MOJHAMA pour la kémia

Posté par lesamisdegg le 26 mai 2019

Mon aouélo se régalait de mojhama comme kémia avec son anisette dominicale .

mojhama

mojhama

 

 

La mojhama –esp mojama- est une salaison de filet de thon, typique de la Région de Murcie et de la côte atlantique andalouse .

De chaque thon, on extrait entre une et deux douzaines de tranches de filet de thon. On les presse pendant un ou deux jours avec du gros sel. Les filets sont ensuite débarrassés du sel.

Le thon est laissé à reposer deux jours, enveloppé dans des sacs humides. Puis il est lavé avant d’être mis à sécher 15 ou 20 jours, selon que le vent vienne du levant ou du ponant.

La mojhama se sert en tranches fines recouvertes d’un filet d’huile d’olive.

 

l'heure de l'anisette

l’heure de l’anisette

 

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ORAN mai 1509 , re-CONQUISTA

Posté par lesamisdegg le 22 mai 2019

16 Mai. – Départ de l’armada dans la matinée de CARTAGENA.

17 Mai, vers midi. La vigie maure placée au sommet du Pic d’Aïdour (Santa Cruz) signale l’apparition, au large, de l’Armada, Vers 20 heures. Ximénés, avec les galères, entre dans le Port de Mers e!-Kébir. Les 86 autres navires rejoignent peu à peu. Aussitôt l’ancre jetée Ximénès reçoit Rodtiguez Diaz, se fait renseigner par lui sur la situation et réunit un Conseil de guerre qui, malgré l’avis contraire de Pedro Navarro, approuve le débarquement immédiat préconisé par le Cardinal.

Vendredi 18 Mai. Avant le jour toute l’infanterie est débarquée et échelonnée sur la route d’Oran, sa tête un peu au Sud de St André actuel. L’artillerie légère débarque ensuite. Puis, malgré l’avis de Pedro Navarro qui estime inutilisables la grosse artillerie et la cavalerie, Ximénés fait débarquer ces 2 armes. Vers 15 heures, après avoir passé les troupes en revue, il donne l’ordre d’attaquer de suite contrairement à la volonté de Pedro Navarro de n’attaquer que le lendemain.

Enfonçant, avec son artillerie légère et une colonne d’assaut, la gauche ennemie, Pedro Navarro gagne le Pic d’Aîdour (Santa Cruz) d’où sa droite, avec la cavalerie, descend sur Yfré –les planteurs et la Porte de Tlemcen –pointe sud-est de la casbah -, en contournant ta Casbah par le Sud.  Panique du reste de la ligne ennemie qui se voit, en même temps, tournée sur son autre aile par l’escadre avec des chaloupes de débarquement. Poursuivant les fuyards la pique dans les reins, les Espagnols escaladent la muraille du front Nord en profitant de son point faible et peuvent s’emparer ainsi de la Porte de Canastel.

A 18 heures les Espagnols sont maîtres d’Oran, à l’exception de la Casbah, des 2 Mosquées et de quelques maisons en pierres où se sont retranchés tes derniers défenseurs. Les Espagnols ont perdu, 30 hommes.

Samedi 19 Mai. Prise de la Grand Mosquée. La petite Mosquée et les maisons fortifiées se rendent à discrétion, aussitôt après. Le Gouverneur de la Casbah fait savoir qu’il se rendra à Ximénès lui-même.

 

Prise d'Oran mai 1509

Prise d’Oran mai 1509  ;  chapelle mozarabe de la cathédrale de Tolède

 

 

Dimanche 20 Mai. Entrée de Ximénès dans Oran. Il traverse la ville en cortège et monte à la Casbah où le Gouverneur lui remet les clefs. Délivrance des 300 captifs Chrétiens de la Casbah. Les Espagnols ont fait eux 6.000 prisonniers Maures au moins.

Lundi 21 Mai. Ximénès dédie la Grande Mosquée à notre Dame des Victoires et de l’Annonciation, et la Petite Mosquée à Saint Jacques (Santiago), patron de l’armée. Il décide la création d’un hôpital militaire consacré à Saint-Bernard –futur couvent San Bernardo -. Il implante un couvent de Franciscains et un autre de Dominicains. Enfin il institue l’Inquisition à Oran. Des cavaliers venus des environs se heurtent aux avant-postes Espagnols placés dans les jardins et se replient de suite.

Mardi 22 Mai. Ximénès nomme Gouverneur de la Casbah Villaroel. Celui-ci prend pour lieutenant Alonzo Castella d’Alcala avec 300 soldats de Castorla et 50 cavaliers d’élite.

Mercredi 23 Mai. Cédant la place à Navarro, Ximénès, refusant toute escorte, part de Mers-et-Kébir avec un seul navire et suivi de ses familiers domestiques.

< Diégo de Vera, Vianelli, les duumvirs laissés pour remplir les fonctions de « Juges »et  Navarro l’accompagnent jusqu’au navire. Etait-ce par simple politesse ou par émotion vraiment sentie, était-ce par crainte des rapports qu’il pouvait faire sur leur compte, ou par une sorte de superstition qui leur faisait redouter que Ximénès emportât avec lui les chances de succès, toujours est-il qu’ils semblent transformés. Ils le supplient de ne pas les abandonner et Navarro se fait remarquer parmi ceux qui insistent le plus et qui multiplient les protestations de respect et d’affection à l’égard du Cardinal. Mais Ximénès ne revenait jamais sur une décision prise. Délibérer avec le plus grand soin, agir avec une imperturbable constance, parler peu et rester toujours calme, c’était sa politique ordinaire. Le jour même, Ximénès, favorisé jusqu’au bout par un temps admirable, entrait au port de Carthagène. (Nelly Blum).

Il achète un Brigantin pour faire le courrier d’Oran et remet 1.000 écus d’or à Villalobos avec mission d’assurer par Malaga le service des troupes d’Oran.

Gal  Didier 1927

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7 mai 1954 Dien-Bien-Phu par José CASTANO

Posté par lesamisdegg le 7 mai 2019

« Passant, va dire à Sparte que nous gisons ici pour avoir obéi à leurs lois » (Epitaphe célèbre de Simonide de Céos (-556 -467) célébrant la vaillance et le sacrifice des 300 Spartiates aux Thermopiles pendant la 2ème guerre médique en -480).

Diên Biên Phu, le « grand chef-lieu d’administration frontalière » est habité par les Méos, rudes montagnards qui cultivent le pavot et font commerce de l’opium et par les Thaïs qui travaillent les rizières de la vallée et font du petit élevage. Cette localité, à la frontière du Laos, est reliée au reste du pays par la route provinciale 41 qui va jusqu’à Hanoï située à 250 kms et vers la Chine. C’est une cuvette de 16kms sur 9 entourée de collines de 400 à 550 mètres de hauteur et traversée par la rivière Nam Youm.

Au début de l’été 1953, l’Indochine entre dans sa 8ème année de guerre. Le Vietminh, très mobile, se meut avec facilité sur un terrain qu’il connaît parfaitement. Son corps de bataille est de surcroît numériquement très supérieur à celui du corps expéditionnaire français et bénéficie, en outre, de l’aide sans réserve de la Chine libérée de son action en Corée depuis la signature de l’armistice, le 27 juillet 1953. C’est dans ce contexte, que le 7 mai 1953, le Général Navarre se voit confier le commandement en chef en Indochine en remplacement du Général Salan. Navarre avait un grand principe : « On ne peut vaincre qu’en attaquant » et il décidera de créer à Diên Biên Phu une base aéroterrestre pour couper au vietminh la route du Laos et protéger ainsi ce pays devenu indépendant.

Quand les responsables français décident d’investir, la cuvette de Diên Biên Phu, ils savent pourtant que des forces régulières vietminh importantes de la division 316 du régiment 148 et du bataillon 910 occupent solidement la région depuis octobre 1952. Qu’à cela ne tienne ! L’endroit paraît idéal au commandant en chef ! Il est un point de passage obligé pour le vietminh qui ne pourra que très difficilement le contourner… De plus, il bénéficie d’un aérodrome aménagé durant la deuxième guerre mondiale par les Japonais tandis que le fond de la cuvette est une véritable plaine de plus de 100km² qui permettra l’emploi des blindés. Par ailleurs, le commandement français considérait en cet automne 1953 que le vietminh, vu l’éloignement de ses bases, à 500 kms de Diên Biên Phu, ne pourrait entretenir dans le secteur que deux divisions maximum… Il en conclut donc qu’il ne pourrait mener que de brefs combats en ne disposant, en outre, que d’une artillerie limitée qu’il sera aisé de détruire par les canons du colonel Piroth, qui s’était porté garant.

L’occupation de la cuvette fut fixée le 20 novembre 1953. Elle fut baptisée « opération Castor ». Ce sera le plus important largage de parachutistes de toute l’histoire de la guerre d’Indochine. Vers 11 h du matin, les deux premiers bataillons sont largués : Le 6ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux du Commandant Bigeard et le 2ème Bataillon du 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes du Commandant Brechignac. Puis arriveront : le 1er Bataillon de Parachutistes Coloniaux, deux batteries de 75 sans recul du 35ème RALP, une compagnie de mortiers de 120 et une antenne chirurgicale. Le lendemain, les légionnaires du 1er Bataillon Etranger de Parachutistes sauteront ainsi que le 8ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux, des éléments du génie et le PC de l’opération (général Gilles, lieutenant-colonel Langlais avec 25 hommes). Le 22 novembre, le 5ème Bataillon de Parachutistes Vietnamiens est largué à son tour. Au soir du 22 novembre 1953, il y aura 4195 hommes dans la célèbre cuvette.

Durant près de quatre mois, les soldats français vont aménager la cuvette en camp retranché. Les petites collines entourant le camp prennent le nom de Gabrielle, Béatrice, Dominique, Eliane, Anne-Marie, Huguette, Claudine, Françoise, Eliane, Junon, Epervier et enfin Isabelle.

L’offensive vietminh débute dans la soirée du 13 mars 1954 par une intense préparation d’artillerie (près de 9000 coups) visant particulièrement Béatrice et Gabrielle. Le combat du tigre contre l’éléphant commençait : Le tigre tapi dans la jungle allait harceler l’éléphant figé qui, peu à peu, se videra de son sang et mourra d’épuisement.

Le point d’appui Béatrice est écrasé par les obus de canons et de mortiers lourds. Pendant plusieurs heures il reçoit des milliers d’obus. Les abris, n’étant pas conçus pour résister à des projectiles de gros calibre, furent pulvérisés. La surprise est totale dans le camp français. Malgré un combat acharné et sanglant, au prix de lourdes pertes de part et d’autre, Béatrice, tenu par la 3/13ème Demi-Brigade de la Légion Etrangère, commandée par le Commandant Pégot, fut enlevée par les Viets en quelques heures. Un malheureux concours de circonstance favorisa cette rapide victoire vietminh : les quatre officiers dont le lieutenant-colonel Gaucher, responsables de la défense de Béatrice furent tués dès la première heure par deux obus qui explosèrent dans leur abri. En une nuit, c’est une unité d’élite de la Légion qui est supprimée. Nul n’a imaginé un tel déluge d’artillerie. La contre batterie française se révèle inefficace. Le Viêt-Minh utilisant une énorme capacité en bras, a pu creuser des tunnels en travers des collines, hisser ses obusiers et s’offrir plusieurs emplacements de tir sur la garnison sans être vu. Des terrasses furent aménagées et dès que les canons avaient fini de tirer, ils regagnaient leur abri. De ce fait jamais l’artillerie française ne fut en mesure de faire taire les canons Viêt-Minh, pas plus que les chasseurs-bombardier de l’aéronavale.

 

Dans la soirée du 14 mars, Gabrielle, défendue par le 5/7 Régiment de Tirailleurs Algériens, subit un intense et meurtrier pilonnage d’artillerie. A 5h, le 15 mars, le vietminh submerge la position, dont les défenseurs ont été tués ou blessés. L’artillerie ennemie –que l’on disait inefficace- fait des ravages parmi les défenseurs sans que l’on puisse espérer la réduire au silence. Conscient de cet échec et de sa responsabilité, le Colonel Piroth, responsable de l’artillerie française se suicidera dans la nuit du 15 au 16 mars en dégoupillant une grenade.

Cependant, la piste d’aviation, bien que pilonnée quotidiennement -mais aussitôt remise en état- permettait l’arrivée régulière des renforts. Ce pilonnage s’intensifiant, les atterrissages de jour devinrent impossibles et les appareils durent se poser de nuit dans les pires conditions. Bientôt il fallut renoncer complètement et les assiégés se retrouvèrent, dès lors, isolés du reste du monde. A noter que le 28 mars, l’avion devant évacuer les blessés de la cuvette, endommagé au sol, ne put décoller. L’infirmière convoyeuse de l’équipage, Geneviève de Galard, était à bord. Elle restera jusqu’à la fin parmi les combattants.

Le général vietminh Giap, afin de s’infiltrer plus facilement dans les défenses françaises, fit alors intervenir des milliers de coolies dans le creusement d’un réseau de tranchées, véritable fromage de gruyère, menant aux divers points d’appui. Le 30 mars, après une préparation d’artillerie très intense et l’infiltration des viets par ces tranchées, Dominique 2 et Eliane1 furent prises. Cependant, les parachutages français continuaient encore dans la plus grande confusion. La superficie de la base aéroterrestre ayant été réduite et les liaisons avec les points d’appui encore tenus par les soldats français devenant impossibles, ces « volontaires du ciel » exposés aux feux directs de l’ennemi, connaissaient des fortunes diverses. Certains atterrissaient directement chez l’ennemi, d’autres étaient morts en touchant le sol, d’autres étaient perdus… tandis que le ravitaillement parachuté faisait la joie du vietminh en améliorant son quotidien.

 

Dien-Bien-Phu 7 mai 1954

Dien-Bien-Phu 7 mai 1954

 

 

            Du 9 au 11 avril, une nouvelle unité de légion, le 2ème Bataillon Etranger de Parachutistes, est largué dans des conditions déplorables et engage aussitôt une contre-attaque sur la face est. Il est en partie décimé. Les rescapés fusionnent alors avec les restes du 1er BEP reformant une unité sous les ordres du Commandant Guiraud. Le 4 mai, ont lieu les derniers parachutages d’hommes provenant du 1er Bataillon de Parachutistes Coloniaux tandis que les Viets intensifient encore leurs bombardements faisant intervenir les fameuses orgues de Staline, aux impacts meurtrier en rafales, provoquant d’énormes dégâts dans les abris minés par les pluies quotidiennes d’Avril. La cuvette disparaît dans des nuages de boue soulevée par les obus.

Dans la soirée du 6 mai, c’est le déchaînement de l’artillerie viet et de toutes les armes dont elle dispose. Dans le camp agonisant, c’est l’apocalypse. Tout ce qui est inflammable prend feu ; les abris s’effondrent, les tranchées s’écroulent, la terre se soulève. La mort frappe sans interruption. A 23h, les taupes vietminh, après avoir creusé un tunnel de 47 mètres de long, déposent sous Eliane2 une charge d’une tonne de TNT puis se ruent à l’assaut. La résistance des défenseurs est héroïque ; ils refusent de se rendre et luttent jusqu’à la mort. Une poignée de survivants arriveront à se replier sur Eliane4 afin de poursuivre le combat. A l’aube du 7 mai, Dominique et Eliane sont tombées. Les tranchées sont jonchées de cadavres et de blessés des deux camps. Alors que le Colonel de Castries vient d’être promu général, à 10h du matin, les viets finissent d’investir les Eliane. Du côté Français, il n’y a plus ni munitions, ni réserve d’hommes mais les sacrifices continuent…

Le Général Cogny adresse un dernier message au Général De Castries, souhaitant qu’il n’y ait ni drapeau blanc, ni capitulation. « Il faut laisser le feu mourir de lui-même pour ne pas abîmer ce qui a été fait » précise-t-il. L’ordre de cessez-le-feu tombe à 17h. Après destruction de tout le matériel et de tout le ravitaillement, le PC de Diên Biên Phu adresse son ultime message à Hanoi à 17h50 : « On fait tout sauter. Adieu ! » Quelques minutes plus tard, la division 308 du général Vuong Thua Vu fait irruption dans le PC du général De Castries. Un drapeau rouge à étoile d’or est planté sur le PC français.

Diên Biên Phu est tombé mais n’a pas capitulé.

Cette bataille fut la plus longue, la plus furieuse, la plus meurtrière de l’après Seconde Guerre mondiale durant laquelle le corps expéditionnaire Français compta près de 3 000 tués et un nombre très important de blessés. 11 721 soldats de l’Union Française furent faits prisonniers mais les effroyables conditions de détention des camps Vietminh furent telles que seulement 3 290 d’entre eux reviendront de captivité dans un état sanitaire catastrophique, squelettiques, exténués. Le destin exact des 3 013 prisonniers d’origine indochinoise ayant combattu sous le drapeau tricolore reste toujours inconnu. Il est probable qu’ils aient été exécutés systématiquement comme traîtres.

Tous les prisonniers durent marcher à travers jungles et montagnes sur 700 km, pour rejoindre les camps, situés aux confins de la frontière chinoise. Ceux qui étaient trop faibles mouraient ou étaient achevés. Sur les 11 721 soldats, valides ou blessés, capturés par le Vietminh, plus de 70 % décédèrent pendant leur marche vers les camps ou une fois en captivité, de sous-alimentation, mauvais traitements, absence de soins, dans des régions propices à toutes sortes de maladies, ou furent exécutés sommairement. Le 21 juillet 1954, les accords de Genève mettront fin à cette guerre, instaurant une partition du pays de part et d’autre du 17e parallèle Nord.

José CASTANO

 

 

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Jean BRUNE 1912-73 écrivain d’Algérie française

Posté par lesamisdegg le 5 mai 2019

Jean Brune Ain-Bessem (Algérie), 1912 Nouméa (Nlle Calédonie), 1973

Personnalité complexe et attachante, Jean Brune est un écrivain de grand talent. Ses prises de position en faveur de l’Algérie française lui ont fermé les portes de la notoriété.

Son père, administrateur en Algérie, occupe divers postes. A la mort de sa mère, Jean a dix- huit mois. Il est donc, en partie, élevé par sa grand-mère ainsi que son frère. A la retraite de son père, les enfants le rejoignent à Chéragas. Jean fait de fréquents séjours à Maillot chez un oncle administrateur. Il va aussi beaucoup en Kabylie, à Tala Rana, un hameau accroché aux flancs de Lalla Khadîdja, et c’est là que naît cet amour profond qu’il aura toujours pour la Kabylie.

En 1924, il sort de son univers familial et entre comme interne au lycée Ben Aknoun, jusqu’en troisième, puis il va au lycée Bugeaud où il sera condisciple de Camus. Il poursuit un entraînement sportif intensif et en gardera toute sa vie une allure trapue de lutteur. En 1930, l’année du bac, il se casse le poignet droit, se représente en septembre mais échoue à l’examen. Il renonce au bac et préfère s’éloigner. Il sera pion à l’E.P.S. de Boufarik mais en sera renvoyé pour avoir fait le mur avec des copains. Il part, alors, en 1932 pour le Maroc, chez un frère de sa mère. Là, il apprend l’arabe et fait ses débuts de journaliste à La Bougie de Fez. En 1933, il fait son service militaire aux Chasseurs d’Afrique, à Alger, au Champ de Manœuvres. Il mène ensuite une vie assez bohême, dessine beaucoup, en particulier lors de spectacles auxquels il participe et fait des portraits-seconde. Des amis lui font découvrir Maurras et l’Action Française et les livres de Jacques Bainville. Il se sentira alors royaliste.

C’est avec le 5ème Chasseurs d’Afrique qu’il participera en 1944 au débarquement en Provence, sous le commandement du général Touzet du Vigier ainsi qu’aux combats de la 1ère D.B. Il publiera un livre de croquis remarquables sur cette période. A son retour à Alger, il fait ses véritables débuts de journaliste, et de technicien de l’imprimerie, tout en continuant à dessiner et à peindre.

Il commence par le Journal d’Alger puis, en 1948, il entre à la Dépêche Quotidienne d’Alger où il fait les pages régionales puis écrit les éditoriaux et mène de grands reportages. En 1958, il y ajoute des « billets » à Radio­Alger. Ayant exprimé trop haut et trop fort son opinion de défenseur de l’Algérie Française, il est expatrié d’Alger en 1961. C’est l’époque où commencent les rendez-vous, à travers l’Europe, avec les « copains d’exil ». Une errance qui le mène d’Italie en Suisse, en Belgique, en Espagne, au Portugal. Il écrit beaucoup pour défendre ses opinions. Cette haine qui ressemble à l’amour (1961) est son premier roman important qui analyse avec talent la complexité de cette époque. Il collabore à Esprit Public, Aspects de la France, Valeurs Actuelles, Spectacle du Monde, tout en continuant à publier des ouvrages défendant les valeurs auxquelles il croit. Il fait des reportages dans une Asie qui le fascine mais se brouille avec son éditeur. Quand il est en France, il se plie difficilement à cette vie métropolitaine. Il part pour la Nouvelle-Calédonie en 1969 et prend la direction du Journal Calédonien. Il revient en France pour un bref passage à Besançon comme directeur de journal mais ne supporte décidément pas cette vie et repart à Nouméa en 1971. Il est rédacteur en chef de la France Australe, puis de Nouméa-Soir.

Il entretient une importante correspondance avec ses amis auxquels il reste très fidèle. Sa vie sentimentale qui avait été assez tumultueuse, semble avoir trouvé un équilibre, une sorte de paix et même de bonheur. Malheureusement, la maladie qui va l’emporter ne fait qu’empirer et il souffre beaucoup, en particulier de la gorge. Il meurt assez brutalement en 1973 et sera enterré à Nouméa.

Voici, en forme d’épitaphe, une phrase tirée d’un de ses livres: « nous cherchons désespérément où nous irons retrouver comme un reflet des paysages d’Afrique qu’ont bercé les premiers émerveillements de notre enfance. »

La personnalité de Jean Brune était très complexe et Francine Dessaigne qui lui a consacré une excellente biographie a bien souligné la difficulté qu’il y avait à cerner le personnage. A la fois plein de vie et profondément mélancolique, sinon même pessimiste, Jean Brune n’est jamais si bien lui- même que dans ses livres. Malheureusement son talent n’a pas vraiment été reconnu par le milieu littéraire, occulté par la franchise de ses opinions qui n’étaient pas dans la ligne du moment. Un universitaire allemand Wolf Abbès a découvert son talent et, grâce aux archives d’un fidèle ami de Jean Brune, le commandant Sapin Lignère a décidé de publier l’intégralité de son œuvre dans sa maison d’édition, Atlantis. Ce qui nous vaut de découvrir des reportages et des textes inédits de théâtre non publiés, La guerre de Troie commence demain et les Mutins.

Jeanine de la Hogue

 

Jean BRUNE 1972

Jean BRUNE 1972

 

 

BIBLIOGRAPHIE : * Francine Dessaigne : Jean Brune Français d’Algérie, éditions Albatros, 1983.

* Jean Brune et Albert Camus. Wolf Abbès, Atlantis.

SES ŒUVRES :

* Cette haine qui ressemble à l’amour. Table Ronde, 1961, Atlantis.

* Journal d’exil. Table Ronde, 1963. Atlantis.

* La révolte. Robert Laffont, 1965. Atlantis.

* Interdit aux chiens et aux Français. Table Ronde, 1966.

* La guerre de Troie commence demain. Atlantis.

* Les Mutins. Atlantis.

* Algérie 1955. La bataille de la peur. Atlantis.

* Les aventures prodigieuses de Georges Untel. Atlantis.

* Lettre à un maudit. Appel à la réconciliation. Atlantis.

 

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Il pleut ? Il pleut! C’est le temps des MIGASS !!

Posté par lesamisdegg le 28 avril 2019

MIGASS d’Oranie

Les migass sont une spécialité culinaire espagnole (plat ancien destiné aux travailleurs des champs) qui consiste à faire revenir de très fines tranches de pain sec frottées à l’ail, dans de la graisse de mouton ou de porc. D’autres préparations se font à partir de miettes de pain frites et dorées à la poêle. De nos jours cette même recette est préparée avec de la semoule de blé ! Dans le temps, on ne jetait rien, et les jours de pluie on sortait le pain dur au « patio » pour l’humidifier avant de le cuisiner.

Ingrédients

-Un pain dur à émietter –migas- ou  500g de semoule moyenne-petit salé saucisses, longanisse, boudin morcilla , huile d’olive-2 beaux « piments » (poivrons) verts, 20 gousses d’ail avec leur peau.CUISINERPréparer le pain dur dans une grande poêle plus le pain est dur, plus il est facile à cuisiner, le couper en tranches à recouvrir d’eau juste pour l’humidifier . Egoutter et réserver.

Faire revenir l’ail puis les viandes. Réserver au chaud.

Dans la même poêle faire revenir les piments coupés en lamelles et réserver.

Faire frire les miettes de pain dur, ou bien faire bouillir de l’eau salée pour y délayer la semoule durant 10 mn.

Quand c’est cuit garnir avec viandes et piments.MIGASS

 

Servir aussitôt dans la poêle de cuisson.

A déguster chaud  ac’ un p’tit vin de maison, en famille, avec des amis, doucement car « tant qu’il reste des migass la fête continue !

 

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Jean BASTIEN-THIRY , son exécution le 11 03 1963 -in memoriam-

Posté par lesamisdegg le 9 mars 2019

TEMOIGNAGE  DU  DOCTEUR  PETIT  SUR  LA  MORT  DE  JEAN  BASTIEN-THIRY

J’ai été prévenu en fin d’après-midi, le 10 mars, par le directeur des Prisons de Fresnes, M Marty… Cette nuit-là, nous avons parlé beaucoup, le Père Vernet et moi. Puis est arrivée l’heure officielle du réveil du condamné à mort. Je le vois, à ce réveil : le Père Vernet s’est penché sur lui : il dormait… Il se redressa, tout de suite présent, ne flottant absolument pas. Sa première réaction fut de demander quel était le sort de ses camarades.

La messe a été aussitôt dite dans la cellule voisine : une table, quelques chaises, en faisaient une chapelle. Ce fut le moment le plus émouvant. J’ai vu beaucoup de choses, mais je n’oublierai jamais le Colonel servant sa dernière messe avec calme et simplicité – et ce qui m’a le plus stupéfié, c’est que cette messe était chantée : non seulement par le célébrant, mais par le servant…C’était d’une très, très grande beauté – et en même temps d’une extrême discrétion : nul accent dramatique. Je ne su même pas que l’hostie du Colonel fut partagée pour être donnée aussi à sa femme, quelques heures plus tard…

La messe a dû durer une vingtaine de minutes…Nous sommes sortis avec le Colonel…Comme il ne me connaissait pas, je me suis présenté…La conversation était très calme. Il dédaignait tout à fait ce qui était en train de se débattre, l’ultime chance de le sauver…il était déjà au-delà. Je le regardai : il rayonnait. Il rayonnait vraiment de bonheur. C’est peut-être fou de dire cela, mais c’est tout à fait l’impression que j’ai eue : il était déjà dans l’Au-delà…alors que nous étions de pauvres garçons déchirés de le voir mourir…

Puis cela a été le départ…Au Fort d’Ivry, cela a été extrêmement rapide…

Nous l’avons embrassé, il est allé lui-même au poteau, très digne et toujours très calme, le chapelet dans les mains. Il n’a fait aucune déclaration, je l’affirme…Il était debout, les mains derrière le dos ; sans bandeau sur les yeux. Il est tombé à la première salve, indiscutablement… Il y a eu le coup de grâce…

Ce qui m’a le plus frappé, c’est le sang-froid indiscutable du colonel Bastien-Thiry…Mais, ce qui m’a le plus impressionné – et je pense que d’autres s’en sont aperçus ce matin-là- c’est le lien entre la messe qui a été sa dernière messe, et son comportement à la sortie de la chapelle : cette joie dans son regard.     Cette Joie…

Extrait du livre « Jean Bastien-Thiry, vie, écrits, témoignages », P.249-251

11 03 1963 carré des suppliciès

Ivry 11 03 1963

Ivry 11 03 1963

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OREILLETTES

Posté par lesamisdegg le 4 mars 2019

Les OREILLETTES de l’aouéla pour carnaval

Pour le « mardi gras », avant le « mercredi des cendres », avant la période du carême, l’aouéla Emilia cuisinait des OREILLETTES –orejas de carnaval- à déguster en famille, à partager avec le voisinage et les connaissances.

-800 gr de farine – 2 œufs -1 petit verre d’anisette – 100 gr de beurre – 1 verre de lait

- sel et sucre en poudre

L’aouéla se mélangeait, bien bien, le beurre et le lait avant d’ajouter les œufs, le sel et l’anisette.

Poc à petit elle introduisait la farine pour en faire une masse qu’elle travaillait  longtemps.

Cette pate bien étalée était livrée à nos mains enfantines qui avaient le privilège de la découper en losanges.

Ces derniers étaient frits dans une huile bien chaude avant d’être égouttés puis saupoudrés d’une abondante pluie de sucre en poudre.

Pépico de Saintugène

OREILLETTES -orejas de carnaval-

OREILLETTES -orejas de carnaval-

 

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arabo-Islamisme durant « la bataille d’Algérie française » par J.P.LLEDO

Posté par lesamisdegg le 12 février 2019

Du panislamisme phagocyteur du panarabisme

El Halia, 20 Août 1955. La guerre est déclenchée par le FLN,  le 1er Novembre 1954 : ce jour-là, fête de tous les Saints à l’origine, le peuple catholique rend hommage à ses morts. Le choix de la date préfigure l’alternative nationaliste inventé dès 1945, ‘’la valise ou le cercueil’’. Mais la première opération militaire d’envergure de l’ALN, Armée de Libération nationale, a lieu le 20 Août 1955 à midi. C’est un vaste pogrom qui vise au faciès tous les civils non-musulmans de Philippeville et de sa région, et auquel participent des milliers de paysans et de citadins. Ordre leur est donné par les commandos qui les encadrent de prendre n’importe quelle arme et de faire le maximum de victimes en un minimum de temps. 130 non-musulmans périssent. Le triple de blessés. Dans la séquence que vous verrez, le personnage principal, un ingénieur agronome, interroge un membre d’un des trois commandos qui agirent à El Halia, un village minier d’environ 120 personnes d’origine italienne, où furent tués et mutilés une quarantaine de femmes, vieillards, enfants et mineurs.

5 Juillet 1962 à Oran. Deux jours plus tôt, l’Algérie est devenue indépendante par voie de référendum. Le 5 Juillet est aussitôt désigné comme le jour de sa commémoration annuelle. Ce jour-là, et les suivants, se déroule dans la 2eme plus grande ville d’Algérie, un pogrom qui vise au faciès tous les civils non musulmans. L’historien Jean-Jacques Jordi, sur la base d’archives françaises, en a dénombré plus de 700 – ‘’Un silence d’Etat’’, Jean-Jacques Jordi, Ed SOTECA, Paris, 2011 – . C’est la journée la plus meurtrière de toute la guerre d’Algérie. Et elle a été minutieusement organisée (rafles dans la rue, transport vers des lieux de détention, notamment les Abattoirs, interrogatoires musclés, avant les égorgements massifs au dit ‘’Petit Lac’’, sans parler de la foule encouragée à assouvir ses instincts sanguinaires.

Enseignements Le fait que la guerre de ‘’libération’’ ait commencé et fini par un massacre de non-musulmans est loin d’être un hasard. Le message en est limpide : faire comprendre aux non-musulmans qu’ils n’auront plus de place dans une Algérie indépendante. Dans le 1er extrait, le tueur dit : ‘’Chez les Français, ce sont les femmes qui commandent, et quand elles verront ce qui s’est passé ici, elles diront à leurs maris : allez partons !’’. Or au moment de l’indépendance, il y a encore trop de non-musulmans, environ 200 000 personnes, et parmi les 800 000 qui sont déjà partis, beaucoup pensent revenir ‘’si les choses se calment’’…

Avant, pendant, et après 1954, le « nationalisme » algérien n’a qu’un seul   …

horizon : l’arabo-islamisme. Pour adhérer au principal parti de Messali Hadj, on doit jurer sur le Coran. En 1949, certains de ses dirigeants, kabyles donc ne se reconnaissant pas dans l’arabité, demandent à ce que la future république algérienne  ne se définisse plus par l’arabo-islamisme. Ils sont exclus.  Cette idéologie ethnico-religieuse irrigue autant la Déclaration du 1er Novembre 1954 dont le but est un Etat souverain ‘’dans le cadre des principes islamiques’’, que la 1ère Constitution algérienne qui institue ‘’l’islam, religion d’Etat’’, et en vertu de laquelle le Code de la Nationalité énonce que seuls les musulmans pourront être  automatiquement algériens.  En 1955, deux dirigeants, qui dans les années 70 seront des ministres de Boumediene, disent dans des assemblées d’étudiants algériens à Paris : « Avec un million d’Européens, l’Algérie serait ingouvernable ! (Bélaïd Abdeslem) et  « L’Algérie, n’est pas un manteau d’Arlequin » (Reda Malek). – Témoignage d’André Beckouche. Thèse d’histoire sur le rôle des Juifs algériens dans la lutte anticoloniale, publiée en 2013 par Pierre-Jean Le Foll-Luciani.- Des décennies après, d’autres dirigeants eux-mêmes l’avoueront aussi. Ben Khedda, le président du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), écrit dans ses Mémoires : « En refusant notamment la nationalité algérienne automatique pour un million d’Européens, nous avions prévenu le danger d’une Algérie bicéphale. ». –  « La fin de la guerre d’Algérie », Benyoucef  Ben Khedda, Casbah Ed. 1998, Alger. « Accords d’Evian » – Réda Malek Le Seuil, 1990, Paris  -  Et toujours le même Réda Malek explique que les négociations  France – GPRA qui durèrent 3 années, s’achevèrent lorsque qu’assuré de pouvoir exploiter le pétrole saharien durant encore 10 ans, De Gaulle entérina le refus des Algériens d’accorder la nationalité algérienne aux non-musulmans. Et Malek de s’exclamer : « Heureusement, le caractère sacré arabo-musulman de la nation algérienne était sauvegardé.

Le double langage Certains objectent que le FLN fit des déclarations laissant entendre que les citoyens non-musulmans pourraient avoir une place dans l’Algérie indépendante. Mais ils taisent le fait qu’elles ne furent pas très nombreuses

 

et surtout qu’elles n’étaient que des annonces de propagande pour l’international, la gauche européenne et le monde communiste. Mais au même moment, comme le révèle l’historien contestataire Mohamed Harbi, nous apprenons par une archive du FLN, qu’en 1961, Lakhdar Ben Tobbal, un grand dirigeant se trouvant au Maroc, rassure  ainsi des militants FLN inquiets par les différents Appels du GPRA et du FLN aux Juifs et aux Européens d’Algérie en 1960 et 1961 : « Ces textes sont purement tactiques. Il n’est pas question qu’après l’indépendance, des Juifs ou des Européens soient membres d’un gouvernement algérien. ». –  Les Archives de la révolution algérienne, Mohammed Harbi, 1981, Ed Jeune Afrique -A l’origine de ce double langage, il y a tout simplement le langage nationaliste algérien qui s’enracina toujours dans le vocabulaire religieux, lequel devint tout à fait visible et audible lors des périodes soit l’insurrection de Mai 1945, soit dès novembre 54. Toutes deux sont un djihad. On les mène au même cri d’Allah ou akbar (Allah est le plus grand), car elles se font pour la Cause de dieu, ‘’ fi sabil illah !’’. L’ennemi est kofar (mécréant), le combattant un ‘’moudjahid’’.  Et l’on appelle à tuer les chrétiens et juifs - Nqatlou nsara ou Yahoud-  Dans chaque zone contrôlée par l’ALN, la justice s’applique en vertu de la charia : la mort pour les homosexuels, le nez coupé pour la désobéissance.

Histoires à ne pas dire -J.P. LLEDO

 

Le terrorisme contre les civils non-musulmans devient l’arme privilégiée. Bombes dans les cafés, les autobus, ou dans les stades, se conjuguent aux attentats individuels ciblés auxquels sont élus en particulier les Juifs, aux abords de synagogues, le samedi de préférence. Et il y eut plus de 80 instituteurs européens enseignant dans le bled quasiment uniquement à des enfants musulmans, qui ainsi périrent. « Bons ou mauvais, je ne faisais pas de différence » avouera Lakhdar Ben Tobbal dans ses mémoires. Car si le but final est de dissuader les non-musulmans d’envisager un avenir dans ce qui est pour eux aussi leur pays,

dans l’immédiat, ce qui est visé est de créer ‘’un fossé’’ entre les communautés. Et pour cela, rien de mieux que de faire couler du sang des deux côtés : car l’on sait que les représailles y contribueront autant que l’action elle-même. Le terroriste n’est-il pas appelé fidaï, celui qui se sacrifie pour la cause de dieu ?

Tout ce qui précède est tout à fait constitutif d’un imaginaire dominant, celui de l’islam. Ce qui pourrait sembler n’être que pure barbarie, n’est en fait que l’application de normes islamiques, et ce quels que soient les pays. Par exemple manger le foie de l’ennemi tué. Tout musulman sait en effet que pareille mésaventure arriva à l’oncle du Prophète Mohamed, Hamza b. Abdalmouttalib, et que depuis cette époque, dans des périodes de djihad, de pieux combattants, sans doute par vengeance, font subir le même sort à leurs victimes. L’acte chirurgical doublé de cannibalisme, filmé en direct, il y a quelques années en Syrie, émut le monde entier, mais a été pratiqué sous toutes les latitudes par toutes sortes de djihadistes. En Algérie, il y a quelques années, par les djihadistes du GIA, autant que par ceux de la  »guerre de libération ».  Et cet imaginaire formaté par l’islam, est dès l’origine marqué au fer rouge de la judéophobie. Car si le christianisme s’est fondé sur la mort de Yeshoua, l’islam lui a pour crime fondateur celui du massacre des 900 Juifs de la tribu des Banu Qurayza (‘’en âge de se raser’’, précise la biographie du prophète, la Sîra d’Ibn Ishaq), de par la main armée d’un poignard du prophète lui-même. L’épisode du hammam de Constantine (les Arabes n’y vont aux mêmes heures que les Juifs, à cause de… ‘’leur odeur’’) montre combien profondément la judéophobie structure l’inconscient collectif musulman.

Faux nationalisme. Tout ce qui vient d’être noté – Dans ‘’La dimension religieuse de la guerre d’Algérie’’ (Editions Atlantis, 2018, Allemagne), l’historien de la guerre d’Algérie, Roger Vétillard, en donnent ‘’45 preuves’’ –  dit assez qu’en Algérie, comme dans le reste du monde musulman, la surenchère du religieux vise à pallier l’insuffisance voire l’inexistence d’une conscience nationale. Un chef militaire fell , Si Abdallah, témoigne : « Nous n’arrivions pas dans une mechta en soldats révolutionnaires mais en combattants de la foi et il est certain que

l’islam a été le ciment qui nous permit de  sceller notre union… Les nationalismes du monde musulman ont toujours été des nationalismes contre, contre la puissance non-musulmane (l’impérialisme ottoman, n’est jamais perçu comme un colonialisme, parce que musulman). Ils n’ont jamais été des nationalismes pour, pour l’édification de sa propre nation, comme l’ont été les nationalismes européens du 19eme siècle.

Aussi pour justifier l’option militaire, les dirigeants fells diront-ils qu’ils n’avaient plus d’autres moyens d’exprimer leurs revendications. Ce qui est totalement faux, puisqu’à partir des années 20, le mouvement politique et social est en croissance continue (nombre de partis, de syndicats, d’associations, journaux, revues, meetings, manifestations politiques et artistiques, etc…), ce qui laisse entrevoir une voie pacifique vers l’indépendance avec l’ensemble de ses populations…

 

 

JP LLEDO 23-01-2019

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Alger Casbah 1959

Posté par lesamisdegg le 18 décembre 2018

Choses vues dans la cabah-II- Expédition rue du Diable et aux trémies de la rue des Zouaves

      M. Moussa, qui doit me guider dans ma randonnée à travers la Casbah, est exact au rendez-vous. M. Moussa est fonctionnaire; il contrôle à longueur de journée le travail des âniers dans la haute ville depuis trente ans. C’est dire qu’il a vu défiler toute une génération d’âniers et d’innombrables petits ânes au cours de sa carrière.

Je fus jadis, en compagnie de mon camarade le grand peintre Jean Launois, un familier de la Casbah. Nous la parcourions en tous sens durant les années heureuses, et nous y comptions de solides amitiés : Postillon, le commissaire borgne des dames de petite vertu de l’endroit; José, mon vieil ami gitan; Jean le Maltais, qui tenait une cave au comptoir de laquelle se présentait chaque jour un énorme bourricot, équipé de ses chouarris.Cet âne avait été gratifié, un matin, par un des clients de la cave, d’un morceau de sucre. Il s’en était régalé et depuis, chaque jour, il faisait irruption dans l’établissement de Jean pour réclamer sa ration. Deux autres ânes faisant équipe avec lui l’attendaient patiemment au bas de la rue. Ce manège avait duré cinq ans, ce qui représente un nombre respectable de morceaux de sucre…

 

l'asnier ouargli  , chiari et bourriquot

l’asnier ouargli , chouari et bourriquot

 

M. Moussa se souvenait fort bien de cette histoire. A son tour, il évoqua l’aventure de « Il est fort », un bourricot qu’on avait surnommé ainsi à cause de sa prodigieuse vitalité. Celui-là ne se contentait pas d’un simple carré de sucre : il exigeait du pinard ! Cette déplorable habitude lui était venue du jour où, descendant la rue de la Casbah, il avait eu la fantaisie de tremper ses babines dans la cuvette aux trois quarts pleine de vin où « Messaoud », le mouton-fétiche de « La cave des amis » (un autre phénomène), était accoutumé à venir se désaltérer. Cette cuvette, destinée à recueillir les gouttes s’écoulant du robinet de bois d’un tonneau mis en perce pour la vente de vin au détail, se trouvait toujours à même le sol, à l’entrée de la boutique. Tout le quartier en avait bien ri, mais « Il est fort » avait vu son surnom troqué contre celui de « kilo ». Ce dont il se moquait éperdument, les ânes ne comprenant rien au pataouette. Cependant, de telles facéties ne sont point en honneur chez les ânes du dépôt Nord. Il s’y rencontre encore quelques loustics, mais qui se contentent de fouiller de leur museau les chouarris de leurs coéquipiers pour y cueillir quelque croûton de pain ou quelque reste de macaronis. Ce qui est anodin…

La plupart des âniers sont originaires d’Ourgla, l’oasis des ânes. Les Ouarglis montent à dos d’âne très jeunes, et s’ils apprécient les qualités de ces animaux, ils en connaissent fort bien les défauts. Et les ânes le savent bien qui ne se font pas prier pour obéir docilement aux injonctions gutturales de leurs maîtres. Pour un bourricot, « Harrré…hi » signifie : avance ; « Ohhôôô » signifie arrête ! Encore faut-il savoir lancer ses commandements avec énergie et avec l’intonation désirable sans quoi, ouallou ! L’âne n’en fait qu’à sa guise ! M. Moussa, lui, est né plus au Nord. Il est originaire de Ghardaïa, pays où les gens se consacrent traditionnellement au négoce. Il a choisi d’être fonctionnaire. C’est un sage…

Après une rapide prise de contact, dans la haute Casbah, avec le chef d’îlot qui abrite ses services dans une minuscule pièce dotée d’une table et d’un téléphone qui le tient en liaison constante avec le dépôt, nous partons à la recherche d’une des équipes assurant le nettoiement de la Casbah. La centaine d’ânes valides qui constitue l’effectif actif du dépôt y est répartie par équipes de trois.     Chaque équipe a la charge de six rues dont elle connaît admirablement la topographie, le même secteur étant affecté une fois pour toutes à la même équipe. Nous choisîmes pour la circonstance un secteur au relief mouvementé : celui de la rue du Diable, qui porte bien son nom. Lorsqu’on en gravit les marches, tout en haut, on aperçoit pourtant, à la sortie du tunnel qui la couvre entièrement, un petit coin de ciel bleu. Mais lorsqu’on en dégringole les marches, il fait sombre, on risque à chaque instant de se rompre le col et cette « descente aux enfers » ne manque pas d’être impressionnante. Au moment où nous y arrivons, un petit âne s’apprête à tenter l’escalade. L’air goguenard -je me trompe peut-être en prêtant aux ânes des sentiments qu’ils n’ont jamais eus- ses deux compagnons d’équipe se sont effacés pour le laisser partir seul à l’assaut de la rue du Diable. Il en est ainsi chaque fois qu’une impasse débouche -tel un affluent- sur la ruelle principale. Un seul âne suivi de l’ânier pénètre dans l’impasse, tandis que ses co-équipiers attendent patiemment, dans la rue, son retour pour éviter d’irrémédiables embouteillages. Un énergique « Harrré…hi » ponctué d’un coup de baguette fait comprendre à notre bourriquet que le temps des tergiversations est passé, et c’est poussé par son ânier qu’il se décide enfin à gravir les premières marches. Mais les chouarris obstruent le passage et une vieille Mauresque qui descend ne doit son salut qu’à la rapidité avec laquelle elle s’est plaquée contre la muraille. Suit un concert de protestations indignées qui ne troublent en rien l’ânier et son âne grimpant obstinément la ruelle. Seul, maintenant, le bruit des poubelles vides heurtant le sol parvient jusqu’à nous, et ce n’est que quelques minutes plus tard qu’apparaîtront deux points brillants trouant l’obscurité. Ce sont les yeux de l’âne qui redescend en assurant posément ses pattes sur chaque marche pour ne pas être entraîné par le poids des chouarris pleins à ras-bord. De son côté, pour faciliter la manœuvre, l’ânier remplit l’office de frein. Il retient de toute sa force le bourricot par la queue… Il en ira ainsi chaque jour où les mêmes scènes se renouvelleront dans chaque ruelle de la Casbah.

 

rue du diablerampe des zouaves

rampe des zouaves

 

Puis, les chouarris remplis-ce qui représente un poids de 80 kilos environ par bourricot-, les équipes s’achemineront à petits pas vers la trémie de la rampe des Zouaves où s’effectue la collecte des ordures. Le spectacle y est assez divertissant. Des files d’ânes font la chaîne devant la plate-forme de la trémie, avant de déverser le contenu des chouarris dans l’orifice du tuyau aboutissant aux camions de maraîchers stationnés en contre-bas. En attendant de se présenter à reculons, sans qu’on les en prie, devant la trémie, les petits ânes goûtent des instants de repos qu’ils mettent à profit pour se régaler de quelque tranche de pastèque piquée dans le chargement du voisin.

Quant aux âniers, ils profitent de cette détente pour plaisanter : « Ya Hamou! Combien as-tu récolté de petites cuillers ce matin, dans ton sac? «  (Les âniers portent, suspendu à la ceinture, un petit sac destiné à recevoir tous les objets hétéroclites égarés dans les poubelles par les ménagères distraites.). Hamou de répondre en découvrant ses dents blanches : « Toutes celles que tu n’as pas ramassées en faisant ta tournée, ya H’amar, car toi, tu dormais debout, ce matin.  Ce qui, d’après les dires d’un troisième larron, n’avait absolument pas d’importance, car dans le monde des âniers on sait bien que les ânes sont capables de se diriger seuls, et même de guider leur maître. J’avais l’occasion, le soir même, de vérifier l’authenticité de cette boutade en assistant à la rentrée des ânes.       Une fois débarrassées de leurs chouarris, les bêtes se dirigeaient seules, en effet, dans les écuries, vers leurs places respectives où les attendait dans leur mangeoire une abondante ration de paille fraîche et d’avoine, récompense bien méritée de leurs bons et loyaux services.

Charles Brouty  (textes et dessins de l’auteur 1959) 

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Angèle Maraval-Berthoin 1875-1961 femme de cœur et de lettres

Posté par lesamisdegg le 15 décembre 2018

Angèle Maraval-Berthoin a raconté dans « Le Drac » l’histoire de son père, Jean, Louis, Joseph Berthoin, parti tout jeune de Grenoble, son pays natal, pour Marseille où, au sein des usines Bérard, il s’était élevé de simple ouvrier à associé. Puis, enrôlé volontaire dans l’Armée d’Afrique, il devint armateur, exportateur, colon. Le général de Montauban, commandant la division d’Oran disait : « Où passe Berthoin, passent le courage, l’intelligence et la bonté. » Ce sont bien ces hautes qualités qu’il avait transmises à sa fille. Il est vrai que son épouse n’en était pas dépourvue : Célina était la dernière des six enfants des Labuxière-Lasniers, et la plus artiste, élève pour le chant et le piano d’Emile Prudent et du célèbre Marmontel . Amédée et Arthur Labuxière étaient amis d’enfance des fils du Roi Louis-Philippe et leurs camarades de collège. Ils étaient les enfants de Pierre-Théodore Labuxière, directeur des messageries royales de France et de Minnie Lasniers de Lachaise. De cette famille de seigneurs de la Creuze, le plus connu est Philippe, procureur du Roi à Argelès et qui fut nommé par Henri IV, seigneur des Barres. Par tradition, les Lasniers de Lachaise, tous des intellectuels, devenaient Maîtres de pension lorsque des revers de fortune les obligeaient à travailler. C’est ainsi que toute la famille des Labuxière de Lachaise vint s’installer à Oran, où les deux fils étaient enrôlés dans l’armée et les quatre jeunes filles, aidées de leur mère et de leur tante Adélaïde de Lasniers, filleule de Madame Adélaïde de France, sœur du Roi, fondèrent la première institution de jeunes filles. Cette institution dura jusqu’au mariage des quatre jeunes filles. C’est donc d’un hardi pionnier et d’une noble dame qu’est issue Angèle Maraval-Berthoin.

 

1915

1915

 

Elle a mis son cœur et son esprit d’organisation au service des plus pauvres tant à la Croix-Rouge qu’à la Goutte de Lait et son talent d’artiste au service de cette Algérie qu’elle aimait de toute son âme, cette Algérie qu’elle a su écouter et traduire. A une époque, où bien rares étaient les voyageurs qui osaient se rendre dans le grand sud, elle a séjourné par trois fois à Tamanrasset. Elle disait : » J’ai pu pénétrer plus avant dans l’âme de ce Hoggar fier et distant qui barricade la porte de sa demeure, comme celle du coffre de sa pensée et de tous ses autres coffres, par une serrure à trois clefs. J’ai écouté les vieilles marnas fredonner leurs berceuses à leurs tout petits enfants, et les jeunes vierges, les jeunes femmes échanger leurs confidences avec le jour, avec la nuit. Elle a écouté la parole de l’Aménokal Moussa-Ag-Amastan et celle de Dassine, la douce, la belle, la forte, celle qui fut l’amie confiante du Père Charles de Foucauld qui lui avait dit : » Je crois que notre pensée, passée par tes chants à toi, serait écoutée… » Et elle a porté la parole du Hoggar vers les rives frelatées de la Seine où ces contes, ses légendes, sont apparus comme une source d’eau fraîche. Ce furent  » Les Clefs du Hoggar «,  » Le chapelet des vingt-et-une Koubas  »  » Les sultanes du jour et de nuit «,  » Les voix du Hoggar «. L’Académie Française couronna cette œuvre éditée chez Fasquelle.

Amie des arts, Madame Maraval-Berthoin avait fondé une association, les 4 A : Association Amicale des Artistes Africains, qui, par ses prix, récompensait chaque année romanciers et poètes, peintres et sculpteurs et qu’elle dotait généreusement. Voici ce qu’écrivait Paul Reboux, à qui les Allemands avaient proposé de reprendre la direction de  » Paris Soir  » sous leur contrôle. Il préféra mettre entre eux et lui la Méditerranée et, coupé de la métropole en 42 par l’arrivée des américains à Oran, il y séjourna quatre ans : » C’est pendant ces quatre années que j’ai pu juger combien la Ville d’Oran, où je m’étais fixé, devait de gratitude à Madame Maraval-Berthoin, tant pour son activité artistique et littéraire que pour son sens admirable des organisations sociales. (…) De son salon, elle avait fait un centre littéraire et artistique digne des grandes dames du XVIIIe siècle et des salons qui, à la Belle époque, groupaient à Paris les écrivains et les artistes en des réunions où brillaient perpétuellement les étincelles de l’esprit français. «

Des trois fils, seul survivra Théo, qui deviendra médecin, épousera Germaine Sendrars et aura un fils Henri et une fille Hélène.

Angèle Maraval-Berthoin, qui s’exprimait alors en tous sens : peinture, musique et poésie, ne tarda pas à conquérir Paris en ce qu’il avait de meilleur. Le vieux Charles Lecoq, le père de  » La Fille Angot «, mit ses vers en musique, François Coppée, se souvenant qu’il dut son renom à un acte en vers créé par Agar et Sarah Bernhard, fit bon accueil à celui qu’elle apportait : « Rêve d’un soir » qui fut monté par Irénée Mauget au Pré Catelan, en ce fameux théâtre des fleurs de l’Impératrice Eugénie, avec Andrée Pascal, la créatrice des  » Bouffons  » dans le principal rôle. Adolphe Brisson, dans  » Les Annales «, reproduisait ses premiers vers illustrés par Suréda et consacrait une grande place dans son feuilleton du  » Temps  » à ce frais dialogue. Franc-Nohain, dans  » L’Echo de Paris  » saluait ses  » Poèmes Algériens «  et ses  » Terres de Lumière  » et Gaston Deschamps, dans  » Les Débats «, disait très longuement sa sympathie à la débutante. En résumé, ce fut un salut unanimement élogieux de la grande presse parisienne à celle qui allait, pour nous, faire tomber le voile du Hoggar magique et mystérieux.

Madame Maraval-Berthoin était très coquette. Elle cachait avec soin sa date de naissance en 1875.Toujours vêtue de noir, très élégante, avec des chapeaux à voilette ravissants, elle gardait grande allure à un âge avancé. A Oran, elle était une  » Institution  ». Pourtant, lorsqu’elle fit une mauvaise chute en 1956 et se cassa le col du fémur, l’Algérie était la proie aux flammes du terrorisme FLN et son monde, notre monde, chancelait sans que nous nous en rendions bien compte. C’est à cette époque que je fus le plus près d’elle. Je lui faisais la lecture et l’écoutais parler littérature et poésie. Elle aimait à rappeler qu’elle fut la première femme à survoler le Sahara en avion.

Elle me parlait aussi de son amitié pour ma grand-mère et confirmait ce que celle-ci m’avait raconté : Alors qu’elles étaient toutes deux très jeunes, paraissait à Oran une feuille hebdomadaire satirique : « Le Charivari Oranais et Algérien ». Son rédacteur directeur, Zimmermann y déversait l’esprit montmartrois. Il avait une fille devenue Madame Lerebourg, dont l’époux était préfet. Ces trois espiègles racontaient dans ses colonnes les potins de la ville sous le nom de « La Tia Bolbassa  » et chacun s’étonnait de cette mystérieuse personne au courant de toutes les petites intrigues… Ma mère, Yvonne Herelle, succéda à Madame Maraval à la tête de la Croix Rouge d’Oran alors que le Docteur Malméjac prenait la direction de la Croix-Rouge pour le département. C’était une lourde charge dans cette époque troublée. Ma mère avait été longtemps la vice-présidente de Madame Maraval à la Croix-Rouge et à la Goutte de lait. Elle disait de maman : » C’est mon plus fidèle lieutenant !  » C’était beaucoup car elle n’était guère prodigue de compliments, quoique d’une parfaite courtoisie.

En dépit de sa volonté farouche, elle ne put reprendre une vie active. Les « événements » la bouleversaient. Se rendre à Sainte-Eugénie devenait hasardeux : on frôlait les quartiers de la Ville Nouvelle où les enlèvements, les assassinats étaient fréquents. Seul le téléphone nous reliait à elle mais sa voix n’était plus qu’un souffle. La providence miséricordieuse a permis qu’elle parte en janvier 1961 et, ainsi, ne connaisse pas l’exode du printemps et de l’été 1962 qui emportait avec 132 ans d’histoire, le beau rêve d’un pays de cultures conjuguées.

Pourtant, la belle histoire ne s’arrête pas là. En 1999, la fille d’Henri et Jacqueline Maraval a soigné une jeune musulmane à l’hôpital de Nanterre. A la vue de l’ordonnance, celle-ci lui dit qu’elle portait le nom de l’endroit où vivaient ses parents à Oran : Maraval ! Ce n’était pas comme on pouvait le penser au quartier Maraval, mais bien à Sainte-Eugénie. La mère de cette jeune femme, lui expliquait alors qu’ils avaient protégé Sainte-Eugénie du pillage. Ils y habitaient et l’entretenaient, mais surtout, en souvenir de tout le bien fait par madame Maraval-Berthoin, ils s’efforçaient de donner à plus malheureux qu’eux des vêtements et du lait. Ainsi, quarante ans après sa mort, Angèle Maraval-Berthoin continue de rayonner et son œuvre sociale se perpétue tandis que son œuvre littéraire murmure à l’oreille les mots des sultanes du jour et de la nuit.

Geneviève de Ternant 05 2000

PARMI SES ŒUVRES:

Editions Fasquelle : Les Clefs du Hoggar Dassine, sultane du Hoggar – Le Drac -

Alphonse Lemerre : Poèmes algériens – Terres de lumière

Albin Michel : Miguel – Cœurs rouges (couronné par l’Académie Française)

Piazza: Légende de Lalla Marnia -Le chapelet des vingt-et-une Koubas – Chants du Hoggar (couronné par l’Académie Française) +La sultane rose -Les voix du Hoggar -

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