la soubressade , le makrout et la gargoulette

Posté par lesamisdegg le 4 novembre 2017

Un régal, un rêve !

 

Et si vous preniez deux œufs, que vous les cassiez ?

Après vous les battez bien pendant cinq minutes, Puis vous prenez une petite poêle, avec un petit fond d’huile d’olive, vous versez les œufs,

Après vous allez a la fenêtre dans la cuisine, dans le petit garde-manger, vous prenez une belle soubressade piquante de chez Zéralta, vous savez le charcutier du marché de Belcourt. Vous enlevez la peau et la ficelle rouge, et vous l’éparpillez dans les œufs .

Juste un petit instant, après vous la versez dans une assiette, vous prenez un bon morceau de pain mahonnais, avec la mie bien dure, un bon verre de vin rose bien frais, pour celles et ceux qui aiment le vin, ou la gargoulette avec de l’eau bien fraiche, vous vous mettez au balcon, assis par terre, les jambes en tailleur, et en regardant en bas la mer bien bleue, avec les bateaux qui rentrent et qui sortent du port. Vous vous tapez un repas royal, Que même Azrine il ne peut pas nous enlever, et quand il n y a plus rien dans l’assiette, vous descendez en bas chez le tunisien, et vous prenez un bon makrout plein de miel qui vous coule entre les doigts, et doucement mais surtout bien doucement, les yeux fermes, vous le dégustez, et même qu’à la fin vous vous léchez les doigts tellement c’est bon.

 

Et puis catastrophe, votre femme vient vous réveiller, et tout ce beau rêve y fait tchouffa !

Quand est-ce qu’on arrêtera de penser à ce foutu pays ??

Jamais !!! Oh non jamais, plutôt crever !

soubressade

soubressade

makrout

makrout

 

JEAN LLORENS de Belcourt s/c de Judd Gerald

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Kémia -à l’heure de la -

Posté par lesamisdegg le 28 août 2020

La kémia … c’est le bonheur au moment de l’apéritif …

C’est une tradition qui est passée du « comptoir du café » à notre table.

Les propriétaires de café, pour tenir leur clientèle, mais avant tout pour les faire consommer, proposaient au moment de l’apéritif (chez nous c’était l’anisette) un assortiment de mises en bouche : de l’escargot piquant aux cacahouètes en passant par les tramousses, les moules en scabètche , les olives piquantes, amandes grillées, carottes au cumin, cocas, calentica, tchoutchouka, merguez, pois chiches grillés, fèves au cumin, supions au noir, friture de petits poissons  … Enfin tout c’qui donne soif pour s’taper encore plus d’anisette.

Pendant toutes les réunions familiales, cela nous permettait à nous les gosses, de venir chiper quelques olives, fèves …

« Dans l’avenue Trolier non loin de l’église Bonaventure à l’ombre des jujubiers , un moutchou dans sa petite épicerie range ses épices aux senteurs orientales , olives , piments , tramousses tout pour préparer la kémia du midi. »

 

kémia pour anisette

kémia pour anisette

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CALENTITA

Posté par lesamisdegg le 12 août 2020

Trois jours de mer sur une balancelle, sous voile tendue, l’avaient amené d’Alicante. Alger était blanche et rose comme une carrière de marbre et de cornaline. Et elle avait encore une bonne allure barbaresque.

L’aventure commençait aux portes de la ville.

Le pays était roux et sans arbre. Mais Manolo Alvarez était .né dans les solitudes tièdes du plateau de Murcie. Le sol aride et le soleil ne l’effrayaient pas.

Il avait la peau aussi brune que celle des Arabes et son parler était guttural comme le leur, mais ils ne se comprenaient pas.

Quand il fallut choisir un métier, il se souvint qu’il avait appris à conduire un attelage dans la vieille estancia familiale. Il fut donc roulier et trima sur la route de Laghouat.

Puis la folie — et le besoin — de construire s’empara des hommes. Alentour de la ville, ils entaillèrent la roche en de larges carrières et la pierre disciplinée, modelée, servit à ériger les carcasses rectilignes de la cite nouvelle.

C’est alors que Manolo, las de rouler sur les routes de poussière, s’installa dans Bab-el-Oued, faubourg où les Espagnols aimaient à vivre. Il eut une longue charrette, quatre lourds chevaux et transporta la pierre des carrières.

Une petite brunette de Mahonnaise lui donna la joie d’un foyer, et des enfants. L’harmonie de sa vie était équilibrée.

Puis, au fil des ans, la douleur remplaça la joie et il se retrouva, un jour, tout seul, comme quand il avait débarqué, mais sans force de jeunesse, bras faibles et jambes fléchissantes.

Pourtant, il fallait vivre encore et, pour vivre, travailler.

Alors il se rappela la place du village et la petite vieille noire et ratatinée qui vendait un gâteau tiède : calentita — ça veut dire chaud. C’était fait avec de la farine de pois-chiches, du sel, de l’eau et de l’huile, mais ça calmait la faim des gamins de quinze ans qui venaient de mimer une corrida ou de jouer aux chasseurs d’aigles.

Il fabriqua de la calentita.

Très tôt, dans l’incertaine lumière de l’aube, il pétrit la blanche pâte qu’il fait dorer au four, puis, par les rues où les travailleurs mettent un courant rapide, il va.

 

Manolo , marchand de calentita

Manolo , marchand de calentita

 

 

De son couteau il tape sur le zinc du plateau. tac, tac, tac., et crie : « Calentita ! calentita ! »

— Donne deux sous.

— Donne cinq sous.

Le couteau coupe, coupe, de longues languettes de pâte chaude que les langues tièdes des gamins savourent en clappant de satisfaction.

Il a comme clients les yaouleds, les cireurs, les pêcheurs, les débardeurs et les enfants qui vont au lycée, tous gens qui ont dents longues et ventre toujours creux.

Quand il est las de rouler lentement par les rues, il va s’installer près de Djemaa-Djedid, la blanche mosquée aux coupoles.

Là, il ne travaille plus, il bavarde. Il bavarde avec « les pays , les patouèt’ »  : un vieux cocher perclus de rhumatismes et qui ne conduit plus, un marchand de poissons au ventre vaste cerclé d’une chaîne d’or bien massive qui confirme son assurance de rentier, un ancien terrassier aussi noir et ridé qu’un pruneau, qui a les articulations des mains grosses comme des noix à force de travail , un coiffeur trop parfumé , blême des joues, le poil luisant de cosmétique, et d’autres encore…

Ils sont tous venus de la côte d’Espagne si voisine. La réussite a été différente, mais il n’y a, chez eux, ni rancœur ni orgueil, et les mots qui sont sur leurs lèvres quand ils parlent de « là-bas » disent la même émotion.

Alors, Manolo n’est plus marchand ; il est un puits aux souvenirs d’où il tire des évocations qui le rajeunissent, et les autres aussi.

Et les gamins connaissent l’heure propice, Ils viennent d’un pas leste, ils disent :

« Donne deux sous. », et, saisissant le couteau, ils coupent une languette de pâte de quatre sous au moins et ils partent rapides, heureux.

Manolo laisse faire. Il ne voit pas tant le parle, ou, s’il voit, il pense : « Calentita ! Prenez, gamins; coupez, gamins ; faites-vous du plaisir pour If palais comme je l’ai fait quand j’étais jeune.

 Calentita ! calentita ! Mon cœur est plus chaud que le gâteau que vous emportez parce que la joie est en moi de savoir me souvenir. »

A.-L. BREUGNOT 10 1935 (Dessin inédit de Charles Brouty)

 

Recette de calentica de tonton Ernest d’Oran

Dans un saladier, verser 250g de farine de pois chiches en ajoutant progressivement 1l d’eau. Mélanger bien ce « bagali » ac’ le fouet d’la cuisine, pas du cocher !

Laisser reposer  12h minimum en prenant soin de remuer « tanzantan » pour bien aérer la pâte.

1 heure avant de commencer la cuisson, ajouter deux cuillères à soupe d’huile d’olive, et otra vess’ le fouet, saler et laisser reposer.

Préchauffer le four à 210°, verser la pâte dans un moule huilé « soi- soi « ; badigeonner le dessur de jaune d’œuf. Enfournez durant 45 minutes, à 300°. La calentica doit être bien dorée dessur’.

Du cumin par dessur’ la calentica, en criant « calentica ! calentica ! «   pour qu’les « morfalous » de tout âge ou condition viennent s’la manger toute chaude.

 

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Sardines en escabètche -Sardinas en escabeche-

Posté par lesamisdegg le 31 juillet 2020

L’aouélica Emilia était partie, de bonne heure, au marché kargentah  pour s’acheter se quoi préparer des sardines «  en escabètche » pour dimanche prochain, que nous serions huit : 2 douzaines de belles sardines, bien fraiches, pas des allatches pour la pèche.

Au retour le spectacle s’afficha sur le potager en une très colorée nature morte : les sardines, l’huile des olives , le vinaigre espagnol de Xérès , les feuilles de laurier  , le thym , le romarin ,les piments de Cayenne , les aux –l’aï! !- , l’ognon , la carotte , les grains de poivre noir , la farine pour la friture , la bouteille de vin blanc , et la salière .

L’aouéla s’est bien lavé les sardines, ne gardant que les filets dans un bol ac’ de l’eau et des glaçons .Va savoir pourquoi, et c’est trop tard pour lui demander.

Après avoir séché les filets  des sardines , pas du pécheurs  ,  l’aouéla se les a fariné , bien bien , avant de les faire revenir « ounne ratito » une grosse minute dans l’huile des olives . Elles vont attendre un peu.

 

sardines frites

sardines frites

 

Dans cette dernière huile elle a fait dorer l’ognon, les 4 gousses d’ail écrasées, la carotte en rondelles, avec quelques grains de poivre, 2 feuilles de laurier,  le thym et le romarin, les 4 piments ; ça a mijoté un bon quart d’heure.

 

sauce

sauce

 

Enfin de cette cuisson, un pti’ verre de vin blanc sec pour mouiller, 20 cl Huile d’olive, 10 cl Vinaigre Xérès, et ça remijote un autre bon quart d’heure.

Cette sauce va venir recouvrir les sardines qui attendaient sur le potager.

 

escabètche de sardines

escabètche de sardines

 

L’aouéla amis le plat dans la glacière –le frigo d’avant-, on était vendredi. Elle a retourné les sardines tous les jours avant de nous les servir le dimanche.

On s’est tchoupé les doigts, de délicieux que c’était !

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ORAN, Santa-Cruz, la montagne, le Castillo

Posté par lesamisdegg le 27 juin 2020

La construction d’une fortification au sommet du Pic de l’Aïdour fut étudiée dès 1574, quand s’étudiaient les options de l’abandon ou de la fortification de la ville.

La décision du Roi d’Espagne Felipe II de la conserver, en 1576, vit le projet de renforcer les fortifications de Mers-el-kébir et d’Oran confié à  l’ingénieur italien Jacome Palearo Fratin (Veronne 1991 ; Camara 2005). A Oran il construira le fort de Santa Cruz, réforma celui de San Gregorio et modifiera les plans de Rosalcazar (futur Châteauneuf) déjà en construction.

La première pierre fut posée le 3 mai 1577 ; en 1578 le gros œuvre était terminé et différents travaux se poursuivirent jusqu’en 1580 (Suarez 2005).

Le plan du fort de Santa-Cruz réalisé par l’ingénieur Leonardo Turriano, en 1594, fait apparaitre, adossée à la muraille nord une chapelle dédiée à la « Sainte Croix », « Santa-Cruz ».

ORAN , Fort de Santa-Cruz et chapelle "iglesia" dédiée à la Sainte-Croix 1594

ORAN , Fort de Santa-Cruz et chapelle « iglesia » dédiée à la Sainte-Croix 1594

Le fort portera naturellement  le nom de sa chapelle « Castillo de Santa-Cruz », puis partagera son appellation avec la montagne qui le porte.

castillo 1598fort 1675

fort 1675

 

castillo 1598

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Fèves au cumin pour la Saint Jean, et la kémia

Posté par lesamisdegg le 23 juin 2020

Ingrédients

1 kg de fèves sèches, 4 gousses d’ail, 2 cuillerées à soupe de cumin en poudre,   2 cuillerées à soupe de paprika,    1 cuillerée à  soupe de concentré de tomates, 4 piments de Cayenne, 4 cuillerées à soupe d’huile d’olive, sel, poivre.

Préparation

Mettre les fèves à tremper la veille avec trois cuillerées à soupe de bicarbonate dans de l’eau froide avec un demi-citron et le piment de Cayenne

Le lendemain soir les égoutter, puis les mettre à cuire dans 3 litres d’eau. Porter à ébullition puis mettre à petit feux et vous laissez cuire pendant 2 heures sans couvrir.

En fin de cuisson ajouter l’ail en purée, le cumin, le concentré de tomates, les piments de Cayenne et l’huile d’olive

Egoutter, assaisonner de sel, poivre, cumin, paprika et d’un filet d’huile d’olives.

Le jour de la St Jean  vous n’avez plus qu’à réchauffer (les fèves réchauffées le lendemain sont meilleures).

 

fèves au cumin

fèves au cumin

 

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Les gens de mon quartier en 1950

Posté par lesamisdegg le 1 juin 2020

Les gens de Victor Hugo à ORAN, parlaient Pataouète,  mélange d’espagnol francisé, d’expressions et de mots tirés de l’espagnol, du français, de l’italien, de l’arabe. Mes parents parlaient espagnol avec mes frères et ma sœur aînée, ils s’adressaient à  ma jeune sœur et moi en français. Lorsque que ceux-ci ne voulaient pas que l’on comprenne ce qu’ils étaient en train de dire ils disaient en espagnol «papel blanco« (carre blanc).

oran victor hugo 1957

 

 

Cette population cosmopolite était riche par le cœur, et, souvent c’était notre propre malheur que nous tournions en dérision. Dans mon quartier, il y avait des lieux et des personnages hauts en couleurs, caricatures de notre mode de vie, mettant en scène les détresses de certaines situations. Il était constitué par des pâtés de petites maisons basses tassées les unes contre les autres, j’habitais l’un de ceux-ci que l’on appelait du nom de sa propriétaire. Parfois de la rue, il suffisait de pousser une porte pour accéder à une cour intérieure autour de laquelle il y avait plusieurs habitations de deux ou trois pièces, sombres et humides dans lesquelles s’entassaient des familles nombreuses, parmi les plus célèbres de ces cours il y avait :

-EL PATIO LABIRENTE , cour intérieure formée de ruelles étroites et tortueuses formant des impasses comme un labyrinthe d’où le nom en espagnol de labyrinthe.

-EL PATIO A REMEDIO ou SIETE (N° 7 de la rue) ou SIETETINA (y vivait 7 familles) situé en face de l’épicerie Keller, devenue par la suite épicerie Romboni, même configuration d’une dizaine d’appartements de deux ou trois pièces sombres et humides sans eau ni électricité donnant sur une cour où se trouvait une unique fontaine servant de point d’eau pour l’ensemble des habitants.

Malgré les aléas de cette promiscuité, la pauvreté, la vie se déroulait avec entrain et joie, toujours une histoire pour rire, un chant ou le son d’une guitare. Rémédio était là pour l’entrain, c’était une femme vive dynamique et enjouée avec une fort jolie voie, à elle seule c’était un spectacle. Qui n’a pas connu « Pitiilimaçon, Rémi el Tonto, Pépica la létchéra, El Jholatero, Juanito catcharo, Patricio-tarzan, Padéla l’ivrogne, Ayouciyoubé, Marie-cochon, El cojho.

PITIILIMACON c’était un petit homme crasseux, pouilleux, en haillons, ses cheveux étaient ébouriffés, il avait de tout petits yeux tchoutchourios y lagagnossos, son surnom est probablement dû à la contraction de deux mots, petit, et, maçon prononcés par un indigène « piti li maçon ».

REMI EL TONTO : c’était un accordéoniste des rues un peu simplet qui déambulait avec un vieil accordéon jouant faux.

PEPICA la lèchera : c’était une femme grande et forte qui vendait le lait de ses chèvres.

El JHOLATERO, ou, JUANICO CATCHARO, vendait dans les rues des casseroles et poêles en criant « jholatero, jholatas ! ».

PATRICIO dit AYOUCIOUBE, un simplet parcourant les rues du quartier de Victor Hugo, toujours vers la même heure tantôt faisant Tarzan, ou, bien Zorro.

PADELA était un ivrogne issu d’une famille musulmane connue et respectable, inoffensif dans les premières années, il avait pris l’habitude d’insulter les gens dans la rue, Il est mort en 1958 au cours d’une bagarre qu’il l’a opposé à deux jeunes arabes d’une vingtaine d’années, qu’il venait de traiter de «  sales zarabes ».Au cours de cette bagarre, ceux-ci, lui ont fracassé le crâne à coups de pieds, cela s’est déroulé boulevard  de Sidi Chami pas très loin de l’église de Delmonte, vers le bidonville qui s’était constitué sur un terrain vague entre le quartier de Cavaignac et de Bastié dans un secteur que l’on qualifiait à risque.

MARIE-COCHON : c’était une femme qui vivait seule, ou, presque, elle habitait avec ses cochons comme d’autres avec leurs chiens.

EL COJO dit LA MADRE : c’était un boiteux, un pied-bot, que les jeunes du quartier en bisbilles venaient consulter afin de régler leurs différends d’où le surnom de madré qui signifie mère en espagnol.

D’autres personnages plus anodins ont animés le quotidien de la vie de mon quartier, il y avait ce vieil homme marchand de calentica poussant son carrico, (chariot en espagnol), qui à 11h30 le matin, à la sortie de l’école,  nous vendait pour « 5 sous », une tranche de calentica toute chaude qu’il saupoudrait avec un mélange de sel et de poivre. L’après-midi à 16h30 il arrivait avec son carrico nous proposer des piroulis au miel.

Je me souviens de l’arabe marchand d’eau agitant une clochette et criant « agua, agua fresca ! », il portait en bandoulière une outre faite en peau de chèvre à laquelle étaient attaché des quarts en métal blanc.

L’indigène, marchand de tchoumboss (figues de barbaries), criant          « tchoumbos ! sé caguo !»  qu’il nous décortiquait habilement sur place, et, ….sé caguo pour désigner des escargots, cela nous faisait rire car « sé caguo » en espagnol signifiait « se chier ». Ces petits escargots gris nos mères les préparaient généralement en frita, ou, en sauce piquante. Un autre marchand, lui s’écriait « cacaouètèss, cacaouètèss toutes chaudes, torraïcos ! ». (pois chiches grillés).

Je me souviens de la mercerie de mademoiselle Yvonne située à Bastié, de l’autre côté de la voie de chemin de fer, où, nous allions acheter des bonbons que nous partagions, des berlingots, les boites de coco de Calabre que nous léchions, ou, les bâtons de réglisses que nous mâchouillons.

Dans mon quartier, le soir venu, à la belle saison, les gens sortaient s’asseoir sur le pas de leurs portes, sur des chaises, ou, sur le trottoir pour discuter « tchatcher », se raconter les histoires du quotidien parfois de manières ironiques ou caricaturales, il y avait toujours quelqu’un pour faire le pitre et raconter des blagues, parfois les enfants écoutaient les anciens raconter les histoires de familles .

 

1955 oran victor hugo ecol fill 1955 10 01 Copie1954

 

Ou alors, nous  jouions « aux quatre coins »,« à cache- cache », ou bien,  « à tchintchi-ribola queso de bola « , (les initiés sauront ce que cela veut dire), à Bourro flaco, Capitoulé. En ce temps-là, nous n’avions pas de Gameboy ni de play- station, nous jouions aux billes, des billes en terre cuites, des billes en verre que nous appelions des Agates, ou bien, des boulitchis, (billes provenant des roulements à billes). Nous jouions à la jholata, aux pignols (noyaux d’abricots), aux osselets, aux carrelettes, les filles jouaient à la marelle, les garçons au pitchac, ou encore, nous allions au petit lac jouer aux pirates, nous faisions mancarota, ce qui signifiait faire l’école buissonnière. Nous construisions des carricoss (ancêtre du skate board), il nous suffisait de 2 planchettes de bois de 3 ou 4 roulements à billes, et, c’était l’aventure sur les rues en pentes du quartier.

Nos mamans nous faisaient des plats consistants pour caler nos estomacs affamés. Nous mangions des loubias (genre de cassoulet) avec ou sans saucisses, des pois cassées, des lentejhas (lentilles), des potajhes parfois viudos c’est à dire sans viande avec des cotes de blettes, puis, les fameuses migass avec leurs côtelettes espagnoles, (nous appelions ainsi les sardines salées et séchées). Nos mères savaient accommoder les sardines de diverses manières, grillées, cuites, en escabèche, en beignets. Le dimanche, parfois, nous avions le droit « à la carné que se véa », c’est à dire de la viande, ou, une volaille (selon l’état des finances). Pour les fêtes, elles nous préparaient les mantécaoss, les rollicoss, Le dimanche matin nous faisaient des bignouéloss, ou, des tayoss.

A Pâques, c’était dans la bonne humeur que nos mères allaient faire cuire la Mona au four du boulanger. Les enfants avions notre petite mona avec « au-dessur » un œuf cuit que nous décorions parfois. En attendant qu’elles soient cuites, c’était la tchatche pour les femmes du quartier. A Paques c’était aussi le temps des bilotchas (cerfs-volants) que nous faisions avec des bouts de roseaux fendus, et, du papier journal, nous leurs donnions la forme de barrilétèss, de bacalaoss, ou de lunass,  en guise de colle nous utilisions de la farine et de l’eau, des bouts de chiffons noués servaient de queues.

Avec peu de chose et beaucoup d’ingénuité nous jouions dans les rues de Victor Hugo, Bastié. Je me souviens du petit train que nous faisions à partir de boites de sardines vides, que nous amarrions les unes aux autres, les chargeant de terres, de pierres, et, que nous tirions avec un bout de ficelle. Notre vie était simple, et, s’adaptait aux rythmes des saisons. L’hiver, doux et clément était marqué par les fêtes de Noël, 3 petits soldats de plomb, et, une orange, les mantécaoss, et, rollicoss, les dattes confites que nous allions acheter chez Soussi à la sortie des écoles (5 sous la poignée). Le printemps, c’était le temps de l’éclosion des milles et une couleurs, le rouges des coquelicots dans les champs d’orges, et, de blés durs qui ondulaient sous le vent léger des mois de Mars et Avril, le blanc parfumé de la fleur d’oranger et du jasmin odorant du jardin de mon grand-père, de la traditionnelle fête de Paques, et, de la Pentecôte, de ses sorties à Misserghin, à Aïn-franin, ou, à la forêt de M’sila, pour les plus aisés d’entre nous. L’été commençait par la foguera (les feux de la saint jean), et se poursuivait par les après-midi torrides du mois de Juillet et Août, avec le sirocco, vent chaud qui desséchait tout. Il n’y avait pas un chat dans les rues au moment de la sieste. Pour les plus chanceux les sorties en famille à la plage (aux genêts, à la cueva del agua, à Kristel)….en Automne, c’était le temps des figues, des jujubes, des grenades, des tchoumboss, des fourmis d’ailes (Aludes, ou, fourmis volantes) qui nous servaient d’appâts pour les pièges à oiseaux qu’avec mon frère Roger nous allions poser à la marsa, prés de la Sénia, de la capture des chardonnerets au moyen d’une cage à trappe, ou des bâtonnets de glues.

Voici quelques noms des gens, d’amis, vivant dans mon quartier qui forment mes souvenirs : à Bastié rue facio, Anica la cantinera, Martinez le coiffeur en face l’épicerie Bareto, sur le haut faisant angle avec le bd de sidi chami Selva, une rue en dessous Soler, Kaplan, les Vaquero, le vieux marchand de calentica, la famille Vera, plus bas en direction du passage à niveau, rue Facio la mercerie de Mlle Yvonne, le marchand de glaces Manolo et Maravilla, en face la famille Hostein (louisou). Rue de Vauconson les Carasco (marcel, lucien, perito), Estève (Claude, Norbert, Yolande), Martinez, et son frère Georges, Mme Chantreux, Ramirez, Ribés Francis, la maison de Mme Pelloux. Rue Gal Bruat (coté Bastié), Pujol, Barcelo, le dépôt de charbon de Roccamora, Mme Tari l’infirmière, le dépôt de la Cipon, les Sanchez ; Rue Jarsaillon les Romero (pépica la léchera, et, charlot). Rue Krauss de l’autre côté de la voie de chemin de fer Oran Colomb Béchar, Garcia Albert, mes cousins Garcia manu Gilbert, Thérèse, Jeanine, mes cousins Fuentes et Ramos, puis M Benamou le cordonnier et ses enfants jasnhia (au destin tragique) Zora, Fatima et Mohamed, plus loin la famille Anton,  robert et Daniel et leurs sœurs. En remontant la rue courbi de coignard les Castejon (Ninette), la famille Mira par la suite la charmante Geneviève Boismoreau et ses parents venu de la région nantaise créé le magasin Primax, puis, mes parents, mes frères joseph Roger mes sœurs Denise Odette et moi Claude, en face le marchand de cycle Ben Abbou,  Ortega Michel, la menuiserie Saguero .Rue de Suffren mes cousins Garcia marcel Gilbert, Yvonne, plus loin les Fronton, en face l’école de Victor Hugo son directeur M Abadie, ainsi que, la concierge de l’école de Victor Hugo , Mme Cortes et ses 3 enfants Claude Yvon et Alain, puis le poste de police qui faisait angle avec l’école M Régir le brigadier de police, sur l’autre trottoir les Vargas, puis la petite mercerie, et la boucherie Abouche, plus bas les familles Pichon et Ivars les Penales l’épicerie Gumiel l’épicerie Soussi. En revenant sur le passage à niveau non gardé vers le bd de sidi Chami les Caravajal, et, ma cousine Josiane garcia.  Rue de Bône  Gomez. Coté extérieur la Shell avec son entrée rue herbager, vers la place korte l’épicerie Aberca, Jourdan, la famille Pico. Rue gal Vinoy, Schmidt puis l’épicerie Keller devenue Romboni, en face le cordonnier Benamou, le patio à Remedio, les Rodriguez Alejandro,  Stani, Ben krouf, les Diez (Paquito), l’épicerie Ravasco, en face, les Bogi. Rue zouave Crémades, en face du jeu de boules, les Ruiz, l’épicerie Moreno. Rue de Guelma  les Cano, les Ripoll et Mme Maréchal (catéchisme).la marchande de poisson Madame Perez (la malaguenia)….

Claude GARCIA  de Tirigou

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Manman et mon roseau : une histoire de René MANCHO

Posté par lesamisdegg le 11 mai 2020

Manman a vite compris que le port d’Oran n’était pas très étranger pour moi, donc j’avais désobéi. J’ai droit à toutes les leçons de morale, en long en large, en travers et même plus, sur les dangers du port : la mer, les hélices de bateaux, la noyade, les engins en circulations, les grues, les trains, les mauvaises fréquentations…

Je mets les yeux dans le vague, acquiesçant par des hochements de tête et comme dit le poète je dis oui avec la tête et pense non avec le cœur

- Et ne fais pas semblant de m’écouter, parce que le martinet il ne demande qu’à servir.

Le martinet, je l’ai caché dans la chasse d’eau des cabinets, depuis plusieurs semaines déjà.

- Si tu continues à désobéir à la rentrée je te mets en pension chez les pères blancs.

- Mais maman

- Il n’y a pas de mais maman qui tienne, et tu vas voir, eux, ils vont te dresser les côtelettes.

Dans ces instants il faut se faire tout petit, essuyer la vaisselle, mettre la table, et arme fatale, se jeter dans les bras de sa mère et la couvrir de baisers.

- Grand falso, tu sais trop bien faire les pamplinass, allez vas te laver les mains et à table.

- Oui maman chérie.

 

Oean 1955

Oran 1955

 

Deux jours plus tard, les promesses tombent dans les oubliettes, l’attrait du port est trop fort, et le roseau (canne) découvert à la Mina (ravin de la) se morfond dans sa cachette au fond du couloir. Il  ne demande qu’à montrer son savoir-faire, même entre des mains inexpertes.

Le pêcheur du quai de l’horloge, est toujours là, mais à chaque coup de sirène de bateau son corps frémit, ses yeux s’embrument, son regard saute la grande jetée, comme s’il voulait rejoindre son âme, restée là-bas au pays. Même si nous ne comprenons pas toujours ce qu’il nous dit, car il parle espagnol, cet aouélo devient notre professeur de pêche et à condition de nous taire, il nous laisse l’observer.

Très vite la pêche au port n’a plus de secret pour nous, la quantité et la composition de l’amorçage (bromèdge), l’appât en fonction des poissons à prendre, le type d’hameçon, la longueur du bas de ligne, le nombre de petits plombs pour lester, nous enregistrons tout. Bien sûr que toute la bande ne suit pas les cours de pêche, une bonne partie fait d’autres découvertes et commence à imaginer, de nouveaux jeux avec les installations portuaires.

A l’angle des quais de Marseille et Beaupuy un gros tuyau déverse dans le port des résidus qui attirent les poissons. Marcel et Robert vont mettre au point la pêche à l’hameçon voleur, un gros plomb flanqué d’une trentaine d’hameçons. Ils laissent couler leur ligne au droit du tuyau et d’un coup sec la remonte les hameçons accrochent des petits poissons presque à chaque remontée, ces poissons servent ensuite, une fois broyés et mélangés avec du pain à faire une pâte excellente pour le bromèdge.

Georges qui a une sainte horreur du poisson et que la pêche à la ligne ennuie très rapidement va user de toute son ingéniosité pour fabriquer un magnifique « salabre » unique sur tout le port, du fort Lamoune au Pédrégal. Un gros fil de fer, un morceau de filet de pêche, un manche à balais et une grosse lame de scie trouvée dans la poubelle de l’atelier de rectification vont se transformer en épuisette et grattoir à moules et coquillages.

Les petits escargots de mer sont nos premiers appâts. D’abord les trouver et les ramasser, casser la coquille puis extraire la bête et enfin l’enfiler sur l’hameçon, sans trop se piquer les doigts. La première fois que des petites ondes se forment autour du bouchon l’excitation gagne toute la bande.

 

Oran port

Oran port

 

- Ferre ! Ferre !

- Attendez le bouchon n’a pas fait un « capousson’ ».

Je ne finis pas ma phrase car le bouchon à plongé violemment, un coup de poignet et le roseau me transmet des vibrations, le poisson est pris. Le roseau se courbe, le poisson résiste, c’est une grosse prise.

- Georges le salabre vite !

- Je suis prêt, dit-il en tendant l’épuisette, remonte doucement.

Je remonte, ça vibre et soudain le poisson est hors de l’eau, il est presque noir avec des yeux globuleux. Toute la bande nous entoure pour ne pas manquer la première prise, plus une troupe de badaud et tout ce beau monde éclate de rire.

- Un gabotte et tu nous déranges pour un gabotte.

- C’est quand même un poisson ! Qué léché ! Si j’avais péché une tchancla je comprendrai, mais purée,  mon premier !

- Damélo, ijho, damélo, esta ghenté no sabé lo que es am’bré !

L’aouélo prend, mon bas de ligne, change l’hameçon pour un bien plus gros, d’une innommable boite en fer il sort une sardine, avec des ciseaux tout rouillé et plein d’écailles il en découpe un morceau, de sa poche il extrait un vieux bas de femme, il tire un fil et avec il entortille le morceau de sardine autours de l’hameçon. Du fond de son « sarnatcho » il extrait une petite masse informe entourée d’un chiffon humide, il en soutire une grosse pincée qu’il transforme en boulette et l’envoie juste devant moi. Par gestes, il m’invite à lancer ma ligne.

Les petites ondes caractéristiques de l’attaque de l’appât commencent à apparaître autour de mon bouchon. J’ai une forte envie de ferrer, il faut que je me fasse drôlement violence pour ne pas donner le coup de poignet. Ma patience est fortement récompensée, le bouchon s’enfonce avec violence dans les eaux du port. Je ferre, le roseau vibre et tout mon corps tremble

-Georgeeeeees ! Cette fois c’est pas un gabotte !

Le roseau est plié, et des reflets d’argent annoncent une belle prise, je remonte précautionneusement la ligne, Georges glisse le salabre sous la prise, un magnifique sar, qu’il ramène sur le quai, je saute, je trépigne de joie, le sar frappe violemment le quai de sa belle queue barrée de noir. Avec la même amorce, la première tranche de sardine de l’aouélo  trois magnifiques sars et une oblade de taille raisonnable, deux cents à deux cent cinquante grammes.

- Allez les artistes il est quatre heures il faut remonter au quartier.

- Et comment tu sais l’heure qu’il est ? demande Robert

- Poz si au quai de l’horloge tu sais pas l’heure qu’il est, faut aller chez l’enculiste !

- Quand on va chez l’enculiste c’est pas pour les yeux, l’oculiste !

- Holà, carrica tchitcha mélon’, si on peut plus dire des tontérillass de « tomps en tomps »….

 

Ada ?  ma canne et mon ..?

Ada ? ma canne et mon ..?

 

Et c’est en se racontant des blagues un peu tirées par les cheveux que l’on reprend le chemin de la rue Élisée Reclus. Il est pas loin de six heures de l’après midi et si ma mère me chope avec la canne à pêche, bonjour les pères blancs à la rentrée.

- Demain casse-croûte à la maison, à neuf heures, des beaux poissons et ce que vous apporterez.

- Moi, le poisson…dit Georges, j’amènerai un camembert «TOUKREM» avec des fleurs en plastique dedans.

- Je porte du pain dit Robert.

Sitôt chez moi je cache la pêche miraculeuse derrière le pain de glace de la glacière et le roseau dans le couloir qui mène aux caves, une bonne douche bien savonneuse, et maman peut arriver, je suis comme un sou neuf.

Et la fête dure une bonne partie du mois d’août, le matin casse-croûte avec la pêche de la veille, puis platicoss, tour de France, Tchintchirimbola, cartelettes, parties de pignols, de billes, capitoulé, bourro flaco. La rue résonne de nos cris, nos rires, nos engueulades, la vie quoi. L’après-midi, le port !

Kader le laveur de voitures, dont le meilleur ami est poissonnier rue de la Bastille, nous approvisionne en appâts, crevettes, sardines et quand la pêche est bonne nous lui offrons, une dorade, un pagre ou une salpa. Une fois au port nous partageons les amorces avec l’aouélo, dont les conseils font de nous des vrais pros.

Les quais n’ont pour nous plus de secret, il n’y a qu’au Pédrégal ou nous ne sommes pas les bienvenus, les pêcheurs du coin nous demandent d’aller nous faire voir ailleurs, comme s’ils étaient propriétaires des blocs qui forment l’entrée du port. Alors de temps en temps Georges balance un stacasso sur un des bouchons et quand le pêcheur ferre comme un fou nous « on se pisse de rire » et bien sûr on se fait traiter de mocossoss et de toutes sortes de noms d’oiseaux.

A l’arrière du quai de l’alfa, sur une esplanade gît une énorme hélice, vu la taille de l’engin on peut imaginer l’immense bateau qu’elle devait pousser. L’esplanade devient terrain de foot et l’hélice notre vestiaire, nous y déposons tricots de peau et chemises, le ballon est souvent improvisé, tas de vieux chiffons tenus par une ficelle. Parfois des gamins d’autres quartiers ont un vrai ballon et alors c’est la fête. Le retour au quartier, même si la pêche a été infructueuse, se fait dans la même bonne humeur.

Après la boucherie chevaline, nous voici rue Élisée Reclus, à l’autre bout devant chez Muños, les pièces détachées auto, apparaît Manman. Catastrophe ! J’ai le roseau à la main, plus la boite d’appâts et…trop tard, Manman m’a vu. Mais que fait-elle à si tôt devant la maison, et le travail ?

- D’où tu viens ?

- Du petit jardin et..

- Et au petit jardin avec la canne à pêche tu pêchais dans le bac à sable ?

- Euh….

- Tu te fous de moi, tu viens du port et tu sais ce que je t’ai dit si tu allais au port ?

Les coups commencent à pleuvoir, d’abord avec les mains, puis avec la canne à pêche, ensuite des craquements se font entendre, le roseau que Manman explose rageusement contre le trottoir. Les larmes inondent mes yeux, d’accord je l’ai bien cherché, mais le roseau n’y est pour rien, je ne sens pas les coups, mais mon roseau… La fête ne fait que commencer, car si Manman est là si tôt c’est qu’elle a rendez-vous avec le plombier.

René MANCHO

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Pêcheurs de chez nous

Posté par lesamisdegg le 4 mai 2020

Il existe trois catégories bien distinctes de pêcheurs : Çuila qui l’a « la pastéra » et… les autres, dirait Cagayous. Les autres : celui qui pêche à la canne, sur les blocs du môle; celui qui pêche au boulantin, sur les chalands.

Au total : trois espèces différentes dont les spécimens ne consentent à s’adresser la parole qu’à de rares occasions : en se rencontrant chez Mme Ayache, par exemple. Mme Ayache est la providence des pêcheurs qu’elle connaît tous par leur nom.

— Celui-là, vous confiera-t-elle, c’est Monsieur Anatole ; voilà neuf ans que je le sers. Cet autre ne pêche qu’aux vers de rochers et… tenez, le grand monsieur qui arrive, je lui ai monté sa première ligne qu’il avait les pantalons courts, voyez si c’est vieux déjà… maintenant il est juge d’astruction.

Et un soupir profond, à l’évocation de ces souvenirs, soulève la vaste poitrine. Car voilà bien des années déjà que Mme Ayache occupe, dans les escaliers de la Pêcherie, le même éventaire d’articles de pêche. Assise sur un petit pliant, son imposante silhouette fait partie du décor et il n’y a qu’elle pour écouter, avec une sainte patience, les imaginaires prouesses que lui content ses clients pendant les quelques minutes nécessaires à monter la ligne de celui-ci ou à verser dans le couffin de celui-là les trente sous de « Koukra » qui appâteront le poisson.

— Oui mon petit, répond-elle invariablement… aux bavards.

Cependant, les jours de vent d’Est, Mme Ayache n’est pas toujours de bonne humeur et cela peut s’expliquer : Elle n’a pas de vers de roche !Mme Ayachepatéra

pastéra

 

Mme Ayache

 

 

Tout le monde ne peut s’offrir le luxe de pêcher en « pastéra » : les uns, parce que c’est trop cher ; les autres, parce qu’ils souffrent en mer. Ce genre de pêche est fertile en émotions. Ceux qui la pratiquent sont en général enclins à se donner des allures de vieux loups de mer et en jouant ainsi aux gars de la marine, ils font boire de bons coups à leurs invités. En général ces pêcheurs ont le cœur dur comme une pierre et leur plus bel exploit consiste à ramener leur meilleur ami affolé dans le fond de la barque et en proie aux terribles atteintes du mal de mer. D’ailleurs, la présence d’un malade à bord est la plus belle des excuses.

— Il a fallu que je le soigne, disent-ils hypocritement à ceux qui jettent un coup d’œil ironique sur le couffin… vide.

Cependant, il faut rendre hommage à la vérité et le souvenir de Ramonette qui avait pris à la palangrotte un veau-marin de trois cents kilos, n’est pas près de disparaître de l’imagination des propriétaires de « pastéra ». Si tous n’ont pas cette veine, il se trouve cependant quelque privilégié qui rentre au port après avoir péché quelques petites bogues imprudentes. Et alors… c’est la « cassouela » !

peche au boulantin  , ligne de fondsur le mole

Tout autre est celui qui pêche, au boulantin, sur les chalands. Il occupe, entre ceux qui pratiquent la pêche en pastéra et ces pêcheurs à la canne, qui se font héroïquement asperger de paquets de mer sur les blocs du môle, une situation qui n’est pas nettement définie. D’allure plus que modeste, il passe inaperçu lorsqu’il se rend sur les lieux de pêche. Au retour, il ne peut en faire autant, car l’épaisse couche de poussière noire qui le recouvre des pieds à la tête, et qui est la conséquence d’un séjour prolongé sur ces chalands chargés de charbon, le signale à l’attention des promeneurs du dimanche.

Il est reconnu que généralement ce genre de pêche ne rapporte à ses fervents que des… coups de soleil bien fades. Et, à tout prendre, il vaut bein mieux ça… Car, si par un miraculeux hasard le monsieur qui a passé son après-midi à se griller sur un chaland ramène quelques bazoucks à la maison, il est furieux de les avoir fait frire. Le chat de la concierge, lui-même, repoussera ces poissons dorés à point…! …parce qu’ils sentent le mazout.

Gloire au pêcheur qui part pour l’aventure et qui va, chargé de lourds couffins et d’encombrants roseaux sur les blocs du môle. Celui-là est un héros qui brave, du haut de son rocher, les embruns et le vent du large. Splendidement isolé, il surveille avec une attention qui ne faiblit point un minuscule bouchon qui ne s’enfonce jamais. Rien ne saurait le distraire….Pas même la disparition de son couffin qu’une vague vient de lui ravir et qui coule à pic.

Cependant, ô légitime émotion, le bouchon vient de s’enfoncer. Un sard ? Une murène ? Une rascasse ?

Sous la carcasse du vieux pêcheur à la canne, le cœur bat la générale. Tandis que, dans un effort désespéré il remonte, d’un geste magnifique, le couffin qui venait de s’engloutir sous les flots.

Pêcheur don Quichotte… ô mon frère.

Textes et illustrations de Ch. Brouty

pecheurs

pecheurs

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Al-Andalus , MORISCOS , MORISQUES : complot , rebellion , expulsion ,1575-1609

Posté par lesamisdegg le 24 avril 2020

Al-Andalouss : un royaume musulman pacifique, ouvert et tolérant  ?

L’hispanisant Arnaud Imatz fait le point ci-dessous avec le grand arabiste espagnol Serafín Fanjul. Selon ce dernier, les textes du Moyen Age démentent totalement l’interprétation contemporaine. 

AI : Il y a déjà un demi siècle, Fernand Braudel expliquait que l’Espagne avait expulsé les Morisques, derniers représentants des populations musulmanes en Espagne, en 1609, parce qu’il s’agissait d’une minorité inassimilable, qui résistait à toute forme d’intégration, et dont les liens avec l’ennemi de l’époque étaient connus et établis. Plus récemment, l’historien Philippe Conrad l’a montré dans son Histoire de la Reconquista (1999). Partagez-vous ce point de vue ?

SF : Absolument ! Braudel l’a vu avec une grande lucidité : l’expulsion se produit en raison de l’impossibilité d’assimiler les morisques. Leur connivence avec les pirates turcs et barbaresques est plus que démontrée. Elle était d’ailleurs normale et logique de leur point de vue. Mais ils conspiraient aussi avec l’Angleterre et la France d’Henri IV, alors ennemie de l’Espagne. Les Morisques établis en Béarn étaient en contact avec les huguenots.

Après la conversion au catholicisme du roi Henri IV, celui-ci reçut, en 1602, les demandes d’aides de morisques qui lui offraient en retour d’agir comme « cinquième colonne » en Espagne. Plusieurs agents français parvinrent jusqu’à Valence. Parmi eux, M. Jean de Panissault, qui était déguisé en marchand. Plus tard, le 23 avril 1605, Paschal de Saint Estève, fut emprisonné et révéla le détail des intrigues qui se tramaient. Louis Cardaillac, le grand spécialiste français des morisques, a bien montré que les craintes des Espagnols étaient fondées.

 

1563 Moriscos , morisques , Granada

1563 Moriscos , morisques , Granada

 

French Huguenots were in contact with the Moriscos in plans against the House of Austria (Habsburgs), which ruled Spain in the 1570s. Around 1575, plans were made for a combined attack of Aragonese Moriscos and Huguenots from Béarn under Henri de Navarre against Spanish Aragon, in agreement with the king of Algiers and the Ottoman Empire, but these projects floundered with the arrival of John of Austria in Aragon and the disarmament of the Moriscos. In 1576, the Ottomans planned to send a three-pronged fleet from Istanbul, to disembark between Murcia and Valencia; the French Huguenots would invade from the north and the Moriscos accomplish their uprising, but the Ottoman fleet failed to arrive.

During the reign of Sultan Mohammed ash-Sheikh (1554–1557), the Turkish danger was felt on the eastern borders of Morocco and the sovereign, even though a hero of the holy war against Christians, showed a great political realism by becoming an ally of the King of Spain, still the champion of Christianity. Everything changed from 1609, when King Philip III of Spain decided to expel the Moriscos which, numbering about three hundred thousand, were converted Muslims who had remained Christian. Rebels, always ready to rise, they vigorously refused to convert and formed a state within a state. The danger was that with the Turkish pressing from the east, the Spanish authorities, who saw in them [the Moriscos] a « potential danger », decided to expel them, mainly to Morocco….

Bernard Lugan, Histoire du Maroc: Le Maroc et L’Occident du XVIe au XXe Siècle

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

Un tal Juan de Oriola, cristiano viejo catalán, instalado en Paterna (Valencia), había hecho de su casa el lugar de encuentro de moriscos de Aragón, de Valencia y de Argel. Era por los años 1575-1578, en la época en que el enviado otomano Duarte tenía que organizar la coalición para un levantamiento general de los moriscos. Juan de Oriola lo que hacía era un muy fructífero comercio, comprando armas que vendía a los moriscos y también comprando tierras a los ricos moriscos de Paterna que iban a Argel a preparar la invasión y necesitaban dinero líquido para obtener el apoyo de las autoridades argelinas y la adquisición de los medios militares necesarios.

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Les corps indigènes de l’Armée d’Afrique en 1840

Posté par lesamisdegg le 2 avril 2020

L’armée d’Afrique se compose de régiments français et de corps indigènes. Ceux-ci ayant été et étant encore fréquemment cités dans le récit des événements militaires de l’Algérie, nous croyons devoir en donner ici la nomenclature, avec quelques détails sur leur organisation.

zouave 1831

zouave 1831

Zouaves

Dans le but de donner aux troupes françaises en Afrique des auxiliaires utiles, et de parvenir en même temps à opérer entre elles et les indigènes un rapprochement qu’il était d’une politique prévoyante d’encourager, le général en chef créa, dès le t » octobre 1830, deux bataillons d’infanterie, sous la dénomination de Zouaves. Ce nom était emprunté aux Zouaves, ou plutôt Zouaouas, tribu de Kabyles indépendants, de la province de Constantine, qui vendaient leurs services aux puissances barbaresques, comme le font les Suisses en Europe. Une ordonnance royale du 21 mars 1831 régla l’organisation de ce corps indigène, le premier dans l’ordre de création. Par une autre ordonnance du 7 mars 1833, les deux bataillons furent amalgamés en un seul, et celui-ci soumis à la même juridiction que les corps français. Il n’y eut plus en Afrique qu’un seul bataillon de Zouaves jusqu’au moment de l’expédition de Mascara; à cette époque (25 décembre 183S), une ordonnance royale détermina la formation d’un deuxième bataillon. Enfin une ordonnance du 4 août t839, a autorisé la constitution du corps des Zouaves à trois bataillons. Les Zouaves ont, en toute occasion, rendu d’immenses services à la cause française en Algérie. Ils ont pris une part active à toutes les opérations militaires, à Medéah, à Bône, à Bougie, à Mascara, à Tlemcen, et pendant les deux expéditions contre Constantine. Montés les premiers à l’assaut, ils ont puissamment contribue à la prise de cette ville importante.

 

 

chasseur d'Afrique

chasseur d’Afrique

Chasseurs –cavalerie-

Les motifs qui avaient déterminé la formation d’un corps d’infanterie auxiliaire déterminèrent également cette d’un corps de cavalerie. La principale et peut-être la seule force redoutable des Arabes est en effet dans leur habitude du maniement du cheval ils sont habiles cavaliers, et tirent à cheval avec adresse. Un arrêté du 10 décembre t8S0 prescrivit la création provisoire d’un ou plusieurs escadrons de chasseurs algériens. Ce corps de cavalerie a successivement subi à peu près les mêmes transformations que les premiers Zouaves. Formé d’abord de Français et d’indigènes mêlés indistinctement ensemble, il servit ensuite de noyau à des corps composés d’escadrons français et d’escadrons indigènes pour arriver enfin à la séparation complète des deux origines. L’habillement était maure, comme celui des Zouaves. Une ordonnance royale du 17 novembre 1831 ayant créé deux régiments de cavalerie légère, sous la dénomination de chasseurs d’Afrique, l’un à Alger, l’autre à Oran, les deux escadrons de chasseurs algériens entrèrent dans le régiment formé à Alger. Les chasseurs d’Afrique étaient recrutés par des engagés volontaires, colons ou indigènes, et des cavaliers tirés des régiments de l’armée. La moitié au moins de chaque escadron devait être composée de Français pendant les deux premières années. On compte aujourd’hui quatre régiments. A la suite de chaque escadron des chasseurs d’Afrique furent placés, sous la dénomination de chasseurs spahis, et en nombra indéterminé, des cavaliers, colons ou indigènes, qui n’étaient appelés qu’accidentellement au service actif, sur convocation du générât en chef.

 

spahi 1834

spahi 1834

Spahis

La cavalerie indigène fut tout à fait séparée de la cavalerie française par ordonnance royale du 10 septembre 1834, qui prescrivait la formation à Alger d’an corps de cavalerie distinct des chasseurs d’Afrique, sous le titre de spahis réguliers. Ceux-ci forment des corps qui servent et sont entretenus d’une manière permanente. Parmi les cavaliers spahis, il peut être admis des Français dans la proportion d’un quart; les chefs de corps, le capitaine de chaque escadron, la moitié des autres officiers et sous-officiers doivent être Français. La connaissance pratique de la langue arabe pour les Français, et de la tangue française pour les Arabes, est une condition exigée pour l’avancement. L’habillement des spahis est celui en usage dans le pays il est uniforme pour les officiers seulement, mais en service les soldats doivent tous porter un burnous de même couleur. Les marques distinctives des grades se rapprochent de celles des hussards. Le harnachement est celui en usage à Alger.  Les Spahis irréguliers ou auxiliaires, organisés en même temps que les spahis réguliers, forment une cavalerie à notre disposition dans les circonstances où on juge devoir la requérir. Ils se composent des colons européens et des indigènes établis sur le territoire occupé, et du contingent que des tribus voisines, couvertes ou protégées par nos forces, consentent à fournir. Ils doivent être formés, par localités ou par tribus, en détachements qui, étant isolés et indépendants les uns des autres, restent attachés au sol, et ne servent que dans des occasions prévues et importantes. Le service à leur imposer et les indemnités à leur accorder résultent des conventions faites avec les tribus. Des revues fréquentes constatent le nombre des auxiliaires, et s’ils sont montés, armés et équipés convenablement. Ils sont placés sous le commandement du chef des spahis réguliers.

tirailleur indigène 1836

tirailleur indigène 1836

Turcs, Turcos, Tirailleurs indigènes

Des compagnies de Turcs auxiliaires ont été organisées d’abord à Mostaganem, ensuite à Oran, à Bône et à Constantine. Les Koulouglis, fils de Turcs et de femmes arabes de Tlemcen, à l’aide des secours en argent qui leur ont été fournis, ont longtemps défendu cette place contre les attaques des ennemis. Dans la province d’Alger, trois cents jeunes Koulouglis de la tribu d’Oued-Zeïtoun, réfugiée sur notre territoire ont été admis, en !858, à faire un service militaire comme troupe irrégulière. Dans celle d’Oran les cavaliers de: deux puissantes tribus des Douairs et des Zmelas, ralliés à notre cause depuis 183S et placés sous les ordres du général Mustapha-Ben-Ismaël, fournissent au premier appel un contingent de S à 900 hommes pour accompagner les corps français dans leurs expéditions. Depuis la prise de Constantine (13 octobre 1837), il a été organisé dans cette ville un bataillon sous la dénomination de Tirailleurs de Constantine, composé de six compagnies d’infanterie, dont une de Turcs, deux de Koulouglis, deux d’habitants de la ville, une de Garabats.

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