20 Aout 1955 EL HALIA le massacre

Posté par lesamisdegg le 20 août 2015

EL HALIA  le massacre 20 aout 1955  JF GALEA

EL HALIA
le massacre
20 aout 1955
JF GALEA

Zirout Youssef, responsable FLN du Nord Constantinois, décide de lancer, le 20 août à midi, une attaque généralisée contre 40 localités, afin de venir en aide aux rebelles de l’Aurès qui sont aux prises avec les paras de Ducournau. Il dispose d’à peine 200 hommes armés qui devront soulever la population, laquelle ne s’engage pas dans la révolution. 12 000 musulmans sont mobilisés. Les objectifs de Zirout sont de récupérer de l’armement, d’éliminer les pro-français, et de provoquer des représailles irréparables. Ses propagandistes affirment que l’armée de Nasser et les Américains soutiennent ce soulèvement raciste. Dans la plupart des localités, les djounoud restent en retrait et poussent en avant les femmes et les enfants.

L’action la plus importante vise Philippeville, ville de 70.000 habitants, où des masses de civils, manifestement drogués, avancent dans les rues sans se soucier de lourdes pertes. L’armée et la police sont en effet alertées et bloquent brutalement les manifestants. En revanche, la mine d’El Halia et le village d’Ain Abid ne sont pas protégés, et les Européens y subissent d’horribles atrocités [1]. Le bilan, minutieusement vérifié, est de 133 Français d’Algérie [2], 53 militaires et policiers, et 36 Français-musulmans dont le neveu de Ferhat Abbas. La répression militaire aurait fait 700 morts le 20 août, et les vengeances de civils plus de 2000 tués les jours suivants (et non les 12000 revendiqués par le FLN).

Les conséquences de ce soulèvement sont tragiques : « C’est la guerre, il faut la faire », déclare le gouverneur Soustelle, qui abandonne l’idée d’une politique libérale [3].  La fracture entre les communautés s’aggrave, elle donne naissance au contre-terrorisme de certains Européens [4] .Sans être exactement une répétition des massacres du 8 mai 1945, ces violences préfigurent celles de la guerre civile des années 1990.

Notes [1] On peut citer 21 enfants dont les têtes sont écrasées contre les murs, et le témoignage de ce rebelle, qui après avoir égorgé une femme, mange le poisson qu’elle avait préparé. [2] Roger Vétillard publie les noms de 51 victimes européennes. [3] Cette déclaration dément la légende de ceux qui prétendent qu’on a attendu la loi de 1999 pour reconnaître la réalité de la guerre d’Algérie. Un Comité de guerre interministériel s’est réuni à Constantine en juillet 1957. [4] Le terrorisme FLN a précédé le contre-terrorisme. Il n’a pas attendu l’attentat de la rue de Thèbes en août 1956 pour utiliser les explosifs. [5] dans « Algérie, 20 août 1955 » (Payot 2011) C. Mauss-Copeaux se réfère à un faux témoin d’el Halia et attribue au général Faivre un curriculum fantaisiste. Les films de la Fox Movietone sont des montages que certains présentateurs situent en 1945, sans en montrer les incohérences.

Roger Vétillard. 20 août 1955 dans le nord-constantinois. Un tournant dans la guerre d’Algérie. Préface de Guy Pervillé. Ed. Riveneuve, 2012, 351 pages, 20 euros. Originaire de Sétif, le docteur Vétillard, après avoir renouvelé l’histoire du 8 mai 1945, a fait une étude très approfondie sur les massacres du 20 août 1955, à partir de documents inédits de la ville de Philippeville, des archives de la gendarmerie et de l’armée, et des témoignages de 53 Français et 11 Algériens, dont 5 anciens de l’ALN. Guy Pervillé met en lumière l’objectivité historique de l’auteur, qui met à mal les erreurs grossières de Claude Mauss-Copeaux-5-, et la présentation tendancieuse des films de la Fox Moviétone. Cet ouvrage montre que des travaux rigoureux peuvent réviser des idées reçues.

 

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the ORAN massacre

Posté par lesamisdegg le 5 juillet 2015

the Oran massacre

le massacre d’ORAN

july 05 1962

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CAMUS Albert -terrorisme en Algérie-

Posté par lesamisdegg le 27 mai 2015

« Les noces sanglantes du terrorisme et de la répression « 

Le dernier terrorisme auquel Camus eut affaire fut celui perpétré par les fellagas (1954-1962).

L’auteur, décédé dans un accident de voiture en janvier 1960, ne connut pas la fin du conflit.

Né en Algérie de parents Pieds-Noirs fort pauvres, farouchement attaché à sa terre et à la diversité des communautés (arabe, kabyle, juive, pieds-noirs) qui la composaient, Camus militait activement et incessamment depuis ses vingt ans la mise en place d’une plus grande justice politique, sociale et économique en Algérie française. En juin 1939, il publia notamment dans Alger républicain une série de onze longs articles dénonçant la famine et le dénuement dont souffraient les Kabyles et appelant à des réformes urgentes.

Quand le terrorisme éclata en 1954, Camus se refusa à soutenir le FLN. Il craignait, à juste titre,  que la victoire de ce parti ne conduisît à l’avènement d’ « une Algérie reliée à un empire d’Islam qui ne réaliserait à l’intention des peuples arabes qu’une addition de misères et de souffrances » et qui exclurait les Pieds-Noirs de son sol. Lui défendait la constitution d’une fédération où les populations multiples d’Algérie vivraient ensemble sans qu’aucune n’en soit bannie pour des raisons ethniques ou religieuses.

Aussi Camus récusa-t-il autant le FLN qui recourait au terrorisme que l’État français ou les « ultras ». Ses articles et éditoriaux de cette période, de même qu’un appel à la trêve civile lancé au péril de sa vie à Alger en janvier 1956, enjoignent les deux camps à mettre fin à une violence mortelle, à ses yeux contagieuse et inacceptable. Cette violence révolte l’écrivain parce que, chez les uns, elle prend pour cible des civils innocents et que, chez les autres, elle remplace la justice par la force répressive. Lui veut interrompre « les noces sanglantes du terrorisme et de la répression » et leur substituer le dialogue.

Avec assiduité, et ce même après l’échec de son appel à la trêve et l’adoption d’une réserve certaine, il appelle à l’établissement d’une société pleinement démocratique, notamment avec la publication des Chroniques algériennes (1958) .

Il s’engage aussi pour sauver des vies. À titre privé, il intervient à maintes reprises pour demander la grâce de membres du FLN condamnés à mort dont il n’approuve pourtant pas les actes terroristes.

Ces actes lui inspirent un dégoût profond lorsqu’ils sont synonymes du meurtre « de femmes et d’enfants », de populations innocentes.

 

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ORAN , les genets

Posté par lesamisdegg le 28 janvier 2014

 Du lycée annexe de Gambetta aux genets.

En ce début des années 60 , l’appariteur venait trop souvent chercher l’un d’entre nous pour lui annoncer qu’un membre de sa famille venait  d’être victime d’un attentat terroriste des fellagas .Pour protester contre cette insécurité , nous nous formions en longs cortèges criant notre foi en « l’Algérie Française  plurielle » de Gambetta vers le lycée de filles Ali Chekkal , avant d’affronter les crosses des « gardes rouges » qui protégeaient la nouvelle préfecture. Les marques des coups  sur nos corps pouvaient donner lieu à une « palissa » de première catégorie   , à la maison, pour avoir manqué les cours –double peine dirait on aujourd’hui-.

Avant que notre »lycée annexe de Gambetta » ne soit réquisitionné par les troupes,  d’un gouvernement d’abandon, chargées de la répression des partisans de l’Algérie Française, nous avons pratiqué le jardin des délices » des Genets » .Au bout de l’avenue des palmiers du lycée se trouvait le chemin qui descendait la falaise, le chemin des genets. A l’ombre des massifs de genets nous allions fumer la cigarette anglaise blonde sans filtre dont les vapeurs nous faisaient découvrir une légère ivresse. La sieste à l’ombre des genets pouvait être un paradis artificiel plus puissant  encore quand l’ardeur du soleil nous explosait au nez les effluves enivrantes de la plante généreuse. Et là,  le regard noyé dans la baie d’ORAN,  la lumière du monde semblait encore une fois reconquise sur les ennemis de la beauté.

2014 01 27 GG

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INDIGNEZ VOUS !

Posté par lesamisdegg le 19 mars 2013

Au septième siècle l’invasion arabo-musulmane venue d’orient fond sur l’occident .Elle a converti par le sabre-bi el cif, bessif-, contraint à l’exil, voire nettoyé ethniquement, religieusement les chrétiens de la rive sud de la méditerranée .La majorité des juifs dut subir le statut de dhimmi.

Indignez vous !

Du quinzième au dix-neuvième siècle, après la « reconquista » catholique de la péninsule ibérique, un véritable djihad maritime-selon les auteurs musulmans de l’époque-fut mené à partir de Salé, Alger, Tunis ou Tripoli, entres autres .La piraterie barbaresque terrorisa de l’Islande à Chypre. Les bagnes d’Afrique du nord  fournirent des rançons contre des otages chrétiens d’Europe réduits en esclavage .Le tribut payé permettait seul de commercer en paix.

Indignez-vous !

La victoire des Chrétiens sur les Ottomans, de la croix sur le croissant, à Vienne en 1683 arrêta la progression de l’envahisseur musulman en Europe. Le congrès d’Aix la Chapelle de 1818 chargeât la France intégrée dans la Sainte Alliance de libérer l’Europe de la terreur barbaresque .La victoire navale de Navarrin en 1827, des Européens sur les Ottomans, libéra la Grèce du joug de ces derniers.

Réjouissez-vous !

La France se retrouva seule pour exécuter son mandat, au-delà des demandes faites au Dey d’Alger. A l’expédition d’Alger, pour libérer l’humanité de la terreur des pirates esclavagistes, succéda la prise de possession par droit de conquête  de ce qui deviendra l’Algérie. Les Juifs furent délivrés de leur dhimmitude, les Chrétiens d’Europe purent peupler et mettre en valeur  une terre libérée .

Honni soit qui Mali pense !

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FELLAGHA

Posté par lesamisdegg le 8 mars 2013

« Fellagha »

Quand ma pensée s’en va vers l’Afrique du Nord,

Je me sens, tout d’un coup, bourrelé de remords.

Que l’Algérie soit une province française,

C’est évident, bien sûr, bien qu’à tous ça ne plaise.

Que des hommes aient fait d’un bled qui n’était rien,

Ce beau pays algérien,

Nul ne peut dire le contraire…

Seulement, ces temps-ci, il faut compter, là-bas

Avec un mécontent, un certain fellagha.

Et, petit fellagha, c’est à toi que je pense

En voyant ta rancune à l’égard de la France.

J’ai beaucoup réfléchi et ma méditation

Me décide à venir te demander pardon.

Oui, pardon, fellagha, pardon pour mon grand-père

Qui vint tracer des routes et labourer la terre.

Il est tombé chez toi, il a tout chamboulé.

Où poussaient des cailloux, il a foutu du blé.

Et, mettant après cela le comble de l’ignoble,

Où poussaient des cailloux il a fait un vignoble

Pardon, cher petit Fellagha,

Oh, pardon de tous ces dégâts.

Et mon affreux grand-père (il faut qu’on le confesse)

N’était pas seul de son espèce.

Ces autres scélérats ont bâti des cités,

Ils ont installé l’eau et l’électricité.

Et tu n’en voulais pas, c’est la claire évidence,

Puisqu’avant qu’arrive la France

Tu n’avais, en dehors de la Casbah d’Alger,

Que la tente ou bien le gourbi pour te loger.

Et tu t’éclairais à l’huile.

Nos maisons, bien sûr, c’était la tuile.

De l’électricité, là encore soyons francs,

Tu ne demandais pas qu’on te mette au courant.

Tu t’es habitué à ces choses infâmes

Mais à regret et la mort dans l’âme

Stoïquement, d’ailleurs, supportant ces malheurs,

Avec courage et bonne humeur.

Mais tu engraissais, mais de mauvaise graisse

Car tu prenais le car (une invention traîtresse),

Ce même car que, pris d’un délire divin,

Tu devais, un beau jour, pousser dans le ravin.

Je comprends ta rancœur, je comprends ta colère,

Tu n’es pas au niveau des Arabes du Caire

Tu gâches et tu vis mieux qu’un fellagha égyptien.

À quoi Nasser … Nasser a rien

Nous avons massacré les lions, les panthères,

Nous avons asséché les marais millénaires.

Les moustiques sont morts. Les poux, De Profundis.

Nous avons tout tué, jusqu’à la Syphilis.

Ah! Pardon, Fellagha, pour tous ces carnages.

Nous avons fait tout cela, c’est bougrement dommage.

Car si d’autres idiots l’avaient fait, inspirés

C’est nous qui maintenant, viendrions vous libérer,

Et bouffer les marrons cuits pour ces imbéciles.

C’aurait été moins long et beaucoup plus facile.

Bien pardon, Fellagha, de t’avoir mieux nourri,

Et d’avoir à tes pieds nus, mis (oh maladresse),

Des souliers…

Dont tu voudrais nous botter les fesses.

Pierre Jean Vaillard

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Les Pieds-Noirs: histoires d’une blessure

Posté par mdame le 10 juin 2009

 

Ils auront été nombreux, je l’espère, les téléspectateurs, Pieds-Noirs ou non, qui ont eu le courage d’être à l’écoute de France 3, un peu tard, en ces soirées de mars, avril 2007, pour regarder l’excellent documentaire de Gilles Perez :Les Pieds-Noirs, histoires d’une blessure. Mais tout d’abord, permettez-moi cette question : Pourquoi ce titre :  » Histoires « , certes au pluriel,  » d’une blessure  » ?

 

histoires d'une blessure

histoires d’une blessure

Dans son documentaire , Gilles Pérez ,  donne la parole à 62 Pieds-Noirs qui, enfin, témoignent… Né en 1967 à Carpentras, de parents Oranais – son père est ouvrier-, le petit Gilles grandit dans le silence. Les adultes chuchotent, discutent entre eux, mais jamais un mot aux enfants….L’Algérie ? Il sait qu’il en vient ,  » vaguement « , mais….quoi ? Alors, il lit avec voracité, passionnément….  » Le premier Homme  » d’Albert Camus l’impressionne considérablement et il continue à dévorer…. Le Pieds-Noirs ? Un colon sadique, qui fait suer le burnous, très riche, raciste.. ?!? Souvent revient cette description de ses aïeux …elle ne ressemble en rien à ce qu’il connaît de ses parents,…voire d’amis issus, eux aussi, d’Outre-Méditerranée. Devenu reporter de guerre pour R.F.I., Gilles court la planète jusqu’au jour où sa grand-mère lui lance :  » Cours le monde mais couvre les deux guerres qui te regardent !  » L’Espagne !? L’Algérie !? Cette réflexion le pique au vif et Gilles ose : il commence à interroger sa famille, ses proches. A 40 ans, il réalise  » son histoire « . Tombent tabous ! Parole aux Pieds-Noirs !

Le documentaire de Gilles Perez, diffusé sur France 3 en 3 épisodes, construit selon une trame historique, retrace les vies aventureuses, joyeuses, douloureuses, de 62 Pieds-Noirs qui se délivrent de leur fardeau d’exil devant la caméra. 47 d’entre eux, jusqu’alors obstinément réfugiés dans le silence, acceptent avec courage d’affronter enfin leurs souvenirs si lourds … : ils parlent de l’Algérie pour la première fois de leur vie métropolitaine….

Ce récit polyphonique aux gros plans kaléidoscopiques – le cadre serré, mieux qu’aucune torture, extirpe la vérité- nous raconte l’histoire de ces Pieds-Noirs d’origines géographiques ( ville, bled) et de milieux socio-culturels multiples ( paysans, fermiers, ouvriers, fonctionnaires…), reflet de la diversité des Pieds-Noirs . Ce n’est pas une seule vérité qui nous est ici assenée. Ce sont plusieurs vérités-réalités qui remontent aux sources, se déroulent au fil des vies, se mêlent, s’entrecroisent, se bagarrent, fusionnent, se contredisent, se souviennent. Sur certains problèmes clefs, les interventions de trois historiens ( J . Verdès- Leroux, J-J.Jordi, J. Monneret ) apportent un éclairage analytique et nous aident à mieux déchiffrer la complexité des situations. Les témoins, aujourd’hui âgés d’une soixantaine d’années, se livrent en une polyphonie de la piénégritude . Le film nous entraîne dans ces confessions sentimentales picaresques, burlesques, dantesques. En tout cas, toujours émouvantes et attachantes,  » mi-olive, mi-datte ! « 

Qui sont les Pieds-Noirs ? D’où viennent -ils ? D’horizons très variés : France, Alsace-Lorraine, Espagne, Etats allemands puis Allemagne, Italie, Suisse, Malte, Sicile, Sardaigne, Corse, Russie…voire même Suède et Norvège ! Un melting-pot très spécial dont les aïeux à partir de 1830, sont venus s’installer en Algérie, devenue terre française. En tout, en 1962, plus d’un million de personnes .
Sur l’origine de l’appellation  » Pieds-Noirs « , de multiples explications circulent .La seule fondée fondée :  en Méditerranée, au 19ème siècle, la marine française à charbon employait des soutiers recrutés dans les grands ports : Tunis, Alger, Oran, Casablanca, Marseille, Ajaccio…Lorsque ceux-ci remontaient de la cale, ils imprimaient sur le pont la marque de leurs pieds noirs de charbon. D’où le terme  » pieds-noirs «  qui, par dérivation, s’est appliqué ensuite à la majorité de ces soutiers : les Européens d’Afrique du Nord. L’expression, passée dans le langage militaire, désigne également les appelés ( conscrits ) originaires d’Afrique du Nord.

Les  » anciens  » égrènent leurs chapelets de retrouvailles avec leur terre natale. Perles de bonheur : ils rient aux éclats. Redevenus enfants, ils jouent aux noyaux d’abricots dans les rues de Bab-el-Oued, sur les placettes dominant la mer immense. Sur les bancs de l’école, avec leurs camarades kabyles et arabes, ils apprennent assidûment :  » Nos ancêtres, les Gaulois…  » Adolescents, ils s’observent, esquissent des sourires, mais dans cette société méridionale plus que très chaste, le flirt ne va jamais très loin…  » On ne baise pas ! « , s’exclame un patriarche alerte à la moustache frétillante… Parfois un Français de métropole se lance en mariage avec une arabe ou une berbère, mais un Pieds-Noirs quasiment jamais pur ne pas subir l’obligation de conversion à l’islam! Les différences culturelles, religieuses sont trop grandes. A l’époque, le statut de la femme musulmane qui, adolescente, est mariée et dès lors vit claquemurée et voilée, symbolise toute la difficulté d’un vivre ensemble fusionnel.

Le 1er Novembre 1954, les « Fils de la Toussaint » se réveillent : le sang coule. Les  » évènements «  débutent et nos anciens caressent tristement leurs perles d’angoisse, de douleur, de désarroi, de colère…Escarmouches, attentats, représailles, manifestations, massacres, assassinats, tortures, répression : l’apocalypse de la violence s’installe pendant huit ans et plus…Les discours du de Gaulle :  » Je vous ai compris « ,  » Vive l’Algérie française !  » ( Mostaganem), entretiennent illusions et confusions. Avec le plan de Constantine, les Pieds-Noirs reprennent confiance, et l’idée du départ n’effleure personne.  » Où aller, d’ailleurs ?!  » Je suis née à Blida, mes parents aussi, je n’ai personne en métropole ! « , s’interroge rétrospectivement une vieille dame, canne à la main. 

A Evian, le 19 mars 1962, des accords sont signés avec le FLN et le cessez-le-feu est proclamé. Mais pour les Pieds-Noirs, l’horreur continue : Bab-el-Oued, Oran…Une dame plaisante aux cheveux courts blonds-roux pleure toutes les larmes de la terre :  » J’ai appris par la radio que ma sœur avait été tuée !!  » Un vieil homme se souvient avec terreur :  » Nous étions plusieurs près d’une barrière. Des tirs de partout ! Bang ! Bang ! Tttaaattaaa… ! Certains se sont accroupis, moi je me suis plaqué au sol, mon voisin a été tué à bout portant, son corps est tombé sur moi, ça a encore crépité, j’étais mort ?!.. C’est son cadavre, je le sens encore, qui m’a protégé….  » La caméra recueille ces deuils si longtemps refoulés, puis pudique, se retire…
Dès lors une seule alternative pour ces Pieds-Noirs désespérés :  » la valise ou le cercueil « 

C’est ainsi, qu’à l’été 1962, Marseille voit se déverser sur ses quais, non pas quelques centaines de réfugiés, mais plus d’un million d’exilés :  » C’est quoi ça ?  » : formule d’accueil toute métropolitaine ! Une nouvelle épreuve commence tout juste. Nos patriarches égrènent encore leurs perles de tristesse et fatalité. Dans une grisâtre ville de banlieue parisienne, une ménagère soupçonneuse toque à la porte de ses voisins fraîchement débarqués. Une jeune femme sportive vient ouvrir. Son interlocutrice lui demande :  » Je peux voir vos pieds !! Je voudrais voir vos pieds !! « …
Le chœur polyphonique chanté, vocalisé, murmuré, à fleur de peau, par ces Pieds-Noirs oubliés, s’apaise… Tous peuvent comprendre ou s’y retrouver …Loin des caricatures, Gilles Perez trouve le ton juste : ces 62 témoins de la  » pied-négritude «  nous délivrent leur vérité, qui comme toute réalité, n’est pas une , mais multiple. 
Le cinéaste nous avoue :  » Cela n’a pas été une mince affaire de réaliser ce documentaire !  » Il aura fallu trois ans, une équipe de six personnes, sept coproducteurs ( en majorité les FR3 Régions ) !

 » Les pieds-noirs, Histoires d’une blessure « , aura sans doute des suites :   » Les disparus d’Oran du 5 juillet 1962″, des centaines d’européens sont enlevés en pleine ville ; ces événements sont totalement occultés par l’Histoire.

 

Gilles Perez rend leurs voix à ces Pieds-Noirs, éternels transplantés. Le calvaire de la mutité s’achève aujourd’hui pour certains. D’autres se taisent encore…Entre-temps, sont nés leurs bébés d’exils… N’auront-ils pas aussi leurs mots à dire ? Enfants de nulle part ? Enfants du monde entier ? D’ici et d’ailleurs , d’autres perles-mémoires nous attendent.
Florence COMOLLI

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