Juin Juillet 1962 réfugiés sur le porte-avions LAFAYETTE

Posté par lesamisdegg le 30 juin 2019

 

Nos entraînements à la mer sont terminés. Les premiers groupes de permissionnaires d’été commencent à partir.

Nous recevons l’ordre de nous préparer à effectuer d’urgence les missions de rapatriement de réfugiés d’Oranie.

Le commandant réunit ses officiers pour un briefing très complet concernant toutes les mesures à prendre pour accueillir à bord environ 2.000 réfugiés, hommes, femmes, enfants, vieillards, sur le trajet Oran-Toulon. Nous aurons jusqu’à plus de 2.500 personnes à bord. Mesures à prendre, allant de l’accueil, le contrôle, la sécurité, la restauration, la fabrication de WC (pour 2.500 personnes, ce n’est pas un détail, mais un vrai problème). S’y ajoutent l’hygiène, la surveillance en mer, le service de santé et le chargement de tonnes de bagages. Le tout dans les délais les plus courts possibles, selon le souhait du commandant, et sans doute au-delà. Nos avantages sont certains. Un PA de 15.000 t, vidé de ses appareils, dispose de beaucoup de place. Nous avons une machine de 100.000 ch sur quatre hélices, nous permettant 30 heures de route à 30 nœuds, et un rayon d’action de 9.000 milles à 15 nœuds. Le pont d’envol, nu et équipé rapidement des palettes verticales anti-vent, peut recevoir en pontée des centaines de m³ de bagages. Enfin, les « rideaux » métalliques des hangars peuvent s’ouvrir à la demande, assurant une ventilation agréable. Enfin, nous gardons l’hélicoptère Pedro en cas de besoin.

Nous effectuerons ainsi huit rotations en juin et juillet. Je parlerai ici de la première, la plus symbolique peut-être, la plus difficile aussi car nous allions vers l’inconnu et, autant tout l’équipage déborde de bonne volonté, autant nous sommes plutôt inquiets.Toutes les actions envisagées au briefing étant réalisées, espérant avoir pensé à tout, ou presque, nous appareillons de Toulon et, en virant la grande jetée, nous laissons les centaines de touristes se dorer au soleil, le long de la côte. Au cap, un temps splendide (pourvu que ça dure !), à bonne vitesse, cela ressemble à une croisière, étonnant sur un PA. Le pacha nous a dit que tout le monde qui le peut se repose, ce sera utile pour demain quand, en effet, nous apercevons les quais de Mers el-Kébir, noirs de monde, de véhicules, de tas de colis supportant des personnes qui sont là, qui attendent, certaines depuis des jours. Il fait chaud, bien sûr.

 

PA LAFAYETTE Oran MEK 1962

PA LAFAYETTE Oran MEK 1962

 

 

 

 

 

Oran MEK 1962 06 réfugiés dans le fort

Oran MEK 1962 06 réfugiés dans le fort

 

 

 

 

 

 

 

 

Coupées à terre, officiers et officiers mariniers du PEH et STA ont constitué des équipes d’accueil. En haut des coupées et sur le pont, les autres équipes répartissent personnes et bagages au mieux. Et cela commence, un flot ininterrompu, sans ruée malgré tout. Premier ennui. Le commandant en second a ordonné « aucun animal à bord, vous interdirez l’accès à quoi que ce soit ». Nous constatons très vite que cet ordre, compréhensible, est inexécutable. Comment enlever à une petite fille la cage de son oiseau, à une personne déjà en larmes, son petit chien ? Les officiers se réunissent rapidement et, tous étant d’accord, le chef PEH va rendre compte au second que nous refusons cet ordre et que nous sommes prêts à effectuer d’autres tâches, mais pas celle-là. Pas content, il l’admet néanmoins. L’embarquement reprend. Heureusement que la taille des animaux reste raisonnable.

Pendant ce temps, la grue du bord charge les voitures (50 à 60 à chaque rotation) et les montagnes de valises, couffins, sacs, plus ou moins bien fermés, plus ou moins fragiles. Des gens très âgés, dirigés vers l’infirmerie, des musulmans, des enfants, certains sans leurs parents, des bébés. La chaleur augmente, il est en gros 13 heures.

Peu à peu les hangars se remplissent. Des chemins de circulation ont été réservés par sécurité et les tracés sont à peu près respectés. Nous avons prévu, en permanence et surtout pour la nuit, une équipe de sécurité-manœuvre PEH, avec son officier, initiative qui s’est révélée heureuse, on verra plus loin.

Nous sommes à bloc de passagers. Il reste beaucoup de charges à embarquer et à répartir. Je me retrouve conducteur d’élévateur sur le pont. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, car nous sommes à effectif réduit.

Les personnes se calment dans les hangars. Nous nous préparons à appareiller. Encore un spectacle déchirant. Par les rideaux levés et la plage arrière, beaucoup se pressent pour un dernier regard vers la côte, Oran, au loin le Murdjadjo. Des gens pleurent, puis la côte disparaît.

 

Oran MEK 1962 06  PA LAFAYETTE

Oran MEK 1962 06
PA LAFAYETTE

 

Fatigués, après une courte collation, tout le monde s’assoupit plus ou moins, les hangars sont bondés. La nuit est tombée, les rideaux du hangar sont baissés, nous fonçons vers Toulon. Il fait beau, Dieu merci. Nous sommes en éclairage rouge de nuit.

Soudain, vers 1 h du matin, un problème qui montre combien l’équipe hangar était indispensable. Un turbo-alternateur décroche. Immédiatement, un diesel de secours démarre en automatique. Près de la paroi du hangar, ce démarrage est bruyant. Immédiatement, les gens se réveillent en peur, se mettent debout, quelqu’un crie « nous coulons ». L’équipe de hangar allume aussitôt l’éclairage blanc et, dans la diffusion disposée à cet effet, un haut-parleur à pleine puissance appelle au calme et rassure.

Le calme revient, ouf, nous avons eu très chaud. Le jour est levé, la matinée se déroule calmement. Toulon approche. Une jeune femme devait avoir un bébé, mais il ne naîtra pas à bord et, à quelques heures près, nous n’aurons pas de petit La Fayette.

Marine Toulon a bien prévu la logistique nécessaire. Tout le monde s’active au déchargement des bagages et voitures. Il faut que le bâtiment soit libéré très vite car il faut ravitailler très vite, en eau, mazout, vivres, etc., et nettoyer partout. Je vais faire grâce des détails, mais le seul moyen sera la mise en action des lances à incendie dans les hangars, sans parler du reste. Personne ne se plaint, bien sûr. Nous qui étions dehors à terre et sur les ponts, nous sommes marqués par ce que nous avons vu et entendu.

Sitôt le bâtiment disponible, nous rappareillons. Le commandant revient de la préfecture maritime. C’est confirmé, nous ferons huit rotations de ce genre. Certaines plus difficiles, à cause de la mer, dans ces conditions particulières. Fin juillet, nous aurons rapatrié plus de 10.000 personnes, âgées très précisément de trois jours à 99 ans, des montagnes de bagages, de très nombreux véhicules.

Nous avons essayé de faire ce travail pénible avec le plus de gentillesse et de patience possibles. Les remerciements que nous avons reçus de ces personnes, si émouvants, furent notre meilleure récompense. Ce fut une grande mission, dure pour le moral, l’équipage du La Fayette y mit beaucoup du sien. Qui s’en souvient ? Qui s’y est intéressé ? Et le temps a passé. Mais nous étions restés fidèles à la devise du général La Fayette : « Cur non » (Pourquoi pas !).

 

Pierre Mériot

 

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MANTECADO, MANTECAO, MONTECAO : Les recettes de ma Tatarabouéla et de mon Aouéla

Posté par lesamisdegg le 18 juin 2019

Un jeudi sans école au siècle dernier, avant Noel,  j’ai écouté le cours de cuisine de mon Aouéla à sa fille (ma mère).Je vous le rapporte ci-dessous.

MANTECADO – man’técado -à l’espagnole

Avant-guerre, la première ma fi, ton Aouéla, ma mère Agueda, elle faisait comme çà.

Dans une terrine elle se mélangeait un quart de kilo de bon saindoux – mantéca en espagnol – et autant de sucre en poudre. Et vinga de mélanger avec une cuillère ; elle ajoutait aussi une pincée de cannelle en poudre, 6 jaunes d’œuf, 2 cuillerées de grains de sésame torréfié et pulvérisé. Dans ce mélange elle versait petit à petit un quart de kilo de farine, pour obtenir une pâte consistante.

mantécados à cuire

mantécados à cuire

 

 

mantécados cuits

mantécados cuits

 

 

 

 

 

 

 

Avec cette pate elle tirait, en les roulant dans la paume de la main, des péloticass, de petites boules,  qu’elle alignait sur une plaque en fer. Elles cuisaient à four doux, sans prendre de couleur.

Refroidies et soigneusement rangés dans une grande boite en fer, elles étaient de sortie pour Noel. De toujours on en a partagé avec la famille, les amis, les voisins.

MANTECADO

MANTECADO

 MANTECAO - man’técao-

Typiques de la pâtisserie andalouse, ces gâteaux se mangent généralement pour les fêtes de fin d’année.

250g de sucre glace, 30cl d’huile d’olive ou d’arachide, 250g d’amandes en poudre – 250 g de farine, 1/2 sachet de levure chimique, 1 sachet de sucre vanillé, cannelle en poudre

Dans un saladier, mélanger l’huile, le sucre glace, les amandes en poudre et le sucre vanille puis ajouter la farine et la levure pour obtenir une pâte homogène, très souple. Former de petites boules à déposer sur une feuille de papier sulfurisé sur une plaque du four

Cuire 20 min  à 160°. Ils vont gonfler et se craqueler,  les mantécaos sont cuits dès qu’ils se craquellent ;  ils doivent être blancs en surface et à peine dorés en bas. . A la sortie du four, les saupoudrer de cannelle.

Ils se mangent froids et se conservent bien dans une boite en fer

mantécao

mantécao

 

pat mantecaos

 

 

 

 

 

 

 

 

Montécao d’Alger

Les boulangers espagnols Vendent de petits gâteaux dorés fort appétissants. On les appelle des «Montécaos».

Dans un saladier, mettre une demi-livre de graisse et une demi-livre de sucre en poudre; bien tourner jusqu’à ce qu’on on-tienne une- sorte de crème. Y verser ‘doucement et en tournant toujours une livre de farine. Votre pâte étant prête, en prendre gros comme une noix, en former des petits gâteaux ronds que l’on saupoudre d’un peu de cannelle pilée et que l’on dispose sur une plaque de fer. Faire cuire au four.

Annales africaines (Alger) 1919-09-20

MONTECAO Oran 1955 12

MONTECAO Oran 1955 12

 

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ORAN mai 1509 , re-CONQUISTA

Posté par lesamisdegg le 22 mai 2019

16 Mai. – Départ de l’armada dans la matinée de CARTAGENA.

17 Mai, vers midi. La vigie maure placée au sommet du Pic d’Aïdour (Santa Cruz) signale l’apparition, au large, de l’Armada, Vers 20 heures. Ximénés, avec les galères, entre dans le Port de Mers e!-Kébir. Les 86 autres navires rejoignent peu à peu. Aussitôt l’ancre jetée Ximénès reçoit Rodtiguez Diaz, se fait renseigner par lui sur la situation et réunit un Conseil de guerre qui, malgré l’avis contraire de Pedro Navarro, approuve le débarquement immédiat préconisé par le Cardinal.

Vendredi 18 Mai. Avant le jour toute l’infanterie est débarquée et échelonnée sur la route d’Oran, sa tête un peu au Sud de St André actuel. L’artillerie légère débarque ensuite. Puis, malgré l’avis de Pedro Navarro qui estime inutilisables la grosse artillerie et la cavalerie, Ximénés fait débarquer ces 2 armes. Vers 15 heures, après avoir passé les troupes en revue, il donne l’ordre d’attaquer de suite contrairement à la volonté de Pedro Navarro de n’attaquer que le lendemain.

Enfonçant, avec son artillerie légère et une colonne d’assaut, la gauche ennemie, Pedro Navarro gagne le Pic d’Aîdour (Santa Cruz) d’où sa droite, avec la cavalerie, descend sur Yfré –les planteurs et la Porte de Tlemcen –pointe sud-est de la casbah -, en contournant ta Casbah par le Sud.  Panique du reste de la ligne ennemie qui se voit, en même temps, tournée sur son autre aile par l’escadre avec des chaloupes de débarquement. Poursuivant les fuyards la pique dans les reins, les Espagnols escaladent la muraille du front Nord en profitant de son point faible et peuvent s’emparer ainsi de la Porte de Canastel.

A 18 heures les Espagnols sont maîtres d’Oran, à l’exception de la Casbah, des 2 Mosquées et de quelques maisons en pierres où se sont retranchés tes derniers défenseurs. Les Espagnols ont perdu, 30 hommes.

Samedi 19 Mai. Prise de la Grand Mosquée. La petite Mosquée et les maisons fortifiées se rendent à discrétion, aussitôt après. Le Gouverneur de la Casbah fait savoir qu’il se rendra à Ximénès lui-même.

 

Prise d'Oran mai 1509

Prise d’Oran mai 1509  ;  chapelle mozarabe de la cathédrale de Tolède

 

 

Dimanche 20 Mai. Entrée de Ximénès dans Oran. Il traverse la ville en cortège et monte à la Casbah où le Gouverneur lui remet les clefs. Délivrance des 300 captifs Chrétiens de la Casbah. Les Espagnols ont fait eux 6.000 prisonniers Maures au moins.

Lundi 21 Mai. Ximénès dédie la Grande Mosquée à notre Dame des Victoires et de l’Annonciation, et la Petite Mosquée à Saint Jacques (Santiago), patron de l’armée. Il décide la création d’un hôpital militaire consacré à Saint-Bernard –futur couvent San Bernardo -. Il implante un couvent de Franciscains et un autre de Dominicains. Enfin il institue l’Inquisition à Oran. Des cavaliers venus des environs se heurtent aux avant-postes Espagnols placés dans les jardins et se replient de suite.

Mardi 22 Mai. Ximénès nomme Gouverneur de la Casbah Villaroel. Celui-ci prend pour lieutenant Alonzo Castella d’Alcala avec 300 soldats de Castorla et 50 cavaliers d’élite.

Mercredi 23 Mai. Cédant la place à Navarro, Ximénès, refusant toute escorte, part de Mers-et-Kébir avec un seul navire et suivi de ses familiers domestiques.

< Diégo de Vera, Vianelli, les duumvirs laissés pour remplir les fonctions de « Juges »et  Navarro l’accompagnent jusqu’au navire. Etait-ce par simple politesse ou par émotion vraiment sentie, était-ce par crainte des rapports qu’il pouvait faire sur leur compte, ou par une sorte de superstition qui leur faisait redouter que Ximénès emportât avec lui les chances de succès, toujours est-il qu’ils semblent transformés. Ils le supplient de ne pas les abandonner et Navarro se fait remarquer parmi ceux qui insistent le plus et qui multiplient les protestations de respect et d’affection à l’égard du Cardinal. Mais Ximénès ne revenait jamais sur une décision prise. Délibérer avec le plus grand soin, agir avec une imperturbable constance, parler peu et rester toujours calme, c’était sa politique ordinaire. Le jour même, Ximénès, favorisé jusqu’au bout par un temps admirable, entrait au port de Carthagène. (Nelly Blum).

Il achète un Brigantin pour faire le courrier d’Oran et remet 1.000 écus d’or à Villalobos avec mission d’assurer par Malaga le service des troupes d’Oran.

Gal  Didier 1927

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7 mai 1954 Dien-Bien-Phu par José CASTANO

Posté par lesamisdegg le 7 mai 2019

« Passant, va dire à Sparte que nous gisons ici pour avoir obéi à leurs lois » (Epitaphe célèbre de Simonide de Céos (-556 -467) célébrant la vaillance et le sacrifice des 300 Spartiates aux Thermopiles pendant la 2ème guerre médique en -480).

Diên Biên Phu, le « grand chef-lieu d’administration frontalière » est habité par les Méos, rudes montagnards qui cultivent le pavot et font commerce de l’opium et par les Thaïs qui travaillent les rizières de la vallée et font du petit élevage. Cette localité, à la frontière du Laos, est reliée au reste du pays par la route provinciale 41 qui va jusqu’à Hanoï située à 250 kms et vers la Chine. C’est une cuvette de 16kms sur 9 entourée de collines de 400 à 550 mètres de hauteur et traversée par la rivière Nam Youm.

Au début de l’été 1953, l’Indochine entre dans sa 8ème année de guerre. Le Vietminh, très mobile, se meut avec facilité sur un terrain qu’il connaît parfaitement. Son corps de bataille est de surcroît numériquement très supérieur à celui du corps expéditionnaire français et bénéficie, en outre, de l’aide sans réserve de la Chine libérée de son action en Corée depuis la signature de l’armistice, le 27 juillet 1953. C’est dans ce contexte, que le 7 mai 1953, le Général Navarre se voit confier le commandement en chef en Indochine en remplacement du Général Salan. Navarre avait un grand principe : « On ne peut vaincre qu’en attaquant » et il décidera de créer à Diên Biên Phu une base aéroterrestre pour couper au vietminh la route du Laos et protéger ainsi ce pays devenu indépendant.

Quand les responsables français décident d’investir, la cuvette de Diên Biên Phu, ils savent pourtant que des forces régulières vietminh importantes de la division 316 du régiment 148 et du bataillon 910 occupent solidement la région depuis octobre 1952. Qu’à cela ne tienne ! L’endroit paraît idéal au commandant en chef ! Il est un point de passage obligé pour le vietminh qui ne pourra que très difficilement le contourner… De plus, il bénéficie d’un aérodrome aménagé durant la deuxième guerre mondiale par les Japonais tandis que le fond de la cuvette est une véritable plaine de plus de 100km² qui permettra l’emploi des blindés. Par ailleurs, le commandement français considérait en cet automne 1953 que le vietminh, vu l’éloignement de ses bases, à 500 kms de Diên Biên Phu, ne pourrait entretenir dans le secteur que deux divisions maximum… Il en conclut donc qu’il ne pourrait mener que de brefs combats en ne disposant, en outre, que d’une artillerie limitée qu’il sera aisé de détruire par les canons du colonel Piroth, qui s’était porté garant.

L’occupation de la cuvette fut fixée le 20 novembre 1953. Elle fut baptisée « opération Castor ». Ce sera le plus important largage de parachutistes de toute l’histoire de la guerre d’Indochine. Vers 11 h du matin, les deux premiers bataillons sont largués : Le 6ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux du Commandant Bigeard et le 2ème Bataillon du 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes du Commandant Brechignac. Puis arriveront : le 1er Bataillon de Parachutistes Coloniaux, deux batteries de 75 sans recul du 35ème RALP, une compagnie de mortiers de 120 et une antenne chirurgicale. Le lendemain, les légionnaires du 1er Bataillon Etranger de Parachutistes sauteront ainsi que le 8ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux, des éléments du génie et le PC de l’opération (général Gilles, lieutenant-colonel Langlais avec 25 hommes). Le 22 novembre, le 5ème Bataillon de Parachutistes Vietnamiens est largué à son tour. Au soir du 22 novembre 1953, il y aura 4195 hommes dans la célèbre cuvette.

Durant près de quatre mois, les soldats français vont aménager la cuvette en camp retranché. Les petites collines entourant le camp prennent le nom de Gabrielle, Béatrice, Dominique, Eliane, Anne-Marie, Huguette, Claudine, Françoise, Eliane, Junon, Epervier et enfin Isabelle.

L’offensive vietminh débute dans la soirée du 13 mars 1954 par une intense préparation d’artillerie (près de 9000 coups) visant particulièrement Béatrice et Gabrielle. Le combat du tigre contre l’éléphant commençait : Le tigre tapi dans la jungle allait harceler l’éléphant figé qui, peu à peu, se videra de son sang et mourra d’épuisement.

Le point d’appui Béatrice est écrasé par les obus de canons et de mortiers lourds. Pendant plusieurs heures il reçoit des milliers d’obus. Les abris, n’étant pas conçus pour résister à des projectiles de gros calibre, furent pulvérisés. La surprise est totale dans le camp français. Malgré un combat acharné et sanglant, au prix de lourdes pertes de part et d’autre, Béatrice, tenu par la 3/13ème Demi-Brigade de la Légion Etrangère, commandée par le Commandant Pégot, fut enlevée par les Viets en quelques heures. Un malheureux concours de circonstance favorisa cette rapide victoire vietminh : les quatre officiers dont le lieutenant-colonel Gaucher, responsables de la défense de Béatrice furent tués dès la première heure par deux obus qui explosèrent dans leur abri. En une nuit, c’est une unité d’élite de la Légion qui est supprimée. Nul n’a imaginé un tel déluge d’artillerie. La contre batterie française se révèle inefficace. Le Viêt-Minh utilisant une énorme capacité en bras, a pu creuser des tunnels en travers des collines, hisser ses obusiers et s’offrir plusieurs emplacements de tir sur la garnison sans être vu. Des terrasses furent aménagées et dès que les canons avaient fini de tirer, ils regagnaient leur abri. De ce fait jamais l’artillerie française ne fut en mesure de faire taire les canons Viêt-Minh, pas plus que les chasseurs-bombardier de l’aéronavale.

 

Dans la soirée du 14 mars, Gabrielle, défendue par le 5/7 Régiment de Tirailleurs Algériens, subit un intense et meurtrier pilonnage d’artillerie. A 5h, le 15 mars, le vietminh submerge la position, dont les défenseurs ont été tués ou blessés. L’artillerie ennemie –que l’on disait inefficace- fait des ravages parmi les défenseurs sans que l’on puisse espérer la réduire au silence. Conscient de cet échec et de sa responsabilité, le Colonel Piroth, responsable de l’artillerie française se suicidera dans la nuit du 15 au 16 mars en dégoupillant une grenade.

Cependant, la piste d’aviation, bien que pilonnée quotidiennement -mais aussitôt remise en état- permettait l’arrivée régulière des renforts. Ce pilonnage s’intensifiant, les atterrissages de jour devinrent impossibles et les appareils durent se poser de nuit dans les pires conditions. Bientôt il fallut renoncer complètement et les assiégés se retrouvèrent, dès lors, isolés du reste du monde. A noter que le 28 mars, l’avion devant évacuer les blessés de la cuvette, endommagé au sol, ne put décoller. L’infirmière convoyeuse de l’équipage, Geneviève de Galard, était à bord. Elle restera jusqu’à la fin parmi les combattants.

Le général vietminh Giap, afin de s’infiltrer plus facilement dans les défenses françaises, fit alors intervenir des milliers de coolies dans le creusement d’un réseau de tranchées, véritable fromage de gruyère, menant aux divers points d’appui. Le 30 mars, après une préparation d’artillerie très intense et l’infiltration des viets par ces tranchées, Dominique 2 et Eliane1 furent prises. Cependant, les parachutages français continuaient encore dans la plus grande confusion. La superficie de la base aéroterrestre ayant été réduite et les liaisons avec les points d’appui encore tenus par les soldats français devenant impossibles, ces « volontaires du ciel » exposés aux feux directs de l’ennemi, connaissaient des fortunes diverses. Certains atterrissaient directement chez l’ennemi, d’autres étaient morts en touchant le sol, d’autres étaient perdus… tandis que le ravitaillement parachuté faisait la joie du vietminh en améliorant son quotidien.

 

Dien-Bien-Phu 7 mai 1954

Dien-Bien-Phu 7 mai 1954

 

 

            Du 9 au 11 avril, une nouvelle unité de légion, le 2ème Bataillon Etranger de Parachutistes, est largué dans des conditions déplorables et engage aussitôt une contre-attaque sur la face est. Il est en partie décimé. Les rescapés fusionnent alors avec les restes du 1er BEP reformant une unité sous les ordres du Commandant Guiraud. Le 4 mai, ont lieu les derniers parachutages d’hommes provenant du 1er Bataillon de Parachutistes Coloniaux tandis que les Viets intensifient encore leurs bombardements faisant intervenir les fameuses orgues de Staline, aux impacts meurtrier en rafales, provoquant d’énormes dégâts dans les abris minés par les pluies quotidiennes d’Avril. La cuvette disparaît dans des nuages de boue soulevée par les obus.

Dans la soirée du 6 mai, c’est le déchaînement de l’artillerie viet et de toutes les armes dont elle dispose. Dans le camp agonisant, c’est l’apocalypse. Tout ce qui est inflammable prend feu ; les abris s’effondrent, les tranchées s’écroulent, la terre se soulève. La mort frappe sans interruption. A 23h, les taupes vietminh, après avoir creusé un tunnel de 47 mètres de long, déposent sous Eliane2 une charge d’une tonne de TNT puis se ruent à l’assaut. La résistance des défenseurs est héroïque ; ils refusent de se rendre et luttent jusqu’à la mort. Une poignée de survivants arriveront à se replier sur Eliane4 afin de poursuivre le combat. A l’aube du 7 mai, Dominique et Eliane sont tombées. Les tranchées sont jonchées de cadavres et de blessés des deux camps. Alors que le Colonel de Castries vient d’être promu général, à 10h du matin, les viets finissent d’investir les Eliane. Du côté Français, il n’y a plus ni munitions, ni réserve d’hommes mais les sacrifices continuent…

Le Général Cogny adresse un dernier message au Général De Castries, souhaitant qu’il n’y ait ni drapeau blanc, ni capitulation. « Il faut laisser le feu mourir de lui-même pour ne pas abîmer ce qui a été fait » précise-t-il. L’ordre de cessez-le-feu tombe à 17h. Après destruction de tout le matériel et de tout le ravitaillement, le PC de Diên Biên Phu adresse son ultime message à Hanoi à 17h50 : « On fait tout sauter. Adieu ! » Quelques minutes plus tard, la division 308 du général Vuong Thua Vu fait irruption dans le PC du général De Castries. Un drapeau rouge à étoile d’or est planté sur le PC français.

Diên Biên Phu est tombé mais n’a pas capitulé.

Cette bataille fut la plus longue, la plus furieuse, la plus meurtrière de l’après Seconde Guerre mondiale durant laquelle le corps expéditionnaire Français compta près de 3 000 tués et un nombre très important de blessés. 11 721 soldats de l’Union Française furent faits prisonniers mais les effroyables conditions de détention des camps Vietminh furent telles que seulement 3 290 d’entre eux reviendront de captivité dans un état sanitaire catastrophique, squelettiques, exténués. Le destin exact des 3 013 prisonniers d’origine indochinoise ayant combattu sous le drapeau tricolore reste toujours inconnu. Il est probable qu’ils aient été exécutés systématiquement comme traîtres.

Tous les prisonniers durent marcher à travers jungles et montagnes sur 700 km, pour rejoindre les camps, situés aux confins de la frontière chinoise. Ceux qui étaient trop faibles mouraient ou étaient achevés. Sur les 11 721 soldats, valides ou blessés, capturés par le Vietminh, plus de 70 % décédèrent pendant leur marche vers les camps ou une fois en captivité, de sous-alimentation, mauvais traitements, absence de soins, dans des régions propices à toutes sortes de maladies, ou furent exécutés sommairement. Le 21 juillet 1954, les accords de Genève mettront fin à cette guerre, instaurant une partition du pays de part et d’autre du 17e parallèle Nord.

José CASTANO

 

 

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Jean BASTIEN-THIRY , son exécution le 11 03 1963 -in memoriam-

Posté par lesamisdegg le 9 mars 2019

TEMOIGNAGE  DU  DOCTEUR  PETIT  SUR  LA  MORT  DE  JEAN  BASTIEN-THIRY

J’ai été prévenu en fin d’après-midi, le 10 mars, par le directeur des Prisons de Fresnes, M Marty… Cette nuit-là, nous avons parlé beaucoup, le Père Vernet et moi. Puis est arrivée l’heure officielle du réveil du condamné à mort. Je le vois, à ce réveil : le Père Vernet s’est penché sur lui : il dormait… Il se redressa, tout de suite présent, ne flottant absolument pas. Sa première réaction fut de demander quel était le sort de ses camarades.

La messe a été aussitôt dite dans la cellule voisine : une table, quelques chaises, en faisaient une chapelle. Ce fut le moment le plus émouvant. J’ai vu beaucoup de choses, mais je n’oublierai jamais le Colonel servant sa dernière messe avec calme et simplicité – et ce qui m’a le plus stupéfié, c’est que cette messe était chantée : non seulement par le célébrant, mais par le servant…C’était d’une très, très grande beauté – et en même temps d’une extrême discrétion : nul accent dramatique. Je ne su même pas que l’hostie du Colonel fut partagée pour être donnée aussi à sa femme, quelques heures plus tard…

La messe a dû durer une vingtaine de minutes…Nous sommes sortis avec le Colonel…Comme il ne me connaissait pas, je me suis présenté…La conversation était très calme. Il dédaignait tout à fait ce qui était en train de se débattre, l’ultime chance de le sauver…il était déjà au-delà. Je le regardai : il rayonnait. Il rayonnait vraiment de bonheur. C’est peut-être fou de dire cela, mais c’est tout à fait l’impression que j’ai eue : il était déjà dans l’Au-delà…alors que nous étions de pauvres garçons déchirés de le voir mourir…

Puis cela a été le départ…Au Fort d’Ivry, cela a été extrêmement rapide…

Nous l’avons embrassé, il est allé lui-même au poteau, très digne et toujours très calme, le chapelet dans les mains. Il n’a fait aucune déclaration, je l’affirme…Il était debout, les mains derrière le dos ; sans bandeau sur les yeux. Il est tombé à la première salve, indiscutablement… Il y a eu le coup de grâce…

Ce qui m’a le plus frappé, c’est le sang-froid indiscutable du colonel Bastien-Thiry…Mais, ce qui m’a le plus impressionné – et je pense que d’autres s’en sont aperçus ce matin-là- c’est le lien entre la messe qui a été sa dernière messe, et son comportement à la sortie de la chapelle : cette joie dans son regard.     Cette Joie…

Extrait du livre « Jean Bastien-Thiry, vie, écrits, témoignages », P.249-251

11 03 1963 carré des suppliciès

Ivry 11 03 1963

Ivry 11 03 1963

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arabo-Islamisme durant « la bataille d’Algérie française » par J.P.LLEDO

Posté par lesamisdegg le 12 février 2019

Du panislamisme phagocyteur du panarabisme

El Halia, 20 Août 1955. La guerre est déclenchée par le FLN,  le 1er Novembre 1954 : ce jour-là, fête de tous les Saints à l’origine, le peuple catholique rend hommage à ses morts. Le choix de la date préfigure l’alternative nationaliste inventé dès 1945, ‘’la valise ou le cercueil’’. Mais la première opération militaire d’envergure de l’ALN, Armée de Libération nationale, a lieu le 20 Août 1955 à midi. C’est un vaste pogrom qui vise au faciès tous les civils non-musulmans de Philippeville et de sa région, et auquel participent des milliers de paysans et de citadins. Ordre leur est donné par les commandos qui les encadrent de prendre n’importe quelle arme et de faire le maximum de victimes en un minimum de temps. 130 non-musulmans périssent. Le triple de blessés. Dans la séquence que vous verrez, le personnage principal, un ingénieur agronome, interroge un membre d’un des trois commandos qui agirent à El Halia, un village minier d’environ 120 personnes d’origine italienne, où furent tués et mutilés une quarantaine de femmes, vieillards, enfants et mineurs.

5 Juillet 1962 à Oran. Deux jours plus tôt, l’Algérie est devenue indépendante par voie de référendum. Le 5 Juillet est aussitôt désigné comme le jour de sa commémoration annuelle. Ce jour-là, et les suivants, se déroule dans la 2eme plus grande ville d’Algérie, un pogrom qui vise au faciès tous les civils non musulmans. L’historien Jean-Jacques Jordi, sur la base d’archives françaises, en a dénombré plus de 700 – ‘’Un silence d’Etat’’, Jean-Jacques Jordi, Ed SOTECA, Paris, 2011 – . C’est la journée la plus meurtrière de toute la guerre d’Algérie. Et elle a été minutieusement organisée (rafles dans la rue, transport vers des lieux de détention, notamment les Abattoirs, interrogatoires musclés, avant les égorgements massifs au dit ‘’Petit Lac’’, sans parler de la foule encouragée à assouvir ses instincts sanguinaires.

Enseignements Le fait que la guerre de ‘’libération’’ ait commencé et fini par un massacre de non-musulmans est loin d’être un hasard. Le message en est limpide : faire comprendre aux non-musulmans qu’ils n’auront plus de place dans une Algérie indépendante. Dans le 1er extrait, le tueur dit : ‘’Chez les Français, ce sont les femmes qui commandent, et quand elles verront ce qui s’est passé ici, elles diront à leurs maris : allez partons !’’. Or au moment de l’indépendance, il y a encore trop de non-musulmans, environ 200 000 personnes, et parmi les 800 000 qui sont déjà partis, beaucoup pensent revenir ‘’si les choses se calment’’…

Avant, pendant, et après 1954, le « nationalisme » algérien n’a qu’un seul   …

horizon : l’arabo-islamisme. Pour adhérer au principal parti de Messali Hadj, on doit jurer sur le Coran. En 1949, certains de ses dirigeants, kabyles donc ne se reconnaissant pas dans l’arabité, demandent à ce que la future république algérienne  ne se définisse plus par l’arabo-islamisme. Ils sont exclus.  Cette idéologie ethnico-religieuse irrigue autant la Déclaration du 1er Novembre 1954 dont le but est un Etat souverain ‘’dans le cadre des principes islamiques’’, que la 1ère Constitution algérienne qui institue ‘’l’islam, religion d’Etat’’, et en vertu de laquelle le Code de la Nationalité énonce que seuls les musulmans pourront être  automatiquement algériens.  En 1955, deux dirigeants, qui dans les années 70 seront des ministres de Boumediene, disent dans des assemblées d’étudiants algériens à Paris : « Avec un million d’Européens, l’Algérie serait ingouvernable ! (Bélaïd Abdeslem) et  « L’Algérie, n’est pas un manteau d’Arlequin » (Reda Malek). – Témoignage d’André Beckouche. Thèse d’histoire sur le rôle des Juifs algériens dans la lutte anticoloniale, publiée en 2013 par Pierre-Jean Le Foll-Luciani.- Des décennies après, d’autres dirigeants eux-mêmes l’avoueront aussi. Ben Khedda, le président du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), écrit dans ses Mémoires : « En refusant notamment la nationalité algérienne automatique pour un million d’Européens, nous avions prévenu le danger d’une Algérie bicéphale. ». –  « La fin de la guerre d’Algérie », Benyoucef  Ben Khedda, Casbah Ed. 1998, Alger. « Accords d’Evian » – Réda Malek Le Seuil, 1990, Paris  -  Et toujours le même Réda Malek explique que les négociations  France – GPRA qui durèrent 3 années, s’achevèrent lorsque qu’assuré de pouvoir exploiter le pétrole saharien durant encore 10 ans, De Gaulle entérina le refus des Algériens d’accorder la nationalité algérienne aux non-musulmans. Et Malek de s’exclamer : « Heureusement, le caractère sacré arabo-musulman de la nation algérienne était sauvegardé.

Le double langage Certains objectent que le FLN fit des déclarations laissant entendre que les citoyens non-musulmans pourraient avoir une place dans l’Algérie indépendante. Mais ils taisent le fait qu’elles ne furent pas très nombreuses

 

et surtout qu’elles n’étaient que des annonces de propagande pour l’international, la gauche européenne et le monde communiste. Mais au même moment, comme le révèle l’historien contestataire Mohamed Harbi, nous apprenons par une archive du FLN, qu’en 1961, Lakhdar Ben Tobbal, un grand dirigeant se trouvant au Maroc, rassure  ainsi des militants FLN inquiets par les différents Appels du GPRA et du FLN aux Juifs et aux Européens d’Algérie en 1960 et 1961 : « Ces textes sont purement tactiques. Il n’est pas question qu’après l’indépendance, des Juifs ou des Européens soient membres d’un gouvernement algérien. ». –  Les Archives de la révolution algérienne, Mohammed Harbi, 1981, Ed Jeune Afrique -A l’origine de ce double langage, il y a tout simplement le langage nationaliste algérien qui s’enracina toujours dans le vocabulaire religieux, lequel devint tout à fait visible et audible lors des périodes soit l’insurrection de Mai 1945, soit dès novembre 54. Toutes deux sont un djihad. On les mène au même cri d’Allah ou akbar (Allah est le plus grand), car elles se font pour la Cause de dieu, ‘’ fi sabil illah !’’. L’ennemi est kofar (mécréant), le combattant un ‘’moudjahid’’.  Et l’on appelle à tuer les chrétiens et juifs - Nqatlou nsara ou Yahoud-  Dans chaque zone contrôlée par l’ALN, la justice s’applique en vertu de la charia : la mort pour les homosexuels, le nez coupé pour la désobéissance.

Histoires à ne pas dire -J.P. LLEDO

 

Le terrorisme contre les civils non-musulmans devient l’arme privilégiée. Bombes dans les cafés, les autobus, ou dans les stades, se conjuguent aux attentats individuels ciblés auxquels sont élus en particulier les Juifs, aux abords de synagogues, le samedi de préférence. Et il y eut plus de 80 instituteurs européens enseignant dans le bled quasiment uniquement à des enfants musulmans, qui ainsi périrent. « Bons ou mauvais, je ne faisais pas de différence » avouera Lakhdar Ben Tobbal dans ses mémoires. Car si le but final est de dissuader les non-musulmans d’envisager un avenir dans ce qui est pour eux aussi leur pays,

dans l’immédiat, ce qui est visé est de créer ‘’un fossé’’ entre les communautés. Et pour cela, rien de mieux que de faire couler du sang des deux côtés : car l’on sait que les représailles y contribueront autant que l’action elle-même. Le terroriste n’est-il pas appelé fidaï, celui qui se sacrifie pour la cause de dieu ?

Tout ce qui précède est tout à fait constitutif d’un imaginaire dominant, celui de l’islam. Ce qui pourrait sembler n’être que pure barbarie, n’est en fait que l’application de normes islamiques, et ce quels que soient les pays. Par exemple manger le foie de l’ennemi tué. Tout musulman sait en effet que pareille mésaventure arriva à l’oncle du Prophète Mohamed, Hamza b. Abdalmouttalib, et que depuis cette époque, dans des périodes de djihad, de pieux combattants, sans doute par vengeance, font subir le même sort à leurs victimes. L’acte chirurgical doublé de cannibalisme, filmé en direct, il y a quelques années en Syrie, émut le monde entier, mais a été pratiqué sous toutes les latitudes par toutes sortes de djihadistes. En Algérie, il y a quelques années, par les djihadistes du GIA, autant que par ceux de la  »guerre de libération ».  Et cet imaginaire formaté par l’islam, est dès l’origine marqué au fer rouge de la judéophobie. Car si le christianisme s’est fondé sur la mort de Yeshoua, l’islam lui a pour crime fondateur celui du massacre des 900 Juifs de la tribu des Banu Qurayza (‘’en âge de se raser’’, précise la biographie du prophète, la Sîra d’Ibn Ishaq), de par la main armée d’un poignard du prophète lui-même. L’épisode du hammam de Constantine (les Arabes n’y vont aux mêmes heures que les Juifs, à cause de… ‘’leur odeur’’) montre combien profondément la judéophobie structure l’inconscient collectif musulman.

Faux nationalisme. Tout ce qui vient d’être noté – Dans ‘’La dimension religieuse de la guerre d’Algérie’’ (Editions Atlantis, 2018, Allemagne), l’historien de la guerre d’Algérie, Roger Vétillard, en donnent ‘’45 preuves’’ –  dit assez qu’en Algérie, comme dans le reste du monde musulman, la surenchère du religieux vise à pallier l’insuffisance voire l’inexistence d’une conscience nationale. Un chef militaire fell , Si Abdallah, témoigne : « Nous n’arrivions pas dans une mechta en soldats révolutionnaires mais en combattants de la foi et il est certain que

l’islam a été le ciment qui nous permit de  sceller notre union… Les nationalismes du monde musulman ont toujours été des nationalismes contre, contre la puissance non-musulmane (l’impérialisme ottoman, n’est jamais perçu comme un colonialisme, parce que musulman). Ils n’ont jamais été des nationalismes pour, pour l’édification de sa propre nation, comme l’ont été les nationalismes européens du 19eme siècle.

Aussi pour justifier l’option militaire, les dirigeants fells diront-ils qu’ils n’avaient plus d’autres moyens d’exprimer leurs revendications. Ce qui est totalement faux, puisqu’à partir des années 20, le mouvement politique et social est en croissance continue (nombre de partis, de syndicats, d’associations, journaux, revues, meetings, manifestations politiques et artistiques, etc…), ce qui laisse entrevoir une voie pacifique vers l’indépendance avec l’ensemble de ses populations…

 

 

JP LLEDO 23-01-2019

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Alger Casbah 1959

Posté par lesamisdegg le 18 décembre 2018

Choses vues dans la cabah-II- Expédition rue du Diable et aux trémies de la rue des Zouaves

      M. Moussa, qui doit me guider dans ma randonnée à travers la Casbah, est exact au rendez-vous. M. Moussa est fonctionnaire; il contrôle à longueur de journée le travail des âniers dans la haute ville depuis trente ans. C’est dire qu’il a vu défiler toute une génération d’âniers et d’innombrables petits ânes au cours de sa carrière.

Je fus jadis, en compagnie de mon camarade le grand peintre Jean Launois, un familier de la Casbah. Nous la parcourions en tous sens durant les années heureuses, et nous y comptions de solides amitiés : Postillon, le commissaire borgne des dames de petite vertu de l’endroit; José, mon vieil ami gitan; Jean le Maltais, qui tenait une cave au comptoir de laquelle se présentait chaque jour un énorme bourricot, équipé de ses chouarris.Cet âne avait été gratifié, un matin, par un des clients de la cave, d’un morceau de sucre. Il s’en était régalé et depuis, chaque jour, il faisait irruption dans l’établissement de Jean pour réclamer sa ration. Deux autres ânes faisant équipe avec lui l’attendaient patiemment au bas de la rue. Ce manège avait duré cinq ans, ce qui représente un nombre respectable de morceaux de sucre…

 

l'asnier ouargli  , chiari et bourriquot

l’asnier ouargli , chouari et bourriquot

 

M. Moussa se souvenait fort bien de cette histoire. A son tour, il évoqua l’aventure de « Il est fort », un bourricot qu’on avait surnommé ainsi à cause de sa prodigieuse vitalité. Celui-là ne se contentait pas d’un simple carré de sucre : il exigeait du pinard ! Cette déplorable habitude lui était venue du jour où, descendant la rue de la Casbah, il avait eu la fantaisie de tremper ses babines dans la cuvette aux trois quarts pleine de vin où « Messaoud », le mouton-fétiche de « La cave des amis » (un autre phénomène), était accoutumé à venir se désaltérer. Cette cuvette, destinée à recueillir les gouttes s’écoulant du robinet de bois d’un tonneau mis en perce pour la vente de vin au détail, se trouvait toujours à même le sol, à l’entrée de la boutique. Tout le quartier en avait bien ri, mais « Il est fort » avait vu son surnom troqué contre celui de « kilo ». Ce dont il se moquait éperdument, les ânes ne comprenant rien au pataouette. Cependant, de telles facéties ne sont point en honneur chez les ânes du dépôt Nord. Il s’y rencontre encore quelques loustics, mais qui se contentent de fouiller de leur museau les chouarris de leurs coéquipiers pour y cueillir quelque croûton de pain ou quelque reste de macaronis. Ce qui est anodin…

La plupart des âniers sont originaires d’Ourgla, l’oasis des ânes. Les Ouarglis montent à dos d’âne très jeunes, et s’ils apprécient les qualités de ces animaux, ils en connaissent fort bien les défauts. Et les ânes le savent bien qui ne se font pas prier pour obéir docilement aux injonctions gutturales de leurs maîtres. Pour un bourricot, « Harrré…hi » signifie : avance ; « Ohhôôô » signifie arrête ! Encore faut-il savoir lancer ses commandements avec énergie et avec l’intonation désirable sans quoi, ouallou ! L’âne n’en fait qu’à sa guise ! M. Moussa, lui, est né plus au Nord. Il est originaire de Ghardaïa, pays où les gens se consacrent traditionnellement au négoce. Il a choisi d’être fonctionnaire. C’est un sage…

Après une rapide prise de contact, dans la haute Casbah, avec le chef d’îlot qui abrite ses services dans une minuscule pièce dotée d’une table et d’un téléphone qui le tient en liaison constante avec le dépôt, nous partons à la recherche d’une des équipes assurant le nettoiement de la Casbah. La centaine d’ânes valides qui constitue l’effectif actif du dépôt y est répartie par équipes de trois.     Chaque équipe a la charge de six rues dont elle connaît admirablement la topographie, le même secteur étant affecté une fois pour toutes à la même équipe. Nous choisîmes pour la circonstance un secteur au relief mouvementé : celui de la rue du Diable, qui porte bien son nom. Lorsqu’on en gravit les marches, tout en haut, on aperçoit pourtant, à la sortie du tunnel qui la couvre entièrement, un petit coin de ciel bleu. Mais lorsqu’on en dégringole les marches, il fait sombre, on risque à chaque instant de se rompre le col et cette « descente aux enfers » ne manque pas d’être impressionnante. Au moment où nous y arrivons, un petit âne s’apprête à tenter l’escalade. L’air goguenard -je me trompe peut-être en prêtant aux ânes des sentiments qu’ils n’ont jamais eus- ses deux compagnons d’équipe se sont effacés pour le laisser partir seul à l’assaut de la rue du Diable. Il en est ainsi chaque fois qu’une impasse débouche -tel un affluent- sur la ruelle principale. Un seul âne suivi de l’ânier pénètre dans l’impasse, tandis que ses co-équipiers attendent patiemment, dans la rue, son retour pour éviter d’irrémédiables embouteillages. Un énergique « Harrré…hi » ponctué d’un coup de baguette fait comprendre à notre bourriquet que le temps des tergiversations est passé, et c’est poussé par son ânier qu’il se décide enfin à gravir les premières marches. Mais les chouarris obstruent le passage et une vieille Mauresque qui descend ne doit son salut qu’à la rapidité avec laquelle elle s’est plaquée contre la muraille. Suit un concert de protestations indignées qui ne troublent en rien l’ânier et son âne grimpant obstinément la ruelle. Seul, maintenant, le bruit des poubelles vides heurtant le sol parvient jusqu’à nous, et ce n’est que quelques minutes plus tard qu’apparaîtront deux points brillants trouant l’obscurité. Ce sont les yeux de l’âne qui redescend en assurant posément ses pattes sur chaque marche pour ne pas être entraîné par le poids des chouarris pleins à ras-bord. De son côté, pour faciliter la manœuvre, l’ânier remplit l’office de frein. Il retient de toute sa force le bourricot par la queue… Il en ira ainsi chaque jour où les mêmes scènes se renouvelleront dans chaque ruelle de la Casbah.

 

rue du diablerampe des zouaves

rampe des zouaves

 

Puis, les chouarris remplis-ce qui représente un poids de 80 kilos environ par bourricot-, les équipes s’achemineront à petits pas vers la trémie de la rampe des Zouaves où s’effectue la collecte des ordures. Le spectacle y est assez divertissant. Des files d’ânes font la chaîne devant la plate-forme de la trémie, avant de déverser le contenu des chouarris dans l’orifice du tuyau aboutissant aux camions de maraîchers stationnés en contre-bas. En attendant de se présenter à reculons, sans qu’on les en prie, devant la trémie, les petits ânes goûtent des instants de repos qu’ils mettent à profit pour se régaler de quelque tranche de pastèque piquée dans le chargement du voisin.

Quant aux âniers, ils profitent de cette détente pour plaisanter : « Ya Hamou! Combien as-tu récolté de petites cuillers ce matin, dans ton sac? «  (Les âniers portent, suspendu à la ceinture, un petit sac destiné à recevoir tous les objets hétéroclites égarés dans les poubelles par les ménagères distraites.). Hamou de répondre en découvrant ses dents blanches : « Toutes celles que tu n’as pas ramassées en faisant ta tournée, ya H’amar, car toi, tu dormais debout, ce matin.  Ce qui, d’après les dires d’un troisième larron, n’avait absolument pas d’importance, car dans le monde des âniers on sait bien que les ânes sont capables de se diriger seuls, et même de guider leur maître. J’avais l’occasion, le soir même, de vérifier l’authenticité de cette boutade en assistant à la rentrée des ânes.       Une fois débarrassées de leurs chouarris, les bêtes se dirigeaient seules, en effet, dans les écuries, vers leurs places respectives où les attendait dans leur mangeoire une abondante ration de paille fraîche et d’avoine, récompense bien méritée de leurs bons et loyaux services.

Charles Brouty  (textes et dessins de l’auteur 1959) 

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Purée de nous z’ôtres !

Posté par lesamisdegg le 4 novembre 2018

En 1963, Robert CASTEL et Jacques Bedos écrivent une fantaisie musicale intitulée «Purée de nous z’ôtres» qui relate le retour d’un couple de Pieds-Noirs en France.

Créée au Théâtre des Trois Baudets, cette pièce sera donnée plus de cinq cents fois, Marthe Villalonga complétant la distribution.

 

Purée de nous z'otres

Purée de nous z’otres

 

« Purée de nous z’otres » racontait l’arrivée en France d’un couple de Pieds-Noirs. « Purée de nous z’otres » avait des résonances plus dramatiques que « La Famille Hernandez ». Après huit ans de bombes, nous étions 1 million à quitter la patrie pour rejoindre la mère patrie, à vivre un exil . Nous avions du chagrin, de la nostalgie, mais pas d’amertume, et aucune visée politique. Cela dit, nous avons peut-être su montrer que la communauté était digne de respect, à une époque où Cinq Colonnes à la Une, et beaucoup d’autres émissions, esquintaient les Pieds-Noirs. Le message, inconscient, résidait dans la douleur de laisser de l’autre côté de la Méditerranée nos souvenirs, nos terres, nos maisons et nos morts.

R. Castel -Le nostalgérien 01/05/1997

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1er novembre 1954 , l’Algérie c’est la France !

Posté par lesamisdegg le 2 novembre 2018

M. Pierre Mendès France

Président du Conseil, ministre des Affaires étrangères

Le 12 novembre 1954 …Il n’y aura aucun ménagement contre la sédition, aucun compromis avec elle, chacun ici et là-bas doit le savoir.

Les départements d’Algérie constituent une partie de la République française. Ils sont français depuis longtemps et d’une manière irrévocable.

Leurs populations jouissent de la citoyenneté française et sont représentées au Parlement …/…Entre elles et la métropole il n’y a pas de sécession concevable. Cela doit être clair une fois pour toutes et pour toujours aussi bien en Algérie et dans la métropole qu’à l’étranger.

Jamais la France, aucun Gouvernement, aucun Parlement français, quelles qu’en soient d’ailleurs les tendances particulières, ne cédera sur ce principe fondamental. » …/…

 

l'Algérie c'est la France !

l’Algérie c’est la France !

 

 

La parole est à M. le ministre de l’Intérieur

M. François Mitterrand, ministre de l’Intérieur

(12 novembre 1954, même séance)…/…

 

Mesdames, messieurs …/… C’est ainsi que, dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, des attaques à main armée, des attentats à la bombe, des sabotages de lignes et de voies de communication, des incendies enfin ont eu lieu sur l’ensemble du territoire algérien, de Constantine à Alger et d’Alger à Oran.

Je prétends qu’actuellement certains doivent cruellement méditer sur le déclenchement hâtif de l’émeute, qui les a précipités dans une aventure qui les conduira à leur perte. Voilà donc qu’un peu partout, d’un seul coup, se répand le bruit que l’Algérie est à feu et à sang.

Eh bien ! Non, cela ne sera pas, parce qu’il se trouve que l’Algérie, c’est la France !

Telle est notre règle, non seulement parce que la Constitution nous l’impose, mais parce que cela est conforme à nos volontés. C’est là notre vérité, l’axe de notre politique. C’est pourquoi il n’est certes pas contradictoire qu’on traite, lorsque cela paraît nécessaire, à Genève, et qu’on se batte parce que cela est également nécessaire dans l’Aurès ou en tout lieu où on tentera d’abattre, de détruire, de s’attaquer à l’unité de la patrie …/…

 

 

 

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HARKIS soldats d’Algérie française

Posté par lesamisdegg le 25 septembre 2018

LE  MASSACRE  DES  HARKIS

Héros pour les uns, traîtres pour les autres, l’histoire des harkis est mal connue des Français. Dans le langage courant, on désigne aujourd’hui sous le nom de harkis toutes les catégories de supplétifs de la guerre d’Algérie : harkis, moghaznis, Groupes Mobiles de Sécurité (GMS), Groupes d’autodéfense (GAD) et auxiliaires de la gendarmerie, à l’exclusion des appelés et des militaires sous contrat.

C’est en janvier 1955 que, pour les besoins de guerre d’Algérie, virent le jour les premières unités musulmanes, en l’occurrence 30 goums de 100 hommes : les Groupes mobiles de protection rurale (GMPR), qui deviendront ensuite Groupes Mobiles de Sécurité (GMS), comparables à nos Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS).

Le 5 septembre 1955, le gouverneur Jacques Soustelle créera les sections administratives spécialisées (SAS), chargées d’encadrer les zones rurales. Protégées par un maghzen de 25 à 50 moghaznis, 700 SAS seront créés et complétées par 30 sections urbaines (SAU). Elles contribueront à l’armement de 2000 villages en autodéfense. Les moghaznis seront 20 000, en 1962.

Le 8 février 1956, les premières harkas destinées à participer aux combats, voient le jour. A partir de 1957, las de la tyrannie du FLN qui multiplie les sévices à l’encontre des populations autochtones du bled : enlèvements, rançons, égorgements, razzias sur les douars, sévices multiples et raffinés, les habitants vont se soulever et rejoindre en masse l’armée française. 114 GMS seront créés, soit 19000 hommes, ainsi que 700 sections administratives spécialisées et urbaines (SAS et SAU).

En décembre 1958, à l’initiative du général Challe, le nombre des harkis passera de 28000 à 60000. Ils formeront d’efficaces groupes de combat œuvrant au plus près des soldats d’élite, paras et légionnaires et commandos. Par ailleurs, 2000 douars représentant 55000 hommes armés, seront placés en autodéfense, soit un total de 223000 soldats autochtones qui combattront sous l’uniforme français avec une efficacité et une ardeur reconnues de tous…

S’étant engagés davantage pour la défense de leurs familles que pour la solde, les supplétifs étaient opposés à la conception totalitaire du parti unique du Front de Libération Nationale (FLN). Ils faisaient confiance à l’armée pour faire évoluer l’Algérie dans un sens démocratique et égalitaire et, surtout, pour faire obstacle à la terreur du FLN qui s’imposait, notamment de nuit, dans les villages. Le rappel du général Challe en mars 1960 ne permit pas de mener à bien son projet de Fédération des Unités Territoriales et des autodéfenses, qui auraient constitué un parti français opposé au FLN.

Fin 1958, la guerre est pratiquement terminée sur le terrain. Le FLN, exsangue, ne se maintient plus que par ses attentats sournois et barbares. R. MADAOUI, alors officier de l’Armée de Libération Nationale (ALN), rejoindra, comme sous-lieutenant, une unité régulière de l’armée française dans l’Ouarsenis puis, plus tard, les rangs de l’OAS. Il écrira : « L’espoir est si grand que la Wilaya IV (la plus puissante et la sienne) pavoise aux couleurs de la France, que les rebelles cessent les attentats et déposent leurs armes devant les mairies ». Ainsi, les fellaghas, eux-mêmes, sûrs de leur impuissance, brandissent des drapeaux français dans leurs repaires…

L’ex officier de l’ALN, Ali BOUZIANE, qui rejoindra les harkis du fameux « Commando Georges », unité crée par le Colonel BIGEARD, écrira sur ce point : « La population, qui était notre raison de combattre et notre soutien, nous abandonne. J’ai confiance en De Gaulle, et mes frères dans le maquis aussi. Nous avons été trompés, et l’Algérie heureuse, nous la ferons avec lui ».

De Gaulle, désormais installé à l’Elysée, reçoit le Bachaga BOUALAM qui lui dit : « Mon général, donnez-moi 500000 harkis, et vous pouvez renvoyer tous les appelés chez eux ; je vous garde l’Algérie à la France. » De Gaulle ne répondra mot et, contre toute attente, se prononcera pour l’intégration, solution utopique que ni les Musulmans, ni les Européens, ni les militaires, ne croient.

En janvier 1959, De Gaulle, élu Président de la République, gracie, à la surprise générale, 150 terroristes condamnés à mort pour crimes de sang et en libère 7000 autres. Ces mesures (ressenties comme une marque de faiblesse par la population autochtone et les unités supplétives) jettent le trouble parmi elles, ce qui fit dire au chef d’une harka du 20ème BCP : « Le général De Gaulle n’a rien compris aux fellouzes ».

En Septembre 1959, après le célèbre discours de De Gaulle sur l’autodétermination, le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) déclarera : « Ce discours est notre 1ère victoire politique ».

Le 10 juin 1960, le colonel de l’ALN, SI SALAH, chef de la wilaya IV (Algérois),  décide de faire un putsch contre le GPRA et, reçu avec ses adjoints, les commandants Si Mohamed et Lakhdar à l’Elysée par De Gaulle, ils lui annoncent la reddition dans un premier temps des trois quart des combattants de l’ALN. Mais De Gaulle, ne voulant déjà plus entendre parler de l’Algérie française, leur opposera une fin de non-recevoir et ses services, par la voix d’Edmond Michelet, informeront le Ministre des Affaires extérieures du GPRA, Krim Belkacem de cette proposition de reddition. Commencera alors une purge sanglante « à la Amirouche » au sein de leurs partisans qui ne connaîtront aucune clémence de la part des « frères » installés en Tunisie. Le secret de cette entrevue avec le Maître de l’Elysée devant être rigoureusement gardé, tout sera mis en œuvre pour éliminer définitivement les derniers témoins et Si Salah et Si Mohamed seront tués par les troupes françaises dans des conditions plus que curieuses…

Après l’échec du putsch d’avril 1961, les harkis, soucieux, désemparés et amers, répèteront inlassablement à leurs chefs : « Il fallait déclarer la mobilisation générale en Algérie, faire une levée en masse de harkis, renvoyer tous les appelés chez eux, et on avait le monde entier avec nous. »

Mai 1961, nouvelle décision désastreuse du général président qui atterrera les Musulmans fidèles à la France : La trêve unilatérale accompagnée de la libération de 6000 fellaghas. Dès lors, l’ALN exsangue, forte de ces renforts successifs, va se reconstituer et reprendre de plus belle ses actions meurtrières sans réelle opposition des troupes françaises privées, par ailleurs, d’une partie de leurs unités d’élite dissoutes au lendemain de l’échec du putsch. A partir de ce moment, les supplétifs comprendront que, pour eux, c’est la fin et les premières désertions verront le jour -1 pour 1000 -.

En janvier 1961, le général Crépin, successeur de Challe, avait promis que les harkis, considérés comme vainqueurs, auraient la première place dans l’Algérie future, et qu’ils resteraient groupés et armés pendant un an après le cessez-le-feu. Mais, dès l’été 1961, le gouvernement décida d’amorcer la réduction des effectifs des harkas et des autodéfenses et de « civiliser » les SAS, alors que Challe leur avait confié la responsabilité opérationnelle des Quartiers de Pacification.

Les promesses de Challe (emprisonné) et de Crépin ne seront pas tenues et les négociateurs français d’Evian se préoccuperont très peu de l’avenir des musulmans fidèles à la France… Cependant, avec une inconscience révoltante, les déclarations officielles continuaient de pleuvoir. Dans une homélie fracassante, le général Gambiez s’était écrié à l’adresse des harkis : «Vous avez mené le bon combat. Soyez sans crainte, la France ne vous abandonnera pas ! » Et dans une déclaration aux cadres, Pierre Messmer, le ministre des armées, affirmait avec solennité : « Pour rassurer ceux qui combattent et se sont engagés à nos côtés, nous devons leur répéter la volonté de la France de n’abandonner aucun de ses enfants. »… Cela s’adressait aux Musulmans servant sous l’uniforme français.

Pourtant le dégagement militaire avait commencé depuis le mois de juin 1961 par le rapatriement de deux premières divisions et l’évacuation de 1000 postes de protection de la population du bled. Mais afin de rassurer les consciences, on continuait d’assurer avec une apparente conviction qu’en aucun cas la population civile n’aurait à souffrir de ces mesures ou à voir sa sécurité diminuer…

Quel leurre ! Pauvres Musulmans ! Vous avez accepté de faire partie des groupes d’autodéfenses, encouragés en cela par le sous-préfet ou le commandant de secteur : Vous serez mutilés puis égorgés ! Vous vous êtes engagés dans les GMS ;  vous êtes devenus harkis ou moghaznis, c’est-à-dire soldats de la France : Vous serez tués à la hache ou écorchés vifs! Vous étiez des fellaghas repentant, ralliés à la France, et le colonel Bigeard –bientôt général !- vous avait désignés pour le fameux commando Georges : Vous aurez les yeux crevés, les mains coupées, vous serez traînés dans les rues sous les huées d’une foule déchaînée et vous périrez après d’horribles tortures !

Ce fut un des grands mensonges de ce drame algérien qui en avait vu tant, mais d’autant plus odieux qu’il couvrait l’abandon et la mort d’innombrables Musulmans livrés à la vengeance du FLN.

Ces hommes étaient pourtant encore des Français, couverts et en principe protégés par les lois et par l’Etat français qui leur demandait  depuis des années de lui faire confiance. La conscience la plus élémentaire eut semblé devoir au moins amener le Pouvoir à informer le pays des mesures décidées et de toutes ses conséquences. Et ce fut une bien piètre et honteuse satisfaction que de se dire qu’en lui dissimulant, on avait épargné sa responsabilité…

Mais qui aurait pu penser, en Métropole, que depuis sept ans des soldats Musulmans pourchassaient sans répit les fellaghas, que depuis sept ans ils mouraient pour la France et l’Algérie française… et que depuis des mois on cherchait à faire oublier –comme jadis en Indochine- leur existence ? Pendant que le silence les recouvrait, les projecteurs étaient braqués sur les dirigeants du FLN, assassins en puissance qui se pavanaient désormais dans les salons français et qu’il fallait à tout prix transformer pour l’opinion en hommes d’Etat, déjà partenaires et bientôt alliés.  Si les sphères dirigeantes ne savaient plus comment cacher cette nouvelle situation, le GPRA n’ignorait pas qu’il ne pourrait leur imposer son autorité que si auparavant, l’armée française les eût désarmés. Certains de ses membres reconnaissaient, qu’ils seraient, d’une manière sûre, trois millions à suivre activement et spontanément un mouvement que l’évolution de la situation provoquerait en faveur de la France. Ces hommes, ces Français, ces compatriotes, n’étaient pas un mythe. Ils étaient une réalité vivante.

Du coup, l’Elysée prit peur. Il fallait à tout prix désarmer ces hommes trop zélés qui s’imaginaient encore pouvoir rester français… Le 4 Mai 1962, lors du Conseil des Ministres, De Gaulle déclara : « Les harkis, ce magma dont il faut se débarrasser sans attendre  (sic, Alain Peyrefitte)».  Et ce fut, alors, l’ignoble campagne de désarmement, la conclusion du pacte tacite conclu entre le Pouvoir et le FLN…

Après avoir évacué les postes militaires du bled et les avoir remis, intacts, aux ennemis d’hier, la troupe reçut l’ordre de désarmer les autodéfenses. Pour ces pauvres gens qui avaient eu confiance en la parole de la France et en ses officiers, la restitution des armes signifiait la mort à plus ou moins brève échéance. Sans doute, que les militaires avaient reçu des ordres stricts. Sans doute, ils se devaient d’obéir à ces ordres. Mais le serment de jadis de conserver l’Algérie à la France et de protéger cette population n’avait-il pas été prononcé ?

A tous ces hommes désormais voués à la vindicte du FLN, il fallait ajouter ceux qui s’étaient engagés politiquement sans pour autant revêtir l’uniforme. Qui publiera jamais le nombre de maires, délégués spéciaux, conseiller municipaux, élus de tous ordres et fonctionnaires qui avaient déjà payé et qui paieraient encore de leur gorge tranchée, leur loyalisme ? Ceux qui s’étaient engagés volontairement du côté de la France connaissaient que trop l’article peu répandu de la charte issue du congrès de la Soummam qui les vouait avec leurs familles à la liquidation physique, pour trahison. Et les milliers d’assassinés depuis 1954 étaient la triste preuve que les Melouza (où le FLN massacra plus de 300 personnes en une seule nuit) n’étaient pas le produit de l’imagination…

Dès lors, désarmés, livrés sans défense à la vindicte du vainqueur, le génocide des harkis commençait… Dans le bled où le drapeau vert et blanc remplaçait désormais le tricolore, les Musulmans qui avaient toujours été fidèles à la France s’accrochaient désespérément aux camions militaires français et, à bout de force, tombaient en pleurant dans la poussière de la route. Ce sont des images que seuls ceux qui ont une conscience ne pourront de sitôt oublier…

Désormais, maîtres du bled (et bientôt du pays), forts de leur immunité et de leur impunité, les fellaghas se ruaient à la curée… En dépit des informations alarmantes qui lui parvenaient quotidiennement, le gouvernement français demeura inerte. Pire ! Il participa indirectement à ce génocide en livrant, lui-même, ces pauvres gens à la hache et au couteau des égorgeurs après que Louis Joxe (père de l’ex Ministre de l’Intérieur socialiste, Pierre Joxe), rédigea par deux fois leur condamnation à mort.

« Télégramme n° 125/IGAA – 16 mai 1962 / Ultra Secret / Stric. Confidentiel.             Ministre Etat Louis Joxe demande à Haut-Commissaire rappeler que toutes initiatives individuelles tendant à installation métropole Français Musulmans sont strictement interdites. En aviser urgence tous chefs S.A.S. et commandants d’unités. »                       Signé : Louis Joxe

Directive de Monsieur Louis Joxe, Ministre d’Etat :  « Je vous renvoie, au fur et à mesure, à la documentation que je reçois au sujet des supplétifs. Vous voudrez bien faire rechercher, tant dans l’armée que dans l’administration, les promoteurs et les complices de ces entreprises de rapatriement, et faire prendre les sanctions appropriées. Les supplétifs débarqués en métropole, en dehors du plan général, seront renvoyés en Algérie, où ils devront rejoindre, avant qu’il ne soit statué sur leur destination définitive, le personnel déjà regroupé suivant les directives des 7 et 11 avril ».   Et conscient du caractère odieux de cette décision, l’honorable ministre avait ajouté : « Je n’ignore pas que ce renvoi peut être interprété par les propagandistes de la sédition, comme un refus d’assurer l’avenir de ceux qui nous sont demeurés fidèles. Il conviendra donc d’éviter de donner la moindre publicité à cette mesure. »                                                                                 15 Juillet 1962             Signé : Louis Joxe

Dans le même temps, le colonel Buis, ancien commandant du Secteur de Bougie, devenu général, écrivain et stratège prisé des médias, donnait depuis Rocher Noir des instructions aux termes desquelles il fallait limiter au maximum le départ des harkis pour la France. Conjuguée avec celles de Joxe, ces directives condamnèrent systématiquement ces pauvres gens. Dès lors leur avenir était tout tracé. Le gouvernement de Ben Bella allait s’en charger d’une manière expéditive…

- A Iri-Llabi, des hommes furent enterrés jusqu’aux épaules, et sur ces têtes posées au ras du sol, une meute de mégères fut invitée à jeter des pierres. Certaines victimes, le crâne fracassé du premier coup, cessèrent vite de souffrir. Mais d’autres mirent des jours à mourir dans de terribles plaintes allant jusqu’à effrayer les troupeaux de chacals qui rôdaient flairant le sang.

- Dans les Aurès, on coupa les mains et on creva les yeux des harkis et des tirailleurs abandonnés par les soldats français.

-  A Tiaret, on les attacha à des poteaux plantés sur les places publiques et on les fit écorcher lentement à coups de canif.

- A Orléansville, on jeta, vivants, ceux qui n’avaient pas pu fuir avec leur chef, le Bachaga Boualam, dans des cuvettes et des chaudrons d’eau bouillante.

- A Nemours, la harka de la demi-brigade de fusiliers marins fut exterminée dans des conditions effroyables. Tous furent émasculés puis ébouillantés.

- A Penthième (département de Bône), harkis et moghzanis furent décapités et leurs têtes exposées à l’entrée d’une cité. La consigne du FLN était de barbouiller de merde la tête de ces malheureux, consigne suivie par les enfants et surtout par les femmes.

- A Edgar-Quinet, village situé au pied de l’Aurès, les harkis du Commandant Guizien qui s’étaient ralliés au Putsch d’avril 1961, furent exterminés avec leurs familles dans des conditions effroyables.

Partout on fusilla après avoir torturé, on mura dans des bâtisses de pierres, on enterra vivants, on brûla sur des bûchers, on flagella, on égorgea, on roua de coups des victimes enfermées dans des sacs, membres liés. Dans le Nord-Constantinois, des femmes tuèrent même des captifs à coups de dents !…

Et dans toute l’Algérie ces mêmes scènes d’horreurs se renouvelèrent, ce qui fit dire au Commandant Pierre Granier : « On ne fusilla pas les moghzanis, on ne les pendit pas non plus. Simplement, des dizaines de fellagha les traînèrent par les pieds, par les mains, les frappant à coups de bâtons et de pierres. Ils moururent quarante-huit heures après dans d’indescriptibles souffrances… »

Ni Jules Roy qui avait stigmatisé l’action des parachutistes français lors de la « bataille d’Alger », ni Mauriac, ni Sartre, ni Monseigneur Duval, ni les communistes, ni l’Eglise, ni les gaullistes, ni les « humanistes », ni les soldats du contingent qui avaient hurlé leur haine de l’Algérie, ni les officiers français qui avaient livré ces martyrs à la vindicte publique, ni les associations prétendument humanitaires, ni Hervé Bourges grand ordonnateur de « l’année de l’Algérie en France », conseiller et ami de Ben Bella, ne s’émurent le moins du monde. Aucune de ces hautes consciences qui font résonner le monde de leurs sermons et tiennent toujours prêtes des pétitions couvertes de signatures, ne vit dans ces massacres la moindre atteinte à la dignité des hommes et à leur liberté.

Et l’horreur de la situation devint telle que le Lieutenant de Vaisseau Cucherat rejoignit les rangs de l’OAS et résuma dans un cri d’indignation à l’adresse des officiers Français toute cette tragédie : « Il n’y a pas en ce monde d’expiation qui puisse ressusciter les harkis ébouillantés, effacer les mutilations des suppliciés… réparer le suicide des pères désespérés, ou guérir les vieillards conduits à la folie par votre traîtrise et votre lâcheté. Il n’y a pas de drogue qui puisse endormir en vous cette honte et ce remords qui vous empêcheront de plus regarder jamais dans les yeux, à supposer qu’ils vivent encore, le chef de votre ancienne harka, ou le maire de votre regroupement, et tous ceux qui avaient cru en votre parole, s’étaient engagés derrière vous et à qui vous avez menti… »

José CASTANO

 

ada har 2018

 

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