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Les feux de la Saint Jean : fogueras de ORAN en ALICANTE en 1933

Posté par lesamisdegg le 11 septembre 2015

22 06 1933

ALICANTE

Jeudi 22 juin 1933, 8 heures du matin. Les passagers de l´ »Ipanéma » prennent le frais sur le pont, au moment où on aperçoit la côte. Au bout des jumelles, une masse montagneuse se défait d´un léger voile de brume, tandis que le soleil ponctue la blancheur des premières mouettes. Le profil du mont Benacantil se précise, et déjà certains vacanciers embarqués se promettent de visiter ce Castillo de Santa Bárbara qui le couronne, pour contempler la ville comme on admire Oran depuis Santa Cruz, toutes proportions gardées. Le navire glisse presque´en silence vers l´entrée du port, alors que des rumeurs musicales se conjuguent avec les senteurs marines. L´approche s´amorce enfin vers un quai couvert de monde. Et comme pour saluer la foule, le bateau gîte sur bâbord de tout son poids de passagers surpris. Puis soudain, des mille éclats de cuivres d´une trentaine de fanfares, jaillit une grandiose Marseillaise, qui fait sursauter ces cœurs africains et s´affoler les mouettes autour du grand pavois. Ces premières émotions vont ajouter du feu aux poudres des fêtes de la Saint Jean, car tout va dès lors aller très vite dans ce tourbillon ludique dont Alicante a le secret. Sous le regard de ces centaines de visiteurs, munis de leurs précieux sauf-conduits ( 5 jours, 80 pesetas -190 francs de l´époque- voyage et hôtel compris) les autorités locales, présidées par le maire M. Lorenzo Carbonell, se fondent en accolades avec le Comité Oranais des fêtes de San Juan, tandis que la « Reine d´Oran », Mlle Francine Figuérédo, et ses demoiselles d´honneur, toutes submergées de bouquets de fleurs, embrassent la Bellea del Foc (« Beauté du Feu ») Mlle Carmen Hernández Flores et ses non moins ravissantes accompagnatrices. En arrivant à l´esplanade des palmiers, appelée alors Paseo de los Mártires, les oranais découvrent le monument satyrique en papier mâché en représentation de leur ville et qui, au même titre que les 30 autres hogueras  artisanales dressées dans leurs quartiers respectifs (c´est la plantá), sera voué au feu le 24 au soir. De rue en rue, de quartier en quartier, la ville a été réveillée (c´est la despertá) au son des pasodobles traditionnels ou de « Paquito el Chocolatero», ou bien à celui du folklore régional du tamboril et de la dulzaina (pipeau), le tout ponctué de pétarades allumées au cigare pour accompagner les comités locaux (comisiones gestoras) et leurs belleas. Après un répit au moment du déjeuner et de la sieste, les esprits s´animent à nouveau en direction des arènes, afin d´ aller juger sur pièce le gabarit des taureaux arrivés d´Andalousie. C´est ce desencajonamiento qui va permettre au public de parier sur la teneur des corridas à venir, à mesure que les superbes bêtes sont libérées de leurs cages au milieu du ruedo.

L´ »Ipanéma » a ainsi déversé de nombreux touristes de descendance espagnole, de seconde ou même de troisième génération d´émigrés, issus des provinces de Valence, Alicante, Murcie et Almeria. Au départ d´Oran, ces nouveaux français manifestaient leur désir de connaître enfin leur terre d´origine, et ce voyage fournit l´occasion d´aller faire un semblant de pèlerinage du côté du village de leurs aïeux. Ainsi les agglomérations les plus proches comme Dénia, Callosa de Ensarriá, La Nucía, Aspe, Monforte del Cid, Santa Pola, Orihuela, etc., pourront faire l´objet de visites aussi brèves qu´émouvantes, indépendamment du résultat obtenu dans les recherches d´un nom de famille, d´un quartier, d´une rue ou d´une maison qui n´a peut-être pas survécu.

Carlos GALIANA RAMOS

 

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