chant pour OUHARAN

Posté par lesamisdegg le 5 juillet 2017

le massacre des inocents

le massacre des innocents

Cruel de lumière et de vie,

L’astre de nos jours

S’arrête surpris,

Car on fauche le blé de Numidie.

 

Une clameur atroce

En Ouharan s’élève,

L’humaniste enfant de Mondovi

Nous l’avait prédit,

La Peste est arrivée.

 

Jusqu’à cinq heures en Ouharan,

Ivre de sang et d’instinct

Le renard chrysoprose hurle à la colombe,

De son clavier aigu

Son chant mortel.

 

Jusqu’à cinq heures en Ouharan

Le simoun dans les oliviers

Roule les rameaux dans le sable,

Et emporte dans les pins

Les promesses des parjures.

 

Jusqu’à cinq heures en Ouharan

L’air apporte aux sirènes hideuses

Le chant du rossignol de nos veines,

Et le hennissement de la cavale blanche

Qui répand la liqueur de vie.

 

Jusqu’à cinq heures en Ouharan,

Des coquelicots naissent

Dans la poussière d’or,

Lorsque des enfants meurent

Là où des mères pleurent.

 

Jusqu’à cinq heures en Ouharan,

La sueur de neige inconnue

S’empare du peuple naïf,

Trop surpris

Qui tue dans les artères de l’âme.

 

Jusqu’à cinq heures en Ouharan,

Sous le regard de Notre Dame de Santa-Cruz

Par ses pasteurs abandonnés,

L’humain troupeau agonise

et perd, un instant, sa confiance en l’avenir.

 

Jusqu’à cinq heures en Ouharan,

La blessure brûle comme un soleil,

Déjà la gangrène arrive au loin,

Et le vent, qui soulève les suaires absents,

Porte enfin, au Monde la détresse du Peuple .

 

Alors à cinq heures précises à Ouharan

S’identifiant au Christ Martyr

Le peuple écoute respirer la mer apaisée,

Et un chœur de voix secrètes crier aux cieux 

Barka ! Basta ! Assez !

 

Oui à cinq heures précises en Ouharan,

Assez de désillusions pour perdre le paradis de Dieu,

Assez de morts pour oublier Ouharan,

Assez d’horreurs pour gagner le ciel de l’Homme,

Assez de sang pour redonner la Vie.

 

Ouharan, personne ne te connaît,

Car ils croient que tu es morte à jamais

Comme tous les morts de la Terre,

Etouffée sous le sang, étouffée sous la peur

Sans vie, sans fierté, sans honneur.

 

Ouharan, personne ne te connaît,

Nos enfants perdent ton souvenir,

Et la nature voudrait t’oublier,

Mais les défis de l’Homme Sont trop proches des cieux.

 

Ouharan, personne ne te connaît

Mais je chante pour toi les murs trop blancs,

Mais je chante pour toi la peine trop noire,

Mais je chante pour toi la tourmaline et la malachite,

Mais je chante pour toi le saphir et la turquoise…

 

Car le chant de l’Homme jamais ne s’arrête

Et porte au monde, ma Patrie perdue,

Cette lumière aveugle de vie,

Le cri d’espoir de la liberté exilée

Ouharan ! Ouharan ! Ouharan !

 

SOL 1968 07 05

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DISPARUS français en ALGERIE

Posté par lesamisdegg le 30 janvier 2017

Une attente , un calvaire , une souffrance sans fin pour les familles privées de la sépulture pour réaliser leur travail de deuil.

 

DISPARUS européens en Algérie-silence d’état-

extraits d’interview

Jean-Jacques Jordi est docteur en histoire, et spécialiste de l’histoire des migrations en Méditerranée aux XIXe et XXe siècles, de l’Algérie, des colonisations et des décolonisations et de Marseille.» 

SILENCE d’ETAT» Un ouvrage dans lequel il révèle qu’il y a eu beaucoup plus d’Européens enlevés et disparus, après les Accords d’Evian et après l’indépendance de l’Algérie qu’en  » pleine guerre  » !

disparus français en algérie

disparus français en algérie

Ce constat stupéfiant est la conséquence tragique d’une politique de terreur menée par le FLN, avec parfois la complicité du pouvoir français. Jean-Jacques Jordi n’hésite pas à parler d’épuration ethnique quand il évoque les victimes européennes et s’étonne de l’acharnement post-mortem dont leur corps ont fait l’objet. Le travail de Jean-Jacques Jordi est sans manichéisme ni de parti pris. Son livre fait appel à des archives qui jusqu’ici n’avaient pu être consultées. Il nous permet d’appréhender scientifiquement une période trouble et oubliée de l’Histoire…

Première partie  Un tabou – Le nombre de disparus – Le FLN ne respecte pas les accords d’Évian – l’OAS un prétexte pour le FLN et le pouvoir Français – les camps d’internements et la torture – Des charniers – l’acharnement sur le corps des cadavres.

Seconde partie: Le massacre d’Oran 1962 – Qui a tiré ? – le général Katz – Associations de familles de disparus européens – le mur des disparus à Perpignan – Le manichéisme de certains historiens.

Jérôme Cortier : Sur la quatrième de couverture de votre livre « Silence d’État : les disparus civils européens de la guerre d’Algérie », vous précisez qu’écrire scientifiquement sur cette question c’est lever le dernier tabou de ce conflit. Pourquoi ce sujet a-t-il était tabou jusqu’à aujourd’hui ?

Jean-Jacques Jordi : Dans les relations entre la France et l’Algérie parler des disparus civils mettait mal à l’aise le gouvernement français et le gouvernement algérien. Le premier parce qu’il n’avait rien fait alors qu’il était au courant de toutes les exactions.
Et le second parce qu’il préférait prétendre avoir respecté les accords d’Évian en affirmant que si les français d’Algérie étaient partis c’est parce qu’ils avaient le sentiment de la peur. Alors que les archives nous révèlent que cette peur était due à une terreur bien réelle.

J.C. : Combien d’Européens disparus ?

J-J Jordi : 1583 européens disparus. C’est un chiffre à minima mais dont je peux assurer la véracité. Il faut bien préciser qu’un disparu est une personne qui a été enlevée et dont on ignore ce qu’elle est devenue.

J.C. : Vous déterminez trois phases d’enlèvements. Quelles sont-elles ?

J-J Jordi : De 1955 jusqu’aux accords d’Évian (18 mars 1962) , il y a à peu près 330 disparus civils. On pouvait s’attendre qu’après les accords d’Évian ce chiffre baisserait. Or, j’ai découvert qu’entre les accords d’Évian et la date d’indépendance (5 juillet 1962), c’est à dire en quelques semaines, il y en a près de 600. Donc deux fois plus en 4 mois qu’en 6 ans . Et je m’attendais à un recul de ce chiffre lors de l’indépendance et là encore les archives nous montrent que le phénomène prend de l’ampleur avec un nombre de disparus qui ne fait qu’augmenter.

J.C. : Peut-on donc considérer que les accords d’Évian n’ont pas été respectés par le FLN ? Et dans ce cas est-ce-que cela ne pouvait pas justifier une réaction du gouvernement français ?

J-J Jordi : Oui, le FLN comme l’ALN n’ont pas respecté les accords d’Évian. En ce qui concerne l’ALN par exemple, je me suis attaché à étudier les exactions que ces membres ont commis contre les casernes des militaires français. Du 19 mars au 26 mars, j’en ai compté 86.De la même manière, le FLN qui dit avoir respecté les accords d’Évian, se livre à des exactions contre les européens et contre les musulmans.

J.C. : Le pouvoir français a-t-il conscience qu’après les accords d’Évian, les populations européennes continueront à être en danger ?

J-J Jordi : Oui, car on est dans un climat de terreur qui a commencé quelques mois auparavant. Et la population européenne comme la population musulmane deviennent des enjeux pour le gouvernement français, comme pour l’ALN, le FLN et l’OAS.

J.C. : À propos de l’OAS, vous affirmez que la lutte contre cette organisation hostile à l’indépendance de l’Algérie fut un prétexte pour le FLN et l’État français.

J-J Jordi : En effet, les archives montrent très clairement que la tactique du FLN pour procéder à ces enlèvements a été de prétendre que désormais l’ennemi c’était l’OAS. Et sous prétexte de s’en prendre aux membres de l’OAS, ils s’en prennent à tous les européens sans distinction.

J.C. : L’OAS va donc devenir l’ennemi commun entre le FLN et le pouvoir français. Vous montrez d’ailleurs qu’une complicité se créer entre les deux, notamment au travers de la mission Choc.

J-J Jordi : Parfaitement. Il y a d’abord les barbouzes qui forment l’appât pour que l’OAS morde à l’hameçon. Et derrière on met en place la mission C constituée de policiers et de gendarmes et qui agissent en toute illégalité mais avec l’appui du pouvoir français.
Pour la mission C la cible c’est l’OAS et très tôt, dès janvier 1962, des liens vont se faire avec le FLN.

J.C. : Face à l’ampleur du nombre d’enlèvement, le FLN ouvre des camps d’internements. Ces endroits sont-ils connus par le pouvoir français ?

J-J Jordi : Du 19 mars jusqu’en octobre 1962, il y a près de 4000 enlèvements. Certains seront libérés, beaucoup seront retrouvés morts, et puis un peu plus de 1200 sont des disparus. Alors c’est vrai que face au nombre important de personnes enlevées, le FLN est obligé d’ouvrir des camps et de réquisitionner des maisons dans les quartiers musulmans afin de les séquestrer. Il faut préciser qu’il n’y a pas de directive de l’état-major du FLN donnant l’ordre de procéder à des enlèvements. En revanche, entre Alger et Oran , dans les wilayas 4 et 5, là on retrouve dans les archives certaines directives ordonnant à des exactions contre les européens.

J.C. : Vous consacrez plusieurs pages au massacre d’européens qui a eu lieu à Oran le 5 Juillet 62. Pour vous cette tragédie est l’étape finale d’un processus.

J-J Jordi : Le 5 juillet 62 à Oran c’est une manifestation, des coups de feu qui éclatent, et une véritable chasse à l’européen qui s’ensuit. Mais ce qui se déroule ce jour-là n’est pas un orage qui éclate dans un ciel serein. D’après les archives, il y avait, à partir de fin juin, une volonté des dirigeants de la wilaya, surtout du groupe d’Oujda, Boumédienne et Ben Bella, de contrôler tout les accès qui mènent à Oran. Et dès le 23 juin on note de nombreux enlèvements. En analysant les archives on se rend bien compte que tout est en place pour que quelque chose se passe le 5 juillet.
La volonté était de discréditer le GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) en démontrant son impuissance à mettre de l’ordre. Car après Oran, l’objectif était d’intervenir sur Alger.

J.C. : Qui a tiré le premier ce 5 juillet ? Que pensez-vous de la thèse qui accuse les membres de l’OAS ?

J-J Jordi : Moi, la thèse de l’OAS je n’y crois pas. Dernièrement j’ai interrogé deux personnes très proches du dirigeant de l’OAS à cette époque, Claude Micheletti. Ils affirment que le 27 juin 62 le commando Colline est parti le dernier. Donc le 5 juillet, il n’y a plus de commando OAS. Alors ça peut être le geste d’un excité européen qui tire des coups de feu, mais les archives ne le montrent pas. Les journaux de marches et d’opérations que j’ai pu consulter, et tous les rapports d’enquêtes – il y a eu 4 rapports sur Oran – montrent que les premiers coups de feu qui éclatent à 11h20 ne viennent pas d’une terrasse, ni même des quartiers européens. Qui a tiré ?…. on ne sait pas.

J.C. : Combien de victimes sur cette journée ?

J-J Jordi : A peu près 650 victimes, dont la moitié sont des disparus enterrés au petit lac, et il faut ajouter une centaine de musulmans tués.

J.C. : Là encore l’armée est restée l’arme au pied.

J-J Jordi : l’armée ne bouge pas parce qu’elle a reçu l’ordre de ne pas bouger. D’ailleurs dans mon enquête je reviens sur le livre du général Katz parce qu’entre ce qu’il a signé en 1962 et son livre il y a une grande distorsion de la vérité….c’est là toute la différence qui existe entre la mémoire et l’Histoire….Katz n’a pas l’autorisation d’intervenir. Mais le code des armées lui donne le droit de défendre les français qui sont attaqués. Or il ne lèvera pas le petit doigt. Quelques soldats ont quand même désobéi et ont intercepté quelques commandos du FLN.

J.C. : De la difficulté que nous avons à parler de la guerre d’Algérie dans le débat public mais aussi au sein de l’université . On a le sentiment d’être constamment confronté à une vision manichéenne de la part d’historiens militants.

J-J Jordi : C’est un problème qui dure depuis une trentaine d’années en France. Moi je suis persuadé que nous avons des ouvrages scientifiques sérieux qui donnent une image – puisque l’histoire c’est aussi une reconstruction – la plus proche de la vérité et de la réalité historique. Sauf que ces ouvrages là ont beaucoup de mal à passer dans la société, mais aussi dans l’enseignement. Ils sont mis de coté par certains historiens qui les jugent trop militants sous prétexte qu’ils ne vont pas dans le sens de leurs convictions.
C’est la manifestation d’un manichéisme déplorable…. car, je le répète, nous avons tout pour faire une histoire de la guerre d’Algérie complète où tout puisse se dire.

Propos recueillis par Jérôme Cortier – riposte laïque -

 

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DISPARUS en Algérie

Posté par lesamisdegg le 5 octobre 2016

Dans mon ouvrage

Le cri retenu

j’ai décrit toutes les circonstances de l’enlèvement de mon mari, Philippe Gomis et de mon frère, Aimé Montero. Mais j’y ai surtout dit l’angoisse, le désespoir forcené qui m’ont longtemps tenue aux abois. Je n’admettais pas l’idée qu’ils puissent ne jamais revenir. Je suis restée donc en Algérie jusqu’en 1965 pour les rechercher, les attendre, entrant dans l’enseignement comme professeur de lettres puisque nos biens avaient été nationalisés et que j’avais les diplômes requis. Dans Le cri retenu, je crie mon désespoir en me situant dans un passé récent. Ici je dirai simplement ce qu’il en a été sans m’abriter dans les replis du temps.

Cela se passa donc le 15 avril 1962, au « Domaine des Andalouses » propriété de mon beau-père, près du petit village d’El-Ançor, dans le département d’Oran. Depuis deux mois, fuyant la campagne, mes enfants et moi étions venus nous réfugier en ville chez mes parents. Mon mari demeurait seul dans la propriété pour veiller sur les prochaines récoltes. Mais au fil des jours, les routes étant de moins en moins sûres, il espaça ses visites et j’en devins inquiète. Aussi, ce matin d’avril, n’ayant eu personne au bout du fil, ai-je demandé à mon frère de se rendre au domaine pour avoir des nouvelles. – « Mon coupé est en panne » a objecté mon cadet. – « Prends donc ma Simca, elle est garée au bas de l’immeuble ». Ma vie durant j’aurai devant les yeux le seuil de cet appartement oranais où, angoissée, je tendais des clés que l’on a pris d’une main réticente.

C’est vers 15 heures qu’un ami de la famille vint nous avertir que l’on venait d’enlever mon frère et mon mari dans la propriété de ce dernier. « On les a poussés dans une camionnette bâchée après les avoir ficelés de barbelés » nous dit-on. « Ma vie a alors basculé d’un coup, sans un cri, dans l’univers dur et exalté de la révolte » ai-je écrit dans mon ouvrage. Puis, vers 19 heures, le gérant de mon beau-père vint nous dire qu’une rançon était réclamée et dont la somme malheureusement n’avait pu être réalisée. Mon père et ses frères se sont alors rendus en pleine nuit et en dépit du couvre-feu, au lieu indiqué avec dix millions d’anciens francs. Mais « le contact » ne les avait pas attendus.

J’étais alors loin d’imaginer que ces deux êtres étaient perdus dès l’instant qu’on les avait pris. J’étais sûre (et il ne fallait pas me contredire) qu’ils reviendraient, qu’on nous les rendrait. De 1962 à 1965 je les ai recherchés tout en m’attelant à ce nouveau métier d’enseignante. Avec mon père nous avons interrogé la police judiciaire, la DST et sillonné préfecture et consulat d’Oran. Nous nous sommes également rendus aussitôt sur les lieux de l’enlèvement. Mais là, plus âme qui vive. Tous les ouvriers européens et arabes avaient fui le domaine. « Ils ont peur de parler » dira mon père. À la gendarmerie d’El-Ançor on ne put nous apprendre que ce que nous savions déjà. Dans tous les services visités on nous répétait qu’il ne fallait pas perdre courage. Je contactais également la Croix-Rouge, délégués puis enquêteurs. Mais on les sentait inquiets, ils étaient souvent menacés. À cette époque j’ai été souvent appelée à identifier des corps trouvés au fond d’un puits ou jetés au creux d’un ravin. J’ai eu des coups de téléphone curieux, pour n’employer que cet adjectif ; en effet me parvenait, après quelques mots en arabe, une sorte de gargouillis. « On a dû couper la langue à l’un d’eux » me répondra sans sourciller un gendarme. Puis les réflexions de ce genre affluèrent : « Ils doivent être trop abîmés, on ne peut vous les rendre »… « On les promène de douar en douar les yeux crevés, au bout d’une ficelle pour amuser les enfants », etc… Voilà ce que durant trois ans j’ai enduré. J’avais également écrit à M. de Broglie, alors secrétaire d’État aux Affaires étrangères et cela à plusieurs reprises. La réponse fut celle-ci : « Ils sont sûrement décédés ». Puis en 1964, le jugement déclaratif du Tribunal de Grande Instance de la Seine fit de moi une veuve… « présumée ». On m’a presque ri au nez quand j’ai demandé que l’on recherche leurs dépouilles. « Dans tous ces charniers que pourrait-on identifier ! ». Rentrée en France en 1966 et devenue libraire, j’espérais toujours. En particulier en 1970 quand la rumeur courait qu’il existait des camps de prisonniers au Sahara, à la frontière marocaine, ainsi que des camps itinérants qui se déplaçaient pour ne pas être repérés. On parlait même de déportation en Orient et dans les pays de l’Est.

Et aujourd’hui, où j’œuvre pour avoir accès aux archives des Affaires étrangères, et où je sais que nous allons apprendre « certaines » vérités, j’espère toujours que quelque part dans le monde, ils sont vivants.

Philippe Gomis avait 36 ans. Aimé Montero avait 25 ans.

Andrée  MONTERO

Andrée MONTERO

disparus enlevés

disparus enlevés

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Le massacre d’ORAN-the massacre of Oran- 5 7 1962

Posté par lesamisdegg le 5 juillet 2016

 

11 h Le sirocco s’est levé, depuis quelques minutes et, bien que nous roulions sur la route de Tlemcen à Oran à plus de 100 à l’heure, l’air qui nous fouette est brûlant. A la sortie d’un petit village écrasé de chaleur, nous sommes arrêtés par deux soldats de l’ALN qui portent des mitraillettes tchèques en travers de la poitrine. L’un d’eux s’approche, entre sa tête dans la voiture et avec un grand sourire nous serre la main à tour de rôle; nous repartons.

12h20 -Dans les faubourgs d’Oran, autre barrage. Brusquement, il n’est plus question d’amabilité. Un soldat de l’ALN ouvre ma portière avec violence, et me fait littéralement tourbillonner hors de la voiture. Là, il me pose sa mitraillette sur le ventre pendant qu’un autre me fait lever les bras et me fouille de la tête aux pieds.  Mon collègue Biot, se fâche « Enfin, qu’est-ce qui vous prend ? Nous sommes journalistes ! » Aussitôt, changement d’attitude. La mitraillette s’abaisse « Il y a eu des coups de feu devant la mairie -m’explique le soldat-. Il y a beaucoup de blessés et beaucoup de morts; ça tire encore en ce moment ». 

the massacre of oran  1962 07 -galéa jean misères de la guerre 1967

the massacre of oran 1962 07 -galéa jean misères de la guerre 1967

 Nous sommes stupéfaits. Je demande »Qui a tiré ? » C’est l’OASSE, bien sûr ! Au loin, nous entendons crépiter des coups de feu ponctués d’explosions.


12h50 -Nous roulons au pas. Notre hôtel n’est qu’à 500 mètres, mais il me semble qu’il nous faudra des heures pour y parvenir. Autour de nous, des soldats musulmans embusqués dans les porches des maisons tirent à l’aveuglette.

12h55 -Nous embouchons le boulevard du 2e Zouaves. Une mitrailleuse lourde se déchaîne, puis une autre. Nous restons paralysés. Puis, brusquement, je réalise et je me mets à brailler « Mais, bon sang, c’est sur nous qu’ils tirent! ». « Marche arrière » crie Biot. La voiture bondit en arrière dans un hurlement de pignons. Nous virons à toute allure, en marche arrière. Je bloque les quatre roues, moteur calé. Nous nous précipitons vers un porche. Tout cela n’a pas duré plus de cinq secondes. Nous n’avons pas le temps de souffler. -Haut les mains ! Nos bras jaillissent vers le ciel. Je crie: -Nous sommes journalistes. L’autre, un ATO à mitraillette, se fige aussitôt et nous exécute un irréprochable «présentez armes».

13h -L’ATO est monté sur le capot de la voiture et nous dirige vers le Commissariat central: -Là-bas, vous serez en sécurité, dit-il. En fait, à peine arrivés, nous nous retrouvons tous à plat ventre sous les balles qui viennent d’on ne sait où.

13h20- Nous avons trouvé refuge dans une caserne de zouaves… Un cadavre est écroulé devant la porte de la caserne. C’est un musulman que d’autres civils musulmans ont poursuivi jusqu’ici. Avant même que les zouaves aient eu le temps d’intervenir, le malheureux a été abattu d’une balle de revolver, puis achevé à coups de crosse et à coups de couteau. Le corps n’a plus rien d’humain. La tête est à moitié arrachée.

14h -A l’abri dans la caserne, nous montons sur la terrasse et, à la jumelle, nous regardons ce qui se passe: les voitures fouillées, les ambulances de la Force locale qui passent, hérissées de mitraillettes. Vers le quartier Saint-Eugène, un vacarme énorme se déclenche. Mortiers, grenades, mitrailleuses lourdes, tout y passe. Une demi-heure plus tard, on tire toujours à Saint-Eugène. De notre côté, les choses semblent calmées. A la jumelle, je vois deux soldats français fouillés par des civils musulmans en armes.

15h -Un capitaine qui commande un détachement de zouaves a réussi à faire libérer les Européens retenus prisonniers par les ATO au Commissariat central.

15h15 -Je vois une longue colonne d’Européens qui remontent la rue, plus de quatre cent. Les visages sont durs, fermés, certains tuméfiés. La colonne est silencieuse. C’est un spectacle poignant. A 15h30, les tirs se sont tus.

17h30 -Les rues sont désertes.

Le lendemain, on cherche des explications. Quel est le bilan ? Comment la fusillade a-t-elle démarré ? Sur les causes de la fusillade, il court deux versions différentes. On parle, bien sûr, d’une provocation OAS, mais cela semble peu vraisemblable. Il n’y a plus de commandos, ou presque, parmi les Européens qui sont demeurés à Oran… On parle aussi de règlements de comptes politiques entre musulmans. Or, on raconte en ville que, durant la nuit du 5 au 6, nombre de musulmans ont été collés au mur en ville arabe et fusillés. On ajoute que parmi eux, il n’y avait pas que des pillards. Ceci tendrait donc à confirmer la thèse du règlement de comptes. Peut-être s’agit-il tout simplement d’un coup de feu lâché par inadvertance ou par enthousiasme par l’un de ces nombreux jeunes musulmans qui étaient descendus en ville avec un revolver passé dans la ceinture ? Déjà au soir du 1 er juillet, on dénombrait un grand nombre de morts et de blessés en ville musulmane, morts et blessés simplement victimes de fantasias.

Ce qui est certain, c’est que cette fusillade fut le résultat d’une crise d’hystérie collective durant laquelle les coups de feu partirent dans tous les sens. Un autre élément est le fait que quinze cadavres européens qui se trouvent à l’hôpital civil d’Oran, treize ne portent pas de blessures par balle, mais ont bien été tués à coups de couteau. Quant au bilan des morts et des blessés, on ne saura jamais avec certitude ce qu’il en a été. Les victimes musulmanes furent immédiatement emportées en ville arabe et, comme le Coran le prescrit, enterrées le jour même; il est demeuré impossible de faire un dénombrement exact des victimes…

C’est sur nous qu’ils tirent!  par Serge Lentz

extrait du Paris-Match n°692, 14 juillet 1962

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20 Aout 1955 EL HALIA le massacre

Posté par lesamisdegg le 20 août 2015

EL HALIA  le massacre 20 aout 1955  JF GALEA

EL HALIA
le massacre
20 aout 1955
JF GALEA

Zirout Youssef, responsable FLN du Nord Constantinois, décide de lancer, le 20 août à midi, une attaque généralisée contre 40 localités, afin de venir en aide aux rebelles de l’Aurès qui sont aux prises avec les paras de Ducournau. Il dispose d’à peine 200 hommes armés qui devront soulever la population, laquelle ne s’engage pas dans la révolution. 12 000 musulmans sont mobilisés. Les objectifs de Zirout sont de récupérer de l’armement, d’éliminer les pro-français, et de provoquer des représailles irréparables. Ses propagandistes affirment que l’armée de Nasser et les Américains soutiennent ce soulèvement raciste. Dans la plupart des localités, les djounoud restent en retrait et poussent en avant les femmes et les enfants.

L’action la plus importante vise Philippeville, ville de 70.000 habitants, où des masses de civils, manifestement drogués, avancent dans les rues sans se soucier de lourdes pertes. L’armée et la police sont en effet alertées et bloquent brutalement les manifestants. En revanche, la mine d’El Halia et le village d’Ain Abid ne sont pas protégés, et les Européens y subissent d’horribles atrocités [1]. Le bilan, minutieusement vérifié, est de 133 Français d’Algérie [2], 53 militaires et policiers, et 36 Français-musulmans dont le neveu de Ferhat Abbas. La répression militaire aurait fait 700 morts le 20 août, et les vengeances de civils plus de 2000 tués les jours suivants (et non les 12000 revendiqués par le FLN).

Les conséquences de ce soulèvement sont tragiques : « C’est la guerre, il faut la faire », déclare le gouverneur Soustelle, qui abandonne l’idée d’une politique libérale [3].  La fracture entre les communautés s’aggrave, elle donne naissance au contre-terrorisme de certains Européens [4] .Sans être exactement une répétition des massacres du 8 mai 1945, ces violences préfigurent celles de la guerre civile des années 1990.

Notes [1] On peut citer 21 enfants dont les têtes sont écrasées contre les murs, et le témoignage de ce rebelle, qui après avoir égorgé une femme, mange le poisson qu’elle avait préparé. [2] Roger Vétillard publie les noms de 51 victimes européennes. [3] Cette déclaration dément la légende de ceux qui prétendent qu’on a attendu la loi de 1999 pour reconnaître la réalité de la guerre d’Algérie. Un Comité de guerre interministériel s’est réuni à Constantine en juillet 1957. [4] Le terrorisme FLN a précédé le contre-terrorisme. Il n’a pas attendu l’attentat de la rue de Thèbes en août 1956 pour utiliser les explosifs. [5] dans « Algérie, 20 août 1955 » (Payot 2011) C. Mauss-Copeaux se réfère à un faux témoin d’el Halia et attribue au général Faivre un curriculum fantaisiste. Les films de la Fox Movietone sont des montages que certains présentateurs situent en 1945, sans en montrer les incohérences.

Roger Vétillard. 20 août 1955 dans le nord-constantinois. Un tournant dans la guerre d’Algérie. Préface de Guy Pervillé. Ed. Riveneuve, 2012, 351 pages, 20 euros. Originaire de Sétif, le docteur Vétillard, après avoir renouvelé l’histoire du 8 mai 1945, a fait une étude très approfondie sur les massacres du 20 août 1955, à partir de documents inédits de la ville de Philippeville, des archives de la gendarmerie et de l’armée, et des témoignages de 53 Français et 11 Algériens, dont 5 anciens de l’ALN. Guy Pervillé met en lumière l’objectivité historique de l’auteur, qui met à mal les erreurs grossières de Claude Mauss-Copeaux-5-, et la présentation tendancieuse des films de la Fox Moviétone. Cet ouvrage montre que des travaux rigoureux peuvent réviser des idées reçues.

 

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DISPARUS français en Algérie 1954-64

Posté par mdame le 23 juillet 2009

 

Une histoire dissimulée par la Vème République
Militaires, instituteurs, ouvriers, femmes, enfants, vieillards… plusieurs milliers d’Européens ont été enlevés après le cessez-le-feu par le FLN  , par les  » combattants de la dernière heure « . Un drame occulté. Pourtant, du 19 mars au 31 décembre 1962, ce sont officiellement  3 019 Européens qui sont enlevés, dont près des deux tiers restent portés disparus.  » En proportion, il y a eu dix fois plus de disparus en Algérie durant cette période qu’en Argentine dans les années 70 sous la dictature « , fait remarquer Jean Monneret, un des rares historiens à avoir étudié le sujet (1). Le FLN ne porte pas l’entière responsabilité de cette tragédie. Mais son implication est indéniable. Elle a d’ailleurs été revendiquée par certains de ses cadres.
A l’époque, le rapt entre dans la stratégie du FLN contre l’OAS . Il permet en apparence de ne pas violer le cessez-le-feu conclu avec le gouvernement français. Et pour cause, la plupart du temps on ne retrouve pas les cadavres.  » Le FLN a toujours prétendu qu’il enlevait des cadres et des militants de l’OAS « , explique Jean Monneret. En réalité, c’est rarement le cas.  » La stratégie élaborée par les chefs est une chose, l’application qu’en font les commandos en est une autre. Il était plus facile, et moins dangereux pour eux, de s’en prendre aux voisins, aux passants attardés, aux personnes isolées « , précise l’historien. En effet, la plupart des rapts ont lieu à la lisière des quartiers européens et musulmans, où l’armée française avait reçu instruction de ne plus patrouiller en application de l’accord du cessez-le-feu. Par ailleurs, les combattants de la 25e heure, parmi lesquels de nombreux délinquants, en profitent pour piller les appartements vides, rançonner, violer et assassiner. Odette Alonzo, 73 ans, a perdu, le 16 juin dans la banlieue d’Oran, deux de ses frères, Michel et René. L’un, lycéen, avait 17 ans, l’autre à peine 23. Quarante ans après elle évoque, les larmes aux yeux, leur disparition.  » Un matin, ils sont partis en 2 CV à Sahouria (Perrégaux), où plus aucun Européen ne vivait. Ma mère avait été la dernière à partir.  » Les deux frères tenaient à récupérer quelques affaires.  » On ne les a jamais retrouvés, ni eux ni la voiture. Ma maman en est morte de chagrin. « 
Le 5 juillet 1962, plusieurs centaines d’Européens sont enlevés à Oran. C’est la célébration de l’indépendance dans toute l’Algérie. Mais, à Oran les manifestations de liesse se transforment à la suite d’un banal incident en  » folie collective et chasse à l’Européen « , selon les propres termes de Jean-Pierre Chevènement, qui était tout jeune chef de cabinet du préfet.  » En sortant du port, j’ai failli être enlevé par les ATO [auxiliaires temporaires occasionnels, milice de l'exécutif provisoire destiné à assurer la transition] qui ont arrêté ma voiture. L’un d’entre eux m’a appuyé le canon de son pistolet mitrailleur sur l’estomac. A un moment, il s’est intéressé à quelqu’un d’autre, j’en ai profité pour m’échapper.
 » Jacques Doménéghetty, le directeur de l’aérodrome civil d’Oran, n’a pas eu cette chance. Son fils, instituteur à la retraite, qui vit dans un petit village de l’Hérault, reste traumatisé par cette journée :  » Mon père a disparu sur la route de l’aéroport alors qu’il avait en poche un laissez-passer signé par le bureau du FLN de Paris.  » Quelques jours plus tard, Jean-Pierre Chevènement, qui vient d’être chargé des relations avec l’Armée de libération nationale, rencontre Ben Bella et Boumediene pour tenter d’obtenir la libération des Européens enlevés.  » J’étais avec le nouveau consul, Jean Herly. Nous n’avons pu obtenir la libération que d’une vingtaine d’entre eux, sans doute les seuls survivants.  »
A aucun moment la France n’a envisagé d’utiliser les forces armées pour faire cesser les rapts. Pis, les militaires qui prennent l’initiative d’intervenir se voient aussitôt déplacés. C’est le cas du général Rollet, chef de bataillon à Alger. Le 21 mai 1962, l’officier apprend que six Européens ont été enlevés dans le quartier de Belcourt. Il ordonne aussitôt une intervention. Sa troupe parvient à sauver deux hommes et découvre dans une vigne un charnier avec huit corps d’Européens mutilés. Le lendemain, elle déterre six nouveaux cadavres. Le 28 mai, huit autres encore. Le général fait un rapport. En retour, il reçoit l’ordre de quitter le secteur. Ses officiers seront consignés jusqu’au 6 août et la formation dissoute.

La position du gouvernement est délicate.  » L’alternative était de reprendre l’offensive, au risque de faire le jeu de l’OAS, ou bien de minimiser l’importance des rapts. C’est cette seconde voie qui fut choisie « , explique Jean Monneret. D’ailleurs, les déclarations du 2gol sont éclairantes. Témoin, celle du 18 juillet 1962 en conseil des ministres «  Pour la France, à part quelques enlèvements, les choses se passent à peu près convenablement. «  A cette date, on compte déjà officiellement 1 257 rapts…
On ne s’intéressera officiellement au sort des disparus que huit mois après l’indépendance… Au printemps 1963, le Comité International de la Croix-Rouge déclare avoir recensé 2.500 détenus dont 1.300 désirent trouver refuge en France. En juin, un accord est conclu entre le CICR et le gouvernement algérien, qui autorise la recherche des disparus européens et musulmans. 1.333 détenus seulement seront libérés, souvent après avoir été torturés. En 1965, l’Association de défense des droits des Français d’Algérie (ADDFA) envoie trois émissaires en Algérie, qui travaillent en partenariat avec le Secours catholique. Tous sont revenus en disant qu’il n’y avait pas de survivants.
 » Nous ne cherchons pas la compassion, nous demandons la vérité « , affirme Colette Grattier, 63 ans, dont le mari, Georges Santerre, a disparu le 14 juin 1962 à Ameur-el-Aïm (Alger).
30 08 2015 Toulon
1.  » La phase finale de la guerre d’Algérie « , L’Harmattan.
Jean-Michel Décugis, Christophe Labbé et Olivia Recasens -
Le Point 08/02/02 – N°1534 – Page 58

 

 

 

DISPARUS français en Algérie 1954-64 dans

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Les Pieds-Noirs: histoires d’une blessure

Posté par mdame le 10 juin 2009

 

Ils auront été nombreux, je l’espère, les téléspectateurs, Pieds-Noirs ou non, qui ont eu le courage d’être à l’écoute de France 3, un peu tard, en ces soirées de mars, avril 2007, pour regarder l’excellent documentaire de Gilles Perez :Les Pieds-Noirs, histoires d’une blessure. Mais tout d’abord, permettez-moi cette question : Pourquoi ce titre :  » Histoires « , certes au pluriel,  » d’une blessure  » ?

 

histoires d'une blessure

histoires d’une blessure

Dans son documentaire , Gilles Pérez ,  donne la parole à 62 Pieds-Noirs qui, enfin, témoignent… Né en 1967 à Carpentras, de parents Oranais – son père est ouvrier-, le petit Gilles grandit dans le silence. Les adultes chuchotent, discutent entre eux, mais jamais un mot aux enfants….L’Algérie ? Il sait qu’il en vient ,  » vaguement « , mais….quoi ? Alors, il lit avec voracité, passionnément….  » Le premier Homme  » d’Albert Camus l’impressionne considérablement et il continue à dévorer…. Le Pieds-Noirs ? Un colon sadique, qui fait suer le burnous, très riche, raciste.. ?!? Souvent revient cette description de ses aïeux …elle ne ressemble en rien à ce qu’il connaît de ses parents,…voire d’amis issus, eux aussi, d’Outre-Méditerranée. Devenu reporter de guerre pour R.F.I., Gilles court la planète jusqu’au jour où sa grand-mère lui lance :  » Cours le monde mais couvre les deux guerres qui te regardent !  » L’Espagne !? L’Algérie !? Cette réflexion le pique au vif et Gilles ose : il commence à interroger sa famille, ses proches. A 40 ans, il réalise  » son histoire « . Tombent tabous ! Parole aux Pieds-Noirs !

Le documentaire de Gilles Perez, diffusé sur France 3 en 3 épisodes, construit selon une trame historique, retrace les vies aventureuses, joyeuses, douloureuses, de 62 Pieds-Noirs qui se délivrent de leur fardeau d’exil devant la caméra. 47 d’entre eux, jusqu’alors obstinément réfugiés dans le silence, acceptent avec courage d’affronter enfin leurs souvenirs si lourds … : ils parlent de l’Algérie pour la première fois de leur vie métropolitaine….

Ce récit polyphonique aux gros plans kaléidoscopiques – le cadre serré, mieux qu’aucune torture, extirpe la vérité- nous raconte l’histoire de ces Pieds-Noirs d’origines géographiques ( ville, bled) et de milieux socio-culturels multiples ( paysans, fermiers, ouvriers, fonctionnaires…), reflet de la diversité des Pieds-Noirs . Ce n’est pas une seule vérité qui nous est ici assenée. Ce sont plusieurs vérités-réalités qui remontent aux sources, se déroulent au fil des vies, se mêlent, s’entrecroisent, se bagarrent, fusionnent, se contredisent, se souviennent. Sur certains problèmes clefs, les interventions de trois historiens ( J . Verdès- Leroux, J-J.Jordi, J. Monneret ) apportent un éclairage analytique et nous aident à mieux déchiffrer la complexité des situations. Les témoins, aujourd’hui âgés d’une soixantaine d’années, se livrent en une polyphonie de la piénégritude . Le film nous entraîne dans ces confessions sentimentales picaresques, burlesques, dantesques. En tout cas, toujours émouvantes et attachantes,  » mi-olive, mi-datte ! « 

Qui sont les Pieds-Noirs ? D’où viennent -ils ? D’horizons très variés : France, Alsace-Lorraine, Espagne, Etats allemands puis Allemagne, Italie, Suisse, Malte, Sicile, Sardaigne, Corse, Russie…voire même Suède et Norvège ! Un melting-pot très spécial dont les aïeux à partir de 1830, sont venus s’installer en Algérie, devenue terre française. En tout, en 1962, plus d’un million de personnes .
Sur l’origine de l’appellation  » Pieds-Noirs « , de multiples explications circulent .La seule fondée fondée :  en Méditerranée, au 19ème siècle, la marine française à charbon employait des soutiers recrutés dans les grands ports : Tunis, Alger, Oran, Casablanca, Marseille, Ajaccio…Lorsque ceux-ci remontaient de la cale, ils imprimaient sur le pont la marque de leurs pieds noirs de charbon. D’où le terme  » pieds-noirs «  qui, par dérivation, s’est appliqué ensuite à la majorité de ces soutiers : les Européens d’Afrique du Nord. L’expression, passée dans le langage militaire, désigne également les appelés ( conscrits ) originaires d’Afrique du Nord.

Les  » anciens  » égrènent leurs chapelets de retrouvailles avec leur terre natale. Perles de bonheur : ils rient aux éclats. Redevenus enfants, ils jouent aux noyaux d’abricots dans les rues de Bab-el-Oued, sur les placettes dominant la mer immense. Sur les bancs de l’école, avec leurs camarades kabyles et arabes, ils apprennent assidûment :  » Nos ancêtres, les Gaulois…  » Adolescents, ils s’observent, esquissent des sourires, mais dans cette société méridionale plus que très chaste, le flirt ne va jamais très loin…  » On ne baise pas ! « , s’exclame un patriarche alerte à la moustache frétillante… Parfois un Français de métropole se lance en mariage avec une arabe ou une berbère, mais un Pieds-Noirs quasiment jamais pur ne pas subir l’obligation de conversion à l’islam! Les différences culturelles, religieuses sont trop grandes. A l’époque, le statut de la femme musulmane qui, adolescente, est mariée et dès lors vit claquemurée et voilée, symbolise toute la difficulté d’un vivre ensemble fusionnel.

Le 1er Novembre 1954, les « Fils de la Toussaint » se réveillent : le sang coule. Les  » évènements «  débutent et nos anciens caressent tristement leurs perles d’angoisse, de douleur, de désarroi, de colère…Escarmouches, attentats, représailles, manifestations, massacres, assassinats, tortures, répression : l’apocalypse de la violence s’installe pendant huit ans et plus…Les discours du de Gaulle :  » Je vous ai compris « ,  » Vive l’Algérie française !  » ( Mostaganem), entretiennent illusions et confusions. Avec le plan de Constantine, les Pieds-Noirs reprennent confiance, et l’idée du départ n’effleure personne.  » Où aller, d’ailleurs ?!  » Je suis née à Blida, mes parents aussi, je n’ai personne en métropole ! « , s’interroge rétrospectivement une vieille dame, canne à la main. 

A Evian, le 19 mars 1962, des accords sont signés avec le FLN et le cessez-le-feu est proclamé. Mais pour les Pieds-Noirs, l’horreur continue : Bab-el-Oued, Oran…Une dame plaisante aux cheveux courts blonds-roux pleure toutes les larmes de la terre :  » J’ai appris par la radio que ma sœur avait été tuée !!  » Un vieil homme se souvient avec terreur :  » Nous étions plusieurs près d’une barrière. Des tirs de partout ! Bang ! Bang ! Tttaaattaaa… ! Certains se sont accroupis, moi je me suis plaqué au sol, mon voisin a été tué à bout portant, son corps est tombé sur moi, ça a encore crépité, j’étais mort ?!.. C’est son cadavre, je le sens encore, qui m’a protégé….  » La caméra recueille ces deuils si longtemps refoulés, puis pudique, se retire…
Dès lors une seule alternative pour ces Pieds-Noirs désespérés :  » la valise ou le cercueil « 

C’est ainsi, qu’à l’été 1962, Marseille voit se déverser sur ses quais, non pas quelques centaines de réfugiés, mais plus d’un million d’exilés :  » C’est quoi ça ?  » : formule d’accueil toute métropolitaine ! Une nouvelle épreuve commence tout juste. Nos patriarches égrènent encore leurs perles de tristesse et fatalité. Dans une grisâtre ville de banlieue parisienne, une ménagère soupçonneuse toque à la porte de ses voisins fraîchement débarqués. Une jeune femme sportive vient ouvrir. Son interlocutrice lui demande :  » Je peux voir vos pieds !! Je voudrais voir vos pieds !! « …
Le chœur polyphonique chanté, vocalisé, murmuré, à fleur de peau, par ces Pieds-Noirs oubliés, s’apaise… Tous peuvent comprendre ou s’y retrouver …Loin des caricatures, Gilles Perez trouve le ton juste : ces 62 témoins de la  » pied-négritude «  nous délivrent leur vérité, qui comme toute réalité, n’est pas une , mais multiple. 
Le cinéaste nous avoue :  » Cela n’a pas été une mince affaire de réaliser ce documentaire !  » Il aura fallu trois ans, une équipe de six personnes, sept coproducteurs ( en majorité les FR3 Régions ) !

 » Les pieds-noirs, Histoires d’une blessure « , aura sans doute des suites :   » Les disparus d’Oran du 5 juillet 1962″, des centaines d’européens sont enlevés en pleine ville ; ces événements sont totalement occultés par l’Histoire.

 

Gilles Perez rend leurs voix à ces Pieds-Noirs, éternels transplantés. Le calvaire de la mutité s’achève aujourd’hui pour certains. D’autres se taisent encore…Entre-temps, sont nés leurs bébés d’exils… N’auront-ils pas aussi leurs mots à dire ? Enfants de nulle part ? Enfants du monde entier ? D’ici et d’ailleurs , d’autres perles-mémoires nous attendent.
Florence COMOLLI

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