Archive pour juillet, 2009

L’histoire cachée des disparus

 

Plusieurs milliers d’Européens ont été enlevés après le 19 mars 1962.
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Mais, pour ne pas relancer le conflit, le gouvernement français a minimisé les faits.
Militaires, instituteurs, ouvriers, femmes, enfants, vieillards… plusieurs milliers d’Européens ont été enlevés après le cessez-le-feu par le FLN et les  » combattants de la dernière heure « . Un drame occulté. Pourtant, du 19 mars au 31 décembre 1962, ce sont officiellement 3 019 Européens qui sont enlevés, dont près des deux tiers restent portés disparus.  » En proportion, il y a eu dix fois plus de disparus en Algérie durant cette période qu’en Argentine dans les années 70 sous la dictature « , fait remarquer Jean Monneret, un des rares historiens à avoir étudié le sujet (1).
Le FLN ne porte pas l’entière responsabilité de cette tragédie. Mais son implication est indéniable. Elle a d’ailleurs été revendiquée par certains de ses cadres.

(suite…)

Le centre des Archives d’Outre-Mer

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C.A.O.M.

LE CENTRE DES ARCHIVES D’OUTRE-MER                       29, chemin du Moulin-Detesta, 13090 Aix-en-Provence  

 Les magasins du Centre des Archives d’Outre-mer sont la partie la plus spécifique et étonnante des bâtiments d’archives.A Aix en Provence les architectes ont réussi à animer le bloc magasins par une sorte de divisionnisme parvenant à ce beau résultat emblématique de nos silos d’archives 

 .   Le centre des Archives d'Outre-Mer dans ARTS et LETTRES centre-des-archives-d-outre-mer-d-aix-en-provence                                

 A Aix-en-Provence, les archives des anciennes colonies et de l’Algérie fascinent les chercheurs.
Cette bâtisse moderne ocre et grise située près de la faculté de lettres d’Aix-en-Provence est un inestimable mémorial. Siège, depuis 1966, du centre des archives d’outre-mer, elle recèle des montagnes de documents d’état civil, de cartes, de livres, de photos et de papiers rares qui retracent les destins mêlés du peuple français et des habitants de terres longtemps colonisées.
C’est ici qu’ont afflué, dans les années 60, les archives de souveraineté française rapatriées des colonies de la République devenues indépendantes. Même si l’état civil remontant au-delà de cent ans est conservé à Nantes. Complétées, en 1986 puis en 1994, par les archives ministérielles du défunt ministère des Colonies, les collections14459_tn dans CENTRES et ASSOCIATIONS d’Aix restent aujourd’hui les gardiennes de trois siècles d’histoire coloniale.
Les magasins répartis sur plusieurs étages abritent 350.000 mètres de microfilms, 40 kilomètres linéaires de rayonnages, la cartothèque renferme plus de 40.000 cartes et plans, la bibliothèque 100.000 volumes et la photothèque plus de 50.000 gravures et images.
Derrière cet inventaire impressionnant, c’est une trame infinie de visages, de paysages d’Afrique ou d’Asie, de vies et d’événements historiques, qui se profile. Des lettres rarissimes d’Abd-el-Kader, réclamées régulièrement par l’Etat algérien, ressuscitent la prise de la Smala. Des registres répertorient tous les habitants de petits villages français autrefois créés près d’Oran.
Dans la salle de lecture de cent places, chercheurs, écrivains, cinéastes et grand public se côtoient. Passionnées quand un Le Clézio séjourne ici pour les besoins d’un nouveau roman, les consultations peuvent, en d’autres circonstances, devenir désespérées. Lorsqu’un Algérien ayant combattu aux côtés de la France, par exemple, téléphone d’Alger pour découvrir qu’il n’a jamais été Français et n’a aucun droit d’ancien combattant. Lorsque telle famille ne parvient pas à retracer sa généalogie..           . m-Salle_du_Caom1
” Nous accueillons des historiens des Etats-Unis ou d’Australie, intéressés par l’Indochine, des documentalistes du Cambodge, explique Françoise Durand-Evrard, conservateur général du patrimoine et directrice des archives. Mais nos visiteurs non spécialisés, de plus en plus nombreux, sont en majorité pieds-noirs ou d’origine algérienne.”
Ancêtres bagnards
Qu’il s’agisse de reconstituer une généalogie ou de réunir des informations nécessaires à une démarche administrative, plonger dans les registres du passé c’est s’aventurer dans un voyage à rebours aux destinations parfois très inattendues. Si des documents de police et des renseignements généraux très sensibles concernant l’Algérie ne sont pas encore consultables, ceux du fonds des bagnes évoquent les aventures de milliers de bannis de la citoyenneté, déportés ou forçats. “Nous avons ici des documents sur Dreyfus, 100.000 dossiers avec noms et numéros de matricule de bagnards de Guyane et de Nouvelle-Calédonie, ainsi que des photos anthropométriques “, détaille Nicole Célestin, documentaliste. Elle se souvient d’un visiteur s’apercevant que son ancêtre n’était pas gardien de bagne à Madagascar, mais bagnard…
” Mais les archives réservent aussi de charmantes surprises ” précise-t-elle. Actuellement, en classant des correspondances personnelles adressées à un établissement pénitentiaire de Nouvelle-Calédonie, elle a découvert des missives féminines enflammées adressées à un bagnard. “Je vous couvre de mille baisers et caresses “, écrivait cette amoureuse du siècle dernier.
Plus naïfs encore, des cahiers d’élèves d’écoles françaises, creuset de la citoyenneté. “C’est sur toi que nous comptons, petit missionnaire des idées modernes, petit élève de l’école primaire “, a ainsi écrit avec application le petit Indien Diagardjane dans sa dictée…
Anne-Sophie CATHALA

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UN PRESTIGIEUX CADEAU DE LA FRANCE A L’ALGERIE : La B.N.A.

 La Bibliothèque Nationale d’Alger

                                          UN PRESTIGIEUX CADEAU DE LA FRANCE A L'ALGERIE : La B.N.A. dans ARTS et LETTRES bna1


Un cadeau, en effet, dont on a peu parlé, mais qui aurait dû être signalé avec éclat, offrande généreuse parmi tant d’autre : la Bibliothèque Nationale d’Alger avec ses quatre cent mille volumes (400.000) parmi lesquels quelques trois mille manuscrits du fonds arabe et persan ; ses abondantes collections de journaux du fonds nord-africain parmi lesquels le « Moniteur algérien » vétéran de la presse de l’Algérie française ; l’abonnement régulier enfin à mille trois cent périodiques ; sans oublier non plus sa section musicale où se trouvaient réunies vingt-cinq mille partitions environ…
Aussi, lorsque le 7 juin 1962, nous vîmes brûler, à l’orée de la rue Michelet, la bibliothèque de l’Université et la facade de la Faculté se transformer sous les flammes en fière ruine romaine – les hauts cintres vides de ses fenêtres monumentales calcinées se découpant sur le ciel trop bleu pour notre désarroi, son élégante colonnade de marbre blanc et ses deux frontons triangulaires de style gréco-latin rendant frappante plus que nature la ressemblance, reliant ainsi en quelque sorte le passé au présent – nous fûmes quelques uns à nous interroger :
 »Et si la Bibliothèque Nationale allait subir le même sort ? « 

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TIBEHIRINE

  Un témoin dénonce une bavure  

 Un général français vient d’affirmer aux juges parisiens que l’armée algérienne était à l’origine de la mort des moines trappistes en 1996.

TIBEHIRINE  dans

   coeur- dans Les militaires algériens ont-ils abattu les sept moineshttp:// français de Tibéhirine, morts dans les montagnes de l’Atlas en 1996 ? Un témoignage inédit, recueilli par le juge d’instruction antiterroriste Marc Trévidic le 25 juin dernier, vient de relancer ce dossier. Dans sa déposition, que Le Figaro a pu consulter, un général français, aujourd’hui à la retraite, révèle sous serment au magistrat que ces «assassinats» seraient, en fait, le résultat d’une terrible bavure. Cet officier de l’armée de terre, attaché de défense à Alger au moment du drame, avait alerté sa hiérarchie, mais on lui avait intimé de garder le silence pour ne pas nuire aux relations entre la France et l’Algérie. Au bout de treize ans, l’homme a décidé de briser le secret. Un secret-défense. «C’est difficile pour moi car c’est une chose dont on m’a demandé de ne pas parler», précise-t-il au cours de sa confession.

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5 juillet 1962 – 5 juillet 2009

    Hommage aux victimes civiles et militaires, disparues en Algérie après le 19 mars 962, mortes pour la France  

COMMUNIQUE 

L’Association des Amis d’Algérianie, sous l’égide du Comité de Liaison des Associations Indépendantes et Revendicatives de Rapatriés – C.L.A.I.R.-R. ( A.A.A,    A. Familles des Victimes du 26 mars et de leurs Alliés, A.N.F.A.N.O.M.A., A.R.M.R., M.A.F.A.),  organise le 5 juillet 2009, à 10h30 en la Chapelle Saint Dominique, 0 rue Vaneau ,75007 PARIS (Métro Vaneau),une messe du souvenir pour commémorer les massacres et enlèvements de citoyens français, le 5 juillet 1962 à ORAN. Cette messe sera célébrée par Monseigneur Pierre BOZ, Exarque Patriarcal des Melkites Catholiques Après un rappel du drame, la « Messe des Anges » , accompagnée de chants religieux, précèdera le chant des Africains. Un déjeuner du souvenir réunira celles et ceux qui le souhaiteraient, Rue de Sèvres, autour de Monseigneur Pierre BOZ, témoin du drame. La cérémonie sera placée sous le patronage collectif de toutes les associations qui voudront bien nous soutenir et nous le faire savoir. 

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Les Soldats algériens dans la seconde guerre mondiale

 Les Soldats algériens dans la seconde guerre mondiale

 

AVANT-PROPOS : 
Note du Webmaster :
Après la sortie récente du film « INDIGENES » il convient de faire remarquer que sur 240.000 soldats constituant l’Armée d’Afrique, la population Pied-noire d’Afrique du Nord a fourni 170.000 hommes – au moins 17 classes – soit 17% de la population totale Européenne, hommes, femmes et enfants confondus, un effort supérieur à celui consenti par la population de la métropole pendant la guerre de 1914/1918.
Il faut aussi rappeler que les soldats « indigènes » étaient « engagés volontaires » et non « appelés » comme leurs camarades de combats Pieds-noirs.
Il n’est pas non plus inutile de rappeler que « l’apartheid » n’ayant jamais existé en Afrique du Nord, comme voudraient aujourd’hui le laisser croire certains beaux esprits, la distinction entre les combattants selon leurs origines ethniques ou religieuses n’a jamais été effectuée, ainsi que cela apparaît clairement dans l’article ci-dessus. Ceci a permis au Maréchal JUIN (natif de Bône et vainqueur de Monte Cassino) de parler de « l’héroïsme le plus pur et de la fraternité qui toujours régna dans les rangs de l’armée d’Afrique, tant il est vrai que c’est dans son sein et au creuset des batailles que les deux races se sont toujours le mieux fondues, le mieux comprises et le mieux aimées « , citation qui figure dans l’article, mais qu’il n’est pas inutile de répéter.
Ainsi mon père Ernest BELASCO était-il Spahi, puis Chasseur d’Afrique et mon oncle Henri ROUBAUD, Tirailleur Marocain (Témoignage de Henri Belasco).

 

 LES SOLDATS ALGERIENS DANS LA SECONDE GUERRE MONDIALE 

Fidèles à leur réputation, spahis et tirailleurs algériens ont fait preuve d’un courage exceptionnel dans les combats les plus durs et les plus meurtriers de la seconde guerre mondiale. Partout, en Belgique, en France, en Italie, en Tunisie, ils se sont illustrés pour l’honneur de la France.

Tirailleurs et spahis algériens sont engagés au Levant et au Maroc, notamment en 1925, contre Abdelkrim. Dans les années 1930, pour réagir à la montée des périls, les Régiments de tirailleurs algériens (RIA) voient leur nombre porté à seize (huit stationnés en Algérie et huit en France).
Le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne et envoie plusieurs régiments de tirailleurs algériens en Tunisie, car l’attitude de l’Italie demeure incertaine. D’autres rejoignent le Levant.

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26 mars 1962 à Alger

 26 mars 1962 à Alger
Note liminaire :
Ce que je n’ai pas vu, ni entendu moi-même est rapporté entre guillemets et la source de l’information est notée entre parenthèses – mais je précise que j’ai entendu moi- même les auteurs des témoignages : Journalistes, blessés, infirmières, visiteurs…
Jean Louis SIBEN

Vers 10 heures. Dans toute la ville circule rapidement un mot d’ordre de grève générale à partir de 14 heures et de manifestation à partir de 15 heures. Des tracts sont bientôt répandus invitant la population à se rassembler à 15 heures au Plateau des Glières (Place de la Grande Poste) pour défiler vers Bab-El-Oued : sans aucune arme et en silence. Le but est de montrer que toute la ville est solidaire de Bab-el-Oued. (A ce moment, ce quartier est isolé depuis 3 jours, ravitaillement en pain assuré par l’Armée de 6 heures à 8 heures le matin, aux femmes seulement – Les vivres collectés en ville Samedi et Dimanche ont été pris par les Forces de l’Ordre  » et ne sont pas parvenus à la population – Aucun enlèvement des morts ni des blessés – Evacuation des enfants de moins de 10 ans interdite, car des familles d’autres quartiers avaient demandé à en héberger – Les hommes de 14 à 70 ans emmenés de chez eux sans aucun bagage pour être triés au Camp du Lido et au stade de Saint-Eugène : 3 000 sont alors en cours de tri, parqués sans nourriture ni abri, battus – Après vérification de leur identité, ils sont relâchés, mais en ville et ne peuvent regagner Bab-el-Oued qui est bouclé – Sous prétexte de fouille, les gendarmes cassent, pillent appartemzents et magasins. Ils tirent au canon de 37 et à la mitrailleuse de 12,7 sur tout ce qui bouge ou fait du bruit – Les volets sont clos en permanence).
A partir de 14 heures, la foule afflue vers la Place de la Poste, un piétinement régulier, sans précipitation, sans un cri – La place est encerclée par l’Armée, des barrages coupent les rues, constitués pour la plupart de camions joints – Les Facultés sont occupées militairement.
Les groupes parviennent à la Poste malgré les barrages, en contournant les infranchissables – Rue Michelet un cordon de soldats laisse passer un filet, mais Bd Baudin, les CRS ne se laissent pas franchir et les gens des quartiers Est (Belcourt) sont obligés de faire le tour par le haut de la ville ou les quais.

Vers Bab-el-Oued à partir de la Grande Poste :–>Plan

Boulevard Front de mer : barrage de camions
rue Alfred Lelluch : id
Bd Bugeaud : id
rue d’Isly : barrage de soldats en cordon

Les voies sont toutes barrées, mais la dernière moins fortement, c’est elle qu’empruntera le cortège.
Partout les soldats sont en tenue de combat, casque lourd, mitraillette et FM avec chargeur engagé, le visage dur.

« Depuis le matin, les terrasses des immeubles bordant la Place de la Poste sont occupées par l’Armée ; sur certaines des mitrailleuses de 12,7 sont en position – A partir de 14 h 30, les soldats envahissent les appartements de ces immeubles et se postent aux balcons ». (Journalistes Suisse et Américain)
Vers 14 h,30, la foule (10 – 15.000 personnes) se met en marche vers Bab-el-Oued par
la rue d’Isly, derrière un drapeau français tenu par un ancien combattant arabe, entouré de jeunes arabes – La foule est serrée, silencieuse, marchant lentement – Des jeunes commencent à scander des slogans, mais leurs voisins les font taire : il faut une manifestation de masse, digne, calme, résolue – Des femmes, nombreuses, des enfants, des vieillards -. Mains vides, de vieilles personnes s’appuient sur des cannes.

« Le cordon de soldats placé kà l’entrée de la rue d’Isly laisse passer le cortège et se place le long des Magasins au début de la rue, entre Cook et Havas : une dizaine d’homme dont 2/3 musulmans » (voisin de lit à l’hôpital).
Le cortège progresse rue d’Isly et passe un 2ème cordon de soldats, placé à environ 50 mètres du 1er. Mais là « un Lieutenant nous adjure de rentrer chez nous, les larmes aux yeux – lorsque nous lui disons que nous sommes Français, n’avons pas d’armes et manifestons calmement notre solidarité pour Bab-il-oued, il répond que ses hommes ont reçu l’ordre de tirer » – (une cousine – 50 ans).
« Le cortège passe pendant 10 – 15 minutes, mais tout à coup les soldats reforment le barrage, en tronçonnant le défilé ; pointant leur mitraillette sur le ventre des manifestants, ils les empêchent d’avancer – il est 14 h30″ (voisin de lit).
14 h.50 : c’est l’ouverture du feu, par des rafales de mitraillette, sans qu’il y ait eu, au préalable, un cri, un coup de feu, une sommation – le tir à bout portant.
« Les première rafales sont tirées du carrefour Bd Pasteur – rue d’Isly par des soldats postés devant Havas (appartenant au 1er cordon) et en face (appartenant au 2ème cordon) Le tir arrose la foule rue d’Isly et vers la Grande Poste ». (Journaliste américain).

Les manifestants tombent, se couchent ou courent pour se protéger. « Ceux qui refluent rue Chanzy sont pris sous le feu de soldats placés Bd Bugeaud et tirant vers la rue d’Isly » (journaliste Américain).
Beaucoup se plaquent sur le trottoir de la rue d’Isly opposé au Bd Pasteur, les plus heureux plongeant dans les couloirs d’immeubles – La rue d’Isly étant bordée de magasins, les vitrines sont cassées et on verra à l’hôpital « de nombreux blessés par verre, tendons sectionnés » (Infirmière du Sce de l’Hôpital).
D’autres (comme moi), refluent vers la Grande Poste en courant : ils sont fauchés par le feu ouvert par le barrage placé Bd, Bugeaud (PM et surtout FM) . (Je suis touché à la base de l’épaule gauche par une balle entrée de 3/4 arrière et ressortie devant sous salière gauche)
Du coup, plus personne ne court, tout le monde est à terre – Le tir est général, au
PM , au FM , provenant des soldats placés rue d’Isly et Bd Bugeaud. « A cette heure, le
service d’ordre tire aussi du Bd Bugeaud vers la rue Alfred Lelluch (parallèle en contrebas), Place de l’Opéra (Ouest de la Poste 800 mètres à vol d’oiseau), aux Facultés vers la rue Michelet (Est 400 mètres), au Carrefour de l’Agha, (Est 500 mètres), au Champ de Manoeuvres .(Est 3 kms), sans tuer trop de monde car il n’y avait pas de manifestants à ces endroits … » (des riverains, venus rendre visite aux 3 blessés que nous étions dans la chambre d’Hôpital).
Sur la « placette de l’horloge », chaque vivant se fait le plus petit possible, car les tirs continuent sur les gens couchés. A ma place, couché sur le trottoir de la Grande Poste, les pieds tournés vers le Bd. Bugeaud, je suis un peu surélevé, rien ne me protège, mais je puis observer toute la placette, de Cook au Carrefour Pasteur -Isly. J’entends dans mon dos les départs de PM, du barrage Bugeaud, qui tire sans arrêt – La placette est jonchée de corps, certains entassés dans les caniveaux – A ma gauche, assis dans l’encoignure de la porte de l’ancien local des Chèques Postaux, un vieux monsieur blessé légèrement se blottit et attend – à gauche devant, git un homme, baignant dans une mare de sang, la mâchoire inférieure arrachée, mort – A droite, dans le caniveau, un homme de 50 ans est couché, le visage tourné vers moi, les yeux fermés, paisible : il a la tempe gauche traversée, sa femme crie « mon mari est mort, mon mari est mort ! « elle est couchée à côté de lui et l’entoure de son bras, elle veut se lever pour chercher du secours, mais je l’exhorte à ne pas bouger – En effet, des bras ensan glantés se lèvent, des gens hurlent de cesser le feu « nous sommes Français comme vous, arrêtez ! », des blessés tentent de se soulever : tout début de mouvement déclenche immédiatement des rafales – A l m.50 de moi, sur ma gauche, le mur de la Grande Poste est criblé de balles à moins de 40 cms du sol. Je suis dans une position parallèle à ce mur, les balles me frôlent, souvent après avoir ricoché sur le trottoir, qui est tout écaillé (l’une m’atteint au sommet du crâne et m’entaille le cuir chevelu jusqu’à l’os).
Mon voisin de lit, qui se trouvait alors couché 7 , 8 m. devant moi (dans le même sens que moi), est atteint au pied par une balle de FM – Bugeaud, qui après avoir ricoché, pénètre entre 2 orteils et va se loger près de la cheville – Ses voisins droite et gauche avec qui il s’entretenait, sont tués presqu’en môme temps, l’un d’une balle dans l’arrière de la tête, l’autre d’une balle dans le dos.
De ma place, je vois le militaires postés entre Cook et Havas arroser les gisants au PM et au FM : ils vident chargeur sur chargeur, ce sont des musulmans. L’un nous fait signe de nous lever, en nous gueulant des injures et en faisant des gestes obscènes – Au carrefour Pasteur-Isly, un gradé (quelque chose brille sur ses épaulettes), se dandine d’un trottoir à l’autre du Bd. Pasteur, la mitraillette en sautoir, les mains dans les poches.
Le rafa1es continuent de partout : il y a au moins 10 minutes que le feu a été ouvert. Dans le lointain j’entends une corne de pompiers, c’est une camionnette qui s’arrête 10 m devant moi : je fonce.

Divers témoignages .
- d’un lieutenant de tirailleurs à un collègue : vers 14 h-30 sont arrivés en camion des
musulmans nouvellement incorporés qui obéissaient manifestement à des consignes préalables que nous ignorions : ils constituaient les cordons 1 et 2, rue d’ Isly (Ce sont eux qui ont ouvert le feu).
- d’un Journaliste américain : Les cordons 1 et 2 étaient formés de soldats FLN de la Willaya 3 incorporés depuis quelques heures (Dans le cadre da la force locale).
- d’un Visiteur : le feu a cessé lorsque le Lieutenant commandant le détachement qui l’ordonnait depuis 10 minutes en vain, a abattu un des tireurs musulmans, Il a été tué lui-même par un voisin du premier.
- d’un Journaliste suisse : des fgemmes et des enfants ont été achevés dans les couloirs.
- d’un témoin logeant dans un immeuble surplombant : un officier passait parmi les corps et achevait les blessés au pistolet.
(Un visiteur a dit que des bandes de l’ALN venaient d’être incorporés à l’Armée Française avec leurs gradés).
- d’un Journaliste Américain : sur les terrasses occupées militairement, on a retrouvé des étais de balles, d’armes individuelles et collectives – d’autre part, les carreaux des terrasses ont éclaté par des balles tirées des hélicoptères.
- d’un Chirurgien de l’hôpital : ont été tués en portant secours à des blessés : un Docteur (Dr. Massonat), 2 pompiers et 8 pompiers blessés. Une ambulance de l’hôpital a été criblée de balles, son chauffeur est arrivé tout ensanglanté… pour être hospitalisé d’urgence.
- d’un Docteur : aucune arme n’a été trouvée sur les gens ramassés, morts ou blessés.

Le quartier n’a pas été fouillé, comme il n’eut pas manqué de l’être si le feu avait été ouvert par des OAS. D’ailleurs les tireurs (que je voyais bien, ne se protégeaient pas du tout d’en haut. J’ai vu l’un d’eux diriger, à un moment, son arme vers le haut, regarder quelques secondes, puis arroser à nouveau les couchés, sans doute après avoir reconnu des copains sur les balcons …
- Des visiteurs ont dit que les soldats européens n’avaient pas tiré,

Bab-El-Oued a été débloqué le Jeudi 29.3 à 5 heures, soit après 7 jours d’isolement, Le beau-père d’un voisin de lit s’y est rendu rapidement, à son magasin, et il a recueilli quelques témoignages. (D’abord son magasin est cassé et pillé)

Armée et CRS ont essayé de se tenir hors du coup, même le contingent, qui fraternisait avec la population. Devant ce relâchement, les Autorités ont envoyé les Gendarmes mobiles avec des blindés – Ceux-ci ont cassé et pillé les magasins, emportant les marchandises par sacs et valises (en particulier le Monoprix). Dans les appartements, ils ont cassé les meubles, volé tout ce qu’ils pouvaient emporter, argent, bijoux : aux propriétaires qui leur demandaient un récépissé, ils répondaient de le faire faire par les Chefs…. mais personne ne pouvait sortir.

Les Doyens des Facs Médecine-Sciences-Lettres ont été destitués pour avoir protesté contre ces procédés (mercredi 28/3).

Le résultat de la fusillade serait de environ 50 morts et 200 blessés. Ce chiffre peut paraître en discordance avec celui de 10 -15.000 que j’ai donné pour les manifestants, mais les rafales n’ont couché que la queue du cortège, les retardataires qui, comme moi, avaient retenu 15 heures pour heure du rassemblement – Heureusement la grosse masse des manifestants avait déjà passé le cordon n°2 depuis quelques minutes.

Aux Français de Métropole, ces récits rappelleront sans doute des scènes douloureuses, qui se sont déroulées sous une occupation étrangère…

 » C’est grand, la France , c’est beau , c’est généreux « .

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