ORAN 14 juillet 1928

Posté par lesamisdegg le 14 juillet 2016

Comme les années précédentes, la population oranaise a célébré la fête nationale du 14 Juillet avec beaucoup d’entrain. Les diverses manifestations prévues au programme de la journée de samedi ont été suivies avec intérêt par le public.

Dès 7 heures du matin, une foule nombreuse envahit les abords du boulevard Gallieni où doit se dérouler la revue des troupes de la garnison. Lorsque le canon tonne, pour annoncer le début de la cérémonie, la tribune d’honneur réservée aux personnalités officielles est abondamment garnie.

Escorté de son état-major, le général de Lamothe, passe l’inspection des troupes qui s’alignent jusqu’à la promenade de l’Etang. Au-dessus de la ville une escadrille d’avions évolue en ordre de combat. Face aux tribunes, il est ensuite procédé à la remise des décorations. Puis les troupes se reforment près de la rampe Valès et défilent impeccablement aux sons d’une marche guerrière.

Quelques instants après, M. le général de Lamothe se rend place d’Armes où les membres de l’association « Les Poilus d’Orient » se trouvent réunis au pied du monument de Sidi-Brahim. Après avoir remis le drapeau du groupement, à M. Touret, président, M. le général de Lamothe remercie ce dernier de l’avoir associé à cette manifestation. Puis, il exprime son plaisir de se retrouver au milieu des vaillants « poilus » qui, en Orient, par leurs héroïques prouesses contribuèrent largement au succès final des armées françaises et alliées, dans la grande guerre de 1914-18.

C’est ensuite le défilé des sociétés sportives et musicales de la ville qui attire l’attention du public qui s’est répandu dans les grandes artères centrales. Parties de l’avenue Loubet, où elles s’étaient rassemblées autour du monument de la Victoire, les sociétés parcourent en très bon ordre la rue d’Arzew, le boulevard Séguin et la place d’Armes. Elles s’alignent face aux grands escaliers de l’Hôtel de Ville où se trouvent M Menudier, premier adjoint au maire, remplissant les fonctions de maire, entouré du Conseil municipal au complet. La dislocation a lieu après le « Salut au drapeau » exécuté par les fanfares.

Sur divers points de la ville d’autres cérémonies ont eu lieu au milieu d’un grand nombre d’assistants. Dans le courant de l’après-midi, une brillante fête indigène s’est déroulée au village Nègre. Des épreuves sportives et des jeux divers ont obtenu le meilleur succès. Jusqu’à une heure avancée de la nuit, les nombreux bals publics organisés sur les différentes places de la ville ont connu une grosse affluence et un très vif entrain.

défilé des sociétés sportives

défilé des sociétés sportives

tiré de « L’Afrique du Nord illustrée »

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ORAN en 1844

Posté par lesamisdegg le 19 avril 2016

Oran, capitale de la province de ce nom en Algérie, est bâti sur le bord de la mer, à l’est du pic Murdjadjo ou Santa-Cruz, dont les sommets sont couronnés par un fort et par un santon ou goubakouba-(dôme, marabout) arabe. Un ruisseau (Oued-el-Rahi –er rehi-, rivière des Moulins) sépare la ville en deux parties .Sur la rive gauche, la Vieille-Ville, la ville espagnole, assise entre le ruisseau et les pentes abruptes du Murdjadjo .Sur la rive droite, la Ville-Neuve, la ville arabe, qui, assise sur un plateau dominant le ravin, se continue à l’est et au sud, et forme la plaine d’Oran.

I-L’Oued-er-rahi a sa source apparente à mille mètres de son embouchure, au milieu d’une gorge étroite, dont les flancs escarpés sont composés de calcaires de nouvelle formation et riches en fossiles. Malgré un cours si peu étendu, son volume d’eau est assez considérable pour suffire aux besoins d’une population de 30 000 âmes, et sa pente assez rapide pour faire tourner un grand nombre de moulins A l’origine de la source, au Ras-el-Aïn ( la source), on a construit, depuis 1831 un petit monument qui sert de corps-de-garde, et d’où partent deux canaux conduisant les eaux aux diverses fontaines des deux villes , ce qui lui a fait donner le nom de Chateau-d’Eau.

II-La Vieille-Ville comprend trois quartiers séparés les uns des autres par des remparts : la Marine, la Planza-déformation arabe de la « plaza » de Oran-, la Vieille Kasbah.

A-Le quartier de la Marine, avant 1832, était peu considérable. Une douane, une manutention, un immense moulin à sept tournants, des hangars pour les fourrages de l’armée, des ateliers pour la marine et l’artillerie, y ont été construits par l’Etat-y compris les bâtiments espagnols-. Les particuliers, le haut commerce surtout, y ont fait bâtir des maisons et de vastes magasins pour entrepôts. Là où n’existait qu’un mauvais village de pêcheurs s’est élevée une ville tout entière. La rue principale de ce quartier, la rue de la Marine, traverse deux places, celle d’Orléans et celle de Nemours, décorées chacune d’une fontaine.

B-Le quartier de la Planza embrasse l’espace compris entre la Marine qu’il domine et la Vieille-Kasbah par laquelle il est dominé. En 1832, ce quartier n’était qu’un amas de ruines abandonnées depuis le tremblement de terre survenu dans la nuit du 9 octobre 1790, qui y causa d’affreux ravages. Restauré aujourd’hui, il est sans contredit le plus beau de la ville, et plusieurs de ses maisons ne dépareraient pas les jolies rues de Paris. C’est là que sont situés

- le Colysée- salle de spectacle-

-l’église chrétienne, construite sur les fondations de l’ancienne église espagnole

-l’hôpital militaire, sur l’emplacement de la principale mosquée du quartier-construite elle sur un couvent espagnol, dont on n’a conservé que le superbe minaret et les vastes bains publics –le bagne turc-qui en dépendaient.

-La mosquée de Sidi-el-haouari, dont une partie, celle où était le tombeau , est réservée au culte, et l’autre sert de magasin au campement militaire

-la place de l’hôpital-militaire

-le cours Oudinot, planté d’arbres depuis trois ans ; des cafés, des restaurants, des guinguettes s’y établissent à l’usage des promeneurs, et sa situation au centre des deux villes, au milieu des jardins, en fera bientôt une charmante promenade.

C-La Vieille-Kasbah, comme l’indique son nom, est une ancienne forteresse, entourée de hautes murailles : elle domine la ville, l’entrée du golfe et le ravin, et communique avec la ville par le quartier de la Planza, au moyen de deux portes, dont l’une correspond à l’ancienne Voierie, et l’autre à une rue carrossable ouverte par le génie.

III-La Ville-Neuve, sur la rive droite de l’Oued-er-Rahi, comprend la nouvelle Kasbah ou Château-Neuf (Bordj-el-Ahmar, fort Rouge), et une rue qui, sous des noms différents, se prolonge jusqu’au fort Saint-André ( Bordj-el-Saliha, fort des Spahis). Le Château-Neuf est une citadelle en bon état, bien bastionnée, bien flanquée, bien armée, qui domine la ville et la mer; elle ne contient que des bâtiments militaires créés ou restaurés depuis 1831, et l’ancien palais du bey d’Oran, qui sert d’habitation au général commandant la province, aux officiers d’état-major et du génie. L’ancien palais du bey était une délicieuse demeure, moins fantastique que celui du bey de Constantine, mais plus confortable. Le pavillon destiné au harem était un séjour aérien situé au point culminant du château, et d’où l’on jouissait d’une vue ravissante. Le bey, du haut de ce joli kiosque, plongeait ses regards dans toutes les maisons placées sous ses pieds, et étendait ainsi sur la ville entière son invisible surveillance. Un jardin de roses et de jasmins séparait ce pavillon du corps du palais. Dans l’intérieur du palais étaient deux parties distinctes : l’une l’habitation du bey, l’autre son palais proprement dit, où il trônait en souverain absolu, en pacha. Une galerie couverte mettait l’une et l’autre partie en communication. La partie de la nouvelle ville en dehors du Château-Neuf est presque tout entière groupée aux deux côtés d’une longue rue, tortueuse et rapide du pont à la place du Gouvernement, large et droite de la place du Gouvernement à la place Saint-André. Dans la première partie, elle s’appelle rue Philippe; dans la seconde, rue Napoléon. Parallèlement à la rue Napoléon, du côté du rempart et du côté du ravin, d’autres rues anciennes ou nouvelles complètent le quartier. On remarque en descendant cette rue :

-le pont, qui sert de communication entre les deux villes, très élevé au dessus du niveau des eaux, et d’une seule arche

-le tribunal civil et indigène, de construction française

- la place du Gouvernement au pied du Château-Neuf, et sur laquelle débouche la porte du Marché

-la mosquée la plus importante de la ville, à laquelle les Arabes donnent le nom de mosquée du Pacha, et qui a été bâtie par le bey Mohamed-el-Kebir, en mémoire du départ

1844 chateau-neuf , ravin , blanca oran

1844 chateau-neuf , ravin , blanca oran

des Espagnols. Le minaret de cette mosquée, consacrée encore au culte musulman, est le plus beau de tous ceux de l’Algérie

-une seconde mosquée sur la place Saint-André qui n’a d’importance que par sa communication avec la porte principale de la ville

-en dehors de la grande rue dans des espaces laissés libres par les constructions, le marché arabe, où les indigènes vendent le blé, le charbon, le bois, les laines…

- le marché français, marché ouvert, où Français, Juifs, Espagnols se font concurrence pour la vente des légumes, du poisson, de la viande.

-Trois fontaines principales, celles de la rue Mont-Thabor, de la rue Philippe et du Château-Neuf, fournissent de l’eau en abondance aux habitants.

IV-En 1832, un immense faubourg, nommé Kargantha, était annexé à la Ville-Neuve et habité par les Arabes Douaïr, Zmélah et Gharabah, gens du Makhzen. Il a été détruit sous le commandement des généraux Boyer et Desmichels, pour dégager les abords de la place. Il n’en reste qu’une mosquée qui a servi depuis lors de caserne au 2ième régiment de chasseurs d’Afrique, et autour de laquelle on a construit une caserne pour l’artillerie, et tout un faubourg nouveau, habité par des marchands d’eau-de-vie, de vin, de café, et de tabac.

V-Cinq forts concourent, avec les citadelles des deux villes et une enceinte continue, à la défense d’Oran : ce sont les forts Lamoune,  Saint-Grégoire, Sainte-Croix, Saint-André et Saint-Philippe. Les trois premiers sont échelonnés sur le rivage, sur les gradins du Murdjadjo, et défendent l’approche de la ville par mer. Le fort Saint- André, le plus avancé dans les terres, défend l’entrée du ravin dans lequel coule l’Oued-el-Rahi. Saint-Grégoire et Sainte-Croix peuvent également défendre la ville du côté de terre; mais leurs boulets, pour atteindre l’ennemi, passent par-dessus les tètes des habitants. Tous ces forts, de construction espagnole, sont en bon état.

Telle est la ville d’Oran à la surface du sol .La ville souterraine ne serait pas moins curieux à étudier. Les Espagnols avaient fait communiquer leurs forts entre eux au moyen de galeries profondes. De nombreux éboulement ont rendus la plupart des passages impraticables.

 « le magasin pittoresque »

 NB: Oran marine , la rue de la marine deviendra vite la rue d’Orléans en hommage au duc puis la place d’Orléans deviendra la place Emerat

Oran ville-neuve , la place du gouvernement sera la place du marché puis d’armes , la rue Napoléon deviendra « de la révolution »

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Oran le 28 août 1898

Posté par lesamisdegg le 19 février 2016

La bataille de la cressonnière

Cette bataille met aux prises deux quartiers de la ville qui s’opposent depuis toujours. Il s’agit d’une part, du vieux quartier de la Marine situé aux pieds du Murdjadjo, montagne qui surplombe la ville au nord-ouest et d’autre part, du faubourg de Carteaux, construit sur la colline du « Monté-Séco » à l’est et bordé par le Ravin-Blanc qui donna la pierre exceptionnelle sortie de ses entrailles pour la reconstruction de la ville basse après un terrible tremblement de terre à la fin du XVIII e siècle.

Le différent, cette fois, porte sur le choix de l’implantation de la future gare de marchandises suite à l’enquête d’utilité publique en cours. Elle recevra tous les produits à exporter mais aussi ceux importés par mer. Par ailleurs cette réalisation permettra les liaisons commerciales avec le Maroc, le Rio de Oro, la Mauritanie. Il va sans dire que ce grandiose projet assurera le développement économique local. On peut affirmer qu’il y aura une forte création d’emploi pour la population du quartier élu. Et c’est ce dernier point qui devient la cause principale de la brouille entre ces deux quartiers. A l’issue de l’enquête publique par la « sncfa » et les autorités territoriales sont confrontées à un choix fort délicat pour l’implantation des installations sur les terrains non bâtis des deux quartiers. Sur le plan foncier, le vieux quartier de la Marine est peuplé de gens modestes, ingénieux, courageux, mais en majorité issus de l’immigration espagnole depuis le XIXe siècle. Les terrains accusent une forte pente qui décline vers la mer, au nord. Le faubourg de Carteaux regorge d’une jeunesse importante rompue à l’amusement. Son site est magnifique puisque perché à une altitude de plus 125m. Il est ventilé en permanence par des vents nord-ouest, iodés, ce qui peut assurer une bonne santé pour des travailleurs œuvrant dans les fumées dégagées par les chaudières des locomotives à vapeur…. A ce que l’on sait, les décideurs avaient une préférence pour une implantation sur le quartier de la Marine entre la future usine Bastos et la place de La Perle. Cette information confidentielle est rapportée par Elisabeth, la fille du sous-préfet maritime qui fréquente, malgré l’interdiction de ses parents, le fils du contremaître tonnelier des établissements Gay. Ceci ravive l’animosité des deux communautés qui ne date pas d’aujourd’hui. Ici, il est important de vous conter cette anecdote qui en dit long sur les rapports entre les protagonistes.

C’était au mois de juin 1860, à l’occasion de la visite de la ville par Napoléon III accompagné de son épouse. Un match de football fut organisé le dimanche 22 juin en hommage au couple impérial, sous la forme d’un championnat inter quartiers. Le match opposait le FCO à L’ASMO sur le terrain du champ de manœuvre. Le FCO l’emporta par un but à zéro grâce à un but marqué, de la main, par Larbi Kourbali, l’ailier droit bien connu dont le petit-fils deviendra plus tard la « Fierté » d’une jeune et charmante institutrice dont je tairai le nom mais dont je me permets de donner le prénom « Josette » ce qui me paraît hautement respectueux. Sans tout dévoiler, j’indique ses initiales : J.B. Et n’allez pas croire qu’il s’agit de Joséphine Baker! Non, notre J.B, c’est elle qui nous faisait danser avec sa baguette magique pour nous apprendre les tables de multiplications…à l’envers. Le but fut marqué de la main me direz-vous ? Mais que faisait l’arbitre ? Malheureusement, il n’a pas pu siffler la faute, flagrante pour les spectateurs, car à cet instant il était occupé à chercher sur le terrain le pois-chiche qui vibre pour produire le son strident de son ustensile. En effet, celui-ci usé par une forte utilisation était sorti de sa cage. L’instrument était inutilisable, alors. A ce malheur pour la Marine, il faut ajouter que les spectateurs de Carteaux traitaient ceux de la Marine de « gens des bas quartiers ». Inutile de dire que les Marins demandent une revanche. Voilà pour l’anecdote historique puisqu’elle est relatée par Napoléon III dans ses mémoires rédigées en Angleterre. Dans le chapitre II on peut lire ceci « la plus belle bataille fut celle de Carteaux opposée à la Marine. La stratégie des ennemis est digne de celle de Wagram avec mon tonton en général ». Je me garderai de juger ces faits historiques au parfum fantaisiste mais force est de reconnaître qu’ils sont à l’origine de ce que je m’en vais vous conter et que nous allons découvrir ensemble.

Donc, en ce mois d’août de 1898, la sncfa en accord avec les autorités, décident unilatéralement que la gare sera construite sur le port à quelques encablures du bassin Gueydon. La nouvelle est publiée sur l’écho d’Oran du 25 août 1898. Dès dix heures, Carteaux se considérant lésé adresse une déclaration de guerre à la Marine. Pour gagner du temps, la déclaration manuscrite est expédiée au stak -lance pierres-. Le message échoue sur le minaret de la mosquée sidi-el-houari et le muezzin s’empresse de le livrer au Maire de la Marine. On bat le tambour et la zamboumba au beau milieu de la place principale. Les préposés sont installés sur la margelle de la fontaine centrale afin de prendre un peu de hauteur tant la situation est grave. Les deux quartiers sont en ébullition et les préparatifs vont bon train. Tous les hommes valides de moins de 49ans et les femmes de moins de 28ans sont enrôlés. Cette bataille s’annonce stratégique au plus haut moins mais certainement pas psychologique étant donné que nos protagonistes n’ont jamais lu Freud qui de plus écrivait en Allemand. Carteaux pense profiter de sa position en altitude alors que la Marine espère profiter des vents dominants qui les pousseraient dans le dos pour faciliter l’ascension par la rampe Vallès. Enfin, nous examinerons plus loin la stratégie de chaque camp. A la lecture des archives il semblerait que le choix du terrain « neutre » sera imposé par un tirage au sort. Après la Saint Louis le tirage au sort effectué par la Miss 1897 du Plateau Saint Michel, il en résulte que la date de la bataille sera le 28 août 1898 et le champ de bataille, le terrain qui sera occupé plus tard par le collège de jeunes filles à hauteur de la rencontre de la rue d’Arzew et de l’avenue de Tunis. L’endroit retenu permettra aux belligérants à ne pas utiliser les régiments des transports.

Et nous voilà ce 28 août 1898 sur ce champ de bataille. Elle sera contrôlée par un comité de surveillance composé d’élus des deux quartiers mais aussi complétée par deux anciens officiers de l’infanterie mis à la retraite par anticipation pour avoir utilisé des chameaux lors du marathon de Saïda à Tiaret l’année dernière. Puis on compte le représentant local de la sncfa ainsi que le médecin général de l’hôpital d’Oran. Cet ancien baroudeur, compagnon de route de Napoléon 1er est aigri depuis que le baron Haussmann lui a préféré Soult pour baptiser un des boulevards des maréchaux à Paris. Qui plus est, par excès de zèle il veut faire un procès à la famille Galiana pour empoisonnement de la population à l’aide d’une boisson alcoolisée au parfum de badiane espagnole. Enfin, le comité est présidé par un élu de chaque quartier en guerre. Pour la Marine il s’agit de Monsieur Fouques et pour Carteaux le choix s’est porté sur Monsieur Jean Gay. Le champ de bataille est délimité puis divisé par un tracé irréprochable à la chaux de la calère. Il faut éviter les débordements et permettre aux spectateurs d’assister à la bataille en toute neutralité. L’ordre du début du combat est prévu à 11h. La fin du combat est programmée à 12h30. Chaque armée est composée de 33 hommes, soit 30 soldats et 3 officiers. La Marine dispose sur le terrain trois colonnes de dix hommes alors que Carteaux dispose deux lignes de 15 hommes par le travers du champ. Les soldats de la Marine sont armés de rames de pastéras en châtaigniers dérobées sur le chantier naval de la famille Ambrosino. Le fournisseur est le charpentier de marine, Roger Quessada. Ceux de Carteaux, la colonne de gauche est armée de couvercles de barriques fabriqués en bois de chênes de la forêt d’M’Sila et prêtés par la cave Gay. La colonne de droite est équipée de mâts de lampadaires récupérés dans le stock des rebus à la fonderie Ducros. La cause du rebus de cette élégante production fut le manque de carbone lors de la fusion qui, au refroidissement, a rendu le produit impropre à sa destination. Ces lampadaires devaient décorer la place Kléber et en particulier éclairer le parvis de la préfecture depuis que la femme du préfet avait chuté sur la dernière marche en rentrant un soir du théâtre Bastrana.

Ceci dit, et sans rire, il n’est pas utile de s’interroger sur l’efficacité de tels armements. L’étude des archives nous réserve encore des surprises sur ce qui deviendra la Bataille de la Cressonnière. A 11h l’ordre de combattre est donné. Le branle-bas de combat fait dire à des témoins que l’affrontement ressemble à un abordage de corsaires français contre un galion espagnol dans la mer des Antilles du coté de l’Île de la Tortue du temps des frères de la côte. Les soldats de la Marine agitent les rames dans l’espoir de blesser l’adversaire alors que ceux de Carteaux, mieux organisés, attaquent mât de lampadaire aux mains comme les lanciers du Bengale tout en se protégeant derrière le porteur du bouclier en bois. Bouclier formé par le couvercle de barrique qui offre l’avantage au porteur de pouvoir observer l’adversaire par le trou de la bonde sans se découvrir. Raison pour laquelle Carteaux n’utilise pas le fond de la barrique qui, comme vous le savez, ne comporte pas d’orifice. Après 1H30 de combat la bataille cesse faute de combattants. Le comité de surveillance jette l’éponge et ainsi s’achève la bataille. Les blessés sont évacués vers l’hôpital de campagne installé dans le casino de Canastel. Le jury accorde le match nul. Lors du discours de clôture les responsables du projet de la sncfa s’engagent à créer des emplois réservés aux habitants de Carteaux. Ainsi, les frères ennemis d’hier travailleront ensemble pour améliorer les transports et les déplacements par le chemin de fer en Oranie.

Malheureusement, les archives postérieures à ce 28 août 1898 ayant disparues je ne peux vous dire quelles furent les conséquences de cette bataille dont tous les Oranais parlent, devant l’anisette et la kémia, avec des trémolos dans la voix.

Moi-même, votre serviteur j’en pleure encore….

Henri MARTIN

 oran ravin de la cressonnière  1920

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Bab-el-oued

Posté par lesamisdegg le 18 janvier 2016

 

ALGER Bab-el-oued

ALGER Bab-el-oued

Il y a eu deux portes de Bab-El-Oued. Celle qui s’ouvrait en 1830 dans les vieux remparts turcs, sensiblement en face du lycée Bugeaud, et celle que les Français ont construite vers 1842 à l’emplacement du boulevard Guillemin.

Le terrain d’assiette sur lequel fut érigé plus tard le cinéma Majestic  accueillait les chapiteaux de cirque. L’emplacement actuel du Majestic n’était qu’un terrain vague, où les gosses jouaient aux billes, et où les forains dressaient le chapiteau des cirques ambulants.

A la place du lycée Lazerges, il y avait un chenil et des écuries. Le long des escaliers Marengo, se dressaient les baraques de bois, au bord desquelles on vendait «le kilomètre» et la barbe à papa. Enfin, en face le lycée, c’était le «poids public», sur lequel les garnements dansaient pour secouer le plancher.

Mais surtout… surtout… à l’angle du boulevard Amiral-Pierre et de la rue Icosium, se trouvait le Kassour… Le fameux Kassour où tous les gamins d’Alger allaient régler leur compte… Le Kassour, indiscutable province de Bab-El-Oued au même titre que la Bassetta...

L’Esplanade de Bab-El-Oued avait un cachet particulier. «C’était un îlot bourgeois avec de pompeuses maisons aux “balcons 1900” et des arcades qui témoignaient d’un souci d’architecture…. C’est le seul quartier d’Alger qui communie aussi intimement avec la mer. Alger peut lancer vers elle la passerelle moderne de l’avenue du 8-Novembre. L’esplanade reste un bastion bâti sur un rocher face aux colères du vent du large et aux brisants sur lesquels vint mourir jadis un bateau qui s’appelait la Reine Mathilde.»

La place Dutertre, à la Basetta, fut célèbre pour Cagayous. Un personnage imaginaire créé vers 1895 par l’écrivain Auguste Robinet alias Musette (1862- 1930).Cagayous incarnait, on ne peut mieux, ce brassage de races méditerranéennes qui se côtoyaient dans le quartier cosmopolite de Bab-El-Oued, La Cantéra. C’est là que naquit le pataouète, mélange d’expressions arabes, italiennes, espagnoles, maltaises…

 

La Dépêche quotidienne d’Algérie 1955

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ORAN novembre 1904

Posté par lesamisdegg le 3 novembre 2015

ORAN 1904

ORAN 1904

ORAN 6 novembre 1904

Voici passé avec les premiers frimas, le jour solennel, que la tradition a consacré à la fête des morts. Nombreuses sont les familles qui ont au cimetière un caveau, ou une simple tombe, et dès l’aube, rougissant de ses premières lueurs les vieux murs, la longue procession ,de parents ou d’amis ,s’achemine sur la route poussiéreuse, portant des gerbes de fleurs.

Ici les conversations changent de ton, le bruit des pas s’étouffe, on craindrait de troubler la solitude de ce champ de repos. A l’intérieur, les cyprès touffus, alignés en longues files, le partagent en différentes avenues, bordées de chapelles qui dressent leur sévère architecture à côté de marbres, revêtus d’inscriptions endeuillées.

Plus loin, une infinité de petites tombes, toutes blanches, systématiquement placées, fait involontairement songer à un cimetière de poupées. Hélas ! Ce sont les tout petits, ceux dont les paupières n’ont fait que s’entrouvrir aux rêves de la vie et qui dorment là, bercés par la chanson du vent.

……………..Mais aujourd’hui, les tombes vont se parer comme par enchantement, la terre va se couvrir des fleurs, que de pieuses mains auront, déposées, et la pierre froide, sous la profusion des chrysanthèmes inclinant leurs longs pétales, paraîtra moins triste aux yeux. Puis, les frimas viendront, les fleurs se faneront lentement, une à une, sous les rayons d’un pâle soleil, et dans Tamashouët endormi, la statue d u silence, veillera seule à la porte des caveaux.

Près de la porte d’entrée, un modeste logis attira mes regards. Avisant un vieillard assis sur un escabeau, je m’approchai et, par sympathie naturelle, je l’interrogeai sur ses occupations près de ce lieu de tristesse.

— Monsieur, me répondit-il, je passe mon temps là, tranquillement, à entretenir les tombes que quelques âmes charitables ont bien voulu me confier, et je ne suis guère dérangé que par l’entrée des convois funèbres qui arrivent de temps à autre.

— Vos clients ? Hasardai-je.

Le vieux sourit tristement, et comme je le pressai, il me confia qu’il occupait ses loisirs à élever des lapins et son grand bras étendu fauchant vers le cimetière, m’indiquait que le trèfle et la luzerne ne manquaient point parla. Ainsi donc, pensai-je en m’en allant, voici un vrai sage, vieillissant avec sérénité, ayant pour témoins de ses peines et pour seuls confidents, ces marbres étalant leur lividité à perte de vue, et, qui pense, sans nul doute, que tout est pour le mieux dans la meilleure des nécropoles.

Et j’eus alors l’envie folle de revenir, de lui confier comme un dépôt sacré, une tombe, dans un coin, à l’ombre d’un grand cyprès, ornée de plantes toujours vertes et où je pourrais enfin, voyageur arrivé au terme de la vie, étendre mes membres harassés et m’endormir dans l’éternité.

SlMBAD

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ORAN jour des morts 1925

Posté par lesamisdegg le 1 novembre 2014

ORAN CIMETIERE TAMASHOUET 2008 Allee principaleEt novembre est revenu, s’annonçant aussi maussade que son prédécesseur. La matinée du 1er novembre, la pluie tomba à verse, arrosant copieusement les rues de notre cité et les transformant en étangs et cloaques. Fort heureusement, le soleil épandit vers midi quelques uns de ses chauds rayons, inondant d’espoir la jeunesse. Et, l’après-midi le temps s’étant complètement remis au beau, les promenades et les faubourgs d’Oran furent envahis par les promeneurs. Mais où il y avait foule ce fût au cimetière Tamashouet, en vue d’embellir les tombes des chers morts que l’on irait visiter le lendemain, Jour des Morts. Ce jour-là, le ciel resta couvert toute la journée. Toutefois le soleil parvenait, par moments, à glisser de pâles rayons. Comme d’habitude, affluence considérable dans les allées du Campo-Santo. Procession, musique, discours, visite aux tombes des soldats, et nous voilà quittes jusqu’à l’année prochaine avec ceux à qui nous devons tant et tant. Quelques fleurs: chrysanthèmes, un hymne de mort, quelques mots grandiloquents, un Pater ou un Ave et, notre âme satisfaite, nous pouvons retourner tranquillement à nos affaires, à nos réjouissances.

J.Infantes-Poquet

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Qui aura son nom au Quai Branly ?

Posté par mdame le 4 mars 2010

Qui aura son nom au Quai Branly ?    dans MONUMENTS photo-2016319-S 

 

                                            Mémorial du quai Branly?

memorialquaibranly dans MONUMENTSLe gouvernement veut faire inscrire le nom des victimes civiles de la guerre d’Algérie sur le Mémorial du quai Branly, à Paris, a annoncé  Hubert Falco, secrétaire d’Etat à la Défense et aux anciens combattants. Inauguré en 2002, ce monument aux morts est composé de trois colonnes hautes de 6 mètres et animées par des afficheurs électroniques lumineux. Sur la première défilent en continu les noms et prénoms des 23 000 soldats, morts pour la France en Afrique du Nord.

Qui aura sa place sur ce mémorial?
Quelles victimes civiles et militaires?
Si les victimes civiles, métropolitains en exercice sur le sol algérien durant la guerre, sont facilement identifiables, si les victimes Pied-Noirs, qui on été retrouvés sont bien connus, qu’en sera t-il de ces disparus dont les noms figurent sur le « Mur des disparus » de Perpignan? Devrons-nous instruire de nouveaux dossiers? Tous ceux qui seront présentés par les associations seront-ils acceptés?
Mais à présent parlons des harkis qui ont été exécutés par le F.L.N. et dont même l’administration militaire ne connait pas tous les noms? Comment les associerons-nous à ce mémorial et dont le nombre représente trois à quatre fois le nombre de soldats nommés sur ce mémorial?
Une nouvelle injustice, une nouvelle plaie pour cette communauté déjà durement touchée!
Soyons vigilants, dans nos associations pour que nos amis ne soient pas oubliés et que les associations représentatives de la communauté harkis travaillent pour ce devoir de mémoire.
Maintenant, si comme l’a déclaré Hubert Falco, secrétaire d’état aux anciens combattants, les premières victimes à figurer sur le mémorial sont celles qui sont tombées le 26 mars 1962 rue d’Isly à Alger sous les balles de l’armée française, il sera difficile de défendre la date du 19 mars comme celle du cessez le feu en Algérie puisque ce sont nos propres soldats qui l’ont rompu.

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MONUMENTS EN EXIL

Posté par mdame le 20 juin 2009

MONUMENTS EN EXIL dans HISTOIRE banniere

 Beaucoup des monuments que nous avons laissés là-bas ont pu être ramenés et accueillis par des municipalités bienveillantes.
En voici une liste (fournie en grande partie par Henri Belasco)
Si vous connaissez la nature et le lieu « d’exil » d’autres monuments, non cités dans cette liste, nous serons heureux de la mettre à jour.

 

Certains monuments comportent un lien qui renvoie sur leur histoire 

Ville ou Village Nature Lieu d’exil
Aïn el Arba Cloche Maurin (34)
Affreville Cloche (nommée Algérie) Vannes (56)
Affreville Statue (Mgr Affre) St Rome de Tarn (12)
Aïn el Turck Monument aux Morts Coulenteral (34)
Alger Statue du Mal Bugeaud Excideuil – Dordogne
Alger Cloche St Just de Narbonne (11)
Alger Statue Equestre de Jeanne d’Arc Vaucouleurs (55) Place de l’Hôtel-de-Ville
Alger 1 cloche de Ne Dame d’Afrique (refondue) Eglise St-Pierre-du-Gros-Caillou, Paris 7è Info : Jacques Servant
Alger 1 cloche de l’église Ste Monique du Ruisseau Eglise St-Pierre-du-Gros-Caillou, Paris 7è Info : Jacques Servant
Alger Carillon (20 cloches) St Vincent de Carcassonne (11)
Alger 4 cloches St Jean de Castelnaudary (11)
Alger Cloche (Cyprienne)1000Kg/1868 Geaune (40) Carillon cathédrale Alger
Berrouaghia cloche (carillon) Laval
Bône (Région) 3 cloches Sète Métairies (34)
Bône Statue Bertagna Villier-Morgon (68)
Boufarik Statue du Sergent Blandan Nancy – Rue Blandan
Boufarik Mur de la Colonisation appel pour sauvetage
Bougie Monument aux morts Bordeaux (33) Cimetière Gde Chartreuse(Echo de l’Oranie)
Bourkika 1 Cloche Eglise de Luché (49)
Carnot (Orléansville) Statue de Lazare Carnot, Général et Ministre
Obernai (Bas-Rhin) Info : Alain Chappet
Canrobert 3 cloches (do-mi-sol)
Quasquara (20) Raymonde Jeanne/
Josette Paule/Antoinette Jacqueline
Constantine Statue du Général Vallée, Maréchal de France
Brienne-le-Château (Aube)
(Son lieu de naissance) Info : Alain Chappet
Constantine Statue du Général de Lamoricière
St Philibert de Grand Lieu (44) Installée en 1969.
Cendres du Gal au cimetière de St Philibert
Constantinois Cloche St Paul du Moulin à vent (66)
Delly Plaque de marbre – Monument Boutin Musée école du Génie – Angers
Eugène Etienne 2 cloches St Geniès des Moures (34)
Kléber Statue de Kléber Strasbourg – Cour du lycée Kléber
Lamtar 1 cloche Nîmes N.D. du Salut
Lavigerie 1 cloche nommée Juliette Châteaudun (28)
Mers-el-Kébir Cloche Luceram (O6) abandonnée derrière l’église
Mostaganem Bourdon (muet) Nîmes Courbessac
Oran Statue équestre de Jeanne d’Arc Caen
Oran Monument aux Morts Lyon, Plateau de la Duchère
Oran Monument de Sidi Brahim Périssac (33)
Oran
Vierge Santa Cruz
Ste Patronne d’Oran
Nîmes Courbessac
Oran 3 cloches
Montpellier (34) 1 : St-Jacques
2 St-Paul
Oran Vitraux (Don Bosco Marine)
Wittenheim (68)-Lycée Don Bosco (Echo de l’Oranie)
Parmentier 1 cloche St Paul du Moulin à vent (66)
Pelissier 1 cloche Juvignac (34)
Philippeville Monument aux morts Toulouse, Cimetière de Salonique
Philippeville
Plaque commémorative
Bombardement 14/9/1914
Versailles (78)
Cimetière des Grognards
Philippeville
Canon
Fort d’El-Kantara
Chemin de croix 
Paris (7)
Invalides (Cour de la Victoire)

l’église Saint-Joseph de Roquebrune-Cap-Martin (06) abrite un magnifique chemin de croix ramené en son temps de Philippeville.(Maryvonne Gauthier)

Port aux poules 1 cloche Nîmes ND du Salut
Rabelais 1 cloche Eglise de Luché (49)
Relizane 6 cloches Nîmes Courbessac
Renan 3 cloches Eglise St-Luc Brest (29)
Rouiba
3 cloches
Eglise de Grazeilles. Carcassonne
Saint Denis du Sig
4 cloches (Joséphine 564 Kg, Amélie 403 Kg, Jeanne 283 Kg, Denise 169 kg)
Le maître autel a été rapatrié par la Marine nationale de la pêcherie de Bizerte
N.D d’Afrique à Carnoux en Provence
Sainte-Léonie cloche Eglise St-Paul Perpignan (66)
Saïda Statue de St Antoine Toulouse, Eglise du Taur
Saïda Monument aux morts (Monument légion ?) Bonifacio – Place Bir-Hakeim
Sétif 3 cloches St Joseph de Béziers (34)
  Stèle d’Aïn Arnat (Gal de Lattre) Wildenstein (68820) (Centre Bernard de Lattre)
Sidi-bel-Abbès Monument de la Légion Caserne de la Légion – Aubagne (13400)
Sidi-bel-Abbès Statue Notre-Dame des Spahis Eglise Saint-André – Bayonne (64100)
Sidi-Ferruch 1 cloche Rivesaltes (66)
Sidi-Ferruch 1 cloche Port Vendres (66)
Sidi-Ferruch Monument Port Vendres (66) Redoute Béar
Stora/Philippeville 1 cloche Quillan (11)
Stora Statue Vierge de Stora La Seyne sur Mer (13) Chapelle Ste Rita
Tassin 1 cloche église Monchotoir Lorient (56)A propos des cloches de Tassin, je vous signale que ce sont trois cloches ( la  si  do dièse  ) qui ont été rapatriées  vers l’Eglise du Moustoir à Lorient et qu’elles ont été accrochées à un support en bois devant la baraque chapelle provisoire.. On  a pû y lire les noms des parrains et marraines . L’église n’avait pas encore été construite;  on les faisait tinter de temps à autre. Je suis prêtre et j’étais au Moustoir de 1961 à 1968 lorsqu’elles sont arrivées. Donc vers 1964. Elles carillonnent maintenant dans le clocher de l’Eglise…
Tiaret Coq – élément Monument aux Morts Briey (54) Rond point de la Poste – Offert par M Claude Gérard
 Trois Marabouts Cloche de l’Eglise Pallon (05) Communauté protestante de Freissinières
Turenne 1 cloche Onet le Château (12)

 

ENCORE DES CLOCHES 

 HISTOIRE DE LA FONDERIE FARNIER À ROBECOURT (Vosges) 
Au cours de mes recherches sur mon village d’Abbe, j’ai appris que les trois cloches qui garnissaient le clocher de l’église provenaient de la fonderie « FARNIER Frères » sise dans le village de Robécourt (Vosges). La commande, passée en 1886, faisait suite à un véritable forcing du desservant de l’époque : au départ, il était seulement question de faire refondre une cloche fendue. Après bien des débats, la commande passée par l’Abbé Albert Génies portait, non sur une, mais sur trois cloches qui devaient en outre, donner l’accord musical parfait. La facture se montait à 1 296.15 F, livraison faite à Dellys, et un premier acompte de 500 F avait été adressé au fondeur.
J’ai appris que la fonderie Farnier, fermée en 1940, était depuis 1986, le siège d’un musée qu’on peut visiter. Le tout est coiffé par une association qui a pour but de restaurer et de faire visiter ce petit site industriel tout en faisant découvrir un beau et rare métier (il n’existe plus en France que 3 ou 4 fonderies de cloches : encore utilisent-elles souvent des méthodes modernes de fabrication qui se sont substituées à des savoir-faire qui deviennent de plus en plus rares). Outre deux fours et leurs accessoires de manutention du métal en fusion ainsi qu’une forge où étaient fabriqués et mis en place les battants de cloches, une salle abrite des collections fort intéressantes d’outils, de moules, de jeux de lettres ou de dessins divers, un film vidéo montrant, en fin de visite, les différentes étapes de fabrication.
Les archives de la fonderie, répertoriées et éventuellement consultables aux Archives départementales des Vosges, comprennent entre autres les registres d’atelier de Ferdinand Famier (de 1873 à 1914) et de son fils Georges (de 1919 à 1939) ; ces registres permettent de retrouver toutes les caractéristiques (poids, diamètre, note donnée) ainsi que l’iconographie présente sur les cloches sorties de la fonderie Jeanne d’Arc de Robécourt.
Ferdinand et Georges Famier ont ainsi fondu un total de 5 824 cloches parties aux quatre coins du monde. Les paroisses d’Algérie, ainsi que quelques-unes du Maroc et de Tunisie, ont constitué une clientèle importante puisque 87 d’entre elles en ont commandé 145.
Le tableau ci-après permettra peut-être à certains de retrouver « l’état-civil » des cloches de leur village. Ce sera probablement une autre affaire que de les retrouver alors même qu’elles ont certainement toutes quitté le clocher qui les abritait.
 AIN-EL-TURCK  1  CHARRIER  1  LA SENIA  1  REBEVAL  1
 AIN-FEKAN 1  CHERCHELL 3  L’HILLIL 2   RENAULT 1
 AIN-SIDI-CHERIF 1  DELLYS 1  MAILLOT 1  RIVOLI 2
 ALGER (CitéBugeaud) 3 DJIDJELLI 1  MARENGO 2  SAÏDA 1
 ARBA (L’) 2  DUBLINEAU 1  MASCARA 3  SIDI-CHAMI 2
 ARCOLE 2  DOUAOUDA 1  MELLAKOU 1   SOUK-ARRAS 1
 ASSI-BOU-NIF 2  ECKMÜHL 1  MERCIER-LACOMBE 1 STORA 3
 BEDEAU 1  ER-RAHEL 1  MERS-EL-KEBIR 2  ST-CYPR/ATTAFS 1
 BELLEFONTAINE 1  FORT-NATIONAL 1  MEKLA 1  ST-DENIS-DU-SIG 1
 BOGHAR 1  FRENDA 2  MISSERGHIN 2  STE-LEONIE 1
 BÔNE 1  GUELMA 3  MUSTAPHA SUP. 4  ST-LEU 1
 BOIS-SACRE 3  HAMMAM-B-HADJAR 1  ORAN (St André) 3  TAGUEM.-ELZOUZ 1
 BOUFARIK 2  HIPPONE 1  ORAN (St Esprit) 4  T(ou V)ALEE 1
 BOU-NOUH 1  INKERMANN 1  OUED-EL-ALLEUG 1  TASSIN 1
 BOU-TLELIS 1  KEF-OUM-TEBOUL 1  OUED-ROUÏNA 1  TIARET 2
 BOUZAREA 1  KHENCHELA 1  OUED-TEMENIA 1  TREZEL 1
 B (ou D)REA 1  KLEBER 1  OULED-RAHMOUN 1  VESOUL-BENIAN 2
 BUGEAUD 1  LA CALLE 3  PARMENTIER 1  YUSUF 1
 CASTIGLIONE 2  LACROIX 1  PERREGAUX 2  ZEMMORAH 2
 CHANZY 1  LAGHOUAT 1  RABELAIS 1  

Par ailleurs, la maison FARNIER a également fourni des cloches en:

TUNISIE à EL-MAHRINE (1), GHARDIMAOU (1), KELIBIA (1), MONASTIR (2), TABARKA (3), TEBOURBA (1), THIBAR – Domaine St Joseph (3 + 1 horloge + I carillon de 13 cloches).
MAROCà TAOURIRT (1)
Avec l’aimable autorisation deChristian TRUCHI

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LE TOMBEAU DE LA CHRETIENNE.

Posté par mdame le 29 mai 2009

1888

1888

 Que savait-on du Tombeau de la Chrétienne quand commencèrent les fouilles?

Signalé d’abord par Pomponius Mela, puis par l’Espagnol Marmol, qui avait été esclave à Alger, le monument  -appelé en arabe: Kober Roumia (Tombeau de la Romaine ou Tombeau de la Chrétienne) (1) – a donné matière à de nombreuses. interprétations historiques ; interprétations de peu de valeur, à la vérité, puisque les anciens, à part les écrivains que nous venons de nommer, n’avaient pu voir le monument dont ils écrivaient, ni même la région où il était situé, et que les modernes manquent toujours de documents précis à son sujet.
    Le texte de Pomponius Mela, le plus ancien que nous connaissions, demeure d’une imprécision remarquable. » Iol, sur le bord de la mer, jadis inconnu, illustre maintenant pour avoir été la Cité royale de Juba et parce qu’il se nomme Césarée. En deça, à l’Ouest les bourgs de Cartinna (Ténès) et d’Arsina (?), le château de Quiza (?) le golfe Laturus (?) et le fleuve Sardabale (?) ; au-delà, le Monument commun de la famille royale, ensuite Icosium (Alger)…  » (De situ orbis, L. 1, chap. 6) (2). Le Kober Roumia est donc le  » monumentum commune regiae gentis « . Ces quatre mots vagues n’ont pas encore livré leur secret. Berbrugger et de nombreux historiens ultérieurs y ont vu un mausolée du roi Juba et de sa famille. Rien, semble-t-il, ne permet de l’affirmer.
Quant à Marmol, il raconte, au livre 5, chapitre 34 de sa Description générale de l’Afrique que près de Cherchell,  » sur une haute terre qui entre dans la mer, il y a deux anciens temples où l’on sacrifiait aux idoles, dans l’un desquels se trouve un dôme fort haut sous lequel les Maures prétendent qu’est enterrée la fille du Comte Julien. Et les autres hypothèses émises, si elles sont plus merveilleuses, n’en sont pas plus solides.

Situé sur une colline de 260 mètres d’altitude, près du littoral qui se creuse entre la Bouzaréa et le Chenoua, l’édifice apparaît, dit en substance Berbrugger dans son livre sur le Tombeau, comme un immense cylindre à facettes, coiffé d’un cône à gradins, et posé sur un socle carré de 63 m 90 de côté, que supporte un béton de petites pierres concassées avec, comme mortier, la terre rouge recueillie sur les lieux. Les facettes sont larges d’environ 2 m 37 et séparées par soixante colonnes engagées d’ordre ionique ancien, dont les chapiteaux sont les uns, ceux qui touchent les fausses portes, à palmettes, et les autres, à bandeaux. La base de ces colonnes repose sur une série de deux degrés.  L’édifice est constitué par un amoncellement de moellons et de grossiers blocs de tuf, recouvert extérieurement de belles pierres de taille de grand appareil ; il a 60 m 90 de diamètre, 185 m 22 de circonférence et 32 m 40 d’élévation (3). Le cylindre de base comporte quatre fausses portes de 6 m 20 de hauteur, encadrées dans un chambranle et surmontées d’un entablement qui s’encastre dans la partie inférieure des chapiteaux à palmettes, pour former, avec les deux colonnes latérales, un deuxième encadrement ; les portes ont des moulures saillantes en forme de croix. Celle de l’Est est à peu près intacte ; celle du Sud a disparu, laissant subsister un débris de panneau engagé à gauche.  Le cône à trente-trois gradins de 0,58 m chacun de haut qui couronne le mausolée, se termine, en haut, par une petite plate-forme où devait autrefois se dresser une statue. Il a subi de graves détériorations, tant par suite de la quantité considérable de pierres écroulées du fait des intempéries, qu’à cause de l’enlèvement, par les indigènes de la région, du plomb de scellement des mortaises en queue d’aronde qui réunissait les blocs.
Il semble que, lors de sa construction, le monument, pourvu de son pyramidion, du sujet architectural ou du bronze qui l’ornait, devait avoir au moins dix mètres de plus de haut. On se ferait, précise Berbrugger, une idée assez exacte de cette construction grandiose en imaginant que, si elle était placée sur la place du Gouvernement, à Alger, elle en occuperait presque toute la largeur et s’y élèverait à une hauteur égale à celle de la colonne de là place Vendôme à Paris.

Comme on le verra plus loin, les fouilles entreprises par Berbrugger allaient révéler l’existence, à l’intérieur, d’un couloir cireulaire et de trois caveaux.
L’hypogée évoque de façon frappante les tumuli égyptiens jusque dans de petits détails. On, y pénètre par une entrée unique qui s’ouvre à l’Est sous une des fausses portes. Cette entrée fermait par une dalle à glissière que Berbrugger trouva brisée. Après un petit couloir très bas, on se trouve dans un caveau long de 5 m. 29, large de 2 m 49, haut de 3 m 50, au fond duquel a été creusée, probablement à l’époque romaine, une excavation d’environ 7 mètres, sans doute avec l’espoir de trouver une issue secrète accédant directement au LE TOMBEAU DE LA CHRETIENNE. dans HISTOIRE gal17chretiennegrand caveau central. A droite, s’ouvre une porte basse, sur le linteau de laquelle sont sculptés un lion et une lionne : les symboles de Juba II et de son épouse Cléopâtre Séléné, disent les partisans du Tombeau de Juba. Par cette porte, qui était également fermée d’une dalle, sept marches mènent à la galerie circulaire.  Celle-ci, très bien conservée, pavée en losanges, à la façon des rues de Timgad par exemple, est pourvue tous les 3 mètres de petites niches creusées en quart de sphères et destinées sans doute à contenir les lampes à huile, puisqu’on y remarque encore des traces de fumée. La galerie a environ 150 mètres de long, est large de 2 mètres et haute de 2 m 40. Elle fait presque tout le tour du monument, mais, arrivée près de son point de départ, elle décrit un coude brusque presque à angle droit vers le centre.

Les caveaux auxquels elle aboutit sont fermés eux aussi par des portes-dalles qui s’ouvraient autrefois à volonté, toujours comme dans les chapelles des tumuli égyptiens, mais qui semblent bien étroites pour avoir pu autrefois laisser passer des sarcophages. La première pièce a 4 mètres de long sur 1 m. 50 de large ; on y a trouvé, au moment de l’ouverture, quelques petites perles en pierre rare et des morceaux de bijoux en pâte de verre. Après un couloir de 3 m 40, on arrive dans la seconde pièce de 4 mètres sur 3, avec une voûte en berceau, située juste dans l’axe du mausolée ; on y remarque trois niches destinées égaleraient à recevoir des. lampes.
Berbrugger pensa que ces deux caveaux étaient les chambres sépulcrales où avaient dû être déposés les sarcophages ; mais beaucoup de savants estiment, aujourd’hui, que ces chambres sont simplement des chapelles où les parents et les prêtres venaient, à certains jours anniversaires, procéder à des cérémonies religieuses, en l’honneur des défunts, certainement inhumés dans un caveau plus somptueux et plus vaste, ménagé sous le sol et dont l’issue secrète a échappé jusqu’ici, pensent-ils, à toutes les investigations.

LEGENDES

Comme il fallait s’y attendre – nous sommes au pays du merveilleux – les légendes. concernant le Tombeau sont nombreuses et diverses.
Et d’abord, il y a celles du trésor. Elles ont des variantes multiples et remontent probablement très loin dans le temps.  Le  » Kober Roumia « , disent les indigènes de la région algéroise, contient un trésor sur lequel veille la fée Halloula. Gsell (4) a recueilli une version de ce légendaire selon laquelle un berger du voisinage avait remarqué qu’une de ses vaches disparaissait toutes les nuits ; cependant, le lendemain matin il la retrouvait au milieu de son troupeau. Un soir il l’épia, la suivit et la vit s’enfoncer dans le monument par une ouverture qui se referma aussitôt. Le jour suivant il s’accrocha à la queue de sa bête au moment où elle allait disparaître et put, ainsi, entrer avec elle. Il sortit à l’aube, toujours cramponné à sa vache mais avec tant d’or qu’il devint un des plus riches seigneurs du pays.
Autre légende de même inspiration (4) : Un Arabe de la Mitidja, tombé entre les mains des chrétiens, avait été emmené en Europe et était devenu l’esclave d’un vieux savant espagnol fort expert en sorcellerie. Un jour, celui-ci lui rendit la liberté sous la condition qu’aussitôt revenu chez lui, il irait au Tombeau, y allumerait un feu et, tourné vers l’Orient, y brûlerait un papier magique qu’il lui remit. L’Algérien obéit. A peine le papier était-il consumé qu’il vit la muraille s’entr’ouvrir et livrer passage à une immense nuée de pièces d’or qui s’envolèrent dans la direction de l’Espagne où elles allèrent, sans aucun doute, rejoindre le sorcier.
 

Berbrugger rapporte une recette magique tirée de la sorcellerie marocaine pour trouver le trésor du Tombeau :  » Endroit appelé Tombeau de la Chrétienne. – Si tu t’y rends, tiens-toi debout à la tête du Tombeau faisant face au Sud ; puis regarde vers l’Est et tu verras deux pierres dressées comme un homme debout ; par une fouille, descends entre elles, et tu y rencontreras deux chaudrons après avoir immolé.  »
Naturellement, les maîtres de la Régence d’Alger ne manquèrent pas d’être impressionnés par des récits aussi merveilleux et alléchés par les magnifiques trésors qui devaient dormir sous cette montagne de pierre.  Au XVIe siècle, le pacha Sala Reïs fit canonner le Tombeau avec l’espoir de mettre au jour des caisses d’or et de pierreries. Mais les boulets de ses bombardes ne réussirent qu’à ouvrir une brèche large mais superficielle au-dessus de la fausse porte de l’Est. Sala Reïs employa alors de nombreux esclaves chrétiens à faire une ouverture dans la muraille, mais ses ouvriers furent mis en fuite, disent les narrateurs populaires, par des légions de gros frelons noirs ; probablement, interprète Gsell, s’agissait-il des moustiques qui pullulaient dans la région avant le dessèchement du lac Halloula.

Au XVIIIe siècle, un dey employa des travailleurs marocains à de nouvelles fouilles, mais sans plus de succès. Ces fouilles-là, cependant, furent plus néfastes au monument que les bombardements de Sala Reïs, car les Marocains déchaussèrent les tenons de plomb qui liaient les blocs pour en faire des balles. Les blocs, n’étant plus scellés les uns aux autres, s’affaissèrent lentement et finirent par culbuter, si bien que, depuis cette époque, le Tombeau s’écroule en partie.
Dans une lettre du 15 novembre 1865, Berbrugger rapporte une autre légende relative au Tombeau de la Chrétienne qu’on trouve dans Marmol et à laquelle nous avons fait allusion plus haut, mais d’une inspiration différente, celle-là. 

 » La légende, plutôt que l’histoire, dit que le comte Julien, Gouverneur de l’Andalousie, au commencement du VIIIe siècle, pour venger un attentat du roi Roderik contre la vertu de sa fille, la belle Florinde, livra aux Arabes le passage d’Afrique en Espagne, dans l’année 711 ; Florinde, victime mais non complice du crime royal, fut pourtant et demeure flétrie jusqu’à nos jours de l’épithète  » Cava « , qui se prononce  » Caba  » (prostituée), mot d’origine arabe, dont la signification n’est que trop connue ici. Les Espagnols, ayant entendu les indigènes donner le nom de Kober Roumia au Tombeau de la Chrétienne, ont fait de cette désignation qu’ils ne comprenaient pas, celle de  » Cava  » ou  » Caba Roumia « . D’où ils ont conclu que c’était la sépulture de la fameuse  » Cava  » ; et alors ils ont donné au golfe qui s’étend sous le monument le titre de  » Bahia de la Mala Myer « , Baie de la Mauvaise Femme.

Ajoutons enfin que des traditions locales toujours vivantes prétendent qu’une galerie appelée  » Ras-el-Mendjel  » mènerait de l’intérieur du Tombeau jusqu’à une grotte du littoral nommée Mersa-es-Safa, située entre le Rocher plat et la Maison Etourneau.
Mais personne n’a encore retrouvé ni le Ras-el-Mendjel ni la Mersa-es-Safa.

LES FOUILLES DU TOMBEAU

Quoiqu’il en soit, Berbrugger fut parmi les premiers Français qui approchèrent le Kober Roumia. Le 20 octobre 1835, le Maréchal Clauzel, Gouverneur Général, accompagné de son secrétaire particulier Berbrugger, et escorté d’une colonne mobile, alla visiter l’imposante et mystérieuse pyramide de pierres : visite trop rapide pour que d’utiles observations aient pu être faites.  Par ailleurs, la région, à cette époque, n’était pas assez sûre pour qu’une expédition scientifique pût avoir lieu.
Dix ans plus tard, en 1845, le comte Guyot, directeur de l’Intérieur à Alger, vint à son tour, au cours d’une tournée dans la Mitidja, visiter le Tombeau.
A son retour, il demanda au Maréchal Soult, Ministre de la Guerre, un crédit de 5.000 francs pour entreprendre des fouilles, crédit qui lui fut refusé faute de fonds, et aussi de crainte que – on ne voit pas bien poûrquoi – ces  » travaux ne produisent mauvais effet sur les Arabes « .

Enfin en 1855-1856, comme nous l’avons précédemment indiqué, Adrien Berbrugger fut chargé par le Maréchal Randon, Gouverneur Général, de pratiquer les premières fouilles.  Mais, comme toujours en pareil cas, – les ressources financières ne tardèrent pas à manquer.
Ce n’est qu’en 1865, à l’occasion d’un passage de Napoléon III près du Kober Roumia, qu’une exploration sérieuse fut décidée, alimentée par des fonds que l’Empereur préleva sur sa cassette particulière (5)
. Une décision de juin 1865 désigna MM. Berbrugger et Mac Carthy comme chargés de travaux.  Par une entente tacite, ce fut Berbrugger qui prit la direction effective de l’expédition.  Durant les 7, 8 et 9 juillet, Berbrugger et Mac Carthy rendirent une première visite préparatoire au mausolée mauritanien, pour reconnaître le terrain et préparer un plan d’exploration. 

Le double but que s’étaient fixés les explorateurs était de déblayer suffisamment la construction pour retrouver la forme architecturale primitive du Tombeau, rendue informe par l’action conjuguée du temps et des chercheurs de trésors, et de découvrir l’hypogée qu’il devait contenir.  L’édifice à explorer, on l’a vu, présentait une élévation de 33 mètres sur une base de 128 mètres. Les pierres écroulées entouraient le bas du monument sur une hauteur de 14 mètres. De plus, il ne fallait pas ajouter de nouvelles détériorations à celles déjà existantes.  Par ailleurs, le mausolée était loin des voies régulières de communication, à 7 kilomètres de tout centre de population.  Le 5 novembre 1865, l’expédition arriva sur le terrain sauf, naturellement, Mac Carthy, qui ne la rejoignit que le 6 décembre.

Les travaux ne devaient aboutir que le 5 mai 1866 à 2 h. 15 de l’après-midi. Ce jour-là, le trépan, qui travaillait dans la partie Sud du mausolée, tomba dans le vide, indiquant une cavité. Un boyau de mine horizontal de 6 m 75 fut aussitôt creusé en partant du point le plus proche de l’extérieur et les explorateurs accédèrent bientôt au couloir circulaire long de 150 mètres qui se love au coeur du monument ; en poussant jusqu’au bout, ils parvinrent aux trois caveaux centraux qu’ils trouvèrent vides.  Après quelques sondages complémentaires, l’exploration du Tombeau de la Chrétienne fut considérée comme terminée par les explorateurs ; elle ne donnait pas de grands résultats.

Berbrugger consigna le résultat des travaux d’exploration du Tombeau dans un livre qu’il publia en 1867 chez Bastide, à Alger : Le Tombeau de la Chrétienne, Mausolée des Rois Mauritaniens de la dernière dynastie, par M. Berbrugger, Inspecteur général des Monuments historiques et des Musées archéologiques de l’Algérie, etc…, avec vues du monument avant et après l’exploration et plan de l’hypogée.

(1) D’après un orientaliste, M. Juda, cité par Albert Caise dans sa notice sur le Tombeau (Blida, Mauguin édit., 1893) Kobor roumia signifierait en phénicien :  » Tombeau royal « .  Par ailleurs, indiquons que selon Shaw (Voyages en Barbarie et au Levant, trad. française, La Haye, 1743, p. 58, tome I) les Turcs nommaient le Kober  » Maltapasy « , c’est-à-dire : le Trésor du Pain de sucre, et qu’il servait  » de direction aux matelots « .

(2) Le raisonnement sur lequel on se base pour voir dans le Kober Roumia le tombeau de Juba II est assez fragile malgré tout, et paraît une simple spéculation de l’esprit. Le voici : Pomponius Mela, que nous venons de citer, écrivait son De situ orbis, vers l’an 45 p.C. Le géographe Strabon ne parle pas de ce moment dans sa description des côtes d’Afrique qui est antérieure à l’an 12 p.C., date de sa mort. Donc, le tombeau a été construit entre les années 12 et 45. Or, Juba II étant mort vers l’an 25, il s’ensuit.. – Ajoutons, toutefois, qu’on a recueilli, dans le déblai du N.O. un moyen bronze de Juba II
(3) Il est difficile de parler du Tombeau de la Chrétienne sans signaler qu’il existe dans le département de Constantine, près de Batna, un Mausolée analogue, le Medracen, qui serait le Tombeau de Massinissa, et qui semble avoir inspiré les constructeurs du Kober Roumia.
L’un et l’autre sont essentiellement formés d’un énorme tas de pierres recouvert d’une enveloppe architecturale. Le tas de pierre, plus ou moins haut, plus ou moins orné, a toujours été une sépulture africaine.
(4) Stephan Gsell. – Cherchell, Tipasa, Tombeau de la Chrétienne. – Adolphe Jourdan, éditeur – Alger.
(5) Les frais d’exploration s’élevèrent en tout à 15.000 fr. (lettre du 14 juin 1866).

 

 

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