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HARKIS soldats d’Algérie française

Posté par lesamisdegg le 25 septembre 2018

LE  MASSACRE  DES  HARKIS

Héros pour les uns, traîtres pour les autres, l’histoire des harkis est mal connue des Français. Dans le langage courant, on désigne aujourd’hui sous le nom de harkis toutes les catégories de supplétifs de la guerre d’Algérie : harkis, moghaznis, Groupes Mobiles de Sécurité (GMS), Groupes d’autodéfense (GAD) et auxiliaires de la gendarmerie, à l’exclusion des appelés et des militaires sous contrat.

C’est en janvier 1955 que, pour les besoins de guerre d’Algérie, virent le jour les premières unités musulmanes, en l’occurrence 30 goums de 100 hommes : les Groupes mobiles de protection rurale (GMPR), qui deviendront ensuite Groupes Mobiles de Sécurité (GMS), comparables à nos Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS).

Le 5 septembre 1955, le gouverneur Jacques Soustelle créera les sections administratives spécialisées (SAS), chargées d’encadrer les zones rurales. Protégées par un maghzen de 25 à 50 moghaznis, 700 SAS seront créés et complétées par 30 sections urbaines (SAU). Elles contribueront à l’armement de 2000 villages en autodéfense. Les moghaznis seront 20 000, en 1962.

Le 8 février 1956, les premières harkas destinées à participer aux combats, voient le jour. A partir de 1957, las de la tyrannie du FLN qui multiplie les sévices à l’encontre des populations autochtones du bled : enlèvements, rançons, égorgements, razzias sur les douars, sévices multiples et raffinés, les habitants vont se soulever et rejoindre en masse l’armée française. 114 GMS seront créés, soit 19000 hommes, ainsi que 700 sections administratives spécialisées et urbaines (SAS et SAU).

En décembre 1958, à l’initiative du général Challe, le nombre des harkis passera de 28000 à 60000. Ils formeront d’efficaces groupes de combat œuvrant au plus près des soldats d’élite, paras et légionnaires et commandos. Par ailleurs, 2000 douars représentant 55000 hommes armés, seront placés en autodéfense, soit un total de 223000 soldats autochtones qui combattront sous l’uniforme français avec une efficacité et une ardeur reconnues de tous…

S’étant engagés davantage pour la défense de leurs familles que pour la solde, les supplétifs étaient opposés à la conception totalitaire du parti unique du Front de Libération Nationale (FLN). Ils faisaient confiance à l’armée pour faire évoluer l’Algérie dans un sens démocratique et égalitaire et, surtout, pour faire obstacle à la terreur du FLN qui s’imposait, notamment de nuit, dans les villages. Le rappel du général Challe en mars 1960 ne permit pas de mener à bien son projet de Fédération des Unités Territoriales et des autodéfenses, qui auraient constitué un parti français opposé au FLN.

Fin 1958, la guerre est pratiquement terminée sur le terrain. Le FLN, exsangue, ne se maintient plus que par ses attentats sournois et barbares. R. MADAOUI, alors officier de l’Armée de Libération Nationale (ALN), rejoindra, comme sous-lieutenant, une unité régulière de l’armée française dans l’Ouarsenis puis, plus tard, les rangs de l’OAS. Il écrira : « L’espoir est si grand que la Wilaya IV (la plus puissante et la sienne) pavoise aux couleurs de la France, que les rebelles cessent les attentats et déposent leurs armes devant les mairies ». Ainsi, les fellaghas, eux-mêmes, sûrs de leur impuissance, brandissent des drapeaux français dans leurs repaires…

L’ex officier de l’ALN, Ali BOUZIANE, qui rejoindra les harkis du fameux « Commando Georges », unité crée par le Colonel BIGEARD, écrira sur ce point : « La population, qui était notre raison de combattre et notre soutien, nous abandonne. J’ai confiance en De Gaulle, et mes frères dans le maquis aussi. Nous avons été trompés, et l’Algérie heureuse, nous la ferons avec lui ».

De Gaulle, désormais installé à l’Elysée, reçoit le Bachaga BOUALAM qui lui dit : « Mon général, donnez-moi 500000 harkis, et vous pouvez renvoyer tous les appelés chez eux ; je vous garde l’Algérie à la France. » De Gaulle ne répondra mot et, contre toute attente, se prononcera pour l’intégration, solution utopique que ni les Musulmans, ni les Européens, ni les militaires, ne croient.

En janvier 1959, De Gaulle, élu Président de la République, gracie, à la surprise générale, 150 terroristes condamnés à mort pour crimes de sang et en libère 7000 autres. Ces mesures (ressenties comme une marque de faiblesse par la population autochtone et les unités supplétives) jettent le trouble parmi elles, ce qui fit dire au chef d’une harka du 20ème BCP : « Le général De Gaulle n’a rien compris aux fellouzes ».

En Septembre 1959, après le célèbre discours de De Gaulle sur l’autodétermination, le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) déclarera : « Ce discours est notre 1ère victoire politique ».

Le 10 juin 1960, le colonel de l’ALN, SI SALAH, chef de la wilaya IV (Algérois),  décide de faire un putsch contre le GPRA et, reçu avec ses adjoints, les commandants Si Mohamed et Lakhdar à l’Elysée par De Gaulle, ils lui annoncent la reddition dans un premier temps des trois quart des combattants de l’ALN. Mais De Gaulle, ne voulant déjà plus entendre parler de l’Algérie française, leur opposera une fin de non-recevoir et ses services, par la voix d’Edmond Michelet, informeront le Ministre des Affaires extérieures du GPRA, Krim Belkacem de cette proposition de reddition. Commencera alors une purge sanglante « à la Amirouche » au sein de leurs partisans qui ne connaîtront aucune clémence de la part des « frères » installés en Tunisie. Le secret de cette entrevue avec le Maître de l’Elysée devant être rigoureusement gardé, tout sera mis en œuvre pour éliminer définitivement les derniers témoins et Si Salah et Si Mohamed seront tués par les troupes françaises dans des conditions plus que curieuses…

Après l’échec du putsch d’avril 1961, les harkis, soucieux, désemparés et amers, répèteront inlassablement à leurs chefs : « Il fallait déclarer la mobilisation générale en Algérie, faire une levée en masse de harkis, renvoyer tous les appelés chez eux, et on avait le monde entier avec nous. »

Mai 1961, nouvelle décision désastreuse du général président qui atterrera les Musulmans fidèles à la France : La trêve unilatérale accompagnée de la libération de 6000 fellaghas. Dès lors, l’ALN exsangue, forte de ces renforts successifs, va se reconstituer et reprendre de plus belle ses actions meurtrières sans réelle opposition des troupes françaises privées, par ailleurs, d’une partie de leurs unités d’élite dissoutes au lendemain de l’échec du putsch. A partir de ce moment, les supplétifs comprendront que, pour eux, c’est la fin et les premières désertions verront le jour -1 pour 1000 -.

En janvier 1961, le général Crépin, successeur de Challe, avait promis que les harkis, considérés comme vainqueurs, auraient la première place dans l’Algérie future, et qu’ils resteraient groupés et armés pendant un an après le cessez-le-feu. Mais, dès l’été 1961, le gouvernement décida d’amorcer la réduction des effectifs des harkas et des autodéfenses et de « civiliser » les SAS, alors que Challe leur avait confié la responsabilité opérationnelle des Quartiers de Pacification.

Les promesses de Challe (emprisonné) et de Crépin ne seront pas tenues et les négociateurs français d’Evian se préoccuperont très peu de l’avenir des musulmans fidèles à la France… Cependant, avec une inconscience révoltante, les déclarations officielles continuaient de pleuvoir. Dans une homélie fracassante, le général Gambiez s’était écrié à l’adresse des harkis : «Vous avez mené le bon combat. Soyez sans crainte, la France ne vous abandonnera pas ! » Et dans une déclaration aux cadres, Pierre Messmer, le ministre des armées, affirmait avec solennité : « Pour rassurer ceux qui combattent et se sont engagés à nos côtés, nous devons leur répéter la volonté de la France de n’abandonner aucun de ses enfants. »… Cela s’adressait aux Musulmans servant sous l’uniforme français.

Pourtant le dégagement militaire avait commencé depuis le mois de juin 1961 par le rapatriement de deux premières divisions et l’évacuation de 1000 postes de protection de la population du bled. Mais afin de rassurer les consciences, on continuait d’assurer avec une apparente conviction qu’en aucun cas la population civile n’aurait à souffrir de ces mesures ou à voir sa sécurité diminuer…

Quel leurre ! Pauvres Musulmans ! Vous avez accepté de faire partie des groupes d’autodéfenses, encouragés en cela par le sous-préfet ou le commandant de secteur : Vous serez mutilés puis égorgés ! Vous vous êtes engagés dans les GMS ;  vous êtes devenus harkis ou moghaznis, c’est-à-dire soldats de la France : Vous serez tués à la hache ou écorchés vifs! Vous étiez des fellaghas repentant, ralliés à la France, et le colonel Bigeard –bientôt général !- vous avait désignés pour le fameux commando Georges : Vous aurez les yeux crevés, les mains coupées, vous serez traînés dans les rues sous les huées d’une foule déchaînée et vous périrez après d’horribles tortures !

Ce fut un des grands mensonges de ce drame algérien qui en avait vu tant, mais d’autant plus odieux qu’il couvrait l’abandon et la mort d’innombrables Musulmans livrés à la vengeance du FLN.

Ces hommes étaient pourtant encore des Français, couverts et en principe protégés par les lois et par l’Etat français qui leur demandait  depuis des années de lui faire confiance. La conscience la plus élémentaire eut semblé devoir au moins amener le Pouvoir à informer le pays des mesures décidées et de toutes ses conséquences. Et ce fut une bien piètre et honteuse satisfaction que de se dire qu’en lui dissimulant, on avait épargné sa responsabilité…

Mais qui aurait pu penser, en Métropole, que depuis sept ans des soldats Musulmans pourchassaient sans répit les fellaghas, que depuis sept ans ils mouraient pour la France et l’Algérie française… et que depuis des mois on cherchait à faire oublier –comme jadis en Indochine- leur existence ? Pendant que le silence les recouvrait, les projecteurs étaient braqués sur les dirigeants du FLN, assassins en puissance qui se pavanaient désormais dans les salons français et qu’il fallait à tout prix transformer pour l’opinion en hommes d’Etat, déjà partenaires et bientôt alliés.  Si les sphères dirigeantes ne savaient plus comment cacher cette nouvelle situation, le GPRA n’ignorait pas qu’il ne pourrait leur imposer son autorité que si auparavant, l’armée française les eût désarmés. Certains de ses membres reconnaissaient, qu’ils seraient, d’une manière sûre, trois millions à suivre activement et spontanément un mouvement que l’évolution de la situation provoquerait en faveur de la France. Ces hommes, ces Français, ces compatriotes, n’étaient pas un mythe. Ils étaient une réalité vivante.

Du coup, l’Elysée prit peur. Il fallait à tout prix désarmer ces hommes trop zélés qui s’imaginaient encore pouvoir rester français… Le 4 Mai 1962, lors du Conseil des Ministres, De Gaulle déclara : « Les harkis, ce magma dont il faut se débarrasser sans attendre  (sic, Alain Peyrefitte)».  Et ce fut, alors, l’ignoble campagne de désarmement, la conclusion du pacte tacite conclu entre le Pouvoir et le FLN…

Après avoir évacué les postes militaires du bled et les avoir remis, intacts, aux ennemis d’hier, la troupe reçut l’ordre de désarmer les autodéfenses. Pour ces pauvres gens qui avaient eu confiance en la parole de la France et en ses officiers, la restitution des armes signifiait la mort à plus ou moins brève échéance. Sans doute, que les militaires avaient reçu des ordres stricts. Sans doute, ils se devaient d’obéir à ces ordres. Mais le serment de jadis de conserver l’Algérie à la France et de protéger cette population n’avait-il pas été prononcé ?

A tous ces hommes désormais voués à la vindicte du FLN, il fallait ajouter ceux qui s’étaient engagés politiquement sans pour autant revêtir l’uniforme. Qui publiera jamais le nombre de maires, délégués spéciaux, conseiller municipaux, élus de tous ordres et fonctionnaires qui avaient déjà payé et qui paieraient encore de leur gorge tranchée, leur loyalisme ? Ceux qui s’étaient engagés volontairement du côté de la France connaissaient que trop l’article peu répandu de la charte issue du congrès de la Soummam qui les vouait avec leurs familles à la liquidation physique, pour trahison. Et les milliers d’assassinés depuis 1954 étaient la triste preuve que les Melouza (où le FLN massacra plus de 300 personnes en une seule nuit) n’étaient pas le produit de l’imagination…

Dès lors, désarmés, livrés sans défense à la vindicte du vainqueur, le génocide des harkis commençait… Dans le bled où le drapeau vert et blanc remplaçait désormais le tricolore, les Musulmans qui avaient toujours été fidèles à la France s’accrochaient désespérément aux camions militaires français et, à bout de force, tombaient en pleurant dans la poussière de la route. Ce sont des images que seuls ceux qui ont une conscience ne pourront de sitôt oublier…

Désormais, maîtres du bled (et bientôt du pays), forts de leur immunité et de leur impunité, les fellaghas se ruaient à la curée… En dépit des informations alarmantes qui lui parvenaient quotidiennement, le gouvernement français demeura inerte. Pire ! Il participa indirectement à ce génocide en livrant, lui-même, ces pauvres gens à la hache et au couteau des égorgeurs après que Louis Joxe (père de l’ex Ministre de l’Intérieur socialiste, Pierre Joxe), rédigea par deux fois leur condamnation à mort.

« Télégramme n° 125/IGAA – 16 mai 1962 / Ultra Secret / Stric. Confidentiel.             Ministre Etat Louis Joxe demande à Haut-Commissaire rappeler que toutes initiatives individuelles tendant à installation métropole Français Musulmans sont strictement interdites. En aviser urgence tous chefs S.A.S. et commandants d’unités. »                       Signé : Louis Joxe

Directive de Monsieur Louis Joxe, Ministre d’Etat :  « Je vous renvoie, au fur et à mesure, à la documentation que je reçois au sujet des supplétifs. Vous voudrez bien faire rechercher, tant dans l’armée que dans l’administration, les promoteurs et les complices de ces entreprises de rapatriement, et faire prendre les sanctions appropriées. Les supplétifs débarqués en métropole, en dehors du plan général, seront renvoyés en Algérie, où ils devront rejoindre, avant qu’il ne soit statué sur leur destination définitive, le personnel déjà regroupé suivant les directives des 7 et 11 avril ».   Et conscient du caractère odieux de cette décision, l’honorable ministre avait ajouté : « Je n’ignore pas que ce renvoi peut être interprété par les propagandistes de la sédition, comme un refus d’assurer l’avenir de ceux qui nous sont demeurés fidèles. Il conviendra donc d’éviter de donner la moindre publicité à cette mesure. »                                                                                 15 Juillet 1962             Signé : Louis Joxe

Dans le même temps, le colonel Buis, ancien commandant du Secteur de Bougie, devenu général, écrivain et stratège prisé des médias, donnait depuis Rocher Noir des instructions aux termes desquelles il fallait limiter au maximum le départ des harkis pour la France. Conjuguée avec celles de Joxe, ces directives condamnèrent systématiquement ces pauvres gens. Dès lors leur avenir était tout tracé. Le gouvernement de Ben Bella allait s’en charger d’une manière expéditive…

- A Iri-Llabi, des hommes furent enterrés jusqu’aux épaules, et sur ces têtes posées au ras du sol, une meute de mégères fut invitée à jeter des pierres. Certaines victimes, le crâne fracassé du premier coup, cessèrent vite de souffrir. Mais d’autres mirent des jours à mourir dans de terribles plaintes allant jusqu’à effrayer les troupeaux de chacals qui rôdaient flairant le sang.

- Dans les Aurès, on coupa les mains et on creva les yeux des harkis et des tirailleurs abandonnés par les soldats français.

-  A Tiaret, on les attacha à des poteaux plantés sur les places publiques et on les fit écorcher lentement à coups de canif.

- A Orléansville, on jeta, vivants, ceux qui n’avaient pas pu fuir avec leur chef, le Bachaga Boualam, dans des cuvettes et des chaudrons d’eau bouillante.

- A Nemours, la harka de la demi-brigade de fusiliers marins fut exterminée dans des conditions effroyables. Tous furent émasculés puis ébouillantés.

- A Penthième (département de Bône), harkis et moghzanis furent décapités et leurs têtes exposées à l’entrée d’une cité. La consigne du FLN était de barbouiller de merde la tête de ces malheureux, consigne suivie par les enfants et surtout par les femmes.

- A Edgar-Quinet, village situé au pied de l’Aurès, les harkis du Commandant Guizien qui s’étaient ralliés au Putsch d’avril 1961, furent exterminés avec leurs familles dans des conditions effroyables.

Partout on fusilla après avoir torturé, on mura dans des bâtisses de pierres, on enterra vivants, on brûla sur des bûchers, on flagella, on égorgea, on roua de coups des victimes enfermées dans des sacs, membres liés. Dans le Nord-Constantinois, des femmes tuèrent même des captifs à coups de dents !…

Et dans toute l’Algérie ces mêmes scènes d’horreurs se renouvelèrent, ce qui fit dire au Commandant Pierre Granier : « On ne fusilla pas les moghzanis, on ne les pendit pas non plus. Simplement, des dizaines de fellagha les traînèrent par les pieds, par les mains, les frappant à coups de bâtons et de pierres. Ils moururent quarante-huit heures après dans d’indescriptibles souffrances… »

Ni Jules Roy qui avait stigmatisé l’action des parachutistes français lors de la « bataille d’Alger », ni Mauriac, ni Sartre, ni Monseigneur Duval, ni les communistes, ni l’Eglise, ni les gaullistes, ni les « humanistes », ni les soldats du contingent qui avaient hurlé leur haine de l’Algérie, ni les officiers français qui avaient livré ces martyrs à la vindicte publique, ni les associations prétendument humanitaires, ni Hervé Bourges grand ordonnateur de « l’année de l’Algérie en France », conseiller et ami de Ben Bella, ne s’émurent le moins du monde. Aucune de ces hautes consciences qui font résonner le monde de leurs sermons et tiennent toujours prêtes des pétitions couvertes de signatures, ne vit dans ces massacres la moindre atteinte à la dignité des hommes et à leur liberté.

Et l’horreur de la situation devint telle que le Lieutenant de Vaisseau Cucherat rejoignit les rangs de l’OAS et résuma dans un cri d’indignation à l’adresse des officiers Français toute cette tragédie : « Il n’y a pas en ce monde d’expiation qui puisse ressusciter les harkis ébouillantés, effacer les mutilations des suppliciés… réparer le suicide des pères désespérés, ou guérir les vieillards conduits à la folie par votre traîtrise et votre lâcheté. Il n’y a pas de drogue qui puisse endormir en vous cette honte et ce remords qui vous empêcheront de plus regarder jamais dans les yeux, à supposer qu’ils vivent encore, le chef de votre ancienne harka, ou le maire de votre regroupement, et tous ceux qui avaient cru en votre parole, s’étaient engagés derrière vous et à qui vous avez menti… »

José CASTANO

 

ada har 2018

 

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1er R.E.P. -sa révolte-

Posté par lesamisdegg le 21 avril 2018

LA RÉVOLTE DU 1er REGIMENT ETRANGER DE PARACHUTISTES

« La mémoire n’est pas seulement un devoir, c’est aussi une quête »

(Commandant Hélie de Saint-Marc -  » Les champs de braises « )

12 Novembre 1960    Une nouvelle consternante parvient dans les unités parachutistes. Dans les Aurès, les fells ont surpris un groupe de combat du 1er REP à sa descente d’hélicoptères, faisant 11 morts et 6 blessés graves.

15 Novembre 1960     Dans la chapelle de l’hôpital Maillot à Alger, eut lieu la cérémonie militaire et religieuse en l’honneur des légionnaires tombés le 12. Ils allaient maintenant reposer comme tant d’autres dans cette terre d’Algérie qu’ils avaient défendue jusqu’à l’ultime sacrifice et qui était la leur désormais.

Au cimetière de Zéralda l’aumônier de la 10ème Division Parachutiste, le Père Delarue, bien qu’habitué à conduire des légionnaires à leur dernière demeure, se sentait, devant tous ces cercueils, bouleversé. Ce qui le mettait en rage, lui, prêtre, c’était l’absurdité de cette mort si elle ne correspondait plus à un sacrifice exigé par la Nation. Onze cadavres inutiles et scandaleux… Onze cadavres de plus dans cette longue liste… Et sa détresse, sa lassitude étaient immenses, de cette guerre où des hommes valeureux payaient de ce qu’ils avaient de plus cher pour racheter l’incompétence, la veulerie, les fautes et les palinodies de leurs gouvernants. Tous écoutaient, muets et bouleversés, les dernières prières douloureuses de l’aumônier. Des paroles simples lui venaient aux lèvres. Il disait : « Vous étiez venus de tous les pays d’Europe où l’on aime encore la liberté pour donner la liberté à ce pays. La mort vous a frappés en pleine poitrine, en pleine face, comme des hommes, au moment où vous vous réjouissiez d’avoir enfin découvert un ennemi insaisissable jusque-là.». Et, d’une voix forte, il ponctua en criant presque : « Vous êtes tombés au moment où, s’il faut en croire les discours, nous ne savons plus, ici, pourquoi nous mourons ! »

Puis le clairon, gonflant ses joues et les veines de son cou, lança vers les airs cette courte sonnerie saccadée : la sonnerie aux morts.

« Notre Père, qui êtes aux Cieux… » commença le prêtre, de sa voix qui tremblait et qui n’avait pas son impassibilité habituelle. Et tandis que se continuait le Pater, chez ces grands enfants qui écoutaient, recueillis, se reflétait un immense chagrin au souvenir de leurs camarades de combat. Chez certains, les yeux devenaient troubles comme sous un voile et, à la gorge, quelque chose s’étranglait. Sur toutes ces têtes alignées, flottait pour la dernière fois, l’ombre de ceux qui étaient morts, parce que la France, une dernière fois, le leur avait demandé. Et quand le prêtre, après un arrêt, et la voix plus grave encore, prononça les derniers mots de l’Ave Maria, d’une simplicité sublime : « Sainte Marie mère de Dieu… priez pour nous, pauvres pécheurs… maintenant… et à l’heure de notre mort », tout à coup, sur les joues de ces hommes rudes que l’on qualifiait « d’inhumains », de brusques larmes coulèrent, qui jaillissaient rapides et pressées comme une pluie…L’émotion avait atteint un degré douloureux. La foule pleurait en silence communiant dans la douleur avec « ses soldats », « ses légionnaires ».

 

 

insigne du 1er R.E.P.

insigne du 1er R.E.P.

Puis le nouveau chef du 1er REP, le Colonel Dufour,  s’avança à son tour pour dire adieu à ses hommes. Il énuméra les noms de ceux qui ne feraient plus le chemin, tant rêvé, du retour dans leur foyer. Ces noms qui, bientôt ne vivraient plus que dans le cœur des mères, émurent le silence, cognèrent aux poitrines, bâillonnèrent les gorges et mouillèrent de nouveau les yeux. Puis il termina par ces mots : « Il n’est pas possible que votre sacrifice demeure vain. Il n’est pas possible que nos compatriotes de la Métropole n’entendent pas nos cris d’angoisse ». Il salua ; les clairons sonnèrent : « Au drapeau ». Les détachements présentèrent les armes et défilèrent, les yeux tournés vers les tombes. Les visages graves, bronzés et maigres, recelaient toutes les tristesses cachées, toutes les tares et tous les deuils qui les avaient amenés là.

« Nous ne savons plus ici pourquoi nous mourrons… » Ces paroles du père Delarue allaient avoir un écho immédiat : il allait, sur le champ, être banni d’Algérie et exclu des unités parachutistes.

Trois semaines plus tard, le Colonel Dufour fut relevé de son commandement pour avoir exprimé en public ses sentiments « Algérie française » et fut prié de quitter le sol algérien avant le 9 décembre 1960, date d’arrivée du de Gaulle à Oran. Ecarté de la Légion, affecté aux FFA, (Forces Françaises en Allemagne), (Offenburg), le Colonel Dufour choisira quelque temps plus tard la clandestinité et rejoindra, en Algérie, les rangs de l’OAS.

 

Colonel DUFOUR

Colonel DUFOUR

 

      8 Janvier 1961     Un événement tout à fait extraordinaire venait de se dérouler au 1er REP. Pour la première fois depuis le début des guerres d’Indochine et d’Algérie, des officiers de cette prestigieuse unité refusaient de partir en opération. Ils se mettaient en grève ! Unanimement hostiles à la politique algérienne du général de Gaulle, ils n’acceptaient plus de voir mourir leurs légionnaires alors que l’indépendance de l’Algérie semblait inéluctable. A quoi pouvaient désormais rimer ces opérations incessantes et meurtrières à l’heure où le chef de l’état clamait qu’il voulait en finir à n’importe quel prix avec le « boulet algérien ». L’absurdité dépassait les bornes. Ils avaient donc décidé de faire la « grève de la mort ». Un vent de panique souffla à tous les échelons de la hiérarchie. Quoi ! La « grève de la mort » ? Impensable pour des hommes qui étaient « soldats pour mourir » !

Une pluie de sanctions s’abattit sur les révoltés qui furent mis aux arrêts et mutés immédiatement en Métropole. L’un d’eux, le Lieutenant Roger Degueldre fut affecté au 4ème Régiment Etranger d’Infanterie mais il refusa de rejoindre son nouveau corps. Le 25 janvier 1961, il entra dans la clandestinité. Les dés de son destin étaient jetés. Une légende naissait…

A Zéralda, fief du 1er REP, le cœur n’y était plus et les questions que posaient les cadres rescapés de la purge n’obtenaient aucune réponse de la hiérarchie : le drapeau du FLN va-t-il flotter sur Alger ? Après avoir été vaincu sur le terrain, le FLN y sortira-t-il vainqueur ? Que vont devenir les Européens ? Et les Musulmans ralliés au drapeau français qui ont cru aux promesses de l’armée ? Après l’Indochine, l’Algérie… L’armée sera-t-elle donc éternellement vaincue, éternellement parjure ? Et de mains en mains l’on se passait une lettre. C’était une missive vieille de 2000 ans. Le texte, rapporté par Suétone, était de Marcus Flavinius, centurion à la 2ème cohorte de la légion Augusta. Destiné à son cousin Tertullus, il avait été écrit en Numidie (ainsi que s’appelait l’Algérie à l’époque romaine) : « Si nous devions laisser nos os blanchis en vain sur les pistes du désert, alors que l’on prenne garde à la colère des légions ! »

 

1er R.E.P. Commandant Hélie de Saint-Marc

1er R.E.P.
Commandant Hélie de Saint-Marc

 

La colère des légions ! Elle se concrétisa le 22 avril 1961 avec le soulèvement des plus belles unités de légion et de parachutistes… et se termina par la dissolution du 1er REP.

José CASTANO

 

 

 

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ALGER février 1956

Posté par lesamisdegg le 5 février 2018

Des tomates pour Guy Mollet

 

La Delahaye du président du Conseil vient de quitter l’aérodrome de Maison-Blanche. Guy Mollet tire sur la cigarette qu’il a nerveusement allumée. Tout au long des vingt kilomètres qui le séparent d’Alger, il aperçoit le cordon de policiers et de soldats qui lui font une haie d’honneur, mais surtout un rempart. Le gouvernement a dépêché sur place le directeur de la Sûreté nationale, Jean Mairey, et fait acheminer de métropole douze compagnies de CRS, par Bréguet deux ponts et DC 4. Paris se méfie d’Alger. Le secrétaire d’État aux Forces armées, Max Lejeune, qui l’a devancé de deux jours, a prévenu le président du Conseil : «Ton arrivée sera mouvementée.» Guy Mollet a seulement accepté de modifier l’heure de son départ, dans l’espoir, dérisoire, de tromper les manifestants. Parti de Villacoublay sous la bruine, le SO Bretagne s’est posé vers 15 heures à Alger. «Je lance un appel de paix à tous les esprits sages, à tous ceux qui ne se laissent pas entraîner par la passion, déclare-t-il au pied de la passerelle. J’ai vu avec surprise et tristesse des hommes s’interroger : « La France va-t-elle abandonner l’Algérie ? » Que signifie la présence du président du Conseil, sinon l’affirmation encore renouvelée du caractère indissoluble des liens entre l’Algérie et la métropole ?»

Mais il en faudrait plus pour rassurer les 986 000 Français d’Algérie, attachés à cette terre qui est aussi la leur : 80% d’entre eux y sont nés. Les musulmans, dont la population a beaucoup augmenté grâce aux progrès sanitaires, sont un peu moins de 9 millions. Seule une minorité d’entre eux est acquise à la rébellion que les fellaghas (les coupeurs de route) ont déclenchée le 1er novembre 1954.

La Toussaint rouge  La situation s’aggrave l’année suivante. Le 20 août 1955, dans le Constantinois, le FLN excite la foule musulmane contre les Européens et les musulmans récalcitrants. Incendies, viols, assassinats. À El-Halia, à vingt kilomètres à l’est de Philippeville«les insurgés, armés de cartouches de dynamite, de bouteilles d’essence, de fusils, de haches, massacrent les hommes», les habitants des mechtas voisines s’acharnent sur les femmes et les enfants. «Et c’est en pataugeant dans des mares de sang que les militaires découvrent la tuerie», rapporte Yves Courrière dans Le temps des léopards(Fayard). À l’issue de ces heures d’épouvante, on compte cent vingt-trois morts, dont soixante et onze Européens.En décembre 1955, la cadence des assassinats augmente encore. En Kabylie, on compte une moyenne de douze victimes par semaine, surtout des musulmans accusés de « collaboration » par les fellaghas parce qu’ils exercent de modestes fonctions d’autorité, comme les gardes champêtres. Le drame algérien est au cœur de la campagne pour les élections législatives de 1956.

Pour les Français d’Algérie, la victoire du Front républicain n’est pas une bonne nouvelle. Ils ne veulent pas des élections au collège unique que le gouvernement prétend organiser alors que la paix n’est pas revenue. Ils se souviennent que Guy Mollet a dénoncé cette «guerre imbécile et sans issue», dans l’organe officiel de la SFIO, le Populaire. Ils se méfient de son ministre d’État, Pierre Mendès France, qui a mis fin à la souveraineté française sur l’Indochine en 1954. Surtout, ils récusent le général Catroux, que Mollet veut leur imposer comme ministre résident : ils l’accusent d’avoir préparé la « capitulation » de la France au Maroc en négociant le retour à Rabat de Mohammed V, en novembre 1955. Pour eux, Catroux est «le symbole de l’abandon». Le 2 février 1956, ils ont fait un triomphe romain à son prédécesseur, Jacques Soustelle qui, s’il a tenté des réformes, a refusé de négocier avec les fellaghas : 80.000 personnes l’accompagnent sous les vivats jusqu’au bateau qui le ramène en France. On crie «Soustelle avec nous»«Catroux à la mer». Comment Guy Mollet n’y penserait-il pas ce lundi 6 février, en roulant vers Alger sous un ciel gris ?

C’est dans une ville morte que pénètre le cortège officiel : les commerçants européens ont baissé le rideau de fer de leurs boutiques. «Fermé pour cause de deuil», affichent les devantures. Les Français d’Algérie ont suivi les consignes du Comité d’entente des anciens combattants, travaillés par Me Biaggi, un héros de la résistance «si grièvement blessé en Alsace qu’on en a fait un officier de la Légion d’honneur à titre posthume», raconte Claude Paillat dans Vingt ans qui déchirèrent la France (Robert Laffont). Il faut aussi compter avec les troupes du « chouan de la Mitidja », Robert Martel, et celles du cafetier du Forum, Jo Ortiz, le patron du groupe action du mouvement poujadiste. Sept cents hommes décidés à faire entendre la voix d’Alger à Guy Mollet.

Le président du Conseil a prévu d’aller déposer une gerbe au monument aux morts, situé au centre d’un escalier-jardin qui dévale du gouvernement général jusqu’à la mer. 20.000 manifestants l’y attendent. Quand il descend de sa Delahaye, on n’entend plus rien que le grondement assourdissant de la foule en colère. «Guy Mollet à Paris !», «L’armée avec nous !»«Al-gé-rie fran-çaise !» Des balcons s’abat sur le cortège une pluie de légumes et de tomates mûres. Plusieurs s’écrasent aux pieds du président du Conseil qui, bien que livide, parvient à se maîtriser. La minute de silence ne dure que quelques secondes, avant que les officiels ne regagnent prestement leurs voitures «dans l’odeur piquante des grenades lacrymogènes», écrit l’envoyé spécial du Figaro, Serge Bromberger.. Il était temps ! Un groupe d’étudiants réussit à rompre le cordon de police et met en pièce la gerbe que Guy Mollet vient de déposer auprès de la stèle. L’émeute s’étend aux alentours du Palais d’Été où s’est réfugié le président du Conseil. Il appelle l’Élysée, bouleversé par la révolte du petit peuple d’Alger. «Je suis ému, je suis ému profondément, dit-il à René Coty. Les manifestations que nous craignions se sont déroulées. Mairey ne répond pas du maintien de l’ordre si Catroux persiste à vouloir venir». La démission du général Catroux est connue peu après 17 heures. Alger, en liesse, réclame aussi celle de Guy Mollet, mais les manifestants qui tentent d’investir le Palais d’Été dans la soirée seront dispersés sans l’obtenir.

Dans la presse, le revirement du président du Conseil est diversement apprécié. «M. Guy Mollet n’a pas pris la foudre. Il a pris des tomates pourries, mais sur le nez. Et si ce n’était que sur le sien, nous nous serions fait une raison. Mais c’est l’État qui a reçu cet outrage», grince François Mauriac dans l’Express, cependant que Combat affirme : «Le terrain est ainsi déblayé pour un nouveau départ».. Pour remplacer Catroux, Guy Mollet choisit Robert Lacoste«Toi seul peux nous sauver. Tu es un homme de caractère. Viens !» Militant syndicaliste, élu socialiste de Dordogne, Lacoste est un lutteur. «Un ventre confortable, un langage truculent, du rire mais aussi d’effroyables colères, écrit Claude Paillat. L’empire colonial, qu’il ne connaît pratiquement pas, a été construit par des gens de gauche : à Alger, il ne l’oubliera pas. Il réagira donc en conservateur d’un legs familial».

De retour à Paris, Guy Mollet justifie sa décision devant l’Assemblée nationale, le 16 février. La «douloureuse manifestation» d’Alger était «l’expression de sentiments profonds et hautement respectables : l’attachement à la France, l’angoisse d’être abandonnés». Surtout, il proclame «l’inébranlable volonté française à la fois de présence en Algérie et d’évolution». En mars, les députés, communistes compris, autorisent le gouvernement à prendre par décret toutes mesures relatives au développement économique de l’Algérie ainsi qu’au rétablissement de l’ordre. C’est la loi sur les pouvoirs spéciaux.

En avril et mai 1956, l’extension de la rébellion conduit Guy Mollet à rappeler partiellement les classes 1951 à 1954. Le service militaire est allongé de dix-huit à vingt-sept mois. Les effectifs engagés en Algérie passent de 200 000 en début d’année à 400 000 en juillet. Un renforcement du contingent accompagné d’appels au cessez-le feu rejetés par le FLN qui décide, au contraire, de multiplier les attentats au cœur des villes.

Le 30 septembre, deux bombes explosent à Alger, à 18 h 35, l’une au Milk Bar de la place Bugeaud, l’autre à la Cafétéria, rue Michelet. «L’engin du Milk Bar, qui avait été placé dans un sac de plage et déposé contre le comptoir, faucha littéralement les plus proches consommateurs, tandis que les glaces s’abattaient sur les clients installés à la terrasse, écrit Le Monde, le 2 octobre. Un spectacle horrible s’offrit alors aux yeux des rares rescapés : le sang avait giclé sur les marbres blancs des parois, tandis que çà et là des femmes et des enfants, jambes déchirées ou arrachées, s’agitaient en des soubresauts convulsifs». La bataille d’Alger était engagée.

 Fabrice Madouas –Valeurs Actuelles 2006 07 –

 

02 02 56 Soustelle part

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02 06 56 Mollet arrive

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Les TOUBIBASS des Equipes Médico-Sociales Itinérantes (EMSI)

Posté par lesamisdegg le 30 janvier 2018

Algérie 1957-62.

Le rôle humanitaire des E.M.S.I., un aspect méconnu des actions engagées auprès des femmes en Algérie par les « toubibs« , ces femmes de cœur, tout à la fois assistantes sociales, puéricultrices, éducatrices au contact des familles et des enfants dans le bled.

De 1956 à 1962, l’armée française en Algérie et les autorités civiles ont eu le souci de l’assistance sociale et médicale aux populations isolées des campagnes et les montagnes, alors que l’AMG (assistance médicale gratuite) existait déjà dans les villes où le développement était en marche. Le service de santé militaire s’y est consacré partout où il était présent : des dispensaires médicaux et des centres d’animation, pour le progrès, l’hygiène et l’éducation ont été ouverts, notamment auprès des SAS (sections administratives spécialisées) ; des missions itinérantes ont été créées et parmi elles les EMSI .

Les EMSI, familièrement appelées les toubibass avaient pour ambition de donner un visage humain à notre pays. Des centaines de jeunes filles, de toutes origines et de toutes religions, furent ainsi recrutées pour porter sur leur blouse blanche l’insigne des EMSI. Après un stage de formation, elles se consacrèrent aux femmes et aux enfants, aux malades et aux vieillards, plus tard aux Harkis et à leurs familles. Elles ont servi avec courage et abnégation dans les périls et les difficultés de la guerre, au temps des promesses et de l’espérance.

J’ai eu l’honneur d’être l’une d’entre elles. Native de Picardie, une région particulièrement meurtrie par la guerre. J’ai vécu l’exode et retrouvé au retour mon village entièrement détruit. C’est un souvenir pour moi, encore à ce jour, difficile à effacer de ma mémoire. Reçue en octobre 2003, par le président du Sénat Christian Poncelet, dans ce cadre prestigieux de « la maison des Sages », entourée d’anciennes EMSI j’ai rappelé :

« J’étais donc une métropolitaine comme l’on nous désignait à cette époque, lorsque je suis partie en Algérie, fin 1957, œuvrer dans les « Equipes médico-sociales itinérantes » dites « EMSI ». Imaginant naïvement, pour ma part, que l’amitié pouvait favoriser le difficile chemin menant au calme et à la compréhension. Ces équipes créées en 1957 avaient une mission bien définie, celle d’aller dans les douars les plus excentrés afin d’aider les femmes à évoluer vers un avenir meilleur.

Quarante années d’écrits de témoignages, de récits, où tant de personnes ont exprimé leur souvenir, leur opinion, certaines persuadées d’être les seules à détenir la vérité, leur vérité, hélas trop souvent confiée à une certaine presse avide de sensationnel. Mais sur les « EMSI » rien… Le silence !

Le rôle humanitaire des femmes auprès des femmes et des enfants en Algérie est un sujet « tabou ». Il faut se rendre à l’évidence. Le mal a toujours priorité sur le bien, triste réalité de notre époque. Cinq longues et difficiles années d’activité dans les « EMSI » me donnent le droit et le devoir d’en parler.

Que ce soit l’été sous un soleil torride, ou l’hiver dans la neige et le froid glacial, j’ai parcouru la Petite Kabylie, la Vallée de la Soummam, les Aurès Nementcha, la presqu’île de Collo et bien d’autres régions.

Oui, il y a eu une action humanitaire en Algérie. Ce fut le travail harassant de ce millier de femmes natives de France métropolitaine et d’Algérie française comme aussi de jeunes musulmanes conscientes des difficultés, des risques encourus et de la valeur de leur mission, et qui, main dans la main, sont allées porter aux femmes et aux enfants de ce pays ce que la France avait de meilleur à offrir : les qualités de cœur ; en un mot : aide, secours et amitié.

Familièrement appelées « Toubibass », elles étaient à la fois assistantes sociales, puéricultrices, éducatrices et amies tentant par leur présence, au côté de cette population rurale désorientée par les événements, de faire obstacle à la misère et à la peur, avec pour seule et unique ambition, donner un visage humain à notre pays..

J’ai, pour ma part, le souvenir de l’inconfort de mes étapes. Les éprouvantes marches sur des pistes sans fin. Les pluies diluviennes qui transforment les oueds en torrents. Les inondations qui emportent dans leurs eaux bourbeuses et tumultueuses les modestes biens nécessaires à la vie de tous les jours. Les glissements de terrain, fléau de ce pays qui arrachent les mechtas sur leur passage, laissant des familles traumatisées face à ce douloureux coup du sort. Le village de torchis qui, à cause d’une malveillance, est la proie des flammes.

Devant ces situations trop souvent tragiques les « EMSI » étaient toujours présentes, afin de résoudre au mieux ces problèmes a priori insolubles. Bien souvent, avec ténacité et courage elles y sont parvenues, malgré le manque de moyens et de matériel.

J’ai tout au long de ce difficile parcours, connu de très grandes peines, lorsque l’on ne peut donner que ce que l’on possède. Nos moyens n’étaient pas à la mesure d’une population aussi dense et qui était démunie.  Je dois dire que j’ai également connu de très grandes joies : un enfant que l’on aide à naître, un autre à guérir, une adulte que l’on a secourue et qui vous exprime sa gratitude par un simple sourire. Tous ces petits riens qui m’autorisent aujourd’hui à témoigner ici.

L’action humanitaire en Algérie, ce fut : les médecins et infirmiers militaires qui ont prodigué des soins gratuits à la population, les longues files de patients présents chaque jour devant les infirmeries témoignaient de leur dévouement. Les « sections administratives spécialisées » dites « SAS » dans leur difficile travail administratif et leur énorme difficulté à gérer une population dont les identités se mélangent souvent et se confondent en un imbroglio invraisemblable. Les jeunes appelés pédagogues qui, avec volonté et ténacité, inculquaient leur savoir à des enfants analphabètes.

Enfin les « EMSI » ayant la lourde tâche d’orienter la population féminine vers une évolution, assurance d’un avenir meilleur. Le seul regret que je puisse exprimer à présent sur ce sujet, c’est que nous aurions dû être plusieurs milliers pour favoriser l’évolution des femmes de ce pays et éradiquer la misère, contrecarrée par une démographie galopante.

Je le dis haut et fort, j’ai été et reste fière d’avoir accompli cette noble tâche, qui était d’apporter l’amitié, le réconfort et d’alléger la souffrance de ces gens. Vouloir à présent occulter cette action, c’est mépriser ce qui fait le ferment de l’humanité. Ces cinq années de présence en Algérie m’ont permis de vivre tous les événements qui ont bouleversé l’histoire commune de nos deux pays : le  mai 1958 dans l’enthousiasme ; le  avril 1961 dans l’espérance et le 19 mars 1962 dans la honte et le désespoir.

Après cette date, le devenir des dix « Equipes-médico-sociales-itinérantes » de la zone sud-est constantinoise dont j’avais la responsabilité, fut réglé dans la première quinzaine de juin, par une banale note de service déposée sur mon bureau, un texte sans ambiguïté : « A compter du la juillet 1962, les « EMSI »de la Zone-sud-est constantinoise seront mises à la disposition du gouvernement algérien ». Notre avis sur la question n’avait aucune importance, pour la simple et unique raison qu’on ne nous l’avait pas demandé. Pour les Européennes le problème pouvait être résolu. En ce qui concerne les jeunes musulmanes, il ne faisait aucun doute que c’était pour elles une condamnation à mort certaine (hélas l’avenir nous l’a prouvé). C’est alors que nous avons dû faire appel à notre conscience pour régler au mieux ce douloureux problème.

Les « EMSI » ont pour la plupart assuré le rapatriement des Harkis, du moins le petit nombre d’entre eux qui ont eu cette chance. La France, terre d’accueil et patrie des Droits de l’homme, avait failli à sa réputation. Une fois de plus, l’humanité était bafouée.

En 2003, dite « L’année de l’Algérie en France », qu’il me soit permis d’aborder le sujet dont se repaissent les médias et une certaine presse, sous la houlette d’une intelligentsia calomnieuse. Je veux parler de la « torture ». On ne peut nier que celle-ci ait existé et le regretter. Il faut se rendre à l’évidence, tous les conflits en ce bas monde, engendrent cette sorte de pratique condamnable. Et il ne faut pas oublier la barbarie des fellagas. En Algérie, toutefois, il faut se garder de voir en chaque militaire, qu’il soit d’actifs ou simples appelés du contingent, un tortionnaire. S’acharner à culpabiliser des innocents est une intoxication dangereuse.

Je voudrais terminer mon intervention par cette phrase enfouie dans ma mémoire d’enfant, à qui l’on a inculqué certaines valeurs : « Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie ont droit, qu’à leur cercueil, la foule vienne et prie ».  C’est pourquoi je tiens à citer les noms des « EMSI » qui ont perdu la vie lors d’une embuscade ou lâchement assassinées. Leur souvenir est toujours vivace en nos mémoires. Nous réitérons ici le vœu que leurs noms figurent enfin sur le Mémorial édifié à Paris. Juste reconnaissance de leur sacrifice : Christiane Guenon, Kedassa M’Barka , Yamina Ouali , Zoubida Mustapha , Keira Djamilla Madani , Saadia Chemla , Zhora Nichani , Nadia Lassani , Germaine Kintzler. Le silence des morts ne doit pas favoriser leur oubli.

Le devoir de mémoire, concernant cette période de notre passé, est désormais le travail des historiens. Ecrire l’histoire de ces années tumultueuses demande sagesse et honnêteté. Il n’est pas permis d’exclure ce qui dérange et de promouvoir les idées qui arrangent. La mémoire doit être lucide, sans faille. Nous admettons les critiques, mais que l’on reconnaisse également nos mérites de bâtisseurs et d’humanité. La vérité ne doit pas être parée d’idéologie, quelle qu’elle soit, pour semer la confusion dans les consciences. La vérité doit être nue. Il est temps de nous rendre notre fierté, et notre honneur. Ceci est la mission des dirigeants de ce pays.

Ginette Thévenin-Copin 2003

 

 

TOUBIBAS 1957

TOUBIBASS 1957

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ALBERT CAMUS : homme révolté, homme déchiré

Posté par lesamisdegg le 15 janvier 2018

Lorsqu’une guerre est franche, tout est simple : il y a deux ennemis face à face, et l’unique  préoccupation consiste à gagner la guerre, militairement d’abord, politiquement ensuite. Mais en ce qui concerne la « Guerre d’Algérie », la situation était infiniment plus complexe. Il s’est agi, en fait d’une double, voire triple guerre civile : Français contre indépendantistes, Adeptes du MNA (Messali) contre FLN, Français contre Français… Que peut ressentir un intellectuel français, un artiste, un Pieds-Noirs, devant tant de déchirements ?

La sensibilité à l’injustice

Albert Camus est né dans une famille pauvre, très pauvre. Orphelin de guerre à 1 an, sa mère sourde et pratiquement muette, faisant des ménages pour assurer le quotidien… Pas de jouets en nombre, mais un simple ballon de football et le plaisir des petites joies simples : la beauté de la nature, la mer, le soleil…  De cette enfance aux conditions étriquées, le futur auteur puise sa sensibilité extrême aux conditions de vie précaires et la sensualité face à la nature dont il parera plus tard ses œuvres. De sa condition sociale, il tient son sentiment aigu devant toute injustice. Dès l’enfance, le petit garçon fait preuve d’une remarquable curiosité intellectuelle.  Une bonne fée place sur son chemin un instituteur avisé qui reconnait en lui son potentiel et lui ouvre le goût de la connaissance : Louis Germain, auquel il aura plus tard l’élégance de dédier son Prix Nobel. Un parcours scolaire brillant, études à la faculté de lettres d’Alger… et le voilà prêt à mettre toute son énergie au service du monde.

Journaliste engagé, auteur dramatique, directeur du théâtre populaire d’Alger, présentant des pièces à caractère résolument social, Albert Camus n’a cessé de vouloir communiquer, et d’en appeler à un dialogue fructueux entre les hommes de toutes conditions, respectueux de toutes les convictions, et ferme sur ses positions lorsqu’il sentait qu’il était dans le vrai de sa logique.

Un homme engagé

En septembre 1935, il s’engage auprès du Parti Communiste Algérien. Deux ans plus tard, il claque la porte. « Rester clairvoyant, ne jamais céder aveuglément », telle est sa devise. Il ne reviendra pas au Parti Communiste et ne s’engagera jamais plus dans telle ou telle formation politique. Le communisme fort de son implication dans la Résistance, s’est lourdement entaché de stalinisme. « Nous aimions trop la liberté d’esprit et nous respections trop les droits de l’individu pour marquer le moindre intérêt aux régimes totalitaires », écrit Camus. Il conservera toutefois sa sensibilité de gauche. « Je suis né dans une famille, la gauche, où je mourrai, mais dont il m’est difficile de ne pas voir la déchéance » dira-t-il plus tard. Ou encore : « oui, je suis de gauche, en dépit d’elle et malgré elle ».

En 1939, pour le compte du journal communiste Alger Républicain, il rédige une série d’articles dénonçant ce qu’il a vu, de ses propres yeux vu, en Kabylie : la misère des populations, leur frustration de ne pas ne pas pouvoir exercer de droit politique… Il ne s’agit pas de jeter sempiternellement l’anathème sur « le système colonial », qui correspondait à l’ère des grands empires : la France, l’Angleterre, le Portugal…etc… rivalisaient dans l’extension de la puissance européenne hors métropole. L’administration locale s’exerçait  le biais de protectorats qui, un siècle plus tard, devaient soit être renouvelés, soit prendre fin.

 « C’est la force infinie de la Justice, et elle seule, qui doit nous aider à reconquérir l’Algérie et ses habitants », affirme-t-il en 1945, après les événements de Sétif.

En 1943, il s’engage dans la Résistance. Il insiste même, car son état de santé lui vaut la réticence des membres du mouvement. La situation est claire : il y a deux pays distincts, deux systèmes politiques antagonistes. Il n’existe pas de nation franco-allemande. Dans le journal Combat, Camus prend des positions, ce qui témoignait d’un grand courage pour l’époque.

Toutefois, il s’oppose aux pratiques d’ « épuration » de l’après-guerre, préférant tourner la page sur les années sombres. Chez lui, le dogmatisme rigoureux n’a point de mise : Camus reste un humaniste. Camus n’est pas qu’intellectuel, il est avant tout artiste, donc un affectif. A la Libération, le journal Combat continue de lui offrir ses colonnes.  Il y décrit le malaise régnant en Algérie : la Charte de l’Atlantique a présenté un nouvel espoir aux Musulmans dont les revendications se sont radicalisées. « C’est la Justice qui sauvera l’Algérie de la haine », clame Camus, ou encore « On ne sauvera rien de français sans sauver la Justice ». Il ajoute même « On n’a jamais fait des citoyens français par le mépris ». Il s’engage davantage en écrivant : « Devant les actes de répression que nous venons d’exercer en Algérie, je tiens à dire ma conviction que le temps des impérialismes occidentaux est dépassé »

« J’ai mal à l’Algérie »

A Paris, Camus est très apprécié des intellectuels français, dont Jean-Paul Sartre. Mais le ciel se couvre de nuages lorsqu’éclate vraiment la « guerre d’Algérie ».  Ces mêmes intellectuels lui reprochent de ne pas prendre de position ferme, soit de ne pas s’engager auprès des indépendantistes. Comment ce Pieds-Noirs  ardent, viscéralement attaché à son pays natal et à la culture qui l’a fait devenir ce qu’il est, le pourrait-il ?

Convaincu que la situation politique de l’Algérie française ne saurait perdurer en l’état, déplorant sans cesse que le Statut de 1947 ne soit pas appliqué, il s’inscrit dans la lignée des libéraux, tel Jacques Chevallier, député-maire d’Alger, Ministre de la Guerre,  qui pensent que le maintien de l’influence française en Algérie ne peut exister que dans la forme fédéraliste, dans l’accession des Algériens musulmans aux responsabilités politiques, en prônant incessamment le dialogue : « Ou nous réussissons à nous associer pour limiter les dégâts, et nous favoriserons une évolution satisfaisante, ou nous échouerons à nous réunir et à persuader, et cet échec retentira sur tout l’avenir », dit-il. Quant à Jacques Chevallier, il avait initié, dès novembre 1950, dans les colonnes de l’Echo d’Alger, la rubrique « le Dialogue entre Algériens », ouverte à toutes les sensibilités et, en 1953, dès son accession à la mairie d’Alger, il avait pris dans son équipe municipale des opposants déclarés, membres du M.T.L.D., parti de Messali,  ce qui n’a pas manqué de déclencher à son égard bien des méfiances et des hostilités, tant de la part des Européens que dans les rangs des messalistes. Le M.T.L.D. ne s’est-il pas alors scindé entre « centralistes », qui considéraient que le dialogue était encore possible avec les Français, et les « messalistes », engagés dans la voie de l’indépendance ? Devenu délégué à l’Assemblée Algérienne, il a fondé, avec Ferhat Abbas, l’Intergroupe des Libéraux, réunissant 17 délégués européens et 17 délégués musulmans, dans le but d’émettre des propositions satisfaisantes pour les deux parties.

Face au terrorisme, les deux hommes parlent d’une même voix : « De malheureuses et innocentes victimes françaises tombent, et ce crime lui-même est inexcusable. Mais je voudrais que nous répondions au meurtre par la seule Justice pour éviter un avenir irréparable », dit Camus »

« Le ministre que je suis du gouvernement de la France ne peut que comprendre et admettre que les rigueurs de la loi viennent frapper ceux qui complotent et qui couvent des hommes qui tuent » répond en écho Chevallier,  qui précise par ailleurs : « Toutes les troupes que je pourrais envoyer, toutes les forces de police mises à disposition par le Ministre de l’Intérieur ne règleront pas le problème de fond. Je ne le conteste  pas, nous ne saurions tolérer le désordre, les attentats dans la ville, les maquis, dans le bled. Mais je crois urgent et nécessaire de faire ce que l’on n’a pas ou trop peu fait dans ce pays jusqu’à présent. C’est en sortant de ces structures archaïques que l’Algérie évoluera. Et c’est sans doute le meilleur moyen de  la lier intimement à la France ». Prenant le risque de rencontrer le nationaliste clandestin Mohammed Lebjaoui, le maire d’Alger plaide ardemment pour l’arrêt des violences : « la guérilla urbaine fait des victimes innocentes, des deux côtés d’ailleurs ; si vous acceptiez de la stopper, je vous promets, moi, de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que la répression ne s’abatte pas, de manière aveugle et systématique, sur les Musulmans »…

Quand l’affectif côtoie le rationnel…

Tout le monde connait la célèbre phrase de Camus : « Entre la Justice et ma mère, je choisirais ma mère ». Au plus les tensions se durcissent, au plus l’aboutissement final devient évident, au plus l’homme blessé se tait. Ce silence même symbolise la douleur d’un homme clairvoyant, humaniste, épris de justice, pétri des émotions dues à ses origines, face à une situation qui sombre dans l’absence totale de dialogue, dans un affrontement inconditionnel, où les passions prennent le pas sur la raison.

Une vision mondialiste et idéaliste

Camus et Chevallier partagent la même conviction que cette guerre repose sur des bases beaucoup plus larges qu’une simple revendication territoriale. Tous deux mettent les consciences en garde contre le communisme, ou plutôt  le stalinisme et l’impérialisme soviétique, tous deux s’inquiètent de l’éveil du panarabisme qui, depuis Le Caire, souhaite se réaliser dans la formation d’un «  République Arabe Unie », le grand rêve de Nasser. Selon Camus,  « Il faut considérer la revendication de l’indépendance nationale algérienne en partie comme une des manifestations de ce nouvel impérialisme arabe, dont l’Egypte, présumant de ses forces, prétend prendre la tête et que, pour le moment, la Russie utilise à des fins de stratégie anti-occidentale … Le bonheur et la liberté des peuples arabes ont peu de choses à voir dans cette affaire»

Autre rêve nourri par les deux hommes : l’Algérianité. Deux peuples pour une même patrie qu’ils chérissent tout autant. La formation d’un seul peuple riche de ses différences acceptées, peuple pionnier dans l’univers méditerranéen. Ecoutons Camus : « Une Algérie nouvelle… L’exemple rarissime de populations différentes imbriquées sur un même territoire… Arabes et Français réconciliés dans la liberté et la justice ». Il est allé jusqu’à défendre l’idée de faire reconnaitre une véritable culture méditerranéenne  « L’orient et l’Occident se rejoignent dans une culture qui favorise l’homme au lieu de l’écraser ». Ecoutons Chevalier : « Il faudrait faire d’Alger une ville fraternelle, un lieu de rencontres exemplaire entre Français et Musulmans… A nous, algériens français et musulmans de dégager ensemble une politique réaliste pour notre patrie commune »…« L’heure est venue pour tous les Algériens de se serrer les coudes, de ne plus nous diviser en nous regardant en fonction de nos origines comme des adversaires ou comme des ennemis, de ne plus nous fermer les portes les uns aux autres. Il n’est point d’hommes privilégiés, nous sommes tous égaux devant Dieu.

L’image de Camus

Pour les Pieds-Noirs, Camus apparaissait comme un « progressiste » de même que Chevallier  qu’ils considéraient comme un « traître », persuadés que l’Algérie devait rester française, régie par un système exclusivement français. Et les libéraux n’attiraient guère leur sympathie. Lorsque Camus a reçu le Prix Nobel,  d’amères réflexions ont accueilli cette nouvelle : au-delà de l’écrivain, le monde cautionnait le libéralisme. Et puis, le temps faisant son œuvre, Camus est maintenant considéré comme un modèle. L’écrivain illustre, l’homme qui s’est exposé en déclarant « entre la Justice et ma mère, je choisis ma mère », a su reconquérir les cœurs dans leur majorité.

Les intellectuels français restent plus divisés. Ainsi, lors du colloque tenu à Nanterre en 1985, les jugements se sont avérés très divers : « Camus n’a pas compris que les Algériens voulaient leur patrie, dit Paul Thibaud. Il a parlé de la Justice, du développement, de l’éducation et sous-estimé le caractère politique de la revendication algérienne. Son humanisme et son mondialisme l’aveuglent. Pourtant, il est lucide sur la guerre, ses effets, et sur le terrorisme … ». Il ajoute toutefois : « sans doute parce qu’il est de ceux que l’événement a le plus blessés, Camus pourrait être au départ d’une reconsidération non manichéenne du passé et d’une ouverture vers un avenir libéré des rancunes, même justifiées »

Aït Ahmed remarque que Camus est resté essentiellement français et n’a pas fait référence à la culture arabe  (Ce qui est inexact et de nombreux articles de Camus le prouvent) : « Il n’a pas fait l’effort pour apprendre la langue ou étudier la civilisation musulmane. …Si  Les Kabyles avaient la volonté d’apprendre la langue française, il existait aussi une langue kabyle et une soif d’identité algérienne »  « Camus a dénoncé le terrorisme. C’est la guerre qu’il fallait éviter. »

Albert Memmi était un ami de Camus.  « Tel qu’il était, avec son choix et son immense talent, Camus représentait un aspect essentiel de l’Afrique du Nord et les Algériens s’honoreraient-ils  en le réintégrant pleinement dans leur tradition culturelle. Pourquoi pas, à Alger, une grande rue Albert Camus ?

On vient de célébrer l’anniversaire de la mort de Camus. Nicolas Sarkozy a proposé de transférer ses cendres au Panthéon. Des protestations se sont levées, non pas parce que l’idée était incongrue, mais parce qu’elle venait du Président de la République dont la personnalité n’évoque pas spontanément l’esprit et l’engagement de l’écrivain… En Algérie,  il est question de reconnaître à Camus son « algérianité ». Circulant sur Internet, un tract est même étonnant de violence et d’affirmations sommaires, émanant d’intellectuels algériens : « Le journaliste colonial Camus, militant avéré et définitif de l’Algérie Française… », « Le lobby colonial en est à sa deuxième campagne »… « Dès 1937 et jusqu’en 1939, Camus n’a cessé d’appeler à des mesures de charités pour couper l’herbe sous les pieds des nationalistes »… « L’Algérie officielle se rend-elle compte qu’en accueillant avec cette chaleur le chantre de l’Algérie Française, elle ridiculise par avance son projet de loi criminalisant le colonialisme, la vide de son sens et devient nul ? »

Michèle Barbier

« Le Mythe Borgeaud », Editions Wallada – 1995

Jacques Chevallier, député-maire d’Alger – La dernière utopie »  Editions Riveneuve- 2010

Albert CAMUS 1959

Albert CAMUS 1959

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TOUSSAINT ROUGE 1 11 1954 par Jean BRUNE

Posté par lesamisdegg le 1 novembre 2017

La guerre subversive ?

« Chaque victime était un otage innocent versé dans les charniers pour satisfaire aux exigences glacées d’une arithmétique de la terreur. Peu importaient les qualités ou les défauts des victimes, leur nom, leur poids d’entrailles humaines et les symboles inclus dans leur métier. Ce qui comptait, c’était le nombre des morts à partir desquels la peur s’installait dans la vie et commençait de la corrompre comme un poison.

On ne tuait pas comme on tue à la guerre pour ouvrir dans les rangs de l’ennemi des brèches dans lesquelles s’engouffraient les soldats. On tuait pour créer un scandale et par ce scandale attirer l’attention du monde non pas sur les victimes, mais sur les bourreaux. L’entreprise supposait une organisation méticuleuse des complicités; chaque nouveau mort étant l’occasion d’exprimer les solidarités qui liaient le meurtrier à un immense camp d’intérêts et d’idées. Chaque nouveau massacre collectif servait de prétexte à une explosion d’indignation en faveur des écorcheurs. Ainsi les hommes étaient-ils immolés sur l’autel d’un calcul, et les morts versés comme un carburant nécessaire au fonctionnement d’une machine.

Pour que s’ouvrît et fût alimentée une controverse, il fallait que mourussent des innocents. On brûlait la vie dans les hauts fourneaux des fonderies d’idées.

Dans cette incroyable logique de l’absurde, les Français d’Algérie fournissaient les morts. Ils étaient les hommes-charbon indispensables au fonctionnement de la grande machine « anticolonialiste » affectée à la subversion de l’Occident.

Pour que les journaux progressistes de France pussent s’indigner du sort des Algériens, pour que M. Sartre pût donner une conférence à Rome en compagnie de l’un des chefs des égorgeurs, pour que l’archevêque d’Alger pût rédiger l’un de ses communiqués abscons qui sont égale injure à la justice, à la charité et à la syntaxe; enfin, pour que l’Organisation des Nations unies pût se poser à New York en gardienne intransigeante des droits de l’homme, il fallait

qu’une femme fût violée dans une ferme d’Oranie, après avoir été contrainte d’assister à l’égorgement de sa fillette et de son mari;

qu’un petit garçon fût assommé à coups de pioche dans un village de l’Algérois;

que des jeunes filles fauchées par le souffle des bombes fussent mutilées à Alger et qu’une explosion hachât des enfants dans un autobus au retour  de l’école.

Pour que M. Mauriac pût jouer des grandes orgues de son talent dans sa chapelle, il fallait que fussent abattus des fidèles anonymes à la porte d’une église de la vallée du Chélif, ou que deux prêtres fussent égorgés aux confins oranais des steppes sahariennes et qu’une vieille femme fût assassinée le jour de Pâques dans un hameau de Kabylie bruissant de ce murmure d’averse qui tombe du feuillage des eucalyptus.

Car c’était cela le mécanisme de la guerre dite « révolutionnaire ». C’était l’assassinat des innocents, conçu comme une technique d’alerte destinée à attirer l’attention sur les revendications politiques des assassins. Et plus le crime était monstrueux, plus l’émotion qu’il soulevait servait la monstrueuse cause.

A Boufarik, près d’Alger, officiait le docteur Rucker. Il avait été mon condisciple au lycée d’Alger; donc, celui d’Albert Camus. C’était un gentil bohème aux gestes un peu gauches, mais dont la charité était inépuisable; l’un de ces médecins algériens toujours penchés sur les humbles, pour qui la médecine était un sacerdoce. Un jour de consultation, l’un des « malades » brandit un revolver et tua le docteur Rucker de quatre balles tirées à bout portant. Le meurtre fit sensation. Fleurirent les articles condamnant le « colonialisme ». Dans ces pages, on accusait la France d’entretenir en Algérie plus de gendarmes que de médecins ou instituteurs; mais les techniciens de la terreur tuaient plus de médecins que de gendarmes le premier mort de la guerre d’Algérie était justement un instituteur.

Peu importait l’état des victimes ! Ce qui comptait, c’était que chaque jour reçût sa fournée de morts pour que ne s’éteignît point la controverse politique. Le sang du docteur Rucker servait d’encre à Mauriac ou à Sartre, et aux procureurs de l’O.N.U.

Longtemps les Français d’Algérie avaient courbé la tête sous l’orage. Ils attendaient que leur fût rendue la justice élémentaire qui exige que soient châtiés les hommes qui attentent la vie des hommes. Au bout de cette longue patience, ils avaient découvert qu’ils étaient seuls à faire les frais du procès. C’est que la subversion avait pris soin de pourrir les esprits et l’occasion est belle d’en démontrer ici une part du mécanisme. La calomnie sur l’exploitation coloniale permettait de camoufler les crimes commis sur les innocents en une sorte de justice sommaire exercée sur des coupables.

Les assassins devenaient des redresseurs de torts. Ce sera l’une des hontes de ce siècle finissant d’avoir admis comme un postulat l’idée de culpabilité collective qui a livré des foules entières aux mains des bourreaux improvisés et fait payer à des enfants les délits imputés à des sociétés.

Le docteur Jean Massonnat a été tué à Alger, au cours de cette fusillade qui a couché sur pavé tant d’Algéroises et tant d’Algérois. Il était mon ami. Comme ce mot paraît soudain démesuré, et comme, en certaines circonstances, on se sent brusquement envahi par la peur de ne pas en être digne. La dernière lettre qu’il m’avait écrite était un cri :

« Non seulement, on veut nous chasser, mais on veut, encore, que nous soyons des salauds, pour que nous soit retirée jusqu’à l’espérance en un mouvement de pitié de la Métropole … ».

Jean Massonnat, agenouillé sur un blessé, a été tué de trois balles tirées dans le dos par ceux que « Le Figaro » appelle « le service d’ordre »!

Pourquoi sommes-nous maudits ? 

Jean BRUNE

Jean BRUNE

Mais à travers ces confusions, on entrevoit ce qui, jour après jour, est devenu la hantise des Français d’Afrique. Ils ont cherché à se laver de la calomnieuse accusation de « colonialisme » pour être rendus à leur état d’innocents injustement frappés et ainsi renvoyer leurs tortionnaires à leur culpabilité d’écorcheurs. C’est le sens des grandes offrandes de mai 1958:  une « Nuit du 4 Août » étalée sur quinze jours de soleil dans un ressac de clameurs et de chants. »      Jean BRUNE

 

 

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CAMUS « le premier homme « 

Posté par lesamisdegg le 16 octobre 2017

Le témoignage du Premier homme :  

le premier homme

le premier homme

« Non, un homme, ça s’empêche. Voilà ce qu’est un homme, ou sinon… »

« 1905. Son père avait vingt ans. Il avait fait, comme on dit, du service actif contre les Marocains. Jacques se souvenait de ce que lui avait dit le directeur de son école lorsqu’il l’avait rencontré quelques années auparavant dans les rues d’Alger. M. Levesque avait été appelé en même temps que son père. Mais il n’était resté qu’un mois dans la même unité. Il avait mal connu Cormery selon lui, car ce dernier parlait peu. Dur à la fatigue, taciturne, mais facile à vivre et équitable.
Une seule fois, Cormery avait paru hors de lui. C’était la nuit, après une journée torride, dans ce coin de l’Atlas où le détachement campait au sommet d’une petite colline gardée par un défilé rocheux. Cormery et Levesque devaient relever la sentinelle au bas du défilé. Personne n’avait répondu à leurs appels. Et au pied d’une haie de figuiers de Barbarie, ils avaient trouvé leur camarade la tête renversée, bizarrement tournée vers la lune. Et d’abord ils n’avaient pas reconnu sa tête qui avait une forme étrange. Mais c’était tout simple. Il avait été égorgé et, dans sa bouche, cette boursouflure livide était son sexe entier. C’est alors qu’ils avaient vu le corps aux jambes écartées, le pantalon de zouave fendu et, au milieu de la fente, dans le reflet cette fois indirect de la lune, cette flaque marécageuse. A cent mètres plus loin, derrière un gros rocher cette fois, la deuxième sentinelle avait été présentée de la même façon. L’alarme avait été donnée, les postes doublés. A l’aube, quand ils étaient remontés au camp, Cormery avait dit que les autres n’étaient pas des hommes. Levesque, qui réfléchissait, avait répondu que, pour eux, c’était ainsi que devaient agir les hommes, qu’on était chez eux, et qu’ils usaient de tous les moyens. Cormery avait pris son air buté . « Peut-être. Mais ils ont tort. Un homme ne fait pas ça . » Levesque avait dit que pour eux, dans certaines circonstances, un homme doit tout se permettre et tout détruire. Mais Cormery avait crié comme pris de folie furieuse : « Non, un homme, ça s’empêche. Voilà ce qu’est un homme, ou sinon… » Et puis il s’était calmé. « Moi, avait-il dit d’une voix sourde, je suis pauvre, je sors de l’orphelinat, on me met cet habit, on me traîne à la guerre, mais je m’empêche. - Il y a des Français qui ne s’empêchent pas, avait dit Levesque. – Alors, eux non plus, ce ne sont pas des hommes. » Et soudain il cria : « Sale race ! Quelle race ! Tous, tous… » [18]

Il serait facile d’accuser l’auteur d’exprimer le racisme colonial sans le dénoncer, voire de tenter de le justifier en l’expliquant, et de participer à la perpétuation d’un thème caractéristique de l’imaginaire colonial, ainsi défini par Cornélius Castoriadis : « Entre les Français et les Algériens, il y a un couteau. Et ce couteau, c’est tout l’imaginaire français sur les Maghrébins, les Algériens en particulier, à la fois sur le plan du meurtre et sur le plan sexuel » [19]……………………………………………………………Attribuer l’épisode rapporté ci-dessus à l’imaginaire colonial, c’est donc, littéralement, reprocher à l’auteur de justifier le racisme visant les Maghrébins par une accusation calomnieuse. Or, les faits allégués sont-ils fondés ou non ?

Malheureusement oui. La pratique des mutilations sexuelles au Maghreb est attestée par de nombreux témoignages et documents, avant, pendant et après la présence française . Dès 1830, selon Daniel Rivet, « les combats tournent à l’atroce immédiatement. En novembre, des moudjahidin mutilent une cinquantaine de canonniers surpris dans un combat d’arrière-garde dans la Mitidja. Une cantinière a les entrailles arrachées, le nez, les oreilles et les seins coupés et fourrés dans l’abdomen. La sauvagerie des indigènes rejaillit sur l’occupant, par un effet de contagion mimétique » [20]. Pendant la guerre d’Algérie de 1954-1962, Raphaëlle Branche reconnaît que « les réactions qui suivent la surprise de l’embuscade, de l’expérience du feu et de la sensation de camarades qui tombent, sont encore accentuées par la découverte de corps émasculés et/ou égorgés. (…) Ces violences démonstratives viennent alimenter l’imaginaire ancien des Occidentaux à propos des Arabes qui, depuis les Sarrasins, sont assimilés à des tueurs sanguinaires armés de lames coupantes et égorgeantes » [21].

Mais l’indépendance de l’Algérie n’a pas mis fin à cette violence extrême ; selon la presse algérienne, les soldats du poste frontière de Guémar attaqué par un groupe islamiste armé le 28 novembre 1991 ont été pareillement décapités et mutilés [22]. Comme l’a reconnu Mohammed Harbi, « en occultant l’existence de pratiques cruelles enracinées dans une culture paysanne archaïque dominée par un code particulier de l’honneur et de la blessure symbolique à imposer au corps de l’ennemi, on s’interdit de voir dans la cruauté actuelle des actions des terroristes islamistes un ‘retour’ qui en vérité traduisait une permanence culturelle » [23].

[18Op. cit., pp. 65-67. Cf. la phrase rajoutée p. 19 : « J’ai fait la guerre contre les Marocains (avec un regard ambigu) les Marocains ils sont pas bons ».

[19] Cornélius Castoriadis, cité par Raphaëlle Branche, La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962, Gallimard, 2001, pp. 312-313..

[20] Daniel Rivet, Le Maghreb à l’épreuve de la colonisation, Hachette, 2002, p. 113.

[21] Branche, op. cit., p.44.

[22] Gilles Kepel, Jihad, expansion et déclin de l’islamisme, Gallimard, 2000, p. 179.

[23] Mohammed Harbi, « La tragédie d’une démocratie sans démocrates », in Le Monde, 13 avril 1994.

Cet article a été publié dans Histoire et littérature au XXème siècle, recueil d’études offert à Jean Rives, paru dans la collection Sources et travaux d’histoire immédiate, Toulouse, GRHI, juin 2003, pp. 431-445.

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JUILLET 1962 le CRIMINEL abandon de l’Algérie-française

Posté par lesamisdegg le 11 septembre 2017

Comment le peuple français, qui pourtant n’est pas dénué de sensibilité humaine, en est-il arrivé là ? Comment est-il descendu jusqu’à ce degré d’indifférence, à cette dureté de cœur, à cette sécheresse ? Le Christ disait :  » Si votre frère vous demande un pain, lui donnez-vous une pierre ? » et voilà que le peuple de Métropole, d’ancienne formation chrétienne – souvent ses prêtres et ses pasteurs en tête – s’est mis à offrir des pierres à ses frères malheureux qui avaient perdu leur terre. L’explication de ce phénomène paradoxal et révoltant doit être recherchée dans l’immense opération psychologique menée après 1954 par toute une partie de la presse.
Le problème posé était celui-ci : «Comment faire en sorte que les Français, chrétiens, israélites ou laïques de la Métropole, abandonnent sans remords à la mort ou à l’exil leurs compatriotes, coreligionnaires ou compagnons de convictions philosophiques qui ont eu le tort de naître en Algérie? » La réponse est simple : présenter ces Français d’Algérie sous un jour tel qu’ils apparaissent comme haïssables et, par conséquent, comme indignes d’être défendus. La machine de propagande a joué à fond et elle a gagné. Il a été entendu dès le début, pour l’Express comme pour Le Monde puis pour Le Figaro, que le Français d’Algérie avait toujours tort.
Défendait-il ses droits ? C’était un colonialiste.  Réclamait-il l’égalité des droits entre les musulmans et lui-même ? Il mentait. Le F.L.N. massacrait-il femmes et enfants français ? C’était une pénible conséquence d’un état de choses dont, en dernière analyse, les Français d’Algérie étaient eux-mêmes responsables.  Les Français d’Algérie se défendaient-ils ? C’étaient des criminels.
Les chefs d’orchestre fort habiles et expérimentés qui ont mené cette campagne n’ont pas négligé de faire appel à une gamme très étendue de sentiments : depuis la générosité contre les  » colons  » âpres au gain et attachés à leurs « privilèges » jusqu’à l’envie déchaînée contre ces « milliardaires » qui prétendaient encore faire combattre à leur profit les petits gars du contingent. Ainsi on concentrait la haine aveugle du public sur le petit artisan de Bab-el-Oued qui vivotait à 20 % au-dessous du niveau de vie de son homologue  Toujours pour arriver à l’abandon avec bonne conscience, on est descendu jusqu’au racisme. « Ces Français d’Algérie,…  » Chuchotait-on  » est-ce que ce sont vraiment des Français ? Ne s’agit-il pas plutôt d’un ramassis d’Italiens, d’Espagnols, de Maltais ?  » D’où le résultat qu’un Français qui s’appelait Giacomoni et dont le grand-père fut naturalisé à Aix en Provence pouvait sans remords livrer au couteau des égorgeurs un Français appelé Giacomoni dont le grand-père était arrivé à Chiffalo en 1890 !
De même qu’il fallait dépeindre les Français d’Algérie comme une meute fasciste d’exploiteurs sans scrupules et de réactionnaires attardés, il fallait que les Métropolitains – en particulier les hommes politiques – qui combattaient pour le maintien de l’Algérie dans la République, fussent disqualifiés par une campagne de calomnies allant jusqu’à l’assassinat moral. La presse d’extrême gauche s’est chargée de cette opération, reprise avec une ampleur écrasante par l’Etat lui-même et par tous les moyens de propagande qui dépendaient de lui en 1960. Du moment où l’on défendait l’Algérie Française, on était un « fasciste », un « activiste d’extrême droite » un « néo-nazi ». La propagande traitait d’hitlérien Godard qui se battit au Vercors, Bidault qui présida le C.N.R. sous l’occupation nazie, Saint-Marc qui souffrit à Buchenwald et exaltait les « démocrates » du genre de Mohamedi Saïd qui porta l’uniforme allemand et la croix gammée avant d’être parachuté en Algérie en 1943 par la Gestapo dont il était l’agent. Ben Khedda qui dirigea avec son chef Zighout Youcef les épouvantables massacres du 20 août 1955 était un modéré tandis que Jouhaud méritait bien d’être condamné à mort et l’on donnait du « Monsieur » à Ben Bella tandis que le dernier des pieds-plats de la R.T.F. se permettait d’insulter Salan !
Puisque j’exprime ici, en dépit du bâillon que le Pouvoir voulait m’imposer, ma pensée toute entière, j’élève une protestation solennelle et véhémente contre la calomnie sous laquelle on veut accabler les défenseurs de l’Algérie Française. Moi qui n ‘avais en Algérie ni un mètre carré de sol ni un pied de vigne et qui avais tout intérêt à poursuivre une fructueuse carrière politique en me reniant comme Debré et Frey, je déclare que j’ai cru sincèrement à l’Algérie française, que la paix et la réconciliation étaient à portée de notre main après le 13 mai 1958, que je n’ai été guidé dans ce choix par aucun intérêt particulier et que je n’ai jamais eu en vue que celui de mon pays et l’idéal de la République. De toutes mes forces, je dénonce l’assassinat moral dont ceux qui pensent comme moi et moi-même avons été les victimes. Le temps peut passer, les faits accomplis succéder aux faits accomplis, un Ossa de lâcheté s’entasser sur un Pélion d’indifférence : jamais, quant à moi, je n’admettrai que le crime perpétué en juillet 1962 soit autre chose qu’un CRIME.
Jacques SOUSTELLE 11 09 1962

colons d'Algérie-françaiser

colons d’Algérie-françaiser  07 1956

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ORAN mai 1962

Posté par lesamisdegg le 28 mai 2017

LA DERNIĖRE COMMUNION

 

Qu’elle était radieuse l’aurore de ce dernier dimanche de Mai 1962 à Oran !… Le ciel était tout blanc, d’une blancheur de gaze, où scintillaient des gouttelettes nacrées, pluie d’atomes lumineux dont la chute emplissait l’éther d’une immense vibration qu’on aurait dit minuscule. Tel une plume blanche, un nuage solitaire se courbait au-dessus de la ville, cette ville, hier si gaie, si propre, si belle qui, aujourd’hui, avait le visage gris des malades incurables, des cancéreux à quelques jours de leur mort.

Avec le mois de Mai étaient revenus les cortèges immaculés des premiers communiants, et dans cette époque de violence et de haine, il n’y avait rien de plus émouvant que ces enfants graves et recueillis, rayonnants de foi et vêtus de la blancheur des lys.

Parmi eux, se trouvait Sophie Dubiton, amputée d’une jambe et qu’on portait dans le cortège des communiantes. Elle avait été l’une des premières victimes du « boucher d’Oran », le général Katz, commandant le secteur autonome d’Oran qui avait donné la consigne à ses troupes essentiellement constituées de « gens sûrs », en l’occurrence de gendarmes mobiles, « de tirer à vue sur tout européen qui aurait l’audace de paraître sur une terrasse ou un balcon lors d’un bouclage ».

Les premières victimes du « boucher d’Oran » furent deux adolescentes de 14 et 16 ans : Mlles Dominiguetti et Monique Echtiron qui étendaient du linge sur leur balcon. Elles furent tuées par les gendarmes. Les projectiles d’une mitrailleuse lourde de 12/7 traversèrent la façade et fauchèrent dans leur appartement, Mme Amoignan née Dubiton, dont le père était déjà tombé sous les balles d’un terroriste du FLN, ainsi que sa petite fille, Sophie, âgée de deux ans et demi et sa sœur, Frédérique, âgée de treize ans qui, atteinte à la jambe, eut le nerf sciatique arraché et dut être amputée.

Pourquoi lui refuser, malgré l’atrocité de la situation, le droit à la robe blanche et à la douceur de la cérémonie ? Elle n’aurait pas compris, elle, petite victime innocente, quelle nouvelle punition on lui imposait après tant de souffrances imméritées.  Alors, toute parée, superbe dans ces blancheurs d’étoffe qui l’entouraient comme d’un rayonnement de candeur, Frédérique, se sentait enveloppée d’amour, réchauffée par les sourires lumineux de ses voisins et amis qui lui témoignaient leur tendresse et l’astre radieux, semblait une pluie d’or qui ruisselait de ses mains fines.

Et cette vision insolite de ces enfants encadrés de C.R.S !… parce que leur quartier étant bouclé par suite d’une perquisition générale, on n’avait pas le droit d’en sortir, sinon avec ces charmants messieurs. C’était grotesque et digne d’Ubu Roi ! Ces petites filles parées de blanc, se rendant vers l’aumônerie du lycée, ridiculisaient par leur innocence la faconde de ces matamores qui les accompagnaient d’un air soupçonneux. Pensez donc, si elles allaient emporter sous leurs voiles les tracts et les armes de l’OAS ! On massa les enfants, place de la Bastille, avec les mitrailleuses braquées sur eux. Et le chanoine, sur le devant de son église, bénit les communiants en disant :

« Aujourd’hui, pour venir ici vous avez dû franchir les armées ; vous avez franchi les armées de Satan ! Ne l’oubliez jamais ! Que cela vous reste comme le symbole, l’exemple de ce que vous devrez toujours être prêts à faire : franchir les armées du démon pour venir à la maison de Dieu. »

Après cette déclaration, le chanoine fut arrêté…

José CASTAÑO

mai 1962  la dernière communion

mai 1962
la dernière communion

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SETIF 8 mai 1945

Posté par mdame le 6 mai 2017

Le 7 mai au soir, inquiété par certains renseignements, le général Henry Martin, commandant le 19° corps et la X° région militaire à Alger, avait prescrit à ses trois divisions territoriales Alger, Oran et Constantine, de constituer des piquets en armes. En conséquence, le 8 mai à 5 heures , le colonel Bourdila commandant la subdivision de Sétif qui dispose de la valeur d’un bataillon fait rassembler dans la cour de la caserne deux compagnies, faisceaux formés, avec ordre au chef de détachement d’ « éviter à tout prix, s’il doit intervenir, de faire usage des armes, sauf le cas de légitime défense ».

Le 8 mai 1945 , à Sétif ,c’est jour de marché. De nombreux indigènes venus des douars voisins emplissent les rues. Vers 7 heures, un rassemblement se forme devant la mosquée. La troupe scout musulmane Kechafat el-Hyat est autorisée à défiler pour se rendre au monument aux morts.

Vers 8h30, elle se met en marche, suivi par un cortège de 7 000 à 8 000 personnes. En tête, trois hommes portent un drapeau français et deux drapeaux aux couleurs du prophète. Derrière eux apparaissent des pancartes sur lesquelles on lit : Libérez Messali ! Nous voulons être vos égaux ! Vive l’Algérie indépendante !

Vers 9 heures, le cortège arrive rue de Constantine où il se heurte à un barrage de police. Le commissaire central somme les manifestants de faire disparaitre les pancartes séditieuses. Sur leur refus, la police essaye de s’en emparer. C’est le signal de la bagarre. Des coups de feu éclatent. Le cortège se disperse et les manifestants se répandent dans la ville assaillant à coups de pistolet, de couteau, ou de bâton, les européens rencontrés dans les rues ou assis à la terrasse des cafés. On entend les cris de N’Katlou ennessara ! (Tuons les européens !). Les femmes poussent de stridents you-you. Rue Sillègue, M. Deluca président de la délégation spéciale s’efforce de calmer les excités. Il est abattu. D’autres meurtres sont commis.

A 9 heures, un agent de police arrive en courant à la subdivision, et se précipite vers le colonel : « Mon colonel, on tire du côté de l’Hôtel de France ! ».Aussitôt, l’ordre est donné au commandant Rouire de se porter avec le détachement dans le centre de la ville. La troupe s’y rend au pas cadencé. Le chef de bataillon s’avance avec un clairon au-devant des manifestants et ses sommations, sans aucun coup de feu, aident la police à dégager le centre de la ville.

A 11 heures, le commandant Rouire reçoit l’ordre de se porter avec une compagnie au marché arabe où, comme nous l’avons vu, plusieurs milliers d’indigènes sont aux prises avec la police. Là, sa troupe repousse les manifestants à coups de crosse, sans tirer, malgré la découverte exaspérante de cinq cadavres d’européens affreusement mutilés.

Quand vers, midi l’ordre est rétabli, on relève dans les rues vingt et un cadavres d’européens. D’après le procès verbal détaillé, on voit que treize de ces cadavres ont le crâne complètement enfoncé, un est éventré et un autre émasculé.

Dans l’après midi, les troubles s’étendent au nord de Sétif.

A El ouricia, à 12 kilomètres, l’abbé Navarro est abattu.

Aux Amouchas à 10 kilomètres plus au nord les maisons européennes sont pillées mais leurs habitants ont pu fuir.

A Périgotville, les insurgés pénètrent dans le bordj et s’emparent de 45 fusils Lebel, et de 10 000 cartouches puis ils attaquent les européens et pillent leurs maisons. Au soir, quand le village sera dégagé, on relèvera 12 cadavres sauvagement mutilés.

A Sillègue, le garde champêtre M. Mutschler est tué ainsi que sa femme et le cantonnier. Les maisons européennes sont pillées puis incendiées.

A La Fayette, de gros rassemblements d’indigènes se forment mais sur l’intervention de l’administrateur, aidé par des notables musulmans, les attroupements se dispersent.

Il n’en est pas de même malheureusement à Chevreul, à 60 kilomètres au Nord de Sétif. A 2 heures du matin, le village est pillé et incendié. La plus part des européens s’étaient réfugiés à la gendarmerie, mais ceux qui ne l’avaient pas pu sont massacrés et mutilés. Le lendemain quand les secours arriveront, on trouvera 5 cadavres dont ceux de trois hommes émasculés. Le garde forestier Devèze et les agents des Ponts et Chaussées Coste et Bovo et ceux de deux femmes : Madame Devèze et Madame Bovo, celle-ci est mutilée des deux seins. En outre quatre femmes ont été violées dont Mme Ruben, âgée de 84 ans, madame Grousset et sa fille Aline âgée de 15 ans.

Dans l’après midi du 8 mai, autour de la place du marché ou les associations patriotiques se sont réunies pour célébrer l’armistice, de nombreux indigènes se massent portant des pancartes et l’étendard du prophète. Quand le cortège arrive devant le monument aux morts, les manifestants se mettent à scander : libérez Messali !, tapant des mains en cadence et levant l’index vers le ciel.L’intervention de la police déclenche une bagarre à laquelle met fin l’arrivée d’un renfort de policiers.Bilan 46 blessés chez les agents et les civils européens, un tué et 30 blessés chez les manifestants.

A 10 heures, la division de Constantine a reçu ce message de Sétif : « Emeutes ont éclaté. Morts et blessés dans la population européenne. Situation semble très grave. »  Un second message dit : « Rassemblement inquiétants à Oued-Zenati »  Le général Duval dirige alors de Philippeville sur Sétif un peloton de 5 half-tracks de la garde mobile et une compagnie du 15° sénégalais en camions. Le peloton de la garde arrive à Sétif à 15H30. On lit dans le journal de marche de l’unité : « De Sétif, le half-track du capitaine Mazucca repart immédiatement pour dégager Périgotville, qui est encerclée. Aux abords de ce village, le half-track est stoppé par un barrage de pierres et pris sous des feux assez nourris. Les balles s’écrasent contre le blindage. Il riposte à la mitrailleuse et fait sauter le barrage. Son arrivée dans Périgotville coupe court aux massacres. Une douzaine de cadavres sont relevés, sauvagement mutilés. Les faces sont en bouillie. De larges flaques de sang s’étalent sur le seuil des maisons aux portes ouvertes. Poursuivis par le feu des mitrailleuses, les assaillants se retirent dans le djebel. »

Pour ce premier jour on dénombrera au total dans la subdivision de Sétif : 84 tués dont 13 femmes.

 

En somme, le 8 mai 1945 un foyer insurrectionnel a éclaté à Sétif, fief de Ferhat Abbas et de ses « Amis du Manifeste » et a gagné les environs. Il s’agit maintenant d’éteindre cet incendie avant qu’il se propage dans toute l’Algérie. Le 8 mai 1945, les unités de campagne de la division de Constantine sont en Allemagne. Pour maintenir ou rétablir l’ordre dans cette immense région sous-administrée qui comporte des massifs comme ceux de l’Atlas tellien, de l’Aurès et des Babors, difficilement pénétrables, le général Duval ne dispose que d’un effectif total de 9 000 hommes en grande partie composé de dépôts et unités de garde, inemployables en opérations. En fait, il n’a, comme éléments mobiles, que le 15° régiment de tirailleurs sénégalais, un bataillon de marche du 3° zouaves, le 9° spahis, privé des deux escadrons détachés en Tunisie, un escadron motorisé de la garde, un peloton motorisé de légion, un goum marocain et un groupe d’artillerie. La gendarmerie n’a que 523 gendarmes présents disséminés sur tout le territoire en 74 brigades. Il est évident que, pour arrêter le massacre avec si peu de moyens et avant l’arrivée d’importants renforts d’Algérie et du Maroc, il fallait agir vite et fort. C’est ce que le général Duval exposera au ministre, par lettre du 26 mars 1946, en réponse aux accusations de Ben Djelloul : « J’ai hautement conscience, non pas d’avoir dirigé des opérations de répressions, mot qui choque mon sentiment de soldat et de français, mais d’avoir rétabli la sécurité en limitant, dans la mesure du possible, l’emploi de la force… Si le mouvement insurrectionnel n’avait pas été étouffé à ses débuts, l’incendie aurait embrasé tout le constantinois, puis l’ensemble de l’Algérie. Il me souvient non sans émotion de la période critique, qui dura jusqu’au 18 mai, où l’on sentait les masses indigènes des campagnes en transes et poussées à la guerre sainte, guettant la proie facile des villages et des fermes isolées, prêtes à se lancer au pillage au premier succès d’émeute. »

 

Le 9 mai, un nouveau foyer s’allume autour de Guelma ; Croyant la ville aux mains des insurgés, de nombreux groupes de musulmans armés descendent de leur montagne sur Guelma mais ils se heurtent au bataillon d’instruction du 7° tirailleurs et aux civils français que l’énergique sous-préfet Achiary a fait armer conformément au « Plan de défense des centres de colonisation ». Cependant les abords et les communications ne seront dégagés qu’à partir du lendemain avec l’aide du groupe mobile motorisé de Combourieu envoyé d’urgence de Tunisie.

Quant à la compagnie sénégalaise, retardée par des pannes, elle n’arrive à Sétif qu’à 22 heures.Une partie est aussitôt envoyée sur Sillègue, qu’elle trouve en flammes à 2 heures , le 9 mai . L’autre partie, comprenant deux sections sous les ordres du lieutenant Bentegeat , est dirigée sur Aïn-Abessa, à 18 km au nord de Sétif. Quand elle y parvient, vers 1 heure, la situation est la suivante : depuis la veille au soir, le bordj où la population européenne s’est réfugiée et dont la défense a été organisée par le chef de brigade de gendarmerie, est assiégée par un millier d’indigènes conduits par Debache Seghir, membre influent des « Amis du Manifeste ». Ils arrosent le bâtiment de rafales de mitraillette et de coups de fusil. A l’arrivée du lieutenant et de sa petite troupe, les assaillants se retirent. Une patrouille envoyée dans le village délivre la famille Heyberger, également assiégée dans sa maison. La patrouille arrête plusieurs des assiégeants, pris les armes à la main, dont le secrétaire général des « Amis du Manifeste ». En fouillant le village, on découvre le cadavre de M. Fabre, tué à coups de pistolet et de gourdin.

Autre sauvetage de justesse celui de Chevreul. Nous avons vu que, le 8 mai, les habitants européens, qui avaient échappé au premier massacre, s’étaient réfugiés à la gendarmerie, où se trouvaient en dépôt les armes du centre de colonisation. Les deux gendarmes du poste les avaient distribuées aux hommes. La gendarmerie fut investie et le siège commença. Pendant toute la journée du 9, les insurgés, postés aux alentours, tirèrent sur les fenêtres. Ils coupèrent la conduite d’eau, privant les assiégés d’eau potable. Dans la soirée du 9, ils parvinrent à s’emparer du rez-de-chaussée. La défense se concentra alors au premier étage. Ce n’est que le 10 au matin qu’arrive devant Chevreul le détachement du commandant Rouire (une section de half1racks et une compagnie de zouaves). Le commandant envoie une section à l’est du village et une autre à l’ouest pour le cerner. La section de l’est met en fuite les rebelles et capture des bourricots chargés de tapis et autre butin, que les pillards abandonnent.» J’entre moi-même dans le village avec les half-tracks, relate le commandant, et je marche sur la gendarmerie. A notre arrivée, la joie et l’émotion sont intenses. Les habitants, hommes et femmes, sont émus jusqu’aux larmes d’avoir été sauvés in extremis, car les rebelles avaient déjà répandu de l’essence au rez-de-chaussée.  »

Dans les départements d’Alger et d’Oran l’ordre n’est pas troublé.

 

Colonel Adolphe GOUTARD

NB : Certes, la répression a été dure, mais les moyens dont disposait celui qui était chargé d’arrêter les meurtres d’Européens et les actes de sauvagerie qui les accompagnaient et de rétablir l’ordre et la sécurité dans un immense pays, étaient extrêmement réduits. Mais ces événements allaient servir à la propagande des excitateurs des foules musulmanes.  » Lancé par la radio du Caire, le mythe de la  » répression massive ayant fait des dizaines de milliers de victimes innocentes » fut sans cesse repris, par la suite, au point de convaincre le monde de son effroyable réalité. A la fin des troubles, si ceux-ci s’étaient clos par un véritable massacre de musulmans, on n’aurait pas vu chose tout à fait exceptionnelle -le cadi de Constantine venir inviter le général Duval, de même que le général Henry Martin, de passage, assister à la cérémonie organisée à la mosquée pour remercier le  » Tout-Puissant d’avoir rétabli la paix « Et la cérémonie se déroula sans incident, dans le plus grand recueillement.

séttif mai 1945k

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