ORAN en 1844

Posté par lesamisdegg le 19 avril 2016

Oran, capitale de la province de ce nom en Algérie, est bâti sur le bord de la mer, à l’est du pic Murdjadjo ou Santa-Cruz, dont les sommets sont couronnés par un fort et par un santon ou goubakouba-(dôme, marabout) arabe. Un ruisseau (Oued-el-Rahi –er rehi-, rivière des Moulins) sépare la ville en deux parties .Sur la rive gauche, la Vieille-Ville, la ville espagnole, assise entre le ruisseau et les pentes abruptes du Murdjadjo .Sur la rive droite, la Ville-Neuve, la ville arabe, qui, assise sur un plateau dominant le ravin, se continue à l’est et au sud, et forme la plaine d’Oran.

I-L’Oued-er-rahi a sa source apparente à mille mètres de son embouchure, au milieu d’une gorge étroite, dont les flancs escarpés sont composés de calcaires de nouvelle formation et riches en fossiles. Malgré un cours si peu étendu, son volume d’eau est assez considérable pour suffire aux besoins d’une population de 30 000 âmes, et sa pente assez rapide pour faire tourner un grand nombre de moulins A l’origine de la source, au Ras-el-Aïn ( la source), on a construit, depuis 1831 un petit monument qui sert de corps-de-garde, et d’où partent deux canaux conduisant les eaux aux diverses fontaines des deux villes , ce qui lui a fait donner le nom de Chateau-d’Eau.

II-La Vieille-Ville comprend trois quartiers séparés les uns des autres par des remparts : la Marine, la Planza-déformation arabe de la « plaza » de Oran-, la Vieille Kasbah.

A-Le quartier de la Marine, avant 1832, était peu considérable. Une douane, une manutention, un immense moulin à sept tournants, des hangars pour les fourrages de l’armée, des ateliers pour la marine et l’artillerie, y ont été construits par l’Etat-y compris les bâtiments espagnols-. Les particuliers, le haut commerce surtout, y ont fait bâtir des maisons et de vastes magasins pour entrepôts. Là où n’existait qu’un mauvais village de pêcheurs s’est élevée une ville tout entière. La rue principale de ce quartier, la rue de la Marine, traverse deux places, celle d’Orléans et celle de Nemours, décorées chacune d’une fontaine.

B-Le quartier de la Planza embrasse l’espace compris entre la Marine qu’il domine et la Vieille-Kasbah par laquelle il est dominé. En 1832, ce quartier n’était qu’un amas de ruines abandonnées depuis le tremblement de terre survenu dans la nuit du 9 octobre 1790, qui y causa d’affreux ravages. Restauré aujourd’hui, il est sans contredit le plus beau de la ville, et plusieurs de ses maisons ne dépareraient pas les jolies rues de Paris. C’est là que sont situés

- le Colysée- salle de spectacle-

-l’église chrétienne, construite sur les fondations de l’ancienne église espagnole

-l’hôpital militaire, sur l’emplacement de la principale mosquée du quartier-construite elle sur un couvent espagnol, dont on n’a conservé que le superbe minaret et les vastes bains publics –le bagne turc-qui en dépendaient.

-La mosquée de Sidi-el-haouari, dont une partie, celle où était le tombeau , est réservée au culte, et l’autre sert de magasin au campement militaire

-la place de l’hôpital-militaire

-le cours Oudinot, planté d’arbres depuis trois ans ; des cafés, des restaurants, des guinguettes s’y établissent à l’usage des promeneurs, et sa situation au centre des deux villes, au milieu des jardins, en fera bientôt une charmante promenade.

C-La Vieille-Kasbah, comme l’indique son nom, est une ancienne forteresse, entourée de hautes murailles : elle domine la ville, l’entrée du golfe et le ravin, et communique avec la ville par le quartier de la Planza, au moyen de deux portes, dont l’une correspond à l’ancienne Voierie, et l’autre à une rue carrossable ouverte par le génie.

III-La Ville-Neuve, sur la rive droite de l’Oued-er-Rahi, comprend la nouvelle Kasbah ou Château-Neuf (Bordj-el-Ahmar, fort Rouge), et une rue qui, sous des noms différents, se prolonge jusqu’au fort Saint-André ( Bordj-el-Saliha, fort des Spahis). Le Château-Neuf est une citadelle en bon état, bien bastionnée, bien flanquée, bien armée, qui domine la ville et la mer; elle ne contient que des bâtiments militaires créés ou restaurés depuis 1831, et l’ancien palais du bey d’Oran, qui sert d’habitation au général commandant la province, aux officiers d’état-major et du génie. L’ancien palais du bey était une délicieuse demeure, moins fantastique que celui du bey de Constantine, mais plus confortable. Le pavillon destiné au harem était un séjour aérien situé au point culminant du château, et d’où l’on jouissait d’une vue ravissante. Le bey, du haut de ce joli kiosque, plongeait ses regards dans toutes les maisons placées sous ses pieds, et étendait ainsi sur la ville entière son invisible surveillance. Un jardin de roses et de jasmins séparait ce pavillon du corps du palais. Dans l’intérieur du palais étaient deux parties distinctes : l’une l’habitation du bey, l’autre son palais proprement dit, où il trônait en souverain absolu, en pacha. Une galerie couverte mettait l’une et l’autre partie en communication. La partie de la nouvelle ville en dehors du Château-Neuf est presque tout entière groupée aux deux côtés d’une longue rue, tortueuse et rapide du pont à la place du Gouvernement, large et droite de la place du Gouvernement à la place Saint-André. Dans la première partie, elle s’appelle rue Philippe; dans la seconde, rue Napoléon. Parallèlement à la rue Napoléon, du côté du rempart et du côté du ravin, d’autres rues anciennes ou nouvelles complètent le quartier. On remarque en descendant cette rue :

-le pont, qui sert de communication entre les deux villes, très élevé au dessus du niveau des eaux, et d’une seule arche

-le tribunal civil et indigène, de construction française

- la place du Gouvernement au pied du Château-Neuf, et sur laquelle débouche la porte du Marché

-la mosquée la plus importante de la ville, à laquelle les Arabes donnent le nom de mosquée du Pacha, et qui a été bâtie par le bey Mohamed-el-Kebir, en mémoire du départ

1844 chateau-neuf , ravin , blanca oran

1844 chateau-neuf , ravin , blanca oran

des Espagnols. Le minaret de cette mosquée, consacrée encore au culte musulman, est le plus beau de tous ceux de l’Algérie

-une seconde mosquée sur la place Saint-André qui n’a d’importance que par sa communication avec la porte principale de la ville

-en dehors de la grande rue dans des espaces laissés libres par les constructions, le marché arabe, où les indigènes vendent le blé, le charbon, le bois, les laines…

- le marché français, marché ouvert, où Français, Juifs, Espagnols se font concurrence pour la vente des légumes, du poisson, de la viande.

-Trois fontaines principales, celles de la rue Mont-Thabor, de la rue Philippe et du Château-Neuf, fournissent de l’eau en abondance aux habitants.

IV-En 1832, un immense faubourg, nommé Kargantha, était annexé à la Ville-Neuve et habité par les Arabes Douaïr, Zmélah et Gharabah, gens du Makhzen. Il a été détruit sous le commandement des généraux Boyer et Desmichels, pour dégager les abords de la place. Il n’en reste qu’une mosquée qui a servi depuis lors de caserne au 2ième régiment de chasseurs d’Afrique, et autour de laquelle on a construit une caserne pour l’artillerie, et tout un faubourg nouveau, habité par des marchands d’eau-de-vie, de vin, de café, et de tabac.

V-Cinq forts concourent, avec les citadelles des deux villes et une enceinte continue, à la défense d’Oran : ce sont les forts Lamoune,  Saint-Grégoire, Sainte-Croix, Saint-André et Saint-Philippe. Les trois premiers sont échelonnés sur le rivage, sur les gradins du Murdjadjo, et défendent l’approche de la ville par mer. Le fort Saint- André, le plus avancé dans les terres, défend l’entrée du ravin dans lequel coule l’Oued-el-Rahi. Saint-Grégoire et Sainte-Croix peuvent également défendre la ville du côté de terre; mais leurs boulets, pour atteindre l’ennemi, passent par-dessus les tètes des habitants. Tous ces forts, de construction espagnole, sont en bon état.

Telle est la ville d’Oran à la surface du sol .La ville souterraine ne serait pas moins curieux à étudier. Les Espagnols avaient fait communiquer leurs forts entre eux au moyen de galeries profondes. De nombreux éboulement ont rendus la plupart des passages impraticables.

 « le magasin pittoresque »

 NB: Oran marine , la rue de la marine deviendra vite la rue d’Orléans en hommage au duc puis la place d’Orléans deviendra la place Emerat

Oran ville-neuve , la place du gouvernement sera la place du marché puis d’armes , la rue Napoléon deviendra « de la révolution »

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Printemps sur ORAN

Posté par lesamisdegg le 3 avril 2016

Enfin, le beau temps est revenu. Dans le ciel de lapis-lazuli où voguent quelques nuages floconneux, pareils à un troupeau de nomades moutons, le soleil resplendit animant le paysage de ses rayons. C’est à présent qu’il fait bon se lever avant l’aurore. Je ne connais rien de plus délectable que de partir vêtu d’un léger costume, mon chien fidèle trottinant à mes chausses, vers les hautes falaises qui dominent la Cueva del Agua et le Ravin blanc. L’air du large fortement saturé d’iode, pénètre en mes poumons, les dilatants d’extase. Sur les flots, là-bas, vers l’horizon s’attarde une buée légère, le dernier voile de la nuit. A mes pieds, au fond de l’abîme, les vagues, doucement, caressent les rochers. L’onde est transparente, d’un bleu d’émeraude, jamais troublé Le port s’éveille et la cité aussi. Dans les branches des ficus et d’un caroubier, les oiseaux pépient joyeusement. D’un petit jardin tout proche me parviennent les senteurs des fleurs printanières. Et je songe que la nature lance vers le ciel, vers l’Etre suprême, Dieu ou toute autre divinité, son encens, les doux parfums des fleurettes, et ses actions de grâces, les chants des oiseaux.

Le train siffle, soudain, sur les quais. La sirène d’un bateau lui répond. Aussitôt après, c’est le bruit incessant des treuils et des grues, les cris des portefaix, qui me parviennent vaguement, comme le clapotis des lames contre la falaise là, en bas. L’orient où stagnait un nuage effiloché se colore soudain, d’un ton d’orange mûre à point, tandis que le nuage s’empourpre tout à coup. Puis le disque du soleil, éblouissant, s’élance vers le zénith. J’entends là-bas, vers la place d’armes, le crissement aigu des roues des premiers tramways glissant sur les rails. L’heure de rejoindre le labeur quotidien étant proche je retourne au logis, l’esprit et le corps plus dispos.

Avec les belles journées de printemps sont revenues les brunes hirondelles. De nouveau elles couvrent l’espace de leurs zigzags capricieux, et déchirent les airs de leurs cris perçants. En troupe, elles se pelotonnent sur les fils télégraphiques, se balançant doucement au gré de la brise printanière.

 

Il n’est pas un faubourg d’Oran qui conserve son charme propre ; les routes et les avenues, nullement arrosées, se couvrent d’une couche épaisse de poussière que le moindre souffle du vent et le passage des automobiles soulèvent en épais tourbillons, aspergeant les feuilles naissantes des arbres d’une averse de poussière. Mais il n’y à pas que les avenues des faubourgs qui sont sillonnés à grande allure par les autos, les artères les plus fréquentées de notre ville deviennent pour certains « chauffards » de véritables pistes d’entrainement au grand dam des piétons sous les yeux des agents de police. Il ne se passe pas de jour où l’on ait à enregistrer d’accidents. Pour les fêtes de Carnaval il s’en produisit un boulevard Sébastopol qui eut pour conséquence là mort d’un homme très connu et estimé à Oran, M. Barneaud, professeur de lettres en retraite. Jeudi dernier le Tribunal Correctionnel mit un point final à cette triste affaire.

Le vieux Théâtre Bastrana fut pris d’assaut dès huit heures du soir. L’assistance se composait pour beaucoup d’indigènes, quelques toilettes claires égayaient le parterre. Présenté en des termes élogieux par le Président de la Ligue de l’Enseignement, M. Abadi, le conférencier nous tint pendant près de trois heures sous le charme. Moi qui ai habité Tlemcen assez longtemps je goûtais particulièrement cette voix prenante d’une puissance évocatrice fort étonnante. Le film illustrant la conférence était d’une luminosité parfaite et conçu avec art. Voilà des conférences qu’il serait utile d’entendre souvent, car elles révèlent le niveau artistique de notre cité.

José STÉFANI-POQUET

1925 plages , kébir , oran

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