ORAN mai 1962

Posté par lesamisdegg le 28 mai 2017

LA DERNIĖRE COMMUNION

 

Qu’elle était radieuse l’aurore de ce dernier dimanche de Mai 1962 à Oran !… Le ciel était tout blanc, d’une blancheur de gaze, où scintillaient des gouttelettes nacrées, pluie d’atomes lumineux dont la chute emplissait l’éther d’une immense vibration qu’on aurait dit minuscule. Tel une plume blanche, un nuage solitaire se courbait au-dessus de la ville, cette ville, hier si gaie, si propre, si belle qui, aujourd’hui, avait le visage gris des malades incurables, des cancéreux à quelques jours de leur mort.

Avec le mois de Mai étaient revenus les cortèges immaculés des premiers communiants, et dans cette époque de violence et de haine, il n’y avait rien de plus émouvant que ces enfants graves et recueillis, rayonnants de foi et vêtus de la blancheur des lys.

Parmi eux, se trouvait Sophie Dubiton, amputée d’une jambe et qu’on portait dans le cortège des communiantes. Elle avait été l’une des premières victimes du « boucher d’Oran », le général Katz, commandant le secteur autonome d’Oran qui avait donné la consigne à ses troupes essentiellement constituées de « gens sûrs », en l’occurrence de gendarmes mobiles, « de tirer à vue sur tout européen qui aurait l’audace de paraître sur une terrasse ou un balcon lors d’un bouclage ».

Les premières victimes du « boucher d’Oran » furent deux adolescentes de 14 et 16 ans : Mlles Dominiguetti et Monique Echtiron qui étendaient du linge sur leur balcon. Elles furent tuées par les gendarmes. Les projectiles d’une mitrailleuse lourde de 12/7 traversèrent la façade et fauchèrent dans leur appartement, Mme Amoignan née Dubiton, dont le père était déjà tombé sous les balles d’un terroriste du FLN, ainsi que sa petite fille, Sophie, âgée de deux ans et demi et sa sœur, Frédérique, âgée de treize ans qui, atteinte à la jambe, eut le nerf sciatique arraché et dut être amputée.

Pourquoi lui refuser, malgré l’atrocité de la situation, le droit à la robe blanche et à la douceur de la cérémonie ? Elle n’aurait pas compris, elle, petite victime innocente, quelle nouvelle punition on lui imposait après tant de souffrances imméritées.  Alors, toute parée, superbe dans ces blancheurs d’étoffe qui l’entouraient comme d’un rayonnement de candeur, Frédérique, se sentait enveloppée d’amour, réchauffée par les sourires lumineux de ses voisins et amis qui lui témoignaient leur tendresse et l’astre radieux, semblait une pluie d’or qui ruisselait de ses mains fines.

Et cette vision insolite de ces enfants encadrés de C.R.S !… parce que leur quartier étant bouclé par suite d’une perquisition générale, on n’avait pas le droit d’en sortir, sinon avec ces charmants messieurs. C’était grotesque et digne d’Ubu Roi ! Ces petites filles parées de blanc, se rendant vers l’aumônerie du lycée, ridiculisaient par leur innocence la faconde de ces matamores qui les accompagnaient d’un air soupçonneux. Pensez donc, si elles allaient emporter sous leurs voiles les tracts et les armes de l’OAS ! On massa les enfants, place de la Bastille, avec les mitrailleuses braquées sur eux. Et le chanoine, sur le devant de son église, bénit les communiants en disant :

« Aujourd’hui, pour venir ici vous avez dû franchir les armées ; vous avez franchi les armées de Satan ! Ne l’oubliez jamais ! Que cela vous reste comme le symbole, l’exemple de ce que vous devrez toujours être prêts à faire : franchir les armées du démon pour venir à la maison de Dieu. »

Après cette déclaration, le chanoine fut arrêté…

José CASTAÑO

mai 1962  la dernière communion

mai 1962
la dernière communion

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Pélerinage de l’Ascencion à Oran

Posté par lesamisdegg le 25 mai 2017

Les bonnes coutumes ne se perdent pas, à cela près que les pèlerins 1936 ne ressemblent en rien à leurs frères des années précédentes. Il n’était que de voir la majeure partie d’entre eux pour deviner le vœu qui avait été fait par tous les fervents de N.D. de Santa-Cruz :

« Si Dubois est élu, avait dit le chef de la famille, nous irons tous à pied remercier la vierge Marie. »

Et de fait, c’est au chant de l’Internationale que la plupart des fidèles se lancèrent à l’assaut de la chapelle, magnifiquement décorée pour la circonstance d’une faucille et d’un marteau gigantesques. Un peu partout, on croisait des groupes de jeunes hommes dont la pochette rouge n’excluait pas la foi. En ce jour de l’Ascension, ils s’en allaient au Fort ou à là Chapelle afin de graver sur la pierre, à l’aide d’un petit canif, la faucille et le marteau qui remplacent aujourd’hui le cœur traversé d’une flèche de nos jeunes années.

Tout près de la petite église, notre charmant confrère Paul Saffar, de Pathé-Journal, escorté d’un bataillon de jolies femmes « tourne » la montée des pèlerins. C’est la première fois qu’une firme cinématographique envoie un reporter pour filmer une actualité en notre ville. Et avant quinze jours, les Oranais pourront revivre, sur l’écran du Régent, les heures traditionnelles de l’Ascension.

Sous la voûte de la Chapelle, où ça sent la cire qui brûle et l’aisselle qui transpire, les fidèles se pressent. Il s’agit d’acheter des bougies préalablement bénites. Près de moi, une brave femme proteste :

« Mira que abuso ! A franco la vela ! Y tampoco da timbres de La Ruche ! »

- Regardez quel abus. Un franc la bougie et il ne donne même pas de timbres « La Ruche ».

La messe a lieu sur l’esplanade supérieure. C’est comme qui dirait, une messe-camping. Le prédicateur nous apprend que nous montons à Santa-Cruz pour remercier le Seigneur d’avoir sauvé Oran de la Peste de 1849. A cette époque, dit-il, la peste et le choléra faisaient des ravages dans notre population. Alors qu’Oran ne comptait que 25.000 habitants, on enregistrait 60 décès par jour. Les médecins ne pouvant rien contre le fléau, les autorités de la ville décidèrent de tenir un grand Conseil. Il y avait là le Préfet, l’Evêque et le Maire d’alors. Il y avait aussi le général Pélissier. Tout à coup, le général Pélissier se leva :

« Bougre d’andouille I s’écria-t-il cri s’adressant â l’évêque, il faut que ce soit moi qui trouvé le truc ! Ce n’est pourtant pas difficile ! On va monter à Santa-Cruz une statue de la Bonne Mère et on fera une procession. Avec ça, fini le choléra. »

Bravo, opina l’évêque; et en tous cas, si ça ne prend pas, on aura tout de même eu l’occasion de faire quelques quêtes.

Et aussitôt dit, aussitôt fait. Les malheureux qui se privaient de manger pour payer un médecin non estampillé par l’Eglise, versèrent à Monseigneur le prix d’une visite. On fit faire une vierge grandeur nature et, au cours d’une procession monstre, on la porta à Santa-Cruz.

Là-dessus, l’évêque chanta. Tout de suite après -c’était fatal- la pluie tomba. Et quand les Oranais descendirent en ville, c’était fini. Oran était sauvé !

Mais hélas, mes très chers frères, continue le collègue de l’Abbé Lambert, nous subissons aujourd’hui un mal beaucoup plus grave que la peste et le choléra. C’est l’odieuse révolution qui fait des ravages considérables de par le monde et qui menace d’exterminer l’univers si nous ne réagissons pas. Mes très chers frères, méfiez-vous des révolutionnaires comme de la peste et du choléra, et demandez tous à la Sainte-Vierge de nous préserver de ce nouveau fléau. Ainsi soit-il, préparez-vous pour la quête !

Une heure après, le même curé parcourait les sentiers qui entourent la chapelle, et, agitant une petite sonnette, il appelait les fidèles à intervalles réguliers : Tout le monde sur l’esplanade pour la messe ! Je pensais à un steward qui appellerait les passagers d’un transatlantique à l’heure de midi : Deuxième service pour les secondes ! Au fond, ne se ressemblaient-ils pas comme des frères, et ne nous mènent-ils pas tous les deux en bateau ?

Fortuné LEBIDOIS, ancien enfant de chœur

Oran spectacles… Hebdomadaire satirique

 

Pathé-journal

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procession

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cierges

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chapelle

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CRACCIATORE « jeune » ou le cracheur d’Alger

Posté par lesamisdegg le 7 mai 2017

 

Honni soit qui crache !

texte et dessin de  Jean BRUA

texte et dessin de Jean BRUA

Après les « costumes de l’haine » des z’hérauts de l’anticouillonialisme, nous voici sous le déluge de cracheurs algériens haut-placés.

Dodièze n’étant pas homme à ouvrir le parapluie, voici, en exclusivité de fin d’année, la salve rabiatique qu’il tire en l’honneur de la réélection du président le plus expectorant de la nouvelle Algérie.

DODIÈZE – T’l'as pas connu çuilà de Blida qu’on l’appelait Guillaume Tell par rigolade ?

J.-B. – Non, mais j’aimerais savoir ce qui – à part la proximité de l’Atlas blidéen du même nom – lui avait valu un sobriquet aussi flatteur. Était-il champion de tir à l’arc ? à la pipe de terre ? au taouette (1) ? à la boule de pétanque ?

DODIÈZE – Ouallou partout. Guillaume, c’était son vrai prénom. Mais « Tell », pasqu’il était le nass de nass (2), pas de tout ça que tu dis toi, mais d’une autre chose de la cour d’école ou de la rue que c’était pas non plus le foot, les noyaux z’abricots, les billes ou le gendarme-voleur…

J.-B. – Diable ! Je bous de savoir quoi…

DODIÈZE – Tu bous, mais tu brûles pas… Y alors ?… Non ? Eh ben, t’i'as jamais fait le concours de crachat, toi ? C’est pas la peine que t’i'es-t-allé à l’école plus longtemps que moi !

J.-B. (vesqué) – Permettez, permettez ! Je suis encore capable de tirer à quatre mètres sans élan…

DODIÈZE – Quat’ mèt ! Zec (3) ! Mon pôve, au moins le doube i’faisait, le canon à mollards de Tell, a’c le claquement d’la langue – plop ! – comme un coup d’percuteur ! Le roi du glaviot, il était, à Bablouette ousque son père i vendait des balais, des brosses et des serpillières, assaoir si c’était pas pour nettoyer ça qu’i salissait le fils. Et en pluss d’la longueur, j’te dis pas la précision : la toupie en marche, les mouches au vol, le trou de serrure, qu’est-ce qu’il était pas capabe à flinguer, rien qu’a'c la bouche !

J.-B. (retournant le ricanement) – Ben voyons ! Et aussi la pomme sur la tête d’un copain, non ?

DODIÈZE (choqué) – La pomme, non ! Ça l’aurait été mal élevé, dégoûtant. Mais la cocotte en papier, en tir direct, à trois mèt’, i te la lévait de la tête kif-kif un chapeau. (Soupir) Le pôve Guillaume, il a resté à Saint-Ugène (4). En tout cas, i serait content de oir que son sport, lui, il est pas mort. Et même qu’il a venu international.

J.-B. – Ne me dites pas que la discipline va entrer aux Jeux olympiques. Je plaindrais les juges et les arbitres…

DODIÈZE – Justement, question d’arbitres. Chouf (5) l’affaire Barthez. La vérité, c’est que quand il a craché dessur l’arbitre marocain, il était hors-jeu.

J.-B. – Que me chantez-vous là ? Un gardien de but ne peut pas être hors-jeu.

DODIÈZE – Au foot, non, mais à la crache, oui. À moins d’un mèt, antantion le sifflet ! S’il aurait craché d’un peu pluss loin, le fartass (6), jamais l’arbite il tape le rapport à la Fédération et y’a plus le coup de suspension et les travails forcés…

J.-B. (corrigeant) – Travaux d’intérêt général.

DODIÈZE – Si tu veux. En tout cas, à ça qu’on m’a dit question des intérêts générals, tous les petits des écoles de foot ousqu’il a travaillé aouf (7) Barthez pendant six mois, i z’ont profité d’la leçon : de tant qu’i se sont entraînés dessur les silhouettes en carton, pas un i rate un arbite à trois mèt’, méteunant !

J.-B. – Je suis content de voir que votre sens de la dérision est intact. Votre version de l’affaire Barthez pourrait servir de mot de la fin…

DODIÈZE – Mot de la fin, minute. On l’a pas encore parlé du champion toutes catégories.

J.-B. – Plus fort que votre « Guillaume Tell » et que Barthez ?

DODIÈZE – Ou’Allah (8) ! Un qu’il est capabe à cracher par-dessur la mer sans fatiguer, comme si ça s’rait une mitrailleuse Hoskitch que sa bande de cartouches elle traîne jusqu’ à Tamanrasset, au moinss ! P’touh ! dessur la France ; p’touh ! dessur les z’harkis ; p’touh ! dessur les Pieds-Noirs. Plus mouillé que nouzôtres, tu meurs noyé comme si ça s’rait de l’ouragan Katrina ! Qué rabia que tout le monde i font semblant de rester secs de cette baffagne ! Dommage qu’il est plus là mon copain Tell pour la réponse, ou alors ce cracheur talien que ton père il avait inventé dans le jornal pour se payer la tête à Mussolini, en 1943, tu t’arapelles ?

J.-B. – Bien sûr. Il l’avait appelé Cracciatore (9).

DODIÈZE – Eh ben oilà. Pendant la guerre on l’avait Cracciatore. Méteunant que c’est la paix, on l’a son modèle réduit : Pouh ! teflika !

Jean BRUA

Splications

1) Taouette : contraction de tire-boulette (lance-pierre à élastique)

2) Nass de nass : as des as  3) Zec ! (ironique) : mazette !

4) Saint-Ugène (pour Saint-Eugène) : principal cimetière européen d’Alger

5) Chouf : vois, regarde 6) Fartass : chauve 7) Aouf : gratis 8) Ou’Allah : sur Dieu ! (ma parole d’honneur)

9) Cracciatore : cracheur mythique de l’armée mussolinienne dont Edmond Brua avait fait le héros d’une fable.

Les chroniques de Dodièze (1999-2005) ont fait l’objet d’un recueil (QUÉ RABIA !) aux éd. Jacques Gandini

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Le CABASSETTE et le COUFFIN

Posté par lesamisdegg le 17 avril 2017

Au fond d’un placard, le cabassette et le couffin s’ennuyaient beaucoup. Depuis qu’ils avaient quitté leur pays natal, ils ne sortaient plus du tout. Alors, ils se racontaient des histoires pour tromper leur ennui, surtout celles qui parlaient de leurs anciennes et nombreuses sorties, quand ils accompagnaient la famille au marché, en forêt ou en bord de mer.

 

Ainsi, à Pâques, on les remplissait de ce qu’il y avait de meilleur sur terre ; le cabassette disait qu’il transportait la soubressade, la calentica, le boutifar, les poivrons grillés, les anchois, les dattes et les figues sèches, les cocas, les mantécaos, sans oublier le bon selecto et le fameux Mascara.

 

Le couffin se vantait d’être plein de zlabias au miel, de douces oreillettes, de makrouts, de la belle mona, sans oublier les succulents rollietes. Ils étaient tellement lourds qu’ils n’en pouvaient plus, surtout s’il fallait tenir jusqu’à la forêt de Sidi-Ferruch ou la montagne des Lions, pleines de monde.

 

Là, au milieu des cris de joie, on commençait à les vider, les tramousses et les variantes étaient sortis en premier car, avant le repas, on sirotait bien sur l’anisette traditionnelle en trinquant à la bonne santé de tous.

 

Puis, au milieu d’une joyeuse ambiance, on déballait tout, et chacun se servait, tous les membres de la famille pouvaient commencer à se régaler.

 

Dans la soirée, pour le retour à la maison, le cabassette et le couffin maintenant si légers, pensaient à faire les courses dès le lendemain matin ; ils continueraient ainsi à déambuler dans les allées du marché où ils seraient remplis de ces bonnes choses qui faisaient leur fierté.

 

Bien longtemps après, alors qu’ils se lamentaient toujours, une main amie qui les avait bien connus, leur apporta un grand réconfort, et pour ne pas qu’ils tombent complètement dans les oubliettes, ils furent sortis du placard pour aller faire des commissions.

 

Réconfortés, ils purent se dire qu’on ne les avait pas laissé tomber, pour enfin revivre en pensant à la journée de la MONA.

 

In Connu 2012 05 19

le jour de la mona aux planteurs à ORAN- by PALLES-

le jour de la mona aux planteurs à ORAN- by PALLES-

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MONA-mouna-

Posté par lesamisdegg le 16 avril 2017

Après la « mére des batailles » et la « mère des bombes »  voici ………..

la MONA des MONES , la Mouna des Monèss !!

mouna Jean BRUA 2016

mouna Jean BRUA 2016

« Ma mère, ma sœur et les autes femmes de la maison, elles travaillent dedans les plats en terre vernite pluss que quat’jours pour faire les monès (1). Mon père qu’il est aveugue, le pôve, i donne un coup de main pourquoi la pâte elle fatigue de remuer. Chaque coup que je rentre dedans la cuisine pour oir, toutes les femmes elles m’engueulent à cause que je fais venir les gâteaux aigues.

« Allez, foutche (2) ! On l’a pas besoin de toi par ici ! » elle me dit Chicanelle, qu’elle a la colle du cerf-volant (3) jusqu’en haut les bras. Par-terre, c’est tout plein de l’eau, des peaux d’œuf, du gouillat (4), des peaux de la soubressade, des peaux du formage, des papiers de beurre et tout.

On s’a fabriqué pluss de trois qualités des gâteaux pour aller se les manger à la Pointe (5), tous ensemble. La mère à Nini, qu’elle travaille les guêtres, elle s’a porté la machine à coudre à le Mont-de-Piété et d’un peu ma sœur elle me chope la montre en argent du temps que je dors, pour se l’envoyer à la place Bugeaud (6).

De la castagne que j’y a foutue, j’y a sorti une oreille comme un beignet arabe :

- Vends-toi ton bracelet à toi et laisse la montre ici, bougue de voleuse !

Elle a fait fâché. Qu’ça m’fout, à moi ?

À présent, chaque coup que je me couche, je m’attache les effets à le fer du lit, et je m’embusque la montre en-dessous la paillasse. »


« Ma parole, les femmes elles font catholiques rien que pour les monès. Les monès, c’est pluss que quand on fait la première communion. On pense plus à les autes choses. Pour baliyer, laver le linge, les assiettes, arranger le lit, faire le manger, personne i marche.

À bon matin, chaque femme elle s’attrape son plat et vinga d’écraser la pâte, de monter les gâteaux dessur les planches en tendant qu’on s’les porte à le four. Les hommes i se nettoyent les petits barils ; i s’anrangent la guitare ; i s’attachent les couvertes pour faire la tente vec les bâtons. Après, i se louent le carrosse arabe (7) et i s’en vont soigir la place bonne à la mer, vec tout le bazar.

Moi, je fais le roseau (8) jusqu’à temps qu’on jette le signal qu’on commence la fête. Demain nous allons. Challah ! ».

1 Orthographe valencienne.

2 Fiche le camp !

3 La fabrication du cerf-volant utilisait une colle rudimentaire à base de farine.

4 Synonyme probable de « bagali ».

5 Pescade, évidemment.

6 Siège du Mont-de-Piété. Par parenthèse, le recours aux fonds de « ma tante » pour acheter de quoi faire la cassouela de Pâques donne une idée de la condition des « colons » babelouédiens de ce temps.

7 Voiture à bras.

8 Tirer la flemme.

Jean BRUA

 

 

 

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Printemps 1925 à ORAN

Posté par lesamisdegg le 21 mars 2017

Enfin, le beau temps est revenu. Dans le ciel de lapis-lazuli où voguent quelques nuages floconneux, pareils à un troupeau de nomades moutons, le soleil resplendit animant le paysage de ses rayons. C’est à présent qu’il fait bon se lever avant l’aurore.

Je ne connais rien de plus délectable que de partir vêtu d’un léger costume, mon chien fidèle trottinant à mes chausses, vers les hautes falaises qui dominent la Cueva del Agua et le Ravin blanc. L’air du large fortement saturé d’iode, pénètre en mes poumons, les dilatants d’extase. Sur les flots, là-bas, vers l’horizon s’attarde une buée légère, le dernier voile de la nuit. A mes pieds, au fond de l’abîme, les vagues, doucement, caressent les rochers. L’onde est transparente, d’un bleu d’émeraude, jamais troublé Le port s’éveille et la cité aussi. Dans les branches des ficus et d’un caroubier, les oiseaux pépient joyeusement. D’un petit jardin tout proche me parviennent les senteurs des fleurs printanières. Et je songe que la nature lance vers le ciel, vers l’Etre suprême, Dieu ou toute autre divinité, son encens, les doux parfums des fleurettes, et ses actions de grâces, les chants des oiseaux.

Le train siffle, soudain, sur les quais. La sirène d’un bateau lui répond. Aussitôt après, c’est le bruit incessant des treuils et des grues, les cris des portefaix, qui me parviennent vaguement, comme le clapotis des lames contre la falaise là, en bas. L’orient où stagnait un nuage effiloché se colore soudain, d’un ton d’orange mûre à point, tandis que le nuage s’empourpre tout à coup. Puis le disque du soleil, éblouissant, s’élance vers le zénith. J’entends là-bas, vers la place d’armes, le crissement aigu des roues des premiers tramways glissant sur les rails. L’heure de rejoindre le labeur quotidien étant proche je retourne au logis, l’esprit et le corps plus dispos.

José STÉFANI-POQUET

ORAN au printemps A. FERRANDO

ORAN au printemps
A. FERRANDO

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Pieds-Noirs et macron

Posté par lesamisdegg le 2 mars 2017

Plus fell que les fellagas , le macron !

Ce candidat à la présidence de la République française, cet ex-banquier soutenu par les plus obscures puissances  économiques internationalistes, est parti recevoir le sacrement du bouss-bouss en Alger en février dernier . Ceci n’a pas évité à nombre de ses compétiteurs se faire éliminer de la compétition ! Ah le mauvais œil ! Peut être cette cérémonie d’intronisation, très bourgeoise aurait dit Molière , aura-t-elle ouvert les mannes de pétrodollars et de votes des binationaux établis sur les deux de la Méditerranée .

En tout cas toute cérémonie a un cout . Pour commencer à rembourser sa dette , le macron s’en fut donner une entrevue sur petit écran .Il avait en amont retenu les éléments de langage de sa conseillère constantinoise , puis retenu les salamalecs des islamistes et fells du cru.

Le contenu de ses propos anticolonialistes en fait un avorton de janissaire de ce nouveau siècle . Il a le droit de se vendre à qui il veut , et les tarifs sont libres dans ce métier là .

Mais là ou le bat blesse , là ou la ligne rouge est franchie , là ou son ignorance est criminelle , c’est quand il veut parler des Pieds-Noirs.

D’abord il les confond avec des « expatriés« -travailleurs français à l’étranger- ,

ensuite il ne sait pas de qui il parle « les Pieds-Noirs comme d’aucuns emploient le terme »

avant de lâcher fielleusement qu’on ne peut leur dire

« vous n’avez rien été , vous êtes simplement des criminels « 

Ce sont ces dernières déclarations qui sont inacceptables , inexcusables  et condamnables .

Leur caractère raciste , négationniste , ostracisant ressemble trop aux discours tenus au siècle dernier par les dirigeants de sinistres régimes criminels cherchant à légitimer les nettoyages ethniques qu’ils allaient entreprendre . Ceux-là et d’autres ont commis des crimes contre l’humanité . En reprenant cette phraséologie le macron se fait le complice de ces barbaries , et notamment des crimes de masse de Français d’A.F.N. commis de 1954 à 1964 par ses alliés.

Voilà bien la marque d’une indignité qui conduira à la condamnation , puis à l’élimination du triste sire , de la course présidentielle.

Al Gérianie

02 2017

02 2017

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CORSO de carnaval

Posté par lesamisdegg le 1 mars 2017

Le corso, ou corso fleuri, est un défilé de chars se déroulant dans la rue .Ce nom d’origine italienne signifie, « rue », parfois « promenade publique ». Celui-ci, coïncide souvent avec l’arrivée du printemps, des carnavals, qui reste attachée à la fin de l’hiver, autour du Mardi gras.

À la fin du XIXe siècle, les corsos étaient composés surtout de charrettes décorées de branchages et de fleurs. Les participants étaient bien souvent grimés comme pour Mardi gras.

Ces chars étaient à l’origine tirés par des chevaux, parfois des bœufs .  À cette époque, ces défilés de chars étaient appelés cavalcades, car en général tirés par des chevaux. On retrouve cette appellation, par exemple, au Carnaval de Paris, où les grands cortèges de 1896 et 1897 de la « Promenade du Bœuf Gras », furent baptisés « Cavalcade du Bœuf Gras ».

C’est vers le milieu du XXe siècle qu’apparaît le mot « corso ». Après la guerre de 1914-1918, quelques voitures, parfois petits camions, sont décorés et se mêlent aux chars traditionnels. Après la Seconde Guerre mondiale, c’est l’apparition des premiers tracteurs

corso du carnaval de Bizerte en 1903

corso du carnaval de Bizerte en 1903

 

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1830 Algérie libérée!

Posté par lesamisdegg le 23 février 2017

Le 14 juin 1830, ne faisait que commencer un processus long et complexe qui produira l’Algérie. L’action militaire du gouvernement de Charles X déclinait les débats et décisions du
Congrès d’Aix la Chapelle réuni douze ans plus tôt, -du 29 septembre au 21 novembre 1818-, Les puissances de l’époque, avaient débattu d’un sujet qui les préoccupait toutes depuis le 17ème siècle. Il s’agissait de savoir : comment mettre fin à la piraterie esclavagiste qui affligeait la navigation commerciale dans les eaux méditerranéennes et exposait constamment, aux razzias des pirates « barbaresques », les équipages et les populations côtières ou proches des côtes? Comment en finir, définitivement, avec le trafic esclavagiste, dont la base logistique et stratégique n’était autre que l’Alger Ottomane, se demanderont alors les représentants des grandes puissances de l’époque.

La France des Bourbons souhaitait réintégrer le concert des nations après la défaite napoléonienne.

A cet effet mission fut confiée à la France pour que soient libérés :

les mers et les océans de la piraterie , véritable djihadisme maritime
le commerce international du tribut barbaresque humiliant
les Chrétiens européens et des noirs africains animistes de l’esclavage
les juifs de la Régence de leur dihmitude millénaire
les biens piratés de leurs recéleurs
les bagnes de leurs esclavagistes
les tribus arabo-berbères du colonisateur ottoman… ..
……bien sur au prix de cruelles batailles menées par l’Armée d’Afrique avec l’aide de valeureuses troupes indigènes , contre de fanatiques obscurantistes.

 

alger 1818

alger 1818

congrès 1818

congrès 1818

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DISPARUS en Algérie

Posté par lesamisdegg le 5 octobre 2016

Dans mon ouvrage

Le cri retenu

j’ai décrit toutes les circonstances de l’enlèvement de mon mari, Philippe Gomis et de mon frère, Aimé Montero. Mais j’y ai surtout dit l’angoisse, le désespoir forcené qui m’ont longtemps tenue aux abois. Je n’admettais pas l’idée qu’ils puissent ne jamais revenir. Je suis restée donc en Algérie jusqu’en 1965 pour les rechercher, les attendre, entrant dans l’enseignement comme professeur de lettres puisque nos biens avaient été nationalisés et que j’avais les diplômes requis. Dans Le cri retenu, je crie mon désespoir en me situant dans un passé récent. Ici je dirai simplement ce qu’il en a été sans m’abriter dans les replis du temps.

Cela se passa donc le 15 avril 1962, au « Domaine des Andalouses » propriété de mon beau-père, près du petit village d’El-Ançor, dans le département d’Oran. Depuis deux mois, fuyant la campagne, mes enfants et moi étions venus nous réfugier en ville chez mes parents. Mon mari demeurait seul dans la propriété pour veiller sur les prochaines récoltes. Mais au fil des jours, les routes étant de moins en moins sûres, il espaça ses visites et j’en devins inquiète. Aussi, ce matin d’avril, n’ayant eu personne au bout du fil, ai-je demandé à mon frère de se rendre au domaine pour avoir des nouvelles. – « Mon coupé est en panne » a objecté mon cadet. – « Prends donc ma Simca, elle est garée au bas de l’immeuble ». Ma vie durant j’aurai devant les yeux le seuil de cet appartement oranais où, angoissée, je tendais des clés que l’on a pris d’une main réticente.

C’est vers 15 heures qu’un ami de la famille vint nous avertir que l’on venait d’enlever mon frère et mon mari dans la propriété de ce dernier. « On les a poussés dans une camionnette bâchée après les avoir ficelés de barbelés » nous dit-on. « Ma vie a alors basculé d’un coup, sans un cri, dans l’univers dur et exalté de la révolte » ai-je écrit dans mon ouvrage. Puis, vers 19 heures, le gérant de mon beau-père vint nous dire qu’une rançon était réclamée et dont la somme malheureusement n’avait pu être réalisée. Mon père et ses frères se sont alors rendus en pleine nuit et en dépit du couvre-feu, au lieu indiqué avec dix millions d’anciens francs. Mais « le contact » ne les avait pas attendus.

J’étais alors loin d’imaginer que ces deux êtres étaient perdus dès l’instant qu’on les avait pris. J’étais sûre (et il ne fallait pas me contredire) qu’ils reviendraient, qu’on nous les rendrait. De 1962 à 1965 je les ai recherchés tout en m’attelant à ce nouveau métier d’enseignante. Avec mon père nous avons interrogé la police judiciaire, la DST et sillonné préfecture et consulat d’Oran. Nous nous sommes également rendus aussitôt sur les lieux de l’enlèvement. Mais là, plus âme qui vive. Tous les ouvriers européens et arabes avaient fui le domaine. « Ils ont peur de parler » dira mon père. À la gendarmerie d’El-Ançor on ne put nous apprendre que ce que nous savions déjà. Dans tous les services visités on nous répétait qu’il ne fallait pas perdre courage. Je contactais également la Croix-Rouge, délégués puis enquêteurs. Mais on les sentait inquiets, ils étaient souvent menacés. À cette époque j’ai été souvent appelée à identifier des corps trouvés au fond d’un puits ou jetés au creux d’un ravin. J’ai eu des coups de téléphone curieux, pour n’employer que cet adjectif ; en effet me parvenait, après quelques mots en arabe, une sorte de gargouillis. « On a dû couper la langue à l’un d’eux » me répondra sans sourciller un gendarme. Puis les réflexions de ce genre affluèrent : « Ils doivent être trop abîmés, on ne peut vous les rendre »… « On les promène de douar en douar les yeux crevés, au bout d’une ficelle pour amuser les enfants », etc… Voilà ce que durant trois ans j’ai enduré. J’avais également écrit à M. de Broglie, alors secrétaire d’État aux Affaires étrangères et cela à plusieurs reprises. La réponse fut celle-ci : « Ils sont sûrement décédés ». Puis en 1964, le jugement déclaratif du Tribunal de Grande Instance de la Seine fit de moi une veuve… « présumée ». On m’a presque ri au nez quand j’ai demandé que l’on recherche leurs dépouilles. « Dans tous ces charniers que pourrait-on identifier ! ». Rentrée en France en 1966 et devenue libraire, j’espérais toujours. En particulier en 1970 quand la rumeur courait qu’il existait des camps de prisonniers au Sahara, à la frontière marocaine, ainsi que des camps itinérants qui se déplaçaient pour ne pas être repérés. On parlait même de déportation en Orient et dans les pays de l’Est.

Et aujourd’hui, où j’œuvre pour avoir accès aux archives des Affaires étrangères, et où je sais que nous allons apprendre « certaines » vérités, j’espère toujours que quelque part dans le monde, ils sont vivants.

Philippe Gomis avait 36 ans. Aimé Montero avait 25 ans.

Andrée  MONTERO

Andrée MONTERO

disparus enlevés

disparus enlevés

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