L’esprit souffle encore à Tibhirine

Posté par mdame le 30 août 2010

  • L'esprit souffle encore à Tibhirine dans TERRORISME images1.vignette 

  • Nadjet Cherigui
    27/08/2010
  • L’ancien chai du monastère a été transformé en chapelle par les moines. Plus petite que l’originale, elle convenait mieux à leurs besoins. Aujourd’hui encore on y célèbre la messe. Crédits photo : Le Figaro Magazine
    Quatorze ans après le massacre des moines français, le drame hante encore toutes les mémoires. Au monastère, pourtant, la vie continue, grâce au dévouement de villageois et au courage d’un prêtre et de quelques religieuses. Nous sommes retournés sur ces lieux habités par le souvenir de sept hommes de paix.
    Tibhirine, cela signifie «les jardins», en kabyle. Tibhirine, c’est aussi un village peuplé de quelques centaines d’âmes, accroché dans les collines de la région de Médéa, en Algérie, à une petite centaine de kilomètres au sud d’Alger. Tibhirine, c’est surtout une vie sans fioritures. Le quotidien, ici, est fait de petits bonheurs simples, et surtout d’austérité. L’été, la chaleur y est écrasante. Les hivers y sont aussi longs que rigoureux. Mais face à la beauté sauvage et préservée du paysage, on comprend aisément l’attachement des villageois à ce petit bout de paradis sur terre. Un paradis devenu enfer le temps d’une guerre.
    Difficile d’imaginer qu’ici, au milieu de cette splendeur, s’est introduit le pire de l’ignominie. Pendant les dix années de guerre civile qui ont endeuillé le pays dans les années 1990, la région a été l’un des principaux bastions islamistes, et donc un haut lieu stratégique de la lutte antiterroriste menée par les militaires algériens. Au cœur de ces affrontements, une population impuissante, réduite au silence et prise en étau entre la furie meurtrière des uns et la répression violente des autres. C’est à Tibhirine, dans ce contexte particulier, que s’est joué le drame dont ont été victimes les sept moines cisterciens français, enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 par un commando d’hommes barbus. De ces hommes de paix, on ne retrouvera que les têtes, jetées dans des sacs plastique, sur le bord d’une route à l’entrée de la ville de Médéa, le 30 mai suivant. Christian (le responsable de la confrérie), Christophe (l’agriculteur), Michel (le cuisinier), Célestin (l’hôtelier qui avait la réputation d’être un bon vivant), Luc (le médecin installé depuis plus de quarante-sept ans en Algérie, qui soignait gratuitement les habitants de la région), les frères Bruno et Paul, arrivés la veille pour une brève visite au monastère, tous les sept ont été tués. Seuls Amédée et Jean-Pierre ont échappé au rapt.
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Emmanuel Roblès

Posté par lesamisdegg le 25 août 2010

Emmanuel ROBLES, enfant d’ORAN

Emmanuel Roblès photo_roblesC’est le jeune Emmanuel Roblès, orphelin d’une famille pauvre, d’origine espagnole d’Oran, que nous allons évoquer, à partir de son propre témoignage donné dans Jeunes Saisons, récit autobiographique publié en 1961, dans Saison violente, autobiographie romancée publiée en 1974, et dans ses Entretiens avec Jean-Louis Depierris diffusés en 1966 par France-Culture et publiés au Seuil en 1967.
Cela nous permettra de le situer dans l’Oran strictement hiérarchisée et cloisonnée des années 1925-1930.
1) Un garçon de famille espagnole à Oran
Emmanuel Roblès est né à Oran le 4 mai 1914 d’une mère espagnole née à Bel-Abbès et d’un père d’origine andalouse né à Oran. Celui-ci était un ouvrier-maçon, parti travailler à Casablanca à la fin 1913 et mort là-bas presque à son arrivée dans une épidémie de typhus en 1914, et que son épouse rejoint pour le trouver mourant. La mère de Roblès, à l’âge de 23 ans, se retrouvait ainsi veuve avec un premier enfant à peine âgé de deux ans, et enceinte de celui qui deviendra Emmanuel Roblès, orphelin dès sa naissance, “enfant posthume” comme il se qualifie lui-même.
Dans Jeunes Saisons et Saison Violente, il évoque sa vie de jeune garçon de 12 à 14 ans, élevé par deux femmes, sa mère ouvrière blanchisseuse qui travaille dur pour gagner sa vie, et sa grand-mère, une Grenadine venue jeune d’Espagne avec son mari. Il parlait espagnol avec sa grand-mère qu’il appelait “madre” et à qui il disait “vous”, et parlait français avec sa mère qu’il appelait “mamica”, petite mère, “une sorte de grande soeur avec qui je me montrais volontiers insolent”, dit-il. “Les souvenirs jaillissent surtout de chaque pierre de ce quartier sans caractère où mon enfance s’est écoulée. Il se trouve pressé entre la gare de style mauresque et la falaise qui domine le port, sur une pente assez raide qui autrefois gênait les charretiers. Voici la rue Bruat où je suis né, et la rue de Lourmel que ravinaient les pluies. Et voici la place Hoche, la “Plazoche”, comme nous l’appelions, avec le buste en bronze du général et sa tête verdâtre de pestiféré”. (Jeunes Saisons p.5).
C’est un jeune garnement qui participe, avec sa bande de copains, à des jeux de garçons qu’il évoque avec plaisir :
- Les billes, les “pignols” (noyaux d’abricot), les “canutos” ou tricotins pour fabriquer des guides avec des bouts de laine.
- Les “carricos”, voiturettes à roues basses que les gamins utilisent encore aujourd’hui dans les rues en pente d’Oran.
“Nous dévalions la rue de Salles ou la rue de Lourmel, en faisant un raffut du diable, ce qui, invariablement, nous attirait les cris des ménagères dont “nous cassions les oreilles” (Jeunes Saisons p.21)
- Les lance-pierres: ” Nous attaquions les porteurs d’eau arabes en faisant sonner leurs bidons sous nos caillous. Nous tirions sur les vitres des bec de gaz…” (idem, p.21)
Tous ces garçons développent entre eux dans leur quartier espagnol une morale simple de l’honneur viril, qui se manifeste dans les aventures de cette bande de copains emmenée par leur chef Toni, le fils d’un maçon.
A la suite d’une blessure à la tête, qu’il s’était faite un jour en plongeant sous une barque, à la Pointe Blanche, le jeune Emmanuel est mis au patronage Sainte-Jeanne d’Arc, dirigé par l’Abbé Podesta. Mais il s’en échappait souvent pour rejoindre la bande de Toni, lequel lui fait horreur du patronage en évoquant le rôle obligatoire d’enfant de choeur. C’est une idée qui horrifiait le jeune Emmanuel être habillé en fille, avec des jupes et des dentelles. C’est une déchéance, il fallait être un peu “mariquita” pour cela, efféminé, comme les petits Français de France.
Ils vivent en effet dans une société étroitement cloisonnée du point de vue des sexes : “Nous méprisions les filles avec qui jamais nous ne partagions nos jeux… (mais) “bien entendu il était prescrit de protéger nos soeurs ou les soeurs des amis et d’intervenir et même de se battre rageusement si quelque garnement avait l’idée de les taquiner ou de leur chercher querelle. Sur ce point, la règle d’honneur ne souffrait pas la moindre discussion ni la moindre défaillance”.(Jeunes Saisons p.19-20). Cela entraînait souvent des bagarres, des rixes avec “des bandes rivales de garnements” des quartiers voisins, à coups de cailloux. L’outrage majeur, c’était le “garrecho”, qui consistait à capturer un garçon du clan adverse, à lui arracher tous les boutons de braguette et à lui appliquer sur le sexe un cataplasme de boue épaisse.
“Après quoi, tout le quartier se considérait comme déshonoré. Du moins, nous le pensions, et cette idée nous consolait et consolait nos blessés”.(Jeunes Saisons p.24)
On aperçoit ici l’humour de Roblès, trait caractéristique de ce genre picaresque qu’est le récit de Jeunes Saisons (cf.”Gagayous” héros fondateur de l’éthos pied-noir que G.Audisio rattache au type du “picaro”) que l’on retrouve tout au long de ce récit. Par exemple quand il évoque encore plus loin ces bagarres entre gamins des rues : “On “pouvait” quelqu’un si on s’estimait de taille à le rosser. La provocation habituelle était : “Sors dehors et tu vas voir si je te “peux”. Même si l’affaire se passait déjà en pleine rue” (idem p.63). Et il continue en se moquant gentiment de leurs rodomontades, en soulignant que la morale de l’honneur doit toujours rester sauve : “En cas de déséquilibre flagrant des forces, le désavantage restait souvent au plus grand… On ne pouvait frapper un “petit” sous peine, tout d’abord de déshonneur, ensuite de sanctions familiales. Ce code me paraît encore d’une simplicité proprement admirable et l’on doit regretter qu’il n’ait pas cours entre les nations. Mais je m’égare” (idem p.63).
On comprend que ces garçons vouent une admiration à la force physique, qu’elle se manifeste dans le sport viril qu’est le foot-ball, ou dans les exploits d’un ouvrier.
C’est avec humour que Roblès évoque leurs parties de foot-ball, même avec une vieille boîte de conserve ou une pelote de chiffons, et leur admiration chauvine pour leur équipe le C.D.J. (”Le Club des Joyeusetés”), surtout quand elle affrontait les équipes algéroises. Il prend plaisir à souligner cette vieille rivalité entre Oranais et Algérois. “Le mot “Algérois” sonnait comme un cri de guerre par toutes les vieilles rues populaires de notre ville.” (idem p.65)
Je ne résiste pas au plaisir de citer ce morceau de bravoure humoristique, que les Oranais d’aujourd’hui peuvent encore sans doute apprécier.
“L’antagonisme entre Oranais et Algérois dure depuis toujours. Les Algérois nous tiennent pour des rustres et nous tenons tous les Algérois pour des “fils-à-papa” et des “chiquems” (des vaniteux). Les Algérois, entre autres choses, nous reprochent de mal prononcer le français, ce qui est vrai, et de dire “on” pour “an”, ce qui est faux.
En fait, un Oranais prononce : “citran” et “melan”. Les Algérois prennent une mine ironique pour reprocher (à tort) aux Oranais leur manière de dire “complimont” ou “fréquemmont”… A cause d’une malheureuse nasale, les Algérois briment, parait-il, leurs voisins, abusent (lâchement) de leur position (usurpée) de capitale administrative pour couper les crédits, truquer les budgets et se servir copieusement au détriment d’Oran. Les Oranais se vengent en s’efforçant de réduire en hachis les équipes sportives ou les champions que leur délèguent leurs ennemis” (Jeunes Saisons p.65)
Roblès évoque aussi avec une admiration teintée d’humour, le père de leur camarade Agustin, carrier à Mers-El-Kébir, “fameux parmi nous pour ses exploits”, notamment deux mois de prison pour avoir mis K.O. un receveur de tram et un agent. “A sa sortie, le quartier l’avait accueilli en triomphateur, avant même de se demander si le carrier avait eu tort ou raison d’assommer ses victimes.” (idem p.64)
Ce personnage incarne en effet la revanche du pauvre, de tous les pauvres, contre toutes les injustices dont ils sont victimes, et contre ceux qui, à un titre ou à un autre, représentent l’autorité et le pouvoir des exploiteurs ou des oppresseurs (policiers, gens en uniforme…)
Cette morale simple explique aussi leur passion pour les films de Far-West, où ils vibrent pour “el tchico”, le jeune homme valeureux auquel ils s’identifient volontiers, et pour “la tchica”, la jeune fille belle et blonde et courageuse, et surtout pour les films de Charlot, le héros qui incarne, lui aussi, la soif de justice et de revanche du faible.
“C’est que Charlot nous ressemblait, faible et rusé comme nous, en proie à toutes les forces mauvaises et luttant contre elles à sa manière… C’est que l’amoralité du petit homme, ses démélés avec les gros, les méchants et les imbéciles ne l’empêchaient jamais de se ranger du côté des faibles, de s’allier spontanément aux enfants errants, aux jeunes filles malheureuses et aux clochards en peine. Les mauvais tours nous vengeaient qu’il jouait à son habituel ennemi, l’énorme individu aux sourcils épais, au regard terrifiant, à l’impitoyable brutalité.” (Jeunes Saisons p. 58)
Il raconte avec plaisir ses escapades avec ses copains jusqu’à Santa Cruz par les vieux quartiers de la Marine et la pinède des Planteurs, de Santa-Cruz au port en passant par la Calère et la place de la Perle, ou encore jusqu’à Eckmühl et ses arènes, ou au “Village nègre” pour manger des pastèques, ou au quartier juif derrière le théâtre
C’est l’occasion pour l’écrivain de décrire des scènes pittoresques. “Ce Village Nègre était pauvre et triste, mais à certaines heures il s’animait et nous nous mêlions à la foule qui entourait les conteurs chevelus ou les montreurs de singes ou les jeunes acrobates marocains, le crâne rasé, avec une seule mèche au sommet de la tête et qui étaient vêtus de costumes bariolés.”(Jeunes Saisons p.26)
Le quartier juif où “nous rencontrions, à notre ébahissement, de vieux juifs à calotte noire et à papillotes, le sarouel retenu par une large ceinture multicolore” (idem p.29)
Du haut du fort de Santa-Cruz, “Nous passions des heures, le visage fouetté de vent, à tenter de découvrir, dans l’amas des maisons, certains repères familiers : la gare aux allures de mosquée, la cathédrale aux allures de gare et les coupoles du théâtre.”
Leur vive sensualité méditerranéenne s’épanouit particulièrement quand arrivent les bananiers. “Pour moi, le Toni possédait un organe spécial, un odorat de chien courant… un odorat capable de lui faire déceler dans les relents de graillon et de water mal tenus, parmi les mille senteurs que le vent poussait par les rues, l’odeur unique, la douce, la suave, la capiteuse odeur, le parfum lointain des bananes sur le pont du cargo.” (Jeunes Saisons p.42)
C’est là que l’art de l’écrivain se révèle, et sa capacité à évoquer merveilleusement les odeurs, les parfums, mais aussi les couleurs si diverses et les bruits de toutes sortes sur le port. C’est un plaisir de tous les sens que sa plume traduit, y compris le goût, les plaisirs du palais.”Les marins nous lançaient des régimes avariés. Mais il y avait toujours des bananes saines que nous partagions sur le champ. Ah, la saveur, le délice de la chair farineuse et douce, ce miel, ce lait… (idem p.44).
Ces navires aux noms évocateurs, “Cap-des-Palmes”, “Konakry”, “Ile de Gorée” leur donnaient, à ses camarades et à lui, des idées de voyage et d’évasion. Il raconte ainsi avec beaucoup d’humour la folle escapade de Toni, sur un pétrolier anglais en route pour Haïfa, avortée à Port-Saïd où il fut remis au Consul de France et renvoyé à Oran, via Marseille.
“Le Toni reçut de son père une raclée formidable qui le laissa abruti pendant deux semaines… Pour lui, c’était la gloire! En effet, dès qu’il fut rétabli, il reprit tout son aplomb et nous éblouit de ses récits fantastiques” (idem p.45)
Roblès rêvait, lui aussi, de partir, et ces rêves de voyages étaient nourris de plus par ses nombreuses lectures, surtout des “livres d’aventures”, de Loti, les Tharaud etc.. “Je pouvais rester durant des heures enfermé seul à lire ou à rêver … Que d’heures j’ai passées sur des albums de villes ou des atlas.”(idem p.15)
C’est de ce jeune temps que lui est venu cet appétit de voyages, tous ces voyages que Roblès a réalisés ensuite, “avec obstination” comme il dit, de l’âge de 17 ans jusqu’à maintenant.
Cette adolescence à Oran est donc bien, pour lui, un temps d’apprentissage qui va forger sa personnalité d’homme et d’écrivain, deux choses inséparables chez lui dont tous les livres sont nourris de son expérience d’homme engagé dans les combats de la vie.
2) L’apprentissage de la pauvreté
Jeunes Saisons se termine et Saison Violente commence par la mort de sa grand-mère. C’est une première douleur qui le marque. “Je devais beaucoup à cette femme simple et bonne, et avec elle une part de moi-même mourait aussi ce jour-là”.(Jeunes Saisons p.93)
Et cette douloureuse absence lui révèle une autre absence, celle du père et son état d’orphelin que, jusque-là, dans ces années d’insouciance, il n’avait pas ressentie. “Vers ma treizième année, son absence commença donc à me tourmenter réellement… J’aurais aimé m’appuyer sur sa force et son affection. Peu à peu, je me mis à jalouser certains de mes camarades qui parlaient avec orgueil des mérites et des exploits de leur père.”(idem p.94)
C’est ainsi qu’à cet âge il commence à être hanté par l’image de son père qu’il découvre à travers les confidences émues de sa mère. “Ma mère me parlait de mon père avec orgueil, aimait à évoquer son temps de fiançailles et les soirées d’été où mon père venait, accompagné d’un guitariste, chanter sous ses fenêtres… Il vient “peler la dinde”, “pelar la pava”, il vient faire sa cour devant la porte.” (Entretiens p.11)
Dans Saison Violente, cette cristallisation sur l’image du père est d’autant plus forte que la mère du narrateur lui parle d’un remariage éventuel. C’est un choc insupportable qui est le point de départ d’une crise chez le jeune adolescent. En même temps qu’il se révolte contre ce qu’il perçoit comme une trahison, il est amené à découvrir peu à peu la vie dure que sa mère mène, seule, dans un travail sans répit, “du lundi matin au samedi soir, selon les normes de l’époque”. Et, “elle consacrait la majeure partie du dimanche, tout de suite après la messe, à l’entretien de notre logement, à la lessive et à la couture et, parfois, elle acceptait quelques heures de repassage chez des dames du haut-quartier.” (Saison Violente p.27)
C’est une fois entré au collège Ardaillon, et quand sa mère se trouve avec un arrêté d’expulsion de son logement, pour cause d’insalubrité et de démolition, que le narrateur prend conscience encore plus de la pauvreté et de la vulnérabilité de sa mère. “Pour la première fois, j’eus pitié d’elle tant je la découvrai faible, vulnérable, sans appui ni protection.”(Saison Violente p.69)
Il décide alors, à 14 ans, de quitter le collège pour travailler et n’être plus une charge pour sa mère. Il sait qu’en même temps il renonce à son ambition qui était d’entrer à l’Ecole d’Hydrographie de Marseille et de naviguer. Mais il ne quitte le collègue que provisoirement, car le directeur du collège intervient et obtient pour lui une bourse plus substantielle.
Un nouveau choc survient dans sa vie quand sa mère se trouve effectivement expulsée, trouve un emploi logé, et est obligée de placer son fils chez une de ses anciennes employeuses, que le narrateur appelle Madame Quinson, titre de la seconde partie de Saison Violente. Cette dame est une veuve, héritière d’un vaste domaine de vignobles de la région de Témouchent, qui “occupait tout le troisième étage d’un immeuble neuf , rue de Mostaganem.” (p.84)
Cet épisode central du récit est déterminant pour l’apprentissage de la vie du jeune adolescent, car c’est chez elle et par elle qu’il va découvrir et comprendre tous les clivages sociaux, les cloisonnements strictement hiérarchisés de la société oranaise.
Madame Quinson représente le sommet de l’échelle sociale. C’est une fille de colon, d’ascendance française, “veuve-sans-enfants” d’un officier de l’infanterie coloniale, employant deux domestiques, une Espagnole Dolorès, et une Arabe Yasmina. Elle a le sens des hiérarchies sociales, bien persuadée que chacun, pour le bon ordre, doit rester à sa place. Elle traite tout son monde avec autorité ou condescendance, et en particulier le jeune garçon avec une autorité teintée de mépris et de sadisme, à qui elle veut inculquer les “bonnes manières” et à qui sans cesse elle adresse des remontrances avec un plaisir sadique. “coude!”, “fourchette!”, “Oh, mais tu es un vrai sauvage!” “et de l’autre côté de la table, son regard m’épiait, froid et dur comme celui d’un alligator au ras d’un marécage.”(idem p.91)
Le jeune adolescent supporte vite très mal cette bourgeoise et son monde de conventions futiles et de hiérarchies établies, bourgeoise qui prétend évidemment tout régenter de la vie de son “protégé”, ses études et ses fréquentations. Ainsi, il faudrait qu’il apprenne l’anglais et non pas l’arabe ou l’espagnol. “Pour elle, l’arabe et l’espagnol étaient les idiomes d’une humanité de seconde catégorie… Elle tenait l’anglais pour “aristocratique” et qui avait l’avantage de la connaître s’affirmait, d’évidence, une personne “comifo” (sa prononciation pour “comme il faut”).
Il faudrait aussi qu’il renonce à fréquenter son ami Kalfon: ” Un Juif! Mais tu es fou? ” et Véronique, la petite du quatrième étage, la fille d’un haut fonctionnaire de la préfecture : Elle n’est pas pour lui ! “Ainsi je n’aurais pas dû fréquenter Kalfon parce qu’il était juif, en revanche Véronique ne devait pas me fréquenter parce que j’étais pauvre. Chez Madame Quinson, chaque jour complétait une initiation qui n’allait pas sans douleur.”(idem p.102)
Et évidemment, elle lui fait durement sentir que, d’ascendance espagnole, il n’est jamais qu’un “cinquante-pour-cent”.
C’est que dans ces années d’avant la guerre 40, Oran est une ville étroitement compartimentée sur le plan géographique et sur le plan ethnique, partagée en quartiers, en groupes et en clans européens.
Les Français de France (les “patos”), fils de militaires et de fonctionnaires ou commerçants, habitent les quartiers neufs et riches, parfois coupés d’enclaves espagnoles, et méprisent les “cinquante-pour-cent” d’origine espagnole. Ceux-ci, pour le plus grand nombre, sont regroupés autour de la place de la Perle dans la vieille ville, centre de la colonisation espagnole jusqu’au XVIIIe siècle, et d’autres, notamment les maçons comme le père de Roblès, habitent dans les quartiers avoisinant les nouveaux immeubles qu’ils construisaient. En-dessous, il y a les Juifs, voués à la haine raciale, dans le quartier juif, derrière le théâtre, et les Arabes (quelques ouvriers et femmes de ménage qui traversent la ville) groupés dans le “Village Nègre”. “Nous connaissions mal les Arabes. Au coeur d’un quartier essentiellement espagnol comme le nôtre, nous n’avions en classe aucun camarade musulman. Tout nous maintenait séparés d’eux, les zones d’habitation comme la différence des langues, des religions, des coutumes. Mais, contrairement, aux grandes personnes, nous étions sans préjugés à leur égard.” (Jeunes Saisons p.26)
Dans les Entretiens (p.17-18) Roblès précise:
“Cette division géographique et ethnique entraînait des dissensions raciales qui ont persisté jusqu’à l’indépendance de l’Algérie. Dans ces années, vers 1925-1930, les Juifs surtout subissaient une agression permanente et il me suffira de dire que bien avant l’hitlérisme, un quotidien du soir, le Petit Oranais, portait en exergue la croix gammée… La municipalité était aux mains d’une sorte de gang antisémite dont le parti s’intitulait “Union latine”. Les autochtones, étant sujets français et non citoyens, n’avaient pas le droit de vote. Politiquement, ils n’existaient pas. “L’Union Latine” ne s’intéressait à eux qu’en période électorale pour les exciter contre les Israélites. En revanche, ceux-ci avaient accédé à la citoyenneté française par le décret Crémieux. Ils formaient une minorité ouverte aux idées nouvelles et non dans le seul domaine politique. “L’Union Latine” qui devait devenir plus tard pro-franquiste et pro-nazie se faisait réélire à chaque occasion sur un programme raciste qui excluait en particulier les Juifs de tous les emplois municipaux, multipliait à leur égard les tracasseries bureaucratiques, sans compter d’odieuses humiliations.”
Cette violence antisémite, Roblès y a été très sensible, puisqu’il l’évoque aussi dans Jeunes Saisons et en fait un thème majeur de Saison Violente. C’est que Roblès avait des camarades juifs, pauvres comme lui, en particulier Kalfon, le meilleur des garçons, chez qui il était reçu “comme un fils de la maison”. Et il est très affecté par la mort d’un jeune garçon juif dans la rue de la Révolution, tué lors d’une provocation d’une “colonne de manifestants antisémites”.
Il évoque lui-même, dans Jeunes Saisons et Saison Violente, sa honte d’avoir, par jeu, lancé un jour un avion en papier, dont la queue portait des croix gammées et l’inscription “A bas les Juifs !” dans la boutique de M. Serfati, un marchand d’étoffes habitant près de chez lui et ami de la famille. “L’avion atterrit devant le comptoir, juste sous les yeux du vieil homme. Le regard que celui-ci m’adressa, je ne l’ai pas encore oublié… Je sais que la honte qui m’étreignit alors était bonne… conscient d’avoir ajouté ce jour-là à l’immense malheur du monde.”(Jeunes Saisons p.82)
Se demandant comment un danger pouvait venir de ses camarades juifs ou de leurs parents, il interroge un jour le boulanger Parra qui lui répond : ” Ils se soutiennent trop entre eux, fils. C’est trop ce qu’ils se soutiennent “.
“Que les Juifs se soutinssent entre eux nous semblait plutôt louable, tant nous avions nous-mêmes le goût de la solidarité et l’esprit de clan”.(idem p.78)
Ce commentaire est révélateur de la structure classique de cette société, de la fonction valorisante du ghetto, refuge du marginal méprisé, mais il néglige tous les risques d’affrontements violents qu’une telle structure porte en soi.
Ces jeunes Français, d’origine espagnole, pauvres et méprisés, ont obscurément conscience d’une solidarité des groupes dominés ; et dans Saison Violente, c’est tout un climat de manifestations et de contre-manifestations, de lutte politique de la gauche contre le racisme de “l’Union Latine” que Roblès décrit. On voit le narrateur participer à des meetings politiques où l’orateur Arcillas, transposition du candidat communiste Torresillas, “au-delà de ses attaques contre l’Union Latine, disait la peine de vivre, la nécessité pour les déshérités de s’unir, de refuser l’humiliation, qu’il prononçait “humiyation”… D’instinct, Arcillas savait de quelle maladie nous souffrions. Nous nous sentions tous des exclus, les exclus d’une société marâtre qui se servait de nous sans nous aimer” (p.20). Et leur chef de bande Toni, décèle immédiatement dans le thème du “péril Juif” ” une manoeuvre de la bourgeoisie pour diviser.”
Malheureusement, les adultes, pour la plupart, n’ont pas la lucidité et la conscience de classe de ces adolescents. En effet, les “néo-Français” d’origine espagnole, qui ont honte de leur origine, qui désespèrent, comme l’oncle du narrateur, d’être reconnus comme Français à “cent-pour-cent”, étaient extrêmement chauvins, et leurs anciens combattants de 14-18 participaient à tous les défilés patriotiques, élisaient des députés affreusement réactionnaires, ne savaient comment manifester leurs bons sentiments pour être admis dans la communauté française. En dépit de quoi, on les tenait toujours pour des “Cinquante-pour-cent”(Jeunes Saisons p.71). Ainsi son oncle “fait partie des Anciens Combattants. Il défile derrière le drapeau, avec ses décorations… Il n’aime pas les Arabes, il n’aime par les Juifs et, le comble, c’est qu’il n’aime pas non plus les “étrangers”! (Saison Violente p.72)
C’est dans cette société cloisonnée et ce climat de haine raciale que le jeune Roblès grandit et se forge son identité et sa personnalité.
3) La quête de l’identité
Parmi les choses qui blessent le plus le jeune Roblès, il y a cette appellation méprisante de “cinquante-pour-cent”. Dans notre quartier, habitaient aussi quelques familles de Métropolitains et tous ces braves gens nous méprisaient, nous appelaient les “cinquante-pour-cent”. Or nous voulions être des “Cent-pour-cent” nous aussi et nous cherchions à bien faire, à prouver que nous étions dignes des héros français que le maître nous citait en exemple.”(Jeunes Saisons p.69)
Il s’agit donc pour le jeune garçon de s’affirmer comme Français face à l’élément “Français de France dirigeant et méprisant. Cette affirmation passe par trois stratégies possibles, toutes les trois illustrées dans les deux ouvrages :
- affrontement par la force des poings,
- l’acculturation par l’étude et l’école,
- la reconnaissance dans l’amour d’une métropolitaine
La première étape, c’est la lutte physique, la bagarre, la force des poings, seule force des pauvres ; c’est la réaction primaire de l’affrontement. “Notre occupation favorite consistait à rosser les petits Français”, dans une tactique simple qui était de frapper au visage, et de salir et déchirer les vêtements de ces jeunes bourgeois, ces “mariquitas”, ces efféminés. C’est ainsi que nous voyons le jeune Roblès se battre contre un jeune Français, Verneuil, “un garçon un peu plus âgé que nous et qui ne brillait pas en classe”, surtout pas en français où il était dépassé en rédaction par des “Lopez et des Martinez” qui, dans la conversation, utilisaient un jargon ridicule. Ainsi, “Verneuil me surprit un jour à parler en espagnol et me fit une remarque désobligeante. C’était la première fois que j’entendais l’expression “cinquante-pour-cent” dans son sens injurieux et, piqué au vif, je répliquai par dépit, défi, amour-propre blessé que, si les Français n’étaient pas contents, ils pouvaient toujours retourner chez eux tandis que nous, ici, nous étions chez nous, parfaitement, chez nous et sans rien demander à personne, etc, etc…”(Jeunes Saison p.71)
Il s’ensuit une bagarre où la tactique des vêtements salis suffit à faire reculer un adversaire plus fort : “Ainsi pour Verneuil qui préféra remettre à plus tard notre règlement de compte lorsqu’il me vit armé d’une boule de goudron” (idem p.72)
La seconde étape, c’est l’acculturation par l’étude et l’école, qui est le moment de l’identification et de l’assimilation. C’est un moment pathétique mais que l’humour de Roblès rend savoureux : la participation affective et volontariste aux mythes fondateurs de la Nation française est vécue à travers l’éthique hispano-pied-noire. Nous avions nos héros, dit Roblès, et c’est Jeanne d’Arc pour qui “les plus endurcis d’entre nous frémissaient de rage au supplice de Jeanne à Rouen”, Danton “parce qu’il avait dit une phrase qui nous plaisait : “De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace”, Napoléon, valeureux combattant victime d’une coalition de tous les ennemis conjurés contre lui, procédé indigne que nous réprouvions avec énergie: “tomber à plusieurs contre un”. C’est encore Guynemer, Turenne, Jean Bart et Surcouf.” De celui-ci, nous nous répétions le mot fameux aux Anglais qui lui disaient : vous vous battez pour l’argent et nous pour l’honneur : – chacun de nous se bat pour ce qu’il n’a pas! avait répliqué le corsaire.”
“Il y avait aussi Pasteur et Victor Hugo qui, eux aussi, dans leur spécialité, avaient du “punch”, aimaient les pauvres et ceux-ci précisément avaient bien besoin qu’on les aimât, surtout dans ces époques de sauvagerie où sévissaient la rage, la taille et la gabelle, les Prussiens, les Anglais, la famine et les Rois fainéants!” (Jeunes Saisons p.70)
Ainsi Roblès fait défiler, dans un humour savoureux pour notre plaisir de lecteurs, ces lambeaux de souvenirs scolaires tous mêlés, ces figures glorieuses du certificat d’études qui coexistent dans une même idéologie de la République comme voie d’accès à l’identité culturelle et au mieux-être social.
Dans Saison Violente p.112, nous le voyons aussi revendiquer son assimilation à la France par la culture :
“La langue espagnole elle-même se corrompait, contaminée par le français et l’arabe, et l’absence de livres, l’impossibilité d’échanges et même l’interdiction à l’école primaire de parler l’espagnol me coupaient, au fur et à mesure que j’avançais en âge, de mes racines. Ces facteurs, en revanche, me laissaient ouvert, disponible, réceptif : j’assimilais tout, Louis XIV et Robespierre, Racine et Michelet, la Loire et la Beauce, Moliere, Balzac, Hugo!… Moi, un “cinquante-pour-cent” ? Moi, une moitié d’étranger?.. Si je savais ma différence, je connaissais tout aussi bien la profondeur de ma communion. Je n’étais pas à la porte, mais à l’intérieur, non aux frontières, mais sur le territoire même de cette patrie culturelle à laquelle j’adhérais de toute mon intelligence et de toute ma sensibilité.”
On comprend aussi son amerture et sa révolte de voir l’hymne national, la “Marseillaise” accaparée par les contre-manifestants fascistes, par “les autres”. “s’approprier l’hymne national c’est nous refuser, nous, comme Français, nous écarter, nous dénier cette appartenance, nous tenir pour des marginaux.”(Saison Violente p.168)
La troisième étape, c’est l’étape de la reconnaissance. C’est le sens de l’idylle avec Véronique qui constitue la troisième et dernière partie de Saison Violente et qui s’oppose ainsi aux humiliations subies chez Mme Quinson, titre de la deuxième partie du roman qui s’achève par une rupture brutale, quand le jeune adolescent est surpris à rentrer de nuit après avoir fait une fugue pour assister à une réunion électorale tenue par le “communiste” Arcillas.”Je ne garde pas chez moi un voyou” dit Mme Quinson qui le renvoie dès le lendemain matin.
C’est le début d’une crise : “Je commençais à concevoir que le vrai malheur était de ne pas s’accepter soi-même”, dont l’amour de Véronique va l’aider à sortir : “A chaque rencontre avec Véronique, j’émergeais un peu plus de mes brumes.” (p.l30.)
Contre Mme QUINSON, image du racisme colonial, Véronique, fille d’un haut fonctionnaire métropolitain de la Préfecture, représente la francité, au sens de Roland BARTHES, l’essence de la France, la vraie France. Le dominé aimé par une personne du groupe dominant est enfin reconnu. Comme le dit Selim Abou dans l’identité culturelle, “le sens est clair : le succès sur le plan amoureux annule le mépris et établit la reconnaissance”.
Un jour, une fois qu’il est réinstallé chez sa mère, le jeune adolescent invite chez lui Véronique qui découvre avec surprise le décor dans lequel il vit. Il voit pour la première fois sa “pauvreté” dans le regard d’un autre, en même temps qu’il n’ose pas lui révéler les secrets de “superstition andalouse” qu’il garde en lui : ainsi, il lui cache le sens de ces trois fourmis rouges qu’elle découvre enfermées dans un tube, “maléfice” qu’il dirigeait contre le patron qu’il avait vu, la rage au coeur, humilier sa mère. C’est qu’il veut garder intacte pour Véronique l’image du jeune Espagnol qui a dépassé le pôle de la Nature, “On dit que vous autres, les Espagnols, vous êtes très cruels, c’est vrai ? demande la jeune fille qui se reprend aussitôt. “Non, toi, je te connais, tu es bon” (Saison Violente p.150) et qui a acquis entièrement la culture dominante : c’est lui qui en remontre, en fait de culture française, à la jeune fille, puisqu’il lit Balzac, Stendhal etc.. et obtient de très bons résultats en composition française au collège.
Mais cette relation avec l’ailleurs, avec la francité symbolisée par Véronique s’achève rapidement. Celle-ci, gravement malade, doit repartir en France et l’adolescent, blessé dans une manifestation violemment réprimée, ne pourra tenir sa promesse de venir sur le port faire ses adieux à la jeune fille. Il attendra vainement et dans le désespoir des nouvelles de sa bien-aimée. Et l’échec de la tentative faite avec son camarade Marco pour récupérer de l’épave d’un bateau “une sculpture dégradée de femme”, qui éclate et cède par fragments, est hautement symbolique, puisque à sa dernière plongée, le narrateur voit la statue se transfigurer en image de Véronique à jamais engloutie :
“J’eus l’illusion que c’était Véronique qui me regardait de ses yeux clairs. Illusion déchirante!” (Saison Violente p.81)
Pour qu’une acculturation soit bien réussie, il faut qu’elle dépasse le stade de l’assimilation, qui est non pas “le stage ultime de l’acculturation mais une des formes de son échec”, dit Selim Abou. Et l’identité sera entièrement reconquise par le ressourcement dans l’hispanité qui se fait au moment de l’adolescence grâce à un Français, prêteur de livres, M. Epry, professeur au lycée. Celui-ci lui parlait beaucoup de l’Espagne, et surtout lui révèle la signification de son nom Roblès : “C’est un très beau nom, me disait-il, et cela me comblait d’aise” (Jeunes Saisons, p.89).
Ainsi, c’est parce que l’Espagne est “reconnue” par un Français cultivé que l’adolescent est amené à prendre en compte et en charge son passé espagnol, à assumer fièrement aussi son hispanité. “M. Epry “avait passé quelque temps dans un village de Castille dont le nom était “Los Roblès”. Et de me révéler que ce nom signifiait “Chênes”. Du coup, je m’intéressai passionnément à mes origines. Je questionnais le Professeur… Il paraît qu’à l’époque des batailles contre les Maures, les Rois catholiques avaient emmené derrière leurs chevaliers les rudes bûcherons de Castille dont les hameaux portent encore des noms comme Los Robles, Robledal, Robledon, etc… Après la conquête de Grenade, ces soldats reçurent en donation des terres prises aux vaincus et laissèrent la hache pour la charrue. J’étais l’un des descendants de ces rois de la forêt, établis en Andalousie pour devenir cultivateurs, bergers ou éleveurs de taureaux.” (Jeunes Saisons p.89) Et, fier de cette découverte, il dessine des chênes sur la couverture ses cahiers alors qu’il n’en avait jamais vu.
L’on comprend. aussi sa révolte contre les prétentions de Mme Quinson qui veut qu’il francise son patronyme, en le prononçant avec un “e” muet à la dernière syllabe. “J’enrageais … De cette expérience date l’accent grave dont j’affuble mon nom, accent qui n’existe pas en espagnol et, bien entendu, ne figure pas sur mes pièces officielles” (Saison Violente p.94)
Et l’on comprend aussi combien cela est outrageant pour lui, quand on relie cet incident à cette autre remarque qui montre la valeur qu’il attache au nom étroitement lié à la personnalité : “Mme Quinson s’obstinait à appeler “Fatma” sa domestique arabe Yasmina, ce qui me choquait, certain qu’un nom reste lié à la personnalité et que le refuser à un individu revient à nier son authenticité, à mépriser sa vérité entière.”(idem p.88)
Roblès assume entièrement le poids décisif de son milieu géographique et familial : “Oran, vieille ville espagnole”. “Jeunes saisons s’ouvre ainsi sur une physiologie des petits métiers, tous tenus par des Espagnols : le remouleur, le rétameur, le rempailleur de chaises, le marchand de lait avec ses chèvres, les marchands de glaces -des Alicantais-, les deux guitaristes aveugles qui donnaient, avec leurs airs de flamenco, cette “atmosphère andalouse” à ces rues, etc.
Il évoque aussi, au fil des saisons et des fêtes religieuses qui scandent la vie de cette communauté,les pâtisseries espagnoles, symbole de cette appartenance et de cette fidélité à la tradition. “L’hiver, des marchands de pâtisserie ambulants nous proposaient, aux environs de Noël, du nougat d’Espagne “el turron”, des dragées aux amandes et des fruits confits. A l’approche de Pâques, c’étaient les “mounas”. En toute saison, ils offraient à la gourmandise des passants et à la voracité des mouches : meringues à goût de plâtre, “mantecaos” lourds de graisse et des gâteaux secs parfumés à l’anis et mouchetés de sucre rose”.(Jeunes Saisons p.9)
Dans les Entretiens (p.16), Roblès évoque avec fierté les moeurs espagnoles de son quartier :
“J’habitais donc un quartier populaire où tout le monde se connaissait, où régnait la même sévérité de moeurs que dans une bourgade ibérique, où les femmes portaient le deuil une fois pour toutes et s’obstinaient à se vêtir de noir… Ces braves gens avaient reconstitué là un coin d’Espagne, avec des maisons bâties sur le vieux plan des maisons andalouses, une cour centrale et des logements répartis tout autour, le plus souvent sans étage et avec une toiture de tuiles rondes. Jamais d’arbres, mais les femmes ornaient les fenêtres de pots de géraniums, de fuschias et de basilic.”
Cette identité espagnole, il la cherche aussi dans la quête du père. Nous l’avons vu, après la mort de sa grand-mère, être hanté par cette autre absence. Et il nourrit ce fantasme en rêvant sur le livret militaire de son père : “Roblès Manuel, né à Oran le 10 mars 1887… tireur de première classe…”
“Ce détail me faisait plaisir. J’avais là une sûre raison d’admirer celui qui était, comme on dit, “l’auteur de mes jours”, et je ne manquais pas de le signaler au Toni comme si le fait que mon père eût mérité le titre de tireur de première classe me haussait moi-même au niveau des héros du Far-West (Jeunes Saisons, p.95)
Et celà conduit Roblès à 17 ans, en 1931, à faire un voyage en Andalousie, “à la recherche de ces témoignages dont le puzzle enfin complet devait, me semblait-il, reconstituer sa personnalité toujours trop floue, trop lointaine à mon gré.”(Entretiens p.11)
C’est ainsi qu’il part pour Malaga sur la piste d’un oncle de son père, “le dernier représentant de ma famille en terre ibérique”, un homme aveugle, très vieux, très seul, et que, par charité, on avait gardé comme sonneur de cloches à la cathédrale de Malaga” (idem p.11) C’est une recherche vaine et qu’il abandonne définitivement. Cela “clôt pour moi le cycle familial en Espagne” (idem p.12)
Ainsi Roblès évoque dans ces deux récits, Jeunes Saisons et Saison Violente et dans ses Entretiens avec J.L. Depierris, ces dures années d’apprentissage dans l’Oran étroitement hiérarchisée des années 1925-1930. Il revendique fièrement sa double appartenance de français d’origine espagnole, son sang andalou même. C’est ainsi que le narrateur de Saison Violente dit son bonheur d’avoir participé avec sa mère à la noce de Yasmina:
“Tout l’Orient vivait dans mon sang andalou, et c’est ce qui provoqua cette joie délicate à la vue des longues robes de soie, de satin, de gaze, de dentelles, de ces gracieux pantalons bouffants, de ces boléros de velours, de ces babouches brodées, de ces bijoux, de ces écharpes, de ces coiffures coniques copiées jadis par les dames du Moyen-Age” (Saison Violente p.88)
Et ce jeune orphelin qui à 12 ans s’entendait appeler “hombre” (homme), qui, selon sa mère, “manifestait souvent (envers elle) une autorité aussi sourcilleuse que celle d’un mari” (Jeunes Saisons p.97), prend vite conscience de ses responsabilités.
“Peu à peu, j’apprenais qu’il me faudrait plus de courage et de valeur qu’à bien d’autres pour affronter l’avenir. Cet avenir ne me faisait pas peur. Je souhaitais grandir très vite, devenir rapidement un homme et livrer, les yeux ouverts, ces batailles d’homme pour lesquelles, déjà, je me croyais armé.”(Jeunes Saisons, p.98)
Cet avenir ne le conduira pas, comme il l’eût souhaité, vers l’école d’hydrographie de Marseille, mais vers l’école Normale de Bouzaréa en 1931, où il est le condisciple de Mouloud Feraoun, puis la Faculté des Lettres d’Alger où il prépare une licence d’espagnol en 1938. C’est une époque déterminante pour lui, puisque c’est là qu’il rencontre et épouse Paulette Puyade en avril 1939 et qu’il fréquente les milieux littéraires algérois autour de la librairie d’Edmond Charlot qui éditait des aînés comme Jean Grenier et Gabriel Audisio, et regroupait des militants de la “méditerranéité” comme A. Camus, Max-Pol Fouchet, René-Jean Clot.
C’est alors que commence sa carrière de journaliste et d’écrivain engagé à gauche. Il collabore à Oran-Républicain, le premier quotidien de gauche de toute l’Algérie, journal du Front Populaire en 1935-36, à Alger-Républicain en 1938, nouveau journal fondé par des organisations libérales dont A. Camus assumait la rédaction en chef, et il écrit en 1938 aussi son premier roman l’Action, dès 1938 aux éditions Soubiron, Charlot jugeant à cette époque-là l’oeuvre trop volumineuse pour ses petits moyen,s financiers. Il la rééditera en effet à la Libération, et une nouvelle édition paraîtra au Seuil en 1996, après la mort de Roblès..

 

Rectificatif demandé par M. :Guy DUGAS   Resp du “Fonds Roblès” à l’Université Paul Valéry
Montpellier III
L’Action, premier roman d’Emmanuel Roblès n’a pas été “publié chez Charlot en 1946 seulement”, mais dès 1938 aux éditions Soubiron, Charlot jugeant à cette époque-là l’oeuvre trop volumineuse pour ses petits moyen,s financiers. Il la rééditera en effet à la Libération, et une nouvelle édition paraîtra au Seuil en 1996, après la mort de Roblès

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C’est notre histoire

Posté par mdame le 16 août 2010

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INFORMATION  Le 5  Novembre sur France 5 participez à  cette première  emmission de télévision contributive                                     

Produite par l’agence CAPA, cette nouvelle émission — C’EST NOTRE HISTOIRE — sera diffusée en prime time sur France 5 en novembre. 

 C’EST NOTRE HISTOIRE est la première émission de télévision contributive dédiée à notre histoire commune, et à laquelle tous les internautes sont invités à participer sur le site http://france5.fr/c-est-notre-histoire  Nous sélectionnerons, parmi vos contributions, les plus étonnantes, les plus rares, les plus réalistes comme les plus émouvantes, pour enrichir chaque documentaire et venir illustrer les débats, tous deux diffusés en prime time sur France 5. Vous pourrez aussi être invité par Marie Drucker pour venir témoigner sur le plateau de C’EST NOTRE HISTOIRE, aux côtés des personnalités et d’experts. Cette première édition du magazine C’EST NOTRE HISTOIRE – De Gaulle Président (1958-1969) est consacrée à l’empreinte laissée par le président de Gaulle en France et à l’étranger.
40 ans après sa mort, quelle place occupe-t-il encore dans nos mémoires ?
 
Vous y étiez ? Vous avez vécu cette période ? Votre vie a été marquée par le passage de De Gaulle à la présidence de 1958 à 1969 ?
Vous vous souvenez d’une anecdote particulière ? Racontez nous ! 
Vos parents, vos grands parents ont été les acteurs ou les témoins de cette page de l’histoire, interviewez les !
Fouillez dans leurs archives à la recherche de photos ou de films, envoyez les nous ! 
Petit mode d’emploi pour éclairer votre contribution personnelle, à livrer avant le 30 septembre 2010 : 
1/ — Votre témoignage peut relever autant de l’anecdote que de l’émotion. Comment De Gaulle – son mythe, ses rites, son charisme, ses réformes, sa propagande, etc — s’est-il invité dans votre quotidien ? Quels souvenirs personnels s’attachent à la fabrication de la légende gaullienne ? Le « vécu » aura enfin la préséance sur les connaissances ! 2/ — Votre témoignage doit privilégier la valeur documentaire : il s’agit de relater un souvenir, de restituer un fait méconnu ou oublié… et non de vous livrer à un billet d’humeur. 3/ — Votre texte doit enfin s’appuyer sur un support visuel pour alimenter le media web : photos de document ou objet d’époque, films, vidéos, enregistrement de votre témoignage par webcam  Pour mettre votre témoignage au diapason de ce grand rendez-vous, consultez vite le lien France 5 qui lui est dédié : http://www.france5.fr/c-est-notre-histoire À vous maintenant de raconter « votre » De Gaulle… À vous de faire partie de l’histoire ! 

 retour à la page d’accueil   fleche_064 dans HISTOIRE

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Oran 5 juillet 1962: Le Génocide

Posté par mdame le 8 août 2010

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ORAN… 5 JUILLET 1962 : LE GENOCIDE

 

La nuit tomba sur Oran. Le couvre-feu le plus pesant de toute l’histoire de cette ville s’abattit sur les Oranais encore assommés par ce qu’ils venaient de vivre. Les quartiers européens n’existaient plus, ils avaient été rayés de la carte. Oran la ville lumière, celle que l’on surnommait « l’Andalousie française », était morte…

A la radio française, le speaker annonça d’une voix calme :

« Quelques incidents se sont produits à Oran » et le journal du jour avait reproduit une déclaration de Ben Khedda qui, s’adressant aux Européens avait dit : « Nous appliquerons loyalement les accords d’Evian car les Européens ont leur place ici ».

A cet instant, toutes les pensées étaient dirigées vers la ville arabe où étaient retenus des centaines -peut-être des milliers- de Français. Une étrange lueur montait du village nègre en liesse. Quels sacrifices célébrait-on?

Au même moment, un grand gala avec la participation de nombreuses vedettes avait lieu sur la Côte d’Azur. Dans la joie, au son des orchestres, on dansa tard dans la nuit… comme on avait dansé à Versailles, pendant que la France perdait le Canada.

Le lendemain 6 Juillet, Oran se réveilla hébétée. Tous ceux qui avaient pu conserver la vie voulaient partir. Oui, fuir… quitter cette ville au plus vite et cette odeur de sang. Courir sans se retourner, et que tout cela s’efface à jamais, Seigneur Dieu…

Ce brusque retour à la sauvagerie, ces crimes d’une cruauté inconnue qui, en quelques heures, achevèrent de vider la cité, créèrent l’irréparable. Les Oranais se sentaient tellement menacés en ville qu’ils préféraient camper, entassés au port ou à la Sénia (aéroport), sous un soleil de plomb, dans des conditions absolument inhumaines. De jeunes enfants, des vieillards en moururent. Les avions étaient inexistants, les transports maritimes en grève.

Cette ultime brimade sonnait le glas des Oranais. On leur refusait les moyens de sortir de leur enfer ; on leur marchandait l’exode. Jamais! Jamais ils ne devraient oublier!…

Ce jour là, le journal « Le Monde » avait titré :

 

« LA CELEBRATION DE L’INDEPENDANCE DE L’ALGERIE »

 

Une fusillade éclate à Oran au passage d’une manifestation de Musulmans. La responsabilité de ces incidents entre Européens et Algériens n’a pu être établie ». Ce sera vite chose faite.

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LE CLAIRON DE SIDI-BRAHIM

Posté par lesamisdegg le 6 août 2010

LE CLAIRON DE SIDI-BRAHIM  clairon_rolland_pose_clairon_300px
Le petit bourg de Lacalm, dans l’Aveyron, a été le théâtre d’une cérémonie qui laissera dans la mémoire de ceux qui en furent les témoins émus une durable impression. L’ancien clairon de chasseurs à pied Rolland, le dernier survivant de Sidi-Brahim, était, à l’occasion du 14 juillet dernier, promu au grade d’officier de la Légion d’honneur.
Le gouvernement avait tenu à donner à ce premier geste élégant une signification plus profonde encore en entourant d’un éclat inusité la remise, à ce vieux vaillant soldat, de l’étoile d’or : le général de Castelnau, sous-chef d’état-major général de l’armée, et Aveyronnais comme Rolland, avait été délégué par la Grande Chancellerie de la Légion d’honneur pour accrocher sur la poitrine de ce vieux paysan, qu’auréole un si fier passé, son nouvel insigne, et le ministre de la Guerre avait eu la délicate pensée d’envoyer dans ce village perdu le drapeau, l’unique drapeau des chasseurs à pied, avec sa garde. Plusieurs députés étaient présents et notamment M. Massabuau, qui prit l’initiative de signaler à l’attention du ministre de la Guerre les titres de Rolland à la promotion dont il vient d’être l’objet, M. le commandant Driant, etc., etc.
D’autre part, Mgr de Ligonès, évêque de Rodez, lui-même ancien capitaine des mobiles de la Lozère, en 1870, associait l’Eglise au patriotique hommage rendu à Rolland en célébrant en son honneur une messe solennelle.
Guillaume Rolland a quatre-vingt-douze ans. Il demeure vigoureux, l’oeil clair.
Le général de Castelnau agrafa sur la poitrine du vieux brave, à côté de la médaille coloniale, le ruban à rosette et la croix, puis lui donna l’accolade, s’adressant à lui en patois, et, familièrement, le tutoyant, en frère d’armes. Mais un mouvement spontané de Rolland mit le comble à l’émotion dont vibraient déjà les spectateurs de cette scène. Il vit soudain le drapeau :
 » Et alors, dit le commandant Driant, une pensée lui vint, profondément touchante, parce qu’il ne l’avait puisée dans aucune lecture. Il ignorait que, dans des circonstances officielles, des présidents de la République avaient embrassé le drapeau ; il demanda au lieutenant-colonel Valentin, un ancien commandant du 8e bataillon, que le ministre avait délégué à cette fête du souvenir, la permission d’approcher, prit timidement l’extrémité de la soie, s’inclina en la baisant pieusement et ce geste, d’une noblesse incomparable dans sa sincérité, arracha des larmes aux plus sceptiques. « 

L’Illustration du 6 septembre 1913
Légende de la photo : Celui qui sonna la charge de Sidi-Brahim
Derrière Rolland, le général de Castelnau, qui vient d’épingler sur ses autres décorations la croix d’officier et le ruban à rosette

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ALBERT CAMUS

Posté par mdame le 1 août 2010

ALBERT CAMUS  Homme révolté, homme déchiré 

Lors du dernier Maghreb des Livres, en février dernier, une table ronde était proposée, pour parler du rôle des libéraux pendant la guerre d’Algérie.  Un écrivain algérien a dit fort justement : « les modérés ne réussissent jamais »

Et c’est vrai. En temps de conflit brutal, les opinions se focalisent sur des convictions et engagements bien définis, fatalement en opposition. Nulle attention n’est accordée à ceux qui prônent le dialogue, l’écoute de l’autre, qui  tentent d’aplanir les affrontements, de trouver un consensus acceptable par les deux parties…

Lorsqu’une guerre est franche, tout est simple : il y a deux ennemis face à face, et l’unique  préoccupation consiste à gagner la guerre, militairement d’abord, politiquement ensuite.

Mais en ce qui concerne la Guerre d’Algérie, la situation était infiniment plus complexe. Il s’est agi, en fait d’une double, voire triple guerre civile : Français contre indépendantistes, Adeptes du MNA (Messali) contre FLN, Français contre Français…

Que peut ressentir un intellectuel français, un artiste, un pied noir, devant tant de déchirements ?

La sensibilité à l’injustice 

Albert Camus est né dans une famille pauvre, très pauvre. Orphelin de guerre à 1 an, sa mère sourde et pratiquement muette, faisant des ménages pour assurer le quotidien… Pas de jouets en nombre, mais un simple ballon de football et le plaisir des petites joies simples : la beauté de la nature, la mer, le soleil…  De cette enfance aux conditions étriquées, le futur auteur puise sa sensibilité extrême aux conditions de vie précaires et la sensualité face à la nature dont il parera plus tard ses œuvres. De sa condition sociale, il tient son sentiment aigu devant toute injustice.

Dès l’enfance, le petit garçon fait preuve d’une remarquable curiosité intellectuelle.  Une bonne fée place sur son chemin un instituteur avisé qui reconnait en lui son potentiel et lui ouvre le goût de la connaissance : Louis Germain, auquel il aura plus tard l’élégance de dédier son Prix Nobel.

Un parcours scolaire brillant, études à la faculté de lettres d’Alger… et le voilà prêt à mettre toute son énergie au service du monde.

Journaliste engagé, auteur dramatique, directeur du théâtre populaire d’Alger, présentant des pièces                                   camusalgerrepublicain1.jpg


 

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Sartre et Camus

Posté par mdame le 1 août 2010

 

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Jean-Paul SARTRE (1905-1980) et Albert CAMUS (1913-1960) 

ou l’histoire d’un Saint laïc

 

 

Je suis bien sûr très flatté que le président Gérard GARCIA m’ait demandé de vous parler d’Albert Camus, sans doute le plus célèbre et le meilleur d’entre nous. J’en suis flatté, mais aussi confus car rien ne me qualifiait particulièrement pour le faire : je ne suis ni professeur de lettres, ni philosophe, ni membre du jury du prix Nobel. Bien d’autres participants, comme on vient d’ailleurs de le constater, ont plus de titres que moi pour évoquer ce grand moraliste dont les romans, les pièces de théâtre et les essais philosophiques, traduits dans le monde entier, lui ont valu, en 1957, le prix Nobel.

                                               camusprixnobel19571.jpg

A la réflexion, j’ai néanmoins accepté la proposition. Non pas avec l’ambition d’analyser son œuvre, ce que d’autres, je le répète, font mieux que moi, mais pour évoquer le personnage dont je me sens très proche. Pour en parler, non pas comme un objet d’étude, mais comme un être familier. Avec tout le respect que je lui dois et qu’il mérite, je le considère comme un membre d’une grande famille à laquelle j’appartiens aussi.

Ma proximité d’Albert Camus est tout d’abord d’ordre géographique. Il est né à Mondovi, village de la plaine de Bône (Ennaba), situé à une dizaine de kilomètres de Penthièvre (Oued Berda), le village de colonisation qui, vers 1853, fut créé par mes tris aïeux et quelques autres émigrés rhénans. À l’époque, une dizaine de kilomètres, ce n’était rien. Une distance aussi courte n’effrayait personne. À pied ou en carriole, entre les deux villages, on circulait presque quotidiennement.

Quand le chemin de fer fut construit, Mondovi devint la gare desservant Penthièvre. L’un de mes grands oncles (Edouard Mayer) fut forgeron à Mondovi où il mourut en 1908. Deux de mes cousins y sont nés, dont l’un était le neveu de Deluca, le Maire socialiste de Sétif, qui fut assassiné dans cette ville, le 8 mai 1945, il y a aujourd’hui, jour pour jour, soixante-cinq ans.
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