DISPARUS en Algérie

Posté par lesamisdegg le 5 octobre 2016

Dans mon ouvrage

Le cri retenu

j’ai décrit toutes les circonstances de l’enlèvement de mon mari, Philippe Gomis et de mon frère, Aimé Montero. Mais j’y ai surtout dit l’angoisse, le désespoir forcené qui m’ont longtemps tenue aux abois. Je n’admettais pas l’idée qu’ils puissent ne jamais revenir. Je suis restée donc en Algérie jusqu’en 1965 pour les rechercher, les attendre, entrant dans l’enseignement comme professeur de lettres puisque nos biens avaient été nationalisés et que j’avais les diplômes requis. Dans Le cri retenu, je crie mon désespoir en me situant dans un passé récent. Ici je dirai simplement ce qu’il en a été sans m’abriter dans les replis du temps.

Cela se passa donc le 15 avril 1962, au « Domaine des Andalouses » propriété de mon beau-père, près du petit village d’El-Ançor, dans le département d’Oran. Depuis deux mois, fuyant la campagne, mes enfants et moi étions venus nous réfugier en ville chez mes parents. Mon mari demeurait seul dans la propriété pour veiller sur les prochaines récoltes. Mais au fil des jours, les routes étant de moins en moins sûres, il espaça ses visites et j’en devins inquiète. Aussi, ce matin d’avril, n’ayant eu personne au bout du fil, ai-je demandé à mon frère de se rendre au domaine pour avoir des nouvelles. – « Mon coupé est en panne » a objecté mon cadet. – « Prends donc ma Simca, elle est garée au bas de l’immeuble ». Ma vie durant j’aurai devant les yeux le seuil de cet appartement oranais où, angoissée, je tendais des clés que l’on a pris d’une main réticente.

C’est vers 15 heures qu’un ami de la famille vint nous avertir que l’on venait d’enlever mon frère et mon mari dans la propriété de ce dernier. « On les a poussés dans une camionnette bâchée après les avoir ficelés de barbelés » nous dit-on. « Ma vie a alors basculé d’un coup, sans un cri, dans l’univers dur et exalté de la révolte » ai-je écrit dans mon ouvrage. Puis, vers 19 heures, le gérant de mon beau-père vint nous dire qu’une rançon était réclamée et dont la somme malheureusement n’avait pu être réalisée. Mon père et ses frères se sont alors rendus en pleine nuit et en dépit du couvre-feu, au lieu indiqué avec dix millions d’anciens francs. Mais « le contact » ne les avait pas attendus.

J’étais alors loin d’imaginer que ces deux êtres étaient perdus dès l’instant qu’on les avait pris. J’étais sûre (et il ne fallait pas me contredire) qu’ils reviendraient, qu’on nous les rendrait. De 1962 à 1965 je les ai recherchés tout en m’attelant à ce nouveau métier d’enseignante. Avec mon père nous avons interrogé la police judiciaire, la DST et sillonné préfecture et consulat d’Oran. Nous nous sommes également rendus aussitôt sur les lieux de l’enlèvement. Mais là, plus âme qui vive. Tous les ouvriers européens et arabes avaient fui le domaine. « Ils ont peur de parler » dira mon père. À la gendarmerie d’El-Ançor on ne put nous apprendre que ce que nous savions déjà. Dans tous les services visités on nous répétait qu’il ne fallait pas perdre courage. Je contactais également la Croix-Rouge, délégués puis enquêteurs. Mais on les sentait inquiets, ils étaient souvent menacés. À cette époque j’ai été souvent appelée à identifier des corps trouvés au fond d’un puits ou jetés au creux d’un ravin. J’ai eu des coups de téléphone curieux, pour n’employer que cet adjectif ; en effet me parvenait, après quelques mots en arabe, une sorte de gargouillis. « On a dû couper la langue à l’un d’eux » me répondra sans sourciller un gendarme. Puis les réflexions de ce genre affluèrent : « Ils doivent être trop abîmés, on ne peut vous les rendre »… « On les promène de douar en douar les yeux crevés, au bout d’une ficelle pour amuser les enfants », etc… Voilà ce que durant trois ans j’ai enduré. J’avais également écrit à M. de Broglie, alors secrétaire d’État aux Affaires étrangères et cela à plusieurs reprises. La réponse fut celle-ci : « Ils sont sûrement décédés ». Puis en 1964, le jugement déclaratif du Tribunal de Grande Instance de la Seine fit de moi une veuve… « présumée ». On m’a presque ri au nez quand j’ai demandé que l’on recherche leurs dépouilles. « Dans tous ces charniers que pourrait-on identifier ! ». Rentrée en France en 1966 et devenue libraire, j’espérais toujours. En particulier en 1970 quand la rumeur courait qu’il existait des camps de prisonniers au Sahara, à la frontière marocaine, ainsi que des camps itinérants qui se déplaçaient pour ne pas être repérés. On parlait même de déportation en Orient et dans les pays de l’Est.

Et aujourd’hui, où j’œuvre pour avoir accès aux archives des Affaires étrangères, et où je sais que nous allons apprendre « certaines » vérités, j’espère toujours que quelque part dans le monde, ils sont vivants.

Philippe Gomis avait 36 ans. Aimé Montero avait 25 ans.

Andrée  MONTERO

Andrée MONTERO

disparus enlevés

disparus enlevés

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CAGAYOUS

Posté par lesamisdegg le 26 octobre 2015

cagayous 1895 10

Parlez-vous CAGAYOUS ou PATAOUETE ?

On ne saurait dire que Cagayous, de Musette, soit une nouveauté, puisque la publication de ces récits remonte à quelques années, du moins pour les premiers.

Sous le pseudonyme de Musette se dissimulait un journaliste algérien, de son vrai nom Auguste Robinet, mort en 1930 .A partir de 1894, il publia chaque semaine une brochure à dix centimes qui relatait les mots, les hauts faits et la vie anecdotiques de Cagayous. Sous ce nom, Musette avait eu l’idée d’incarner le Gavroche issu de la mêlée des races, du mélange des sangs propre au terroir d’Alger.

Le vocabulaire et la syntaxe de Cagayous représentent un singulier mélange d’argot, d’italien, d’espagnol, d’arabe, de maltais .Quant à son esprit, ce n’est pas une composite bouillabaisse de polissonnerie, de vilaines farces et de mystifications .L’ amour de la bataille voisine en lui avec le bon sens populaire, la probité; la bonhomie, et la finesse. L’ensemble de l’œuvre n’est pas négligeable, puisque la Faculté de lettres d’Alger, dit le Temps du 24 juillet 1931, en prépare une édition intégrale, avec notes et glossaires.

M Gabriel Audisio a choisi les histoires les plus caractéristiques, il y a joint une remarquable préface et des notes.  C’est le volume que l’on nous présente aujourd’hui et qui se recommande surtout par son intérêt documentaire.

Revue des lectures 1931

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Rencontres d’Outre-rive:Paris 27 avril 2013

Posté par lesamisdegg le 26 avril 2013

      Paris le 19 mars 2013

Le Président  et le bureau vous prient d’assister samedi 27 avril de 14h30 à 17h30

Maison des associations, 4 rue Amélie, 75007 PARIS, métro La Tour Maubourg ou Invalides aux       

                      RENCONTRES d’OUTRE-RIVE

-In Memoriam, lectures et témoignages en souvenir de Monseigneur Pierre BOZ

-« Bastien-Thiry 50 ans après » : lectures et témoignages

-Présentation d’auteurs, de livres, librairie, dédicaces

Ces rencontres seront suivies d’un diner amical autour d’un invité surprise.

Retenez sur vos agendas notre prochaine rencontre autour du  5 juillet 2013

Découvrez et faites découvrir notre blog !     http://lesamisdalgerianie.unblog.fr

Pour nous joindre :      algerianie@live.fr      et/ou      tel : 07 86 77 97 08 ………………………………………………………………………………………………………………………………………………

RESERVATIONS obligatoires avant le mercredi 24 avril 2013

Je soussigné                                                     tel                                                         vous prie de me réserver

….places à 5€ (participation aux frais) pour la projection soit …. €

….places à 19€ pour le diner de 19h, soit …. €

Ci-joint un chèque global de……..€ à l’ordre de AAALGERIANIE, adressé  à

AAALGERIANIE, BP 60001, 33026 BORDEAUX CEDEX

 

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une fin des temps

Posté par lesamisdegg le 19 février 2013

Pierre Boz. Une fin des temps. Fragments d’histoire des chrétiens en Algérie.

mardi 22 décembre 2009 Desclée de Brouwer. 2009. 289 pages, 20€

Il condamne la violence de la guerre « révolutionnaire », les promesses trahies du Congrès de la Soummam, la technique de la razzia héritée du passé, la torture pratiquée sans être généralisée, les enlèvements destinés à faire fuir les Européens, les prisonniers saignés à blanc par les médecins du FLN, le massacre du 5 juillet 1962 à Oran. L’indépendance n’a pas éliminé la violence contre les chrétiens et les religieux, qui nombreux furent enlevés et assassinés en 1993 et 1996

Ayant vécu les derniers jours de l’Algérie française, il témoigne ici de la fin programmée de l’Eglise d’Algérie, et de la responsabilité qui fut celle du cardinal Duval, une personnalité complexe, qui dès les années 1950 a prôné une solution politique soutenue par la violence la plus extrême. Il lui est arrivé une seule fois, lors des barricades, de se soucier de protéger les chrétiens. Son attitude pose plusieurs problèmes : – celui de sa parenté avec la théologie de la libération – celui de la juridiction des évêques dans les pays non chrétiens – celui de la politique du Vatican.

Une autre théologie est mise en question, celle de l’enfouissement, incarnée par le Père de Chergé et les moines de Tibhirine, dont Pierre Boz relate l’enlèvement (le jour du décès du cardinal Duval) et les suites judiciaires actuelles.

In fine, Mgr Boz rappelle l’histoire de l’Eglise en Algérie depuis Saint Augustin, les échanges de Mgr Dupuch avec l’émir Abd el Kader, l’hostilité de l’administration au cardinal Lavigerie et l’interdiction du prosélytisme, la solidarité franco-musulmane et les symboles de piété mariale. Les personnalités de Mgr Scotto et Claverie, et de l’abbé Berenguer, sont également évoquées.

Un livre courageux et lucide, qui retrace l’histoire douloureuse et controversée de la mort d’une Egliseun livre de Mgr Pierre BOZ

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« Les femmes algériennes pendant la colonisation »

Posté par mdame le 9 novembre 2009

« Les femmes algériennes pendant la colonisation »  Auteur  Diane Sambron

Héroïnes de la guerre d’indépendance, les femmes algériennes ont vu leurs droits s’infléchir constamment depuis 1962. L’ouvrage retrace l’évolution de la condition des femmes en Algérie depuis la fin du XIXe siècle. D. Sambron a soutenu une thèse d’histoire sur le thème La politique d’émancipation du gouvernement français à l’égard des femmes musulmanes pendant la guerre d’Algérie.

Analyse du livre par Maurice Faivre 

Diane Sambron achève la publication de sa thèse de 2005, par l’étude de l’évolution de la femme algérienne dans les domaines du statut, de la scolarisation et de l’insertion économique. 
C’est un travail scientifique dont les sources sont très riches.

En voici les arguments :

  • - la condition des femmes selon le droit islamique (fiqh) et le droit coutumier berbère, présente un certain nombre de pratiques qui ne sont pas compatibles avec le Code civil: – le mariage précoce – la contrainte matrimoniale (djebr) – la répudiation – la polygamie – l’impossibilité d’hériter et de divorcer,
  • - les juristes français ont dès le début du 20ème siècle étudié ces pratiques et se sont efforcés de les faire évoluer dans un sens moderniste et égalitaire. Dans les années 1930, le statut kabyle a été aligné sur le droit malékite en matière d’héritage et de divorce. La citoyenneté, reconnue par le statut de 1947, n’a cependant pas été confirmée par décret,

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