26 mars 1962 Alger : témoignages

Posté par mdame le 11 juillet 2009

Ce 26 mars 1962 , vers 10 heures , dans toute la ville circule rapidement un mot d’ordre de grève générale à partir de 14 heures et de manifestation à partir de 15 heures. Des tracts sont bientôt répandus invitant la population à se rassembler à 15 heures au Plateau des Glières (Place de la Grande Poste) pour défiler vers Bab-El-Oued , sans aucune arme et en silence. Le but est de montrer que toute la ville est solidaire de Bab-el-Oued. 

A ce moment, ce quartier est isolé depuis 3 jours, ravitaillement en pain assuré par l’Armée de 6 heures à 8 heures le matin, aux femmes seulement – Les vivres collectés en ville Samedi et Dimanche ont été pris par les Forces de l’Ordre  » et ne sont pas parvenus à la population – Aucun enlèvement des morts ni des blessés – L’évacuation des enfants de moins de 10 ans est interdite, car des familles d’autres quartiers avaient demandé à en héberger – Les hommes de 14 à 70 ans emmenés de chez eux sans aucun bagage pour être triés au Camp du Lido et au stade de Saint-Eugène : 3 000 sont alors en cours de tri, parqués sans nourriture ni abri, battus . Après vérification de leur identité, ils sont relâchés, mais en ville et ne peuvent regagner Bab-el-Oued qui est bouclé . Sous prétexte de fouille, les gendarmes cassent, pillent appartements et magasins. Ils tirent au canon de 37 et à la mitrailleuse de 12,7 sur tout ce qui bouge ou fait du bruit .  Les volets sont clos en permanence.

A partir de 14 heures, la foule afflue vers la Place de la Poste, un piétinement régulier, sans précipitation, sans un cri . La place est encerclée par l’Armée, des barrages coupent les rues, constitués pour la plupart de camions joints – Les Facultés sont occupées militairement. Les groupes parviennent à la Poste malgré les barrages, en contournant les infranchissables . Rue Michelet un cordon de soldats laisse passer un filet, mais Boulevard Baudin, les CRS ne se laissent pas franchir et les gens des quartiers Est (Belcourt) sont obligés de faire le tour par le haut de la ville ou les quais. Les voies sont toutes barrées, mais la dernière moins fortement, c’est elle qu’empruntera le cortège.

Partout les soldats sont en tenue de combat, casque lourd, mitraillette et FM avec chargeur engagé, le visage dur.

« Depuis le matin, les terrasses des immeubles bordant la Place de la Poste sont occupées par l’Armée ; sur certaines des mitrailleuses de 12,7 sont en position – A partir de 14 h 30, les soldats envahissent les appartements de ces immeubles et se postent aux balcons »-Journalistes Suisse et Américain-

 

 

Vers 14 h,30, la foule (10 – 15.000 personnes) se met en marche vers Bab-el-Oued par la rue d’Isly, derrière un drapeau français tenu par un ancien combattant arabe, entouré de jeunes arabes – La foule est serrée, silencieuse, marchant lentement . Des jeunes commencent à scander des slogans, mais leurs voisins les font taire : il faut une manifestation de masse, digne, calme, résolue . Des femmes, nombreuses, des enfants, des vieillards , mains vides, de vieilles personnes s’appuient sur des cannes.

 

 

« Le cordon de soldats placé à l’entrée de la rue d’Isly laisse passer le cortège et se place le long des Magasins au début de la rue, entre Cook et Havas : une dizaine d’homme dont 2/3 musulmans » (voisin de lit à l’hôpital).
Le cortège progresse rue d’Isly et passe un 2ème cordon de soldats, placé à environ 50 mètres du 1er. Mais là « un Lieutenant nous adjure de rentrer chez nous, les larmes aux yeux – lorsque nous lui disons que nous sommes Français, n’avons pas d’armes et manifestons calmement notre solidarité pour Bab-il-oued, il répond que ses hommes ont reçu l’ordre de tirer » – (une cousine – 50 ans).

« Le cortège passe pendant 10 – 15 minutes, mais tout à coup les soldats reforment le barrage, en tronçonnant le défilé ; pointant leur mitraillette sur le ventre des manifestants, ils les empêchent d’avancer – il est 14 h30″ (voisin de lit).

14 h.50 : c’est l’ouverture du feu, par des rafales de mitraillette, sans qu’il y ait eu, au préalable, un cri, un coup de feu, une sommation , tir à bout portant.
« Les première rafales sont tirées du carrefour Bd Pasteur – rue d’Isly par des soldats postés devant Havas (appartenant au 1er cordon) et en face (appartenant au 2ème cordon) Le tir arrose la foule rue d’Isly et vers la Grande Poste ». (Journaliste américain).

 

 

Les manifestants tombent, se couchent ou courent pour se protéger. « Ceux qui refluent rue Chanzy sont pris sous le feu de soldats placés Bd Bugeaud et tirant vers la rue d’Isly » (journaliste Américain).

Beaucoup se plaquent sur le trottoir de la rue d’Isly opposé au Bd Pasteur, les plus heureux plongeant dans les couloirs d’immeubles – La rue d’Isly étant bordée de magasins, les vitrines sont cassées et on verra à l’hôpital « de nombreux blessés par verre, tendons sectionnés » (Infirmière du Sce de l’Hôpital).
D’autres (comme moi), refluent vers la Grande Poste en courant : ils sont fauchés par le feu ouvert par le barrage placé Bd Bugeaud (PM et surtout FM) . (Je suis touché à la base de l’épaule gauche par une balle entrée de 3/4 arrière et ressortie devant sous salière gauche)
Du coup, plus personne ne court, tout le monde est à terre – Le tir est général, au PM , au FM , provenant des soldats placés rue d’Isly et Bd Bugeaud. « A cette heure, le service d’ordre tire aussi du Bd Bugeaud vers la rue Alfred Lelluch (parallèle en contrebas), Place de l’Opéra (Ouest de la Poste 800 mètres à vol d’oiseau), aux Facultés vers la rue Michelet (Est 400 mètres), au Carrefour de l’Agha, (Est 500 mètres), au Champ de Manoeuvres .(Est 3 kms), sans tuer trop de monde car il n’y avait pas de manifestants à ces endroits … » (des riverains, venus rendre visite aux 3 blessés que nous étions dans la chambre d’Hôpital).
Sur la « placette de l’horloge », chaque vivant se fait le plus petit possible, car les tirs continuent sur les gens couchés. A ma place, couché sur le trottoir de la Grande Poste, les pieds tournés vers le Bd Bugeaud, je suis un peu surélevé, rien ne me protège, mais je puis observer toute la placette, de Cook au Carrefour Pasteur -Isly. J’entends dans mon dos les départs de PM, du barrage Bugeaud, qui tire sans arrêt – La placette est jonchée de corps, certains entassés dans les caniveaux – A ma gauche, assis dans l’encoignure de la porte de l’ancien local des Chèques Postaux, un vieux monsieur blessé légèrement se blottit et attend – à gauche devant, git un homme, baignant dans une mare de sang, la mâchoire inférieure arrachée, mort – A droite, dans le caniveau, un homme de 50 ans est couché, le visage tourné vers moi, les yeux fermés, paisible : il a la tempe gauche traversée, sa femme crie « mon mari est mort, mon mari est mort ! « elle est couchée à côté de lui et l’entoure de son bras, elle veut se lever pour chercher du secours, mais je l’exhorte à ne pas bouger – En effet, des bras ensanglantés se lèvent, des gens hurlent de cesser le feu « nous sommes Français comme vous, arrêtez ! », des blessés tentent de se soulever : tout début de mouvement déclenche immédiatement des rafales – A l m.50 de moi, sur ma gauche, le mur de la Grande Poste est criblé de balles à moins de 40 cms du sol. Je suis dans une position parallèle à ce mur, les balles me frôlent, souvent après avoir ricoché sur le trottoir, qui est tout écaillé (l’une m’atteint au sommet du crâne et m’entaille le cuir chevelu jusqu’à l’os).
Mon voisin de lit, qui se trouvait alors couché 7 , 8 m. devant moi (dans le même sens que moi), est atteint au pied par une balle de FM , qui après avoir ricoché, pénètre entre 2 orteils et va se loger près de la cheville – Ses voisins droite et gauche avec qui il s’entretenait, sont tués presqu’en meme temps, l’un d’une balle dans l’arrière de la tête, l’autre d’une balle dans le dos.
De ma place, je vois les militaires postés entre Cook et Havas arroser les gisants au PM et au FM : ils vident chargeur sur chargeur, ce sont des musulmans. L’un nous fait signe de nous lever, en nous gueulant des injures et en faisant des gestes obscènes – Au carrefour Pasteur-Isly, un gradé (quelque chose brille sur ses épaulettes), se dandine d’un trottoir à l’autre du Bd. Pasteur, la mitraillette en sautoir, les mains dans les poches.
Le rafales continuent de partout : il y a au moins 10 minutes que le feu a été ouvert. Dans le lointain j’entends une corne de pompiers, c’est une camionnette qui s’arrête 10 m devant moi : je fonce.

Divers témoignages .

- d’un lieutenant de tirailleurs à un collègue : vers 14 h-30 sont arrivés en camion des musulmans nouvellement incorporés qui obéissaient manifestement à des consignes préalables que nous ignorions : ils constituaient les cordons 1 et 2, rue d’ Isly (Ce sont eux qui ont ouvert le feu).
- d’un Journaliste américain : Les cordons 1 et 2 étaient formés de soldats FLN de la Willaya 3 incorporés depuis quelques heures (Dans le cadre de la force locale).
- d’un Visiteur : le feu a cessé lorsque le Lieutenant commandant le détachement qui l’ordonnait depuis 10 minutes en vain, a abattu un des tireurs musulmans, Il a été tué lui-même par un voisin du premier.
- d’un Journaliste suisse : des femmes et des enfants ont été achevés dans les couloirs.
- d’un témoin logeant dans un immeuble surplombant : un officier passait parmi les corps et achevait les blessés au pistolet.
- d’un Journaliste Américain : sur les terrasses occupées militairement, on a retrouvé des étais de balles, d’armes individuelles et collectives – d’autre part, les carreaux des terrasses ont éclaté par des balles tirées des hélicoptères.
- d’un Chirurgien de l’hôpital « ont été tués en portant secours à des blessés : le Docteur Massonat , 2 pompiers . Une ambulance de l’hôpital a été criblée de balles, son chauffeur est arrivé tout ensanglanté… pour être hospitalisé d’urgence.
- d’un Docteur : aucune arme n’a été trouvée sur les gens ramassés, morts ou blessés.

Le quartier n’a pas été fouillé, comme il n’eut pas manqué de l’être si le feu avait été ouvert par des tireurs de l’OAS. D’ailleurs les tireurs (que je voyais bien, ne se protégeaient pas du tout d’en haut. J’ai vu l’un d’eux diriger, à un moment, son arme vers le haut, regarder quelques secondes, puis arroser à nouveau les couchés, sans doute après avoir reconnu des copains sur les balcons …

Bab-el-oued a été débloqué le 29 à 5 heures, soit après 7 jours d’isolement, Le beau-père d’un voisin de lit s’y est rendu rapidement, à son magasin, et il a recueilli quelques témoignages. -D’abord son magasin est cassé et pillé)-Armée et CRS ont essayé de se tenir hors du coup, même le contingent, qui fraternisait avec la population. Devant ce relâchement, les autorités ont envoyé les Gendarmes mobiles avec des blindés – Ceux-ci ont cassé et pillé les magasins, emportant les marchandises par sacs et valises (en particulier le Monoprix). Dans les appartements, ils ont cassé les meubles, volé tout ce qu’ils pouvaient emporter, argent, bijoux : aux propriétaires qui leur demandaient un récépissé, ils répondaient de le faire faire par les Chefs…. mais personne ne pouvait sortir. -Les Doyens des Facs Médecine-Sciences-Lettres ont été destitués pour avoir protesté contre ces procédés (mercredi 28/3).

Le résultat de la fusillade serait de environ 50 morts et 200 blessés. Ce chiffre peut paraître en discordance avec celui de 10 -15.000 que j’ai donné pour les manifestants, mais les rafales n’ont couché que la queue du cortège, les retardataires qui, comme moi, avaient retenu 15 heures pour heure du rassemblement – Heureusement la grosse masse des manifestants avait déjà passé le cordon n°2 depuis quelques minutes.

 

témoignage de J.L.SIBEN   

26 mars de "Jf Galea"

26 mars de « Jf Galea »fa

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Jean BASTIEN-THIRY , son exécution le 11 03 1963 -in memoriam-

Posté par lesamisdegg le 9 mars 2019

TEMOIGNAGE  DU  DOCTEUR  PETIT  SUR  LA  MORT  DE  JEAN  BASTIEN-THIRY

J’ai été prévenu en fin d’après-midi, le 10 mars, par le directeur des Prisons de Fresnes, M Marty… Cette nuit-là, nous avons parlé beaucoup, le Père Vernet et moi. Puis est arrivée l’heure officielle du réveil du condamné à mort. Je le vois, à ce réveil : le Père Vernet s’est penché sur lui : il dormait… Il se redressa, tout de suite présent, ne flottant absolument pas. Sa première réaction fut de demander quel était le sort de ses camarades.

La messe a été aussitôt dite dans la cellule voisine : une table, quelques chaises, en faisaient une chapelle. Ce fut le moment le plus émouvant. J’ai vu beaucoup de choses, mais je n’oublierai jamais le Colonel servant sa dernière messe avec calme et simplicité – et ce qui m’a le plus stupéfié, c’est que cette messe était chantée : non seulement par le célébrant, mais par le servant…C’était d’une très, très grande beauté – et en même temps d’une extrême discrétion : nul accent dramatique. Je ne su même pas que l’hostie du Colonel fut partagée pour être donnée aussi à sa femme, quelques heures plus tard…

La messe a dû durer une vingtaine de minutes…Nous sommes sortis avec le Colonel…Comme il ne me connaissait pas, je me suis présenté…La conversation était très calme. Il dédaignait tout à fait ce qui était en train de se débattre, l’ultime chance de le sauver…il était déjà au-delà. Je le regardai : il rayonnait. Il rayonnait vraiment de bonheur. C’est peut-être fou de dire cela, mais c’est tout à fait l’impression que j’ai eue : il était déjà dans l’Au-delà…alors que nous étions de pauvres garçons déchirés de le voir mourir…

Puis cela a été le départ…Au Fort d’Ivry, cela a été extrêmement rapide…

Nous l’avons embrassé, il est allé lui-même au poteau, très digne et toujours très calme, le chapelet dans les mains. Il n’a fait aucune déclaration, je l’affirme…Il était debout, les mains derrière le dos ; sans bandeau sur les yeux. Il est tombé à la première salve, indiscutablement… Il y a eu le coup de grâce…

Ce qui m’a le plus frappé, c’est le sang-froid indiscutable du colonel Bastien-Thiry…Mais, ce qui m’a le plus impressionné – et je pense que d’autres s’en sont aperçus ce matin-là- c’est le lien entre la messe qui a été sa dernière messe, et son comportement à la sortie de la chapelle : cette joie dans son regard.     Cette Joie…

Extrait du livre « Jean Bastien-Thiry, vie, écrits, témoignages », P.249-251

11 03 1963 carré des suppliciès

Ivry 11 03 1963

Ivry 11 03 1963

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OREILLETTES

Posté par lesamisdegg le 4 mars 2019

Les OREILLETTES de l’aouéla pour carnaval

Pour le « mardi gras », avant le « mercredi des cendres », avant la période du carême, l’aouéla Emilia cuisinait des OREILLETTES –orejas de carnaval- à déguster en famille, à partager avec le voisinage et les connaissances.

-800 gr de farine – 2 œufs -1 petit verre d’anisette – 100 gr de beurre – 1 verre de lait

- sel et sucre en poudre

L’aouéla se mélangeait, bien bien, le beurre et le lait avant d’ajouter les œufs, le sel et l’anisette.

Poc à petit elle introduisait la farine pour en faire une masse qu’elle travaillait  longtemps.

Cette pate bien étalée était livrée à nos mains enfantines qui avaient le privilège de la découper en losanges.

Ces derniers étaient frits dans une huile bien chaude avant d’être égouttés puis saupoudrés d’une abondante pluie de sucre en poudre.

Pépico de Saintugène

OREILLETTES -orejas de carnaval-

OREILLETTES -orejas de carnaval-

 

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arabo-Islamisme durant « la bataille d’Algérie française » par J.P.LLEDO

Posté par lesamisdegg le 12 février 2019

Du panislamisme phagocyteur du panarabisme

El Halia, 20 Août 1955. La guerre est déclenchée par le FLN,  le 1er Novembre 1954 : ce jour-là, fête de tous les Saints à l’origine, le peuple catholique rend hommage à ses morts. Le choix de la date préfigure l’alternative nationaliste inventé dès 1945, ‘’la valise ou le cercueil’’. Mais la première opération militaire d’envergure de l’ALN, Armée de Libération nationale, a lieu le 20 Août 1955 à midi. C’est un vaste pogrom qui vise au faciès tous les civils non-musulmans de Philippeville et de sa région, et auquel participent des milliers de paysans et de citadins. Ordre leur est donné par les commandos qui les encadrent de prendre n’importe quelle arme et de faire le maximum de victimes en un minimum de temps. 130 non-musulmans périssent. Le triple de blessés. Dans la séquence que vous verrez, le personnage principal, un ingénieur agronome, interroge un membre d’un des trois commandos qui agirent à El Halia, un village minier d’environ 120 personnes d’origine italienne, où furent tués et mutilés une quarantaine de femmes, vieillards, enfants et mineurs.

5 Juillet 1962 à Oran. Deux jours plus tôt, l’Algérie est devenue indépendante par voie de référendum. Le 5 Juillet est aussitôt désigné comme le jour de sa commémoration annuelle. Ce jour-là, et les suivants, se déroule dans la 2eme plus grande ville d’Algérie, un pogrom qui vise au faciès tous les civils non musulmans. L’historien Jean-Jacques Jordi, sur la base d’archives françaises, en a dénombré plus de 700 – ‘’Un silence d’Etat’’, Jean-Jacques Jordi, Ed SOTECA, Paris, 2011 – . C’est la journée la plus meurtrière de toute la guerre d’Algérie. Et elle a été minutieusement organisée (rafles dans la rue, transport vers des lieux de détention, notamment les Abattoirs, interrogatoires musclés, avant les égorgements massifs au dit ‘’Petit Lac’’, sans parler de la foule encouragée à assouvir ses instincts sanguinaires.

Enseignements Le fait que la guerre de ‘’libération’’ ait commencé et fini par un massacre de non-musulmans est loin d’être un hasard. Le message en est limpide : faire comprendre aux non-musulmans qu’ils n’auront plus de place dans une Algérie indépendante. Dans le 1er extrait, le tueur dit : ‘’Chez les Français, ce sont les femmes qui commandent, et quand elles verront ce qui s’est passé ici, elles diront à leurs maris : allez partons !’’. Or au moment de l’indépendance, il y a encore trop de non-musulmans, environ 200 000 personnes, et parmi les 800 000 qui sont déjà partis, beaucoup pensent revenir ‘’si les choses se calment’’…

Avant, pendant, et après 1954, le « nationalisme » algérien n’a qu’un seul   …

horizon : l’arabo-islamisme. Pour adhérer au principal parti de Messali Hadj, on doit jurer sur le Coran. En 1949, certains de ses dirigeants, kabyles donc ne se reconnaissant pas dans l’arabité, demandent à ce que la future république algérienne  ne se définisse plus par l’arabo-islamisme. Ils sont exclus.  Cette idéologie ethnico-religieuse irrigue autant la Déclaration du 1er Novembre 1954 dont le but est un Etat souverain ‘’dans le cadre des principes islamiques’’, que la 1ère Constitution algérienne qui institue ‘’l’islam, religion d’Etat’’, et en vertu de laquelle le Code de la Nationalité énonce que seuls les musulmans pourront être  automatiquement algériens.  En 1955, deux dirigeants, qui dans les années 70 seront des ministres de Boumediene, disent dans des assemblées d’étudiants algériens à Paris : « Avec un million d’Européens, l’Algérie serait ingouvernable ! (Bélaïd Abdeslem) et  « L’Algérie, n’est pas un manteau d’Arlequin » (Reda Malek). – Témoignage d’André Beckouche. Thèse d’histoire sur le rôle des Juifs algériens dans la lutte anticoloniale, publiée en 2013 par Pierre-Jean Le Foll-Luciani.- Des décennies après, d’autres dirigeants eux-mêmes l’avoueront aussi. Ben Khedda, le président du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), écrit dans ses Mémoires : « En refusant notamment la nationalité algérienne automatique pour un million d’Européens, nous avions prévenu le danger d’une Algérie bicéphale. ». –  « La fin de la guerre d’Algérie », Benyoucef  Ben Khedda, Casbah Ed. 1998, Alger. « Accords d’Evian » – Réda Malek Le Seuil, 1990, Paris  -  Et toujours le même Réda Malek explique que les négociations  France – GPRA qui durèrent 3 années, s’achevèrent lorsque qu’assuré de pouvoir exploiter le pétrole saharien durant encore 10 ans, De Gaulle entérina le refus des Algériens d’accorder la nationalité algérienne aux non-musulmans. Et Malek de s’exclamer : « Heureusement, le caractère sacré arabo-musulman de la nation algérienne était sauvegardé.

Le double langage Certains objectent que le FLN fit des déclarations laissant entendre que les citoyens non-musulmans pourraient avoir une place dans l’Algérie indépendante. Mais ils taisent le fait qu’elles ne furent pas très nombreuses

 

et surtout qu’elles n’étaient que des annonces de propagande pour l’international, la gauche européenne et le monde communiste. Mais au même moment, comme le révèle l’historien contestataire Mohamed Harbi, nous apprenons par une archive du FLN, qu’en 1961, Lakhdar Ben Tobbal, un grand dirigeant se trouvant au Maroc, rassure  ainsi des militants FLN inquiets par les différents Appels du GPRA et du FLN aux Juifs et aux Européens d’Algérie en 1960 et 1961 : « Ces textes sont purement tactiques. Il n’est pas question qu’après l’indépendance, des Juifs ou des Européens soient membres d’un gouvernement algérien. ». –  Les Archives de la révolution algérienne, Mohammed Harbi, 1981, Ed Jeune Afrique -A l’origine de ce double langage, il y a tout simplement le langage nationaliste algérien qui s’enracina toujours dans le vocabulaire religieux, lequel devint tout à fait visible et audible lors des périodes soit l’insurrection de Mai 1945, soit dès novembre 54. Toutes deux sont un djihad. On les mène au même cri d’Allah ou akbar (Allah est le plus grand), car elles se font pour la Cause de dieu, ‘’ fi sabil illah !’’. L’ennemi est kofar (mécréant), le combattant un ‘’moudjahid’’.  Et l’on appelle à tuer les chrétiens et juifs - Nqatlou nsara ou Yahoud-  Dans chaque zone contrôlée par l’ALN, la justice s’applique en vertu de la charia : la mort pour les homosexuels, le nez coupé pour la désobéissance.

Histoires à ne pas dire -J.P. LLEDO

 

Le terrorisme contre les civils non-musulmans devient l’arme privilégiée. Bombes dans les cafés, les autobus, ou dans les stades, se conjuguent aux attentats individuels ciblés auxquels sont élus en particulier les Juifs, aux abords de synagogues, le samedi de préférence. Et il y eut plus de 80 instituteurs européens enseignant dans le bled quasiment uniquement à des enfants musulmans, qui ainsi périrent. « Bons ou mauvais, je ne faisais pas de différence » avouera Lakhdar Ben Tobbal dans ses mémoires. Car si le but final est de dissuader les non-musulmans d’envisager un avenir dans ce qui est pour eux aussi leur pays,

dans l’immédiat, ce qui est visé est de créer ‘’un fossé’’ entre les communautés. Et pour cela, rien de mieux que de faire couler du sang des deux côtés : car l’on sait que les représailles y contribueront autant que l’action elle-même. Le terroriste n’est-il pas appelé fidaï, celui qui se sacrifie pour la cause de dieu ?

Tout ce qui précède est tout à fait constitutif d’un imaginaire dominant, celui de l’islam. Ce qui pourrait sembler n’être que pure barbarie, n’est en fait que l’application de normes islamiques, et ce quels que soient les pays. Par exemple manger le foie de l’ennemi tué. Tout musulman sait en effet que pareille mésaventure arriva à l’oncle du Prophète Mohamed, Hamza b. Abdalmouttalib, et que depuis cette époque, dans des périodes de djihad, de pieux combattants, sans doute par vengeance, font subir le même sort à leurs victimes. L’acte chirurgical doublé de cannibalisme, filmé en direct, il y a quelques années en Syrie, émut le monde entier, mais a été pratiqué sous toutes les latitudes par toutes sortes de djihadistes. En Algérie, il y a quelques années, par les djihadistes du GIA, autant que par ceux de la  »guerre de libération ».  Et cet imaginaire formaté par l’islam, est dès l’origine marqué au fer rouge de la judéophobie. Car si le christianisme s’est fondé sur la mort de Yeshoua, l’islam lui a pour crime fondateur celui du massacre des 900 Juifs de la tribu des Banu Qurayza (‘’en âge de se raser’’, précise la biographie du prophète, la Sîra d’Ibn Ishaq), de par la main armée d’un poignard du prophète lui-même. L’épisode du hammam de Constantine (les Arabes n’y vont aux mêmes heures que les Juifs, à cause de… ‘’leur odeur’’) montre combien profondément la judéophobie structure l’inconscient collectif musulman.

Faux nationalisme. Tout ce qui vient d’être noté – Dans ‘’La dimension religieuse de la guerre d’Algérie’’ (Editions Atlantis, 2018, Allemagne), l’historien de la guerre d’Algérie, Roger Vétillard, en donnent ‘’45 preuves’’ –  dit assez qu’en Algérie, comme dans le reste du monde musulman, la surenchère du religieux vise à pallier l’insuffisance voire l’inexistence d’une conscience nationale. Un chef militaire fell , Si Abdallah, témoigne : « Nous n’arrivions pas dans une mechta en soldats révolutionnaires mais en combattants de la foi et il est certain que

l’islam a été le ciment qui nous permit de  sceller notre union… Les nationalismes du monde musulman ont toujours été des nationalismes contre, contre la puissance non-musulmane (l’impérialisme ottoman, n’est jamais perçu comme un colonialisme, parce que musulman). Ils n’ont jamais été des nationalismes pour, pour l’édification de sa propre nation, comme l’ont été les nationalismes européens du 19eme siècle.

Aussi pour justifier l’option militaire, les dirigeants fells diront-ils qu’ils n’avaient plus d’autres moyens d’exprimer leurs revendications. Ce qui est totalement faux, puisqu’à partir des années 20, le mouvement politique et social est en croissance continue (nombre de partis, de syndicats, d’associations, journaux, revues, meetings, manifestations politiques et artistiques, etc…), ce qui laisse entrevoir une voie pacifique vers l’indépendance avec l’ensemble de ses populations…

 

 

JP LLEDO 23-01-2019

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LOUBIA d’hiver

Posté par lesamisdegg le 4 février 2019

LOUBIA –alubia, al lubia-loubia alubias

Pour 4 personnes : 400gr de haricots blancs (alubia blanca riñón, venant de Bañeza-León) ; 1 gros oignon ; 2 gousses d’ail ; une poignée de persil ; sel ; une pointe de pimentón dulce de la vera ; un morceau de chorizo ; un filet d’huile d’olive vierge ;

Au préalable : Faire tremper les haricots dans l’eau un jour à l’avance.

Préparation : Egouttez les haricots et les mettre dans une casserole ou une cocotte. Versez de l’eau dans la casserole jusqu’à recouvrir les haricots.  Rajoutez le reste des ingrédients (oignons et ail épluchés, entiers ou coupés en gros morceaux) et arrosez du filet d’huile.

Laissez mijoter à feux doux environ 1h30-2h. Le temps de cuisson dépendra du temps de trempage des haricots et de sa variété. Regardez de temps en temps l’évolution de la cuisson et n’hésitez pas à rajouter de l’eau si elle s’évapore trop vite.

La recette est prête quand les haricots sont tendres et fondants en bouche.

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Macaronade bonoise

Posté par lesamisdegg le 31 janvier 2019

Même ma Manman oranaise la faisait !

Ingrédients (6 personnes)

1kg de bœuf (basse cote), 1 gros oignon ,3 gousses d’ail.1 tète d’ail entière en chemise, 2 boites de 150gr de pulpe de tomate, 1 verre de vin rouge ,1 bouquet garni, poivre et sel

2 c à soupe d’huile, 1 kg de pates.

Préparation

faire revenir la viande dans une cocotte avec l’huile ,la dorer , réserver et faire revenir l’oignon coupe en morceaux assez fin puis les gousses d’ail en éclat  remettre la viande puis la tomate .laisser mijoter et ajouter le vin rouge , laisser mijoter encore quelques minutes puis ajouter le bouquet garnis sel et poivre.

recouvrir d’eau de façon que la viande soit juste recouverte puis la tête d’ail en chemise .couvrir et laisser cuire à petit feu pendant au moins 2 heures jusqu’ a ce que la viande soit bien cuite et la sauce très épaisse .Rajouter des carottes en rondelles et des cèpes éminces .

Cuire les pates spaghettis ou pennes ou autres grosses pates al dente dans l’eau salée. les égoutter et les mettre dans un saladier .les arroser de 2 à 3 cuillères d’huile d’olive  ,verser la sauce sur les pâtes , bien mélanger et servir chaud .

Chacun rajoutera à son gout du gruyère râpé ou parmesan et et quelques feuilles de basilic crusmacaronade bonoise _r2_c2

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Noël à Ghardaïa

Posté par lesamisdegg le 25 décembre 2018

Après le terrible été de 1931, tous ses moutons morts les uns après les autres, l’unique puits de son jardin tari, ses palmiers comme pétrifiés par l’haleine embrasée des vents du sud, Bagdadi décida d’abandonner pour toujours son village natal, ce Metlili des Chaambas perdu dans un coin du Sahara comme une rose des sables que le temps ronge lentement. Il irait vers la grande ville, la capitale du M’Zab, Ghardaïa, la populeuse, la commerçante, la joyeuse qui dresse vers le ciel au-dessus de l’immense ruche des maisons de granit son minaret quadrangulaire, Ici un phare au milieu des étendues mûries du Désert.

Il travaillerait, il se louerait comme jardinier aux riches marchands gras et vêtus de laine pure qui dans la pierre et la cendre ont su, à force de patience et de labeur faire pousser les jardins fabuleux aux cent mille palmiers. Ou encore, il apprendrait un métier. Et puis, il ferait du commerce. Qui sait, peut-être un jour pourrait-il acquérir un magasin où il vendrait des épices, des étoffes, des lapis. Il fallait fuir, abandonner son jardin, sa maison qui s’émiettait au vent comme un gâteau trop sec. Et un matin, un malin froid d’hiver avant même que le soleil n’ait colorié de rose et de lilas les immensités mornes,… ils partirent.

et ils partirent

et ils partirent

 

Sa jeune femme Meriem, à califourchon sur le maigre âne gris rayé de noir, ouvrait la marche. Le chameau pelé portant les bardes et deux sacs de dattes, toute la récolte de l’année, suivait talonné de près par Bagdadi, pieds nus sur les gros cailloux de la piste. Les trente-sept kilomètres qui séparent Metlili de Ghardaïa furent un calvaire abominable pour la pauvre Meriem qui ne cessait de gémir et de pleurer. Quelle folie que ce dur voyage. Jamais elle n’arriverait au bout. Mais Bagdadi n’avait pas voulu renoncer à son projet, ni même le remettre. Aussi, quand au milieu de l’après-midi la caravane arriva devant la ville qu’on nomme Beni-Isguen, lu sainte, la blanche, la pure, Bagdadi, à la prière de Meriem, livide sous ses voiles et en proie à d’atroces douleurs, décida de s’y arrêter. Et ils entrèrent par la porte de la ville. Les rues étaient propres et silencieuses.

Des mozabites à longue barbe frisée passaient longeant les murs, comme des fantômes, d’une main retenant les lourdes draperies dont ils étaient velus et de l’autre au bout d’une lanière de cuir noir, la longue clef en fer de leur maison. Tous jetaient sur l’étrange cortège des regards courroucés. Bagdadi comptait vendre tout de suite ses dattes el même… qui sait… son chameau. Mais sur la petite place triangulaire le marché finissait. Des nomades rechargeaient sur leurs bêtes les marchandises qu’ils n’avaient pas vendues, un étameur juif aussi noir que ses chaudrons se hâtait de partir. Seuls les mozabites, aux gestes mesurés, se levaient lentement des bancs de pierre et continuaient à deviser avant de regagner leurs logis. Bagdadi à la stupeur des passants, avait poussé sa caravane jusqu’auprès du puits autour duquel s’assemblent les marchands et les notables. Mais le cavalier du caïd l’interpella bruyamment : « Que viens-tu faire ici, à celle heure, chien ? Ne sais-lu pas que tous les étrangers doivent repasser la porte de la ville avant la fin du jour. Allons, demi-tour… N’as-tu pas honte de venir ici, au milieu de nous, accompagné d’une femme ? »

Baissant le Iront sous l’outrage ils sortirent du marché. Passée lu porte de la ville, gardée à celle heure par des vieillards vigilants qui n’attendaient que la fin du jour pour la barricader, Bagdadi, Meriem, sur son une, et le chameau se retrouvèrent sous les murs de Beni-isguen où des nomades s’installaient pour y passer la nuit. Mais gêné par les regards inquisiteurs des arabes, Bagdadi décida de poursuivre sa route vers Ghardaïa. A droite de la route, perchée sur la colline, la petite ville de Mélika rougeoyait aux derniers rayons du soleil. Buis après avoir laissé derrière elle la poste, bloc blanc sans grâce et l’hôtel du Sud aux murs ocrés, la caravane arriva enfin au terme du voyage.

Hélas tous les fondouks étaient pleins. C’était veille de marché et l’étroite rue principale qui conduit à la grande place était envahie par la populace. Des mozabites se bissant sur leurs ânes, des chameliers poussant leurs bêtes affolées, des juifs en calotte rouge, des mendiants aveugles, encombraient le chemin. Bagdadi eut bien de la peine à faire déboucher la caravane sur la place entourée de maisons à arcades et que domine la ville et son minaret rouge à cette heure comme un tison dans le ciel décoloré du soir. Si les fondouks étaient pleins, il n’était pas plus facile de s’installer au milieu de la place. Bagdadi avançait péniblement au milieu de celle foule, quand tout à coup deux personnages de blanc vêtus, immaculés au milieu de celle pouillerie, l’arrêtèrent avec de grands gestes. L’un d’eux, le visage pale encadré d’une barbe noire et tenant dans ses mains une canne d’ébène à manche d’argent levait les bras au ciel cl se mit à invectiver Bagdadi : » Comment, o toi étranger, oses-tu venir ici camper pour la nuit avec une femme I Allons dehors, hors la ville si tu ne veux pas goûter de la prison ! Et surgissant derrière lui le cavalier du caïd les poussa brutalement hors du marché.

Après les feux du couchant, la cendre du soir avait étendu sur les murs et la terre son manteau sombre et Bagdadi se trouva avec Meriem sur un chemin qui sortait de la ville. A droite un grand mur blanc percé d’une porte surmontée d’une petite croix de pierre blanche. Nulle animation en ce lieu. Au loin dans la nuit se dessinait à peine la tache sombre de l’oasis el, éparses dans le bled, des tentes noires de nomades d’où sortaient des aboiements lointains. N’en pouvant plus el voyant l’endroit désert, Bagdadi cédant aux prières de Meriem, décida de ne pas aller plus loin. Le clair de lune bleuissait déjà le grand mur blanc. Bagdadi descendit Meriem de son âne, plus morte que vivante ; il déchargea son chameau, entrava l’âne cl près du mur, avec quatre petits piquets, eût tôt fait de tendre au-dessus de Meriem allongea sur le sol, une modeste tente. La nuit était sereine, au ciel d’innombrables étoiles s’allumaient. Nul bruit alentour. Bagdadi songea qu’ils seraient tous bien ici et il s’allongea à son tour. De temps en temps Meriem poussait de longues plaintes. Après avoir épuisé sa provision de tabac, Bagdadi vaincu par la fatigue s’assoupit enfin.

Mais ce n’était pas le repos. C’était comme un songe qui prolongeait son dur voyage. Le départ matinal de son village qu’il ne reverrait peut-être plus, les pierres du chemin, les plaintes de Meriem, les cris des mozabites le chassant de Beni-lsguen puis du marché de Ghardaïa, tout repassait inconsciemment dans sa mémoire. El tout alentour, le grand silence de la nuit… le grand silence… El pourtant de temps en temps, à ses oreilles bourdonnantes de lièvre et de fatigue, entre deux aboiements lointains, arrivaient des ondes de musique… Oui, des musiques bizarres, des tambourins battus sur une cadence inconnue et… des chants… Pourtant le café où dansent les Ouleds-Naïls était bien loin, à l’entrée de la ville. Ils les avaient bien aperçues tout à l’heure debout au seuil de leurs portes, parées et maquillées comme des idoles barbares. Mais par respect pour Meriem il avait vite tourné la tête… Et puis dans son rêve il se rendait bien compte que ces chants et ces musiques ne rendaient pas le même son frénétique que ceux entendus là-bas à la fin du jour.

Meriem de temps en temps le lirait de son sommeil : « Tue-moi… Tue-moi… Je souffre trop ».

Les yeux fixés aux étoiles Bagdadi se demandait d’où venait par bouffées cette musique qui accompagnait d’une façon si mystérieuse les plaintes de sa Meriem. La lune glaçait de bleu les roches, les maisons blanches de l’oasis. Soudain un grand cri, un cri de bête qu’on égorge, ou plutôt oui… un cri de femme qu’on assassine déchira le silence. Alors derrière le mur blanc, des lumières s’allumèrent, la petite porte surmontée d’une croix blanche s’ouvrit brusquement et dans l’encadrement parurent d’abord, encore revêtu de ses ornements d’or, mitre et la crosse en main. Monseigneur l’Evêque du Sahara qui venait de célébrer la messe de minuit et derrière lui, en grand uniforme, Monsieur le Capitaine Chef d’Annexe dirigeant vers la nuit le faisceau de lumière d’une grosse lampe électrique, et derrière eux des fidèles affolés par le cri. Dans le cercle de lumière dirigée contre lui, un jeune arabe s’était dressé, connue un ressort, la main droite au front dans un salut militaire impeccable, el à ses pieds, se soutenant mal sur un bras, une jeune femme attirait contre elle un petit négrillon vagissant. Monseigneur, souriant dans sa barbe grise cl bénissant l’étrange groupe, se retourna vers les fidèles sortis en hâte de la chapelle des Pères blancs : « Qu’on n’inquiète pas ces pauvres gens, nous les garderons avec nous. Nous leur assurerons le gîte et la subsistance contre d’honnêtes travaux. Quant au nouveau-né nous l’élèverons et nous l’appellerons Noël en souvenir de celle nuit bénie ».

 

l' Eveque du Sahara

 

Maurice BOUVIOLLE Ghardaïa Décembre 1931.

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Alger Casbah 1959

Posté par lesamisdegg le 18 décembre 2018

Choses vues dans la cabah-II- Expédition rue du Diable et aux trémies de la rue des Zouaves

      M. Moussa, qui doit me guider dans ma randonnée à travers la Casbah, est exact au rendez-vous. M. Moussa est fonctionnaire; il contrôle à longueur de journée le travail des âniers dans la haute ville depuis trente ans. C’est dire qu’il a vu défiler toute une génération d’âniers et d’innombrables petits ânes au cours de sa carrière.

Je fus jadis, en compagnie de mon camarade le grand peintre Jean Launois, un familier de la Casbah. Nous la parcourions en tous sens durant les années heureuses, et nous y comptions de solides amitiés : Postillon, le commissaire borgne des dames de petite vertu de l’endroit; José, mon vieil ami gitan; Jean le Maltais, qui tenait une cave au comptoir de laquelle se présentait chaque jour un énorme bourricot, équipé de ses chouarris.Cet âne avait été gratifié, un matin, par un des clients de la cave, d’un morceau de sucre. Il s’en était régalé et depuis, chaque jour, il faisait irruption dans l’établissement de Jean pour réclamer sa ration. Deux autres ânes faisant équipe avec lui l’attendaient patiemment au bas de la rue. Ce manège avait duré cinq ans, ce qui représente un nombre respectable de morceaux de sucre…

 

l'asnier ouargli  , chiari et bourriquot

l’asnier ouargli , chouari et bourriquot

 

M. Moussa se souvenait fort bien de cette histoire. A son tour, il évoqua l’aventure de « Il est fort », un bourricot qu’on avait surnommé ainsi à cause de sa prodigieuse vitalité. Celui-là ne se contentait pas d’un simple carré de sucre : il exigeait du pinard ! Cette déplorable habitude lui était venue du jour où, descendant la rue de la Casbah, il avait eu la fantaisie de tremper ses babines dans la cuvette aux trois quarts pleine de vin où « Messaoud », le mouton-fétiche de « La cave des amis » (un autre phénomène), était accoutumé à venir se désaltérer. Cette cuvette, destinée à recueillir les gouttes s’écoulant du robinet de bois d’un tonneau mis en perce pour la vente de vin au détail, se trouvait toujours à même le sol, à l’entrée de la boutique. Tout le quartier en avait bien ri, mais « Il est fort » avait vu son surnom troqué contre celui de « kilo ». Ce dont il se moquait éperdument, les ânes ne comprenant rien au pataouette. Cependant, de telles facéties ne sont point en honneur chez les ânes du dépôt Nord. Il s’y rencontre encore quelques loustics, mais qui se contentent de fouiller de leur museau les chouarris de leurs coéquipiers pour y cueillir quelque croûton de pain ou quelque reste de macaronis. Ce qui est anodin…

La plupart des âniers sont originaires d’Ourgla, l’oasis des ânes. Les Ouarglis montent à dos d’âne très jeunes, et s’ils apprécient les qualités de ces animaux, ils en connaissent fort bien les défauts. Et les ânes le savent bien qui ne se font pas prier pour obéir docilement aux injonctions gutturales de leurs maîtres. Pour un bourricot, « Harrré…hi » signifie : avance ; « Ohhôôô » signifie arrête ! Encore faut-il savoir lancer ses commandements avec énergie et avec l’intonation désirable sans quoi, ouallou ! L’âne n’en fait qu’à sa guise ! M. Moussa, lui, est né plus au Nord. Il est originaire de Ghardaïa, pays où les gens se consacrent traditionnellement au négoce. Il a choisi d’être fonctionnaire. C’est un sage…

Après une rapide prise de contact, dans la haute Casbah, avec le chef d’îlot qui abrite ses services dans une minuscule pièce dotée d’une table et d’un téléphone qui le tient en liaison constante avec le dépôt, nous partons à la recherche d’une des équipes assurant le nettoiement de la Casbah. La centaine d’ânes valides qui constitue l’effectif actif du dépôt y est répartie par équipes de trois.     Chaque équipe a la charge de six rues dont elle connaît admirablement la topographie, le même secteur étant affecté une fois pour toutes à la même équipe. Nous choisîmes pour la circonstance un secteur au relief mouvementé : celui de la rue du Diable, qui porte bien son nom. Lorsqu’on en gravit les marches, tout en haut, on aperçoit pourtant, à la sortie du tunnel qui la couvre entièrement, un petit coin de ciel bleu. Mais lorsqu’on en dégringole les marches, il fait sombre, on risque à chaque instant de se rompre le col et cette « descente aux enfers » ne manque pas d’être impressionnante. Au moment où nous y arrivons, un petit âne s’apprête à tenter l’escalade. L’air goguenard -je me trompe peut-être en prêtant aux ânes des sentiments qu’ils n’ont jamais eus- ses deux compagnons d’équipe se sont effacés pour le laisser partir seul à l’assaut de la rue du Diable. Il en est ainsi chaque fois qu’une impasse débouche -tel un affluent- sur la ruelle principale. Un seul âne suivi de l’ânier pénètre dans l’impasse, tandis que ses co-équipiers attendent patiemment, dans la rue, son retour pour éviter d’irrémédiables embouteillages. Un énergique « Harrré…hi » ponctué d’un coup de baguette fait comprendre à notre bourriquet que le temps des tergiversations est passé, et c’est poussé par son ânier qu’il se décide enfin à gravir les premières marches. Mais les chouarris obstruent le passage et une vieille Mauresque qui descend ne doit son salut qu’à la rapidité avec laquelle elle s’est plaquée contre la muraille. Suit un concert de protestations indignées qui ne troublent en rien l’ânier et son âne grimpant obstinément la ruelle. Seul, maintenant, le bruit des poubelles vides heurtant le sol parvient jusqu’à nous, et ce n’est que quelques minutes plus tard qu’apparaîtront deux points brillants trouant l’obscurité. Ce sont les yeux de l’âne qui redescend en assurant posément ses pattes sur chaque marche pour ne pas être entraîné par le poids des chouarris pleins à ras-bord. De son côté, pour faciliter la manœuvre, l’ânier remplit l’office de frein. Il retient de toute sa force le bourricot par la queue… Il en ira ainsi chaque jour où les mêmes scènes se renouvelleront dans chaque ruelle de la Casbah.

 

rue du diablerampe des zouaves

rampe des zouaves

 

Puis, les chouarris remplis-ce qui représente un poids de 80 kilos environ par bourricot-, les équipes s’achemineront à petits pas vers la trémie de la rampe des Zouaves où s’effectue la collecte des ordures. Le spectacle y est assez divertissant. Des files d’ânes font la chaîne devant la plate-forme de la trémie, avant de déverser le contenu des chouarris dans l’orifice du tuyau aboutissant aux camions de maraîchers stationnés en contre-bas. En attendant de se présenter à reculons, sans qu’on les en prie, devant la trémie, les petits ânes goûtent des instants de repos qu’ils mettent à profit pour se régaler de quelque tranche de pastèque piquée dans le chargement du voisin.

Quant aux âniers, ils profitent de cette détente pour plaisanter : « Ya Hamou! Combien as-tu récolté de petites cuillers ce matin, dans ton sac? «  (Les âniers portent, suspendu à la ceinture, un petit sac destiné à recevoir tous les objets hétéroclites égarés dans les poubelles par les ménagères distraites.). Hamou de répondre en découvrant ses dents blanches : « Toutes celles que tu n’as pas ramassées en faisant ta tournée, ya H’amar, car toi, tu dormais debout, ce matin.  Ce qui, d’après les dires d’un troisième larron, n’avait absolument pas d’importance, car dans le monde des âniers on sait bien que les ânes sont capables de se diriger seuls, et même de guider leur maître. J’avais l’occasion, le soir même, de vérifier l’authenticité de cette boutade en assistant à la rentrée des ânes.       Une fois débarrassées de leurs chouarris, les bêtes se dirigeaient seules, en effet, dans les écuries, vers leurs places respectives où les attendait dans leur mangeoire une abondante ration de paille fraîche et d’avoine, récompense bien méritée de leurs bons et loyaux services.

Charles Brouty  (textes et dessins de l’auteur 1959) 

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Angèle Maraval-Berthoin 1875-1961 femme de cœur et de lettres

Posté par lesamisdegg le 15 décembre 2018

Angèle Maraval-Berthoin a raconté dans « Le Drac » l’histoire de son père, Jean, Louis, Joseph Berthoin, parti tout jeune de Grenoble, son pays natal, pour Marseille où, au sein des usines Bérard, il s’était élevé de simple ouvrier à associé. Puis, enrôlé volontaire dans l’Armée d’Afrique, il devint armateur, exportateur, colon. Le général de Montauban, commandant la division d’Oran disait : « Où passe Berthoin, passent le courage, l’intelligence et la bonté. » Ce sont bien ces hautes qualités qu’il avait transmises à sa fille. Il est vrai que son épouse n’en était pas dépourvue : Célina était la dernière des six enfants des Labuxière-Lasniers, et la plus artiste, élève pour le chant et le piano d’Emile Prudent et du célèbre Marmontel . Amédée et Arthur Labuxière étaient amis d’enfance des fils du Roi Louis-Philippe et leurs camarades de collège. Ils étaient les enfants de Pierre-Théodore Labuxière, directeur des messageries royales de France et de Minnie Lasniers de Lachaise. De cette famille de seigneurs de la Creuze, le plus connu est Philippe, procureur du Roi à Argelès et qui fut nommé par Henri IV, seigneur des Barres. Par tradition, les Lasniers de Lachaise, tous des intellectuels, devenaient Maîtres de pension lorsque des revers de fortune les obligeaient à travailler. C’est ainsi que toute la famille des Labuxière de Lachaise vint s’installer à Oran, où les deux fils étaient enrôlés dans l’armée et les quatre jeunes filles, aidées de leur mère et de leur tante Adélaïde de Lasniers, filleule de Madame Adélaïde de France, sœur du Roi, fondèrent la première institution de jeunes filles. Cette institution dura jusqu’au mariage des quatre jeunes filles. C’est donc d’un hardi pionnier et d’une noble dame qu’est issue Angèle Maraval-Berthoin.

 

1915

1915

 

Elle a mis son cœur et son esprit d’organisation au service des plus pauvres tant à la Croix-Rouge qu’à la Goutte de Lait et son talent d’artiste au service de cette Algérie qu’elle aimait de toute son âme, cette Algérie qu’elle a su écouter et traduire. A une époque, où bien rares étaient les voyageurs qui osaient se rendre dans le grand sud, elle a séjourné par trois fois à Tamanrasset. Elle disait : » J’ai pu pénétrer plus avant dans l’âme de ce Hoggar fier et distant qui barricade la porte de sa demeure, comme celle du coffre de sa pensée et de tous ses autres coffres, par une serrure à trois clefs. J’ai écouté les vieilles marnas fredonner leurs berceuses à leurs tout petits enfants, et les jeunes vierges, les jeunes femmes échanger leurs confidences avec le jour, avec la nuit. Elle a écouté la parole de l’Aménokal Moussa-Ag-Amastan et celle de Dassine, la douce, la belle, la forte, celle qui fut l’amie confiante du Père Charles de Foucauld qui lui avait dit : » Je crois que notre pensée, passée par tes chants à toi, serait écoutée… » Et elle a porté la parole du Hoggar vers les rives frelatées de la Seine où ces contes, ses légendes, sont apparus comme une source d’eau fraîche. Ce furent  » Les Clefs du Hoggar «,  » Le chapelet des vingt-et-une Koubas  »  » Les sultanes du jour et de nuit «,  » Les voix du Hoggar «. L’Académie Française couronna cette œuvre éditée chez Fasquelle.

Amie des arts, Madame Maraval-Berthoin avait fondé une association, les 4 A : Association Amicale des Artistes Africains, qui, par ses prix, récompensait chaque année romanciers et poètes, peintres et sculpteurs et qu’elle dotait généreusement. Voici ce qu’écrivait Paul Reboux, à qui les Allemands avaient proposé de reprendre la direction de  » Paris Soir  » sous leur contrôle. Il préféra mettre entre eux et lui la Méditerranée et, coupé de la métropole en 42 par l’arrivée des américains à Oran, il y séjourna quatre ans : » C’est pendant ces quatre années que j’ai pu juger combien la Ville d’Oran, où je m’étais fixé, devait de gratitude à Madame Maraval-Berthoin, tant pour son activité artistique et littéraire que pour son sens admirable des organisations sociales. (…) De son salon, elle avait fait un centre littéraire et artistique digne des grandes dames du XVIIIe siècle et des salons qui, à la Belle époque, groupaient à Paris les écrivains et les artistes en des réunions où brillaient perpétuellement les étincelles de l’esprit français. «

Des trois fils, seul survivra Théo, qui deviendra médecin, épousera Germaine Sendrars et aura un fils Henri et une fille Hélène.

Angèle Maraval-Berthoin, qui s’exprimait alors en tous sens : peinture, musique et poésie, ne tarda pas à conquérir Paris en ce qu’il avait de meilleur. Le vieux Charles Lecoq, le père de  » La Fille Angot «, mit ses vers en musique, François Coppée, se souvenant qu’il dut son renom à un acte en vers créé par Agar et Sarah Bernhard, fit bon accueil à celui qu’elle apportait : « Rêve d’un soir » qui fut monté par Irénée Mauget au Pré Catelan, en ce fameux théâtre des fleurs de l’Impératrice Eugénie, avec Andrée Pascal, la créatrice des  » Bouffons  » dans le principal rôle. Adolphe Brisson, dans  » Les Annales «, reproduisait ses premiers vers illustrés par Suréda et consacrait une grande place dans son feuilleton du  » Temps  » à ce frais dialogue. Franc-Nohain, dans  » L’Echo de Paris  » saluait ses  » Poèmes Algériens «  et ses  » Terres de Lumière  » et Gaston Deschamps, dans  » Les Débats «, disait très longuement sa sympathie à la débutante. En résumé, ce fut un salut unanimement élogieux de la grande presse parisienne à celle qui allait, pour nous, faire tomber le voile du Hoggar magique et mystérieux.

Madame Maraval-Berthoin était très coquette. Elle cachait avec soin sa date de naissance en 1875.Toujours vêtue de noir, très élégante, avec des chapeaux à voilette ravissants, elle gardait grande allure à un âge avancé. A Oran, elle était une  » Institution  ». Pourtant, lorsqu’elle fit une mauvaise chute en 1956 et se cassa le col du fémur, l’Algérie était la proie aux flammes du terrorisme FLN et son monde, notre monde, chancelait sans que nous nous en rendions bien compte. C’est à cette époque que je fus le plus près d’elle. Je lui faisais la lecture et l’écoutais parler littérature et poésie. Elle aimait à rappeler qu’elle fut la première femme à survoler le Sahara en avion.

Elle me parlait aussi de son amitié pour ma grand-mère et confirmait ce que celle-ci m’avait raconté : Alors qu’elles étaient toutes deux très jeunes, paraissait à Oran une feuille hebdomadaire satirique : « Le Charivari Oranais et Algérien ». Son rédacteur directeur, Zimmermann y déversait l’esprit montmartrois. Il avait une fille devenue Madame Lerebourg, dont l’époux était préfet. Ces trois espiègles racontaient dans ses colonnes les potins de la ville sous le nom de « La Tia Bolbassa  » et chacun s’étonnait de cette mystérieuse personne au courant de toutes les petites intrigues… Ma mère, Yvonne Herelle, succéda à Madame Maraval à la tête de la Croix Rouge d’Oran alors que le Docteur Malméjac prenait la direction de la Croix-Rouge pour le département. C’était une lourde charge dans cette époque troublée. Ma mère avait été longtemps la vice-présidente de Madame Maraval à la Croix-Rouge et à la Goutte de lait. Elle disait de maman : » C’est mon plus fidèle lieutenant !  » C’était beaucoup car elle n’était guère prodigue de compliments, quoique d’une parfaite courtoisie.

En dépit de sa volonté farouche, elle ne put reprendre une vie active. Les « événements » la bouleversaient. Se rendre à Sainte-Eugénie devenait hasardeux : on frôlait les quartiers de la Ville Nouvelle où les enlèvements, les assassinats étaient fréquents. Seul le téléphone nous reliait à elle mais sa voix n’était plus qu’un souffle. La providence miséricordieuse a permis qu’elle parte en janvier 1961 et, ainsi, ne connaisse pas l’exode du printemps et de l’été 1962 qui emportait avec 132 ans d’histoire, le beau rêve d’un pays de cultures conjuguées.

Pourtant, la belle histoire ne s’arrête pas là. En 1999, la fille d’Henri et Jacqueline Maraval a soigné une jeune musulmane à l’hôpital de Nanterre. A la vue de l’ordonnance, celle-ci lui dit qu’elle portait le nom de l’endroit où vivaient ses parents à Oran : Maraval ! Ce n’était pas comme on pouvait le penser au quartier Maraval, mais bien à Sainte-Eugénie. La mère de cette jeune femme, lui expliquait alors qu’ils avaient protégé Sainte-Eugénie du pillage. Ils y habitaient et l’entretenaient, mais surtout, en souvenir de tout le bien fait par madame Maraval-Berthoin, ils s’efforçaient de donner à plus malheureux qu’eux des vêtements et du lait. Ainsi, quarante ans après sa mort, Angèle Maraval-Berthoin continue de rayonner et son œuvre sociale se perpétue tandis que son œuvre littéraire murmure à l’oreille les mots des sultanes du jour et de la nuit.

Geneviève de Ternant 05 2000

PARMI SES ŒUVRES:

Editions Fasquelle : Les Clefs du Hoggar Dassine, sultane du Hoggar – Le Drac -

Alphonse Lemerre : Poèmes algériens – Terres de lumière

Albin Michel : Miguel – Cœurs rouges (couronné par l’Académie Française)

Piazza: Légende de Lalla Marnia -Le chapelet des vingt-et-une Koubas – Chants du Hoggar (couronné par l’Académie Française) +La sultane rose -Les voix du Hoggar -

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ALGER : la vie des petits ânes du service municipal du nettoiement

Posté par lesamisdegg le 14 décembre 2018

Visite du « dépôt Nord »

Au pied de la colline où s’étayent les innombrables petites tombes blanches du cimetière d’El-Kettar, une vaste bâtisse longe la route du Frais-Vallon. Elle abrite le dépôt Nord des services du nettoiement de la Ville d’Alger.  Dépôt singulier : des écuries y tiennent lieu de garages, de petits ânes y font l’office de camions-bennes et aux nocives vapeurs d’essence se substitue, ici, une bonne odeur de campagne fleurant la paille et la bruyère.  D’aucuns prétendent que ça sent tout bonnement le crottin. Ceux-là préfèrent sans doute aux braiments sonores des ânes, l’appel bruyant des klaxons et la pétarade des moteurs.   Qu’importe ! Tant que demeureront les ruelles escarpées, les couloirs des escaliers de la casbah, seuls les petits ânes équipés de chouarris pourront assurer la propreté de la haute ville.

L’hôpital des ânes

Lorsque je pénètre dans la grande cour du dépôt quelques ânes somnolent le long d’un mur. Ce sont les malades. Les autres, les valides, sont déjà partis.  Une propreté méticuleuse règne partout. Les écuries, l’infirmerie, les ateliers sont « briqués », lavés à grande eau.   J’aurai l’impression de m’être égaré dans quelque service hospitalier lorsque j’apercevrai tout à l’heure, le vétérinaire du lieu, en sarrau blanc, sortant d’un laboratoire ripoliné, une impressionnante seringue à la main. Le liquide jaune contenu dans la seringue de 25 centimètres cubes n’est autre que du sérum antitétanique qui a dû être injecté à un animal sévèrement blessé.  Les ânes malades ont l’oreille basse, le regard voilé. Ils courbent tristement l’échine. J’étais bien près de me les imaginer accablés sous le poids de quelque affreux malheur lorsque l’homme au sarrau me confia en riant

« L’air malheureux ! … Pensez-vous… ils ont sommeil, tout simplement. Les ânes adorent dormir… ».

Sur ces quelques mots raisonnables mes illusions prenaient fin.          Parmi les malades, quelques-uns soufraient de rhumatismes, d’entorses ou de maladies articulaires imputables à la gymnastique que leur impose de continuels va-et-vient dans les ruelles escarpées de la Casbah; d’autres étaient atteints de maladies inhérentes, malgré toutes les précautions prises, au contact de la peau avec les détritus des poubelles.    D’autres, enfin, étaient vieux. Leurs pelages blanchis l’attestaient. A ceux-là on donne à boire non point de l’eau de jouvence, mais quelque potion vitaminée destinée à les ragaillardir.         La balnéothérapie est également prodiguée avec succès au « dépôt Nord ». L’air béat, un âne subissait une séance de balnéation continue. Des heures durant un mince filet d’eau échappant d’un tuyau fixé au garrot irriguait sa patte malade.    Ainsi, placées sous la surveillance constante de vétérinaires spécialisés, les bêtes seront capables d’assurer dans de bonnes conditions et pendant de longues années – dix à douze – une dure besogne quotidienne.

La fabrique de balais

Après avoir souhaité, du fond du cœur, un prompt rétablissement à tous les malades, je vais me rendre, en compagnie d’un chef de service, aux ateliers où l’on confectionne les balais.         Chemin faisant, j’apprends que la ville en consomme à elle seule, en moyenne de cent à cent vingt par jour… Pas étonnant, après cela, qu’Alger ait la réputation d’une des villes les plus propres du monde…         Dans une petite cour, une dizaine de noirs d’Ourgla – des Ouargli – assis à même le sol sont occupés à trier des tiges de bruyère qu’ils assemblent méthodiquement selon leur longueur et leur grosseur en faisceaux équilibrés.    Ces bruyères, venues des environs (c’est la forêt de Zéralda qui est maintenant exploitée) sont apportées par camion entiers deux fois par semaine.. Quel merveilleux emploi que celui de préposé à leur cueillette ! …  Les ébauches de balais sont confectionnées en un temps record. Devant l’habileté de ces hommes je ne peux m’empêcher de remarquer à l’oreille de mon cicérone que ce sont de véritables artistes.  Ce qui me vaut cette réponse sibylline : « Aouah ! C’est pas des artistes « ça » ! Ici, c’est le refuge des affligés !…Eh oui, m’sieur ! Tous ceux qu’on ne peut pas employer sur la voie publique, on les met sur une voie de garage… alors c’est ici ! » En tout cas,  affligés ou pas, je constate que les artistes seront toujours de grands méconnus.     Les ébauches sont ensuite dirigées vers l’atelier de finissage où elles sont immergées dans l’eau bouillante d’une énorme chaudière, afin de les assouplir et leur donner un galbe qui augmentera considérablement la surface portante au sol du futur balai.    Cette opération, désignée sous le nom de coudage, est réalisée grâce à un appareillage qui a été entièrement conçu et fabriqué au dépôt « avec les moyens du bord », me fait-on plaisamment remarquer. Dans un local voisin, on borde des muselières de tresse du plus gracieux effet. Mais les ânes méchants – ça existe – n’en paraissent pas plus fiers pour ça…

Nous accédons ensemble, par une une rampe en pente douce, aux magasins et entrepôts du premier étage. Tout un impressionnant matériel allant du boulon aux manches de balais, en passant par des pelles, les crochets, les pots de peinture, les tinettes et les poubelles de toutes formes – et de tous gabarits – (il existe des poubelles de marché, des tinettes à pansements pour les hôpitaux, des tinettes hermétiques en pêcherie) – est soigneusement étiqueté et rangé.       Une pièce est réservée à l’habillement du personnel. Pendus aux plafonds sur des cintres ou rangés sur des étagères, des bleus, des tabliers, des bottes : l’uniforme du parfait ânier.

Les ânes ont droit, eux aussi, à la sollicitude des pouvoirs publics. Il a été prévu à leur intention des bardas en peaux de mouton que j’aperçois alignés. Ces bardas sont destinés à préserver l’échine de bêtes du contact des chouarris malodorants.       Heureux ânes que ceux du service de nettoiement du dépôt Nord de la ville d ‘Alger ! Il ne leur manque plus, en vérité, pour ressembler à leurs frères d’Andalousie, que des pompons multicolores et quelques petites sonnettes tintinnabulantes pour annoncer, de loin, leur arrivée aux ménagères de la Casbah. C’est là que je m’en irai les retrouver demain, en compagnie de Monsieur Moussa, dans l’exercice de leurs fonctions.

Choses vues dans la casbah

Charles Brouty  (textes et dessins de l’auteur 1959)

l'hopiral des anes

l’hopiral des anes

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Purée de nous z’ôtres !

Posté par lesamisdegg le 4 novembre 2018

En 1963, Robert CASTEL et Jacques Bedos écrivent une fantaisie musicale intitulée «Purée de nous z’ôtres» qui relate le retour d’un couple de Pieds-Noirs en France.

Créée au Théâtre des Trois Baudets, cette pièce sera donnée plus de cinq cents fois, Marthe Villalonga complétant la distribution.

 

Purée de nous z'otres

Purée de nous z’otres

 

« Purée de nous z’otres » racontait l’arrivée en France d’un couple de Pieds-Noirs. « Purée de nous z’otres » avait des résonances plus dramatiques que « La Famille Hernandez ». Après huit ans de bombes, nous étions 1 million à quitter la patrie pour rejoindre la mère patrie, à vivre un exil . Nous avions du chagrin, de la nostalgie, mais pas d’amertume, et aucune visée politique. Cela dit, nous avons peut-être su montrer que la communauté était digne de respect, à une époque où Cinq Colonnes à la Une, et beaucoup d’autres émissions, esquintaient les Pieds-Noirs. Le message, inconscient, résidait dans la douleur de laisser de l’autre côté de la Méditerranée nos souvenirs, nos terres, nos maisons et nos morts.

R. Castel -Le nostalgérien 01/05/1997

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