NOËL-conte de-

Posté par lesamisdegg le 24 décembre 2016

 

Ya , Madame, bono, bono!

Mansour danse et saute au son du tambourin, son chapeau  pointu  où tintinnabulent les grelots, où s’entrechoquent les coquillages, recouvre son chef crépu et auréole sa face luisante et rieuse… Sa bouche sombre paraît plus brune du contraste des dents si blanches et les lèvres modulent sans arrêt la mélopée monotone…

Ya, Madame, bono. bono !

Mansour vêtu de peaux de bêtes, va par les sentes de la vieille Casba ; il gambade et il entrechoque ses  jambes avec un bruit de castagnettes.

Il est tard.. il fait froid ! 9 heures tintent à l’horloge de Djemââ-Kebir. Tout le jour, les enfants se sont égayés de ses contorsions et les grandes personnes ont plaisanté son accoutrement. Mansour rit encore, découvrant ses dents de vieux loup.

L’ombre augmente. Une larme brille, son sillon est visible sur le bronze des joues creuses. Le rire a fui, la douleur le remplace. Torture morale, torture physique, quelle est la souffrance assez puissante pour contracter les lèvres si gaies l’instant d’avant ? Un rictus navrant tord la bouche charnue.

Le nègre va lentement, semblant avoir épuisé toutes ses forces en ses bonds de danseur.

Une ombre se détache du couloir obscur, et Mansour tressaille comme à l’approche d’un danger redoutable :

— Mansour, viens vite, crie d’une voix brisée le spectre qui s’approche.

— Qu’y a t il ô Yasmina, est-il arrivé malheur à notre étoile ?

— Allah e&t grand, ô mon ami, le ciel accroche ce soir un astre de plus sous sa voûte lumineuse. Ourida est là-haut parmi les plus belles !

— Ah, maudit métier ! J’ai chanté, j’ai dansé, mon mouchoir s’est rempli de pièces de monnaie ; demain, je pouvais appeler le tebib qui guérit. Il ne viendra que pour mettra en terre mon doux trésor.

 

madame bono

Le vieux négro, sanglotant, se jette dans le taudis, il enlève des hardes où il est étendu, un corps d’enfant déjà raidi et glacé par la mort et le prend dans ses bras. Doucement, ses doigts inhabiles caressent les yeux fermés. O doux miracle d’amour, les paupières ont bougé, un frémissement parcourt le corps refroidi… ô bonheur. papa négro voit le bébé d’ébène ouvrir les yeux et, dans un sourire, tendre vers lui ses bras menus. Plus de pleurs..Place à la joie. La guitare monocorde est reprise et le père heureux, gambade et chante devant sa fille revenue à la vie.

— Ya, Moutchachou.., bono, bono !

Le Prophète est né ; le Mouloud a ranimé le négrillon.

Demain, Mansour, continuera ses gambades et ses chants!.

Noël…Noël… !

 

Marie Bugéja

« Terre d’Afrique » 12 1923

 

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