Pot-au-feu dominical de Perrégaux aux pélotass

Posté par lesamisdegg le 13 septembre 2019

Dans un couffin j’avais deux blancs de poulet, 500g de veau, une belle pointe de jambon de Bayonne, des navets, des carottes, et deux belles pon-de-ter’ et dans l’autre un tchorizo, 250g de boudin, des blanquicoss,

Mettre les légumes à cuire entiers ; une partie du bouillon servira à cuire les pois-chiches mis à tremper la veille au soir.

Dans un grand saladier émietter le boudin, le jambon et une baguette de la veille, rajouter 2 œufs battus,  4 dents d’ail haché, une poignée de pignons de pin, le blanc de poulet et le veau hachés, une petite botte de persil haché. Saler poivrer

Bien mélanger en malaxant à la main, puis réaliser les boulettes, péloticass, dans la paume de la main.

NB : les véritables boulettes contenaient le sang du poulet sacrifié pour le pot au feu et non pas du boudin.

Mettre les pois-chiches à cuire dans le bouillon de légumes. Une fois cuits les rajouter aux légumes qui mijotent avec blanquico, tchorizo et poulet.

C’est le moment de poser les boulettes dans la marmite pour qu’elles cuisent au sommet du pot au feu.

Qu’on se régale !

 

péloticass du dimanche

péloticass du dimanche

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La « salade juive » de mon aouéla Emilia

Posté par lesamisdegg le 9 septembre 2019

Mémé Emilia habitait un immeuble en centre-ville, près du cinéma « Le Régent », au troisième étage. Au second vivait sa sœur de lait Esther Obadia.

En cette fin d’été 1954 il faisait encore très chaud. Elle décida de préparer une bonne salade juive pour le lendemain quand l’aouélo Grégoire rentrerait de sa nuit de pèche sur la jetée.

Du marché de la rue de la Bastille elle ramena huit belles tomates mures et bien fermes, quatre « piments » -poivrons- rouges et quatre autres verts, du persil .elle avait déjà le thym, le laurier, l’ail, l’huile d’olive, le cumin.

Esther lui prêta le kanoun pour faire griller les piments et monta d’un étage pour veiller à la bonne marche de sa recette. Elle l’aida à retirer les peaux noircies au kanoun. Ouverts en deux, les piments se virent épépiner, bien éplucher.

Les tomates bénéficièrent du même régime : grillade, épluchage, épépinage.

Quatre dents d’ail furent grillées, épluchées, dans la foulée.

Le beau et grand saladier en verre vert effectua sa dernière mission(1). L’aouéla y mélangea les piments coupés en lanière  les tomates concassées , l’ail , le thym , le laurier , le persil haché , le cumin .après avoir salé , poivré et arrosé d’huile , le tout , le saladier , bien couvert fut placé dans la glacière.

L’aouélo parti à la pèche en fin de journée, revint à l’aube, le « sarnatcho » bien rempli.

Et le midi on se régala avec lui de la salade juive.

 

salade juive

salade juive

 

 (1) le saladier vert s’étant brisé au sol, l’aouéla s’empressa d’aller racheter le même afin que l’aouélo ne soit pas privé de « son » saladier  .çà ne se faisait plus en verre mais en plastique. Au déjeuner dominical et familial suivant l’aouélo pris le saladier bien connu et les feuilles de laitue volèrent jusqu’au lustre. Le saladier jumeau, en plastique, pesant beaucoup moins que son prédécesseur, s’étant vu appliquer la force de levier habituel avait pris son envol pour le lustre de la salle à manger, à la stupeur générale.

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Créponné , créponet : une recette

Posté par lesamisdegg le 30 août 2019

 

Sorbet au citron « Pieds-Noirs » apprécié pour ses qualités rafraîchissantes, inventé par Gilbert Soriano à Oran, alors propriétaire de « La crème l’oranaise » sise rue du Vieux Château à Oran.

Ingrédients : 75 cl d’eau, 15 cl de sucre, 30 cl de jus de citron, 2 blancs d’œufs, zeste râpé de deux des citrons.

Chauffer l’eau jusqu’à ébullition pour y dissoudre le sucre. Laisser refroidir, ajouter le zeste de citron ainsi que les 30 cl de jus de citron.

Battre les blancs d’œufs en neige ferme, les incorporer délicatement au liquide qui finira par s’intégrer complètement avec le mixer.

Verser le créponné dans un récipient et placez-le au congélateur. Toutes les 30 minutes, battez l’ensemble au mixer, puis une dernière fois quelques minutes avant de servir pour lui donner la bonne texture du « granizado », littéralement de grêlons de grêle. .

 

créponné 2  sorbet citron

 

Présentez-le dans une coupe à glace accompagné de deux petites feuilles de menthe et d’un cigare russe.

 

Créponné 3

 

Azorin

Souvenirs : M Clapez nous offrait des bambas, tandis que Mme Clapez nous servait de sa glace au créponet dont elle gardait jalousement son secret de fabrication. Beaucoup d’Oranais appréciaient les glaces et l’aguoua-limon’ de mon grand-oncle Henri et ma tante Marie qui tenaient le kiosque de la place des Victoires.

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20 Août 1955 , massacre d’Oued-Zem au Maroc

Posté par lesamisdegg le 22 août 2019

Le 20 Août 1955  insurrection avortée en Tunisie, sanglante dans le nord-constantinois  et non moins sanglante au Maroc. Les événements les plus meurtriers se déroulèrent à Oued-Zem où 88 Français et 700 Marocains ont perdu la vie.

Témoignage inédit : OUED-ZEM 20/08/1974

Pour le triste 20ième anniversaire du massacre d’Oued-Zem j’étais monté sur une colline dominant la ville, près d’un marabout. Un berger y stationnait avec son maigre troupeau de moutons. Je lui demandais s’il connaissait l’évènement .voici son récit traduit ci-dessous.

« La veille du jour marquant l’anniversaire de la déposition du sultan Mohamed Ben Youssef, des centaines de marocains se réunirent autour du marabout, à la tombée du jour pour fumer le kiff. Chacun reçu un portrait du sultan déchu.

C’était une nuit de pleine lune qui éclairait la scène « a giorno ».

Il leur était demandé de prier à haute voix en invoquant la grâce d’Allah pour qu’elle retombe sur le futur Mohamed V, en fixant son portrait. On leur avait promis un miracle.

Au milieu de la nuit, après des heures à psalmodier en fixant le portrait de Ben Youssef,  il leur fut demandé de lever leurs regards vers l’immense disque lunaire sur lequel Allah ferait apparaitre le visage du sultan Mohamed.

Tous levèrent leurs regards vers le splendide astre lunaire et, oh miracle, l’image tant attendue apparut ! » 

C’était la preuve visible par tous que la volonté divine soutenait leur cause. Il était temps de regagner leurs douars respectifs,  pour préparer le peuple des croyants à l’extermination des diaboliques nazranis et youdis, dès que le jour se lèverait.

NB : les distributeurs de portraits aux mains propres, connaissaient le phénomène de persistance rétinienne.

G.G.

 

le marabout

le marabout

1955 08 20

1955 08 20

Le 20 Août 1955 eut lieu à Oued-Zem un soulèvement des tribus berbères qui déboucha sur un massacre où un nombre important de français furent sauvagement massacrés . Les civils européens  se défendirent avec leurs armes à feu ce qui explique la mort de certains insurgés. Même l’hôpital de la ville, où de nombreux malades étaient marocains, fut l’objet de meurtres et de saccages par les insurgés.

 

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1955 08 24 export (11)

La riposte de l’armée française et notamment de la légion étrangère fut proportionnelle à la violence de l’attaque et se solda notamment par l’exécution – sous le feu des soldats de la légion étrangère – de responsables désignés par les chefs des tribus d’insurgés. Elle aboutit à de nombreuses victimes dans la ville même d’Oued-Zem et au village voisin, Ait Ammar. Là, 17 européens, des cadres travaillant à la mine de fer, sont tués par des insurgés venus d’Oued-Zem.

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« GALOUFA » par Albert CAMUS

Posté par lesamisdegg le 13 août 2019

Durant la première moitié du vingtième siècle, dans toute l’Algérie française, sévissait un « capteur de chiens » surnommé « galoufa ». Albert CAMUS en fait une superbe description dans « le premier homme ».

C’était un arabe habillé à l’européenne, qui se tenait ordinairement à l’arrière d’un étrange véhicule attelé de deux chevaux, conduit par un vieil arabe impassible. Le corps de la voiture était constitué par une sorte de cube de bois, sur la longueur duquel on avait ménagé, de chaque côté, une double rangée de cages aux solides barreaux. L’ensemble offrait seize cages, dont chacune pouvait contenir un chien, qui se trouvait alors coincé entre les barreaux et le fond de la cage. Juché sur un petit marchepied à l’arrière de la voiture, le capteur avait le nez à la hauteur du toit des cages et pouvait ainsi surveiller son terrain de chasse.

La voiture roulait lentement à travers les rues qui commençaient à se peupler d’enfants en route vers l’école, de ménagères allant chercher leur pain ou leur lait, en peignoirs de pilou ornés de fleurs , et de marchands arabes regagnant le marché, leurs petits éventaires pliés sur l’épaule , tenant de l’autre main un énorme couffin de paille tressée qui contenait leurs marchandises.

Et tout d’un coup, sur un appel du capteur, le vieil arabe tirait les rênes en arrière et la voiture s’arrêtait. Le capteur avait avisé une de ses misérables proies, qui creusait fébrilement une poubelle, jetant régulièrement des regards affolés en arrière, ou bien encore trottant rapidement le long d’un mur avec cet air pressé et inquiet des chiens mal nourris. Galoufa saisissait alors sur le sommet de la voiture un nerf de bœuf terminé par une chaîne de fer qui coulissait par un anneau le long du manche. Il avançait du pas souple, rapide et silencieux du trappeur vers la bête, la rejoignait et, si elle ne portait pas le collier qui est la marque des fils de famille, courait vers lui avec une brusque et étonnante vélocité, et lui passait autour du cou son arme qui fonctionnait alors comme un lasso de fer et de cuir. La bête, étranglée d’un seul coup, se débattait follement en poussant des plaintes inarticulées. Mais l’homme la ramenait rapidement jusqu’à la voiture, ouvrait l’une des portes-barreaux et, soulevant le chien en l’étranglant de plus en plus, le jetait dans la cage en ayant soin de faire repasser le manche de son lasso à travers les barreaux. Le chien capturé, il redonnait du jeu à la chaîne de fer et libérait le cou du chien maintenant captif.

 

Galoufa 1959

Galoufa 1959

 

Du moins, les choses se passaient ainsi quand le chien ne recevait pas la protection des enfants du quartier. Car tous étaient ligués contre Galoufa. Ils savaient que les chiens capturés étaient menés à la fourrière municipale, gardés pendant trois jours, passés lesquels, si personne ne venait les réclamer, les bêtes étaient mises à mort. Et quand ils ne l’auraient pas su, le pitoyable spectacle de la charrette de mort rentrant après une tournée fructueuse, chargée de malheureuses bêtes de tous les poils et de toutes les tailles, épouvantées derrière leurs barreaux et laissant derrière la voiture un sillage de gémissements et de hurlements à la mort, aurait suffi à les indigner. Aussi, dès que la voiture cellulaire apparaissait dans le quartier, les enfants se mettaient en alerte les uns les autres. Ils se répandaient eux-mêmes dans toutes les rues du quartier pour traquer les chiens à leur tour, mais afin de les chasser dans d’autres secteurs de la ville, loin du terrible lasso.

Si, malgré ces précautions, comme il arriva plusieurs fois à Pierre et à Jacques, le capteur découvrait un chien errant en leur présence, la tactique était toujours la même. Jacques et Pierre, avant que le chasseur ait pu approcher suffisamment son gibier, se mettaient à hurler « Galoufa, Galoufa » sur un mode si aigu et si terrible que le chien détalait de toute sa vitesse et se trouvait hors de portée en quelques secondes. A ce moment, il fallait que les deux enfants fissent eux-mêmes la preuve de leurs dons pour la course de vitesse, car le malheureux Galoufa, qui recevait une prime par chien capturé, fou de rage, les prenait en chasse en brandissant son nerf de bœuf. Les grandes personnes aidaient généralement leur fuite, soit en gênant Galoufa, soit en l’arrêtant tout droit et en le priant de s’occuper des chiens. Les travailleurs du quartier, tous chasseurs, aimaient les chiens ordinairement et n’avaient aucune considération pour ce curieux métier. Comme disait l’oncle Ernest « Lui feignant ! ». Au-dessus de toute cette agitation, le vieil arabe qui conduisait les chevaux régnait, silencieux, impassible, ou, si les discussions se prolongeaient, se mettait tranquillement à rouler une cigarette.

Qu’ils aient capturé des chats ou délivré des chiens, les enfants se hâtaient ensuite, pèlerines au vent si c’était l’hiver, et faisant claquer leurs spartiates si c’était l’été, vers l’école et le travail. Un coup d’œil aux étalages de fruits en traversant le marché, et selon la saison des montagnes de nèfles, d’oranges et de mandarines, d’abricots, de pêches, de mandarines, de melons, de pastèques défilaient autour d’eux qui ne goûteraient, et en quantité limitée, que les moins chers d’entre eux.

L’origine de ce nom provenait de la première personne qui avait accepté cette fonction et qui se nommait réellement Galoufa.

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Les salaouètches font manqua

Posté par lesamisdegg le 8 juillet 2019

Long garçon au sourcil dur, au teint basané, de ceux qui à douze ans sont encore loin du certificat d’études mais qui savent en imposer à une cour, une classe, voire à Costantini l’instituteur…

— Moi M’sieu ? Aïe, Aïe, Aïe… . A-moi vous m’le dites. Et alors ? Apolitain je suis…

Et il se frappe la poitrine et ses deux mains, doigts écartés, s’agitent sur leurs axes, s’adressent de leurs paumes étalées, au ciel, à la Madone, tous les témoins de cette hérésie.

Il s’amuse, Costantini. Il plaisante comme on ne doit pas plaisanter avec le grand Borsogliano. Qu’il y prenne garde, ou des rancunes vont naître sourdes, latentes, qui vont dresser contre lui ce fils de pêcheurs et après…

Après, les dessins lubriques crayonnés sur les préaux, les boulettes au plafond, les bagarres, les escapades : Borso, toujours Borso.

— C’est juste ou non ?

— Ça va, ça va…

Et Borso qui triomphe. Et son triomphe c’est ce geste large qu’il fabrique, derrière le dos de l’instituteur, d’un coup de paume sur son avant-bras…

 

bradonneir

bradonneir

 

— A qui i’se croit d’le mettre ? Puis dans un grand sursaut d’énergie :

— Qui va s’la prendre ! On fait manqua…

Le voilà le grand mot lâché, c’était prévu, le voilà… Les rancunes sont là, je vous le dis, toutes en réserve sous ce front bosselé, prêtes à surgir, à s’étaler. Un coup de tête dans le ventre ? Ça ne se fait pas, mais il y a contre les instituteurs d’autres vengeances à l’usage des fils de pêcheurs qu’on a enfermé entre quatre murs et qui en ont assez. On fait manqua, on fout le camp, on disparait. Plus de Borso. Où est-il? Il trouvera bien une excuse, il fabriquera un billet, il sera malade. Mais plus de Borso pendant une journée. Quelle vengeance !

Manquaora! On va faire des lionces

Le voilà le grand mot, le voilà. Résister ?

— Et si le Maître le sait ?

— Le Mait’ Aïe, Aïe, Aïe. Quoi i’sait le Mait’ ? Que falso que tu fais. N’en casses pas d’une et si tia peur, n’as pas peur.

Résister ?… Où sont les autres ?

— Ho Sintès ! Vinaqua !

Il en sera, lui, Sintès, il en est toujours, c’est un manquaoreur de première…

— Ho Sintès ! Vingua Mi !

Et peu importe le patois dont on se sert, il viendra toujours. Sintès c’est un Algérien comme les autres. Qu’on lui dise « Arroua Mena » et il viendra. Contemplez-le, Sintès… Il est de tous les jeux, de toutes les batailles, — et il ne tranche pas, ce fils d’épicier maltais, parmi tous ces fils de Napolitains, de cheminots italiens, de tonneliers mahonnais. Et la course aux noyaux, Dieu sait s’il en est, lui. Les noyaux, c’est de l’or. Les noyaux, on en emplit des chaussettes et on en bourre des cartables et on se bat pour des noyaux.

— Ho tricheur !…

— A qui t’ia dis tricheur ? On se bal, ça en vaut la peine.

— T’i en veux? Sors dehors !

— Ho Sintès !

Il court, furtif, d’un groupe à l’autre, l’œil malin, des mines de banquier juif.

— Ho Joseph ! La rascasse de tes morts…

Le voilà, il vient. Il a raflé vingt noyaux à plus malin que lui.

 

pignols

pignols

 

— Quoi y a, ho Borso ?

On fait manqua !

— Manqua? Va, va t’la prendre, va…

— O dé, grand fartasse !

— Qui c’est grand fartasse? Aïe, Aïe, Aïe ! Bon, je viens.

Je vous le disais. Sintès s’en fout de votre école, il est là pour gagner des noyaux. Il s’en fout…

— Allez ! Marche la route, aucun il a rien vu.

Un moment encore on entend la grande rumeur de l’école.

— Canette ? Vingua !

— Fava ? Vingua !…

Puis la rumeur s’en va, trop faible vraiment, pour lutter avec le grand silence confus de la campagne.

****

Un ciel bas, terne, des nuages en frange sale au bas de l’horizon. Il v a tout au haut du Chemin de Fontaine-Bleue un terrain vague qu’on connaît bien de réputation dans notre école, un terrain embroussaillé, plein de taillis, plein de guimauves hautes comme nous et plein d’arbres et de buissons et plein de chardons qui sont bons à croquer. Le Maquis de Borso. On l’appelle ainsi. Et le jeune Napolitain s’y est taillé à coups de tête dans les dents, à coups de, genoux dans les ventres, une solide réputation…

— Borso ? I’ en a pas deux comme lui pour la donade…

— Obligé ! dit-il. Et il a l’air, en disant ça de s’excuser.

— Obligé !

On s’accroche à un sentier, on escalade la colline. De la sueur perle, coule entre les sourcils, griffe les yeux, atteint la lèvre où on l’essuie d’une main rageuse.

— J’ai une gazouze terrib’, souffle Sintès.

— Payes à boire !

Et vraiment, il a eu raison, Borso, de répondre ça. On n’est pas ici pour se plaindre. La manqua, depuis quand est-ce une partie de plaisir ? Il faut suer, se cacher, se battre, escalader des clôtures.

— Ahusse moi, après j’t'ahusse.

Il faut s’égratigner aux épines des taillis, se cogner aux branches basses, trébucher sur les éboulis… Mais aussi quelle impression de fraîcheur — comme un souffle de liberté — vous frappe au visage quand vous pénétrez dans les taillis. Quelle frénésie alors de courir, de grimper aux arbres, de crier, de vivre. Et quand on a découvert des lionces, qu’on s’en est bourré à crever, quelle splendide bataille on se fait, à coup de noyaux ! Ça siffle, ça blesse. Vive la manqua ! Quelle splendide bataille… — Attrape cui-Ià dans les dents ! Et quand on n’a plus de noyaux on prend des pierres, et c’est encore plus beau, et ça siffle mieux, et ça fait des bosses, ça casse des dents, viva, viva la manqua !…

El nos rires d’éclabousser la sérénité de la campagne et nos injures de claquer :

— Aïdess !

La rascasse de ta race !

Les morts de tes morts !

Le bras fait mal, la sueur, la terrible sueur pique. Borso quille son tablier, étale son torse où une petite croix bleue, sur le sein gauche, se dessine.

— Aïdess !

Et c’est la vraie guerre avec des appels homériques et des mouvements tournants.

 

Et vous le voyez Sintès, avec sa figure de fouine essayer de nous prendre à revers. Il rampe sur Borso, voyez-le, il rampe, il se dresse, il court. Un type comme Borso, ne pas voir ça ! Regardez bien. Sintès court, court…, et on le retrouve dans la boue, étalé.

— Ho Borso, la mort de tes os, lu fais pas des gambettes. Ho !

El Borso rit, rit largement.

— Le sousto i’me vient, crie-t-il.

Borso rit comme peut rire un fils de pêcheur à la poitrine large, velue et tatouée d’une petite croix bleue à la hauteur du sein gauche.

— Le sang i’ se mange, le Sintès…

Il n’en peut plus de rire, de rire et de se frapper les cuisses.

El puis assez d’amusements. On n’est pas encore arrivés au but. Assez de batailles. En route. On se met à courir.

Voilà la clairière enfoncée entre deux mamelons broussailleux où poussent à foison les hautes guimauves et les ronces. Le « ravin », C’est-à-dire le maquis de Borso. Le ravin, c’est quelque chose. Un tressaillement de bonheur angoissé vous prend au cœur.

Oualla ! dit Borso, gravement.

On y est, soit. Mais quelque chose est-il moins sûr que notre tranquillité? Sintès ne vient-il pas de vous prendre le bras, inquiet…

— Mira ! Souffle-t-il.

Et il désigne une mauresque fardée, obscène, de celles qui, quelquefois, ici, viennent passer leurs marchés avec les maquereaux du quartier. On la dérange, c’est sûr, on interrompt ses pourparlers. Et la voilà qui nous crie :

— Qu’est-ce que vous foutez ici les gosses ?…

Sintès ricane :

— Ho Fathma ! Si ton- père i’ te voirait…

Inn al dinn Babak ! Bande de salaouètches…

 

salaouètches

salaouètches

 

— Et ta sœur !

Borso est grave. Il attend. Il est chez lui ici, et qui l’en ferait sortir ?

Ce gitan, peut-être, ce grand diable de gitan qui vient de surgir derrière nous, avec des mains énormes, des yeux cagneux…

— Qu’est-ce qu’il dit le morpion ?

— Quoi je dis ? (Sintès crâne). Quoi je dis ?… La nature elle est à tout le monde…

Marche la route !

Atso ! Y alors ?

— T’as compris ?

— Aïdess ! A qui vous vous croyez de causer…

Une gifle le cingle. Et le voici qui se rapproche, le grand Borsogliano, son air des mauvais jours au coin de la lèvre et qui défie le voyou :

— T’i en veux ?

L’autre peut ricaner et prendre la fille à témoin :

— Regar’-moi le minot !…

Borso recule, se contracte. Il peut ricaner. Un coup de tête dans le ventre, voilà qui vous met rapidement un géant hors de combat, un coup de tête dans le ventre, un coup de pied ans les tibias…

— T’i en veux ?

Et là, sur la gauche, un autre gitan qui surgit, fuyant… On recule derrière un barrage de figuiers.

— Bande de fouraïnas ! Rugit le nouveau venu.

— Ramasse les blocs, commande Borso, et donn’ zy sa mère !

Et les pierres de siffler à nouveau, les injures de claquer.

— T’i as di fouraïna ? Lance Borso, et sa pierre louche un crâne, une jambe.

Pas de repos décidément. Sintès peut avoir soif. Il n’est pas question de ça.

— On les aura, dit Borso, tape cinq. Et du sang peut bien se mêler à notre sueur…

— Mata la Police !…

Les adversaires décampent, furtifs. Sintès est déjà loin.

— Camés, Ho Borso ! Il bondit.

La Poulice ! On se pique la fissa !

Quelle peur atroce vous prend aux jambes, vous lance à corps perdu dans les broussailles, vous livre aux pentes. La fatigue vous serre la gorge, elle vous pince les bronches… Courir, courir. La police c’est quelqu’un, la police. Et le vieux pêcheur napolitain et l’épicier maltais, et l’instituteur corse, c’est quelqu’un tous ces gens-là… Courir coudes serrés, sans souci des autres, dévaler, par le Chemin Fontaine-Bleue, la rue Collo, l’avenue Bois-la-Reine, le ‘ Chemin des Mandariniers courir jusqu’à la rue de Lyon, la rue large, encombrée, le port. Se séparer furtivement…

Chacun i’ se les met de son côté!

Courir comme si des hordes de gitans étaient sur vos talons avec leurs mains énormes, leurs yeux louches…

Ah ! Le souvenir de ces courses éperdues qui vous prend encore à la gorge comme une asphyxie…

****

Borso ? Le lendemain, il n’est pas à son banc. Et Sintès, furtif, de raconter qu’on l’a amené à son père. Qui, on ? Le garde champêtre, bien sûr.

Borso ne remettra plus les pieds à l’école.

Au môle, près du nouveau phare, douze ans après, j’ai rencontré le grand Borso. Un individu aux épaules énormes engoncées dans un tricot de marin, une casquette sur l’œil. Il se plante devant moi.

— Ça va ?

Il n’a pas changé. Cet œil têtu, triple pli au front, cette lèvre tombante. Mais ses rides se sont fait un lit plus profond dans cette peau brune. Il me tend une large main, comme celle de l’autre, du gitan.

— Ça va ?

— Ça va.

Alors ?

Et oualla…

Et puis il ne dit rien. Ses yeux se durcissent. Un souvenir douloureux doit tordre un peu plus celte lèvre tordue. Le souvenir de l’école, peut-être, et peut-être seulement celui de celte vexation que lui a imposé quand il avait douze ans, le garde-champêtre, devant les autres et devant son père, dans son maquis. Il balance ses gros poings.

La mort de ses morts, souffle-t-il, les dents serrées.

 

EDDEP.

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Juin Juillet 1962 réfugiés sur le porte-avions LAFAYETTE

Posté par lesamisdegg le 30 juin 2019

 

Nos entraînements à la mer sont terminés. Les premiers groupes de permissionnaires d’été commencent à partir.

Nous recevons l’ordre de nous préparer à effectuer d’urgence les missions de rapatriement de réfugiés d’Oranie.

Le commandant réunit ses officiers pour un briefing très complet concernant toutes les mesures à prendre pour accueillir à bord environ 2.000 réfugiés, hommes, femmes, enfants, vieillards, sur le trajet Oran-Toulon. Nous aurons jusqu’à plus de 2.500 personnes à bord. Mesures à prendre, allant de l’accueil, le contrôle, la sécurité, la restauration, la fabrication de WC (pour 2.500 personnes, ce n’est pas un détail, mais un vrai problème). S’y ajoutent l’hygiène, la surveillance en mer, le service de santé et le chargement de tonnes de bagages. Le tout dans les délais les plus courts possibles, selon le souhait du commandant, et sans doute au-delà. Nos avantages sont certains. Un PA de 15.000 t, vidé de ses appareils, dispose de beaucoup de place. Nous avons une machine de 100.000 ch sur quatre hélices, nous permettant 30 heures de route à 30 nœuds, et un rayon d’action de 9.000 milles à 15 nœuds. Le pont d’envol, nu et équipé rapidement des palettes verticales anti-vent, peut recevoir en pontée des centaines de m³ de bagages. Enfin, les « rideaux » métalliques des hangars peuvent s’ouvrir à la demande, assurant une ventilation agréable. Enfin, nous gardons l’hélicoptère Pedro en cas de besoin.

Nous effectuerons ainsi huit rotations en juin et juillet. Je parlerai ici de la première, la plus symbolique peut-être, la plus difficile aussi car nous allions vers l’inconnu et, autant tout l’équipage déborde de bonne volonté, autant nous sommes plutôt inquiets.Toutes les actions envisagées au briefing étant réalisées, espérant avoir pensé à tout, ou presque, nous appareillons de Toulon et, en virant la grande jetée, nous laissons les centaines de touristes se dorer au soleil, le long de la côte. Au cap, un temps splendide (pourvu que ça dure !), à bonne vitesse, cela ressemble à une croisière, étonnant sur un PA. Le pacha nous a dit que tout le monde qui le peut se repose, ce sera utile pour demain quand, en effet, nous apercevons les quais de Mers el-Kébir, noirs de monde, de véhicules, de tas de colis supportant des personnes qui sont là, qui attendent, certaines depuis des jours. Il fait chaud, bien sûr.

 

PA LAFAYETTE Oran MEK 1962

PA LAFAYETTE Oran MEK 1962

 

 

 

 

 

Oran MEK 1962 06 réfugiés dans le fort

Oran MEK 1962 06 réfugiés dans le fort

 

 

 

 

 

 

 

 

Coupées à terre, officiers et officiers mariniers du PEH et STA ont constitué des équipes d’accueil. En haut des coupées et sur le pont, les autres équipes répartissent personnes et bagages au mieux. Et cela commence, un flot ininterrompu, sans ruée malgré tout. Premier ennui. Le commandant en second a ordonné « aucun animal à bord, vous interdirez l’accès à quoi que ce soit ». Nous constatons très vite que cet ordre, compréhensible, est inexécutable. Comment enlever à une petite fille la cage de son oiseau, à une personne déjà en larmes, son petit chien ? Les officiers se réunissent rapidement et, tous étant d’accord, le chef PEH va rendre compte au second que nous refusons cet ordre et que nous sommes prêts à effectuer d’autres tâches, mais pas celle-là. Pas content, il l’admet néanmoins. L’embarquement reprend. Heureusement que la taille des animaux reste raisonnable.

Pendant ce temps, la grue du bord charge les voitures (50 à 60 à chaque rotation) et les montagnes de valises, couffins, sacs, plus ou moins bien fermés, plus ou moins fragiles. Des gens très âgés, dirigés vers l’infirmerie, des musulmans, des enfants, certains sans leurs parents, des bébés. La chaleur augmente, il est en gros 13 heures.

Peu à peu les hangars se remplissent. Des chemins de circulation ont été réservés par sécurité et les tracés sont à peu près respectés. Nous avons prévu, en permanence et surtout pour la nuit, une équipe de sécurité-manœuvre PEH, avec son officier, initiative qui s’est révélée heureuse, on verra plus loin.

Nous sommes à bloc de passagers. Il reste beaucoup de charges à embarquer et à répartir. Je me retrouve conducteur d’élévateur sur le pont. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, car nous sommes à effectif réduit.

Les personnes se calment dans les hangars. Nous nous préparons à appareiller. Encore un spectacle déchirant. Par les rideaux levés et la plage arrière, beaucoup se pressent pour un dernier regard vers la côte, Oran, au loin le Murdjadjo. Des gens pleurent, puis la côte disparaît.

 

Oran MEK 1962 06  PA LAFAYETTE

Oran MEK 1962 06
PA LAFAYETTE

 

Fatigués, après une courte collation, tout le monde s’assoupit plus ou moins, les hangars sont bondés. La nuit est tombée, les rideaux du hangar sont baissés, nous fonçons vers Toulon. Il fait beau, Dieu merci. Nous sommes en éclairage rouge de nuit.

Soudain, vers 1 h du matin, un problème qui montre combien l’équipe hangar était indispensable. Un turbo-alternateur décroche. Immédiatement, un diesel de secours démarre en automatique. Près de la paroi du hangar, ce démarrage est bruyant. Immédiatement, les gens se réveillent en peur, se mettent debout, quelqu’un crie « nous coulons ». L’équipe de hangar allume aussitôt l’éclairage blanc et, dans la diffusion disposée à cet effet, un haut-parleur à pleine puissance appelle au calme et rassure.

Le calme revient, ouf, nous avons eu très chaud. Le jour est levé, la matinée se déroule calmement. Toulon approche. Une jeune femme devait avoir un bébé, mais il ne naîtra pas à bord et, à quelques heures près, nous n’aurons pas de petit La Fayette.

Marine Toulon a bien prévu la logistique nécessaire. Tout le monde s’active au déchargement des bagages et voitures. Il faut que le bâtiment soit libéré très vite car il faut ravitailler très vite, en eau, mazout, vivres, etc., et nettoyer partout. Je vais faire grâce des détails, mais le seul moyen sera la mise en action des lances à incendie dans les hangars, sans parler du reste. Personne ne se plaint, bien sûr. Nous qui étions dehors à terre et sur les ponts, nous sommes marqués par ce que nous avons vu et entendu.

Sitôt le bâtiment disponible, nous rappareillons. Le commandant revient de la préfecture maritime. C’est confirmé, nous ferons huit rotations de ce genre. Certaines plus difficiles, à cause de la mer, dans ces conditions particulières. Fin juillet, nous aurons rapatrié plus de 10.000 personnes, âgées très précisément de trois jours à 99 ans, des montagnes de bagages, de très nombreux véhicules.

Nous avons essayé de faire ce travail pénible avec le plus de gentillesse et de patience possibles. Les remerciements que nous avons reçus de ces personnes, si émouvants, furent notre meilleure récompense. Ce fut une grande mission, dure pour le moral, l’équipage du La Fayette y mit beaucoup du sien. Qui s’en souvient ? Qui s’y est intéressé ? Et le temps a passé. Mais nous étions restés fidèles à la devise du général La Fayette : « Cur non » (Pourquoi pas !).

 

Pierre Mériot

 

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Agoua limone, agua limon, granizado de limon : recette

Posté par lesamisdegg le 25 juin 2019

Pour tout ceusses qui z’ont plus l’aouéla Emilia, ni la manman Agathe, en voyage au ciel,

pour tout ceusses qui sont pas sur le cote d’azur ni en Alicante,

mén’nant qui fait bien chaud « comme là-bas »

je partage ac’ vouz’ot une recette d’aoua limone, soa soa.

 

Faisez fondre 150g de suc’ en poudre dans 1 litre et quart d’eau bouillie –zavez besoin d’la recette ?-.

Râpez le zest, just’ le jone, de 3 beaux citrons, bio com’ y disent men’nant – dans 1 quart de l’eau bouillant’ pour 15 minutes d’infusion.

Pressez les 3 « limones ».

Mélangez l’eau sucrée, l’infusion ac’ les zest, le jus des citrons, bien bien, et filtrez.

Passez la citronnade 15 minutes à la « glacière » le mélange refroidi, puis 30 minutes au congélo, la glace commence à prendre.

Alors là faut vérifier la prise du « granité », bien se le remuer à la forchette, toutes les demi-heures jusqu’à la consistance d’une soupe de neige.

Et alors ? Et oilà ! Servez dedans des verres bien gelés au « frizeur », et régalez-vous doucement pour pas vous congeler la gorge jusqu’aux cacaouètes.

 

aoua limone

aoua limone

 

Pour ceusses qui zont pas la main, oilà la marque du congelé que vous achetez à la supérette du « moutchou » espagnol –ou chinois- !

 

granizado de limon  super-congelado

granizado de limon super-congelado

 

Aussinon je vous affiche le borrico de l’aoua limone pour lui acheter, quand y passe en bas. 

agua limon ALFONSI  Oran

agua limon ALFONSI Oran

 

 

Aussinon je vous donne la recette pour que vot’ bonne espagnole elle vous le fasse, bande de gandouls !

Pépico de Saintugène d’Oran

 

granizado de limón

Ingredientes para 1,5 litro de granizado :3 limones, 150 g de azúcar y 1500 ml de agua.

Elaboración del granizado de limón :Rallamos los limones, pero solo lo amarillo porque lo blando amarga. Después los exprimimos y mezclamos el zumo y la ralladura con el azúcar.

Ponemos a hervir la mezcla durante unos 7 minutos a fuego medio-fuerte hasta que se haya reducido casi a la mitad. Y la mezclamos con el agua fría en un tupper.

Ponemos en el congelador y a la hora lo sacamos y removemos bien. Volvemos a congelar y a la hora repetimos removiendo bien, de nuevo a la hora volvemos a hacer lo mismo y ya tendremos el granizado preparado.

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MANTECADO, MANTECAO, MONTECAO : Les recettes de ma Tatarabouéla et de mon Aouéla

Posté par lesamisdegg le 18 juin 2019

Un jeudi sans école au siècle dernier, avant Noel,  j’ai écouté le cours de cuisine de mon Aouéla à sa fille (ma mère).Je vous le rapporte ci-dessous.

MANTECADO – man’técado -à l’espagnole

Avant-guerre, la première ma fi, ton Aouéla, ma mère Agueda, elle faisait comme çà.

Dans une terrine elle se mélangeait un quart de kilo de bon saindoux – mantéca en espagnol – et autant de sucre en poudre. Et vinga de mélanger avec une cuillère ; elle ajoutait aussi une pincée de cannelle en poudre, 6 jaunes d’œuf, 2 cuillerées de grains de sésame torréfié et pulvérisé. Dans ce mélange elle versait petit à petit un quart de kilo de farine, pour obtenir une pâte consistante.

mantécados à cuire

mantécados à cuire

 

 

mantécados cuits

mantécados cuits

 

 

 

 

 

 

 

Avec cette pate elle tirait, en les roulant dans la paume de la main, des péloticass, de petites boules,  qu’elle alignait sur une plaque en fer. Elles cuisaient à four doux, sans prendre de couleur.

Refroidies et soigneusement rangés dans une grande boite en fer, elles étaient de sortie pour Noel. De toujours on en a partagé avec la famille, les amis, les voisins.

MANTECADO

MANTECADO

 MANTECAO - man’técao-

Typiques de la pâtisserie andalouse, ces gâteaux se mangent généralement pour les fêtes de fin d’année.

250g de sucre glace, 30cl d’huile d’olive ou d’arachide, 250g d’amandes en poudre – 250 g de farine, 1/2 sachet de levure chimique, 1 sachet de sucre vanillé, cannelle en poudre

Dans un saladier, mélanger l’huile, le sucre glace, les amandes en poudre et le sucre vanille puis ajouter la farine et la levure pour obtenir une pâte homogène, très souple. Former de petites boules à déposer sur une feuille de papier sulfurisé sur une plaque du four

Cuire 20 min  à 160°. Ils vont gonfler et se craqueler,  les mantécaos sont cuits dès qu’ils se craquellent ;  ils doivent être blancs en surface et à peine dorés en bas. . A la sortie du four, les saupoudrer de cannelle.

Ils se mangent froids et se conservent bien dans une boite en fer

mantécao

mantécao

 

pat mantecaos

 

 

 

 

 

 

 

 

Montécao d’Alger

Les boulangers espagnols Vendent de petits gâteaux dorés fort appétissants. On les appelle des «Montécaos».

Dans un saladier, mettre une demi-livre de graisse et une demi-livre de sucre en poudre; bien tourner jusqu’à ce qu’on on-tienne une- sorte de crème. Y verser ‘doucement et en tournant toujours une livre de farine. Votre pâte étant prête, en prendre gros comme une noix, en former des petits gâteaux ronds que l’on saupoudre d’un peu de cannelle pilée et que l’on dispose sur une plaque de fer. Faire cuire au four.

Annales africaines (Alger) 1919-09-20

MONTECAO Oran 1955 12

MONTECAO Oran 1955 12

 

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ALGER, rampe Valée, huit heures du matin. Louis LATAILLADE

Posté par lesamisdegg le 9 juin 2019

 

Une aube hésitante de février –1934- s’est levée sur la ville. Là-bas, au-delà de l’Amirauté, c’est un ciel allègre, un horizon marin dépouillé. Mais de lourdes nuées traînent sur la haute ville, mal contenues par le dôme de la Médersa et les bâtisses neuves dont la Casbah est bordée. On les devine gorgées d’eau comme une éponge. Leur suie contraste avec la blancheur des murailles, donnant à tout ce plâtre un éclat livide.  Et les yeux, d’instinct, laissent ce décor blafard pour chercher sur la mer des couleurs familières. C’est l’heure où le pas des ouvriers sonne plus clair sur le trottoir. Place du Lycée, les yaouleds crient l’Echo, la Dépêche et la Presse, la chéchia enfoncée jusqu’aux yeux et les pieds nus raidis de froid. Un tram grince,  et l’autobus bleu tendre s’élance vers le Frais-Vallon.

Sept heures. L’armée des balayeurs part à la conquête d’Alger. Voici les poubelles montées sur roues, chères au gouverneur Lutaud, piquées chacune d’un balai, superbe comme un étendard. Ce noir, qui pousse la sienne avec tant de dignité, on l’imagine, masque camus, torse musculeux, prosterné aux pieds d’un empereur romain ou debout dans l’arène des gladiateurs. A son bras, la plaque de cuivre du service vicinal devient un trophée.

Sept heures et demie. Mon ami Joseph boit sa première anisette.

Je prends alors la rue Sidi-Abderrahmane-el-Salhi, que plus communément on nomme escalier Marengo. A gauche, les murs du lycée; à droite, la grille du jardin. « Il est défendu, sous peine d’amende, de jouer au ballon dans cet escalier », annonce par deux fois un écriteau municipal. C’est pourquoi, sans doute, en attendant l’heure de la classe, ces gamins s’acharnent après une maigre pelote. Tout en haut des marches, un bec de gaz en forme de croix se découpe sur le ciel gris. Deux ouvriers, les mains aux poches, la casquette narquoise, grimpent à grandes enjambées. Trois filles en cheveux, qui descendent bras dessus, bras dessous, les frôlent au passage. Ils se retournent, elles rient, mais un coup de vent disperse leur rire et franchit la grille pour agiter toutes .les palmes du jardin. Les larges feuilles des bananiers ont ployé sous les averses nocturnes. Des débris de pots cassés s’enfoncent dans l’humus et, de toute cette végétation matinale, se dégage une odeur humide, une vapeur mouillée. On aurait presque le cœur serré si, là, parmi la verdure, n’éclataient point les taches dorées des oranges, des oranges rondes, menues, naïves, comme dans une miniature de Racim. Il semble qu’il suffirait de tendre la main pour les cueillir. Ne doit-il pas les regarder, comme les fruits d’un paradis si proche à la fois et si lointain, l’éternel meskine qui psalmodie sa complainte à la porte de la mosquée ? En face de lui, un taleb enturbanné, assis à la turque sur une mince natte, des lunettes d’acier sur un nez bourgeonnant, lit son Coran en dodelinant de la tête. A portée de la main, le simple attirail des écrivains publies : deux encriers, du papier et des plumes. Une lettre finie, il plonge dans sa lecture sacrée.

Rampe Valée, ce sont toujours des gosses qui trottent vers l’école, cartable sous le bras. Mais leurs cris agitent peu le carrefour, encore mal éveillé sous le ciel menaçant. Un Arabe traverse, tangue nonchalamment sur ses jambes maigres, et mord dans un large beignet, tout dégoulinant d’huile grasse et de miel. Le parfum du pissoir inondé encense les affiches du Bijou-Cinéma. Le long de la mosquée, des formes immuables, accroupies en tas, et qu’on retrouvera, des heures après, dans la même posture, au même endroit. Déjà, deux petites mendiantes haillonneuses se collent au passant, comme de mauvaises mouches, répétant avec obstination : « Don’ moi un sou… Don’ moi un sou… Don’ moi un sou !… » A la porte de la mosquée, un vieux regarde l’effigie du paquebot Madonna, qui vient de partir vers la Mecque, et reste là, figé dans son burnous et dans sa méditation. Le  dôme de la Médersa est rond comme une mamelle. Ici s’ouvrent les escaliers de la Casbah. Mais pourquoi ces marches achoppées, ravinées, visqueuses, où la pluie a creusé des trous pareils à des chancres, pourquoi les a.-t-on baptisées « Boulevard de Verdun » ? Ce n’est pas là le moindre mystère de la Casbah d’Alger. Des Sénégalais descendent prudemment, se gardant de déraper sur leurs grosses semelles douteuses. Une vieille monte, ses pieds lourds d’œdème à l’étroit dans les souliers tordus, se hisse ‘péniblement, ahane, rajuste son voile. Comme elle, je m’arrêterai à chaque plate-forme, et ce sera pour regarder Bab-el-Oued et la mer. Voici le Lycée à vol d’oiseau, avec ses terrasses pavées de rouge, l’avancée du quartier Nelson, et l’enseigne du Majestic, soleil candide hérissé de rayons, comme ceux que les enfants tracent sur leurs cahiers. Là-bas, des vagues se gonflent, courent vers les rochers de Saint-Eugène, brisent leur écume. L’horizon s’est gâté et des brumes blanchâtres gagnent Notre-Dame d’Afrique et les coteaux de la Bouzaréa.

 

ALGER 1934

ALGER 1934

 

Ici, les immeubles de la Croix-Rouge attendent l’heure des consultations habituelles. Des femmes sont là, par groupes, debout, assises sur les marchés, ou quelque pâle enfant accroché à leur dos. Quelles misères, sous ces haïks bien ajustés? Une fillette contemple ses pieds soigneusement teints de henné, mais dont le talon n’est qu’une plaie. Tout à l’heure, elle repartira, faisant claquer dans l’escalier ses socques de bois, avec un pansement bien propre. Et quelle rue, quelle tanière absorbera son doux visage un peu grave, ses cheveux bien séparés par deux raies perpendiculaires, sa petite tresse dans le dos, raide comme une momie, et son sarouel de velours rose ?

Tout là-haut, le campement des gitanes est silencieux, abandonné. On cherche la magnifique pouillerie en plein air, les jeux des gosses demi-nus, l’opulence échevelée des matrones, l’éclat des jurons espagnols. Peut-être, toute la tribu s’est-elle serrée frileusement sous cette tente, dont une étrange auto, jaune et noire, défend l’entrée. Mais devant l’école franco-arabe, c’est une bousculade de chéchias criardes autour de la plaque, de zinc du marchand de calentita.

Je laisserai la triste Prison Civile pour emprunter le chemin d’El-Kettar. Face aux terrains militaires, des badauds se sont attroupés, et je m’approche. C’est un manège en plein vent, une simple piste, où un sous-officier fait tourner un cheval au dressage. Chômeurs invétérés, vagabonds sans pain et sans gîte, que le refuge voisin a sans doute abrités cette nuit, ils sont tous là, mangeant des yeux, sans dire un mot, la belle bête, crinière volante, qui trotte, s’arrête, repart, soumise à la voix et au fouet. Je songe à l’instinct qui a immobilisé tous ces miséreux en extase devant ce cheval, devant le cheval, antique orgueil de leur race. Et soudain, une fanfare éclate; dissimulé derrière les eucalyptus, un orchestre militaire répète, arrachant à tous ses cuivres un air désolant de musique foraine, qui s’étire sous le ciel bas et m’emplit le cœur d’un sourd désespoir. Je chasse avec peine l’image d’une fête de village, en France, dans la boue. Mais des pigeons tournent dans le ciel, et le marteau du ciseleur arabe, devant le cimetière, frappe les stèles de marbre, blanc. Une passerelle franchit la brèche des fortifications, si légère qu’on l’imagine s’effondrant. Un homme passe, tenant deux chiens en laisse. Et comme j’ai suivi le mur du cimetière, Bab-el-Oued, tout d’un coup, a surgi sous mes yeux. Un fragile arc-en-ciel, né là-haut des casernes, de l’acropole du dey Hussein, perd vers la Cantera une arche impalpable. Comme je cherche à la saisir, parmi la masse des maisons, une pluie fine et froide se met à tomber, qui m’oblige à fuir. Mais je me retourne encore, et le faubourg, une dernière fois, me tend son visage, tout mêlé de larmes et de soleil.

Louis LATAILLADE.

 

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