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CALENTICA ! CALENTICA !

Posté par lesamisdegg le 24 février 2018

Calentica à l’ouest du fleuve Chéliff , calentita à l’est , kif-kif bourricot !

Il faut donc vous en offrir deux pour le prix d’une-prolongation des soldes oblige -: l’histoire de la calentita de Manolo , en Alger , puis la recette de calentica de mon Tonton Ernest d’Oran .

Calentita 

   Trois jours de mer sur une balancelle, sous voile tendue, l’avaient amené d’Alicante. Alger était blanche et rose comme une carrière de marbre et de cornaline. Et elle avait encore une bonne allure barbaresque.

L’aventure commençait aux portes de la ville. Le pays était roux et sans arbre. Mais Manolo Alvarez était né dans les solitudes tièdes du plateau de Murcie. Le sol aride et le soleil ne l’effrayaient pas. Il avait la peau aussi brune que celle des Arabes et son parler était guttural comme le leur mais ils ne se comprenaient pas.

Quand il fallut choisir un métier, 11 se souvint qu’il avait appris à conduire un attelage dans la vieille estancia familiale. Il fut donc roulier et trima sur la route de Laghouat. Manolo, las de rouler sur les routes de poussière, s’installa dans Bab-el-Oued, i au bourg où les Espagnols aimaient à vivre. 11 eut une longue charrette, quatre lourds chevaux et transporta la pierre des carrières. Une petite brunette de Mahonnaise lui donna la joie d’un foyer, et des enfants. L’harmonie de sa vie était équilibrée. Puis, au fil des ans, la douleur remplaça la joie et il se retrouva, un jour, tout seul, comme quand il avait débarqué, mais sans force de jeunesse, bras faibles et jambes fléchissantes. Pourtant, il fallait vivre encore et, pour vivre, travailler.

Alors il se rappela la place du village et la petite vieille noire et ratatinée qui vendait un gâteau tiède ‘ la calentita. C’était fait avec de la farine de pois-chiche, du sel, de l’eau et de l’huile, et ça calmait la faim des gamins de quinze ans qui venaient de mimer une corrida ou de jouer aux – chasseurs d’aigles. Il fabriqua de la calentita.

Très tôt, dans l’incertaine lumière de l’aube, il pétrit la blanche pâte qu’il fait dorer au four, puis, par les rues où les travailleurs mettent un courant rapide, il va. De son couteau il tape sur le zinc du plateau. tac, tac, tac, et crie : « calentita ! calentita ! ».« Donne deux sous ! Donne cinq sous ! »

Le couteau coupe, coupe, de longues languettes de pâte chaude que les langues des gamins savourent en clappant de satisfaction. Il a comme clients les yaouleds cireurs, les pêcheurs, les débardeurs et les enfants qui vont au lycée, ceux qui ont dents longues et ventre toujours creux.

Quand il est las de rouler lentement par les rues, il va s’installer près de « Djemaà-Djedid », la blanche mosquée aux coupoles. Là, il ne travaille plus, il bavarde. Il bavarde avec ses « pays » , ses « patouèt’ » : un vieux cocher perclus de rhumatismes et qui ne conduit plus, un marchand de poissons au ventre vaste cerclé d’une chaîne d’or bien massive qui confirme son assurance de rentier, un ancien terrassier aussi noir et ridé qu’un pruneau qui a les articulations des mains grosses comme des noix à force de travail , un coiffeur trop parfumé blême des joues, le poil luisant de cosmétique, et d’autres encore.  Ils sont tous venus de la côte d’Espagne si voisine. La réussite a été différente mais il n’y a, chez eux, ni rancœur ni orgueil, et les mots qui sont sur leurs lèvres quand ils parlent de « là-bas » disent la même émotion. Alors, Manolo n’est plus marchand ; il est un puits aux souvenirs d’où il tire des évocations qui le rajeunissent, les autres aussi.

Les gamins connaissent l’heure propice, Ils viennent d’un pas leste, ils disent : « Donne deux sous. », et, saisissant le couteau, ils coupent une languette de pâte de quatre sous au moins et ils partent rapides, heureux. Manolo laisse faire. Il ne voit pas tant il parle, ou, s’il voit, il pense : « Calentita ! Prenez, gamins; coupez, gamins ; faites-vous du plaisir pour Ie palais comme je l’ai fait quand j’étais jeune, Calentita ! Calentita ! Mon cœur est plus chaud que le gâteau que vous emportez parce que la joie est en moi de savoir me souvenir. »

A.-L. BREUGNOT

 

Alger 1932 -un marchand de calentita-

Alger 1932 -un marchand de calentita-

Alger 1935 -Charles BROUTY-

Alger 1935 -Charles BROUTY-

 

Recette de Calentica de tonton Ernest d’Oran

Dans un saladier, verser 250g de farine de pois chiches en ajoutant progressivement 1l l’eau. Mélanger bien ce « bagali » ac’ le fouet d’la cuisine, pas du cocher !

Laisser reposer  12h minimum en prenant soin de remuer « tanzantan » pour bien aérer la pâte.

1 heure avant de commencer la cuisson, ajouter deux cuillères à soupe d’huile d’olive, et otra vess’ le fouet, saler et laisser reposer.

Préchauffer le four à 210°, verser la pâte dans un moule huilé « soi- soi « ; badigeonner le dessur de jaune d’œuf.Enfournez durant 45 minutes, à 300°. La calentica doit être bien dorée dessur’.

Du cumin par dessur’ la calentica, en criant - calentica ! calentica ! -  pour qu’les « morfalous » de tout âge ou condition viennent s’la manger toute chaude.

Tonton Ernest me racontait  « Le vieux marchand de « calentica  » porte son plateau de fer suspendu à l’épaule par une courroie et appuyé sur la hanche. Du dos de la lame de son couteau, il frappe à petits coups précipités sur le rebord du plateau, tac, tac, tac. Les enfants connaissent parfaitement cette musique et, bien vite, vont acheter pour quelques sous de la pâte qu’ils mordent à belles dents. »

 

CALENTICA

CALENTICA

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l’accent des PIEDS-NOIRS

Posté par lesamisdegg le 22 février 2018

Mon Dieu, ils m’ont tout pris

Ma maison, mon ciel bleu, ma petite église, mes djebels.

De mon pays perdu, il ne me reste plus que l’accent.

Mon Dieu, faites que le temps qui passe ne me le prenne pas mon accent.

Ce n’est pas que l’accent de Provence n’est pas mélodieux :

Pagnol, la lavande, Giono, le mistral c’est très joli.

Ce n’est pas que l’accent du Nord n’est pas chantant :

Les chtis, les frites, le carnaval c’est très joli.

Ce n’est pas que l’accent de Paris manque de charme:

Gavroche, la Bastoche, les Champs Elysées c’est splendide

Mais moi Seigneur, mon accent c’est tout ce qui me reste de mon pays perdu.

Faites que le temps qui passe ne me le prenne pas mon accent Mon Dieu.

Car cet accent-là, c’est l’accent de mon grand-père qui, à Verdun a crié à ses zouaves

« Allez Mohamed, allez Mamadou, allez Fernandez, baïonnette au canon et vive la France  »

Car cet accent-là, c’est l’accent de mon père qui, à Monte Cassino a crié à ses tirailleurs

 » Allez Kadour, allez Santini, allez Sposito, à l’assaut et Vive la France »

Car cet accent-là, c’est l’accent de mon frère qui au cours du dernier assaut Viet à Dien Bien Phu, avant de mourir a crié à ses légionnaires

« Allez Steiner, allez Pablo, la Légion ne se rend pas Vive la France  »

Mon Dieu, faites que le temps qui passe ne me le prenne pas mon accent.

Parfois, certains qui ne nous aiment pas me disent que mon accent sent la merguez, le couscous .Ils ne savent pas ces gens-là, qu’au lieu de me vexer ils me remplissent de joie car cet accent-là, c’est l’accent d’Albert Camus, du Marechal Juin………..

Si le temps me le prend mon accent comment je vais faire Seigneur pour raconter à mes petits-enfants comment il criait le marchand de légumes dans les ruelles de Bône ?

Si le temps me le prend mon accent, tu m’entends moi Seigneur dire à mes petits enfants avec l’accent, tous les vilains mots que l’on criait à Galoufa l’attrapeur de chiens errants dans les rues de Bône?

Alors mon Dieu, je vous en supplie faites que le temps qui passe ne le prenne pas mon accent de la bas, l’accent de mon pays perdu.

Jacques HUVER de Bône -02 2018

Pieds-Noirs 2017

Pieds-Noirs 2017

Pieds-Noirs 2017 -ongles

Pieds-Noirs 2017 -ongles

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François MARTINEZ sculpteur

Posté par lesamisdegg le 20 février 2018

Ce 5 mai 1934 nous apprenons avec un réel plaisir et un orgueil bien légitime que notre jeune concitoyen oranais, le sculpteur François Martinez, vient d’être reçu au Salon National des Artistes français avec deux pièces : une Pintade (ronce de thuya) et un Buste (noyer de France).

Ce jeune artiste (il a à peine 30 ans ) est en possession d’un talent très personnel. Pas de trompe l’œil ni de truquage. De la sincérité, de la hardiesse, tout en magnifiant les masses sans en altérer la ligne et ceci avec un art incomparable.

François Martinez s’est déjà imposé au public artistique de notre ville, dans une exposition organisée l’été dernier au Bureau artistique. Nous y avions admiré une basse-cour dont tous les sujets, très bien campés, étaient animés d’une vie intense et traités d’une façon nette et puissante.

En véritable artiste, François Martinez a compris qu’il fallait faire abstraction de tous les détails quasi-photographiques qui, prétendant reproduire la nature, n’arrivent qu’à la déformer. L’art, en effet, on l’a dit souvent, ne consiste pas à copier la vie, mais au contraire à l’interpréter.

Qu’il sculpte un chat, un oiseau, Martinez ne fait pas le poil ni la plume. Il en donne l’impression. Il en tient Compte dans la silhouette, dans la masse de l’animal. Et il arrive à ce résultat que ses bêtes procurent la même joie à regarder qu’à toucher : on a, en les caressant, la sensation même du poil, de la plume, de cette douceur glissante et lisse…

Notons en passant que la simplicité, l’amour de son art sont les deux qualités prédominantes de cet artiste vraiment doué. Nous lui adressons ici toutes nos plus vives félicitations pour le succès bien mérité qu’il vient de remporter. Nous associons à ces félicitations M. le professeur Sarrade pour qui son ancien élève conserve une grande admiration et une profonde amitié.

François Martinez qui est professeur des Cours industriels aux Beaux-Arts depuis deux ans, a déjà obtenu de la Ville d’Oran le Prix hors-concours de sculpture.

L’Afrique du Nord illustrée

François MARTINEZ 1934 05

François MARTINEZ 1934 05

commerce 1955

commerce 1955

commerce 2015

commerce 2015

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CALDERO d’Oranie de mi Mama !

Posté par lesamisdegg le 18 février 2018

Ce matin, de bonne heure la voilà qui ramène de la nouvelle pêcherie du port 3 kilos de poisson, surtout de la daurade du loup de mer et encore deux z’ot de rascasse, de rouget de roche ac’  les têtes, bien sûr, et encore, encore un kilo de demoiselles, ac’ des gabottes .Aïe les gabottes pour le bouillon !

Je l’observe écailler, vider et rincer les poissons avant de se les couper en gros morceaux.

poissons de caldéro

poissons de caldéro

 

Dans le grand faitout elle fait  revenir dans un fond d’huile d’olive les 6 gousses d’ail hachées, les piments de Cayenne écrasés puis les 3 tomates émondées, épépinées et concassées.

Dans une casserole, à part, ac’ les têtes de poissons, les demoiselles et les gabottes, elle se mijote  une mini soupe de poisson dans un demi-litre litre de l’eau eau.

Dans le fait-tout libéré, elle fait revenir 2 gros oignons coupés en morceaux et 4 gousses d’ail en rajoutant une cuillerée à soupe de paprika ou une nyora pilée au mortier, et la cuillère de concentré de tomates. Le « secret » c’est de passer la soupe des poissons au presse-purée-que vous avez gardé à la cave-, puis au chinois. Je l’ai vue verser sur cette préparation le fumet de poissons passé, saler, poivrer et laisser mijoter 15 minutes. Poz après, là-dedans elle s’est mis les « poissons de roche » et les tomates entières pendant 15 minutes.

Là-dessus elle s’est versé « oune bouène tchorro » de 3 litres de l’eau chaude, ac’ le zeste de l’orange, le laurier, le persil mouliné, les 4 sachets de spigol, et…. la cuillère à café d’anisette.

Après 15mn de mijotage –tojor un quart de l’heure !- elle s’est sorti le poisson pour le garder au chaud.

Dans le mortier elle -toujours la Mama – s’est préparé un bon aïl-y-oli  ac’ une nyora pilée. Pendant ce temps, les 500g de riz cuisaient. .

A peine le riz dans le faitout et le poisson dans un ot’ plat sur la table, ac’ la gargoulette de mascara rosé bien frais qu’on s’est tous régalés, ah de bon !

Viva la Mama !

les poissons du caldéro

les poissons du caldéro

le caldéro

le caldéro

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CARNAVAL 1925 à Oran

Posté par lesamisdegg le 12 février 2018

Les fêtes de Carnaval ont toujours été des plus réussies à Oran. Cette année-ci, malheureusement, elles ont été, en partie, contrariées par les subites sautes d’humeur de dame Nature. Samedi, durant les dernières heures de la nuit, d’abondantes averses transformèrent les rues de notre cité en de véritables cloaques de boue  liquide. Le dimanche, débuta pluvieux, incertain. Le jour d’un gris sale, se leva tard, comme un vieux rentier et .le soleil, capricieux, ne parut que par intervalles. Toutefois, petit à petit, les principales artères prirent leur air guilleret des dimanches de fête.

Boulevards du Lycée et Seguin, Place Villebois-Mareuil et rue d’Arzew, les marchands de confettis et de serpentins, installaient leurs légers baraquements et leurs éventaires, profitant d’une soudaine éclaircie, réconfortante ainsi qu’un féminin sourire. Enfin, vers midi, le soleil, las de nous faire grise mine, accorda la douceur de ses rayons joyeux. Le froid très vif rougissait davantage les frais minois de nos gentes Oranaises, délicatement fardées, avivant les regards enjôleurs jaillis d’entre les fourrures de skunks ou d’opossum. L’après-midi, malgré le vent un peu vif, la théorie des véhicules plus ou moins bien décorés, et les nombreuses frasques qui ne pouvaient se payer le luxe d’une calèche ou d’un taxi défilèrent dans les principales rues d’Oran, entre deux haies de chaises garnies de spectateurs et de mignonnes spectatrices. La gaité, saine et fraiche, brillait en tous les yeux. Cette première journée, fut assez animée sans, toutefois, égaler les fêtes des années précédentes.

Très peu de chars et de groupes artistiques. Tous, ou presque, sacrifiaient au dieu du jour; j’ai nommé la Publicité. Citons seulement le beau char de la maison Vila – où se trémoussaient de jolies personnes-, celui de l’anis Diamant aux personnages déjà remarqués l’année dernière -soldat d’opérette espagnole- . Le soir la foule des masques où se perdaient quelques gens non déguisés assaillit les dancings organisés un peu partout : au Régent, au Continental, au Palais de la Danse à l’Alhambra, que sais-je encore ?

Lundi, le vent se mit de la partie, un vent très froid, qui tailladait la peau du visage. Cela n’empêcha pas nos concitoyens de rivaliser d’entrain, quoique les groupes déguisés et les véhicules parés fussent moins nombreux que la veille. Pour une deuxième journée de fêtes, elle ne fut pas trop mal réussie. Mardi, le soleil se leva dans un ciel sans nuages, nous promettant une belle après midi, En effet le ciel redevenant aussi azuré qu’à l’ordinaire incita les masques à sortir plus nombreux, tels les escargots qui après la pluie, dressent vers le soleil leurs molles antennes. Et la bataille commença. Les serpentins zigzaguèrent dans l’espace lancés des balcons, bondés de gentes demoiselles ou des véhicules joliment décorés. Et les confettis, lancés à brûle-pourpoint, saupoudrèrent les souples chevelures des promeneuses et leurs toilettes claires.

Quelques masques isolés donnèrent la note comique, cependant que ces couples richement travestis témoignaient de leur goût artistique. Remarqués parmi ceux-ci deux charmants petits pages très XVème siècle. Ce fut une belle et bonne journée, trop courte, hélas !

Les boulevards conservèrent leur animation jusqu’à fort tard dans la nuit. Dans tous les bals il y avait foule et les jeunes et même les pas tout à fait vieux, s’en donnèrent à cœur joie, pour ne se réparer qu’à l’aube naissante. Combien d’idylles ébauchées avec la complicité du loup de velours ! Que de drames poignants soigneusement cachés sous le rictus des visages fardés ! Qu’est-ce que l’existence, d’ailleurs ? Une éternelle mascarade, un infernal Carnaval où chacun trompe tout le monde : parents, voisins, amis et inconnus.

Chacun porte son masque que nous n’ôterons que le jour où sonnera j’heure de la Justice. Amusez-vous, jeunes gens ! Ne songez pas que ces fêtes sont le symbole de notre vie ici bas ! Aujourd’hui, vous avez déposé dans un tiroir votre masque de satin noir. A vos épaules pèse à nouveau le joug de l’existence. Gardez au moins le doux souvenir de ces, quelques journées de plaisir, qui vous ont  permis d’oublier les soucis quotidiens.

La vie marocaine, algérienne et tunisienne.

 

ORAN 1925 -murdjadjo , ville port , remparts , faubourgs

ORAN 1925 -murdjadjo , ville port , remparts , faubourgs

Oran 1925 02

Oran 1925 02

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ALGER février 1956

Posté par lesamisdegg le 5 février 2018

Des tomates pour Guy Mollet

 

La Delahaye du président du Conseil vient de quitter l’aérodrome de Maison-Blanche. Guy Mollet tire sur la cigarette qu’il a nerveusement allumée. Tout au long des vingt kilomètres qui le séparent d’Alger, il aperçoit le cordon de policiers et de soldats qui lui font une haie d’honneur, mais surtout un rempart. Le gouvernement a dépêché sur place le directeur de la Sûreté nationale, Jean Mairey, et fait acheminer de métropole douze compagnies de CRS, par Bréguet deux ponts et DC 4. Paris se méfie d’Alger. Le secrétaire d’État aux Forces armées, Max Lejeune, qui l’a devancé de deux jours, a prévenu le président du Conseil : «Ton arrivée sera mouvementée.» Guy Mollet a seulement accepté de modifier l’heure de son départ, dans l’espoir, dérisoire, de tromper les manifestants. Parti de Villacoublay sous la bruine, le SO Bretagne s’est posé vers 15 heures à Alger. «Je lance un appel de paix à tous les esprits sages, à tous ceux qui ne se laissent pas entraîner par la passion, déclare-t-il au pied de la passerelle. J’ai vu avec surprise et tristesse des hommes s’interroger : « La France va-t-elle abandonner l’Algérie ? » Que signifie la présence du président du Conseil, sinon l’affirmation encore renouvelée du caractère indissoluble des liens entre l’Algérie et la métropole ?»

Mais il en faudrait plus pour rassurer les 986 000 Français d’Algérie, attachés à cette terre qui est aussi la leur : 80% d’entre eux y sont nés. Les musulmans, dont la population a beaucoup augmenté grâce aux progrès sanitaires, sont un peu moins de 9 millions. Seule une minorité d’entre eux est acquise à la rébellion que les fellaghas (les coupeurs de route) ont déclenchée le 1er novembre 1954.

La Toussaint rouge  La situation s’aggrave l’année suivante. Le 20 août 1955, dans le Constantinois, le FLN excite la foule musulmane contre les Européens et les musulmans récalcitrants. Incendies, viols, assassinats. À El-Halia, à vingt kilomètres à l’est de Philippeville«les insurgés, armés de cartouches de dynamite, de bouteilles d’essence, de fusils, de haches, massacrent les hommes», les habitants des mechtas voisines s’acharnent sur les femmes et les enfants. «Et c’est en pataugeant dans des mares de sang que les militaires découvrent la tuerie», rapporte Yves Courrière dans Le temps des léopards(Fayard). À l’issue de ces heures d’épouvante, on compte cent vingt-trois morts, dont soixante et onze Européens.En décembre 1955, la cadence des assassinats augmente encore. En Kabylie, on compte une moyenne de douze victimes par semaine, surtout des musulmans accusés de « collaboration » par les fellaghas parce qu’ils exercent de modestes fonctions d’autorité, comme les gardes champêtres. Le drame algérien est au cœur de la campagne pour les élections législatives de 1956.

Pour les Français d’Algérie, la victoire du Front républicain n’est pas une bonne nouvelle. Ils ne veulent pas des élections au collège unique que le gouvernement prétend organiser alors que la paix n’est pas revenue. Ils se souviennent que Guy Mollet a dénoncé cette «guerre imbécile et sans issue», dans l’organe officiel de la SFIO, le Populaire. Ils se méfient de son ministre d’État, Pierre Mendès France, qui a mis fin à la souveraineté française sur l’Indochine en 1954. Surtout, ils récusent le général Catroux, que Mollet veut leur imposer comme ministre résident : ils l’accusent d’avoir préparé la « capitulation » de la France au Maroc en négociant le retour à Rabat de Mohammed V, en novembre 1955. Pour eux, Catroux est «le symbole de l’abandon». Le 2 février 1956, ils ont fait un triomphe romain à son prédécesseur, Jacques Soustelle qui, s’il a tenté des réformes, a refusé de négocier avec les fellaghas : 80.000 personnes l’accompagnent sous les vivats jusqu’au bateau qui le ramène en France. On crie «Soustelle avec nous»«Catroux à la mer». Comment Guy Mollet n’y penserait-il pas ce lundi 6 février, en roulant vers Alger sous un ciel gris ?

C’est dans une ville morte que pénètre le cortège officiel : les commerçants européens ont baissé le rideau de fer de leurs boutiques. «Fermé pour cause de deuil», affichent les devantures. Les Français d’Algérie ont suivi les consignes du Comité d’entente des anciens combattants, travaillés par Me Biaggi, un héros de la résistance «si grièvement blessé en Alsace qu’on en a fait un officier de la Légion d’honneur à titre posthume», raconte Claude Paillat dans Vingt ans qui déchirèrent la France (Robert Laffont). Il faut aussi compter avec les troupes du « chouan de la Mitidja », Robert Martel, et celles du cafetier du Forum, Jo Ortiz, le patron du groupe action du mouvement poujadiste. Sept cents hommes décidés à faire entendre la voix d’Alger à Guy Mollet.

Le président du Conseil a prévu d’aller déposer une gerbe au monument aux morts, situé au centre d’un escalier-jardin qui dévale du gouvernement général jusqu’à la mer. 20.000 manifestants l’y attendent. Quand il descend de sa Delahaye, on n’entend plus rien que le grondement assourdissant de la foule en colère. «Guy Mollet à Paris !», «L’armée avec nous !»«Al-gé-rie fran-çaise !» Des balcons s’abat sur le cortège une pluie de légumes et de tomates mûres. Plusieurs s’écrasent aux pieds du président du Conseil qui, bien que livide, parvient à se maîtriser. La minute de silence ne dure que quelques secondes, avant que les officiels ne regagnent prestement leurs voitures «dans l’odeur piquante des grenades lacrymogènes», écrit l’envoyé spécial du Figaro, Serge Bromberger.. Il était temps ! Un groupe d’étudiants réussit à rompre le cordon de police et met en pièce la gerbe que Guy Mollet vient de déposer auprès de la stèle. L’émeute s’étend aux alentours du Palais d’Été où s’est réfugié le président du Conseil. Il appelle l’Élysée, bouleversé par la révolte du petit peuple d’Alger. «Je suis ému, je suis ému profondément, dit-il à René Coty. Les manifestations que nous craignions se sont déroulées. Mairey ne répond pas du maintien de l’ordre si Catroux persiste à vouloir venir». La démission du général Catroux est connue peu après 17 heures. Alger, en liesse, réclame aussi celle de Guy Mollet, mais les manifestants qui tentent d’investir le Palais d’Été dans la soirée seront dispersés sans l’obtenir.

Dans la presse, le revirement du président du Conseil est diversement apprécié. «M. Guy Mollet n’a pas pris la foudre. Il a pris des tomates pourries, mais sur le nez. Et si ce n’était que sur le sien, nous nous serions fait une raison. Mais c’est l’État qui a reçu cet outrage», grince François Mauriac dans l’Express, cependant que Combat affirme : «Le terrain est ainsi déblayé pour un nouveau départ».. Pour remplacer Catroux, Guy Mollet choisit Robert Lacoste«Toi seul peux nous sauver. Tu es un homme de caractère. Viens !» Militant syndicaliste, élu socialiste de Dordogne, Lacoste est un lutteur. «Un ventre confortable, un langage truculent, du rire mais aussi d’effroyables colères, écrit Claude Paillat. L’empire colonial, qu’il ne connaît pratiquement pas, a été construit par des gens de gauche : à Alger, il ne l’oubliera pas. Il réagira donc en conservateur d’un legs familial».

De retour à Paris, Guy Mollet justifie sa décision devant l’Assemblée nationale, le 16 février. La «douloureuse manifestation» d’Alger était «l’expression de sentiments profonds et hautement respectables : l’attachement à la France, l’angoisse d’être abandonnés». Surtout, il proclame «l’inébranlable volonté française à la fois de présence en Algérie et d’évolution». En mars, les députés, communistes compris, autorisent le gouvernement à prendre par décret toutes mesures relatives au développement économique de l’Algérie ainsi qu’au rétablissement de l’ordre. C’est la loi sur les pouvoirs spéciaux.

En avril et mai 1956, l’extension de la rébellion conduit Guy Mollet à rappeler partiellement les classes 1951 à 1954. Le service militaire est allongé de dix-huit à vingt-sept mois. Les effectifs engagés en Algérie passent de 200 000 en début d’année à 400 000 en juillet. Un renforcement du contingent accompagné d’appels au cessez-le feu rejetés par le FLN qui décide, au contraire, de multiplier les attentats au cœur des villes.

Le 30 septembre, deux bombes explosent à Alger, à 18 h 35, l’une au Milk Bar de la place Bugeaud, l’autre à la Cafétéria, rue Michelet. «L’engin du Milk Bar, qui avait été placé dans un sac de plage et déposé contre le comptoir, faucha littéralement les plus proches consommateurs, tandis que les glaces s’abattaient sur les clients installés à la terrasse, écrit Le Monde, le 2 octobre. Un spectacle horrible s’offrit alors aux yeux des rares rescapés : le sang avait giclé sur les marbres blancs des parois, tandis que çà et là des femmes et des enfants, jambes déchirées ou arrachées, s’agitaient en des soubresauts convulsifs». La bataille d’Alger était engagée.

 Fabrice Madouas –Valeurs Actuelles 2006 07 –

 

02 02 56 Soustelle part

02 02 56 Soustelle part

02 06 56 Mollet arrive

02 06 56 Mollet arrive

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Les BOULETTES de mon Aouéla pour son COUSSCOUSS !

Posté par lesamisdegg le 4 février 2018

Au marché Michelet elle s’est chargé le couffin d’un kilo de viande hachée de bœuf, d’une botte de persil et de 3 oignons .

De retour à la maison, l’Aouéla a mis du pain rassis en « rémojho » -à tremper – avant de se hacher  les oignons ac’ le persil. Le pain essoré elle se l’est mélangé au hachis oignons-persil, et puis vinga sel, poivre, paprika, tète d’ail écrasée, pincée de muscade.

Elle s’est bien mélangé, ac’ ses belles mains,  tout ce « bagali » ac’ la viande, bien, bien, avant de se faire les pélotass, de s’les rouler dans la farine. Les « ouèv’s » se sont délayés dans un peu d’eau. Avant de se voir rajouter une ti’te boite de concentré de tomate. Tout çà c’est resté toute la nuit dans la glacière !

 

Poz le lendemain matin dans le « caldéro » ou chauffait l’huile des olives -pas l’eau des …bande de tchoutches ! -, l’Aouéla s’est fait frire les pélotass

boulettes -pélotass

boulettes -pélotass

 farinées dans les œufs battus -bien dorées des deux côtés-.

Les boulettes les unes à côté des autres bien à plat , ajouter une feuille de laurier et de l’eau pour recouvrir les boulettes , couvrir et cuire à feu  moyen. Les boulettes sont cuites lorsque l’eau est presque entièrement évaporée.

Et yasta ! Et oilà !

PS : l’Aouéla se changeait des fois la recette ac’ un peu «  le kamoune », la cannelle, mais surtout ac’ les « pignoness » de pin

Manolo de Kargentah 

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