Lieutenant Gabriel GARDEL : un héros saharien

Posté par lesamisdegg le 7 mars 2018

Commandant du groupe de police des Ajjers, avec résidence à Djanet ,  le lieutenant Gabriel Gardel fut le héros épique du combat d’Esseyen, sur la frontière tripolitaine, le 10 avril 1913, avant que d’être tué, trois ans plus tard à Verdun.

Plein d’initiative, brûlant d’ardeur d’agir, manipulant la plume aussi bien que l’épée, le jeune officier occupait ses loisirs à la recherche passionnée de l’histoire des Ajjers, Touaregs du Tassili, frères ennemis des Hoggars, ce qui l’amena à écrire, entre ses tournées de police, « au pied d’une dune, à la pâle lueur d’une chandelle », un énorme recueil de trois cents pages dactylographiées. Tout est dit dans ce travail. Les hommes et leurs mœurs, leurs croyances, leurs légendes, la faune et la flore, le tout bien ordonné, clarifié, commenté. Des origines à nos jours, l’officier a tout lu de ce qui traite les Touaregs, du Sahara et de l’Afrique. Une telle « librairie », pour parler comme Montaigne, qu’on se demande comment Il put la transporter jusqu’à Djanet ! Et comme toute son étude fut écrite in situ, conçue sur la terrain, qu’il allait et venait, l’œil et l’esprit ouverts, attentifs et lucides, beaucoup de découvertes » furent faites depuis vingt ans à travers le Tassili et jusqu’au Ténéré, que le jeune méhariste avait lui-même reconnues et déjà consignées, notamment en ce oui concerné les inscriptions rupestres (1). Comme le père de Foucauld,  son voisin (2) et contemporain, Gardel a défriché et d’autres ont moissonné. C’est très évangélique !

Outre la probité de son information et ses jugements toujours sagaces, ce que nous admirons dans l’auteur de cette étude, C’est la raison qu’il donne comme l’ayant motivée : « Appelé à prendre possession des Ajjers, j’ai dû, à mon arrivée dans la région, pour me mettre au courant des diverses questions du pays, pour être complètement capable de commander et d’agir en pleine connaissance de cause, pour dominer ma tâche me livrer, aux moments de loisirs, à l’examen de tous les écrits que j’ai pu me procurer concernant cette partie du Sahara. Dès le début de ces recherches, j’ai pensé que j’éviterais à mes successeurs, à mes chefs, un travail ardu sans cesse recommencé, une perte de temps précieux, si je prenais une fois la peine d’écrire et de classer chronologiquement tout ce qui venait à mon information. Telle est l’idée première qui m’a guidé. » Et en exergue à cette rhapsodie touarègue, l’auteur inscrivait cette pensée de Melchior de Vogué, pensée qui traduit la sienne : « Avoir une tâche, une activité salutaire, la croire utile et l’aimer, tout est là ».

Le texte que voici, qui est du Père de Foucauld, et qui date du même temps où le lieutenant Gardel se faisait l’analyste des hommes du Tassili, confirme notre avis : « Pour bien administrer et civiliser notre empire d’Afrique, il est d’abord nécessaire de connaître sa population. Or, nous la connaissons extrêmement peu. Cela vient, en partie, des mœurs musulmanes, mais c:est un obstacle qu’on peut vaincre ; il reste ce fait déplorable, que nous ignorons, à un degré effrayant, la population indigène de notre Afrique. Je ne vois personne, ni officier, ni missionnaire, ni colon ou autre, connaissant suffisamment les indigènes. Il y a là un vice auquel il faudra remédier. »Dans la mesure de ses forces, afin de dominer sa tâche, le lieutenant Gardel s’est évertué à remédier à ce fait déplorable  à « ce vice » d’ignorance, fruit de l’indifférence, dénoncés par l’Ermite (3).

Du combat d’Esseyen, point de culture minuscule entré Ghât et Djanet, je veux transcrire le jugement du capitaine Duclos qui devint directeur des Territoires du Sud : « C’est le 10 avril 1913, que mon camarade a été attaqué par 350 senoussistes armés de fusils italiens. Quatorze heures dont une nuit entière avec un vis-à-vis à trente mètres. Il a fallu en découdre à la baïonnette. De notre côté, il n’y eut que sept hommes par terre. Les méharas seuls ont écopé largement. Gardel a dû rentrer à pied. Quant aux- senoussistes, ils ont perdu plus de quarante tués (4) et ont abandonné cinquante-cinq blessés ». Et le capitaine, qui était alors attaché au Service central des affaires indigènes, concluait en ces termes : « Je suis chargé du rapport. La censure ne s’exercera que sur l’excès d’enthousiasme » (5).

Ce que Duclos ne dit pas, c’est que le détachement commandé par Gardel n’était que de quarante hommes, et qu’il était seul Français parmi ces Sahariens avec un brigadier et un maréchal des logis . C’est qu’outre ses bons fusils bien approvisionnés, l’assaillant possédait des fusées incendiaires ; ce sont les invectives qu’échangeaient les deux camps et les « hurlements de loups », les danses et les chants sauvages et le fracas des sabres, dont l’ennemi accompagnait le crépitement de sa fusillade ; c’est l’appel à la trahison qu’il lançait à nos méharistes.

»Abandonnez les infidèles, ô musulmans ! Venez avec nous ! Nous n’en voulons qu’aux chrétiens ; lâchez, lâchez les kouffars ! »

Cela hurlé à trente mètres et sans fin répété avec toutes sortes de menaces et toutes sortes de promesses, toutes sortes d’injures aussi ! Avouons-le, il fallait au jeune chef des nerfs bien éprouvés, avec un cœur robuste une âme « bien née » enfin, pour ne pas perdre la tête. Enfin, c’est la charge à l’aube après l’infernale nuit, la charge dans la dune déjà rougie de sang.

«  En avant ! En avant ! crie le jeune officier, entraînant ses soldats que sa fougue électrise. »

Et les baïonnettes sont plantées dans des dos, dans des poitrines, dans des ventres. Et les ennemis atterrés, terrassés, étripés, s’écroulent et râlent dans leur sang. Les autres fuient. C’est la victoire avec l’aurore : la furia française a vaincu.

Psichari, prototype du héros colonial et modèle, à nos yeux, du soldat saharien, a écrit quelque part : « Nous avons tous une mission. Et quelle mission ! Celle d’imposer la France ! ». Ce que Kipling nommait « le fardeau de l’homme blanc ». Que pour certaines épaules, ou veules ou réfractaires, ce fardeau soit trop lourd, qu’il les écrase ou qu’elles l’évitent, c’est un fait. Mais qui rehausse encore le mérite et la gloire de celui qui le porte.

Le héros d’Esseyen - qui devait mourir trois ans plus tard dans une ambulance allemande des suites de graves blessures reçues devant Verdun – fut de ces forts sans reproche : par la plume et l’épée, par sa haute ambition de dominer sa tâche, il a bien imposé la France.

Honneur à la mémoire de ce preux intégral ! Et donnons-le en exemple à tous les Sahariens que ronge la saharite.

Claude-Maurice ROBERT.

(1) L’étude du lieutenant Gardel, vraie encyclopédie, est restée manuscrite. Souhaitons qu’elle soit publiée.

(2) Des voisins séparés par 500 kilomètres !

(3) Que son exemple n’est-il suivi ! Ainsi, chaque oasis, chaque poste militaire auraient leur monographie, ce qui faciliterait le gouvernement des tribus : « Gouverner, c’est connaître ». Mais nous sommes loin de là !

(4) « 60 à 70 morts », dit le rapport officiel du lieutenant.

f5) « Lettres d’un Saharien », publiées par Léon Lehuraux.

 

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Gouverneur Général-sous couvert Commandant Corps d’Armée, Alger.- no 116 t -Brillant succès -

Cie Tidikelt dix avril 1913 lieutenant Gardel commandant reconnaissance cinquante spahis attaques par harka trois cent cinquante-cinq fusils. Combat engagé rapidement acharné a duré quatorze heures dont toute une nuit ennemis-entourant positions spahis à trente mètres. Moment critique. Vigoureuse charge à la baïonnette menée par lieutenant Gardel et maréchal des logis Bagneres a couché sur terrain vingt-trois ennemis et mis en fuite le reste.

Quarante-trois ennemis tués. Cinquante-cinq blessés. Trente-deux fusils tir rapide et nombreuses munitions prises. De notre côté, deux tués sept blessés dont un grièvement. Trente-sept méhara tués.

Petite troupe de héros forcée retraite à pied pendant cent-vingt kilomètres emmenant blessés recueillis par détachement de renfort à cinquante kilomètres de Djanet.

Lieutenant Gardel secondé par maréchal des logis Bagneres et brigadier de Conclois a fait preuve courage et sang-froid admirables. Très belle conduite des spahis.

Renseignements arrivent de Ghât: harka forte trois cent cinquante-cinq hommes commandée par Sultan Ahmoud et Inguedazzem disloquée quatre jours après combat. Après avoir pillé commerçants tripolitains et caisses argent turc, Ghât évacué. Sécurité rétablie.

Quitterai Djanet dès que confirmation renseignements ci-dessus. Rentrerai à In Salah après avoir disloqué goum Ouargla. Une partie rentrera directement Ouargla autre partie reconnaissance Titersin. Goum El Oued doit quitter région Adjer 1 mois après avoir exécuté reconnaissance Hassi Bourarehat-Ouan Sidi-In-Azaoua.

Télégramme enregistré le 8 mai 1913 au Gouvernement Général sous le n°1512 par le Bureau des Affaires Indigènes Militaires qui apprit à Alger la victoire d’Esseyen, dans l’Histoire des Compagnies Méharistes.

Lieutenant Gabriel GARDEL-Compagnie  Saharienne du Tidikelt -Hoggar - combat  d'Esseyen 1913

Lieutenant Gabriel GARDEL-Compagnie Saharienne du Tidikelt -Hoggar – combat d’Esseyen 1913

fort gardel 1957

fort gardel 1957

Djanet 1956

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