BALLADE DES KÉMIAS en ALGER

Posté par lesamisdegg le 14 juin 2018

Rangées en double-file, au long des vieux comptoirs, dans leurs soucoupes rondes, comme des passages cloutés, les kémias qui se marient à l’anisette, et qu’on grignote en les variant, à chaque fois, pour en mélanger les saveurs, et qui vous incitent à boire, à boire sans arrêt toutes les anisettes du bas quartier….

Il y a des kémias appétissantes qui sont comme un casse-croûte copieux. Et d’autres qui ne sont là que pour les yeux. Des kémias jaunes, vertes, rouges, multicolores ; à l’huile ou au sel ou au persil….

Aux Bas-fonds il y a des variantes acidulées, qui vous piquent les yeux et vous emportent le palais. Il faut en manger avec modération. Et chez Bava, où l’on vous sert de ces crevettes, qu’on décortique, et qui vous pincent les papilles et font venir l’eau à la bouche, des crevettes grillées !

Mais je préfère à toutes les kémias, les kémias de Bab-el-Oued ! Je me souviens d’une salle petite et enfumée, pleine de peintures ternies qui dataient de très longtemps : sur le gril, une jeune femme brune faisait cuire des saucisses au piment. Mais pour cette kémia de roi on demandait, un supplément. Et avec cette kémia-là on buvait plutôt du moscatel ou du bénichama (vin doux des coteaux de Mascara).

Qui chantera les kémias de la Cantère  , les fèves, les oignons, les olives farcies, les anchois luisants, et la salade de concombre ? Ah, qui chantera les kémias des bars mal famés de chez nous ? Dans les brasseries bourgeoises de la ville on sert des frites dorées dans des soucoupes, et ils appellent cela la kémia.

Mais c’est là-bas, à Bab-el-Oued, que se fabriquent les brochettes, sur les fourneaux en terre cuite.

 

kémia au port d'Alger 1930 Marius de Buzon

kémia au port d’Alger 1930
Marius de Buzon

 

Je sais qu’à Belcourt aussi il y a la kémia, la vrai kémia des vieux bistrots de notre enfance. Ce sont des amandes grillées que l’on vous sert, des amandes salées ou sucrées selon les goûts et les sexes, et des cacahuètes dans leur chemise brune qu’on fait sauter du pouce, et des tramousses qui s’ouvrent en deux quand on les mord et qui ont un goût fade..

Mais j’aime mieux, à la marine, ce vieux café où des pécheurs jouent à la Ronda, et où l’on boit de l’alicante, et où la kémia c’est une tomate à l’huile sous un hachis d’oignon, et des pommes de terre bouillies qu’il faut éplucher. Ou bien les sardines salées de ce caveau de la Basséta, où les anciens qui ont la blouse noire glissée dans le pantalon de velours et le feutre sur l’œil embroussaillé, s’affrontent en des palabres avec des gestes de menace….

Et les kémias de toutes sortes de la Casbah .kémias vertes ou rouges, défilé des kémias au long des comptoirs délavés, kémias qu’on prend avec les doigts et que l’on gobe en levant la tête et en prenant garde de se salir. Dans les bars à la page, il y a des torchons pour s’essuyer les mains et des kémias dont on ne parle pas dans les livres et qui sont d’Alger pourtant.

Kémias de Bab-el-Oued, kémias du Marabout, kémias de la Marine, à l’heure où l’on prend l’anisette, debout, dans les vieux bars du vieux faubourg.

Cafés d’Alger où blanchit l’anisette, comme un hiver, et où fleurit, comme un printemps, la Kémia…

A. GEA     1932 05

4 Réponses à “BALLADE DES KÉMIAS en ALGER”

  1. Nitard Gilbert dit :

    nous dégustons ces bons souvenirs aussi bien que la kémia

  2. Giordano dit :

    Merci de pouvoir lire tous ces souvenirs CGio

  3. TRIVES André dit :

    A Bab el Oued, il y avait deux sortes de kémia : l’usuelle, si je puis m’exprimer ainsi, contenue dans des petites assiettées rondes qui s’alignaient sur le comptoir avec olives, tramousses, cacahuètes, bliblis, pois chiches en salade, fèves au koumoun, radis, salades de patates, de tomates ou de concombres, et la spéciale qui se servait à la ‘tonne’ dans de grandes assiettes pour attirer la clientèle des bars concurrents; et là les odeurs se répandaient sur les trottoirs et obligeaient à entrer consommer l’anisette: comment résister effluves de calamars et de crevettes grillés, aux sardines grillées et en escabetch, aux moules en sauce, aux beignets de sardines.

  4. Giordano dit :

    J’ai connu , quand je pouvais avoir une perm pour finir le service militaire en Allemagne , un super bisto à Stasbourg «  »LE T P L G «  » (le tout pour la gueule ) Quand je suis rentré , je suis resté estomaqué de voir sur la comptoir , un tas d’amuses gueules comme la quémia de chez nous il y avait de tout Escargolines , sépiaes en escabéches , tramousses , sardines grillées sur commande A voir la gueule que je faisais , le
    patron m’a dit , «  »toi tu viens du bled ,mon copain aussi , ai je répondu .

    J’espére qu’il doit encore exister ce bistro

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