Le massacre d’ORAN-the massacre of Oran- 5 7 1962

Posté par lesamisdegg le 5 juillet 2016

 

11 h Le sirocco s’est levé, depuis quelques minutes et, bien que nous roulions sur la route de Tlemcen à Oran à plus de 100 à l’heure, l’air qui nous fouette est brûlant. A la sortie d’un petit village écrasé de chaleur, nous sommes arrêtés par deux soldats de l’ALN qui portent des mitraillettes tchèques en travers de la poitrine. L’un d’eux s’approche, entre sa tête dans la voiture et avec un grand sourire nous serre la main à tour de rôle; nous repartons.

12h20 -Dans les faubourgs d’Oran, autre barrage. Brusquement, il n’est plus question d’amabilité. Un soldat de l’ALN ouvre ma portière avec violence, et me fait littéralement tourbillonner hors de la voiture. Là, il me pose sa mitraillette sur le ventre pendant qu’un autre me fait lever les bras et me fouille de la tête aux pieds.  Mon collègue Biot, se fâche « Enfin, qu’est-ce qui vous prend ? Nous sommes journalistes ! » Aussitôt, changement d’attitude. La mitraillette s’abaisse « Il y a eu des coups de feu devant la mairie -m’explique le soldat-. Il y a beaucoup de blessés et beaucoup de morts; ça tire encore en ce moment ». 

the massacre of oran  1962 07 -galéa jean misères de la guerre 1967

the massacre of oran 1962 07 -galéa jean misères de la guerre 1967

 Nous sommes stupéfaits. Je demande »Qui a tiré ? » C’est l’OASSE, bien sûr ! Au loin, nous entendons crépiter des coups de feu ponctués d’explosions.


12h50 -Nous roulons au pas. Notre hôtel n’est qu’à 500 mètres, mais il me semble qu’il nous faudra des heures pour y parvenir. Autour de nous, des soldats musulmans embusqués dans les porches des maisons tirent à l’aveuglette.

12h55 -Nous embouchons le boulevard du 2e Zouaves. Une mitrailleuse lourde se déchaîne, puis une autre. Nous restons paralysés. Puis, brusquement, je réalise et je me mets à brailler « Mais, bon sang, c’est sur nous qu’ils tirent! ». « Marche arrière » crie Biot. La voiture bondit en arrière dans un hurlement de pignons. Nous virons à toute allure, en marche arrière. Je bloque les quatre roues, moteur calé. Nous nous précipitons vers un porche. Tout cela n’a pas duré plus de cinq secondes. Nous n’avons pas le temps de souffler. -Haut les mains ! Nos bras jaillissent vers le ciel. Je crie: -Nous sommes journalistes. L’autre, un ATO à mitraillette, se fige aussitôt et nous exécute un irréprochable «présentez armes».

13h -L’ATO est monté sur le capot de la voiture et nous dirige vers le Commissariat central: -Là-bas, vous serez en sécurité, dit-il. En fait, à peine arrivés, nous nous retrouvons tous à plat ventre sous les balles qui viennent d’on ne sait où.

13h20- Nous avons trouvé refuge dans une caserne de zouaves… Un cadavre est écroulé devant la porte de la caserne. C’est un musulman que d’autres civils musulmans ont poursuivi jusqu’ici. Avant même que les zouaves aient eu le temps d’intervenir, le malheureux a été abattu d’une balle de revolver, puis achevé à coups de crosse et à coups de couteau. Le corps n’a plus rien d’humain. La tête est à moitié arrachée.

14h -A l’abri dans la caserne, nous montons sur la terrasse et, à la jumelle, nous regardons ce qui se passe: les voitures fouillées, les ambulances de la Force locale qui passent, hérissées de mitraillettes. Vers le quartier Saint-Eugène, un vacarme énorme se déclenche. Mortiers, grenades, mitrailleuses lourdes, tout y passe. Une demi-heure plus tard, on tire toujours à Saint-Eugène. De notre côté, les choses semblent calmées. A la jumelle, je vois deux soldats français fouillés par des civils musulmans en armes.

15h -Un capitaine qui commande un détachement de zouaves a réussi à faire libérer les Européens retenus prisonniers par les ATO au Commissariat central.

15h15 -Je vois une longue colonne d’Européens qui remontent la rue, plus de quatre cent. Les visages sont durs, fermés, certains tuméfiés. La colonne est silencieuse. C’est un spectacle poignant. A 15h30, les tirs se sont tus.

17h30 -Les rues sont désertes.

Le lendemain, on cherche des explications. Quel est le bilan ? Comment la fusillade a-t-elle démarré ? Sur les causes de la fusillade, il court deux versions différentes. On parle, bien sûr, d’une provocation OAS, mais cela semble peu vraisemblable. Il n’y a plus de commandos, ou presque, parmi les Européens qui sont demeurés à Oran… On parle aussi de règlements de comptes politiques entre musulmans. Or, on raconte en ville que, durant la nuit du 5 au 6, nombre de musulmans ont été collés au mur en ville arabe et fusillés. On ajoute que parmi eux, il n’y avait pas que des pillards. Ceci tendrait donc à confirmer la thèse du règlement de comptes. Peut-être s’agit-il tout simplement d’un coup de feu lâché par inadvertance ou par enthousiasme par l’un de ces nombreux jeunes musulmans qui étaient descendus en ville avec un revolver passé dans la ceinture ? Déjà au soir du 1 er juillet, on dénombrait un grand nombre de morts et de blessés en ville musulmane, morts et blessés simplement victimes de fantasias.

Ce qui est certain, c’est que cette fusillade fut le résultat d’une crise d’hystérie collective durant laquelle les coups de feu partirent dans tous les sens. Un autre élément est le fait que quinze cadavres européens qui se trouvent à l’hôpital civil d’Oran, treize ne portent pas de blessures par balle, mais ont bien été tués à coups de couteau. Quant au bilan des morts et des blessés, on ne saura jamais avec certitude ce qu’il en a été. Les victimes musulmanes furent immédiatement emportées en ville arabe et, comme le Coran le prescrit, enterrées le jour même; il est demeuré impossible de faire un dénombrement exact des victimes…

C’est sur nous qu’ils tirent!  par Serge Lentz

extrait du Paris-Match n°692, 14 juillet 1962

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ORAN juin 1962

Posté par lesamisdegg le 30 juin 2016

Les 29 et 30 juin 1962 , l’Espagne du général Franco vient au secours des Pieds-Noirs en affrétant deux ferrys < le Victoria et le Virgen de Africa > .Pour accoster le long des quais d’Oran il aura fallu longuement parlementer avec les autorités françaises réticentes .

Le 30 à 10 h du matin , malgré l’opposition du de Gaulle , le général Franco donne l’ordre à ses capitaines d’embarquer les Pieds-Noirs , faisant fi de la pression imposée par la France .
Franco prévint de Gaulle qu’il était prêt à l’affrontement militaire pour sauver ces Pieds-Noirs abandonnés sur les quais d’Oran et livrés à la barbarie des terroristes djihadistes fells. De Gaulle est également informé que l’aviation et la marine de guerre espagnoles sont en route jusqu’aux eaux internationales , face à Oran .
Face à la détermination du général Franco , la France cède et le samedi 30 à 13 h ces 2 bateaux espagnols ont pu embarquer 2200 Pieds-Noirs , 85 voitures et un camion .Lors de l’embarquement , les courageux capitaines espagnols durent s’opposer à la montée d’une compagnie de CRS sur leurs bateaux , des CRS qui voulaient lister tous les Pieds-Noirs embarqués à destination de l’Espagne.
Finalement à 15 h 30 , les quais d’Oran , noirs de monde se vidèrent . Les bateaux espagnols prirent enfin la mer malgré une importante surcharge .
De l’arrivée jusqu’au départ des ferrys espagnols , les Pieds-Noirs scandaient :

< Viva España ! Viva Franco !!>.

oran gare maritime 06 1962

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Saint Jacques « matamore »

Posté par lesamisdegg le 22 mai 2016

La bataille de Clavijo opposa, le 23 mai 844, les troupes du roi Ramiro Ier des Asturies à l’armée maure de d’Abdul-Rahman II.

Ramiro Ier vient de subir une sévère défaite à Albelda, face à l’armée d’Abdul-Rahman II.S’étant retiré sur la proche colline de Clavijo pour passer la nuit, saint Jacques lui apparaît en songe, l’encourage à reprendre les armes le lendemain et l’assure de sa protection. Au cours de ce nouveau combat, monté sur un destrier étincelant de blancheur, l’apôtre prête main forte à ses protégés, qu’il mène à la victoire, et libère du tribut les cent vierges que l’émir percevait chaque année depuis le règne de Mauregat des Asturies.

matamoros

matamoros

 

Le 25 mai 844, en signe de gratitude, le roi institue le Voto de Santiago, un tribut dû à la cathédrale de Compostelle, renouvelable chaque année, sur les céréales, par les agriculteurs du Nord de la péninsule Ibérique. Ce tribut n’est aboli qu’en 1812 par les Cortès de Cadix.

Il s’agit de la première manifestation historique de saint Jacques en matamore. Ces événements mythiques ont un large impact sur la population chrétienne de la péninsule. L’écho de la victoire de Clavijo mobilise tout un peuple et transforme un ensemble de combats régionaux en croisade nationale, la Reconquista.

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GALOUFA

Posté par lesamisdegg le 8 mai 2016

Durant la première moitié du vingtième siècle , dans toute l’Algérie française , sévissait un « capteur de chiens » surnommé le « galoufa ».

Albert CAMUS en fait une superbe description dans « le premier homme ».

 

Ce fonctionnaire municipal opérait à peu près à la même heure, mais, selon les nécessités, il faisait aussi des tournées d’après-midi.

C’était un arabe habillé à l’européenne, qui se tenait ordinairement à l’arrière d’un étrange véhicule attelé de deux chevaux, conduit par un vieil arabe impassible. Le corps de la voiture était constitué par une sorte de cube de bois, sur la longueur duquel on avait ménagé, de chaque côté, une double rangée de cages aux solides barreaux. L’ensemble offrait seize cages, dont chacune pouvait contenir un chien, qui se trouvait alors coincé entre les barreaux et le fond de la cage. Juché sur un petit marchepied à l’arrière de la voiture, le capteur avait le nez à la hauteur du toit des cages et pouvait ainsi surveiller son terrain de chasse. La voiture roulait lentement à travers les rues mouillées qui commençaient à se peupler d’enfants en route vers l’école, de ménagères allant chercher leur pain ou leur lait, en peignoirs de pilou ornés de fleurs violentes, et de marchands arabes regagnant le marché, leurs petits éventaires plies sur l’épaule et tenant de l’autre main un énorme couffin de paille tressée qui contenait leurs marchandises.

Et tout d’un coup, sur un appel du capteur, le vieil arabe tirait les rênes en arrière et la voiture s’arrêtait. Le capteur avait avisé une de ses misérables proies, qui creusait fébrilement une poubelle, jetant régulièrement des regards affolés en arrière, ou bien encore trottant rapidement le long d’un mur avec cet air pressé et inquiet des chiens mal nourris. Galoufa saisissait alors sur le sommet de la voiture un nerf de bœuf terminé par une chaîne de fer qui coulissait par un anneau le long du manche. Il avançait du pas souple, rapide et silencieux du trappeur vers la bête, la rejoignait et, si elle ne portait pas le collier qui est la marque des fils de famille, courait vers lui avec une brusque et étonnante vélocité, et lui passait autour du cou son arme qui fonctionnait alors comme un lasso de fer et de cuir. La bête, étranglée d’un seul coup, se débattait follement en poussant des plaintes inarticulées. Mais l’homme la ramenait rapidement jusqu’à la voiture, ouvrait l’une des portes-barreaux et, soulevant le chien en l’étranglant de plus en plus, le jetait dans la cage en ayant soin de faire repasser le manche de son lasso à travers les barreaux. Le chien capturé, il redonnait du jeu à la chaîne de fer et libérait le cou du chien maintenant captif.

Du moins, les choses se passaient ainsi quand le chien ne recevait pas la protection des enfants du quartier. Car tous étaient ligués contre Galoufa. Ils savaient que les chiens capturés étaient menés à la fourrière municipale, gardés pendant trois jours, passés lesquels, si personne ne venait les réclamer, les bêtes étaient mises à mort.

Et quand ils ne l’auraient pas su, le pitoyable spectacle de la charrette de mort rentrant après une tournée fructueuse, chargée de malheureuses bêtes de tous les poils et de toutes les tailles, épouvantées derrière leurs barreaux et laissant derrière la voiture un sillage de gémissements et de hurlements à la mort, aurait suffi à les indigner. Aussi, dès que la voiture cellulaire apparaissait dans le quartier, les enfants se mettaient en alerte les uns les autres. Ils se répandaient eux-mêmes dans toutes les rues du quartier pour traquer les chiens à leur tour, mais afin de les chasser dans d’autres secteurs de la ville, loin du terrible lasso. Si, malgré ces précautions, comme il arriva plusieurs fois à Pierre et à Jacques, le capteur découvrait un chien errant en leur présence, la tactique était toujours la même. Jacques et Pierre, avant que le chasseur ait pu approcher suffisamment son gibier, se mettaient à hurler :

« Galoufa, Galoufa »

sur un mode si aigu et si terrible que le chien détalait de toute sa vitesse et se trouvait hors de portée en quelques secondes. A ce moment, il fallait que les deux enfants fissent eux-mêmes la preuve de leurs dons pour la course de vitesse, car le malheureux Galoufa, qui recevait une prime par chien capturé, fou de rage, les prenait en chasse en brandissant son nerf de bœuf. Les grandes personnes aidaient généralement leur fuite, soit en gênant Galoufa, soit en l’arrêtant tout droit et en le priant de s’occuper des chiens. Les travailleurs du quartier, tous chasseurs, aimaient les chiens ordinairement et n’avaient aucune considération pour ce curieux métier. Comme disait l’oncle Ernest : « Lui feignant ! » Au-dessus de toute cette agitation, le vieil arabe qui conduisait les chevaux régnait, silencieux, impassible, ou, si les discussions se prolongeaient, se mettait tranquillement à rouler une cigarette. Qu’ils aient capturé des chats ou délivré des chiens, les enfants se hâtaient ensuite, pèlerines au vent si c’était l’hiver, et faisant claquer leurs spartiates si c’était l’été, vers l’école et le travail. Un coup d’œil aux étalages de fruits en traversant le marché, et selon la saison des montagnes de nèfles, d’oranges et de mandarines, d’abricots, de pêches, de mandarines, de melons, de pastèques défilaient autour d’eux qui ne goûteraient, et en quantité limitée, que les moins chers d’entre eux.

 

L’origine de ce nom provenait de la première personne qui avait accepté cette fonction et qui se nommait réellement Galoufa

GALOUFA 1913 Drack-Oub

GALOUFA 1913
Drack-Oub

 

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La fête de l’Ascension à Santa-Cruz

Posté par lesamisdegg le 3 mai 2016

Alors qu’en 1849 le choléra ravageait la population d’Oran, le maréchal Pélissier aurait dit,  montrant les pentes du Murdjadjo, aux notables assemblés et effondrés :

« F…..- moi une Vierge, là-haut et vous verrez que l’épidémie cessera ! »

Les plaques commémoratives accrochées aux pilastres de l’autel de Santa-Cruz ne font pas mention de l’expression énergique du vieux soldat. Elles nous apprennent cependant que, durant l’épidémie de choléra de 1849 une modeste chapelle fut érigée par les soins de Mgr, Callot, premier évêque d’Oran, sur cet éperon de l’Aïdour. Un simple campanile exhaussait cette humble construction qui fut consacrée au culte de Notre-Dame du Salut par Mgr Pavy, évêque d’Alger.

En 1875, une tour surmontée d’une statue de Vierge remplaça le campanile. En 1899, Mgr. Cantel consacra, pour la deuxième fois, l’édifice que la ferveur populaire visitait déjà chaque année. Sous le même prélat, en 1905, Santa-Cruz fut entièrement détruite par un incendie, mais immédiatement reconstruite dans l’état même où nous la voyons aujourd’hui, en mai 1936.

La chapelle est facile à décrire. Bâtie sur une plateforme exiguë, au pied du fort de Santa-Cruz et à quelques trois cents mètres, à pic au-dessus du port, c’est une simple nef agrémentée vers la ville d’une petite terrasse et d’un clocher qui supporte la statue de la Madone. Aucune recherche architecturale n’a présidé à sa construction. Ce n’est pas une œuvre d’art, mais une œuvre de piété. Dans sa modestie, qui s’allie si bien à la condition du peuple qui la fréquente, elle semble plus pure, dépouillée: qu’elle est de tout ornement. Elle protège la ville .La population catholique d’Oran- espagnole pour une très grosse part- la vénère, tout autant que les Algérois Notre Dame d’Afrique, et les Marseillais Notre-Dame de la Garde.

Les murs, à l’intérieur de la chapelle sont recouverts d’exvotos de toute sorte. Car Santa-Cruz fait retrouver les objets perdus et l’affection d’un époux, conclure les mariages, sauver les enfants ou en donner aux femmes stériles, guérir les infirmités. Tout ce que l’on peut demander à une divinité supérieure, Notre-Dame du Salut l’accorde à ceux qu’elle touche de sa grâce. Et pour commémorer tous ces bienfaits, poupons dé biscuit rosé, voiles dé mariée, couronnes de fleurs d’orangers, cannes ou béquilles devenues inutiles, plaques de marbre gravées s’entassent dans la chapelle.

Le jour de l’Ascension, des files ininterrompues de pèlerins serpentent aux flancs de la montagne. De tous les points du département, français, espagnols, gitanos accourent autant par piété que pour suivre une tradition agréable. Certain de ces fidèles y viennent pour accomplir un vœu, les plus ardents font l’ascension pieds nus, ou encore, comme ces deux. associés dont les affaires s’étaient relevées grâce à l’appui de la Vierge, avec des haricots dans les souliers. Mais tandis que l’un d’eux s’arrêtait à chaque pas, jurant qu’il n’arriverait jamais au but, l’autre courrait et gambadait.

«  Ce n’est pas possible, lui dit le premier, tu n’as pas mis des haricots dans tes souliers?

Mais oui, répondit l’autre, seulement je les ai fait cuire. «

De nombreux excursionnistes s’installent dès le samedi soir, et couchent sur la terre dure, sur des couvertures, à la belle étoile ou à l’abri précaire d’une toile de tente. La nuit, de la ville, on voit les feux de leur campement scintiller autour de la chapelle. Aux premières lueurs du jour, la cloche tinte et les prêtres arrivent. Sans interruption, pendant toute la matinée sur un autel dressé en plein air, les messes succèdent aux messes, les fidèles aux fidèles. Des théories d’hommes, de femmes, d’enfants portant des couffins, des paniers à provisions, des bouteilles de bière, de vin, de limonade, montent et descendent. Tous les vendeurs de glace viennent offrir leur crème aux grimpeurs altérés.

Sur toute cette foule, que dominent les invocations de Lourdes,

« Seigneur nous vous adorons ! Seigneur, si vous le voulez, je serai guéri ! »

tourbillonnent, soulevés par le vent d’ouest, des nuages de poussière. Une violente odeur de cierges brûlés prend à la gorge les chanteurs extatiques d’« Ave Maria ». Des milliers et des milliers de bougies, de chandelles, se consument à l’intérieur ou à l’extérieur de la chapelle. La cire qui coule recouvre les rochers, les marches de l’église, les rend glissants et dangereux.

Pendant toute la journée, cette exaltation, cette atmosphère qui tient à la fois de la mystique de Lourdes et de la joie bruyante d’une kermesse règne sur la montagne. Et ce n’est que lorsque le soleil a fini de teinter de rose, de l’autre côté de la baie les falaises de Canastel, que les derniers promeneurs redescendent, harassés, pliant sur leurs genoux, les bras chargés de fleurs, de paniers et d’enfants, les sentiers qui les conduisent à la ville.

Santa-Cruz retrouve alors son calme et sa sérénité majestueuse.

Henri QUEYRAT.

 

pélerinnage à Santa-Cruz

pélerinage à Santa-Cruz

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ORAN en 1844

Posté par lesamisdegg le 19 avril 2016

Oran, capitale de la province de ce nom en Algérie, est bâti sur le bord de la mer, à l’est du pic Murdjadjo ou Santa-Cruz, dont les sommets sont couronnés par un fort et par un santon ou goubakouba-(dôme, marabout) arabe. Un ruisseau (Oued-el-Rahi –er rehi-, rivière des Moulins) sépare la ville en deux parties .Sur la rive gauche, la Vieille-Ville, la ville espagnole, assise entre le ruisseau et les pentes abruptes du Murdjadjo .Sur la rive droite, la Ville-Neuve, la ville arabe, qui, assise sur un plateau dominant le ravin, se continue à l’est et au sud, et forme la plaine d’Oran.

I-L’Oued-er-rahi a sa source apparente à mille mètres de son embouchure, au milieu d’une gorge étroite, dont les flancs escarpés sont composés de calcaires de nouvelle formation et riches en fossiles. Malgré un cours si peu étendu, son volume d’eau est assez considérable pour suffire aux besoins d’une population de 30 000 âmes, et sa pente assez rapide pour faire tourner un grand nombre de moulins A l’origine de la source, au Ras-el-Aïn ( la source), on a construit, depuis 1831 un petit monument qui sert de corps-de-garde, et d’où partent deux canaux conduisant les eaux aux diverses fontaines des deux villes , ce qui lui a fait donner le nom de Chateau-d’Eau.

II-La Vieille-Ville comprend trois quartiers séparés les uns des autres par des remparts : la Marine, la Planza-déformation arabe de la « plaza » de Oran-, la Vieille Kasbah.

A-Le quartier de la Marine, avant 1832, était peu considérable. Une douane, une manutention, un immense moulin à sept tournants, des hangars pour les fourrages de l’armée, des ateliers pour la marine et l’artillerie, y ont été construits par l’Etat-y compris les bâtiments espagnols-. Les particuliers, le haut commerce surtout, y ont fait bâtir des maisons et de vastes magasins pour entrepôts. Là où n’existait qu’un mauvais village de pêcheurs s’est élevée une ville tout entière. La rue principale de ce quartier, la rue de la Marine, traverse deux places, celle d’Orléans et celle de Nemours, décorées chacune d’une fontaine.

B-Le quartier de la Planza embrasse l’espace compris entre la Marine qu’il domine et la Vieille-Kasbah par laquelle il est dominé. En 1832, ce quartier n’était qu’un amas de ruines abandonnées depuis le tremblement de terre survenu dans la nuit du 9 octobre 1790, qui y causa d’affreux ravages. Restauré aujourd’hui, il est sans contredit le plus beau de la ville, et plusieurs de ses maisons ne dépareraient pas les jolies rues de Paris. C’est là que sont situés

- le Colysée- salle de spectacle-

-l’église chrétienne, construite sur les fondations de l’ancienne église espagnole

-l’hôpital militaire, sur l’emplacement de la principale mosquée du quartier-construite elle sur un couvent espagnol, dont on n’a conservé que le superbe minaret et les vastes bains publics –le bagne turc-qui en dépendaient.

-La mosquée de Sidi-el-haouari, dont une partie, celle où était le tombeau , est réservée au culte, et l’autre sert de magasin au campement militaire

-la place de l’hôpital-militaire

-le cours Oudinot, planté d’arbres depuis trois ans ; des cafés, des restaurants, des guinguettes s’y établissent à l’usage des promeneurs, et sa situation au centre des deux villes, au milieu des jardins, en fera bientôt une charmante promenade.

C-La Vieille-Kasbah, comme l’indique son nom, est une ancienne forteresse, entourée de hautes murailles : elle domine la ville, l’entrée du golfe et le ravin, et communique avec la ville par le quartier de la Planza, au moyen de deux portes, dont l’une correspond à l’ancienne Voierie, et l’autre à une rue carrossable ouverte par le génie.

III-La Ville-Neuve, sur la rive droite de l’Oued-er-Rahi, comprend la nouvelle Kasbah ou Château-Neuf (Bordj-el-Ahmar, fort Rouge), et une rue qui, sous des noms différents, se prolonge jusqu’au fort Saint-André ( Bordj-el-Saliha, fort des Spahis). Le Château-Neuf est une citadelle en bon état, bien bastionnée, bien flanquée, bien armée, qui domine la ville et la mer; elle ne contient que des bâtiments militaires créés ou restaurés depuis 1831, et l’ancien palais du bey d’Oran, qui sert d’habitation au général commandant la province, aux officiers d’état-major et du génie. L’ancien palais du bey était une délicieuse demeure, moins fantastique que celui du bey de Constantine, mais plus confortable. Le pavillon destiné au harem était un séjour aérien situé au point culminant du château, et d’où l’on jouissait d’une vue ravissante. Le bey, du haut de ce joli kiosque, plongeait ses regards dans toutes les maisons placées sous ses pieds, et étendait ainsi sur la ville entière son invisible surveillance. Un jardin de roses et de jasmins séparait ce pavillon du corps du palais. Dans l’intérieur du palais étaient deux parties distinctes : l’une l’habitation du bey, l’autre son palais proprement dit, où il trônait en souverain absolu, en pacha. Une galerie couverte mettait l’une et l’autre partie en communication. La partie de la nouvelle ville en dehors du Château-Neuf est presque tout entière groupée aux deux côtés d’une longue rue, tortueuse et rapide du pont à la place du Gouvernement, large et droite de la place du Gouvernement à la place Saint-André. Dans la première partie, elle s’appelle rue Philippe; dans la seconde, rue Napoléon. Parallèlement à la rue Napoléon, du côté du rempart et du côté du ravin, d’autres rues anciennes ou nouvelles complètent le quartier. On remarque en descendant cette rue :

-le pont, qui sert de communication entre les deux villes, très élevé au dessus du niveau des eaux, et d’une seule arche

-le tribunal civil et indigène, de construction française

- la place du Gouvernement au pied du Château-Neuf, et sur laquelle débouche la porte du Marché

-la mosquée la plus importante de la ville, à laquelle les Arabes donnent le nom de mosquée du Pacha, et qui a été bâtie par le bey Mohamed-el-Kebir, en mémoire du départ

1844 chateau-neuf , ravin , blanca oran

1844 chateau-neuf , ravin , blanca oran

des Espagnols. Le minaret de cette mosquée, consacrée encore au culte musulman, est le plus beau de tous ceux de l’Algérie

-une seconde mosquée sur la place Saint-André qui n’a d’importance que par sa communication avec la porte principale de la ville

-en dehors de la grande rue dans des espaces laissés libres par les constructions, le marché arabe, où les indigènes vendent le blé, le charbon, le bois, les laines…

- le marché français, marché ouvert, où Français, Juifs, Espagnols se font concurrence pour la vente des légumes, du poisson, de la viande.

-Trois fontaines principales, celles de la rue Mont-Thabor, de la rue Philippe et du Château-Neuf, fournissent de l’eau en abondance aux habitants.

IV-En 1832, un immense faubourg, nommé Kargantha, était annexé à la Ville-Neuve et habité par les Arabes Douaïr, Zmélah et Gharabah, gens du Makhzen. Il a été détruit sous le commandement des généraux Boyer et Desmichels, pour dégager les abords de la place. Il n’en reste qu’une mosquée qui a servi depuis lors de caserne au 2ième régiment de chasseurs d’Afrique, et autour de laquelle on a construit une caserne pour l’artillerie, et tout un faubourg nouveau, habité par des marchands d’eau-de-vie, de vin, de café, et de tabac.

V-Cinq forts concourent, avec les citadelles des deux villes et une enceinte continue, à la défense d’Oran : ce sont les forts Lamoune,  Saint-Grégoire, Sainte-Croix, Saint-André et Saint-Philippe. Les trois premiers sont échelonnés sur le rivage, sur les gradins du Murdjadjo, et défendent l’approche de la ville par mer. Le fort Saint- André, le plus avancé dans les terres, défend l’entrée du ravin dans lequel coule l’Oued-el-Rahi. Saint-Grégoire et Sainte-Croix peuvent également défendre la ville du côté de terre; mais leurs boulets, pour atteindre l’ennemi, passent par-dessus les tètes des habitants. Tous ces forts, de construction espagnole, sont en bon état.

Telle est la ville d’Oran à la surface du sol .La ville souterraine ne serait pas moins curieux à étudier. Les Espagnols avaient fait communiquer leurs forts entre eux au moyen de galeries profondes. De nombreux éboulement ont rendus la plupart des passages impraticables.

 « le magasin pittoresque »

 NB: Oran marine , la rue de la marine deviendra vite la rue d’Orléans en hommage au duc puis la place d’Orléans deviendra la place Emerat

Oran ville-neuve , la place du gouvernement sera la place du marché puis d’armes , la rue Napoléon deviendra « de la révolution »

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La MOUNA de Belabbès

Posté par lesamisdegg le 27 mars 2016

lundi de paques à Oran en 1873

lundi de paques à Oran en 1873

Lundi notre ville avait perdu sa gaieté, son entrain. Les rues étaient désertes, presque tous les magasins fermés. Dès l’aube des groupes nombreux de piétons et des voitures rapides sillonnaient les rues dans toutes les directions et gagnaient la campagne. Ce mouvement inusité, cette émigration nouvelle m’intriguait, et comme dit la chanson :

Je ne suis pas curieux

Mais je voulais savoir,

Pourquoi dans d’autres lieux

Ils fuyaient jusqu’au soir.

Je demandai donc le pourquoi de la chose. L’Espagnol, que j’interrogeai, me  toisa des pieds à la tête et me regarda absolument comme un Marseillais de Marseille auquel j’aurais demandé le chemin de la Cannebière ; puis il se mit à rire, d’un de ces rires francs et sonores. « Allez à la campagne », me dit-il, et vous verrez :

C’est la Mouna !

La Mouna ! La Mouna ! À deux heures je franchissais la porte d’Oran.

Je marchais guidé par le hasard. Mais je ne tardai pas à rencontrer une jeunesse – et une belle jeunesse s. v. p., coté des dames surtout – qui prenait ses ébats sur l’herbette fleurie. Les rives de la Mekerra étaient bordées de groupes animés, où régnait la gaieté la plus cordiale, la plus franche. Ça et là, au son d’une musique, peut-être un peu trop agreste, il est vrai, on polkait, on valsait avec un entrain endiablé. Les couples se pressaient et plus d’un baiser, en cachette de la maman, se donnait furtif. Je me croyais à Auteuil à Mabille ou au Point-du-jour. Comme à Robinson, il y avait du bon vin, de la verdure, du soleil et des roses. Tout était en fête, partout des visages heureux, partout des sourires. Ces grands yeux noyés d’Andalouses, ces corsages trop ou trop peu ouverts, ces mouchoirs aux couleurs voyantes, encadrant ces fines tètes au profil si régulier, si pur, tout cela me charmait, m’enthousiasmait.

Du premier coup, la Mouna m’avait conquis.

Mais d’où venait-elle cette fête ? Avait-elle pris naissance dans quelque fait biblique ou mythologique ? Etait-ce le résultat d’un vœu national, religieusement observé chaque année? N’était-ce pas plutôt un simple effet du hasard, une vieille coutume les enfants apprennent de leurs pères pour la léguer ensuite à leurs petits-neveux ?

Je consultai à mon retour pas mal de vieux conteurs – on dirait chroniqueurs aujourd’hui –  de la péninsule Ibérique, et parmi les nombreuses légendes de cette Mouna, il en est une qui me parut assez bizarre, sinon vraisemblable. La voici :

« Vers la fin du XVIème siècle, au milieu des gorges de la Sierra-Nevada et non loin de Grenade, se dressait un vaste monastère. La discipline y était rude, et la férule de l’abbé gouverneur impitoyable.

Les moines, prisonniers plus ou moins volontaires, étaient si mécontents, si malheureux, qu’ils souhaitaient la mort de leur supérieur. Mais les idées libérales étaient encore enfouies dans le chaos du néant, et ces hommes de Dieu étaient incapables d’une  révolution même pacifique.

La nature vint à leur aide et un beau jour, un vendredi-saint – quelle coïncidence ! – la mort frappa le tyranneau.

Le couvent retentit de cris et de plaintes, absolument comme s’il se fût agi d’un mort aimé, et les moines, en égrenant leur chapelet, suivirent à sa dernière demeure, avec une feinte douleur, celui qu’ils avaient envoyé tant de fois… au fond des enfers.

Les derniers devoirs une fois rendus, la joie éclata folle, délirante ; on dit même que quelques religieux, des jeunes sans doute, esquissèrent à deux pas de la tombe de leur ancien seigneur et maître, un grand écart parfaitement réussi. .

La longue file des moines s’en allait cahin-caha en se dirigeant vers un monastère de saintes religieuses, à la porte duquel elle s’arrêta. Le plus ancien frappa à là porte et la sœur tourière vint ouvrir en souriant à tous.

Une délégation fut envoyée auprès de la supérieure pour lui expliquer le but de cette visite inattendue et si nombreuse. « On voulait s’amuser un brin, fêter l’heureuse mort et on invitait ces dames ». Après bien des hésitations et de longs pourparlers, (car il paraît qu’on y mit des formes, l’invitation fût acceptée.

Alors, du monastère sortirent deux longues files de capuchons gris et de cornettes blanches.

En gens pratiques les bons moines avaient eu le soin de dépêcher un des leurs au couvent pour en ramener des victuailles, des provisions de toutes sortes et de ce vin d’Espagne. qui devait faire d’eux de nouveaux Noé.

On s’amusa ferme, tellement même que les habitants d’alentour étonnés de ce spectacle d’un nouveau genre, accoururent en foule pour jouir du coup d’œil.

Mais la chose fit dit bruit et arriva aux oreilles du Pape. On parla de l’a réunion d’un concile, des foudres de l’Eglise; en fin.de compte, on se contenta d’envoyer les coupables dans divers couvents de la Péninsule.

Cette dispersion aux quatre coins de l’Espagne des moines et des nonnes, donna à la fête un renom universel et un attrait de plus, celui du fruit défendu.

Une fois cloîtrés dans leur nouvelle prison, ils contèrent la chose  à leurs confrères, qui à leur tour voulurent fêter l’Anniversaire. Le public s’en mêla, et chaque année le lundi de Pâques, c’était entre civils et… religieux, une fête de famille, une sauterie intime.

Le temps a passé et avec lui les moines et les couvents mais la coutume est restée d’aller faire la Mouna le lundi de Pâques, alors que la nature renaît et que dans les ombrages nouveaux l’oiseau chante sa première chanson. «

Telle est une des nombreuses légendes qui circulent sur l’origine de la Mouna.

Si non vero, bene trovato !

La Mouna a été célébrée lundi par la colonie Espagnole et aussi par les Français avec un entrain merveilleux et les valses et les polkas avaient certainement autant de vie que 1es farandoles dansées par les religieux et religieuses de la légende.

Les rives de la Mekerra refléteront longtemps encore les doux moments et les folles joies de lundi. Puissent-elles en conserver les petits secrets !

BEL-ABBÈS, LE 13 AVRIL 1887

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PASSION du CHRIST et Alger 26 mars 1962

Posté par lesamisdegg le 26 mars 2016

En ce temps de carême, et alors que nous approchons de la célébration de la passion de notre Seigneur, nous sommes invités à découvrir à quel point, par son incarnation, le Christ est venu épouser la condition humaine. Homme parmi les hommes, il s’est chargé de toutes leurs souffrances pour leur apporter le salut et la vie éternelle. Toute l’histoire humaine est prise en compte par ce Dieu fait homme qui, en naissant à Bethléem et en mourant sur le Calvaire à Jérusalem, a manifesté à tout homme un amour sans limite.

 

Or, pour nous Pieds-Noirs, au plus fort de la tourmente,  dans le combat ô combien inégal qui nous laissait seuls face à tous, on aurait pu croire que même Dieu s’était détourné de nous. Jamais, au grand jamais il n’en fût ainsi. Dieu notre rocher, Dieu notre salut ne nous a pas abandonné, et c’est en Lui, en Lui seul que nous voulons enraciner notre espérance. Mais encore, faut-il accepter de suivre le Christ en chacun des pas qu’Il a posé durant sa vie terrestre. Alors, aujourd’hui,  en priant pour les victimes du 26 Mars 1962 et pour toutes les victimes de la Guerre d’Algérie, méditons  sur cette présence du Christ tout au long de l’histoire du petit peuple des Pieds-Noirs.

…………………..

L’histoire de l’Algérie Française va se dessiner sur un métier à tisser dont les fils vont être tirés de l’au-delà de la méditerranée. Des hommes et des femmes venus de France, d’Italie, d’Espagne, de Malte, d’Allemagne, d’Alsace, d’Irlande  ont reçu l’annonce d’un pays à construire, d’une terre à conquérir. Souvent poussés par la misère ou par la guerre, ils vont quitter leur terre natale dans l’espérance de bâtir une nouvelle vie, avec pour seule arme le courage que donne la foi.  Ils vont se livrer à cette terre inconnue et, bientôt, ils vont l’aimer, lui sacrifiant tout dans la sueur, le sang et les larmes.

 

Marie accepte de participer au projet de Dieu. Au cœur de la nuit de Bethléem va naître cet enfant qu’elle appellera Jésus –ce qui veut dire « Dieu sauve »-  L’enfant-Dieu ne va pas naître comme les puissants de ce monde entourés de faste, de sécurité, de gloire humaine. Non, Jésus va naître dans une étable, car lorsque Joseph et Marie arrivent à Bethléem  il n’y a plus de place pour eux. Et ce sont les plus pauvres, ces marginaux que sont les bergers qui sont invités par les anges à reconnaître en cet enfant l’infini de Dieu.

 

Ce sont aussi les pauvres, les exilés qui vont faire naître l’Algérie, à force de travail, d’abnégation, de sueur et de larmes. Peu à peu vont naître ici et là des ilots d’humanité sur une terre hostile, de petits villages qui vont donner vie à des contrées sauvages. Et puis il y a la rencontre entre les différentes composantes de la population européenne et celle du pays qu’elle soit arabe ou berbère. Chacune s’enrichit de l’autre ; les différences ne sont pas fatalement des obstacles mais participent  à la naissance d’un nouveau peuple, d’une nouvelle race. A travers la naissance de ce nouveau pays, il y a aussi la résurrection de l’Eglise d’Afrique du Nord, celle des grands saints comme St. Augustin, Ste. Monique, St. Cyprien, Ste. Félicité et Ste Perpétue… et tant d’autres, tous berbères.

 

Israël attendait le Messie promis par Dieu. Tout le pays était dans l’attente fiévreuse du sauveur  et pourtant il n’a pas été reconnu. Le monde ne veut pas de la vérité proclamée par Jésus. Une vérité implacable, qui ne peut s’accommoder d’aucune espèce de combine ou d’arrangement. Mais les hommes qui ont en charge la conduite du peuple d’Israël n’acceptent pas la vérité. Jésus dérange, Jésus révèle la face cachée des âmes. Alors ses ennemis vont intriguer, comploter dans l’ombre, abuser de la faiblesse du peuple, lui mentir le manipuler pour le détacher de Celui en qui, le jour de son entrée triomphale à Jérusalem, ils reconnaissent le Messie, le Sauveur d’Israël. Les lâches vont agir dans l’ombre. Le moment venu, grâce à la trahison de Judas, ils s’empareront de Jésus pour le faire condamner après une mascarade de procès.

 

L’Algérie Française a connu la trahison. Des pharisiens et des scribes qui sont d’un autre temps mais qui ressurgissent toujours dans l’histoire de l’humanité pour accomplir les œuvres les plus basses, veulent sa mort. Tous les moyens sont alors bons pour abattre celui qui ne veut pas plier. Le terrorisme qui durant des années va tout faire pour creuser irrémédiablement un fossé entre les deux communautés ; le terrorisme dont les victimes sont aussi bien européennes qu’arabes ou kabyles à partir du moment où elles s’opposent à l’abandon de l’Algérie Française.

 

Jérusalem : Jésus est donc arrêté. Il faut maintenant qu’il soit condamné et surtout qu’il soit réduit au silence. Surtout qu’Il ne parle plus. Et la meilleure façon pour y arriver c’est de le tuer.

 

1962, l’Algérie connaît des journées terrifiantes, notre petit peuple lutte de toutes ses forces. Chaque jour des dizaines de victimes tombent dans les rues, dans les campagnes.  Cette résistance devient insupportable au pouvoir qui a décidé de se parjurer et d’abandonner coûte que coûte cette terre. On négocie avec les égorgeurs. Le quartier de Bab-el-oued à Alger est encerclé, mitraillé, bombardé. Des habitants sont abattus à bout portant. Interdiction d’évacuer les blessés ni les morts. Une manifestation pacifique de soutien se met en place.

 

Jérusalem : Jésus est humilié, flagellé, couronné d’épines, il faut le discréditer aux yeux de tous. Le mensonge, la veulerie, la lâcheté obtiendront la condamnation à mort de l’innocent. On va donc charger Jésus de sa Croix. Cette foule qui l’avait, quelques jours auparavant, accueilli dans la liesse et l’exaltation, va maintenant se retourner contre Lui, l’insulter, lui cracher au visage. Jésus est seul face à tous, soutenu par Marie sa Mère dont le cœur est transpercé par le glaive de douleur prophétisé par le vieillard Siméon. Presque tous ses disciples ont fui. Pierre L’a même renié.

 

Alger : Le pouvoir décide de frapper un grand coup. Un piège est tendu à ceux qui veulent témoigner de leur solidarité avec les assiégés de Bab el Oued. Arrivés devant la Grande Poste  et au commencement de la Rue d’Isly, les manifestants désarmés ne se doutent pas qu’ils sont pris dans une véritable nasse. Les fusils mitrailleurs ouvrent le feu, des dizaines de personnes tombent à terre. Le feu continue longtemps malgré les cris et les appels au secours. Puis le silence. Des corps, nombreux,  restent étendus sur le macadam. Certains regroupés comme pour former une rosace funèbre.

 

Jérusalem : Jésus, dépouillé de ses vêtements, a été cloué sur la Croix. Il invoque son Père : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

 

Alger : Des cris montent vers le ciel. La stupeur, l’incompréhension. Pourquoi mon Dieu, pourquoi ? Les survivants errent, hagards, abattus.  Ce jour-là, l’Algérie a été assassinée.

 

Jérusalem : Du haut de sa Croix, Jésus confie sa Mère à Jean le disciple bien-aimé. Puis s’adressant à Marie : « Femme, voici ton fils ». Il lève alors son regard vers le ciel et implore : « Père, pardonne-leur. Ils ne savent pas ce qu’ils font. »

 

Alger : Du haut de la colline qui domine Alger, Notre Dame d’Afrique pleure sur ses enfants martyrs.

 

Jérusalem : Rapidement, avant que ne commence le sabbat, Jésus doit être descendu de la Croix.  Marie le reçoit dans ses bras. Ses amis le prennent et le dépose dans un tombeau.

 

Alger : les victimes du 26 Mars sont amenées dans des hôpitaux, dans des morgues. Les familles cherchent les leurs parmi les cadavres nus, déposés à même le sol. La raison défaille, les cœurs cessent de battre, la douleur est sans nom !

 

Jérusalem : Un coup de lance inutile a transpercé le cœur de Jésus alors qu’Il a rendu son esprit à son Père.

 

Algérie : Un coup de lance inutile est asséné à ce pays martyr le 5 juillet à Oran. Des milliers de victimes.

 

Les exécutions de Degueldre, Piegt, Dovecar et Bastien-Thiry, elles aussi inutiles ; « il »aurait pu les épargner.

 

« PERE, PARDONNE-LEUR. ILS NE SAVENT PAS CE QU’ILS FONT ! »                                                                   

Père Jean-Yves MOLINAS

26 mars 2012

26 mars

26 mars

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Oran le 28 août 1898

Posté par lesamisdegg le 19 février 2016

La bataille de la cressonnière

Cette bataille met aux prises deux quartiers de la ville qui s’opposent depuis toujours. Il s’agit d’une part, du vieux quartier de la Marine situé aux pieds du Murdjadjo, montagne qui surplombe la ville au nord-ouest et d’autre part, du faubourg de Carteaux, construit sur la colline du « Monté-Séco » à l’est et bordé par le Ravin-Blanc qui donna la pierre exceptionnelle sortie de ses entrailles pour la reconstruction de la ville basse après un terrible tremblement de terre à la fin du XVIII e siècle.

Le différent, cette fois, porte sur le choix de l’implantation de la future gare de marchandises suite à l’enquête d’utilité publique en cours. Elle recevra tous les produits à exporter mais aussi ceux importés par mer. Par ailleurs cette réalisation permettra les liaisons commerciales avec le Maroc, le Rio de Oro, la Mauritanie. Il va sans dire que ce grandiose projet assurera le développement économique local. On peut affirmer qu’il y aura une forte création d’emploi pour la population du quartier élu. Et c’est ce dernier point qui devient la cause principale de la brouille entre ces deux quartiers. A l’issue de l’enquête publique par la « sncfa » et les autorités territoriales sont confrontées à un choix fort délicat pour l’implantation des installations sur les terrains non bâtis des deux quartiers. Sur le plan foncier, le vieux quartier de la Marine est peuplé de gens modestes, ingénieux, courageux, mais en majorité issus de l’immigration espagnole depuis le XIXe siècle. Les terrains accusent une forte pente qui décline vers la mer, au nord. Le faubourg de Carteaux regorge d’une jeunesse importante rompue à l’amusement. Son site est magnifique puisque perché à une altitude de plus 125m. Il est ventilé en permanence par des vents nord-ouest, iodés, ce qui peut assurer une bonne santé pour des travailleurs œuvrant dans les fumées dégagées par les chaudières des locomotives à vapeur…. A ce que l’on sait, les décideurs avaient une préférence pour une implantation sur le quartier de la Marine entre la future usine Bastos et la place de La Perle. Cette information confidentielle est rapportée par Elisabeth, la fille du sous-préfet maritime qui fréquente, malgré l’interdiction de ses parents, le fils du contremaître tonnelier des établissements Gay. Ceci ravive l’animosité des deux communautés qui ne date pas d’aujourd’hui. Ici, il est important de vous conter cette anecdote qui en dit long sur les rapports entre les protagonistes.

C’était au mois de juin 1860, à l’occasion de la visite de la ville par Napoléon III accompagné de son épouse. Un match de football fut organisé le dimanche 22 juin en hommage au couple impérial, sous la forme d’un championnat inter quartiers. Le match opposait le FCO à L’ASMO sur le terrain du champ de manœuvre. Le FCO l’emporta par un but à zéro grâce à un but marqué, de la main, par Larbi Kourbali, l’ailier droit bien connu dont le petit-fils deviendra plus tard la « Fierté » d’une jeune et charmante institutrice dont je tairai le nom mais dont je me permets de donner le prénom « Josette » ce qui me paraît hautement respectueux. Sans tout dévoiler, j’indique ses initiales : J.B. Et n’allez pas croire qu’il s’agit de Joséphine Baker! Non, notre J.B, c’est elle qui nous faisait danser avec sa baguette magique pour nous apprendre les tables de multiplications…à l’envers. Le but fut marqué de la main me direz-vous ? Mais que faisait l’arbitre ? Malheureusement, il n’a pas pu siffler la faute, flagrante pour les spectateurs, car à cet instant il était occupé à chercher sur le terrain le pois-chiche qui vibre pour produire le son strident de son ustensile. En effet, celui-ci usé par une forte utilisation était sorti de sa cage. L’instrument était inutilisable, alors. A ce malheur pour la Marine, il faut ajouter que les spectateurs de Carteaux traitaient ceux de la Marine de « gens des bas quartiers ». Inutile de dire que les Marins demandent une revanche. Voilà pour l’anecdote historique puisqu’elle est relatée par Napoléon III dans ses mémoires rédigées en Angleterre. Dans le chapitre II on peut lire ceci « la plus belle bataille fut celle de Carteaux opposée à la Marine. La stratégie des ennemis est digne de celle de Wagram avec mon tonton en général ». Je me garderai de juger ces faits historiques au parfum fantaisiste mais force est de reconnaître qu’ils sont à l’origine de ce que je m’en vais vous conter et que nous allons découvrir ensemble.

Donc, en ce mois d’août de 1898, la sncfa en accord avec les autorités, décident unilatéralement que la gare sera construite sur le port à quelques encablures du bassin Gueydon. La nouvelle est publiée sur l’écho d’Oran du 25 août 1898. Dès dix heures, Carteaux se considérant lésé adresse une déclaration de guerre à la Marine. Pour gagner du temps, la déclaration manuscrite est expédiée au stak -lance pierres-. Le message échoue sur le minaret de la mosquée sidi-el-houari et le muezzin s’empresse de le livrer au Maire de la Marine. On bat le tambour et la zamboumba au beau milieu de la place principale. Les préposés sont installés sur la margelle de la fontaine centrale afin de prendre un peu de hauteur tant la situation est grave. Les deux quartiers sont en ébullition et les préparatifs vont bon train. Tous les hommes valides de moins de 49ans et les femmes de moins de 28ans sont enrôlés. Cette bataille s’annonce stratégique au plus haut moins mais certainement pas psychologique étant donné que nos protagonistes n’ont jamais lu Freud qui de plus écrivait en Allemand. Carteaux pense profiter de sa position en altitude alors que la Marine espère profiter des vents dominants qui les pousseraient dans le dos pour faciliter l’ascension par la rampe Vallès. Enfin, nous examinerons plus loin la stratégie de chaque camp. A la lecture des archives il semblerait que le choix du terrain « neutre » sera imposé par un tirage au sort. Après la Saint Louis le tirage au sort effectué par la Miss 1897 du Plateau Saint Michel, il en résulte que la date de la bataille sera le 28 août 1898 et le champ de bataille, le terrain qui sera occupé plus tard par le collège de jeunes filles à hauteur de la rencontre de la rue d’Arzew et de l’avenue de Tunis. L’endroit retenu permettra aux belligérants à ne pas utiliser les régiments des transports.

Et nous voilà ce 28 août 1898 sur ce champ de bataille. Elle sera contrôlée par un comité de surveillance composé d’élus des deux quartiers mais aussi complétée par deux anciens officiers de l’infanterie mis à la retraite par anticipation pour avoir utilisé des chameaux lors du marathon de Saïda à Tiaret l’année dernière. Puis on compte le représentant local de la sncfa ainsi que le médecin général de l’hôpital d’Oran. Cet ancien baroudeur, compagnon de route de Napoléon 1er est aigri depuis que le baron Haussmann lui a préféré Soult pour baptiser un des boulevards des maréchaux à Paris. Qui plus est, par excès de zèle il veut faire un procès à la famille Galiana pour empoisonnement de la population à l’aide d’une boisson alcoolisée au parfum de badiane espagnole. Enfin, le comité est présidé par un élu de chaque quartier en guerre. Pour la Marine il s’agit de Monsieur Fouques et pour Carteaux le choix s’est porté sur Monsieur Jean Gay. Le champ de bataille est délimité puis divisé par un tracé irréprochable à la chaux de la calère. Il faut éviter les débordements et permettre aux spectateurs d’assister à la bataille en toute neutralité. L’ordre du début du combat est prévu à 11h. La fin du combat est programmée à 12h30. Chaque armée est composée de 33 hommes, soit 30 soldats et 3 officiers. La Marine dispose sur le terrain trois colonnes de dix hommes alors que Carteaux dispose deux lignes de 15 hommes par le travers du champ. Les soldats de la Marine sont armés de rames de pastéras en châtaigniers dérobées sur le chantier naval de la famille Ambrosino. Le fournisseur est le charpentier de marine, Roger Quessada. Ceux de Carteaux, la colonne de gauche est armée de couvercles de barriques fabriqués en bois de chênes de la forêt d’M’Sila et prêtés par la cave Gay. La colonne de droite est équipée de mâts de lampadaires récupérés dans le stock des rebus à la fonderie Ducros. La cause du rebus de cette élégante production fut le manque de carbone lors de la fusion qui, au refroidissement, a rendu le produit impropre à sa destination. Ces lampadaires devaient décorer la place Kléber et en particulier éclairer le parvis de la préfecture depuis que la femme du préfet avait chuté sur la dernière marche en rentrant un soir du théâtre Bastrana.

Ceci dit, et sans rire, il n’est pas utile de s’interroger sur l’efficacité de tels armements. L’étude des archives nous réserve encore des surprises sur ce qui deviendra la Bataille de la Cressonnière. A 11h l’ordre de combattre est donné. Le branle-bas de combat fait dire à des témoins que l’affrontement ressemble à un abordage de corsaires français contre un galion espagnol dans la mer des Antilles du coté de l’Île de la Tortue du temps des frères de la côte. Les soldats de la Marine agitent les rames dans l’espoir de blesser l’adversaire alors que ceux de Carteaux, mieux organisés, attaquent mât de lampadaire aux mains comme les lanciers du Bengale tout en se protégeant derrière le porteur du bouclier en bois. Bouclier formé par le couvercle de barrique qui offre l’avantage au porteur de pouvoir observer l’adversaire par le trou de la bonde sans se découvrir. Raison pour laquelle Carteaux n’utilise pas le fond de la barrique qui, comme vous le savez, ne comporte pas d’orifice. Après 1H30 de combat la bataille cesse faute de combattants. Le comité de surveillance jette l’éponge et ainsi s’achève la bataille. Les blessés sont évacués vers l’hôpital de campagne installé dans le casino de Canastel. Le jury accorde le match nul. Lors du discours de clôture les responsables du projet de la sncfa s’engagent à créer des emplois réservés aux habitants de Carteaux. Ainsi, les frères ennemis d’hier travailleront ensemble pour améliorer les transports et les déplacements par le chemin de fer en Oranie.

Malheureusement, les archives postérieures à ce 28 août 1898 ayant disparues je ne peux vous dire quelles furent les conséquences de cette bataille dont tous les Oranais parlent, devant l’anisette et la kémia, avec des trémolos dans la voix.

Moi-même, votre serviteur j’en pleure encore….

Henri MARTIN

 oran ravin de la cressonnière  1920

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KOULOUGLIS de l’Armée d’Afrique

Posté par lesamisdegg le 31 janvier 2016

koulougli mauresque Par un trait particulier de l’organisation militaire qu’introduisit en Afrique le rude génie des Barberousse, les soldats d’aventure que les pachas d’Alger faisaient recruter en Orient, pour être les instruments de leur brutale domination, devaient arriver sans femmes, sans enfants, pour qu’ils pussent se vouer à leur destinée nouvelle sans arrière-pensée patrie et de famille. Mais ne pouvant, pouvant, la terre conquise, imposer à des musulmans le célibat, comme faisaient les Ordres du christianisme à leurs chevaliers, chevaliers, système turc amoindrissait autant que possible l’action de la famille, en réduisant influences des femmes et les privilèges de l’héritage. Les enfants issus de l’union des femmes mauresques avec les janissaires, l’on doit appeler orientaux plutôt turcs, car c’étaient des recrues prises confusément dans toutes les régions de l’islam, étaient qualifiés de Koulouglis ou fils de l’esclave formaient une classe particulière, participant du sort des deux classes dont elle provenait. De même que les Turcs, ils pouvaient inscrits comme soldats, et ils leur étaient assimilés tant pour l’avancement que pour la solde; ils étaient même admissibles à tous les emplois, y compris ceux de bey et d’agha. Mais, par défiance des influences de lignée maternelle, ils ne pouvaient jamais devenir pachas, et ils étaient même exclus du grand-divan, composé du khaznadji (trésorier), khodja-el-kheil (secrétaire des écuries), de l’oukil-el-heurdj-mta-ez-zira (intendant de la marine), et de l’agha-mta-dar-es-soltan (intendant du palais). « Que vos fils issus des femmes indigènes, avait dit au fondateur de l’odjak le marabout Sidi-Abader-Rahman-et-Taleb, ne soient jamais kerassa, c’est-à-dire n’obtiennent jamais les grandes fonctions qui donnent droit à un siège d’honneur (korsi). Les Koulouglis passaient, du reste, même aux yeux des Turcs, pour de forts bons soldats. Les Koulouglis ne cessèrent de protester contre cet article rigoureux de la charte des Turcs, malgré son origine doublement sacrée.

Ils protestèrent dès l’année 1595; leur plus formidable révolte fut celle de 1628, dans laquelle beaucoup d’entre eux périrent après un succès éphémère. Dix ans après, ils furent transplantés au confluent de l’Oued-Zitoun et de l’Isser, derrière le Fondouk, à dix lieues sud-est d’Alger, et y fondèrent la colonie de Zoukant, qui devint prospère et puissante. En prenant cette détermination, le divan d’Alger atteignait un double but: il se débarrassait d’un danger toujours imminent de révolte, et il faisait garder une avenue de la Kabylie par des troupes que leur origine signalait à la haine des Kabiles, et qui, devant choisir entre deux camps, devaient éprouver plus de sympathie pour celui de leurs pères. Suivant le même plan politique, on les distribua, à divers intervalles, au milieu des populations suspectes, pour les contenir.

En 1830, ils occupaient, entre autres villes, celle de Tlemcen, et formèrent un élément important du parti que commandait le célèbre général Mustafa. On les retrouve encore aujourd’hui en petit nombre dans la plupart des villes indigènes de l’Afrique du nord, particulièrement Biskara-Biskra-. Ils composent la population de deux tribus considérables, celle des Zouatna dont nous avons parlé, et celle des Zammora, située sur la limite méridionale de la Kabilie. Au moment de la déchéance des Turcs en 1830, les Koulouglis se virent en butte aux attaques des tribus arabes et berbères qui les entouraient, et n’eurent d’autres ressources que de se jeter dans les bras de la France. C’est ainsi que la garnison de Tlemcen et la colonie de l’Oued-Zitoun se détachèrent de bonne heure des masses indigènes et se rangèrent sous nos lois. Mais l’autorité française qui ignorait le vrai caractère de leur situation et les gages sérieux qu’ils offraient d’un ralliement sincère, ne les accueillit d’abord,  ainsi que les tribus maghzen, qu’avec une grande méfiance; on refusa même parfois leur soumission la plus humble. Peu à peu ils se firent pourtant accepter d’une politique devenue plus intelligente à mesure qu’elle avançait dans la connaissance des sentiments très divers du pays; beaucoup d’entre eux prirent du service dans notre infanterie et notre cavalerie indigènes, où ils se conduisirent en braves et fidèles soldats.

Ces rapprochements avec les vainqueurs signalèrent les Koulouglis aux coups d’Abdel-Kader, qui ne poursuivait pas d’ailleurs d’une moindre haine les Turcs dans leurs agents et descendants, que les Français eux-mêmes. Il mesura ses forces avec les leurs dans de violentes et fréquentes luttes contre le général Mustafa, ancien commandant des forces turques et auxiliaires dans la province d’Alger. A l’abri du traité de la Tafna, conclu en 1837 avec le général Bugeaud, l’émir s’était avancé, de la province d’Oran, théâtre de ses premiers exploits et berceau de sa puissance, vers les contrées de l’est, avec l’intention de pénétrer dans la Kabilie, dont il espérait faire le boulevard inexpugnable de ses attaques et de ses défenses. Au début de 1838, il tomba à l’improviste sur la tribu des Zouatna, les dispersa, ruina, et fit massacrer leur chef.

Comme les Zouatna étaient des étrangers dans le pays, le désastre qui les frappait ne pouvait lui aliéner les véritables berbères, et cependant ceux-ci ne pouvaient qu’être pénétrés d’une salutaire terreur en voyant la vigueur des coups du jeune marabout. Néanmoins ce calcul de l’ambition fut déçu ; sauf une tribu maghzen des Turcs, également mélangée, les Amraoua, tous les Kabiles refusèrent l’obéissance à un maître à qui leurs traditions et leurs constitutions indépendantes ne reconnaissaient aucun droit de le réclamer.

Dès ce jour les Koulouglis de toute l’Algérie éclairés sur leur véritable intérêt, se tournèrent vers la France comme vers leur seul refuge. Les simples guerriers combattirent en soldats et sous-officiers dans nos bataillons ou escadrons indigènes et dans les goums. Les moins ignorants furent nommés muphtis ou  kadis, Dans ces fonctions diverses, le type métisse montra en Algérie, comme en d’autres pays, supérieur aux deux types dont il provenait. Le nombre des Koulouglis était évalué, quelques années après la conquête, à une vingtaine de mille âmes. Aujourd’hui on cesse de les distinguer dans les dénombrements, parce qu’ils se fondent de plus en plus dans la masse de la population arabe, dont aucun caractère politique ne les sépare plus, au contraire de ce qui avait lieu dans le système turc. Ils s’en distinguent seulement par leur fidélité au rite hanéfi, tandis que tous les indigènes de l’Algérie, l’Algérie, et Kabiles, suivent le rite maléki.

Cependant ces familles conservent avec orgueil le souvenir de leur origine, et elles en tirent un sentiment de dédain pour les vrais indigènes, à qui leurs pères commandaient en maîtres. Aussi la France trouve-t-elle toujours en eux des serviteurs fidèles et intelligents dans les diverses fonctions civiles et militaires.

Jules Duval 1856.

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