Ascension à Santa-Cruz

Posté par lesamisdegg le 3 mai 2016

pélerinage à Santa-Cruz

pélerinage à Santa-Cruz

Alors qu’en 1849 le choléra ravageait la population d’Oran, le maréchal Pélissier aurait dit,  montrant les pentes du Murdjadjo, aux notables assemblés et effondrés :

« F…..- moi une Vierge, là-haut et vous verrez que l’épidémie cessera ! »

Les plaques commémoratives accrochées aux pilastres de l’autel de Santa-Cruz ne font pas mention de l’expression énergique du vieux soldat. Elles nous apprennent cependant que, durant l’épidémie de choléra de 1849 une modeste chapelle fut érigée par les soins de Mgr, Callot, premier évêque d’Oran, sur cet éperon de l’Aïdour. Un simple campanile exhaussait cette humble construction qui fut consacrée au culte de Notre-Dame du Salut par Mgr Pavy, évêque d’Alger.

En 1875, une tour surmontée d’une statue de Vierge remplaça le campanile. En 1899, Mgr. Cantel consacra, pour la deuxième fois, l’édifice que la ferveur populaire visitait déjà chaque année. Sous le même prélat, en 1905, Santa-Cruz fut entièrement détruite par un incendie, mais immédiatement reconstruite dans l’état même où nous la voyons aujourd’hui, en mai 1936.

La chapelle est facile à décrire. Bâtie sur une plateforme exiguë, au pied du fort de Santa-Cruz et à quelques trois cents mètres, à pic au-dessus du port, c’est une simple nef agrémentée vers la ville d’une petite terrasse et d’un clocher qui supporte la statue de la Madone. Aucune recherche architecturale n’a présidé à sa construction. Ce n’est pas une œuvre d’art, mais une œuvre de piété. Dans sa modestie, qui s’allie si bien à la condition du peuple qui la fréquente, elle semble plus pure, dépouillée: qu’elle est de tout ornement. Elle protège la ville .La population catholique d’Oran- espagnole pour une très grosse part- la vénère, tout autant que les Algérois Notre Dame d’Afrique, et les Marseillais Notre-Dame de la Garde.

Les murs, à l’intérieur de la chapelle sont recouverts d’exvotos de toute sorte. Car Santa-Cruz fait retrouver les objets perdus et l’affection d’un époux, conclure les mariages, sauver les enfants ou en donner aux femmes stériles, guérir les infirmités. Tout ce que l’on peut demander à une divinité supérieure, Notre-Dame du Salut l’accorde à ceux qu’elle touche de sa grâce. Et pour commémorer tous ces bienfaits, poupons dé biscuit rosé, voiles dé mariée, couronnes de fleurs d’orangers, cannes ou béquilles devenues inutiles, plaques de marbre gravées s’entassent dans la chapelle.

Le jour de l’Ascension, des files ininterrompues de pèlerins serpentent aux flancs de la montagne. De tous les points du département, français, espagnols, gitanos accourent autant par piété que pour suivre une tradition agréable. Certain de ces fidèles y viennent pour accomplir un vœu, les plus ardents font l’ascension pieds nus, ou encore, comme ces deux. associés dont les affaires s’étaient relevées grâce à l’appui de la Vierge, avec des haricots dans les souliers. Mais tandis que l’un d’eux s’arrêtait à chaque pas, jurant qu’il n’arriverait jamais au but, l’autre courrait et gambadait.

«  Ce n’est pas possible, lui dit le premier, tu n’as pas mis des haricots dans tes souliers?

Mais oui, répondit l’autre, seulement je les ai fait cuire. «

De nombreux excursionnistes s’installent dès le samedi soir, et couchent sur la terre dure, sur des couvertures, à la belle étoile ou à l’abri précaire d’une toile de tente. La nuit, de la ville, on voit les feux de leur campement scintiller autour de la chapelle. Aux premières lueurs du jour, la cloche tinte et les prêtres arrivent. Sans interruption, pendant toute la matinée sur un autel dressé en plein air, les messes succèdent aux messes, les fidèles aux fidèles. Des théories d’hommes, de femmes, d’enfants portant des couffins, des paniers à provisions, des bouteilles de bière, de vin, de limonade, montent et descendent. Tous les vendeurs de glace viennent offrir leur crème aux grimpeurs altérés.

Sur toute cette foule, que dominent les invocations de Lourdes,

« Seigneur nous vous adorons ! Seigneur, si vous le voulez, je serai guéri ! »

tourbillonnent, soulevés par le vent d’ouest, des nuages de poussière. Une violente odeur de cierges brûlés prend à la gorge les chanteurs extatiques d’« Ave Maria ». Des milliers et des milliers de bougies, de chandelles, se consument à l’intérieur ou à l’extérieur de la chapelle. La cire qui coule recouvre les rochers, les marches de l’église, les rend glissants et dangereux.

Pendant toute la journée, cette exaltation, cette atmosphère qui tient à la fois de la mystique de Lourdes et de la joie bruyante d’une kermesse règne sur la montagne. Et ce n’est que lorsque le soleil a fini de teinter de rose, de l’autre côté de la baie les falaises de Canastel, que les derniers promeneurs redescendent, harassés, pliant sur leurs genoux, les bras chargés de fleurs, de paniers et d’enfants, les sentiers qui les conduisent à la ville.

Santa-Cruz retrouve alors son calme et sa sérénité majestueuse.

Henri QUEYRAT.

 

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