée école du Génie – Angers
Eugène Etienne 2 cloches St Geniès des Moures (34)
Kléber Statue de Kléber Strasbourg – Cour du lycée Kléber
Lamtar 1 cloche Nîmes N.D. du Salut
Lavigerie 1 cloche nommée Juliette Châteaudun (28)
Mers-el-Kébir Cloche Luceram (O6) abandonnée derrière l’église
Mostaganem Bourdon (muet) Nîmes Courbessac
Oran Statue équestre de Jeanne d’Arc Caen
Oran Monument aux Morts Lyon, Plateau de la Duchère
Oran Monument de Sidi Brahim Périssac (33)
Oran
Vierge Santa Cruz
Ste Patronne d’Oran
Nîmes Courbessac
Oran 3 cloches
Montpellier (34) 1 : St-Jacques
2 St-Paul
Oran Vitraux (Don Bosco Marine)
Wittenheim (68)-Lycée Don Bosco (Echo de l’Oranie)
Parmentier 1 cloche St Paul du Moulin à vent (66)
Pelissier 1 cloche Juvignac (34)
Philippeville Monument aux morts Toulouse, Cimetière de Salonique
Philippeville
Plaque commémorative
Bombardement 14/9/1914
Versailles (78)
Cimetière des Grognards
Philippeville
Canon
Fort d’El-Kantara
Chemin de croix 
Paris (7)
Invalides (Cour de la Victoire)

l’église Saint-Joseph de Roquebrune-Cap-Martin (06) abrite un magnifique chemin de croix ramené en son temps de Philippeville.(Maryvonne Gauthier)

Port aux poules 1 cloche Nîmes ND du Salut
Rabelais 1 cloche Eglise de Luché (49)
Relizane 6 cloches Nîmes Courbessac
Renan 3 cloches Eglise St-Luc Brest (29)
Rouiba
3 cloches
Eglise de Grazeilles. Carcassonne
Saint Denis du Sig
4 cloches (Joséphine 564 Kg, Amélie 403 Kg, Jeanne 283 Kg, Denise 169 kg)
Le maître autel a été rapatrié par la Marine nationale de la pêcherie de Bizerte
N.D d’Afrique à Carnoux en Provence
Sainte-Léonie cloche Eglise St-Paul Perpignan (66)
Saïda Statue de St Antoine Toulouse, Eglise du Taur
Saïda Monument aux morts (Monument légion ?) Bonifacio – Place Bir-Hakeim
Sétif 3 cloches St Joseph de Béziers (34)
  Stèle d’Aïn Arnat (Gal de Lattre) Wildenstein (68820) (Centre Bernard de Lattre)
Sidi-bel-Abbès Monument de la Légion Caserne de la Légion – Aubagne (13400)
Sidi-bel-Abbès Statue Notre-Dame des Spahis Eglise Saint-André – Bayonne (64100)
Sidi-Ferruch 1 cloche Rivesaltes (66)
Sidi-Ferruch 1 cloche Port Vendres (66)
Sidi-Ferruch Monument Port Vendres (66) Redoute Béar
Stora/Philippeville 1 cloche Quillan (11)
Stora Statue Vierge de Stora La Seyne sur Mer (13) Chapelle Ste Rita
Tassin 1 cloche église Monchotoir Lorient (56)A propos des cloches de Tassin, je vous signale que ce sont trois cloches ( la  si  do dièse  ) qui ont été rapatriées  vers l’Eglise du Moustoir à Lorient et qu’elles ont été accrochées à un support en bois devant la baraque chapelle provisoire.. On  a pû y lire les noms des parrains et marraines . L’église n’avait pas encore été construite;  on les faisait tinter de temps à autre. Je suis prêtre et j’étais au Moustoir de 1961 à 1968 lorsqu’elles sont arrivées. Donc vers 1964. Elles carillonnent maintenant dans le clocher de l’Eglise…
Tiaret Coq – élément Monument aux Morts Briey (54) Rond point de la Poste – Offert par M Claude Gérard
 Trois Marabouts Cloche de l’Eglise Pallon (05) Communauté protestante de Freissinières
Turenne 1 cloche Onet le Château (12)

ENCORE DES CLOCHES 

 HISTOIRE DE LA FONDERIE FARNIER À ROBECOURT (Vosges) 
Au cours de mes recherches sur mon village d’Abbe, j’ai appris que les trois cloches qui garnissaient le clocher de l’église provenaient de la fonderie « FARNIER Frères » sise dans le village de Robécourt (Vosges). La commande, passée en 1886, faisait suite à un véritable forcing du desservant de l’époque : au départ, il était seulement question de faire refondre une cloche fendue. Après bien des débats, la commande passée par l’Abbé Albert Génies portait, non sur une, mais sur trois cloches qui devaient en outre, donner l’accord musical parfait. La facture se montait à 1 296.15 F, livraison faite à Dellys, et un premier acompte de 500 F avait été adressé au fondeur.
J’ai appris que la fonderie Farnier, fermée en 1940, était depuis 1986, le siège d’un musée qu’on peut visiter. Le tout est coiffé par une association qui a pour but de restaurer et de faire visiter ce petit site industriel tout en faisant découvrir un beau et rare métier (il n’existe plus en France que 3 ou 4 fonderies de cloches : encore utilisent-elles souvent des méthodes modernes de fabrication qui se sont substituées à des savoir-faire qui deviennent de plus en plus rares). Outre deux fours et leurs accessoires de manutention du métal en fusion ainsi qu’une forge où étaient fabriqués et mis en place les battants de cloches, une salle abrite des collections fort intéressantes d’outils, de moules, de jeux de lettres ou de dessins divers, un film vidéo montrant, en fin de visite, les différentes étapes de fabrication.
Les archives de la fonderie, répertoriées et éventuellement consultables aux Archives départementales des Vosges, comprennent entre autres les registres d’atelier de Ferdinand Famier (de 1873 à 1914) et de son fils Georges (de 1919 à 1939) ; ces registres permettent de retrouver toutes les caractéristiques (poids, diamètre, note donnée) ainsi que l’iconographie présente sur les cloches sorties de la fonderie Jeanne d’Arc de Robécourt.
Ferdinand et Georges Famier ont ainsi fondu un total de 5 824 cloches parties aux quatre coins du monde. Les paroisses d’Algérie, ainsi que quelques-unes du Maroc et de Tunisie, ont constitué une clientèle importante puisque 87 d’entre elles en ont commandé 145.
Le tableau ci-après permettra peut-être à certains de retrouver « l’état-civil » des cloches de leur village. Ce sera probablement une autre affaire que de les retrouver alors même qu’elles ont certainement toutes quitté le clocher qui les abritait.
 AIN-EL-TURCK  1  CHARRIER  1  LA SENIA  1  REBEVAL  1
 AIN-FEKAN 1  CHERCHELL 3  L’HILLIL 2   RENAULT 1
 AIN-SIDI-CHERIF 1  DELLYS 1  MAILLOT 1  RIVOLI 2
 ALGER (CitéBugeaud) 3 DJIDJELLI 1  MARENGO 2  SAÏDA 1
 ARBA (L’) 2  DUBLINEAU 1  MASCARA 3  SIDI-CHAMI 2
 ARCOLE 2  DOUAOUDA 1  MELLAKOU 1   SOUK-ARRAS 1
 ASSI-BOU-NIF 2  ECKMÜHL 1  MERCIER-LACOMBE 1 STORA 3
 BEDEAU 1  ER-RAHEL 1  MERS-EL-KEBIR 2  ST-CYPR/ATTAFS 1
 BELLEFONTAINE 1  FORT-NATIONAL 1  MEKLA 1  ST-DENIS-DU-SIG 1
 BOGHAR 1  FRENDA 2  MISSERGHIN 2  STE-LEONIE 1
 BÔNE 1  GUELMA 3  MUSTAPHA SUP. 4  ST-LEU 1
 BOIS-SACRE 3  HAMMAM-B-HADJAR 1  ORAN (St André) 3  TAGUEM.-ELZOUZ 1
 BOUFARIK 2  HIPPONE 1  ORAN (St Esprit) 4  T(ou V)ALEE 1
 BOU-NOUH 1  INKERMANN 1  OUED-EL-ALLEUG 1  TASSIN 1
 BOU-TLELIS 1  KEF-OUM-TEBOUL 1  OUED-ROUÏNA 1  TIARET 2
 BOUZAREA 1  KHENCHELA 1  OUED-TEMENIA 1  TREZEL 1
 B (ou D)REA 1  KLEBER 1  OULED-RAHMOUN 1  VESOUL-BENIAN 2
 BUGEAUD 1  LA CALLE 3  PARMENTIER 1  YUSUF 1
 CASTIGLIONE 2  LACROIX 1  PERREGAUX 2  ZEMMORAH 2
 CHANZY 1  LAGHOUAT 1  RABELAIS 1  

Par ailleurs, la maison FARNIER a également fourni des cloches en:

TUNISIE à EL-MAHRINE (1), GHARDIMAOU (1), KELIBIA (1), MONASTIR (2), TABARKA (3), TEBOURBA (1), THIBAR – Domaine St Joseph (3 + 1 horloge + I carillon de 13 cloches).
MAROC à TAOURIRT (1)
Avec l’aimable autorisation deChristian TRUCHI

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LE TOMBEAU DE LA CHRETIENNE.

Posté par mdame le 29 mai 2009

1888

1888

 Que savait-on du Tombeau de la Chrétienne quand commencèrent les fouilles?

Signalé d’abord par Pomponius Mela, puis par l’Espagnol Marmol, qui avait été esclave à Alger, le monument  -appelé en arabe: Kober Roumia (Tombeau de la Romaine ou Tombeau de la Chrétienne) (1) – a donné matière à de nombreuses. interprétations historiques ; interprétations de peu de valeur, à la vérité, puisque les anciens, à part les écrivains que nous venons de nommer, n’avaient pu voir le monument dont ils écrivaient, ni même la région où il était situé, et que les modernes manquent toujours de documents précis à son sujet.
    Le texte de Pomponius Mela, le plus ancien que nous connaissions, demeure d’une imprécision remarquable. » Iol, sur le bord de la mer, jadis inconnu, illustre maintenant pour avoir été la Cité royale de Juba et parce qu’il se nomme Césarée. En deça, à l’Ouest les bourgs de Cartinna (Ténès) et d’Arsina (?), le château de Quiza (?) le golfe Laturus (?) et le fleuve Sardabale (?) ; au-delà, le Monument commun de la famille royale, ensuite Icosium (Alger)…  » (De situ orbis, L. 1, chap. 6) (2). Le Kober Roumia est donc le  » monumentum commune regiae gentis « . Ces quatre mots vagues n’ont pas encore livré leur secret. Berbrugger et de nombreux historiens ultérieurs y ont vu un mausolée du roi Juba et de sa famille. Rien, semble-t-il, ne permet de l’affirmer.
Quant à Marmol, il raconte, au livre 5, chapitre 34 de sa Description générale de l’Afrique que près de Cherchell,  » sur une haute terre qui entre dans la mer, il y a deux anciens temples où l’on sacrifiait aux idoles, dans l’un desquels se trouve un dôme fort haut sous lequel les Maures prétendent qu’est enterrée la fille du Comte Julien. Et les autres hypothèses émises, si elles sont plus merveilleuses, n’en sont pas plus solides.

Situé sur une colline de 260 mètres d’altitude, près du littoral qui se creuse entre la Bouzaréa et le Chenoua, l’édifice apparaît, dit en substance Berbrugger dans son livre sur le Tombeau, comme un immense cylindre à facettes, coiffé d’un cône à gradins, et posé sur un socle carré de 63 m 90 de côté, que supporte un béton de petites pierres concassées avec, comme mortier, la terre rouge recueillie sur les lieux. Les facettes sont larges d’environ 2 m 37 et séparées par soixante colonnes engagées d’ordre ionique ancien, dont les chapiteaux sont les uns, ceux qui touchent les fausses portes, à palmettes, et les autres, à bandeaux. La base de ces colonnes repose sur une série de deux degrés.  L’édifice est constitué par un amoncellement de moellons et de grossiers blocs de tuf, recouvert extérieurement de belles pierres de taille de grand appareil ; il a 60 m 90 de diamètre, 185 m 22 de circonférence et 32 m 40 d’élévation (3). Le cylindre de base comporte quatre fausses portes de 6 m 20 de hauteur, encadrées dans un chambranle et surmontées d’un entablement qui s’encastre dans la partie inférieure des chapiteaux à palmettes, pour former, avec les deux colonnes latérales, un deuxième encadrement ; les portes ont des moulures saillantes en forme de croix. Celle de l’Est est à peu près intacte ; celle du Sud a disparu, laissant subsister un débris de panneau engagé à gauche.  Le cône à trente-trois gradins de 0,58 m chacun de haut qui couronne le mausolée, se termine, en haut, par une petite plate-forme où devait autrefois se dresser une statue. Il a subi de graves détériorations, tant par suite de la quantité considérable de pierres écroulées du fait des intempéries, qu’à cause de l’enlèvement, par les indigènes de la région, du plomb de scellement des mortaises en queue d’aronde qui réunissait les blocs.
Il semble que, lors de sa construction, le monument, pourvu de son pyramidion, du sujet architectural ou du bronze qui l’ornait, devait avoir au moins dix mètres de plus de haut. On se ferait, précise Berbrugger, une idée assez exacte de cette construction grandiose en imaginant que, si elle était placée sur la place du Gouvernement, à Alger, elle en occuperait presque toute la largeur et s’y élèverait à une hauteur égale à celle de la colonne de là place Vendôme à Paris.

Comme on le verra plus loin, les fouilles entreprises par Berbrugger allaient révéler l’existence, à l’intérieur, d’un couloir cireulaire et de trois caveaux.
L’hypogée évoque de façon frappante les tumuli égyptiens jusque dans de petits détails. On, y pénètre par une entrée unique qui s’ouvre à l’Est sous une des fausses portes. Cette entrée fermait par une dalle à glissière que Berbrugger trouva brisée. Après un petit couloir très bas, on se trouve dans un caveau long de 5 m. 29, large de 2 m 49, haut de 3 m 50, au fond duquel a été creusée, probablement à l’époque romaine, une excavation d’environ 7 mètres, sans doute avec l’espoir de trouver une issue secrète accédant directement au LE TOMBEAU DE LA CHRETIENNE. dans HISTOIRE gal17chretiennegrand caveau central. A droite, s’ouvre une porte basse, sur le linteau de laquelle sont sculptés un lion et une lionne : les symboles de Juba II et de son épouse Cléopâtre Séléné, disent les partisans du Tombeau de Juba. Par cette porte, qui était également fermée d’une dalle, sept marches mènent à la galerie circulaire.  Celle-ci, très bien conservée, pavée en losanges, à la façon des rues de Timgad par exemple, est pourvue tous les 3 mètres de petites niches creusées en quart de sphères et destinées sans doute à contenir les lampes à huile, puisqu’on y remarque encore des traces de fumée. La galerie a environ 150 mètres de long, est large de 2 mètres et haute de 2 m 40. Elle fait presque tout le tour du monument, mais, arrivée près de son point de départ, elle décrit un coude brusque presque à angle droit vers le centre.

Les caveaux auxquels elle aboutit sont fermés eux aussi par des portes-dalles qui s’ouvraient autrefois à volonté, toujours comme dans les chapelles des tumuli égyptiens, mais qui semblent bien étroites pour avoir pu autrefois laisser passer des sarcophages. La première pièce a 4 mètres de long sur 1 m. 50 de large ; on y a trouvé, au moment de l’ouverture, quelques petites perles en pierre rare et des morceaux de bijoux en pâte de verre. Après un couloir de 3 m 40, on arrive dans la seconde pièce de 4 mètres sur 3, avec une voûte en berceau, située juste dans l’axe du mausolée ; on y remarque trois niches destinées égaleraient à recevoir des. lampes.
Berbrugger pensa que ces deux caveaux étaient les chambres sépulcrales où avaient dû être déposés les sarcophages ; mais beaucoup de savants estiment, aujourd’hui, que ces chambres sont simplement des chapelles où les parents et les prêtres venaient, à certains jours anniversaires, procéder à des cérémonies religieuses, en l’honneur des défunts, certainement inhumés dans un caveau plus somptueux et plus vaste, ménagé sous le sol et dont l’issue secrète a échappé jusqu’ici, pensent-ils, à toutes les investigations.

LEGENDES

Comme il fallait s’y attendre – nous sommes au pays du merveilleux – les légendes. concernant le Tombeau sont nombreuses et diverses.
Et d’abord, il y a celles du trésor. Elles ont des variantes multiples et remontent probablement très loin dans le temps.  Le  » Kober Roumia « , disent les indigènes de la région algéroise, contient un trésor sur lequel veille la fée Halloula. Gsell (4) a recueilli une version de ce légendaire selon laquelle un berger du voisinage avait remarqué qu’une de ses vaches disparaissait toutes les nuits ; cependant, le lendemain matin il la retrouvait au milieu de son troupeau. Un soir il l’épia, la suivit et la vit s’enfoncer dans le monument par une ouverture qui se referma aussitôt. Le jour suivant il s’accrocha à la queue de sa bête au moment où elle allait disparaître et put, ainsi, entrer avec elle. Il sortit à l’aube, toujours cramponné à sa vache mais avec tant d’or qu’il devint un des plus riches seigneurs du pays.
Autre légende de même inspiration (4) : Un Arabe de la Mitidja, tombé entre les mains des chrétiens, avait été emmené en Europe et était devenu l’esclave d’un vieux savant espagnol fort expert en sorcellerie. Un jour, celui-ci lui rendit la liberté sous la condition qu’aussitôt revenu chez lui, il irait au Tombeau, y allumerait un feu et, tourné vers l’Orient, y brûlerait un papier magique qu’il lui remit. L’Algérien obéit. A peine le papier était-il consumé qu’il vit la muraille s’entr’ouvrir et livrer passage à une immense nuée de pièces d’or qui s’envolèrent dans la direction de l’Espagne où elles allèrent, sans aucun doute, rejoindre le sorcier.
 

Berbrugger rapporte une recette magique tirée de la sorcellerie marocaine pour trouver le trésor du Tombeau :  » Endroit appelé Tombeau de la Chrétienne. – Si tu t’y rends, tiens-toi debout à la tête du Tombeau faisant face au Sud ; puis regarde vers l’Est et tu verras deux pierres dressées comme un homme debout ; par une fouille, descends entre elles, et tu y rencontreras deux chaudrons après avoir immolé.  »
Naturellement, les maîtres de la Régence d’Alger ne manquèrent pas d’être impressionnés par des récits aussi merveilleux et alléchés par les magnifiques trésors qui devaient dormir sous cette montagne de pierre.  Au XVIe siècle, le pacha Sala Reïs fit canonner le Tombeau avec l’espoir de mettre au jour des caisses d’or et de pierreries. Mais les boulets de ses bombardes ne réussirent qu’à ouvrir une brèche large mais superficielle au-dessus de la fausse porte de l’Est. Sala Reïs employa alors de nombreux esclaves chrétiens à faire une ouverture dans la muraille, mais ses ouvriers furent mis en fuite, disent les narrateurs populaires, par des légions de gros frelons noirs ; probablement, interprète Gsell, s’agissait-il des moustiques qui pullulaient dans la région avant le dessèchement du lac Halloula.

Au XVIIIe siècle, un dey employa des travailleurs marocains à de nouvelles fouilles, mais sans plus de succès. Ces fouilles-là, cependant, furent plus néfastes au monument que les bombardements de Sala Reïs, car les Marocains déchaussèrent les tenons de plomb qui liaient les blocs pour en faire des balles. Les blocs, n’étant plus scellés les uns aux autres, s’affaissèrent lentement et finirent par culbuter, si bien que, depuis cette époque, le Tombeau s’écroule en partie.
Dans une lettre du 15 novembre 1865, Berbrugger rapporte une autre légende relative au Tombeau de la Chrétienne qu’on trouve dans Marmol et à laquelle nous avons fait allusion plus haut, mais d’une inspiration différente, celle-là. 

 » La légende, plutôt que l’histoire, dit que le comte Julien, Gouverneur de l’Andalousie, au commencement du VIIIe siècle, pour venger un attentat du roi Roderik contre la vertu de sa fille, la belle Florinde, livra aux Arabes le passage d’Afrique en Espagne, dans l’année 711 ; Florinde, victime mais non complice du crime royal, fut pourtant et demeure flétrie jusqu’à nos jours de l’épithète  » Cava « , qui se prononce  » Caba  » (prostituée), mot d’origine arabe, dont la signification n’est que trop connue ici. Les Espagnols, ayant entendu les indigènes donner le nom de Kober Roumia au Tombeau de la Chrétienne, ont fait de cette désignation qu’ils ne comprenaient pas, celle de  » Cava  » ou  » Caba Roumia « . D’où ils ont conclu que c’était la sépulture de la fameuse  » Cava  » ; et alors ils ont donné au golfe qui s’étend sous le monument le titre de  » Bahia de la Mala Myer « , Baie de la Mauvaise Femme.

Ajoutons enfin que des traditions locales toujours vivantes prétendent qu’une galerie appelée  » Ras-el-Mendjel  » mènerait de l’intérieur du Tombeau jusqu’à une grotte du littoral nommée Mersa-es-Safa, située entre le Rocher plat et la Maison Etourneau.
Mais personne n’a encore retrouvé ni le Ras-el-Mendjel ni la Mersa-es-Safa.

LES FOUILLES DU TOMBEAU

Quoiqu’il en soit, Berbrugger fut parmi les premiers Français qui approchèrent le Kober Roumia. Le 20 octobre 1835, le Maréchal Clauzel, Gouverneur Général, accompagné de son secrétaire particulier Berbrugger, et escorté d’une colonne mobile, alla visiter l’imposante et mystérieuse pyramide de pierres : visite trop rapide pour que d’utiles observations aient pu être faites.  Par ailleurs, la région, à cette époque, n’était pas assez sûre pour qu’une expédition scientifique pût avoir lieu.
Dix ans plus tard, en 1845, le comte Guyot, directeur de l’Intérieur à Alger, vint à son tour, au cours d’une tournée dans la Mitidja, visiter le Tombeau.
A son retour, il demanda au Maréchal Soult, Ministre de la Guerre, un crédit de 5.000 francs pour entreprendre des fouilles, crédit qui lui fut refusé faute de fonds, et aussi de crainte que – on ne voit pas bien poûrquoi – ces  » travaux ne produisent mauvais effet sur les Arabes « .

Enfin en 1855-1856, comme nous l’avons précédemment indiqué, Adrien Berbrugger fut chargé par le Maréchal Randon, Gouverneur Général, de pratiquer les premières fouilles.  Mais, comme toujours en pareil cas, – les ressources financières ne tardèrent pas à manquer.
Ce n’est qu’en 1865, à l’occasion d’un passage de Napoléon III près du Kober Roumia, qu’une exploration sérieuse fut décidée, alimentée par des fonds que l’Empereur préleva sur sa cassette particulière (5)
. Une décision de juin 1865 désigna MM. Berbrugger et Mac Carthy comme chargés de travaux.  Par une entente tacite, ce fut Berbrugger qui prit la direction effective de l’expédition.  Durant les 7, 8 et 9 juillet, Berbrugger et Mac Carthy rendirent une première visite préparatoire au mausolée mauritanien, pour reconnaître le terrain et préparer un plan d’exploration. 

Le double but que s’étaient fixés les explorateurs était de déblayer suffisamment la construction pour retrouver la forme architecturale primitive du Tombeau, rendue informe par l’action conjuguée du temps et des chercheurs de trésors, et de découvrir l’hypogée qu’il devait contenir.  L’édifice à explorer, on l’a vu, présentait une élévation de 33 mètres sur une base de 128 mètres. Les pierres écroulées entouraient le bas du monument sur une hauteur de 14 mètres. De plus, il ne fallait pas ajouter de nouvelles détériorations à celles déjà existantes.  Par ailleurs, le mausolée était loin des voies régulières de communication, à 7 kilomètres de tout centre de population.  Le 5 novembre 1865, l’expédition arriva sur le terrain sauf, naturellement, Mac Carthy, qui ne la rejoignit que le 6 décembre.

Les travaux ne devaient aboutir que le 5 mai 1866 à 2 h. 15 de l’après-midi. Ce jour-là, le trépan, qui travaillait dans la partie Sud du mausolée, tomba dans le vide, indiquant une cavité. Un boyau de mine horizontal de 6 m 75 fut aussitôt creusé en partant du point le plus proche de l’extérieur et les explorateurs accédèrent bientôt au couloir circulaire long de 150 mètres qui se love au coeur du monument ; en poussant jusqu’au bout, ils parvinrent aux trois caveaux centraux qu’ils trouvèrent vides.  Après quelques sondages complémentaires, l’exploration du Tombeau de la Chrétienne fut considérée comme terminée par les explorateurs ; elle ne donnait pas de grands résultats.

Berbrugger consigna le résultat des travaux d’exploration du Tombeau dans un livre qu’il publia en 1867 chez Bastide, à Alger : Le Tombeau de la Chrétienne, Mausolée des Rois Mauritaniens de la dernière dynastie, par M. Berbrugger, Inspecteur général des Monuments historiques et des Musées archéologiques de l’Algérie, etc…, avec vues du monument avant et après l’exploration et plan de l’hypogée.

(1) D’après un orientaliste, M. Juda, cité par Albert Caise dans sa notice sur le Tombeau (Blida, Mauguin édit., 1893) Kobor roumia signifierait en phénicien :  » Tombeau royal « .  Par ailleurs, indiquons que selon Shaw (Voyages en Barbarie et au Levant, trad. française, La Haye, 1743, p. 58, tome I) les Turcs nommaient le Kober  » Maltapasy « , c’est-à-dire : le Trésor du Pain de sucre, et qu’il servait  » de direction aux matelots « .

(2) Le raisonnement sur lequel on se base pour voir dans le Kober Roumia le tombeau de Juba II est assez fragile malgré tout, et paraît une simple spéculation de l’esprit. Le voici : Pomponius Mela, que nous venons de citer, écrivait son De situ orbis, vers l’an 45 p.C. Le géographe Strabon ne parle pas de ce moment dans sa description des côtes d’Afrique qui est antérieure à l’an 12 p.C., date de sa mort. Donc, le tombeau a été construit entre les années 12 et 45. Or, Juba II étant mort vers l’an 25, il s’ensuit.. – Ajoutons, toutefois, qu’on a recueilli, dans le déblai du N.O. un moyen bronze de Juba II
(3) Il est difficile de parler du Tombeau de la Chrétienne sans signaler qu’il existe dans le département de Constantine, près de Batna, un Mausolée analogue, le Medracen, qui serait le Tombeau de Massinissa, et qui semble avoir inspiré les constructeurs du Kober Roumia.
L’un et l’autre sont essentiellement formés d’un énorme tas de pierres recouvert d’une enveloppe architecturale. Le tas de pierre, plus ou moins haut, plus ou moins orné, a toujours été une sépulture africaine.
(4) Stephan Gsell. – Cherchell, Tipasa, Tombeau de la Chrétienne. – Adolphe Jourdan, éditeur – Alger.
(5) Les frais d’exploration s’élevèrent en tout à 15.000 fr. (lettre du 14 juin 1866).

 

 

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